1er octobre 1827
Erevan tombe, l’Histoire bascule
Erevan, perle du Caucase, dispose d’une citadelle jugée à tort imprenable. Pour comprendre ce qui se joue le 1er octobre 1827, il faut remonter aux racines profondes de cette ville, une ville dont l’origine remonte à l’antique forteresse d’Erebouni, fondée en 782 av. J.-C. par le roi urartéen Argishti I. Depuis près de 2 600 ans, Erevan se dresse comme un carrefour stratégique dans la région, entre l’Orient et l’Occident. Elle a vu défiler les empires : urartéens, arabes, seldjoukides, et, plus récemment, perses. Chaque puissance qui a dominé ces terres a vu en Erevan bien plus qu’une simple cité : c’était la clé du Caucase.
Erevan : un verrou stratégique convoité depuis des siècles
Erevan n’est pas qu’une forteresse. C’est une pièce maîtresse du puzzle géopolitique du Caucase. Son rôle stratégique, en tant que centre militaire et économique, est indéniable. Sous la domination perse, elle devient le bastion de la résistance contre les incursions russes et ottomanes. Mais ce 1er octobre 1827, la puissance de cette ville vacille sous les coups de l’armée russe, dirigée par le général Ivan Paskevitch. Ce dernier n’est pas qu’un stratège militaire : il est le marteau qui brise le dernier rempart perse dans la région. La Perse sait qu’Erevan, c’est plus qu’un point sur la carte. C’est un symbole de domination. Et cette domination est sur le point de s’éteindre.
La stratégie russe : un siège impitoyable
Ivan Paskevitch ne laisse rien au hasard. La campagne de Russie dans le Caucase est une leçon de stratégie militaire. Paskevitch comprend rapidement que pour vaincre, il faut épuiser l’ennemi. Les Russes entament un siège méthodique, coupant les lignes de ravitaillement, isolant Erevan du reste du monde. Chaque jour qui passe, les défenseurs persans s’affaiblissent. Les murs, pourtant réputés imprenables, ne protègent plus qu’un peuple acculé, affamé, désespéré. Le siège est implacable. Paskevitch attend son heure. Et quand vient le moment, il frappe. L’assaut final est d’une brutalité rare. Les canons russes éventrent les fortifications. Les soldats pénètrent dans la ville. En quelques heures, ce qui semblait indestructible tombe comme un château de cartes.
Les Perses, sous la dynastie Qajar, commettent plusieurs erreurs fatales lors de la défense d’Erevan. Tout d’abord, ils sous-estiment l’importance des alliances locales et de la mobilisation populaire. La population arménienne, fatiguée des siècles de domination perse, ne se rallie pas massivement à la défense de la ville, créant une faille dans la cohésion interne. Ensuite, la logistique persane est mal gérée : les lignes de ravitaillement sont coupées rapidement par les Russes, et aucune solution n’est trouvée pour soulager la garnison assiégée. Enfin, le commandement militaire perse fait preuve de lenteur et de passivité, croyant que les fortifications suffiraient à repousser l’assaut. Ces erreurs révèlent une mauvaise évaluation de la puissance et des méthodes de l’armée russe, et l’incapacité à s’adapter aux nouvelles réalités de la guerre moderne.
L’importance symbolique de la prise d’Erevan
Erevan n’est pas simplement une victoire militaire. Elle est une victoire symbolique, un coup direct porté à l’autorité perse dans le Caucase. La prise d’Erevan ouvre une voie royale à la domination russe dans la région. La Perse, autrefois maîtresse incontestée de ces terres, est humiliée. Avec Erevan, c’est toute une époque qui prend fin. La chute de la ville marque le début de la fin pour l’Empire perse dans le Caucase. La Russie, elle, s’affirme comme la nouvelle puissance incontournable de la région. Erevan devient le trophée de cet impérialisme russe en pleine expansion.
Le traité de Turkmanchai : la fin de la Perse dans le Caucase
Quelques mois après la prise d’Erevan, la Perse n’a plus d’autre choix que de capituler. Le traité de Turkmanchai, signé en 1828, scelle cette défaite. L’Arménie orientale, dont Erevan est le cœur, passe sous domination russe. Pour la Perse, c’est un désastre diplomatique et territorial. Mais pour l’Arménie, ce transfert de pouvoir marque un tournant historique. Après des siècles de domination musulmane, la région voit un renouveau de sa culture chrétienne. L’Église arménienne, longtemps marginalisée, renaît sous l’ombre protectrice de la Russie. Le traité de Turkmanchai redessine non seulement les frontières, mais aussi le paysage culturel et religieux de l’Arménie.
Un renouveau arménien sous la domination russe
La chute d’Erevan, si douloureuse pour la Perse, est perçue par certains Arméniens comme une libération. La domination perse, avec ses siècles de répression religieuse, s’achève. Sous la domination russe, l’Arménie connaît un renouveau. L’Église arménienne reprend sa place au cœur de la vie sociale et culturelle. La religion chrétienne, étouffée sous la domination musulmane, renaît. La Russie, dans son ambition impérialiste, joue ici un rôle paradoxal de protectrice de la foi chrétienne arménienne. Mais, en tant que colonisateur, Moscou impose son administration, sa culture, et contrôle les ressources locales. Ce double rôle de protecteur et de colonisateur pose la question des implications à long terme : les Arméniens sont-ils véritablement libérés ou simplement passés d’un maître à un autre ? Ce paradoxe soulève des interrogations sur la nature de l’impérialisme russe et sur les limites de l’émancipation sous un régime colonial. En attendant, le Caucase, longtemps morcelé entre puissances rivales, entre dans une nouvelle ère.
Chronologie
1502 – Début de l’occupation perse d’Erevan
L’Empire perse, sous la dynastie safavide, s’empare d’Erevan, qui devient un important bastion stratégique dans le Caucase. Pendant plus de trois siècles, Erevan reste sous le contrôle des Perses, malgré plusieurs conflits avec les Ottomans et les Russes.
1826 Juillet – Début de la guerre russo-persane
La guerre éclate entre l’Empire russe et la dynastie Qajar de Perse, avec l’objectif pour la Russie d’étendre son influence dans le Caucase. Les tensions entre les deux empires s’intensifient à cause des frontières contestées et de l’importance stratégique du Caucase.
1827 Septembre – Début du siège d’Erevan
L’armée russe, dirigée par le général Ivan Paskevitch, entame le siège d’Erevan, une forteresse clé sous contrôle perse. Les troupes russes coupent les lignes de ravitaillement, isolant les défenseurs persans et les forçant à s’épuiser.
1827 Octobre 1er – Prise d’assaut d’Erevan par les Russes
Après plusieurs semaines de siège, l’armée russe lance son assaut final. Les défenses persanes sont submergées, et la forteresse d’Erevan tombe sous contrôle russe. Cette victoire marque la fin d’une domination perse millénaire dans la région.
1828 Février – Signature du traité de Turkmanchai
Le traité met officiellement fin à la guerre russo-persane. L’Empire perse cède l’Arménie orientale, dont Erevan, à la Russie. Ce traité redéfinit les frontières du Caucase et marque un tournant majeur dans l’histoire régionale.
1828 Mars – Annexion officielle de l’Arménie orientale par l’Empire russe
À la suite du traité de Turkmanchai, la Russie intègre officiellement l’Arménie orientale à son empire, consolidant ainsi sa présence dans le Caucase. La région entre dans une nouvelle ère sous domination russe, avec des répercussions politiques et culturelles profondes.
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