27 septembre 1748

Quand la France largue les galères

Il y a des dates qui résonnent comme des points de rupture dans l’histoire d’un pays. Le 27 septembre 1748 en fait partie. Ce jour-là, la France décide d’en finir avec une pratique aussi vieille que brutale : les galères. Pendant des siècles, on a condamné des milliers d’hommes à une existence de souffrance, enchaînés aux bancs des navires, forcés de ramer sans relâche. Mais ce jour-là, sous le règne de Louis XV, un édit royal proclame l’abolition de cette institution archaïque. Un coup de rame définitif pour ces navires, qui symbolisaient non seulement la puissance militaire française, mais aussi l’inhumanité d’un système de châtiment extrême.

L’abolition des galères, ce n’est pas juste un acte symbolique, c’est le signe d’un changement de mentalité, d’une époque où les Lumières commencent à ébranler les pratiques d’un autre âge. Cependant, cette abolition ne signifie pas la fin des travaux forcés ni des souffrances des condamnés, car une autre institution, tout aussi impitoyable, est prête à prendre la relève : les bagnes. Mais avant d’y plonger, voyons ce que représentaient réellement les galères et pourquoi la France a finalement décidé de s’en débarrasser.

Les galères : esclavage à la française

Les galères ne sont pas nées avec Louis XV. Dès le Moyen Âge, elles sillonnent la Méditerranée, propulsées par des hommes condamnés ou capturés en guerre. La monarchie française se prend au jeu dès le XVIe siècle : on y envoie des criminels, des vagabonds, et même des protestants après la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Louis XIV, grand stratège, intensifie leur utilisation pour mener ses guerres navales. En pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), la France peut compter jusqu’à 8,000 galériens, le chiffre variant en fonction des conflits.

Le quotidien des galériens : un enfer sur mer

Enchaîné à une rame, parfois sous le fouet, dans des conditions sanitaires effroyables. Les épidémies de scorbut ou de dysenterie décimaient ces esclaves des mers. Ce n’était pas un voyage au bout du monde, c’était un aller simple vers la mort.

⛓️

20 heures par jour

enchaînés à une rame

🩸

Mortalité annuelle :

entre 10 -25 %

💀

En 1694 à Marseille

1,200 morts parmi 6,000 galériens

« Les galériens n’avaient pas d’avenir. Pour eux, chaque jour était un combat entre la vie et la mort. »

Ces hommes, souvent condamnés pour des délits mineurs ou prisonniers de guerre, étaient confrontés à une cruauté sans nom. La galère symbolisait une peine aussi implacable qu’inhumaine.

Le vent tourne : pourquoi abolir les galères ?

Trois grandes raisons expliquent cette abolition :

– La technologie : Les galères, c’est bien pour le XVIe siècle. Mais au XVIIIe, l’heure est aux navires à voile, plus rapides, plus efficaces, et moins coûteux. Les galères deviennent un fardeau logistique pour l’État, qui doit entretenir des milliers de rameurs condamnés.

– L’économie : Chaque galère nécessite environ 300 rameurs pour être opérationnelle. Imaginez la somme astronomique qu’il faut pour nourrir, soigner (ou pas), et surveiller cette main-d’œuvre capturée. L’entretien d’une flotte vieillissante ne vaut plus l’investissement.

– Les Lumières : Montesquieu et Voltaire ne rament peut-être pas, mais ils écrivent. Dans L’Esprit des lois (1748), Montesquieu plaide pour un adoucissement des peines. Les Lumières prônent l’humanisation des châtiments, et cette pensée finit par percoler dans les cercles du pouvoir.

Et après l'abolition ? Bienvenue au bagne

Si l’abolition des galères est un progrès, ne nous emballons pas. Les galériens ne sont pas libérés dans la nature. Ils sont transférés dans les bagnes, des prisons où les condamnés sont soumis aux travaux forcés. Le bagne de Toulon, par exemple, devient tristement célèbre pour la brutalité des conditions de vie.

– 2,000 forçats y sont détenus à la fin du XVIIIe siècle, un chiffre qui grimpe à 6 000 en 1830. La France est en pleine expansion coloniale, et ces bras « gratuits » sont précieux pour construire les infrastructures impériales.

Les conditions dans ces bagnes ne sont pas meilleures que sur les galères. Les forçats, comme les galériens avant eux, sont utilisés pour des tâches éreintantes, notamment dans les arsenaux militaires.

Pas la fin de la brutalité, mais un début de changement

L’abolition des galères ne signe pas la fin des peines cruelles. Les bagnes sont là pour prendre le relais, et les conditions de détention n’évoluent que très lentement. Toutefois, cet événement symbolise un tournant dans l’histoire pénale française. Il ouvre la voie à une réflexion sur l’humanisation des peines et anticipe les réformes qui suivront avec la Révolution française.

Chronologie

1540 – Fondation du corps des galères en France par François Ier.

Sous François Ier, les galères deviennent un corps structuré au sein de la marine royale. Elles sont utilisées principalement pour combattre les forces ottomanes en Méditerranée.

1685 – Révocation de l’Édit de Nantes, envoi des protestants aux galères.

Après la révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV, environ 1 500 protestants sont condamnés aux galères, victimes de la persécution religieuse du régime.

1694 – Point culminant de l’usage des galères sous Louis XIV.

En pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg, le nombre de galériens atteint un pic. Environ 7 000 hommes sont condamnés aux galères, un chiffre qui montera à près de 8 000 en période de conflit.

1748 Septembre 27 – Abolition officielle des galères par Louis XV.

Un édit royal est signé, abolissant officiellement la pratique des galères. Les condamnés sont désormais envoyés dans les bagnes terrestres.

1792 – Fin de la pratique des galères dans la marine européenne.

Les progrès techniques dans la construction navale et l’évolution des pratiques militaires mettent un terme définitif à l’usage des galères en Europe.

1830 – Expansion des bagnes avec la colonisation.

Avec l’expansion coloniale française, le nombre de condamnés envoyés dans les bagnes augmente considérablement. À Toulon, Brest, et Rochefort, plus de 6 000 hommes sont détenus en 1830.

Quels ports
étaient importants
pour les galères ?

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