Les prémices des invasions mongoles au Japon
Kubilai Khan, après une lutte impitoyable pour le pouvoir, s’impose en 1260 comme le grand khan de l’Empire mongol et fonde la dynastie Yuan (R : 1260-1294). Cet empire, gigantesque et insatiable, dévore les territoires de façon frénétique. À son apogée, vers 1279, il s’étendra sur environ 33 millions de km2 couvrant des steppes infinies, des déserts brûlants et des cités foisonnantes de l’Asie jusqu’à l’Europe de l’Est. Mais ne brulons pas les étapes, et revenons en 1270, après près de 40 ans de résistance et de sang versé, lorsque la Corée tombe sous la domination mongole. Ce territoire conquis, Kubilai Khan ne peut se satisfaire de ce triomphe. Ses yeux, avides et ambitieux, se tournent vers l’Est, où se dessine l’ombre mystérieuse de l’Empire du soleil levant, le Japon. Cette appellation, loin d’être anodine, capture toute la symbolique de cette terre : un pays où le soleil semble surgir le premier, où la lumière divine baigne les montagnes sacrées et où l’honneur samouraï s’élève comme un défi aux envahisseurs.
Les raisons de l'ambition expansionniste vers le Japon
Le Japon, « l’origine du soleil », un nom qui étincelle comme une promesse céleste. Nihon (日本), ces deux caractères résonnent dans l’esprit de Kubilai Khan comme un défi à sa toute-puissance. Pour lui, ce n’est pas seulement un bout de terre de plus à griffer sur sa carte déjà trop petite. C’est l’épreuve ultime, le territoire aux frontières invisibles, auréolé d’une lumière que même le grand khan n’a pas encore domptée. Un archipel où l’honneur des samouraïs, comme la lueur du matin, s’élève sans jamais plier.
Les récits de Marco Polo, brodés d’or et d’exagérations, dépeignent un Japon mirifique, pavé de richesses et de légendes. Kubilai, dont la soif de conquête ne connaît pas de fin, entend ces histoires comme des appels. Pour lui, la paix n’est pas un marchandage, c’est une conquête. La soumission ? Elle s’écrit d’abord par une approche d’appel à la soumission consentie, à défaut, dans le sang et s’impose par la flamme. L’Empire mongol, orgueilleux et insatiable, ne tolère pas l’insolence d’un royaume qui brille seul à l’Est. Le Japon, ce symbole étincelant, doit ployer, et Kubilai est prêt à tout pour en faire un mythe vaincu.
Entre diplomatie et ultimatum
Dès 1266, la machine diplomatique se met en branle. Kubilai Khan envoie ses premiers émissaires porter un message clair : la soumission ou la guerre. Ces ambassadeurs, confrontés au chinzei-bugyō (le commissaire à la défense de l’Ouest), voient leurs missives passées au shogunat de Kamakura, alors dirigé par Hōjō Tokimune (R : 1268-1284), et à l’empereur reclus dans l’élégance feutrée de la Cour impériale à Kyōto.
Mais le Japon reste impassible. Les requêtes mongoles glissent comme la pluie sur le bois des temples. Tokimune, appuyé par des moines bouddhistes revenus de Chine et épris d’une ferveur inébranlable, demeure sourd aux menaces. Les ambassades de 1268 et celles qui suivent jusqu’en 1273 essuient le même mépris. Les mains des émissaires rentrent vides. Il nous faut toutefois nuancé l’attitude japonaise. Car la Cour impériale a, un temps, envisagé de se soumettre pour épargner l’archipel. Mais, Tokimune tranche avec une résolution glaciale : le Japon ne pliera pas. Ces échanges, vides de mots mais lourds de sens, cristallisent la tension entre deux mondes qui s’apprêtent à se heurter.
L'éveil militaire japonais face à la menace
Tokimune se prépare. Les samouraïs de Kyūshū, qui constituent la première ligne de défense, sont rappelés à leurs terres. La baie de Hakata, point de débarquement potentiel, voit ses côtes se hérisser de défenses rudimentaires. Les temples, quant à eux, résonnent de prières ferventes. Les divinités shintoïstes et bouddhistes sont invoquées avec l’espoir que l’archipel, cette « terre de l’aube », sera protégée par des forces qui échappent à la simple puissance des armes.
Les difficultés mongoles et les préparatifs en Corée
Pendant ce temps, de l’autre côté de la mer, l’Empire mongol s’agite. S’il règne sans partage sur la Corée depuis 1270, il lui manque encore les moyens logistiques pour une invasion d’une telle ampleur. Construire une flotte capable de transporter des milliers de soldats et de résister aux caprices des eaux japonaises prend du temps. Les coréens, sous la domination mongole mais hésitants et réticents, peinent à fournir le soutien logistique et matériel espéré. En 1273, une avant-garde est envoyée en Corée pour tester les eaux, mais l’entreprise s’effondre, accablée par des problèmes de ravitaillement. Les soldats, affamés et à bout, rebroussent chemin vers la Chine.
Chronologie
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- 1206 – Gengis Khan fonde l’Empire mongol, unifiant les tribus des steppes d’Asie centrale.
- 1215 – Prise de Pékin par Gengis Khan.
- 1223 – Bataille de la Kalka et première confrontation avec les principautés russes.
- 1236-1240 – Conquête des principautés russes.
- 1240-1250 – Expansion en Europe de l’Est.
- 1241 – Batailles de Liegnitz et de Mohi.
- 1242 – Retrait mongol d’Europe.
- 1252 – Soumission du Tibet.
- 1253-1256 – Conquête de la Perse et fondation de l’Ilkhanat.
- 1258 – Prise de Bagdad par les Mongols.
- 1260 – Bataille d’Aïn Jalut.
- 1260 – Kubilai Khan devient le grand khan de l’Empire mongol.
- 1266-1273 – Envoi d’ambassades au Japon pour exiger la soumission.
- 1270 – La Corée tombe sous la domination mongole.
- 1271 – Kubilai Khan fonde la dynastie Yuan en Chine.
- 1274 – Première tentative d’invasion du Japon.
- 1281 – Seconde tentative d’invasion du Japon.
- 1285 – Expéditions contre l’Europe centrale.
- 1287 – Révolte de Nayan contre Kubilai Khan.
- 1290 – Consolidation de l’Ilkhanat en Perse.
- 1293 – Expédition mongole contre Java.
- 1294 – Mort de Kubilai Khan.
L’empire naît de l’ambition et du génie militaire de Gengis Khan, qui commence à conquérir des territoires vastes et diversifiés.
La capitale de la dynastie Jin tombe sous les assauts des Mongols, marquant une avancée majeure dans la conquête de la Chine du Nord.
Les forces mongoles dirigées par Subötaï et Djebé infligent une défaite écrasante aux forces russo-kiptchaks, ouvrant la voie à de futures invasions.
La campagne menée par Batu Khan et la Horde d’Or conduit à la soumission des principales cités russes, notamment Kiev en 1240.
Les Mongols conquièrent plusieurs territoires européens, incluant la Bulgarie de la Volga et s’imposent comme une puissance influente dans les Balkans. Les royaumes de Pologne et de Hongrie subissent des raids répétés.
Les Mongols remportent des victoires décisives contre les armées européennes de la Pologne et de la Hongrie, marquant leur avancée vers l’Europe centrale.
Après la mort d’Ögedei Khan, les armées mongoles se retirent d’Europe centrale pour participer à l’élection du nouveau grand khan, mettant temporairement fin à leur expansion vers l’ouest.
Les Mongols étendent leur domination sur le Tibet, consolidant leur influence sur la région et établissant des relations avec les dirigeants bouddhistes tibétains.
Hülegü Khan envahit la Perse, détruit les puissances locales, notamment les Assassins d’Alamut, et établit l’Ilkhanat, un État mongol couvrant la Perse et le Moyen-Orient.
Hülegü Khan s’empare de Bagdad, marquant la fin du califat abbasside et l’une des conquêtes les plus marquantes de l’Empire mongol.
Les Mongols subissent leur première défaite significative face aux Mamelouks d’Égypte, marquant un coup d’arrêt à leur expansion vers l’ouest.
Après une lutte acharnée pour le pouvoir, Kubilai s’impose comme le souverain de l’Empire mongol et initie des réformes administratives tout en consolidant son pouvoir en Chine.
Kubilai Khan envoie à plusieurs reprises des émissaires au Japon pour demander sa soumission pacifique, mais les demandes restent ignorées ou sont repoussées par le shogunat de Kamakura.
Après près de 40 ans de combats et de résistance, la Corée devient un vassal de l’Empire mongol, offrant une base stratégique pour les ambitions expansionnistes de Kubilai Khan.
La prise de la Chine par Kubilai Khan, après la défaite de la dynastie Song, marque l’intégration officielle de la Chine dans l’Empire mongol et l’établissement de la dynastie Yuan.
Kubilai Khan envoie une flotte depuis la Corée pour tenter de conquérir le Japon. La tentative échoue en grande partie à cause d’une tempête dévastatrice, connue plus tard sous le nom de « kamikaze » ou « vent divin ».
Une nouvelle flotte massive est lancée, mais elle est à nouveau détruite par un typhon, renforçant la croyance japonaise en la protection divine.
Les Mongols lancent de nouveaux raids dans les territoires de l’Europe centrale, notamment en Hongrie et en Pologne, pour maintenir la pression sur les royaumes locaux et asseoir leur influence.
Le prince Nayan, un cousin de Kubilai, se rebelle contre son autorité. Kubilai Khan réprime la révolte avec succès, consolidant davantage son pouvoir.
L’Ilkhanat, sous le règne des descendants de Hülegü, continue de s’étendre et de se renforcer, devenant un centre de pouvoir et de culture islamique tout en restant affilié à l’Empire mongol global.
Kubilai Khan envoie une expédition punitive contre le royaume de Singasari sur l’île de Java. Bien que la force initiale réussisse à débarquer, elle est finalement repoussée, marquant l’une des dernières grandes campagnes de Kubilai Khan.
Kubilai Khan meurt après avoir établi un empire couvrant une grande partie de l’Asie, mais son règne marque aussi le début du déclin progressif de l’Empire mongol.
Ce qu'il faut retenir
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Kubilai Khan, grand khan de l'Empire mongol et fondateur de la dynastie Yuan, ambitionne de conquérir le Japon dès 1266.
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Le Japon, mené par le shogun Hōjō Tokimune, refuse les demandes répétées de soumission mongoles. Les réponses du shogunat de Kamakura sont glaciales.
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Les préparatifs de défense japonaise s’intensifient, notamment sur la côte de Kyūshū, avec des fortifications et des prières ferventes aux divinités shintoïstes et bouddhistes.
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Les Mongols, bien qu’ayant soumis la Corée en 1270, peinent à construire une flotte d'invasion suffisante en raison des difficultés logistiques et du soutien réticent des Coréens.
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Les présages évoquent un tournant inattendu dans l'histoire, laissant entrevoir l'intervention d'une force naturelle qui pourrait défier la puissance mongole.
FAQ
Qui était Kubilai Khan et pourquoi est-il important dans l'histoire des Mongols ?
Kubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan, fut le fondateur de la dynastie Yuan et le grand khan de l’Empire mongol de 1260 à 1294. Il est célèbre pour avoir intégré la Chine dans l’empire mongol et pour ses ambitions expansionnistes, notamment vers le Japon. Son règne marque la transition entre les conquêtes brutales des Mongols et une administration plus structurée.
Quel rôle la Corée a-t-elle joué dans les préparatifs des invasions mongoles ?
La Corée, conquise par les Mongols en 1270, a été utilisée comme base logistique et militaire pour la préparation des invasions du Japon. Cependant, les Coréens, bien qu’assujettis, ont souvent montré une réticence à soutenir pleinement les ambitions mongoles, ce qui a compliqué les préparatifs de Kubilai Khan.
Qui est Hōjō Tokimune ?
Hōjō Tokimune (1251-1284) était un régent japonais du shogunat de Kamakura, membre de la puissante famille Hōjō qui exerçait un pouvoir effectif sur le Japon en tant que régente des shoguns. Il est particulièrement connu pour avoir dirigé la défense du Japon lors des deux tentatives d’invasion mongoles en 1274 et 1281, sous le règne de Kubilai Khan. Tokimune incarne la résistance inébranlable du Japon face à l’empire le plus vaste de l’époque. Sa détermination se manifeste notamment par sa célèbre décision de rejeter les ultimatums de soumission envoyés par les Mongols, renforçant ainsi la préparation militaire et invoquant l’esprit combatif des samouraïs. Soutenu par la ferveur bouddhiste zen, Tokimune est entré dans l’histoire comme un symbole de courage et de défense nationale.
En savoir plus
« L’Empire des steppes : Histoire des Mongols » par René Grousset – Un classique incontournable qui retrace l’ascension des Mongols depuis Gengis Khan jusqu’à la fin de l’empire. Cet ouvrage détaille les conquêtes, l’organisation politique et les motivations expansionnistes, incluant le règne de Kubilai Khan.
« Kubilai Khan : le génie visionnaire de l’empire mongol » par John Man (traduction en français) – Cette biographie explore en profondeur la vie et les ambitions de Kubilai Khan, mettant en lumière ses campagnes militaires et ses projets d’expansion, y compris vers le Japon.
« Le Japon médiéval : Le shogunat de Kamakura à Muromachi » par Pierre-François Souyri – Un excellent ouvrage pour comprendre le contexte historique du Japon et les défis auxquels le shogunat de Kamakura a dû faire face, y compris les menaces extérieures telles que l’invasion mongole.
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