France 2030
Objectif 10 – Exploration des fonds marins
Avancement vers l’objectif 2030
~33 %
+8 pts vs 2025
Probabilité
4 / 10
Stable vs 2025
Mise à jour
Mars 2026
Tendance : sous-dimensionné
Exploration des fonds marins : un objectif stratégique sous-dimensionné
Avec la deuxième zone économique exclusive Zone économique exclusive (ZEE) : espace maritime sur lequel l’État côtier dispose de droits souverains en matière d’exploration et d’exploitation des ressources. au monde et plus de 10 millions de km² en eaux profondes, la France est littéralement assise sur un « continent bleu » largement inexploré. L’objectif « grands fonds marins » de France 2030 mise désormais sur la connaissance, la surveillance et la protection, plutôt que sur l’exploitation minière.
Mise à jour au 12 mars 2026
Les grandes étapes de la stratégie « grands fonds marins »
2021–2022
Lancement France 2030
Volet « Grands fonds marins » inscrit dans l’économie bleue
2023
Structuration du programme
Lancement de l’objectif « Grands fonds » et premières missions
2024
Appel à projets dédié
Sélection de 11 lauréats publics et privés (robotique, capteurs, données)
2025
Premières missions profondes
Campagnes Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer. –Marine jusqu’à 6 000 m de profondeur
Mars 2026
6–7 missions/an · ~30 % de ZEE Zone économique exclusive profonde cartographiée · 5 projets actifs
2030
≈20 missions/an · cartographie significative de la ZEE Zone économique exclusive · capacités jusqu’à 6 000 m pleinement opérationnelles
Objectif central 2030
Environ 20 missions d’exploration des grands fonds par an, couvrant les différents bassins du domaine maritime français.
Volet France 2030
300 à 350 M€ sur la décennie pour équipements, missions scientifiques et technologies duales d’observation/intervention.
Position visée
Faire de la France l’une des rares puissances capables de cartographier, surveiller et étudier ses grands fonds de manière autonome.
I. Contexte et poids de l’économie bleue
Un « continent bleu » largement inexploré
Avec la deuxième zone économique exclusive Zone économique exclusive (ZEE) : espace maritime sur lequel l’État côtier dispose de droits souverains en matière d’exploration et d’exploitation des ressources. au monde – plus de 10 millions de km² en grande profondeur – la France dispose d’un domaine maritime immense, mais encore largement méconnu dans ses dimensions géophysiques, écologiques et stratégiques.
L’économie bleue Ensemble des activités économiques liées aux océans : transport, pêche, énergie, tourisme, biotechnologies, etc. représente entre 60 et 120 milliards d’euros de chiffre d’affaires selon le périmètre retenu, et de 350 000 à 500 000 emplois directs, sans compter les centaines de milliers d’emplois indirects associés.
Dans ce vaste ensemble, l’exploration des grands fonds marins reste un maillon faible : les technologies existent, mais les moyens financiers et opérationnels demeurent limités par rapport à l’étendue de la ZEE Zone économique exclusive française.
Poids économique de l’économie bleue française (ordre de grandeur)
CA secteurs maritimes « cœur »
≈60 Md€
Industrie, pêche, énergie, transport (hors tourisme)
CA économie bleue élargie
jusqu’à 120 Md€
Avec tourisme littoral, services, filières émergentes
Emplois directs
350k–500k
Selon périmètre retenu
Potentiel grands fonds
Très élevé
Ressources, biodiversité, science, défense
Sources : Cluster Maritime Français, Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer , SGMer Secrétariat général de la mer , estimations 2024.
II. Pourquoi c’est crucial ? Enjeux et risques
Enjeux critiques
- • Connaissance scientifique : cartographier les fonds marins, comprendre les écosystèmes profonds, contribuer aux initiatives internationales de cartographie de l’océan mondial.
- • Souveraineté et défense : surveiller câbles sous‑marins, infrastructures critiques et activités étrangères dans les grands fonds.
- • Ressources et innovations : évaluer le potentiel des ressources minérales et biologiques (métaux critiques, molécules innovantes) dans une logique de valorisation durable.
- • Protection de l’environnement : encadrer en amont les activités extractives, pour éviter des dommages irréversibles aux écosystèmes les plus fragiles de la planète.
Risques majeurs
- • Sous-dimensionnement budgétaire : enveloppe de 300–350 M€ sur la décennie modeste au regard de l’étendue de la ZEE Zone économique exclusive et des coûts technologiques.
- • Dispersion des efforts : coordination imparfaite entre recherche, défense et industrie, au risque de multiplier les « preuves de concept » sans changement d’échelle.
- • Compétition internationale : difficulté à suivre le rythme des grandes puissances déjà très engagées sur les grands fonds (États‑Unis, Chine, Japon, Norvège).
- • Flou réglementaire : absence de doctrine claire entre exploration, valorisation et interdiction d’exploitation minière, source d’incertitude pour les acteurs économiques.
III. Acteurs et gouvernance
Qui pilote la stratégie « Grands fonds marins » ?
| Acteur | Rôle principal |
|---|---|
| Ministère de la Mer / Transition écologique | Pilotage politique de la stratégie grands fonds, articulation avec la protection de l’océan et l’économie bleue. |
| Ministère des Armées | Expression des besoins de défense, surveillance sous‑marine et sécurité des infrastructures critiques. |
| Ministère de la Recherche | Soutien à la recherche océanographique, coordination avec les organismes scientifiques (Ifremer, CNRS Centre national de la recherche scientifique , IRD Institut de recherche pour le développement ). |
| Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer | Exploration scientifique, développement de robots et capteurs, gestion de données et expertise sur les écosystèmes profonds. |
| Marine nationale | Conduite des missions en mer, surveillance et sécurité des fonds marins. |
| Shom Service hydrographique et océanographique de la marine | Cartographie marine de la ZEE Zone économique exclusive française, données bathymétriques et géophysiques. |
| Naval Group, Genavir | Technologies sous‑marines, flotte océanographique, systèmes autonomes, véhicules d’exploration. |
| Start‑ups DeepTechBleue | Robotique subaquatique, capteurs avancés, communications en grande profondeur, services de données. |
IV. Concurrence internationale
États-Unis, Chine, Norvège, Japon : les pionniers des grands fonds
🇺🇸 États-Unis
NOAA National Oceanic and Atmospheric Administration , Ocean Infinity : leadership technologique, financement public‑privé, forte capacité d’exploration scientifique et militaire.
🇨🇳 Chine
Programme stratégique ambitieux, flottes robotisées, exploration des ressources minérales profondes, montée en puissance rapide.
🇳🇴 Norvège
Économie bleue structurée, expertise offshore, approche écosystémique et durable des grands fonds.
🇯🇵 Japon
JAMSTEC Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology , Mitsubishi : robotique sous‑marine avancée, exploration scientifique de référence, projets pilotes sur les ressources minérales.
V. Programme français et narratif stratégique
France 2030 : explorer, surveiller, protéger – sans basculer (encore) dans l’exploitation
Narratif stratégique 2026
L’objectif « grands fonds marins » de France 2030 ne vise plus officiellement l’exploitation minière, mais la connaissance, la surveillance et la protection de ces espaces, au croisement des enjeux climatiques, de biodiversité, de souveraineté et de défense.
Doté d’environ 300 à 350 M€ sur la décennie, ce volet finance des équipements d’exploration (robots, sonars, capteurs), des missions scientifiques, ainsi que des technologies duales d’observation et d’intervention en profondeur. Depuis 2022, plusieurs missions d’exploration ont été lancées avec l’Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer et la Marine nationale.
Un appel à projets spécifique a permis de sélectionner 11 lauréats publics et privés, couvrant la robotique sous‑marine, l’acquisition de données, la géophysique ou encore les communications en grande profondeur. Début 2026, 5 de ces projets sont pleinement opérationnels, les autres étant encore en phase de montée en cadence.
La France a renforcé ses capacités d’exploration jusqu’à 6 000 m (avec des ROV Remotely Operated Vehicle : véhicule sous-marin téléopéré et AUV Autonomous Underwater Vehicle : véhicule sous-marin autonome ), mais seule une fraction de sa ZEE Zone économique exclusive profonde est cartographiée finement. L’enjeu des prochaines années est de passer d’une logique de « preuves de concept » à un programme pluriannuel de campagnes d’exploration, articulé avec les engagements internationaux de protection de l’océan et les besoins opérationnels de la défense.
Objectif 2030
≈20 missions/an, couverture beaucoup plus complète de la ZEE Zone économique exclusive profonde, capacités robustes jusqu’à 6 000 m.
Leviers principaux
Volet France 2030, LPM, coopérations scientifiques, mutualisation Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer –Shom Service hydrographique et océanographique de la marine –Marine, soutien aux DeepTechBleues.
Pilotage
SGPI, ministères Mer/Défense/Recherche/Économie ; Ifremer, Marine nationale, Shom, CNRS, industriels.
VI. Suivi opérationnel et indicateurs (mars 2026)
Points de repère début 2026
- • Missions : 6–7 missions d’exploration des grands fonds par an, principalement sur des zones prioritaires.
- • Projets : 11 lauréats identifiés, dont 5 projets déjà pleinement engagés dans le cadre France 2030.
- • Cartographie : environ 30 % de la ZEE Zone économique exclusive profonde couverte de manière satisfaisante pour les besoins actuels.
- • Capacités techniques : drones, ROV Remotely Operated Vehicle : véhicule sous‑marin téléopéré et AUV Autonomous Underwater Vehicle : véhicule sous‑marin autonome capables de plonger jusqu’à 6 000 m.
Tableau de suivi de l’objectif 10
| Indicateur | Cible 2030 | Réalisation mars 2026 | % d’atteinte | Statut |
|---|---|---|---|---|
| Missions d’exploration des grands fonds | Environ 20 missions par an à l’horizon 2030. | 6–7 missions profondes par an conduites avec l’Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer , le CNRS Centre national de la recherche scientifique et la Marine nationale, concentrées sur quelques zones prioritaires. | ~30–35 % | Montée en cadence |
| Lauréats et projets « Grands fonds marins » | Portefeuille d’une vingtaine de projets structurants. | 11 projets lauréats sélectionnés depuis 2023 ; 5 projets structurants réellement engagés et financés dans la durée début 2026. | ~50–60 % | Base posée |
| Taux de cartographie fine de la ZEE Zone économique exclusive profonde | Progrès significatifs vers une couverture bathymétrique et géophysique robuste. | Environ 30 % de la ZEE Zone économique exclusive profonde française cartographiée de manière détaillée, avec des lacunes importantes dans plusieurs bassins ultramarins. | ~30 % | Retard persistant |
| Capacités nationales d’exploration et d’intervention | Capacités opérationnelles jusqu’à 6 000 m de profondeur, avec une flotte d’engins modernes. | ROV Remotely Operated Vehicle : véhicule sous-marin téléopéré et AUV Autonomous Underwater Vehicle : véhicule sous-marin autonome capables d’opérer jusqu’à 6 000 m ; flotte et navires de recherche à moderniser et à renforcer pour couvrir l’immensité de la ZEE Zone économique exclusive . | Capacités présentes, moyens limités | À consolider |
Note méthodologique : le pourcentage global d’atteinte (~33 %) agrège la montée en cadence des missions, la structuration du portefeuille de projets, l’état de la cartographie et les capacités techniques.
Missions d’exploration : où en est la France ?
6 à 7 missions profondes par an en 2026, pour un objectif d’environ 20 missions par an à l’horizon 2030.
VII. Verdict 2030 : probabilité de réussite
4 / 10 – Un objectif stratégique sous-dimensionné
« Les premiers jalons sont posés : stratégie dédiée, enveloppe financière, 11 projets lauréats, missions d’exploration et renforcement des capacités techniques jusqu’à 6 000 m. Mais au regard de l’immensité de la ZEE Zone économique exclusive française et des enjeux de souveraineté associés, les moyens restent limités et la trajectoire 2030 apparaît sous-dimensionnée. Sans effort supplémentaire, l’objectif « grands fonds marins » risque de demeurer un démonstrateur prometteur plutôt qu’un véritable changement d’échelle. »
La France dispose d’atouts scientifiques et technologiques de premier plan, mais le décalage entre l’ambition affichée et les moyens réellement engagés limite la probabilité d’atteindre une couverture et une capacité d’action à la hauteur de son domaine maritime. La question clé devient celle d’un rehaussement budgétaire, d’une gouvernance interministérielle renforcée et d’une doctrine claire conciliant exploration, protection et éventuelle valorisation.
Scénarios stratégiques au‑delà de 2030
Scénario 1 – Leadership scientifique consolidé
La France consolide ses capacités d’exploration, atteint un rythme de 15–20 missions/an et s’impose comme référence européenne pour la connaissance des grands fonds, avec une flotte modernisée et une coordination Ifremer–Shom–Marine efficace.
Scénario 2 – Maintien partiel, sans rupture
Les moyens stagnent, la cartographie progresse lentement, la France conserve une expertise mais reste en retrait face aux grandes puissances, avec un risque de dépendance technologique sur certains composants critiques.
Scénario 3 – Décrochage stratégique
L’absence de rehaussement budgétaire et de coordination conduit à un essoufflement des programmes, une perte de compétitivité et une marginalisation de la France dans la gouvernance internationale des grands fonds.
VIII. Leviers d’accélération prioritaires
- Rehausser les moyens : augmenter l’enveloppe dédiée aux grands fonds et sécuriser des crédits pluriannuels pour les campagnes hauturières et la flotte d’engins.
- Structurer la gouvernance : formaliser une doctrine nationale des grands fonds et une instance de coordination Ifremer Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer –Shom Service hydrographique et océanographique de la marine –Marine nationale–DGA Direction générale de l’armement .
- Soutenir la DeepTech bleue : créer un fonds d’amorçage dédié et des commandes publiques structurantes pour les start-ups de robotique et de capteurs sous-marins.
- Accélérer la cartographie : prioriser la couverture des zones les plus sensibles (câbles, approches des territoires ultramarins) et mutualiser les données bathymétriques.
- Porter une diplomatie des grands fonds : peser dans la définition du cadre international pour concilier protection des écosystèmes et défense des intérêts français.
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