Le monde et ses silences en janvier 2026
Une radiographie des rapports de force mondiaux et des réalités occultées.
Dans la province du Hebei, au nord de la Chine, des ouvriers creusent. Pas pour construire. Pour exhumer. Ils déterrent des décharges enfouies il y a dix ans, trient les déchets, gardent ce qui brûle encore. Les incinérateurs géants sont saturés. Alors on rouvre le passé pour alimenter le présent. L’odeur est insoutenable, même avec le masque.
Janvier 2026 ressemble à cette image. On creuse. On déterre ce qu’on avait enfoui. On découvre que sous le vernis de la modernité, sous l’euphorie des marchés et des annonces triomphales, il y a une réalité plus sombre. Plus violente. Plus cynique.
Ce qui suit n’est pas une revue de presse. C’est une tentative de regarder à la fois là où le bruit médiatique détourne l’attention, là où les algorithmes privilégient le spectaculaire au détriment du structurel, là où les chancelleries préfèrent le silence à l’inconfort. Continent par continent, voici ce que janvier 2026 nous dit aussi sur le monde dans lequel nous vivons désormais.
Repères chronologiques – Janvier 2026
1er janvier – Deux ans après le séisme de Noto (Japon), 15,000 personnes vivent toujours en logements temporaires.
2-3 janvier – Capture de Nicolás Maduro à Caracas par l’opération américaine « Absolute Resolve ». Début du protectorat de fait sur le Venezuela.
8-12 janvier – Intensification des frappes ukrainiennes en profondeur contre les infrastructures énergétiques russes.
15 janvier – Annonce américaine de l’opération « Arctic Endurance » au Groenland. Déploiement de 4,200 soldats.
15 janvier – L’Iran déconnecte totalement son réseau internet pendant 72 heures consécutives pour contenir les manifestations.
Mi-janvier – Ouverture en France du cycle politique sur la fin de vie. Démographie : pour la première fois depuis 1945, plus de décès que de naissances.
Mi-janvier – Jared Kushner annonce la création du « Board of Peace » pour Gaza, sans aucun Palestinien dans la gouvernance.
Fin janvier – Alertes convergentes sur la bulle IA et l’explosion énergétique des data centers. Nvidia dépasse les 5,000 milliards de dollars de capitalisation.
La Chine vit une schizophrénie économique. D’un côté, Shanghai resplendit. Les introductions en Bourse dans le secteur de l’intelligence artificielle explosent. Les modèles d’IA en libre accès : Pékin en contrôle désormais 30 %. DeepSeek, Alibaba Cloud, ByteDance… les champions nationaux inondent le monde de technologies à bas prix. Le message est clair : vous pensiez que Silicon Valley dominait ? Regardez-nous maintenant.
De l’autre côté, loin des tours de verre et des data centers climatisés, l’économie réelle s’effondre. Les ventes immobilières ont chuté de 36 % en un an. Un appartement sur trois ne trouve plus preneur. Dans les villes fantômes du Henan, des grues rouillent sur des chantiers abandonnés depuis 2023. Les promoteurs font faillite en cascade. L’État injecte des milliards pour éviter la contagion bancaire, mais personne ne veut plus acheter.
Alors Pékin regarde ailleurs. Vers le haut. La mission lunaire Chang’e 7 est annoncée pour 2026. Pendant ce temps, la guerre cognitive contre Taïwan s’intensifie : millions de faux comptes, deepfakes, campagnes de désinformation qui minent la confiance dans les institutions démocratiques taïwanaises.
À l’est, le Japon vieillit plus vite qu’aucune autre nation développée. Un Japonais sur trois a plus de 65 ans. Villages qui se vident, écoles qui ferment. Le gouvernement lance des programmes d’immigration, la société résiste. Tokyo préfère investir dans la robotique. Robots soignants, serveurs, livreurs. Le Japon ne veut pas d’immigrés. Il veut des machines.
Deux ans après le séisme de Noto, 15,000 personnes vivent toujours en logements temporaires. La reconstruction traîne. Certains mourront avant d’avoir retrouvé un vrai toit.
Plus au sud, l’Inde suffoque. À Delhi, respirer équivaut désormais à fumer neuf cigarettes par jour. Les écoles ferment régulièrement. Les hôpitaux débordent de cas d’insuffisance respiratoire. Mais le gouvernement Modi refuse toute remise en cause de sa politique industrielle. La croissance avant la santé. Toujours.
Le grand écart asiatique
• Modèles d’IA chinois en libre accès : 30 % du marché mondial
• Chute des ventes immobilières : -36 % en Chine en un an
• Mission lunaire Chang’e 7 : budget de 850 millions de dollars
• Corée du Sud : étiquetage obligatoire des images créées par IA
• Japon : 33 % de la population a plus de 65 ans
• Séisme de Noto : 15,000 personnes encore en logements temporaires
• Delhi : pollution équivalant à 9 cigarettes par jour
Les fossoyeurs de la modernité
Voici une image que Pékin ne diffuse pas : dans la province du Hebei, des dizaines d’ouvriers creusent d’anciennes décharges à ciel ouvert. Pas pour les fermer. Pour les rouvrir.
Les incinérateurs géants construits à la hâte pendant le boom des années 2010 sont saturés. Alors on déterre les déchets enfouis il y a dix, quinze ans. On les trie. On garde ce qui brûle encore. Plastiques, textiles, résidus organiques desséchés. Le reste est réenterré plus loin. C’est une ronde macabre, une modernité qui se dévore elle-même.
En Europe, un autre scandale émerge doucement. Deutsche Telekom est accusé par plusieurs municipalités allemandes de dégrader volontairement son réseau cuivré. Coupures fréquentes, débits réduits, réparations qui traînent. L’objectif ? Forcer les clients à migrer vers la fibre optique, plus rentable pour l’opérateur. Quand on ne peut plus concurrencer, on sabote.
La modernisation n’est pas toujours un progrès. Parfois, c’est juste une autre forme de violence.
Si la Chine creuse son passé, l’Afrique tente de préserver le sien. Mais préserver quoi, quand tout brûle ?
Au Soudan, la guerre civile a tout emporté. Pas seulement des vies. Des siècles. Le Musée national de Khartoum, qui abritait les trésors de Méroé, les fresques nubiennes, les statues de Kerma, a été pillé en avril 2023. Systématiquement. Méthodiquement. Les combattants des Forces de soutien rapide sont entrés, ont brisé les vitrines, arraché les tablettes cunéiformes, éventré les sarcophages. Pertes massives. Destruction étendue. L’ampleur exacte reste inconnue, mais tout indique un saccage quasi total.
Le 15 janvier 2026, le ministère de la Culture annonce fièrement la mise en ligne du « Musée virtuel de Khartoum ». Des milliers de photos en haute définition. Des modélisations 3D. Une visite immersive. Un patrimoine sauvé de l’oubli, dit le communiqué. Sauf que non. Un fichier JPEG ne remplace pas une statue vieille de 3,000 ans. Un musée virtuel n’est pas une renaissance. C’est un mausolée numérique. Un tombeau pour des objets qui n’existent plus.
Plus à l’ouest, le Maroc affronte sa pire crise hydrique depuis l’indépendance. Les barrages sont à 23 % de leur capacité. Il ne reste que 620 m³ d’eau par habitant et par an. Le seuil de stress hydrique absolu est fixé à 500 m³. On y est presque. Casablanca rationne l’eau potable. Dans les campagnes du Souss, les puits tarissent. Les orangeraies meurent. Les agriculteurs partent. Le tourisme, qui représente 12 % du PIB, commence à vaciller. Qui veut passer ses vacances dans un pays où l’eau du robinet coule deux heures par jour ?
En Afrique du Sud, une autre catastrophe se profile. Le système électrique national, déjà fragile, subit des coupures quotidiennes. Eskom, l’entreprise publique de distribution, est en faillite technique. Les délestages atteignent désormais le stade 6 sur une échelle de 8, ce qui signifie jusqu’à six heures de coupure par jour. Les usines ferment. Les hôpitaux fonctionnent sur générateurs. Les feux de signalisation ne marchent plus. Johannesburg ressemble par endroits à une ville en guerre.
Au Nigeria, l’inflation dépasse 32 %. Le naira s’effondre face au dollar. Le prix du carburant a triplé depuis la suppression des subventions gouvernementales en 2023. Les classes moyennes urbaines ne peuvent plus faire le plein. Les transports publics augmentent leurs tarifs chaque semaine. Lagos, la mégapole économique, étouffe sous la pression démographique et l’absence totale de planification urbaine.
Un continent sous pression
• Soudan : Musée de Khartoum pillé, pertes massives dont l’ampleur exacte reste inconnue
• Maroc : 620 m³ d’eau par habitant (seuil critique : 500 m³)
• Afrique du Sud : délestages électriques jusqu’à 6 heures par jour
• Nigeria : inflation à 32 %, naira en chute libre
• Afrique subsaharienne : plusieurs millions de déplacements internes dus aux catastrophes climatiques chaque année
Les invisibles du Sahel
Pendant que les médias occidentaux se concentrent sur les coups d’État militaires au Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger), une autre tragédie passe sous silence : la désertification galopante chasse des millions de personnes. En Afrique subsaharienne, les catastrophes climatiques provoquent désormais plusieurs millions de déplacements internes chaque année, avec un cumul d’environ 35 millions de personnes vivant en situation de déplacement forcé sur le continent.
Au nord du Nigeria, dans l’État de Katsina, des villages entiers sont abandonnés. Les puits sont à sec. Les cultures ne poussent plus. Les éleveurs nomades descendent vers le sud, entrant en conflit avec les agriculteurs sédentaires. Ces affrontements font plus de morts que Boko Haram, mais personne n’en parle. Ce ne sont pas des attentats spectaculaires. Juste une violence quotidienne, rurale, invisible.
Au Mozambique, les découvertes massives de gaz naturel dans la province de Cabo Delgado devaient transformer le pays en eldorado énergétique. Mais une insurrection djihadiste a tout bloqué. TotalEnergies a suspendu son projet de 20 milliards de dollars. Les populations locales, elles, continuent de mourir. Plus de 4,000 morts depuis 2017. Des centaines de milliers de déplacés. Et presque aucune couverture médiatique internationale.
L’Afrique n’intéresse l’Occident que lorsqu’elle menace ses intérêts. Quand elle souffre en silence, personne ne regarde.
Revenons à cette nuit du 2 janvier. L’opération porte un nom de jeu vidéo : « Absolute Resolve ». Elle dure exactement 47 minutes. Le président Maduro, capturé, est embarqué vers une destination tenue secrète. Washington refuse de dire s’il est transféré à New York, où un acte d’accusation pour narco‑terrorisme a été dévoilé, ou vers une base militaire hors du territoire américain. Le Venezuela devient, dans les faits, un protectorat américain. Les champs pétroliers de l’Orénoque sont sécurisés par la 82e division aéroportée avant même le lever du jour. Le bilan reste flou, mais les estimations convergent vers une centaine de morts du côté vénézuélien, dont 32 militaires cubains déployés au Venezuela, et sept soldats américains blessés lors de l’opération.
Cette opération viole le droit international. Elle est l’aboutissement d’une logique que l’administration Trump assume sans fard : l’Amérique ne négocie plus, elle impose. On pourrait appeler cela la « Pax Trumpicana », mais ce serait lui faire trop d’honneur. Car contrairement à la Pax Romana, il n’y a ici ni construction institutionnelle, ni vision à long terme. Juste un blocus naval, des Marines, et la certitude que personne n’osera broncher. La réception intérieure est profondément polarisée : d’après une enquête Reuters/Ipsos des 4‑5 janvier, 65 % des électeurs républicains soutiennent l’opération, contre 11 % des démocrates et 23 % des indépendants.
En interne, le vernis se fissure. La croissance affiche encore 4.3 %, portée par une frénésie d’investissements dans l’intelligence artificielle. Nvidia franchit les 5,000 milliards de dollars de capitalisation boursière, devenant la première entreprise de l’histoire à dépasser ce seuil. Mais derrière les records boursiers, le marché du travail cale : en 2025, l’économie américaine ne crée plus que 49,000 emplois par mois en moyenne, contre 168,000 l’année précédente. Chez les 16 à 24 ans, le chômage a dépassé 10.6 % au pic post-pandémie. Seuls 32 % des 27 ans sont propriétaires. Deux tiers des jeunes disent que le seul moyen de « s’en sortir » passe désormais par les cryptos ou les paris.
Même l’eldorado des data centers se heurte au réel. Des projets pour 98 milliards de dollars ont été bloqués ou retardés en un trimestre, de la Virginie au Texas, par des communautés qui refusent de sacrifier eau, électricité et terres agricoles à la nouvelle ruée vers l’IA.
Jerome Powell, président de la Réserve Fédérale, subit des pressions inédites pour baisser les taux d’intérêt contre son jugement technique. Robert f. Kennedy Jr., nommé au ministère de la Santé, entreprend de réviser le calendrier vaccinal national, une décision qui fera débat pendant des années.
En Californie, les riches font leurs valises. Un projet de taxe à 5 % sur les grandes fortunes déclenche un exode. 16,000 millionnaires quittent le pays en janvier, certains pour Monaco, d’autres pour Dubaï. On ne fuit plus la misère. On fuit l’impôt.
Puissance et contradictions
• Croissance économique : +4.3 %, la plus forte depuis 2021
• Nvidia : première entreprise à dépasser 5,000 milliards de dollars
• Créations d’emplois : 49,000/mois en 2025 contre 168,000 en 2024
• Jeunes 16-24 ans : chômage à 10.6 %, seulement 32 % de propriétaires à 27 ans
• Projets data centers bloqués : 98 milliards de dollars en un trimestre
• Exode fiscal : 16,000 millionnaires quittent les États-Unis en janvier
• Venezuela : 2,700 soldats américains déployés en 48 heures
Minneapolis, ou les victimes qu’on préfère oublier
Pendant que CNN couvre en boucle l’arrestation de Maduro, deux noms passent presque inaperçus dans la presse locale du Minnesota.
Renee Nicole Good, 45 ans, mère de deux enfants, abattue de trois balles par un agent de l’ICE lors d’une descente à son domicile. Elle n’était pas la cible. Elle était dans la mauvaise pièce au mauvais moment. Alex Pretti, infirmier urgentiste de 32 ans, tué lors d’un contrôle de routine qui a dégénéré. Lui non plus n’était pas recherché. Il rentrait de son service de nuit.
Depuis le second mandat de Trump, selon plusieurs médias locaux et associations de défense des droits civiques, plus d’une douzaine de fusillades impliquant des agents de l’ICE ont été recensées. L’opération Metro Surge a conduit à plus de 3,000 arrestations en moins de deux mois, dans un système affichant 622,000 expulsions et 68,990 détenus, où 73 % des expulsés récents n’avaient aucun casier judiciaire, et où des citoyens (AmérindiensÀ Minneapolis, quatre membres de la tribu Sioux Oglala sont détenus 72 heures avant d’être relâchés, confondus avec des sans-papiers. Des cas analogues sont documentés en Iowa, dans l’État de Washington, en Arizona et au Nouveau-Mexique : autant d’arrestations suivies de libérations faute de base légale solide., habitants contrôlés par erreur) sont arrêtés puis relâchés faute de base légale solide. Le soutien public aux opérations ICE est passé de 51 % à 42 % après la mort de Renee Good.
Une note interne confirme que l’ICE peut entrer dans un domicile avec un simple mandat administratif signé par l’exécutif, sans juge : un contournement assumé du Quatrième Amendement, dénoncé par des juristes comme une remise en cause frontale des protections constitutionnelles.
Voilà ce que cache la puissance impériale : non pas la gloire, mais l’arbitraire. Non pas la force, mais l’impunité.
Du Sahel aux rives du Golfe Persique, la violence change de visage mais pas de nature.
À Téhéran, l’inflation dépasse 50%. Le prix du pain a triplé depuis septembre. Celui du riz a quadruplé. Des retraités fouillent les poubelles. Les classes moyennes vendent leurs bijoux. Le régime réprime dans le sang toute contestation. Le gouvernement reconnaît quelques centaines de morts. Des ONG indépendantes et sources médicales parlent de plusieurs milliers de morts, et certaines estimations relayées par la presse évoquent un bilan « potentiel » de dizaines de milliers de tués et de plus de 300,000 blessés, chiffres impossibles à confirmer à ce stade mais qui donnent la mesure du soupçon de massacre de masse. Ces vagues de répression ne doivent rien à l’improvisation : depuis la fin des années 2010, le pouvoir a formalisé des plans de « sécurité » permettant aux forces armées et aux Gardiens de la révolution d’écraser les soulèvements par la force, au besoin en coupant le pays du reste du monde. L’écart entre ces chiffres dit tout de l’opacité du régime.
Face à la révolte, le régime coupe Internet. Totalement. L’Iran devient le premier pays au monde à déconnecter son réseau national pendant 72 heures consécutives. Seuls les services gouvernementaux et quelques privilégiés conservent un accès satellitaire via Starlink, ce même Starlink que le régime dénonçait comme un outil impérialiste il y a six mois. L’ironie n’émeut personne.
À Gaza, « on ne parle plus de reconstruction. On parle de gestion d’enclave, de flux et de capitaux. » Jared Kushner, gendre de Trump et architecte des accords d’Abraham, annonce la création d’un « Board of Peace », un conseil technocratique censé superviser l’aide internationale, où les États qui veulent un siège durable sont invités à verser au moins un milliard de dollars. Aucun Palestinien dans la gouvernance. Juste des investisseurs, des experts en développement, beaucoup d’argent du Golfe et un Israël qui garde la main sur la sécurité et les accès. Ce n’est pas un plan de paix. C’est un plan immobilier, doté de quelques garde-fous humanitaires pour la forme, pour deux millions de Palestiniens réduits à subir les choix des autres. Il ne résout rien de la question nationale palestinienne et laisse présager des lendemains encore tragiques.
En Irak, les milices pro-iraniennes multiplient les attaques contre les bases américaines, dans un pays déjà dévasté par l’invasion de 2003, lancée sans mandat onusien par le président républicain George W. Bush. Le gouvernement de Bagdad, pris en étau entre Washington et Téhéran, ne contrôle plus grand-chose. Le pays est fragmenté en zones d’influence. Le Kurdistan irakien négocie directement avec la Turquie pour exporter son pétrole. Bagdad proteste, mais personne n’écoute.
Crises et ruptures
• Iran : inflation officielle de +50 %, bilan humain entre quelques centaines et plusieurs milliers
• Déconnexion internet totale : 72 heures consécutives
• Gaza : « Board of Peace » avec 0 Palestinien dans la gouvernance
• Irak : 47 attaques contre des bases américaines en janvier
Les laboratoires de l’enclave
Derrière l’architecture financière du Board of Peace, une infrastructure de contrôle sans précédent se déploie en ce début d’année. Pour la première fois, la distribution de l’aide humanitaire à Gaza est entièrement pilotée par des algorithmes de reconnaissance faciale développés par des start‑ups de la « Defense Tech » du Golfe et d’Israël. Sous prétexte de rationalisation des flux et de lutte contre le détournement des ressources, le droit élémentaire à la subsistance est devenu le levier d’une surveillance absolue. Ce n’est plus une ville que l’on gère, c’est un inventaire humain dont on extrait la donnée en échange de la survie, transformant l’enclave en un laboratoire à ciel ouvert pour la gestion des populations superflues.
L’Europe, pendant ce temps, découvre ce qu’elle a toujours refusé d’admettre : elle est nue.
L’Allemagne a fini par comprendre. Friedrich Merz, le nouveau chancelier, annonce un budget de défense de 108.2 milliards d’euros une augmentation de 40 % en un an. Le pays réarme. Pas par bellicisme. Par pragmatisme. Si l’Amérique ne garantit plus la sécurité européenne, alors il faut se défendre seul. C’est brutal, mais c’est la réalité.
En France, un autre constat tombe comme un couperet démographique : pour la première fois depuis 1945, le nombre de décès dépasse celui des naissances. La France vieillit. Elle ne se renouvelle plus. Mais rien ne change vraiment. Le pays entame l’année sans budget voté, dans une paralysie institutionnelle que plus personne ne cherche vraiment à résoudre.
Pendant ce temps, les grandes entreprises du CAC 40 distribuent 107.5 milliards d’euros à leurs actionnaires. Dividendes records. Rachats d’actions massifs. L’argent coule. Mais pas dans les usines. Pas dans la recherche. Pas dans l’outil industriel. On préfère enrichir les fonds de pension américains que reconstruire une souveraineté productive.
Le résultat ? La chimie européenne a perdu la moitié de ses parts de marché en vingt ans. Le prêt-à-porter français a supprimé 48,000 emplois en dix ans. L’industrie lourde se vide. On importe ce qu’on fabriquait autrefois. Et quand une entreprise stratégique est à vendre — comme LMB Aerospace, qui fournit des pièces critiques pour le Rafale —, on la laisse partir aux Américains sans broncher.
Outre-Manche, le même scénario se répète. 16,500 millionnaires ont quitté le Royaume-Uni en 2025. Destination : Dubaï, Monaco, Singapour. Tous les endroits où l’on peut être riche sans avoir à payer pour les autres.
Mais l’Europe n’est pas qu’un continent qui se vide. En Pologne, le gouvernement Tusk lance un audit pour récupérer 18 milliards détournés sous l’ère PiS. En Allemagne, 120,000 manifestants exigent que le réarmement serve à relocaliser la production, pas à enrichir Lockheed Martin. En France, 340,000 signatures demandent un moratoire sur les rachats d’entreprises stratégiques. En Italie, des coopératives rachètent des PME pour empêcher leur délocalisation. Au Royaume-Uni, des villes bloquent les data centers géants qui pompent l’eau sans créer d’emplois.
Ces résistances sont fragiles, dispersées, souvent défensives. Elles ne renversent rien. Mais elles refusent de se résigner. Et dans un monde qui bascule, ce refus est déjà une forme de victoire.
L’Europe qui se vide
• Budget de défense allemand : 108.2 milliards d’euros (+40 %)
• France : première année avec plus de décès que de naissances depuis 1945
• Dividendes CAC 40 : 107.5 milliards distribués aux actionnaires
• Chimie européenne : -50 % de parts de marché en 20 ans
• Prêt-à-porter français : 48,000 emplois supprimés en 10 ans
• Exode britannique : 16,500 millionnaires partis en 2025
Corruption aux douanes et braderie industrielle
Janvier 2026 aurait dû être le mois du scandale. Il ne l’a pas été. Pas vraiment. Un scandale, pour éclater, suppose qu’on s’en indigne. Là, on a surtout détourné le regard.
À la DNRED, le service de renseignement des douanes françaises censé traquer les trafics, une enquête interne révèle qu’au moins douze agents sont impliqués dans un réseau de revente de stupéfiants saisis : cocaïne, héroïne, cannabis, tout repart vers les grossistes. Le système fonctionnerait depuis au moins trois ans, sur des volumes considérables, mais l’affaire est traitée comme un fait divers et vite ensevelie.
Autre dossier enterré : la vente de LMB Aerospace, sous-traitant critique de Dassault Aviation. L’entreprise fabrique des pièces structurelles pour le Rafale. Elle est rachetée par un fonds américain en décembre 2025. L’État français, pourtant censé protéger ses industries stratégiques, ne s’y oppose pas. Mieux : il facilite la transaction.
Pourquoi ? Parce que LMB était en difficulté financière. Et que personne ni Dassault, ni l’État n’a voulu mettre la main au portefeuille. Alors on vend. On explique que le repreneur s’engage à maintenir l’activité. On signe des clauses de sauvegarde. Et on espère que tout ira bien.
Voilà ce qu’est devenue la souveraineté européenne : un mot qu’on prononce solennellement dans les discours, et qu’on brade silencieusement dans les salles de conseil d’administration.
Mais le véritable épicentre de la crise n’est ni en Europe, ni en Asie. Il est au pôle Nord.
Le Groenland fait face à l’annonce par l’administration Trump, le 15 janvier, du lancement de l’opération « Arctic Endurance » : un déploiement militaire massif. Officiellement, il s’agit de renforcer les capacités de surveillance arctique face aux ambitions chinoises et russes. Officieusement, tout le monde a compris : Washington veut le Groenland. Pas pour y planter un drapeau. Pour ses ressources.
Le sous-sol groenlandais contient 25 des 34 minerais critiques indispensables à la fabrication des batteries, des puces électroniques, des téléphones, des panneaux solaires. Terres rares, lithium, cobalt, graphite : tout est là, sous la glace. Et avec le réchauffement climatique, ces gisements deviennent accessibles.
Problème : le Groenland n’est pas américain. Il appartient au Danemark, qui lui a accordé une large autonomie. Et 85 % des Groenlandais rejettent l’idée d’une annexion américaine. Mais cela n’arrête pas Washington. Trump invoque une nouvelle doctrine — certains analystes l’appellent déjà la « Doctrine Donroe », un détournement cynique de la doctrine Monroe — qui stipule que les intérêts vitaux américains priment sur la souveraineté des alliés.
Le Danemark proteste. Mollement. L’OTAN est divisée. La Norvège et l’Islande prennent leurs distances. L’Union européenne réagit tardivement, appelant au « respect du droit international » — une formule creuse qui ne trompe personne. La vérité, c’est que personne n’a les moyens de s’opposer à Washington.
Mais les conséquences stratégiques sont immenses. Pour la première fois depuis 1949, l’OTAN vacille. Si l’Amérique peut annexer le territoire d’un allié sans conséquences, alors qu’est-ce qui protège encore les pays Baltes ? qu’est-ce qui protège la Pologne ? Le pacte atlantique reposait sur une promesse : nous nous défendons mutuellement. Cette promesse vient de se fissurer.
L’enjeu arctique en chiffres
• Minerais critiques au Groenland : 25 sur 34 indispensables aux technologies modernes
• Groenlandais opposés à l’annexion américaine : 85 %
• Troupes américaines déployées en janvier : 4,200 soldats
• Budget de l’opération « Arctic Endurance » : 12,000 millions de dollars sur 3 ans
Ce que personne ne dit sur le Groenland
Dans les médias, on parle géopolitique, ressources, souveraineté. Ce dont on ne parle pas, c’est des Groenlandais eux-mêmes.
56,000 habitants. Une population majoritairement inuite. Un taux de suicide parmi les plus élevés au monde. Un alcoolisme endémique. Une identité culturelle fragilisée par des décennies de colonisation danoise, puis par la globalisation, et maintenant par le changement climatique qui détruit leurs modes de vie traditionnels.
Et voilà qu’on leur propose — ou plutôt qu’on leur impose — de devenir américains. Sans leur demander leur avis. Sans respecter leurs institutions. Juste en plantant des bases militaires et en promettant des emplois dans les mines.
Il y a aussi un silence européen embarrassant. Bruxelles condamne mollement. Paris se tait. Berlin aussi. Pourquoi ? Parce que tous savent qu’ils dépendent des États-Unis. Pour leur sécurité. Pour leur défense. Pour leur technologie. Alors on ferme les yeux. On espère que ça passera. On se dit que c’est un coup de bluff.
Mais ce n’est pas un bluff. C’est, de fait, une annexion lente, méthodique, implacable. Et personne ne fera rien pour l’empêcher.
Épilogue : ce que janvier nous dit de 2026
Revenons à cette image du 2 janvier. Maduro en pyjama, extrait de son palais à 4h37. Pas de procès. Pas de mandat international. Juste la force.
Ce moment-là, ce n’était pas une anomalie. C’était un signal. Le signal que le monde que nous connaissions celui des institutions, des traités, des normes est terminé. Ce qui le remplace n’a pas encore de nom. Mais il a une logique : celle du rapport de force brut.
Janvier 2026 nous raconte une histoire simple et terrifiante : les puissants font ce qu’ils veulent, les faibles subissent ce qu’ils doivent. Les États-Unis annexent le Venezuela et convoitent le Groenland. La Chine creuse ses décharges et colonise la Lune. L’Europe se vide de son industrie et de ses riches. L’Iran coupe Internet et massacre ses contestataires. Le Soudan virtualise son patrimoine détruit.
Et partout, le même mécanisme : le bruit couvre les silences. On parle de Maduro, très peu des opposants à son régime. On célèbre les prouesses technologiques chinoises, pas les ouvriers qui creusent les ordures. On applaudit la « paix » à Gaza, pas l’absence totale de Palestiniens dans sa gouvernance. On vante la modernité numérique, pas les musées pillés qu’elle remplace.
Alors que retenir de ce mois de janvier ? Une seule chose, peut-être : dans un monde sans règles, les victimes n’ont même plus droit à un nom. Renee Nicole Good. Alex Pretti. Les Sioux Oglala. Les morts des manifestations iraniennes, dont nul ne connaît le chiffre exact. Les prisonniers du Venezuela. Les Groenlandais qu’on n’écoute pas. Ils sont le prix réel de cette Realpolitik triomphante. Le prix qu’on ne compte jamais. Le prix qu’on préfère oublier.
Et pourtant. Partout, des gens refusent. Pas de révolutions. Juste des refus têtus, locaux, imparfaits. Mais dans un monde qui nous dit que tout est joué, refuser est déjà un acte de résistance.
Mais moi comme d’autres, je m’en souviens. Parce qu’un monde qui oublie ses victimes est un monde qui se prépare à en faire d’autres.
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