La Présidence Trump en 2025 – Episode 3 – L’Amérique contre le monde

« L’Amérique n’a pas d’alliés permanents, elle n’a que des intérêts permanents. »

Cette formule, martelée par Donald Trump le 18 février, résume la nouvelle diplomatie américaine : un réalisme brut, débarrassé de tout vernis universaliste. Il ne s’agit pas d’isolement, mais d’une offensive méthodique de repositionnement : quitter les cadres collectifs pour renégocier, au cas par cas, des rapports de force plus lucratifs.

En à peine trois mois, la Maison-Blanche a rompu avec soixante-quinze ans de leadership multilatéral hérité de 1945 : retrait ciblé des institutions internationales, pression maximale sur l’OTAN, rafale tarifaire — et, le 7 avril, un “lundi noir” où le S&P 500 a dévissé de 8 %. 

Avec “America First 2.0”, l’influence américaine passe d’un cadre collectif fondé sur des règles partagées à une diplomatie transactionnelle, bilatérale et explicitement assumée.

Une doctrine nouvelle : l’unilatéralisme stratégique

Une doctrine d’unilatéralisme stratégique
Cette nouvelle diplomatie n’abandonne pas la scène internationale ; elle la reconfigure. Washington remplace les règles communes par trois nouveaux piliers.

Ainsi, le leadership mondial n’est plus perçu comme un devoir, mais comme un choix temporaire, soumis à un arbitrage coûts-bénéfices. Les diplomates de carrière cèdent la place aux fidèles, et les alliances deviennent réversibles.

« La diplomatie n’est plus une affaire de morale, mais de calcul. »
Robert O’Brien, mars 2025

Nouvelle équipe diplomatique : la loyauté avant l'expertise

Marco Rubio

Marco Rubio

Secrétaire d'État

Sénateur républicain de Floride depuis 2011, s'est fait connaître par ses positions conservatrices en politique intérieure et étrangère. Avant son mandat sénatorial, il a été président de la Chambre des représentants de Floride de 2006 à 2008.

Richard Grenell

Richard Grenell

Ambassadeur à l'Onu

Diplomate et conseiller politique américain, a été ambassadeur des États-Unis en Allemagne de 2018 à 2020, puis directeur par intérim du renseignement national. 

Mike Pompeo

Mike Pompeo

Conseiller Spécial pour la sécurité nationale

Ancien directeur de la CIA (2017-2018), il fut Secrétaire d'État durant le premier mandat Trump. Reconnu pour sa ligne dure envers la Chine et l'Iran. Il a échoué à obtenir l'investiture républicaine en 2024.

Alliances sous pression :  la déconstruction de l’ordre occidental

L’ONU marginalisée

Institution née de la vision américaine d’un ordre mondial régulé, l’ONU devient la cible privilégiée de l’administration Trump. Son multilatéralisme représente tout ce que rejette désormais Washington : consensus, règles communes, et limitations de souveraineté.

Réduction drastique des financements américains, boycott ou retrait des négociations et traités internationaux sur le climat, le commerce et les droits humains, et paralysie de l’OMC : les États-Unis sabotent méthodiquement les mécanismes de gouvernance mondiale.

Avant les coupes, les États-Unis finançaient 22 % du budget régulier de l’ONU, soit environ 675 millions de dollars par an, et 25 % du budget des opérations de maintien de la paix (près de 1,5 milliard USD). En 2025, l’administration Trump réduit de moitié ces contributions, perturbant durablement le fonctionnement des agences et des missions internationales. 

Ce repli stratégique suscite une onde de choc. Dans une tribune percutante publiée dans Challenges le 17 avril, Esther Duflo, prix Nobel d’économie, dénonce une politique cynique et destructrice, moralement indéfendable et économiquement absurde. Elle exhorte l’Europe à défendre un multilatéralisme actif, en s’appuyant sur de nouvelles ressources fiscales, comme une taxation renforcée des multinationales et des grandes fortunes.


L’OTAN sous tension

 L’Alliance atlantique, pierre angulaire de la sécurité occidentale depuis 1949, subit une pression sans précédent. Washington remet en question sa valeur stratégique et son mode de financement, transformant une alliance militaire efficace en deal commercial.

Le 4 février 2025, Washington expédie aux 31 capitales de l’Alliance une lettre exigeant le passage immédiat à 3 % du PIB pour les dépenses de défense et la signature d’un mécanisme baptisé “contribution compensatoire” pour les pays en retard. Seulement quelques semaines plus tard, un objectif de 5% sur le moyen terme est fixé.
Faute d’accord avant le 1ᵉʳ juillet, la Maison-Blanche prévoit de retirer 50 % des troupes américaines stationnées en Europe (soit env. 50,000 hommes) et de facturer la protection nucléaire au prorata.

PaysDépenses défense 2024 (% PIB)Exigence Trump 2025 (% PIB)Montant de la “compensation” projetée (Md €/an)
Allemagne2,13,017,4
Italie1,53,011,2
France2,03,08,6
Espagne1,33,010,1
Canada1,43,06,8
Moyenne UE-271,93,0~190
« Nous ne défendrons plus ceux qui refusent de payer pour leur propre sécurité. »

Réactions :

  • Jens Stoltenberg, ancien secrétaire général de l’Otan et ancien premier ministre norvégien, continue à mettre en garde contre les conséquences d’un affaiblissement de la solidarité au sein de l’Alliance. Son successeur, Mark Rutte reconnait quant à lui la nécessité d’un effort accru des Européens, tout en s’abstenant de commenter précisément l’objectif de 3 %.

  • Paris et Berlin réactivent le projet d’Eurobouclier (fonds de 100 Mds € pour acquisitions communes).

  • Varsovie négocie déjà un accord bilatéral “cash-for-security” avec Washington afin de maintenir les rotations de la 82ᵉ Airborne sur son sol.

L’UE visée frontalement

L’Union européenne, autrefois partenaire privilégié, est désormais perçue comme un concurrent économique déloyal et un contrepoids politique indésirable. Trump voit dans sa construction supranationale un modèle contraire à sa vision souverainiste.

Premier partenaire commercial des États-Unis : en 2024, elle représente environ 17 % des exportations américaines et près de 18 % de ses importations, juste devant la Chine. Elle est également l’un de ses principaux fournisseurs en biens industriels, médicaments, technologies environnementales, et services financiers.

Trois fronts sont ouverts contre l’Union :

  • Économique : hausses tarifaires sur véhicules (25%), acier (35%), médicaments (15%)
  • Politique : attaques verbales quotidiennes contre dirigeants et institutions
  • Stratégique : divisions internes nourries par des rapprochements bilatéraux ciblés (Hongrie, Pologne, Pays-Bas)

En coulisses, certains diplomates parlent d’un divorce transatlantique consommé, sans procédure de séparation.

Un bilatéralisme à géométrie variable

Le nouvel unilatéralisme stratégique américain ne se contente pas d’ébranler les cadres multilatéraux ; il les remplace.
À mesure que les alliances perdent leur valeur normative, la politique étrangère américaine devient un inventaire d’accords bilatéraux révisables, ajustés aux intérêts du moment.
Chaque partenaire est réévalué selon une logique utilitaire, chaque relation pesée à l’aune du retour immédiat.

Ambitions territoriales décomplexées

Parmi les propositions les plus controversées de cette politique étrangère figurent des ambitions territoriales jusqu’alors jugées irréalistes ou scandaleuses. Trump a relancé l’idée d’annexer le Groenland, territoire autonome du Danemark, et suggéré de faire du Canada le 51ᵉ État de l’Union. À la frontière sud, certains conseillers évoquent un redécoupage unilatéral de la ligne séparant les États-Unis du Mexique. Mais c’est au Moyen-Orient que la proposition la plus troublante est formulée : transformer Gaza en « Riviera du Moyen-Orient » après l’expulsion forcée de ses 2,1 millions d’habitants. Cette idée, moralement choquante et politiquement explosive, conforte la stratégie de guerre totale menée par l’actuel gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou, accusé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Au nom d’une « nouvelle internationale autocratique », Trump rompt ainsi avec les alliances traditionnelles et cherche à fédérer les régimes autoritaires autour des États-Unis. Cette approche fait écho à sa gouvernance intérieure, privilégiant les hommes forts aux institutions démocratiques et valorisant l’efficacité décisionnelle sur le consensus multilatéral.

Pour saisir cette mue, citons successivement :


L’Ukraine, monnaie d’échange

Fin février 2025, la Maison-Blanche bloque 12 milliards $ d’assistance militaire et presse Volodymyr Zelensky d’accepter un cessez-le-feu entérinant de facto l’annexion de la Crimée.
La fracture est immédiate : Varsovie et Vilnius parlent d’« abandon programmé », Berlin redoute un précédent pour la sécurité du continent.


La planète surtaxée

Le 2 avril 2025, l’administration Trump lance la salve douanière la plus large jamais décidée par les États-Unis :

  • 25 % sur tous les produits canadiens et européens ;

  • 45 % sur les importations chinoises ;

  • 10 – 20 % supplémentaires sur 60 autres pays.

Le « lundi noir » du 7 avril voit le S&P 500 plonger de 8 %

Bruxelles prépare des contre-mesures visant les Big Tech américaines. Les sanctions européennes contre les géants du numérique américains, bien que symboliques (800 millions €), sont perçues à Washington comme une provocation supplémentaire dans un contexte de guerre commerciale exacerbée.


Russie & Chine : duos de circonstance

Depuis mars, au Conseil de sécurité, les États-Unis votent de plus en plus souvent aux côtés de Moscou et Pékin c’est une évolution majeure.

« La diplomatie américaine fonctionne désormais comme un guichet : service rendu, facture à payer », glisse un diplomate européen.

6. L’Afrique mise entre parenthèses

Derrière le fracas transatlantique, le retrait américain du continent africain s’opère dans un quasi-silence :

Décision Trump
(1er trim. 2025)
Impact chiffré
Fermeture de 5 ambassades
(Sierra Leone, Burkina Faso, Niger, Malawi, Lesotho)
− 350 postes diplomatiques ; couverture consulaire réduite de 18 %
Coupure de 60 % des programmes USAIDBudget annuel ramené de 7,3 Md $ à 2,9 Md $1
Retrait complet des forces spéciales du Sahel
(Task Force « Juniper Shield »)
Perte de capacités antiterroristes pour les armées locales

« Les États-Unis créent un vide stratégique que Pékin, Moscou et Ankara s’empressent de remplir » — International Crisis Group, mars 2025

  • Chine : prêts de 5 Md $ au corridor Lagos-Abidjan contre droits miniers au Ghana.
  • Russie : contrat de sécurité gouvernemental avec le Mali ; livraison de 24 hélicoptères Mi-35.
  • Turquie : accord de drones Bayraktar TB-2 avec le Niger, opérationnel depuis février.

Conséquence : le réalignement s’accélère. Les votes africains aux Nations unies, jadis ancrés dans le bloc occidental, basculent vers Pékin ; l’accès américain aux métaux critiques (cobalt congolais, manganèse sud-africain) dépendra demain de négociations où Washington part désavantagé.


  1. USAID, FY 2025 Budget Amendment, 15 mars 2025.

Parmi les propositions les plus controversées (et honteuses) de la nouvelle administration figure celle de transformer la bande de Gaza en « Riviera du Moyen-Orient », après l’expulsion de ses 2,1 millions d’habitants, une idée qui a conforté la stratégie de guerre totale menée par le gouvernement israélien.

La géoéconomie comme levier de puissance

Quand le commerce devient arme, la diplomatie change de grammaire.

Depuis février 2025, les États-Unis ne perçoivent plus l’interdépendance mondiale comme facteur de stabilité. Sous l’effet de la doctrine Trump 2.0, les liens économiques ne sont plus des garanties de paix, mais des failles à exploiter stratégiquement. Les flux commerciaux se transforment en leviers de pression, et l’économie devient un théâtre de confrontation géopolitique.

Ce changement ne relève pas d’une conjoncture passagère, mais d’une refondation doctrinale : celle d’une souveraineté économique offensive. Il ne s’agit plus simplement de protéger son marché, mais de mobiliser de façon structurée les outils économiques comme instruments de coercition.

Le « Make America Great Act » : architecture d’un protectionnisme assumé

La loi d’avril 2025 incarne ce tournant. Elle consacre le passage d’un modèle d’ouverture à une autonomie stratégique radicale, pensée comme condition de puissance

Ainsi, le texte impose :

  • le rapatriement de 50 % des chaînes de production stratégiques,

  • la constitution d’un fonds fédéral de 500 milliards $ pour la réindustrialisation,

  • le renforcement du CFIUS (organisme de contrôle des investissements étrangers),

  • et la définition de 12 secteurs critiques pour la sécurité nationale, allant des biotechnologies aux terres rares.

Ce cadre législatif confère une légitimité structurelle à l’usage sélectif de l’économie comme outil d’influence. Il permet d’adosser chaque décision commerciale ou tarifaire à une finalité sécuritaire.

De la dissuasion militaire à la dissuasion commerciale

La diplomatie américaine change d’échelle : à la logique de dissuasion par la force succède une dissuasion tarifaire et financière. Là où l’envoi de troupes nécessitait des délais logistiques, les sanctions économiques produisent des effets immédiats sur les marchés et les équilibres politiques.

L’économie devient l’équivalent fonctionnel de la puissance militaire, avec une réactivité accrue et une visibilité mondiale. C’est un changement profond de temporalité diplomatique.

Une diplomatie du chantage : vers la contractualisation forcée

Ce que l’administration Trump propose, ce n’est plus une alliance basée sur la confiance mutuelle, mais un contrat à clauses unilatérales : l’accès au marché américain ou au système financier mondial en échange d’une conformité politique stricte. Les États partenaires n’entrent plus dans une alliance, mais dans une zone d’influence à conditions variables.

Dans les nouveaux accords bilatéraux — notamment avec la Corée du Sud, ou Israël —, les clauses de sécurité économique remplacent les mécanismes d’arbitrage neutres. La relation devient asymétrique et réversible à volonté par Washington.

Par ailleurs, Trump a également relancé l’idée d’annexer le Groenland, territoire autonome du Danemark, ou de faire du Canada le 51ème Etat de l’Union, illustrant une vision expansionniste et décomplexée de la politique étrangère américaine.

La puissance redéfinie : domination par l’isolement stratégique

Ce que l’administration Trump théorise, c’est une nouvelle définition de la puissance : non plus projeter sa force, mais contrôler les conditions d’accès aux ressources clés, aux marchés et aux normes.

Les infrastructures de communication (cloud, câbles sous-marins, satellites), les données, les plateformes numériques, les ressources minières et l’accès au dollar deviennent des verrous systémiques. Washington ne sécurise plus l’ordre international — il le reconfigure en labyrinthe, où seuls ceux qui se conforment peuvent circuler.

Une stratégie risquée : vers un écosystème mondial sous tension

Cette stratégie comporte cependant des effets de bord systémiques :

  • Accélération de la dé-dollarisation : la Chine promeut le yuan numérique, les BRICS développent BRICS Pay comme alternative à SWIFT.

  • Reconfiguration des alliances : l’Europe cherche à renforcer l’autonomie stratégique, l’Inde joue la carte du non-alignement, et l’Amérique latine revendique des circuits de financement alternatifs.

  • Fragmentation des chaînes de valeur : les entreprises globales démultiplient leurs bases d’approvisionnement pour réduire leur exposition aux injonctions américaines.

Loin de stabiliser l’ordre mondial, la géoéconomie coercitive contribue à son morcellement — une fragmentation qui pourrait, à terme, se retourner contre les intérêts américains eux-mêmes.

La fin du monde américain ?

Trump 2025 pousse jusqu’au bout la logique de America First : l’État redevient stratège, les interdépendances deviennent instruments de contrôle, le commerce devient un théâtre de domination. Mais ce choix unilatéral et brutal n’est pas sans coût : il réactive une dynamique de blocs, polarise les économies et pousse le reste du monde à s’organiser sans, voire contre, Washington.

L’ordre mondial se fracture. Et dans ce monde fragmenté, la diplomatie américaine ne négocie plus : elle impose.

Ce qu'il faut retenir

  • La politique étrangère de Trump 2025 acte une rupture radicale avec l’ordre multilatéral hérité de 1945 : retrait des institutions internationales, marginalisation de l’ONU, pression maximale sur l’OTAN et guerre commerciale généralisée.
  • Une doctrine d’unilatéralisme stratégique redéfinit les alliances comme des contrats révocables : les États-Unis n’agissent plus en architecte d’un ordre global, mais en puissance contractuelle imposant ses règles, au nom de ses seuls intérêts.
  • La géoéconomie devient une arme : droits de douane massifs, extraterritorialité juridique, conditionnalités commerciales et menaces sur les chaînes de valeur constituent les nouveaux instruments de dissuasion.
  • Le « Make America Great Act » institutionnalise cette approche en réorganisant le capitalisme américain autour d’une autonomie stratégique radicale, adossée à la coercition économique comme mode de projection de puissance.
  • L’Europe, la Chine, l’Inde et les BRICS peuvent répliquer en fragmentant l’ordre économique mondial : dé-dollarisation, alternatives à SWIFT, diversification logistique, renforcement des autonomies stratégiques régionales.
  • Cette diplomatie de rupture, fondée sur la force, l’isolement maîtrisé et la contractualisation unilatérale, redéfinit la puissance américaine en force centrifuge : non plus intégrer, mais isoler, non plus réguler, mais dominer — au risque de provoquer un contournement structurel de l’influence américaine.

 


Dans le prochain épisode :
Make America Great Again : la fin assumée de l’empire américain

Après avoir dynamité l’ordre qu’ils dirigeaient, les États-Unis veulent désormais se replier en forteresse industrielle : rapatriement massif des usines, fonds fédéral de 500 Md $, tarifs douaniers universels.

L’épisode 4 décortiquera ce pari intérieur :

  • le Make America Great Act, ossature légale du protectionnisme ;

  • la course contre la montre d’une dette de 36,000 Md $ à refinancer d’ici août ;

  • le risque d’embraser inflation et dé-dollarisation.

Comment transformer une hyper-puissance en citadelle sans s’étouffer ?
Réponse au prochain volet.

FAQ

La version 2025 est plus structurée, plus assumée dans son rejet des alliances multilatérales. Là où le premier mandat se cherchait entre rupture et improvisation, le second acte une doctrine de réalignement stratégique durable, traduite en directives claires et constantes. L’équipe diplomatique, désormais homogène et loyale, applique une vision cohérente plutôt que des impulsions présidentielles isolées.

Non pas vraiment. L’« isolationnisme » classique signifie un retrait global des affaires extérieures et la neutralité militaire, ce qui fut le cas des États-Unis avant 1917 et dans les années 1930. Or la Maison-Blanche 2025 reste hyper-active :

  • surtaxes douanières massives, sanctions financières, deals bilatéraux « cash-for-security »
  • budget Défense en hausse et maintien des bases clés
  • veto et lobbying intensifs à l’ONU.

Le mot juste est plutôt unilatéralisme opportuniste : Washington quitte les cadres collectifs, puis négocie au cas par cas pour monétiser sa puissance. Les experts parlent de selective disengagement (Kupchan) ou de restraint with leverage (Ashford).

Isolationnisme (sens historique) Politique Trump 2025
Retrait généralisé des affaires extérieures
(Wilson avant 1917, Hoover après 1929).
Désengagement sélectif des cadres collectifs (ONU, OMC, accords climat) …
mais activisme intense dans le bilatéral.
Priorité à la neutralité et au non-interventionnisme militaire. Maintien d’une supériorité militaire et usage accru des sanctions, drones, pressions tarifaires.
Réduction des capacités de projection. Menace de surfacturation de la protection (OTAN) et rapatriement partiel de troupes, mais pas d’abandon des bases clés.
Objectif : rester « en dehors du monde ». Objectif : reformater les rapports de force pour qu’ils soient payants pour Washington.

Tout ce qui n’entre pas dans cette grille est considéré comme marginal. Cette vision exclut notamment la promotion de la démocratie, la lutte contre le changement climatique ou le développement international, longtemps considérés comme des objectifs stratégiques américains.

Secteur vitalExemples de mesures ou priorités 2025
Défense et sécurité intérieureRenforcement des frontières, augmentation des budgets
ÉnergieForage, exploitation accrue des ressources nationales
Santé et services sociauxRéformes anti-avortement, suppression de l’Obamacare
Justice et application de la loiContrôle du DOJ/FBI, peine de mort, lutte contre la criminalité
Commerce et industrieProtectionnisme, soutien à la réindustrialisation
ÉducationSuppression du ministère, bons scolaires
Technologie et innovationIA, cybersécurité, compétitivité
Agriculture et sécurité alimentaireSoutien à la production nationale, déréglementation
Infrastructures critiquesModernisation, sécurité des réseaux
Politique étrangère et diplomatieRéalignement de l’aide, retrait d’organisations
Environnement et ressources naturellesRéduction des normes, exploitation accrue
Finances publiques et budgétairesRéductions budgétaires, réforme fiscale

Oui, mais une puissance qui agit en solo. Le hard power est intact, le soft power affaibli, et l’influence dépend désormais du rapport de force bilatéral. Cela change la nature de leur domination : plus conditionnelle, plus contestée. Cette transformation modifie également le calcul stratégique d’autres puissances qui peuvent désormais former des coalitions ad hoc sans craindre une réaction coordonnée du « bloc occidental ».

Ce repositionnement stratégique présente cependant des bénéfices attendus et des risques significatifs pour les États-Unis eux-mêmes.

EVALUATION DES BÉNÉFICES ET RISQUES DE L’AMERICA FIRST 2.0
Bénéfices attendus Risques et conséquences négatives
Autonomie stratégique renforcée : Réduction des dépendances extérieures dans les secteurs critiques Isolement progressif : Diminution de l’influence sur les affaires mondiales et perte de relais internationaux
Réindustrialisation nationale : Création d’emplois industriels et dynamisation des régions désindustrialisées Coûts économiques élevés : Hausse significative des prix pour les consommateurs américains due aux barrières tarifaires
Avantage dans les négociations bilatérales : Position de force dans les relations commerciales individualisées Contre-alliances stratégiques : Formation de blocs économiques et diplomatiques conçus pour contrebalancer la puissance américaine
Simplification de la politique étrangère : Clarté des objectifs et concentration des ressources sur les intérêts directs Accélération du déclin hégémonique : Perte d’influence dans les institutions internationales et érosion du leadership normatif
Flexibilité diplomatique accrue : Capacité à pivoter rapidement sans contraintes d’alliances permanentes Vulnérabilité aux crises globales : Absence de mécanismes multilatéraux de coordination face aux enjeux transnationaux (pandémies, climat)
Réduction des coûts militaires externalisés : Diminution des dépenses liées à la sécurité des alliés Prolifération des menaces sécuritaires : Multiplication des zones d’instabilité sans présence américaine stabilisatrice
Renforcement de la souveraineté financière : Contrôle accru sur les circuits économiques stratégiques Dé-dollarisation accélérée : Développement d’alternatives au dollar comme monnaie de réserve et de transaction
Consolidation du pouvoir exécutif : Capacité d’action sans entraves des processus de consultation multilatéraux Fragilisation des partenariats technologiques : Ralentissement de l’innovation collaborative et risque de retard dans les technologies émergentes

Oui, l’Europe peut se défendre face à l’hostilité de Trump, mais elle fait face à des défis considérables qui nécessitent une transformation rapide profonde de son approche.

Sur le plan militaire, l’UE reste très dépendante des États-Unis. Les pays européens représentent collectivement la deuxième puissance militaire mondiale avec environ 1,5 million de soldats et des budgets de défense cumulés de plus de 250 milliards d’euros. Cependant, cette force est fragmentée, avec des doublons coûteux dans les systèmes d’armement et une interopérabilité limitée. Plus de 80% des équipements militaires européens sont achetés sur une base strictement nationale.

Économiquement, l’UE a plus de leviers. Avec un PIB combiné comparable à celui des États-Unis, elle dispose d’une puissance de marché significative. La Commission européenne a démontré sa capacité à répondre aux tarifs américains pendant le premier mandat de Trump, mais l’Europe reste vulnérable dans certains secteurs stratégiques (semi-conducteurs, technologies numériques) où elle a pris du retard.

Les faiblesses structurelles de l’Europe incluent:

  • La fragmentation de son industrie de défense
  • La dépendance au parapluie nucléaire américain
  • L’absence de consensus stratégique entre États membres
  • La règle de l’unanimité qui paralyse souvent la prise de décision en politique étrangère

Pour répondre efficacement, j’ai synthétisé le plan d’action nécessaire

L'Europe doit être souveraine sans isolement, partenaire sans dépendance, puissante sans hégémonie.


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