Réactions des 11 Groupes politiques parlementaires

au discours de politique générale de Michel Barnier

Au lendemain du discours de politique générale de Michel Barnier, les 11 groupes politiques de l’Assemblée nationale,  un nombre record sous la 5ème République, ont réagi avec des positions très contrastées, reflétant leurs divergences idéologiques et leurs priorités.

Rassemblement National

Marine Le Pen, présidente du groupe RN avec , a vivement critiqué le discours, accusant Barnier de « timidité » sur des sujets comme l’immigration et la sécurité nationale. Elle a reproché au Premier ministre de ne pas aller assez loin en matière de fermeté sur l’expulsion des délinquants étrangers et de ne pas rompre avec l’Europe sur des sujets de souveraineté. Le Pen a également jugé les mesures économiques trop faibles pour répondre aux attentes des classes moyennes, réclamant des baisses de TVA sur les produits essentiels pour redonner du pouvoir d’achat aux Français. 

Parmi les exigences minimales fixées par le RN figurent la mise en place de la proportionnelle, une politique de « baisse de l’immigration » avec des actions concrètes dès 2025, et le refus de toute hausse fiscale sans mesures compensatoires pour les ménages modestes. Cette stratégie vise à rassurer son électorat, déçu par les résultats des élections législatives, tout en gagnant en crédibilité politique et en se présentant comme une force « responsable » et « constructive ».

Ensemble pour la République

Sylvain Maillard pour son parti présidé par Gabriel ATTAL, a apporté un soutien appuyé à Michel Barnier. Il a défendu le pragmatisme du Premier ministre en matière de sécurité, de niveau de vie, et de réduction des déficits publics. Selon Maillard, les propositions de Barnier sont une continuité nécessaire face aux crises multiples que la France affronte, notamment sur la dette publique et le logement. Il a rappelé que la majorité soutiendrait fermement la démarche budgétaire afin de revenir sous les 3 % de déficit d’ici 2029, tout en saluant l’importance des mesures en faveur de l’industrie, comme le nouveau livret d’épargne dédié.

Droite Républicaine

Olivier Marleix, a réagi pour son mouvement favorablement aux propositions fermes sur l’immigration et la sécurité, qualifiant ces mesures de « nécessaires » pour répondre aux attentes des Français. Toutefois, il a demandé au gouvernement de renforcer encore la politique de contrôle des frontières et d’accélérer les expulsions des immigrés en situation irrégulière. Marleix a également salué la revalorisation du Smic, mais a exhorté le gouvernement à se concentrer sur la baisse des charges pesant sur les entreprises pour soutenir la compétitivité et la création d’emplois.

Les Démocrates

Jean-Paul Mattei, président du groupe MoDem, a pris acte des efforts budgétaires annoncés par Barnier, en particulier sur la maîtrise de la dette publique, mais a demandé plus de transparence et de précisions quant aux économies prévues. Mattei a mis l’accent sur l’importance de garantir un équilibre entre rigueur budgétaire et préservation du pouvoir d’achat. Il a souligné le soutien du MoDem aux réformes fiscales, mais a aussi averti du risque de faire peser trop de pression sur les ménages les plus modestes.

Horizons & apparentés

Le groupe Horizons & Indépendants présidé par Laurent Marcangeli est également attaché à sa liberté et posent des exigences moins strictes que leurs alliés macronistes, au nouveau chef de gouvernement. Leur chef a déclaré qu’il se sent « plutôt en phase avec ce que propose Michel Barnier et plaide pour une plus grande « fermeté » en matière d’immigration, tout en préservant l’Aide Médicale d’État (AME). Il est également peu enclin à soutenir d’éventuelles augmentations d’impôts. De plus, les membres du groupe d’Édouard Philippe s’opposent à l’introduction d’une proportionnelle, défendu par le MODEM.

Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires (LIOT)

Stéphane Lenormand, président du groupe LIOT  positionne son parti à la fois comme force d’« opposition » et de « construction ». Transpartisan, il rassemble des socialistes dissidents, des centristes de l’UDI ainsi que des élus ultramarins. Il a regretté l’absence de mesures concrètes pour ces régions, soulignant les difficultés croissantes liées au coût de la vie et aux infrastructures. Il a appelé le Premier ministre à engager un dialogue accru sur la fiscalité locale pour répondre aux attentes des élus territoriaux et à mieux prendre en compte les besoins de proximité.

Union des Droites pour la République (UDR)

Eric Ciotti, président du groupe UDR, qualifié d’allié de Marine le Pen critique le discours de Barnier en le qualifiant de « tisane alors qu’il faut de la chirurgie »

La France Insoumise

Le discours de la France Insoumise, prononcé par Mathilde Panot, en réaction à la nomination de Michel Barnier comme Premier ministre, est marqué par une dénonciation virulente de l’absence de légitimité démocratique du gouvernement. Comparant la situation au règne de Caligula, la France Insoumise critique la nomination de Barnier, un Premier ministre issu d’un parti minoritaire, comme une stratégie antidémocratique d’Emmanuel Macron pour contourner les résultats des urnes. La coopération avec le Rassemblement national est vivement dénoncée, Barnier étant décrit comme « otage » de l’extrême droite, notamment à travers la nomination de ministres aux positions ouvertement réactionnaires sur les droits sociaux et civiques. Sur le plan social, le discours fustige la poursuite des politiques d’austérité, malgré le rejet populaire de la réforme des retraites et des coupes dans les services publics, en soulignant l’écart entre les attentes des Français et la continuité des privilèges accordés aux plus riches. La France Insoumise appelle à la censure du gouvernement et à la destitution du président, jugeant que ce dernier ne respecte plus la volonté populaire, et conclut par un appel à un renouveau politique pour restaurer la justice sociale et la souveraineté populaire.

Parti Socialiste

Boris Vallaud, président du groupe PS, a exprimé un soutien nuancé, saluant certaines propositions, notamment sur le logement social et les politiques environnementales. Néanmoins, il a critiqué le manque de mesures claires pour réduire les inégalités sociales. Vallaud a insisté sur l’importance de garantir un soutien fort aux classes populaires et a appelé à une taxation plus juste des grandes fortunes pour financer les services publics. Le groupe socialiste est favorable à une meilleure redistribution, mais reste sceptique sur la capacité de Barnier à convaincre les Français.

Ecologiste et Social

Cyrielle Chatelain, présidente du groupe EELV, a jugé positivement l’ambition affichée sur la gestion de l’eau et la transition écologique, mais s’est montrée extrêmement critique face à l’insistance de Barnier sur l’énergie nucléaire. Elle a mis en garde contre les « risques » liés à un soutien accru à cette énergie et a dénoncé l’assouplissement des normes sur la construction en zone naturelle (ZAN). EELV souhaite un engagement plus fort pour atteindre les objectifs climatiques, sans compromis avec les intérêts industriels.

Gauche Démocrate et Républicaine

André Chassaigne, président du groupe GDR, a critiqué la focalisation sur la réduction des dépenses publiques, dénonçant une politique d’austérité qui, selon lui, fragiliserait davantage les services publics essentiels. Il a accusé le gouvernement de se plier aux exigences européennes au détriment des travailleurs. Chassaigne a réclamé des mesures pour revaloriser les salaires dans le secteur public et une relance massive des investissements dans les infrastructures, tout en critiquant les choix énergétiques, notamment le nucléaire, au profit de politiques énergétiques plus locales.

Les Non-inscrits

Les non-inscrits à l’Assemblée nationale sont des députés qui ne sont affiliés à aucun groupe parlementaire, ce qui leur confère une indépendance de vote mais limite leur visibilité et leur temps de parole. Ils n’ont pas accès aux mêmes prérogatives que les groupes parlementaires, ce qui réduit leur influence sur les débats et les commissions. Souvent isolés politiquement, ils peuvent être des dissidents ou des élus de petits partis. Leur rôle reste marginal dans l’institution, mais ils conservent une liberté d’action plus grande.


Pour en savoir plus

Discours de politique générale de Michel Barnier du 1er Octobre 2024

1ère Motion de censure déposée par le Nouveau Front Populaire, Boris Vallaud, Mathilde Panot, Cyrielle Chatelain, André Chassaigne et 188 de leurs collègues dont le vote s’est déroulé le 8 Octobre 2024. En ne recueillant que 197 voix pour, elle est rejetée. La motion de censure a été invoquée selon l’article 49, alinéa 2 de la Constitution française qui permet à l’Assemblée nationale de mettre en cause la responsabilité du gouvernement en adoptant une motion de censure. Une telle motion n’est recevable que si elle est signée par un dixième au moins des membres de l’Assemblée nationale. Le vote ne peut avoir lieu que quarante-huit heures après son dépôt. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure, qui ne peut être adoptée qu’à la majorité absolue des membres composant l’Assemblée nationale, soit 289 voix. 

2ème motion de censure déposée par Mme Mathilde PANOT, M. Boris VALLAUD, Mme Cyrielle CHATELAIN, M. André CHASSAIGNE et 181 de leurs collègues en application de l’article 49, alinéa 3, de la Constitution. Votée le 4 décembre 2024, elle a été adoptée par 331 voix contre le projet de loi de finances de la sécurité sociale pour 2025. En raison de l’adoption de la motion de censure et conformément à l’article 50 de la Constitution M. le Premier Ministre a remis à M. le Président de la République, la démission de son gouvernement. C’est la deuxième fois dans l’histoire de la 5ème République qu’un gouvernement tombe sous l’effet d’une motion de censure. Georges Pompidou avait connu le même sort en 1962.


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