1703 – Saint-Pétersbourg : l’Occident comme obsession, la violence comme méthode

1703 - Saint-Pétersbourg :

L'Occident comme obsession, la violence comme méthode

Une ville née d’un territoire marécageux et d’une volonté impériale

Il fallait une volonté exceptionnelle, digne d’un tsar, pour oser fonder une capitale sur les rives de la Néva. Le 27 mai 1703, Pierre le Grand, débout sur l’île Zaïatchi, pose la première pierre de ce qui deviendra l’une des plus ambitieuses villes d’Europe. Le site, partiellement marécageux, est déjà connu des Suédois, mais il reste hostile, balayé par les vents, inondé régulièrement, infesté de moustiques. Ce geste n’a rien d’un caprice : c’est un acte géopolitique décisif, pour ouvrir la Russie à l’Europe et affirmer sa puissance.

Saint-Pétersbourg naît d’une obsession : arracher la Russie à son isolement pour la projeter vers l’Occident. Une ville comme coup de tonnerre dans l’histoire. Une réponse à l’asphyxie stratégique d’un empire en retard. À travers elle, le tsar de la dynastie Romanov décrète que la Russie ne sera plus une périphérie, mais un acteur — et qu’elle parlera désormais en façade classique et en canons bien fondus.

Il nous faut désormais comprendre pourquoi, malgré sa taille et ses ressources, la Russie restait prisonnière de ses propres frontières.

Une Russie à bout de souffle, un tsar obsédé par l’Occident

Au tournant du XVIIIe siècle, la Russie est puissante, mais obsolète. Coupée de l’Europe par sa géographie autant que par sa structure féodale, elle se meurt lentement d’isolement. Pierre le Grand, réformateur sans tendresse, veut briser cet enfermement. Lors de sa Grande Ambassade (1697–1698), il sillonne les ports européens, apprend les sciences navales, et comprend une chose essentielle : il lui faut une « fenêtre sur l’Europe ». Reste à choisir  un terrain digne de cette quête.

 

Ce sera la mer Baltique. Mais ce territoire est alors suédois. Il faudra l’arracher par la guerre. Ainsi débute la Grande Guerre du Nord (1700–1721), dont la victoire de Poltava en 1709 marquera un tournant.

Le site stratégique : Saint-Pétersbourg comme verrou sur la Baltique

Conquise sur la Suède, l’embouchure de la Néva donne accès stratégique au golfe de Finlande. Si la région était déjà animée par des forteresses et des établissements suédois comme Nyen et Nyenskans, une grande partie du site choisi pour la nouvelle capitale présente un terrain marécageux et instable, nécessitant d’importants travaux d’assèchement et de stabilisation.

Pierre choisit une petite île pour y construire la forteresse Pierre-et-Paul, point d’ancrage militaire autant que symbole de sa vision impériale. Elle deviendra aussi la nécropole des tsars, abritant notamment le tombeau de Pierre lui-même.

Rapidement, le projet dépasse le cadre militaire. Pierre veut une capitale neuve, créée ex nihilo, libre du poids de l’histoire orthodoxe moscovite. Une ville-vitrine, fondée pour impressionner l’Europe et imposer un nouveau centre de gravité à l’Empire.

Pourtant, là où la géopolitique rêvait grandeur, la réalité s’abattit en souffrance : découvrons l’envers du décor.

Forteresse Pierre-et-Paul

La ville construite dans la douleur

Le sol est détrempé, les hivers sont longs, les fièvres pullulent. Les estimations varient selon les sources : si l’on retient couramment « plus de 20,000 morts », certains historiens, comme Evgueni Anissimov, avancent un bilan de 14,000 à 25,000 victimes, soulignant les conditions extrêmes. Si de très nombreux serfs furent enrôlés de force (jusqu’à 40,000 selon le Code de 1649), certains artisans et ouvriers libres, attirés par un salaire avantageux, participèrent également aux travaux.

 

On travaille sans relâche, parfois avec les mains, pour enfoncer des milliers de pilotis dans les marais. Le paludisme, la dysenterie, le scorbut et la faim déciment les rangs.

 

Pour accélérer la construction, Pierre impose une taxe inédite : chaque navire arrivant à Saint-Pétersbourg doit apporter des pierres, sous peine d’amende. Ainsi, la mer devient un convoyeur forcé de matériaux, et chaque bateau, un outil de l’ambition impériale.

 

Mais surtout, Pierre est partout : présent sur le chantier, donnant des ordres, punissant, encourageant. Sa vision est inébranlable, tyrannique, presque contagieuse. La ville se construit dans le sang, mais elle s’élève.

 

Tandis que les pilotis craquent sous la boue, les frictions sociales et culturelles se font elles aussi entendre.

Une modernisation sous tension : résistances et conflits intérieurs

Saint-Pétersbourg : une ambition impériale face aux résistances multiples

Loin d’être un projet unanimement accepté, la fondation de Saint-Pétersbourg a suscité une série de résistances humaines, sociales, religieuses et politiques, allant de la fuite désespérée des travailleurs à la fronde feutrée d’une partie de l’élite traditionnelle. Bâtir cette ville fut autant un exploit qu’un bras de fer.

 


La résistance des bâtisseurs forcés : fuir ou mourir

Dès les premières années, des milliers de serfs sont enrôlés de force : 3, 000 en 1706, 40,000 en 1707. Les conditions sont infernales : fièvre des marais, dysenterie, scorbut, froid, sous-alimentation. La ville se construit à mains nues, dans la boue, sur fond de dizaines de milliers de morts.

 

Face à des conditions si éprouvantes que près de la moitié des ouvriers forcés réussissent à s’enfuir au début. La fuite devient ainsi la principale forme de résistance. Mais Pierre répond avec une brutalité caractéristique : les fugitifs capturés sont châtiés sans pitié. Châtiments corporels, marquage au fer, envois aux travaux forcés. Le Code de 1649 considérait déjà la fuite des serfs comme un crime ; Pierre s’en inspire pour renforcer le contrôle de l’État sur les corps.

 


La noblesse moscovite : exil forcé et humiliation sociale

Pierre ordonne aux grandes familles aristocratiques de Moscou de s’installer dans la nouvelle ville, et ce à leurs frais. Elles doivent y construire, sans liberté architecturale, des résidences standardisées imposées par décret. Le déracinement de Moscou, cœur de l’identité nobiliaire, vers un marécage hostile et « occidental », est vécu comme une offense.

 

L’ordre donné aux grandes familles de quitter Moscou pour s’installer à leurs frais dans des demeures uniformisées alimenta un ressentiment profond au sein d’une aristocratie attachée à ses traditions. Privée de ses repères, concurrencée par une nouvelle élite militaire et technocratique loyale au tsar, la noblesse traditionnelle perd du terrain. Les critiques ouvertes sont impensables, mais les signes de rejet sont multiples : lenteur à s’installer, nostalgie de Moscou, inertie sociale.

  • 1706 : une pétition signée par une cinquantaine de nobles dénonce l’obligation de construire des demeures standardisées « au cœur d’un marécage maudit »1.

  • 1707 : le métropolite Lavrien de Novgorod adresse à Pierre Ier une lettre dénonçant la fermeture de plusieurs églises et la « profanation sacrilège » de cette nouvelle urbanisation.

 


Le clergé orthodoxe et les Vieux-Croyants : une ville jugée impie

Saint-Pétersbourg, avec ses perspectives droites, ses clochers occidentaux et son absence de sanctuaires orthodoxes majeurs, fait figure d’anomalie sacrilège. Le clergé, et en particulier les Vieux-Croyants, déjà persécutés, y voient une rupture avec la Sainte Russie.

Le rationalisme urbanistique et l’ouverture sur l’Europe sont perçus comme une sécularisation masquée. À travers cette ville, c’est l’autonomie de l’Église qui s’effrite. Le projet impérial devient aussi une tentative de subordination religieuse, vécue comme une menace.

 


Résistances diffuses, rumeurs et contrôle policier

À défaut de pouvoir s’exprimer publiquement, le peuple murmure. Des prophéties circulent sur une ville « bâtie sur des os », ville maudite, ville contre-nature. Le maintien ostentatoire des barbes, les vêtements traditionnels portés en défi, deviennent autant de gestes de résistance symbolique.

 

Face à cela, l’État répond par le contrôle : Saint-Pétersbourg devient la première ville russe dotée d’une police municipale permanente en 1715, destinée à prévenir les troubles et surveiller la population. Même les tailleurs de pierre sont rationnés : interdiction de construire en pierre ailleurs dans l’Empire, pour forcer la main d’œuvre à converger vers la ville.

 

En somme, Saint-Pétersbourg n’est pas qu’une ville imposée à la nature : c’est une ville imposée à la société entière. Et si elle incarne la modernité russe, elle incarne aussi la violence politique nécessaire à sa naissance. Mais au-delà du tumulte humain, c’est une ville-laboratoire qui voit le jour, un modèle occidental imposé à la tradition russe. »

Une ville façonnée par l’Europe, mais pour défier l’Europe

Domenico Trezzini, urbaniste suisse, trace des perspectives droites, des canaux géométriques, des places à l’italienne. Le Jardin d’été (1704), le Palais d’été (1710), la maisonnette de Pierre illustrent ce mélange de rigueur nordique et de goût baroque.

 

La ville se veut européenne jusque dans les mœurs : les barbes sont interdites, sauf à payer une taxe ; les vêtements sont importés de France ; le français devient la langue de la cour. La ville devient un laboratoire social, une société remodelée à l’image d’un homme.

 

Une aristocratie nouvelle y émerge, éduquée, cosmopolite, façonnée par décret, loyale non au passé, mais à la vision impériale d’un tsar transformateur.

 

À mesure que façades et canaux s’achèvent, le couronnement officiel de la cité n’est plus qu’une formalité.

Infographie : Le Coût de Saint-Pétersbourg

Saint-Pétersbourg : Le Prix de l’Ambition Impériale

Coût estimé de la construction (1703–1710)

Jusqu’à 20 % du budget annuel de l’État russe.

Nombre d’habitants en 1709

Environ 34 500, répartis entre militaires, ouvriers, artisans et nobles.

Dimensions de la forteresse pierre-et-paul

Plus de 700 m de remparts, six bastions.

Nombre de pilotis pour les constructions lourdes

(Comme la cathédrale Saint-Isaac, plus tardive) : environ 10 000 pilotis enfoncés dans le sol meuble.

Ces chiffres illustrent l’ampleur titanesque du projet de Pierre le Grand, bâtissant une capitale sur un terrain hostile.

Capitale impériale : Moscou reléguée, Saint-Pétersbourg sacralisée

Moscou cathédrale Saint-Basile et la tour Spasskaya
La cathédrale Saint-Basile et la tour Spasskaya sur la place Rouge à Moscou sous le soleil du matin.

En 1712, la ville devient officiellement capitale de la Russie impériale, reléguant Moscou au second plan. Ce transfert n’est pas administratif, il est symbolique : Moscou incarne l’ancienne Russie orthodoxe, Saint-Pétersbourg la Russie rationalisée, modernisée, maritime.

 

Tout s’y concentre : l’armée, la diplomatie, les réformes. Le rêve de Pierre se réalise : imiter l’Europe pour mieux résister à sa domination. C’est un pari de modernisation défensive. Et cela fonctionne.

Un héritage entre grandeur, douleur et mémoire

Saint-Pétersbourg restera capitale de la Russie jusqu’en 1918. Elle devient Petrograd en 1914, puis Leningrad en 1924, avant de retrouver son nom d’origine en 1991. Elle traverse les siècles comme le théâtre d’un destin russe : révolutions, guerres, famines, renaissances. Elle est à la fois le berceau de la Russie impériale et le creuset du mouvement bolchévique.

 

Aujourd’hui, elle est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, fière de ses palais (Peterhof, Palais d’Hiver), de ses cathédrales (Saint-Isaac), de ses écrivains (Pouchkine, Dostoïevski, Akhmatova), de ses compositeurs (Tchaïkovski, Chostakovitch). Ville d’art, ville de glace, ville de pouvoir.

 

Mais si l’ombre de Pierre le Grand plane toujours, c’est dans les stratégies contemporaines que se lit la véritable continuité.


De Pierre à Poutine :
L’obsession russe de la mer

La fondation de Saint-Pétersbourg n’était pas qu’un projet architectural : c’était un acte stratégique, dicté par le besoin d’un accès maritime permanent. Plus de trois siècles plus tard, cette nécessité reste inscrite au cœur de la géopolitique russe.

L’héritage de pierre le grand

Le besoin d’un accès à la mer Baltique, face à la puissance suédoise, fut le moteur principal de la création de Saint-Pétersbourg. Pierre le Grand cherchait à briser l’enclavement russe et à ouvrir une « fenêtre sur l’Occident » par la mer. C’était une décision géopolitique majeure qui a redéfini le rôle de la Russie sur la scène européenne.

La continuité stratégique : vladimir poutine et la mer


  • En 2014, l’annexion de la Crimée par Vladimir Poutine visait non seulement des raisons ethno-politiques, mais surtout le contrôle de la mer Noire et la sécurisation du port militaire de Sébastopol. Un geste qui rappelle la logique impériale de Pierre face à la Baltique.


  • L’invasion généralisée de l’Ukraine en 2022 poursuit cet objectif : relier la Crimée au Donbass, verrouiller la mer d’Azov, et rétablir une profondeur stratégique pour éviter l’enclavement.

« Comme Pierre le Grand face à la Suède, Poutine refuse l’enclavement. Dans la pensée stratégique russe, être continental, c’est être vulnérable ; être maritime, c’est exister. »

Cette constante géopolitique souligne l’importance vitale de l’accès à la mer pour la Russie à travers les siècles.

Saint-Pétersbourg ou la Russie à découvert

Saint-Pétersbourg est plus qu’une ville : c’est une déclaration. Pierre le Grand l’a imposée comme on impose un style de vie, un cap, un avenir. Elle incarne la volonté farouche de moderniser la Russie sans transition, en sautant les étapes, en écrasant les résistances.

 

Elle est aussi le rappel de ce qu’une volonté individuelle peut accomplir, même contre la nature, l’histoire, et la raison. C’est une ville née d’une ambition insensée — et qui pourtant continue de rayonner.

 

Elle reste, aujourd’hui encore, le miroir ardent des tensions russes : entre imitation et résistance, entre violence et culture, entre l’Est et l’Ouest.

Saint-Pétersbourg aujourd’hui : fierté, fracture et fascination

Trois siècles après sa fondation, Saint-Pétersbourg divise autant qu’elle inspire. Pour de nombreux Russes, elle reste la ville la plus européenne du pays, une « anomalie lumineuse » selon l’écrivain Daniil Granin. Elle fascine par sa beauté, sa culture, sa lumière boréale, son prestige littéraire. Pour les intellectuels libéraux, elle incarne souvent une Russie ouverte, tournée vers le savoir et l’art, loin du conservatisme moscovite.

 

Mais d’autres y voient le produit d’une violence historique oubliée, une « ville bâtie sur des morts » et conçue contre la volonté populaire. Les historiens critiques, comme Evgueni Anissimov, rappellent que Saint-Pétersbourg fut un laboratoire de coercition, de surveillance et de sacrifice humain — et que son apparence raffinée masque une origine brutale.

 

Chez les jeunes générations, les avis sont partagés : certains y voient une capitale culturelle émancipée, d’autres un décor figé, presque muséal, qui ne reflète plus la Russie d’aujourd’hui. Les conflits mémoriels autour du siège de Leningrad, des révolutions de 1917 ou de l’héritage tsariste nourrissent encore des débats vifs.

Chronologie

1682 Juin 27 –

Pierre Ier (10 ans) et son demi-frère Ivan V (16 ans) sont nommés co-tsars de Russie à la mort de leur père, le tsar Alexis I.

 

1696 Janvier 16 –

Mort d’Ivan V : Pierre le Grand devient unique souverain de Russie.

 

1697–1698 –

La Grande Ambassade : Pierre le Grand parcourt l’Europe incognito pour étudier la marine, l’urbanisme et les techniques occidentales, décidant qu’il faut à la Russie une « fenêtre sur l’Europe ».

 

1700 –

Début de la Grande Guerre du Nord contre la Suède, première étape pour conquérir l’accès à la mer Baltique.

 

1703 Mai 27 –

Fondation de Saint-Pétersbourg : le tsar plante la première pierre dans les marécages de la Néva, acte fondateur de la future capitale.

 

1706–1707 –

Enrôlement forcé de dizaines de milliers de serfs pour les travaux de terrassement ; près de la moitié tentent de fuir, sévèrement réprimés.

 

1709 –

Victoire à Poltava : la défaite de la Suède assure à la Russie le contrôle de la Baltique, rendant possible l’essor de la cité nouvelle.

 

1712 –

Transfert officiel de la capitale de Moscou à Saint-Pétersbourg ; la cité devient centre du pouvoir civil et militaire.

 

1714 –

Trezzini achève le Palais d’Été ; l’urbanisme classique et les canaux géométriques imposent un style « européen » à la ville.

 

1914 –

La ville est renommée Petrograd pour franciser son appellation lors de la Première Guerre mondiale et éviter la consonance germanique.

 

1924 –

La ville est renommée Leningrad, en hommage à Lénine décédé, marquant l’ancrage soviétique de la métropole.

 

1990 –

Inscription du centre historique de Saint-Pétersbourg au patrimoine mondial de l’UNESCO.

 

1991 –

Retour au nom de Saint-Pétersbourg à l’issue d’un référendum, symbolisant la fin de l’ère soviétique.

Ce qu'il faut retenir

  • 27 mai 1703 – Fondation stratégique Pierre le Grand pose la première pierre sur les marais de la Néva, donnant le coup d’envoi d’un projet impérial visant à ouvrir la Russie sur l’Europe.
  • Fin de l’isolement russe – Grâce à la Grande Guerre du Nord et à la victoire de Poltava en 1709, la Russie conquiert la Baltique et un débouché maritime permanent.
  • Construction dans la douleur : plus de 20,000 morts parmi les ouvriers, fièvres, dysenterie, pilotis enfoncés à mains nues, coercition d’État et taxe sur les navires pour acheminer les matériaux.
  • Occidentalisation par décret – Sous la direction de l’architecte Domenico Trezzini, l’aménagement urbain adopte le style classique, une taxe est instaurée sur la barbe, et le français devient la langue officielle de la cour.
  • Résistances et surveillance – Les serfs enrôlés de force fuient massivement ; la noblesse moscovite est exilée et humiliée ; le clergé orthodoxe, notamment les Vieux-Croyants, condamne cette « ville impie » ; l’État instaure une police municipale permanente pour contrôler la population.
  • Capitale impériale en 1712 – En 1712, Saint-Pétersbourg est officiellement proclamée capitale de l’Empire russe, reléguant Moscou au rang de ville secondaire et concentrant en son sein les pouvoirs militaire, diplomatique et culturel.
  • Héritage ambivalent : ville classée UNESCO, symbole de grandeur et modernité, mais nimbée de mémoire de sacrifices et de violence politique.
  • Résonance géopolitique : de Pierre le Grand à Poutine, obsession russe d’un accès maritime permanent se poursuit (Crimée 2014, Ukraine 2022).

FAQ




 

Saint-Pétersbourg vs Moscou :
Leurs forces économiques comparées

Voici un aperçu comparatif des principaux secteurs économiques qui définissent ces deux métropoles russes, entre héritage historique et dynamiques contemporaines.

Portuaire et logistique

Saint-Pétersbourg :

Reste le 1er port russe sur la mer Baltique, avec plus de 100 Mt de marchandises manutentionnées par an (pétroliers, céréales, conteneurs).

Moscou :

En tant que ville intérieure, moins d’activités portuaires, mais un nœud ferroviaire et routier majeur pour la distribution de biens à l’échelle nationale (gares, autoroutes).

Industrie manufacturière

Saint-Pétersbourg :

Abite de grands complexes d’ingénierie mécanique (tracteurs CHTZ, turbines power, usines Otis), de construction navale (Almaz, Baltzavod) et de chimie.

Moscou :

Possède essentiellement des PME industrielles à vocation spécialisée (pharmacie, matériel électrique, agroalimentaire haut de gamme), sans sidérurgie lourde ni construction navale.

Finance et services

Moscou :

Le cœur financier du pays : siège de la Bourse de Moscou, des grandes banques (Sberbank, VTB), des compagnies d’assurance et des sociétés de gestion d’actifs.

Saint-Pétersbourg :

Développe un pôle financier régional (banques régionales, centres d’appel, fintechs locales), mais reste secondaire face à la capitale.

Technologies de l’information et r&d

Saint-Pétersbourg :

A vu l’émergence de plusieurs « Technoparcs » et de clusters IT (Innopolis SPb, ADLabs), attirant start-ups logicielles et centres de recherche en cybersécurité.

Moscou :

Avec ses universités d’ingénieurs, concentre la plupart des grands groupes IT (Yandex, Mail.ru), des centres de data et des laboratoires de R&D.

Tourisme et culture

Saint-Pétersbourg :

Classée UNESCO, vit du tourisme culturel : musées (Ermitage), festivals (White Nights), croisières sur la Neva attirent plus de 7 millions de visiteurs annuels.

Moscou :

Combine tourisme d’affaires (salons internationaux, congrès) et culturel (Kremlin, Bolchoï), avec environ 6 millions de touristes par an.

Immobilier et construction

Moscou :

Domine le marché de l’immobilier haut de gamme (Lomonosovsky Prospekt, Centre-Ville), avec des investissements massifs de foncières publiques et privées.

Saint-Pétersbourg :

Développe surtout des programmes résidentiels milieu de gamme et des rénovations du centre historique, freinés par les contraintes patrimoniales.

En résumé, Saint-Pétersbourg s’appuie traditionnellement sur son port, l’industrie lourde et le tourisme culturel, tout en développant un pôle IT régional. Moscou, quant à elle, concentre les activités financières, les sièges sociaux, le marché immobilier haut de gamme et les services de R&D.










 

Croissance Urbaine :
Saint-Pétersbourg vs Moscou

Un aperçu de l’évolution démographique des deux capitales russes à travers l’histoire.

Année

Saint-Pétersbourg

Moscou

1710–1720
Fondation, faible
~200 000
1750
~40 000–50 000*
~130 000
1800
~220 000
~250 000
1850
~487 000
~350 000–400 000
1897
~1,26 million
~1 million
1916
~2,4 millions
~1,8 million
1926
~1,6 million
~2 millions
1939
~3,2 millions
~4,1 millions
1959
~3,3 millions
~5 millions
1979
~4,6 millions
~8 millions
1989
~5,0 millions
~9 millions
2002
~4,7 millions
~10 millions
2010
~4,9 millions
~11,5 millions
2021–2025
~5,6 millions
~13,3 millions

Note : Les chiffres pour Saint-Pétersbourg avant 1764 sont très faibles (quelques milliers à quelques dizaines de milliers d’habitants à la fondation), mais la croissance s’accélère rapidement dès la fin du XVIIIe siècle.
* À la fondation (1703), la ville compte quelques milliers d’habitants ; en 1750, la population est estimée à environ 50 000, mais les données précises manquent pour cette période.

Cette infographie met en lumière les dynamiques de croissance contrastées et les périodes clés de l’expansion démographique de ces deux villes emblématiques.



Domenico Trezzini, architecte suisse d’origine italienne né vers 1670, est considéré comme le père de l’architecture baroque pétrovienne à Saint-Pétersbourg.

 

Appelé par Pierre le Grand en 1703, il fut le principal artisan de la transformation de la ville en une capitale moderne et européenne. Il conçut la forteresse Pierre-et-Paul, symbole militaire et spirituel, ainsi que la cathédrale éponyme, nécropole des tsars.

 

Trezzini planifia également l’urbanisme de la ville, dessinant avenues, places et modèles d’habitations pour différentes classes sociales. Parmi ses œuvres majeures figurent le Palais d’Été de Pierre le Grand et le bâtiment des Douze Collèges, aujourd’hui université. Il initia la construction du monastère Alexandre Nevski, un autre joyau architectural de la ville.

 

Son style, sobre et élégant, marqua le début du baroque russe, mêlant influences européennes et traditions locales. Trezzini forma une génération d’architectes russes qui perpétuèrent son héritage. Son œuvre fit de Saint-Pétersbourg une vitrine de la modernité et de la puissance impériale russe. Il mourut en 1734, laissant un legs durable dans l’histoire de l’architecture russe.

 

Outre Domenico Trezzini, de nombreux architectes, tant russes qu’étrangers, ont joué un rôle crucial dans l’édification de Saint-Pétersbourg. Voici quelques-uns des plus notables :

  • Jean-Baptiste Alexandre Le Blond (français) : Arrivé en 1716, il fut l’un des principaux architectes de Pierre le Grand et a contribué à la conception de la Grande Orangerie de Peterhof et du plan général de la ville.
  • Bartolomeo Rastrelli (italien) : Architecte majeur de la période baroque russe, il est l’auteur de chefs-d’œuvre comme le Palais d’Hiver, le Palais Catherine (Tsarskoye Selo) et le Palais de Peterhof, définissant le style luxueux de l’impératrice Élisabeth et de Catherine la Grande.
  • Carlo Rossi (italien) : Un des grands noms du néoclassicisme russe, il a conçu de nombreux ensembles architecturaux majeurs, dont la Place du Palais (façade est de l’État-Major), la Place des Arts et le Théâtre Alexandrinski.
  • Vasily Bazhenov (russe) : Bien qu’il ait davantage travaillé à Moscou, il a influencé l’architecture de Saint-Pétersbourg par ses élèves et ses concepts.
  • Ivan Starov (russe) : Architecte néoclassique, il est notamment connu pour la Cathédrale de la Trinité et le Palais de Tauride.
  • Andrei Voronikhin (russe) : Architecte de la Cathédrale Notre-Dame de Kazan et du Palais Stroganov.

Ces architectes, parmi d’autres, ont façonné la diversité stylistique de Saint-Pétersbourg, du baroque pétrovien initial au néoclassicisme impérial.

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