Le coup d’éclat d’un ermite devenu pape
13 décembre 1294. Célestin V, pape depuis cinq mois, renonce à sa charge. Cet ancien moine-ermite au regard fatigué prend une décision qui claque comme un tonnerre dans l’histoire de l’Église. Pas d’abdication, non. On parle ici de renonciation, un mot empreint de sens spirituel, presque mystique. Car dans le vocabulaire de la papauté, on ne cède pas un trône, on abandonne une mission divine. Ce n’est pas seulement un acte politique ou stratégique, c’est une décision qui transcende son époque.
C’est une renonciation libre, volontaire, spirituelle, et chargée de symboles. Mais qu’a réellement ressenti Célestin V au moment de prononcer ces mots ? Était-ce un soulagement ou une déchirure ? Ce geste, à la fois humble et controversé, marque un tournant : il révèle la fragilité d’un homme face aux lourdeurs du pouvoir et ouvre une brèche dans la perception sacrée du rôle pontifical.
Plus de sept siècles plus tard, ce geste a inspiré un autre pape : Benoît XVI, qui, en 2009, déposa son pallium sur la tombe de Célestin V à L’Aquila. Ce symbole discret annonçait peut-être sa propre renonciation, survenue en 2013.
Pietro de Morrone : De la montagne à Saint-Pierre
Pietro de Morrone, futur Célestin V, ne rêvait pas de grandeur. Né autour de 1215 dans une famille paysanne du Molise, il trouve très tôt refuge dans la prière et l’austérité. À 15 ans, il entre dans l’ordre des bénédictins, mais sa quête spirituelle l’éloigne rapidement des monastères : il se retire dans une grotte des Abruzzes, où sa sainteté commence à attirer les foules.
Contexte de l’élection (1292-1294)
La mort de Nicolas IV, survenue le 4 avril 1292, marque le début de l’une des plus longues vacances pontificales de l’histoire chrétienne, durant deux ans, trois mois et deux jours. Ce vide institutionnel, bien qu’extraordinaire, est surpassé uniquement par celui de 1268, consécutif à la mort de Clément IV , qui laissa le Saint-Siège vacant pendant près de trois ans. Depuis 1280, la constitution de Grégoire X sur les conclaves est ignorée. Contrairement aux règles de clôture imposées par cette dernière, les 12 cardinaux électeurs se réunissent en des lieux distincts, à Rome, au palais Savelli ou au monastère de Santa Maria sopra Minerva. Cependant, leurs divisions, amplifiées par les rivalités entre les familles Orsini et Colonna, bloquent toute décision pendant plus de deux dizaines de mois.
À l’automne 1293, après une longue dispersion des cardinaux et la mort du cardinal français Jean Cholet, une médiation réussie de deux sénateurs romains convainc les cardinaux de se rassembler à Pérouse. Bien que Charles II d’Anjou, roi de Naples, propose des candidats, ce n’est que le 5 juillet 1294, sous l’impulsion du cardinal Pietro Colonna et après une lettre inspirée de Pietro de Morrone, que les cardinaux élisent unanimement ce dernier. Ce choix, audacieux et inattendu, est motivé par son image de sainteté et sa distance avec les intrigues de la Curie.
Pietro devient ainsi Célestin V, 192ᵉ pape de l’Église catholique. N’étant que prêtre, il est consacré évêque et couronné à L’Aquila, ville au nord du royaume de Naples, le 29 août. Il sera salué comme le « pape angélique » en référence à un rêve du XIIIᵉ siècle prophétisant un pape qui inaugurerait l’ère du Saint-Esprit. Un choix qui, avec le recul, semble à la fois audacieux et désespéré. Car très vite, la couronne se fait plus lourde qu’un cilice.
Une papauté courte et troublée : entre sainteté et chaos
Lorsqu’il troque le silence et l’austérité de sa vie pour accéder au faste du trône pontifical, Célestin V semble avoir mal mesuré à quel point il va plonger dans un univers hostile, un labyrinthe d’intrigues où chaque couloir est un piège. On peut imaginer sa stupéfaction, lui qui, hier encore, priait dans la simplicité de son ermitage, et qui doit aujourd’hui affronter les exigences d’une Église en crise : factions rivales, ambitions politiques démesurées et luttes pour le contrôle des âmes. Pour un ermite, la charge est herculéenne. Pourquoi a-t-il accepté ce terrible fardeau ? Lui-seul le sait.
Les cardinaux l’ont choisi unanimement, espérant qu’il incarne une figure de réconciliation. Mais à peine élu, Célestin se montre étranger aux rouages du pouvoir. Sans formation théologique poussée ni connaissance du droit canonique, il se révèle vite inapte à gouverner une institution aussi complexe. Ce décalage met en lumière une tension fondamentale dans l’Église catholique : comment concilier les exigences spirituelles de la papauté avec ses responsabilités politiques et institutionnelles ?
Sous l’influence de Charles II d’Anjou
Dès le début de son pontificat, Célestin V tombe sous la tutelle de Charles II d’Anjou, qui l’installe au Castel Nuovo de Naples, loin de Rome. Le roi instrumentalise la papauté pour servir ses intérêts stratégiques, notamment en obtenant l’approbation du traité de Lajunquera, qui prévoit l’évacuation de la Sicile par son frère Frédéric. Ce contrôle reflète une époque où l’Église, au cœur des rivalités entre grandes puissances européennes, devient un enjeu majeur pour le Saint-Empire, le royaume de France et les dynasties italiennes.
Les réformes d’un pape dépassé
Célestin V tente néanmoins dès le début de réformer l’Église. Son premier geste est de rétablir la constitution Ubi periculum, introduite par Grégoire X (1271-1276), qui impose l’enfermement des cardinaux lors des conclaves. Cette mesure, bien que salutaire pour éviter les interminables tractations politiques, est mal accueillie par certains membres de la curie, qui dénoncent une atteinte à leur liberté.
Les nominations cardinalices du 18 septembre 1294 sont également mal acceptées, marquées par la volonté de doubler le nombre d’électeurs du conclave, et surtout par l’influence politique extérieure. Qu’on en en juge : sur les douze cardinaux nommés, sept sont des Français. Cette situation fragilise davantage l’autorité de Célestin. L’absence de promotion pour les ordres dominicains et franciscains est également remarquée. Ces déséquilibres alimentent les tensions et renforcent l’image d’un pape sous tutelle, déconnecté des réalités ecclésiastiques.
Un règne sous le feu des critiques
La situation devient rapidement intenable. Les factions rivales exploitent l’inexpérience du pontife pour avancer leurs pions. Les critiques se multiplient, certains accusant Célestin de faiblesse, d’autres d’être un jouet entre les mains des puissants. Même parmi les fidèles, le doute s’installe : peut-on espérer un renouveau spirituel d’un homme si mal préparé à la charge ?
Conscient de ses limites, accablé par le poids des responsabilités et les intrigues qui l’entourent, Célestin V réalise qu’il ne peut pas continuer ainsi. Pour un homme habitué à la vie d’ermite, le chaos de la papauté est devenu insupportable. La renonciation se dessine alors comme une issue inévitable. Cette décision pose une question théologique cruciale : un pape peut-il renoncer à une charge perçue comme divine sans trahir son mandat spirituel ?
Renonciation : Un geste radical et inédit
Pourquoi « renoncer » et non « abdiquer » ?
Le 13 décembre 1294, Célestin V annonce qu’il quitte la papauté. Mais attention : pas d’abdication. Dans l’Église, on renonce, car la papauté n’est pas un trône, mais une charge sacrée confiée par Dieu. Le droit canonique le dit : un pape peut renoncer librement, sans avoir besoin d’aucune approbation. Ce geste n’est donc pas un abandon politique, mais un acte de lucidité spirituelle.
Le courage de la simplicité
Lors de sa renonciation, Célestin V pose un geste hautement symbolique : il descend de son trône, retire sa tiare et ses vêtements pontificaux pour revêtir l’habit gris de son ordre. Selon des témoins, il aurait également déclaré : « Frères, vous voyez que j’ai abandonné cette dignité ; je vous prie et adjure par le sang de Jésus et par sa mère de donner rapidement à l’Église un homme bon, qui soit utile à l’Église, à la chrétienté et à la Terre sainte. » Cette scène, où le pape revient à une simplicité presque ascétique, marque un moment d’une grande intensité spirituelle et théologique.
Il justifie sa décision par son âge avancé, son incapacité à gouverner et son désir de retourner à la prière. Certains applaudissent son humilité ; d’autres, comme Dante Alighieri, voient dans ce « grand refus » une lâcheté, une fuite face à des responsabilités sacrées. Mais peut-on vraiment juger une décision si intime et si spirituelle ?
Entre captivité et sanctification
L’aspiration du pape émérite à reprendre sa vie de prière et à retrouver le silence des montagnes va se heurter à la dure réalité de la politique.
Une captivité imposée
Son successeur, Boniface VIII, est élu le 24 décembre 1294. Bien que cette élection soit canonique, certains, comme le roi de France Philippe le Bel (1285-1314), accusent Boniface d’avoir contraint Célestin à abdiquer. Cette contestation alimente les tensions entre papauté et royaumes européens. Voyant en Célestin V une menace et craignant un schisme, Boniface ordonne d’abord une surveillance étroite de son prédécesseur puis son arrestation. Transféré d’un lieu à l’autre, il finit par être emprisonné au château de Fumone, dans le sud du Latium. Les conditions de sa détention sont austères, presque inhumaines. On raconte qu’il est enfermé dans une cellule sombre, à peine ventilée, où il passe ses derniers mois dans une solitude écrasante.
Canonisation et vénération
L’ancien pape meurt le 19 mai 1296, à l’âge de 81 ans. Les circonstances de sa mort suscitent des interrogations : certains parlent d’un décès naturel dû à l’épuisement, d’autres évoquent un possible empoisonnement. En 1313, sous le pontificat du pape français Clément V (1305-1314), Célestin V est canonisé. Ce geste symbolique marque la reconnaissance de sa sainteté et de son renoncement à une charge écrasante, mais contrairement à la Tradition, l’Eglise ne le reconnait pas martyre. Chaque année, la Perdonanza Celestiniana, célébrée à L’Aquila, rappelle en revanche son message de pardon et de réconciliation.
Soulignons enfin, que le le long conflit entre Boniface VIII et Philippe le Bel sera marqué par l’« attentat » d’Anagni de 1303 et les accusations d’usurpation, auront des répercussions sur les conclaves suivants. La tension entre factions pro et anti-Boniface mènera à un conclave interminable entre 1304 et 1305, jusqu’à l’élection du pape français Clément V, marquant un tournant dans l’histoire de la papauté, avec l’installation des papes à Avignon (1309-1377).
Un héritage intemporel
Cette renonciation n’a pas seulement marqué son époque, mais a aussi ouvert un débat théologique et politique durable. Des intellectuels de renom, comme Pierre de Jean Olivi et Gilles de Rome, ont défendu sa légitimité, affirmant qu’un pape incapable de gouverner devait, en conscience, renoncer. Ce geste, parfaitement régulier d’un point de vue canonique, n’a pourtant pas empêché la contestation.
Cette renonciation de Célestin V n’est pas unique dans l’histoire de la papauté, mais extrêmement rare. J’ai comptabilisé cinq papes qui ont officiellement renoncé à leur charge dont deux qui ont précédé Célestin :
- Pontien (230-235) qui renonce à sa charge en pleine persécution impériale, après avoir été déporté en Sardaigne, pour permettre l’élection d’un successeur.
- Benoît IX (1032-1044, 1045, 1047-1048) : un cas unique et incroyable dans l’histoire dont j’écrirai un article, marqué par trois pontificats interrompus, et qui a même vendu sa papauté en 1045.
- Célestin V (1294)
- Grégoire XII (1406-1415) qui se retire pour mettre fin au Grand Schisme d’Occident.
- Benoît XVI (2005-2013) qui renonce en raison de son âge avancé et de sa santé déclinante, devenant le premier pape à faire ce choix depuis près de 600 ans.
Un modèle inspirant
Célestin V reste une figure ambivalente. Pour certains, son geste incarne une faiblesse ; pour d’autres, comme moi, il est le sommet de l’humilité chrétienne. Sa renonciation pose une question intemporelle sur les limites humaines face à une charge perçue comme divine. En quittant la papauté, Célestin V rappelle que même les charges les plus élevées doivent être assumées avec conscience. Son geste, loin d’être une simple fuite, ouvre une réflexion sur les limites humaines face à des responsabilités écrasantes. À travers son renoncement, il pose une question intemporelle : jusqu’où un homme peut-il aller pour rester fidèle à lui-même ?
Chronologie
230 Août 28 – Pontien renonce à sa charge.
Déporté en Sardaigne sous l’empereur Maximin le Thrace, Pontien renonce volontairement pour permettre l’élection d’un successeur. C’est la première renonciation papale documentée.
1032 – Début du premier pontificat de Benoît IX.
Élu très jeune, Benoît IX est l’un des papes les plus controversés de l’histoire.
1044 – Benoît IX renonce à sa charge pour la première fois.
Après un règne tumultueux, il quitte le trône, mais y revient en 1045.
1045 – Benoît IX vend sa papauté.
Il cède son trône à son parrain, Jean Gratien, qui devient le pape Grégoire VI.
1047 – Retour de Benoît IX.
Il reprend brièvement la papauté avant d’être déposé définitivement en 1048.
1292 Avril – Décès de Nicolas IV.
Le trône de Saint-Pierre reste vacant pendant 27 mois, une période marquée par des divisions au sein du Collège des douze cardinaux.
1293 Octobre – Réunion des cardinaux à Pérouse.
Les cardinaux, incapables de s’accorder à Rome, se réunissent à Pérouse pour tenter de résoudre l’impasse.
1294 Mars – Arrivée de Charles II d’Anjou.
Le roi de Naples pousse à une élection papale pour ses propres intérêts politiques.
1294 Juillet 5 – Élection de Pietro de Morrone.
Pietro, ermite renommé pour sa sainteté, devient Célestin V, 192ᵉ pape de l’Église catholique.
1294 Août 29 – Couronnement de Célestin V.
Il est couronné à L’Aquila, dans la basilique Sainte-Marie de Collemaggio.
1294 Septembre 18 – Nomination de 12 cardinaux.
Ces nominations, influencées par Charles II, suscitent des critiques.
1294 Décembre 10 – Publication de la bulle sur la renonciation papale.
Célestin V promulgue une bulle permettant juridiquement la renonciation d’un pape.
1294 Décembre 13 – Renonciation de Célestin V.
Il quitte volontairement la papauté, invoquant son incapacité à gouverner et son désir de retourner à la prière.
1294 Décembre 24 – Élection de Boniface VIII.
Le cardinal Benedetto Caetani, qui avait conseillé la renonciation de Célestin V, est élu pape sous le nom de Boniface VIII.
1296 Février – Publication de la bulle *Clericis Laicos*.
Boniface VIII interdit aux autorités laïques de taxer le clergé sans autorisation papale, exacerbant les tensions avec les royaumes de France et d’Angleterre.
1296 Mai 19 – Décès de Célestin V.
Il meurt en captivité au château de Fumone, dans des conditions austères.
1300 – Institution du premier jubilé.
Boniface VIII proclame une Année Sainte, permettant aux pèlerins à Rome de bénéficier d’indulgences spéciales moyennant rétribution. Cet événement attire des milliers de fidèles et renforce l’autorité spirituelle de la papauté.
1302 – Bulle *Unam Sanctam*.
Boniface VIII affirme la suprématie absolue du pape sur tous les rois chrétiens, provoquant un conflit direct avec le roi de France, Philippe le Bel.
1303 Septembre – Attentat d’Anagni.
Boniface VIII est attaqué par des agents de Philippe le Bel dans sa résidence à Anagni, un événement qui marque l’humiliation de la papauté face au pouvoir royal croissant.
1303 Octobre 11 – Décès de Boniface VIII.
Le pape meurt quelques semaines après l’attentat d’Anagni, laissant une papauté affaiblie face aux ambitions des monarchies européennes.
1313 Mai 5 – Canonisation de Célestin V.
Le pape Clément V canonise Célestin V, reconnaissant sa sainteté et son renoncement exemplaire.
1406 – Élection de Grégoire XII.
Son pontificat est marqué par le Grand Schisme d’Occident.
1415 – Renonciation de Grégoire XII.
Il abdique pour rétablir l’unité de l’Église, permettant la fin du Grand Schisme lors du Concile de Constance.
2005 avril 19 – Élection de Benoît XVI.
Benoît XVI devient le 265ᵉ pape de l’Église catholique.
2013 Février 28 – Renonciation de Benoît XVI.
Il invoque son âge avancé et sa santé déclinante, devenant le premier pape à renoncer depuis près de 600 ans.
Ce qu'il faut retenir
-
Un pape atypique : Célestin V, moine-ermite élu pape à 79 ans, a marqué l’histoire par son humilité et sa spiritualité, mais son manque d’expérience administrative a rapidement révélé ses limites.
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Un contexte politique tendu : Élu après 27 mois de vacance papale, son pontificat fut manipulé par Charles II d’Anjou, reflétant les luttes de pouvoir entre grandes puissances européennes.
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Des réformes marquantes : Malgré sa brièveté, son pontificat a rétabli la constitution Ubi periculum pour encadrer les conclaves, mais ses nominations cardinalices ont renforcé les tensions au sein de l’Église.
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Une renonciation historique : Le 13 décembre 1294, il renonce volontairement à sa charge, un geste inédit pour son époque, marqué par une profonde humilité et des justifications spirituelles.
-
Un après-pontificat tragique : Arrêté par son successeur Boniface VIII, il meurt en captivité en 1296. En 1313, il est canonisé, bien que non reconnu comme martyr.
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Un héritage durable : Sa renonciation a ouvert la voie à des débats théologiques sur les limites humaines face à une mission perçue comme divine. Son exemple a inspiré des figures modernes, comme Benoît XVI.
FAQ
Pourquoi Célestin V a-t-il été surnommé le "pape angélique" ?
Le surnom de « pape angélique » attribué à Célestin V trouve son origine dans une prophétie du XIIIᵉ siècle, liée à la pensée de Joachim de Flore, un moine calabrais influent. Joachim avait prédit l’avènement d’une ère du Saint-Esprit, marquée par un renouveau spirituel sous l’égide d’un « ange-pape ». La réputation de sainteté de Pietro de Morrone, sa vie ascétique en tant qu’ermite, ainsi que son désintérêt apparent pour les affaires temporelles correspondaient parfaitement à cette vision. Les contemporains voyaient en lui une figure charismatique, capable de ramener l’Église à ses valeurs fondamentales. Cependant, son pontificat court et troublé a démontré les limites de cette idéalisation dans le contexte politique de l’époque.
Quels étaient les enjeux du traité de Lajunquera approuvé par Célestin V ?
Le traité de Lajunquera, conclu en 1293 entre Charles II d’Anjou et Jacques II d’Aragon, portait sur l’évacuation de la Sicile, occupée par Frédéric II, frère de Jacques. Cet accord stipulait que Frédéric devait abandonner l’île au profit de la papauté, qui la remettrait ensuite sous le contrôle des Angevins. L’approbation papale était cruciale pour garantir la validité politique et religieuse de cet accord.
Célestin V, sous l’influence directe de Charles II, a ratifié le traité peu après son élection. Cette approbation a renforcé les ambitions stratégiques de Charles II en Italie, mais elle a également révélé la manipulation politique exercée sur Célestin. Ce traité symbolise la manière dont les puissances temporelles utilisaient l’autorité pontificale pour légitimer leurs objectifs géopolitiques.
Qu’est-ce qu’une basilique ?
Une basilique, dans le contexte chrétien, est un édifice religieux qui bénéficie d’un statut particulier accordé par le pape en raison de son importance historique, architecturale ou spirituelle. À l’origine, le terme désignait des bâtiments publics romains servant de lieux de réunion ou de tribunal. Avec l’émergence du christianisme, le modèle architectural de la basilique a été adapté pour les églises.
On distingue deux types principaux :
Basilique majeure : Il n’en existe que quatre dans le monde, toutes situées à Rome (comme la basilique Saint-Pierre).
Basilique mineure : Ce titre est conféré à des églises importantes, souvent liées à des événements religieux significatifs ou abritant des reliques.
La basilique Sainte-Marie de Collemaggio, où Célestin V a été couronné, est un exemple notable. Située à L’Aquila, elle est un lieu de pèlerinage et accueille chaque année la célébration de la Perdonanza Celestiniana, un événement centré sur le pardon et la réconciliation.
Doit-on parler d'Abdication, Démission ou Renonciation quand un souverain pontife abrège son pontifcat ?
Dans le cadre de la papauté, la renonciation est le terme officiellement utilisé par l’Église pour décrire le départ volontaire d’un pape. Cependant, dans certains contextes historiques, le terme d’abdication peut-petre également employé, bien que moins adapté. En revanche, on ne parle jamais de démission.
La renonciation : le terme canonique
- Définition : En droit canonique, la renonciation désigne le fait pour un pape de quitter volontairement son office. Ce départ doit être librement consenti et exprimé clairement, conformément au canon 332, §2 du Code de droit canonique.
- Papes concernés :
- Célestin V (1294) : Après seulement quelques mois de règne, ce moine austère renonça volontairement à la papauté, fatigué par les lourdes responsabilités et préférant retourner à la vie monastique.
- Benoît XVI (2013) : Premier pape à renoncer depuis plus de 700 ans, il invoqua son âge avancé et son incapacité physique à continuer à exercer pleinement sa charge.
L’abdication : un terme politique et temporel
- Définition : L’abdication, généralement associée à un monarque ou à un dirigeant politique, désigne le renoncement à une fonction pour des raisons souvent pragmatiques ou forcées. Ce terme peut être employé dans un contexte historique pour souligner les dimensions temporelles et parfois transactionnelles d’un départ.
- Papes concernés :
- Benoît IX (1045) : Il abdique de manière inédite en vendant la papauté à son parrain, Jean Gratien (futur Grégoire VI), en échange d’une somme importante. Cette abdication transactionnelle est souvent citée comme un exemple extrême de corruption.
- Grégoire VI (1046) : Bien que respecté, il fut contraint d’abdiquer après avoir reconnu, lors du synode de Sutri, avoir obtenu la papauté par simonie (l’achat de la charge).
La démission : un terme administratif et non adapté
- Définition : La démission implique un départ volontaire d’un emploi ou d’une charge administrative. Ce terme est peu approprié pour un pape, car il ne reflète ni la nature sacrée de l’office pontifical ni la solennité de l’acte.
- Pourquoi non adapté ? La fonction papale n’est pas perçue comme un emploi, mais comme une mission spirituelle conférée par Dieu. Le terme « démission » banalise cet aspect sacré et n’est donc pas utilisé dans le vocabulaire canonique.
En savoir plus
» The Oxford Dictionary of Popes » par J.N. D. Kelly historien de l’Église et ancien principal du St Edmund Hall d’Oxford offre une synthèse incontournable des biographies pontificales, enrichie de ses recherches sur la papauté et son rôle historique.
« Histoire des Conclaves » par Yves Chiron. C’est un ouvrage que j’apprécie particulièrement pour sa richesse d’informations.
« Ces Douze papes qui ont bouleversé le monde » par Christophe Dickès historien et journaliste, propose une réflexion intéressante sur les pontifes qui ont façonné l’histoire de l’Église et du monde.
« Les Papes » par Richard P. McBrien professeur de théologie à l’Université de Notre Dame, présente une vision complète et critique du rôle spirituel et politique des souverains pontifes à travers les siècles.
« Le Grand Schisme d’Occident » par Joëlle Rollo-Koster historienne renommée, analyse les causes et conséquences de cet épisode tumultueux, qui a profondément marqué les dynamiques politiques et religieuses de l’Europe médiévale.
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