A la découverte d’une oeuvre d’Akati Ekplékendo – Sculpture dédiée à GOU
- Date : Vers 1858
- Matériaux : Fer martelé, cloué et riveté
- Dimensions : 178,5 × 53 × 60 cm Poids : environ 150 kilos
- Lieu de conservation : Pavillon des Sessions, Musée du Louvre, Paris
Description
Analyse des éléments principaux
La figure de Gou Gou
Dieu de la guerre et des forgerons, est figé dans une posture droite, presque hiératique. L’immobilité n’est pas une absence de mouvement mais une concentration de puissance. Tout dans cette figure stylisée incarne l’autorité. Pas de superflu, pas de détails inutiles : c’est la quintessence d’une divinité.
Les attributs sacrés
Les sabres, haches et outils miniatures ornant la statue ne sont pas de simples accessoires. Ils sont des symboles. Ils racontent le rôle de Gou comme maître du métal et protecteur du Dahomey. Ce sont des fragments du quotidien transcendés en objets divins.
Le chapeau et la posture
Le chapeau plat, référence aux autels commémoratifs asen, ancre l’œuvre dans un contexte rituel. L’ensemble évoque les cérémonies qui liaient les hommes au divin. La posture de la statue est simple mais imposante, captant l’attention sans artifice.
La lame ajourée
C’est peut-être l’élément le plus fascinant. Ténue mais lourde de sens, la lame ajourée tenue par Gou est une prouesse technique autant qu’un symbole. Elle découpe et protège, reflétant le pouvoir divin de destruction et de préservation.
Lumière et matériau
La surface du fer martelé joue avec la lumière, captant et transformant chaque rayon en éclat de vie. Ce n’est pas une lumière vive, mais une brillance contenue, presque discrète, évoquant le feu de la forge.
Symbolisme général
Dans cette œuvre, le fer est tout. Il est le matériau des armes, le domaine de Gou et le support de l’expression artistique d’Akati. L’œuvre elle-même incarne la transformation : de matière brute à outil, d’outil à symbole.
Une œuvre à double fonction
Cette sculpture n’est pas une simple représentation divine. Elle est politique. Elle affirme la puissance spirituelle et militaire du Dahomey sous le règne de Glélé. Elle incarne un équilibre : celui d’un royaume où les armes servaient autant à protéger qu’à représenter.
En honorant Gou, la sculpture transcendait son statut matériel pour devenir un objet rituel vivant. Lors des cérémonies vodoun, elle était au centre des offrandes de sang d’animaux, d’huile ou vin de palme, et des invocations, servant de médiateur entre le roi, son peuple et la divinité protectrice. En cela, elle était à la fois un symbole sacré et un outil d’affirmation politique du Dahomey.
En contemplant cette œuvre, on ne peut s’empêcher de penser : comment une culture si riche a-t-elle pu être réduite au silence si longtemps ?
Focus sur l’artiste
Ekplékendo Akati n’était pas destiné à la gloire. Capturé lors d’une campagne militaire du Dahomey, il entra au palais royal comme prisonnier. Pourtant, son talent transcendant fit de lui bien plus qu’un captif : il devint un maître forgeron, au service du roi Glélé (1858-1889).
Quand on lui confia la création de la sculpture dédiée à Gou, dieu du fer et de la guerre, ce n’était pas une simple tâche, mais une consécration. Akati façonna une œuvre à la fois brute et spirituelle, où le métal devint une voix. Avec une maîtrise inégalée du fer martelé, il transforma des ferrailles ordinaires en un symbole divin et politique, incarnant l’âme du Dahomey.
Akati n’était pas qu’un sculpteur : il était un messager entre les dieux et les hommes. Son art, né dans l’ombre, brille aujourd’hui comme l’une des plus grandes expressions de l’histoire africaine.
Son histoire me rappelle combien les artistes africains, hier comme aujourd’hui, luttent pour que leur génie soit pleinement reconnu. Combien de noms, comme celui d’Akati, restent oubliés dans les plis de l’Histoire ?
Focus sur la période
Le Dahomey, dans la seconde moitié du XIXe siècle, est à son apogée. Le roi Glélé règne sur un royaume où l’art et la guerre se nourrissent mutuellement. Les forges tournent, les armes brillent, et Gou est au cœur de tout cela. Ce royaume, reconnu pour ses Amazones et sa puissance militaire, vénérait ce Dieu comme un protecteur des soldats et maître des métaux. L’art en ce Royaume est marqué par une fusion entre utilité et sacré. Chaque création, qu’il s’agisse de statues, d’armes ou de textiles, porte une fonction spirituelle et une esthétique unique.
Mais cette période d’effervescence prend fin avec la conquête coloniale française en 1892. La sculpture de Gou, comme tant d’autres trésors, est emportée en France, butin d’un empire qui cherche à affirmer sa domination.
Aujourd’hui, cette œuvre trône au Louvre, après avoir été accueillie au Trocadero puis au Musée des Arts premiers. Elle est admirée mais déracinée. Elle est la preuve éclatante de l’ingéniosité artistique du Dahomey, mais aussi de l’injustice d’un passé colonial. On ne peut la contempler sans se demander : à qui appartient-elle vraiment ?
Pour aller plus loin
Le nouveau musée d’Abomey – podcast de France Culture de 2022
La restitution des oeuvres d’Abomey au Bénin – TV5 Monde. En novembre 2021, la France a restitué 26 œuvres au Bénin, connues sous le nom de « Trésors royaux d’Abomey ». Ces objets, pillés lors des campagnes coloniales de la fin du XIXᵉ siècle, incluent des portes sculptées, des trônes et des statues royales. Cependant, la sculpture de Gou n’est pas incluse dans ce lot de restitutions.
Art Africain masques d’ afrique
Livre : L’Afrique des Empires (J.-L. Amselle), Arts d’Afrique au Louvre
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