Le Programme d'Investissement d'Avenir (PIA)
Un outil stratégique pour l'innovation en France, mais à l'impact global difficile à mesurer
Une innovation réelle avec néanmoins ses limites
Depuis son lancement en fanfare en 2010 par le président Nicolas Sarkozy, le Programme d’Investissement d’Avenir (PIA) est présenté comme le levier central de la modernisation économique de la France. Conçu en réponse à la crise économique mondiale de 2008, sur la base d’un rapport de la commission Juppé-Rocard, il a établi les priorités stratégiques pour ce que l’on a nommé à l’époque le « Grand Emprunt ». Il vise à préparer la France aux défis futurs en misant sur l’innovation et l’excellence pour dynamiser des secteurs stratégiques tels que la recherche, l’innovation, et l’écologie. Depuis son lancement plus de 77 milliards € ont été injecté dans l’économie. Il a été repris par l’ensemble de ses successeurs. Mais plus de dix ans après, les promesses initiales sont-elles réellement tenues, ou ne s’agit-il que d’un mirage économique ?
Tableau des Investissements par Phase du PIA
| Domaines d’intervention | PIA 1 (2010) | PIA 2 (2013) | PIA 3 (2017) | PIA 4 (2021) |
|---|---|---|---|---|
| dont Recherche et Enseignement supérieur | 21,9 Mds € | 3,6 Mds € | 2,9 Mds € | 7,5 Mds € |
| dont Industrie et innovation | 8,1 Mds € | 1,7 Mds € | 4,1 Mds € | 3,8 Mds € |
| dont Transition écologique et énergétique | 5 Mds € | 2,3 Mds € | N/A | 3,4 Mds € |
| dont Numérique | 4,5 Mds € | N/A | N/A | N/A |
| Total par PIA | 35 Mds € | 12 Mds € | 10 Mds € | 20 Mds € |
Le PIA a été salué pour son approche innovante de financement public, rompant avec les traditionnels cycles budgétaires annuels pour adopter une vision pluriannuelle. Cette flexibilité était censée permettre de soutenir des projets ambitieux, alignés sur les besoins de long terme du pays. Mais derrière cette apparente modernité, la réalité est plus complexe. En effet, cette approche a souvent masqué une gestion laborieuse des fonds publics, où la priorité semble parfois avoir été donnée à la dispersion des fonds plutôt qu’à leur efficacité. Si certains projets ont bénéficié de ce financement à long terme, nombreux sont ceux qui se sont perdus dans les méandres bureaucratiques, sans produire les effets escomptés.
5 ans
de durée moyenne des projets financés offrant une stabilité de financement qui contraste avec les cycles budgétaires annuels traditionnels.
60%
Le taux de succès des projets financés par le PIA, c’est-à-dire ceux qui ont atteint leurs objectifs initiaux, est estimé à 60 %, ce qui soulève des questions sur la pertinence des 40 % restants.
Source : SGPI, Bilan 2020
60%
environ des fonds ont été alloués à des projets de long terme (5 ans ou plus), souvent à des secteurs nécessitant une innovation technologique scientifique majeure.
Chiffres clés
Recherche et Enseignement Supérieur - Un bouclier pour la compétitivité mais une insertion qui n'est pas au rendez-vous.
Le PIA a concentré l’essentiel de ses efforts sur la recherche et l’enseignement supérieur, avec des financements dépassant les 50 % des enveloppes des PIA. Les initiatives « Laboratoires d’excellence » (Labex) et « Équipements d’excellence » (Équipex) ont permis de dynamiser le secteur, avec des recrutements massifs de chercheurs et l’acquisition d’équipements de pointe. En théorie, ces investissements devaient propulser la recherche française au premier rang mondial. Mais en pratique, ces avancées ont révélé une faille majeure : l’insertion professionnelle. Malgré les fonds massifs injectés, les jeunes chercheurs continuent de se heurter à un mur lorsqu’il s’agit de trouver un emploi durable. Les passerelles vers le secteur privé, pourtant cruciales pour un écosystème innovant, sont sous-développées. Le système de recherche français, surfinancé mais sous-performant en matière d’emploi, pourrait bien se transformer en une véritable fabrique à frustrations.
Chiffres clés
171 & 52
Création de 171 Labex (Laboratoires d'excellence) & de 52 Équipex (Équipements d'excellence)
1,166 ETP supplémentaire
recrutés chaque année
30% seulement
d'insertion professionnelle : Moins de 30 % des jeunes docteurs trouvent un emploi stable dans les trois ans suivant l’obtention de leur diplôme
Source : Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, 2020 & Étude de l’Observatoire de l’Enseignement Supérieur, 2019 pour l'insertion professionnelle
Soutien à l’Innovation dans les Entreprises : Une catalyse et à la fois un gaspillage de ressources
Le PIA a également visé à stimuler l’innovation au sein des entreprises, particulièrement dans les secteurs stratégiques comme le numérique, l’énergie, et l’industrie. Des dispositifs comme le Fonds National d’Amorçage ou le Fonds Ambition Numérique ont été créés pour booster les startups et PME innovantes. Sur le papier, l’idée est séduisante : injecter du capital pour accélérer la croissance des jeunes pousses. Mais sur le terrain, le bilan est en demi-teinte. Les fonds alloués ont certes permis l’émergence de plusieurs acteurs, mais les effets d’entraînement attendus sur l’ensemble de l’écosystème restent limités. Le rêve d’une Silicon Valley française ne s’est pas réalisé, et la compétitivité industrielle nationale demeure en deçà des attentes. Le PIA, avec ses moyens colossaux, semble avoir manqué le coche, et les résultats concrets peinent à justifier l’investissement initial.
Chiffres clés
0,8 à 1,2 euro
Effet de levier réalisé pour un effet de levier attendu du PIA sur l’investissement privé était estimé à 1,5 à 2 €. [Source : Rapport de la Cour des comptes, 2018].
5 milliards
Montant alloué à l’innovation des entreprises, un chiffre qui inclut les soutiens directs via des subventions, des prêts et des prises de participation. [Source : SGPI, Bilan 2020].
2,000
startups et PME financées [Source : Bpifrance, Rapport annuel 2020].
Écologie et Mobilité Durable : des effets concrets ou de la poudre aux yeux ?
Un autre axe prioritaire du PIA a été l’écologie et la mobilité durable. Avec la transition énergétique au cœur des débats publics, le PIA a débloqué des fonds considérables pour soutenir des projets allant des énergies renouvelables à la mobilité propre. L’action « Véhicules et transports du futur » a notamment financé des projets dans l’automobile, le ferroviaire et le naval. Pourtant, au-delà des chiffres, la réalité est plus nuancée. Ces projets, bien qu’ambitieux, peinent à convaincre quant à leur impact réel. Si la France a gagné quelques points sur le tableau des investissements verts, le rythme de transition reste loin des objectifs fixés. De plus, ces projets semblent davantage répondre à une nécessité politique qu’à une véritable révolution écologique.
L’écologie et la mobilité durable sont des enjeux cruciaux dans le cadre de la transition énergétique, mais leur impact réel suscite des débats. Voici un aperçu détaillé des défis et des exemples concrets liés à ces initiatives :
Défis de la Mobilité Durable
1. Émissions de Gaz à Effet de Serre : Le secteur des transports est l’un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre en France, représentant 54 % des émissions provenant des véhicules particuliers. La transition vers des modes de transport plus durables est essentielle pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
2. Infrastructure et Accessibilité : Bien que les infrastructures pour la mobilité douce, comme les pistes cyclables, se développent dans les villes, elles restent insuffisantes dans les zones rurales où la voiture est souvent indispensable.
3. Coût de la Transition : Les investissements nécessaires pour développer de nouvelles infrastructures et services de mobilité sont considérables. Cela inclut le développement des transports en commun et des infrastructures pour les modes actifs comme le vélo et la marche.
4. Changement des Habitudes : Modifier les comportements des usagers est un processus long et complexe. La sensibilisation, notamment auprès des jeunes générations, est cruciale pour pérenniser les pratiques de mobilité durable.
Exemples Concrets de Projets et Initiatives
Coradia iLint : Alstom a développé le Coradia iLint, un train à hydrogène qui n’émet que de l’eau, offrant une alternative aux trains diesel et réduisant ainsi les émissions de CO2.
Mastria : Ce système multimodal innovant coordonne tous les types de transports publics, du ferroviaire au routier, en utilisant des données et des algorithmes complexes. Il vise à améliorer l’efficacité des transports publics dans les villes intelligentes.
Hesop : Une sous-station électrique réversible qui récupère l’énergie lors du freinage des trains et la réinjecte dans le réseau électrique, réduisant les émissions de CO2 et les coûts énergétiques.
Promotion des Transports en Commun : Le renforcement des réseaux de transports en commun est essentiel, surtout dans les zones périurbaines, pour réduire la dépendance à la voiture individuelle.
Covoiturage et Autopartage : Ces solutions permettent de minimiser les émissions de gaz à effet de serre et de réduire le nombre de véhicules sur les routes, contribuant ainsi à une mobilité plus durable.
Malgré ces initiatives, le rythme de la transition vers une mobilité durable demeure en deçà des objectifs fixés. Les projets, bien qu’ambitieux, doivent encore prouver leur efficacité à long terme, et souvent, ils semblent répondre davantage à des impératifs politiques qu’à une véritable révolution écologique.
Chiffres clés
60
projets financés dans le domaine de la mobilité durable, y compris les véhicultes autonomes et les systèmes de transport intelligent. [Source : SGPI, Bilan 2020]
5 milliards
Budget alloué en euros ont été dédiés à des projets liés à la transition écologique et à la mobilité durable. [Source : SGPI, Bilan 2020]
10 à 15% de réduction des émissions de CO2
Impact environnemental : Selon les estimations, ces investissements devraient permettre une réduction de 10 à 15 % des émissions de CO₂ dans les secteurs financés d'ici 2030. [Source : Rapport du Ministère de la Transition écologique, 2021].
L'évaluation de I'impact global : des progrès à réaliser
L’évaluation de l’impact du PIA est un véritable casse-tête. La Cour des comptes, mandatée pour surveiller l’utilisation des fonds, n’a pas manqué de souligner les lacunes du programme, notamment en ce qui concerne la mesure de l’additionnalité. Ce terme technique, désignant la capacité du PIA à financer des projets véritablement nouveaux et innovants, est devenu l’un des points noirs du programme. En l’absence de critères clairs et de données solides, il est difficile de dire si le PIA a réellement impulsé des innovations ou s’il a simplement financé des projets qui auraient vu le jour de toute façon. Le manque de transparence et de rigueur dans le suivi de ces projets jette une ombre sur la crédibilité des chiffres avancés par les défenseurs du programme.
Transparence et Coordination : Les Grands Absents du PIA
Pour que le PIA tienne toutes ses promesses, il doit impérativement se réformer. À commencer par une amélioration drastique de la transparence dans l’utilisation des fonds publics. Les investissements dans les entreprises étrangères, par exemple, sont entourés d’un flou inquiétant. De plus, la coordination entre les différents dispositifs de soutien reste insuffisante. Si l’on ajoute à cela une communication déficiente entre les autorités nationales et locales, on obtient un cocktail explosif qui menace de diluer les efforts du PIA dans un brouillard administratif. Pour que le programme réalise son plein potentiel, il est urgent de clarifier les rôles, de renforcer les contrôles, et de s’assurer que chaque euro investi a un impact mesurable et positif sur l’économie nationale.
Chiffres clés
30%
des indicateurs utilisés pour évaluer le PIA sont jugés non pertinents ou insuffisants par la Cour des comptes, notamment en matière d’additionnalité et d’impact socio-économique.
20%
Manque de transparence : Selon un rapport de la Cour des comptes, 20 % des fonds investis dans des entreprises étrangères via le PIA manquent de transparence quant à leur gestion et à leur impact sur l'économie française.
15 dispositifs différents
sont gérés sous l’égide du PIA, créant un enchevêtrement bureaucratique qui ralentit la prise de décision et complexifie le suivi des projets. [Source : SGPI, Bilan 2020]
3 régions
Les trois plus grandes métropoles françaises (Paris, Lyon, et Marseille) ont capté plus de 50 % des financements du PIA, exacerbant les disparités territoriales au détriment des régions moins développées.
Source: Rapport de la Cour des Comptes d'Avril 2021
40%
des projets financés par le PIA auraient pu être considérés comme additionnels, c’est-à-dire qu’ils n’auraient pas vu le jour sans l’intervention du PIA.
Chronologie détaillée
2003-2007 – Mise en place du premier plan sectoriel pour la nanoélectronique, Nano 2008.
Ce plan vise à soutenir le développement de la nanoélectronique, un secteur stratégique pour l’innovation technologique en France.
2008-2012 – Second plan sectoriel pour la nanoélectronique, Nano 2012.
Poursuite des efforts pour renforcer la position de la France dans la recherche et l’innovation en nanoélectronique.
2010 – Lancement du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA) 1 avec un budget initial de 35 milliards d’euros.
La majorité des fonds sont attribués sous forme de dotations non consommables (DNC), principalement à l’Agence Nationale de la Recherche (ANR), pour financer des projets à fort potentiel d’innovation.
2011-2019 – Déploiement de l’action « Filières Industrielles Stratégiques » avec un financement de 1,37 milliard d’euros.
Cette action soutient 705 projets dans 9 filières clés pour renforcer la compétitivité de l’industrie française.
2013 – Lancement de l’action « Prêts numériques » dotée de 300 millions d’euros.
Ce programme vise à accélérer la transformation numérique des PME et ETI pour les rendre plus compétitives à l’échelle mondiale.
2013-2017 – Troisième plan sectoriel pour la nanoélectronique, Nano 2017.
Le troisième plan vise à capitaliser sur les avancées des précédents plans pour consolider la position de la France dans ce secteur.
2014 – Lancement du PIA 2 avec un budget de 12 milliards d’euros.
Cette deuxième phase du PIA continue de soutenir les secteurs stratégiques et de promouvoir l’innovation dans de nouveaux domaines.
2015 – Lancement du Plan d’Investissement pour l’Europe (PIE), plus connu sous le nom de « Plan Juncker ».
Un plan à l’échelle européenne visant à stimuler l’investissement et la croissance, avec un focus particulier sur l’innovation et les infrastructures.
2017 – Lancement du PIA 3 avec un budget de 10 milliards d’euros.
Introduction d’une mission budgétaire pérenne « Investissements d’avenir » et fin de la consommation simultanée des autorisations d’engagement et des crédits de paiement.
2018 – Lancement du Grand Plan d’Investissement (GPI) incluant le PIA 3.
Ce plan mobilise la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) comme opérateur majeur et lance le plan Nano 2022 pour soutenir la nanoélectronique jusqu’en 2022.
2018-2022 – Mise en œuvre du Plan d’Investissement dans les Compétences (PIC).
Le PIC, dans le cadre du GPI, a pour objectif de renforcer les compétences des travailleurs dans des secteurs stratégiques, afin de répondre aux besoins futurs du marché du travail.
2020 – Création du Fonds pour l’Innovation et l’Industrie (FII) doté de 10 milliards d’euros.
Ce fonds a pour but de financer des innovations de rupture. Lancement d’InvestEU, succédant au Plan Juncker, et publication d’un rapport d’évaluation des aides d’État à la recherche, au développement et à l’innovation.
2021 avril – La Cour des Comptes publie un rapport sur la mise en œuvre du PIA depuis 2010.
Le rapport met en lumière certains dysfonctionnements du programme et formule des recommandations pour améliorer son efficacité à l’avenir.
Institutions liées au PIA
| Institution | Description |
|---|---|
| ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) | Agence publique qui accompagne la transition écologique et énergétique. Opérateur du PIA, notamment pour l’action « Filières Industrielles Stratégiques », elle a développé une expertise dans l’évaluation environnementale des projets. |
| Agence Nationale de la Recherche (ANR) | Agence nationale de financement de la recherche sur projets. Principal bénéficiaire des DNC du PIA, elle assure la sélection et le suivi des projets de recherche. |
| Banque Européenne d’Investissement (BEI) | Institution financière de l’Union européenne qui soutient des projets d’investissement. Elle est intervenue dans le cadre du PIA, notamment via sa filiale le Fonds Européen d’Investissement. |
| Bpifrance | Banque publique d’investissement française qui accompagne les entreprises dans leurs projets. Elle est un opérateur important du PIA, notamment pour le financement des start-ups. |
| Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) | Institution financière publique française jouant un rôle majeur dans le financement de l’économie. Elle est un opérateur important du PIA et du GPI, notamment via des prises de participations dans des fonds d’investissement. |
| Commission européenne | Institution exécutive de l’Union européenne. Elle a lancé le Plan d’Investissement pour l’Europe (PIE) et InvestEU, des initiatives comparables au PIA. Elle a également mené une évaluation des aides d’État à la recherche, au développement et à l’innovation, dont les conclusions sont proches de celles du rapport de l’ADEME sur le PIA. |
| Cour des Comptes | Institution supérieure de contrôle des comptes publics en France. Elle a publié plusieurs rapports d’évaluation sur le PIA, pointant des faiblesses et proposant des recommandations. |
| Direction Générale du Trésor (DGT) | Service du Ministère de l’Economie et des Finances responsable de la politique économique et financière. Elle est associée à la gouvernance du PIA et du FII. |
| Ministère de l’Economie, des Finances et de la Relance | Responsable de la politique économique et budgétaire de la France. Il a la tutelle du SGPI et de la DGT. |
| Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche | Responsable de la politique de recherche et d’innovation. Il est étroitement associé à la mise en œuvre du PIA. |
| Ministère de la Transition Ecologique | Responsable de la politique environnementale et énergétique. Il est associé à la mise en œuvre du PIA, notamment via l’ADEME. |
| Secrétariat Général pour l’Investissement (SGPI) | Service du Premier Ministre chargé de la mise en œuvre du PIA. Il assure la coordination interministérielle et le suivi des programmes. |
Pour aller plus loin
- 4ème Programme d’investissements d’avenir – PIA 4 | Aides-territoires
- Rapport d’information du Sénat, déposé en 2022, traite de l’excellence de la recherche et de l’innovation en France.
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