12 septembre 1890
Fondation de Salisbury en Rhodésie du Sud
Contexte historique
La fondation de Salisbury marque un jalon dans l’histoire de la colonisation de l’Afrique australe. Aujourd’hui connue sous le nom de Harare, cette ville, capitale actuelle du Zimbabwe, fut fondée par la British South Africa Company (BSAC) sous la direction de Cecil Rhodes, un entrepreneur britannique au cœur de l’expansion impérialiste du Royaume-Uni en Afrique.
À la fin du XIXe siècle, les grandes puissances européennes s’adonnaient à la « ruée vers l’Afrique ». Cette période d’intense colonisation, appelée la Scramble for Africa, résultait de la compétition pour les territoires riches en ressources, régie par des traités comme celui de Berlin en 1884. L’objectif ? Découper l’Afrique en sphères d’influence sans consulter les peuples autochtones.
Cecil Rhodes, qui s’était déjà taillé un empire avec sa société De Beers dans l’exploitation des diamants, envisageait de créer un axe de contrôle britannique allant du Cap au Caire. La British South Africa Company fut l’instrument de ce projet, obtenant une charte royale en 1889, permettant de gouverner et d’exploiter les terres au nord du fleuve Limpopo. La Rhodésie du Sud, actuelle Zimbabwe, était au centre de cette ambition, car elle offrait des opportunités minières et agricoles immenses.
La mission de la Colonne des pionniers
L’acte fondateur de Salisbury s’inscrit dans la mission de la Colonne des pionniers, une expédition composée de 200 colons et 500 policiers armés, envoyée par la BSAC. Leur mission ? Étendre l’influence britannique en pénétrant dans le Mashonaland, territoire ancestral des Shonas. Le 12 septembre 1890, les pionniers établirent un fort, Fort Salisbury, sur ces terres. Ils baptisèrent la ville en hommage à Robert Cecil, marquis de Salisbury, alors Premier ministre britannique. L’objectif : renforcer le contrôle colonial et sécuriser les ressources locales pour l’exploitation.
Une croissance rapide aux dépens des locaux
Salisbury, sous la BSAC, devint rapidement un centre stratégique. Les colons bâtirent des infrastructures : routes, lignes télégraphiques et ferroviaires, tout cela destiné à connecter cette région enclavée aux marchés mondiaux et faciliter l’exploitation économique. La ligne Beira-Salisbury (1898), reliant la ville au port de Beira au Mozambique, fut déterminante dans cette expansion. Parallèlement, des hôpitaux, des écoles et des banques furent érigés pour servir les besoins des colons européens.
Cependant, cette croissance rapide masquait une réalité coloniale brutale. Les populations locales, en particulier les Shonas et les Ndebeles, furent massivement dépossédées de leurs terres. Marginalisées, elles devinrent une force de travail bon marché dans les fermes et les mines, tandis que les colons blancs accaparaient les meilleures terres et les opportunités économiques. L’injustice sociale engendrée par ce système colonial marqua la région pendant des décennies.
Résistance et répression
Les premières décennies de la colonisation furent marquées par une résistance active des populations locales. En 1896-1897, la rébellion Chimurenga, menée par les Shonas et les Ndebeles, chercha à expulser les colons. Bien que courageuse, cette révolte fut écrasée par la puissance militaire britannique, renforçant l’assujettissement des peuples indigènes.
Héritage et transition
Salisbury resta un centre névralgique de la Rhodésie du Sud tout au long de la période coloniale. Cependant, le mouvement pour l’indépendance, dirigé par des figures comme Robert Mugabe, finit par triompher. En 1980, la Rhodésie du Sud obtint son indépendance et devint le Zimbabwe. Salisbury fut rebaptisée Harare en hommage à un chef local shona, symbole d’une réappropriation de l’identité nationale.
Aujourd’hui, Harare incarne l’héritage complexe de cette histoire : une ville moderne, marquée par la lutte pour l’indépendance, mais aussi par les cicatrices profondes laissées par des décennies de domination coloniale. Si la capitale actuelle est un centre économique et politique majeur, elle reste un symbole vivant des luttes d’un passé colonial et des inégalités persistantes.
Chronologie
Contexte historique : avant 1890
16ème siècle – Les Portugais explorent l’actuel Zimbabwe.
1870-1880 -Cecil Rhodes commence à s’imposer comme une figure influente en Afrique australe grâce à ses activités dans les mines de diamants. Il fonde la société De Beers, devenant l’un des hommes les plus puissants de la région.
1884-1885 – Conférence de Berlin où les puissances européennes se partagent l’Afrique. La course à la colonisation, connue sous le nom de « Scramble for Africa », s’intensifie.
1889 – Cecil Rhodes obtient une charte royale pour créer la British South Africa Company (BSAC), qui lui permet de coloniser et d’exploiter les terres au nord du fleuve Limpopo, à condition de développer des infrastructures et de garantir l’administration britannique dans ces territoires.
Mission de la Colonne des pionniers (1890)
1890 juin 20 -Départ de la Colonne des pionniers depuis le Bechuanaland (Botswana actuel). La colonne est composée de 200 colons civils et 500 soldats sous le commandement de Sir Frederick Carrington. Leur mission est de pénétrer dans le Mashonaland et d’y établir un avant-poste britannique pour sécuriser le territoire et asseoir la domination de la BSAC.
1890 Août – La colonne arrive à Fort Tuli, un point stratégique sur le fleuve Shashi, à la frontière entre le Botswana et le Zimbabwe actuel. À ce moment, les pionniers ont déjà traversé des centaines de kilomètres dans des conditions difficiles.
1890 Septembre – Après avoir traversé le Matabeleland (pays des Ndebeles), les pionniers atteignent la région du Mashonaland, territoire des Shonas. Le choix de cette région est stratégique en raison de son potentiel agricole et minier.
1890 Septembre 12 – Fondation officielle de Fort Salisbury (nommé en l’honneur de Lord Salisbury, Premier ministre britannique), sur les terres des Shonas. L’objectif est de créer une présence permanente dans la région pour empêcher toute expansion des autres puissances coloniales (allemande, portugaise, ou boer).
Développement rapide de Salisbury (1890-1900)
1891 – La BSAC commence à développer les infrastructures de base à Salisbury. Des routes rudimentaires et des lignes télégraphiques sont installées pour relier la ville au Mozambique et faciliter les communications avec l’Afrique du Sud.
1892 – Début de la construction de la ligne de chemin de fer Beira-Salisbury, une connexion ferroviaire stratégique avec le port de Beira, contrôlé par les Portugais au Mozambique. Cette ligne permet l’exportation des ressources minières et agricoles vers les marchés internationaux.
1893 – La guerre anglo-matabele éclate entre les forces coloniales britanniques et le peuple Ndebele, dirigé par Lobengula, en raison des tensions croissantes autour de l’occupation des terres et de l’exploitation des ressources. Les Britanniques sortent victorieux, consolidant leur emprise sur la région.
1896-1897 – Le peuple Shona, rejoint par les Ndebele, se soulève contre les colons dans la première rébellion Chimurenga. Cette insurrection est brutalement réprimée par les forces coloniales britanniques. La révolte marque un tournant dans la lutte des autochtones contre l’occupation étrangère.
Salisbury sous domination britannique (1900-1965)
1900 – La ville de Salisbury continue de croître et devient le centre administratif et économique de la Rhodésie du Sud. Des banques, des hôpitaux et des écoles sont construits pour la population blanche.
1902 – La ligne de chemin de fer Bulawayo-Salisbury est achevée, reliant Salisbury à Bulawayo et facilitant les échanges commerciaux avec l’Afrique du Sud. Les ressources minières, notamment l’or et le cuivre, sont exploitées de manière intensive.
1923 – La Rhodésie du Sud obtient le statut de colonie autonome au sein de l’Empire britannique, ce qui confère à la population blanche locale une autonomie administrative. Salisbury devient la capitale officielle de cette nouvelle colonie.
1930-1940 – Période de forte croissance économique à Salisbury, stimulée par l’industrie minière et agricole. Cependant, les populations africaines sont de plus en plus marginalisées, exclues des zones urbaines et forcées de travailler dans des conditions précaires.
Le chemin vers l’indépendance (1965-1980)
1965 – Le Premier ministre Ian Smith, représentant la minorité blanche, déclare unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie du Sud vis-à-vis de la Grande-Bretagne, refusant de céder le pouvoir à la majorité noire. Cela mène à une guerre de guérilla entre le gouvernement rhodésien et les mouvements de libération africains.
1976-1979 – La guerre de libération s’intensifie sous la bannière du Front patriotique, dirigé par Robert Mugabe et Joshua Nkomo. Les forces rebelles combattent le régime blanc de Ian Smith, dans le cadre de la deuxième Chimurenga. La capitale Salisbury devient un centre de pouvoir contesté et un symbole de l’oppression coloniale.
1979 – Accord de Lancaster House à Londres qui ouvre la voie à la fin de la guerre civile et à la mise en place d’élections démocratiques au Zimbabwe.
Salisbury devient Harare (1980)
1980 avril 18 – La Rhodésie du Sud devient officiellement le Zimbabwe, avec Robert Mugabe comme Premier ministre. Le pays accède à l’indépendance après des années de lutte. La ville de Salisbury est rebaptisée Harare, en hommage au chef Shona Neharawa, et devient la capitale de ce nouvel État.
1982 : La ville adopte officiellement le nom de Harare et commence à se réinventer en tant que centre économique et politique d’un pays libéré du joug colonial, bien que les défis liés à l’héritage colonial restent énormes.
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