SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 20 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇧🇫 Burkina Faso
24,6 millions d’habitants. Premier pays au monde par l’impact du terrorisme selon l’Indice mondial du terrorisme. Rupture des relations diplomatiques avec la France actée le 26 juin 2026. Une croissance à 5 % portée par l’or, dans l’un des pays les plus pauvres de la planète.
SAPERE 2.2 · Une souveraineté proclamée, une sécurité qui recule
→Tendance depuis 2020 : dégradation sécuritaire prolongée, en partie compensée depuis 2024-2025 par un assainissement budgétaire salué par le FMI et une affirmation souveraine assumée. Ni décrochage total, ni redressement achevé.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la légitimité du pouvoir en place. À 2,0/5, le Burkina Faso se situe dans la moitié basse des pays fragiles de la grille SAPERE : au-dessus de l’effondrement pur, loin de la résilience sous contrainte.
PIB nominal 2025
~27 Mds $
FMI WEO 2025 · environ 116e rang mondial
PIB PPA
~73 Mds $
Environ 114e rang mondial · PIB par habitant parmi les plus bas au monde
24,6 millions d’habitants, dans le pays le plus touché au monde par le terrorisme selon l’Indice mondial du terrorisme. Et pourtant, à l’été 2026, le FMI salue une croissance à 5 %, un déficit budgétaire ramené sous les 4 % du PIB et un excédent courant retrouvé, porté par la flambée mondiale du cours de l’or.
Ce paradoxe résume le Burkina Faso du capitaine Ibrahim Traoré : un État qui affiche une reconquête territoriale à 74 %, quand des évaluations indépendantes n’en concèdent qu’environ 40 %, qui a rompu le 26 juin 2026 ses relations diplomatiques avec la France, quitté la CEDEAO et l’OIF, tout en confiant sa sécurité à un nouveau partenaire : la Russie et son Africa Corps.
La souveraineté affichée se construit à trois, au sein de la Confédération des États du Sahel (AES) avec le Mali et le Niger : passeport commun, banque d’investissement, projet de monnaie propre. Mais elle repose sur un seul métal, l’or, qui capte plus de trois quarts des recettes d’exportation, et sur une liberté de la presse qui s’est effondrée en un an, du 86e au 105e rang mondial.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Diplomatie, influence et information 2,6
Économie et finance 2,8
Fragile1,5-2,4
Gouvernance et institutions 2,0
Industrie et technologie 1,8Démographie et capital humain 1,9
Énergie et ressources 2,0Autonomie stratégique 2,2
En défaillance1,0-1,4
Défense et sécurité 1,4
Innovation et savoir 1,3
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note.
Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Le capitaine Ibrahim Traoré et l’appareil militaire. Arrivé au pouvoir par le coup d’État de septembre 2022, il concentre l’essentiel du pouvoir exécutif à la tête d’une transition prolongée sans calendrier électoral, proclamée Révolution progressiste populaire en avril 2025. L’Assemblée législative de transition (ALT) exerce formellement la fonction législative (elle a par exemple voté le nouveau code minier de 2024) mais sans légitimité électorale ni capacité démontrée de contraindre l’exécutif ; le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo pilote l’action gouvernementale et en rend compte chaque année devant elle. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) encadre, de fait, un espace médiatique de plus en plus fermé.
Centre de gravité
La présidence, le haut commandement militaire et l’appareil sécuritaire, soutenus par la mobilisation financière et politique du Fonds de soutien patriotique. Le pouvoir se concentre verticalement, sans contre-pouvoir électoral ni parlementaire effectif.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la mobilisation militaire et la nationalisation minière, beaucoup plus lente sur la sécurisation vérifiable du territoire et le calendrier de sortie de transition.
Test politique
Confirmation indépendante de la reconquête territoriale, tenue d’un horizon pour la Révolution progressiste populaire, solidité de la Confédération AES face à ses premiers désaccords internes.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance élevée et recomposée. Ouagadougou a rompu ses anciens cadres de dépendance, la France, la CEDEAO, l’OIF, sans pour autant retrouver son autonomie : la sécurité s’appuie désormais sur la formation et l’équipement fournis par la Russie, une destination commerciale unique a longtemps concentré l’essentiel des exportations officielles d’or, et l’approvisionnement dépend de la Chine et des voisins côtiers.
Échelle de dépendance (● à ●●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Ouagadougou.
RUSSIE
●●●●●
Partenaire sécuritaire de premier plan depuis le départ français : formation, livraisons d’équipement et protection rapprochée via un détachement d’Africa Corps installé à la base de Loumbila (de l’ordre de la centaine d’hommes), coopération nucléaire encore naissante.
Dépendance croissante pour la formation et l’équipement des forces, même si l’essentiel du combat au sol reste assuré par les FDS et les VDP burkinabè.
CHINE
●●●●
Premier fournisseur du pays (618,6 milliards de FCFA en 2024), programme de numérisation « SMART Burkina Faso », projets solaires.
Poids croissant dans les importations et déficit bilatéral persistant.
SUISSE
●●●●
Première destination des exportations d’or en 2024 (environ 53 % des exportations totales, via 67,1 % des ventes officielles d’or), mais dépassée en 2025 par les Émirats arabes unis, dont les achats ont atteint 3,358 Mds FCFA (+270 % sur un an).
Une destination commerciale unique a longtemps concentré l’essentiel des exportations officielles d’or du pays ; ce quasi-monopole se fissure désormais au profit de Dubaï.
CÔTE D’IVOIRE
●●●●
Deuxième fournisseur et client, corridor ferroviaire Abidjan-Ouagadougou (Sitarail), historiquement prolongé vers Kaya, part importante de l’électricité importée.
Dépendance logistique et énergétique majeure envers le corridor ivoirien, le plus structurant même si des routes alternatives existent vers le Ghana, le Togo et le Bénin.
MALI / NIGER (AES)
●●●●
Partenaires de la Confédération des États du Sahel : défense mutuelle, monnaie et banque d’investissement communes en construction.
Le sort du pays est désormais lié aux trajectoires sécuritaires et politiques de ses deux voisins confédérés.
FMI
●●●
Programme de Facilité élargie de crédit (FEC) actif, revues semestrielles conditionnant une partie du financement extérieur.
Suspension ou renégociation possible en cas de dérapage budgétaire ou de rupture politique.
FRANCE
●
Rupture des relations diplomatiques actée le 26 juin 2026, après l’expulsion de l’ambassadeur et le retrait militaire de 2023.
Lien quasiment nul aujourd’hui : anciens réseaux de formation, de renseignement et d’armement totalement interrompus.
La contradiction diplomatique
Ouagadougou revendique une souveraineté totale : rupture avec la France, sortie de la CEDEAO et de l’OIF, nationalisation des mines, construction d’une monnaie confédérale au sein de l’AES. Dans le même temps, le pays s’appuie sur un partenaire sécuritaire extérieur, la Russie, pour former et équiper ses forces face aux groupes jihadistes, même si l’essentiel du combat au sol reste porté par les Forces de défense et de sécurité burkinabè et les VDP.
Cette tension traverse tout le récit officiel. Le gouvernement revendique 74 % du territoire national sous contrôle, quand des évaluations indépendantes n’en concèdent qu’environ 40 % ; le pays s’affiche en fer de lance panafricaniste tout en fermant son espace médiatique et en enrôlant des journalistes critiques dans l’effort de guerre. Le Burkina Faso proclame une souveraineté qu’il n’a pas encore les moyens sécuritaires de garantir seul.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients (exportations 2024)
Pays
Produits
Poids (% exports totales 2024)
Suisse
Or non monétaire
~53 % (via 67,1 % des ventes d’or)
Émirats arabes unis
Or
n.d. pour 2024 ; devenu 1er client en 2025
Côte d’Ivoire
Or, coton, bétail
n.d.
Mali
Or
2,7 % (100,2 Mds FCFA)
Ghana
Or et produits divers
n.d.
Total 2024 : 3,708 Mds FCFA (or 78,6 %, coton 5,5 %, animaux sur pied 2,1 %, noix de cajou 1,8 %, sésame 1,2 %). Europe 55,2 %, Asie 26,7 %, Afrique 9,7 %. Source : INSD/DGD. Bascule 2025 : les Émirats arabes unis (3,358 Mds FCFA, +270 % sur un an selon la DGD) ont dépassé la Suisse comme premier client, signe d’un déplacement partiel du négoce aurifère vers Dubaï ; le montant suisse équivalent pour 2025 n’est pas disponible à ce jour (n.d.). 🇨🇳 Position Chine : hors top 5, débouché résiduel (sésame, noix de cajou). 🇫🇷 Position France : hors top 15, ~17,5 M€ en 2024 (-20 % sur un an), jugée « marginale » par le Trésor français. 🇺🇸 Position États-Unis : hors top 15, ~32 M$ en 2023, échanges structurellement excédentaires pour Washington.
5 premiers fournisseurs (importations 2024)
Pays
Produits
Montant
Chine
Machines, textiles, équipements
618,6 Mds FCFA
Côte d’Ivoire
Hydrocarbures, biens divers
595,2 Mds FCFA
Russie
Produits pétroliers, matériel
455,6 Mds FCFA
Ghana
Hydrocarbures, biens divers
347,7 Mds FCFA
France
Équipements, pharmacie, agroalimentaire
184,1 Mds FCFA
Total 2024 : ~3,527 Mds FCFA (hydrocarbures 41,1 %, machines et matériel de transport 18,0 %, articles manufacturés 13,1 %, produits chimiques 10,7 %). Source : INSD/DGD, BCEAO. 🇺🇸 Position États-Unis : hors top 5 en 2024, mais en forte progression sur les données trimestrielles 2025 (165,4 Mds FCFA, +29 % sur un an), au point de talonner la France.
Stock d’IDE
2,336 Mds FCFA
Fin 2024 (BCEAO), en repli de 5 % sur un an. Premier secteur récepteur : l’or.
Investisseurs
Canada (22,9 % du stock), Côte d’Ivoire (12,2 %), Russie (11,1 %, en forte progression), Maroc (4,4 %). Ces quatre pays concentrent 50,6 % du stock total.
France
Statut d’investisseur en net recul : en 2023, la France a été le premier pays à désinvestir du Burkina Faso, avec 49,2 milliards de FCFA de sorties nettes de capitaux.
Quatre tendances structurelles
Croissance du PIB réel
+1,9 % → +5,0 %
2020 à 2025 (FMI) ; les autorités nationales avancent 6,5 % pour 2025.
Dette publique / PIB
58,3 % → 52,1 %
2022 à 2025 (FMI), objectif de retour au critère UEMOA de 3 % de déficit d’ici 2027.
Accès à l’électricité
18 % → 34,2 %
2019 à 2024 ; accès rural encore limité à 10,2 % contre 87,8 % en zone urbaine.
Déplacés internes
<50,000 → 1,29 M
2019 à 2026, après un pic de plus de 2 millions en 2023 (HCR, PNRH 2026).
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre leviers de souveraineté retrouvée. Quatre failles qui rappellent que cette souveraineté reste à construire.
4Forces4Failles
Ce qui tient
Production nationale record : 94 tonnes d’or en 2025, contre 60 tonnes en 2024, portée par un cours moyen proche de 3,218 dollars l’once.
Nationalisation de cinq sociétés minières en 2025, via la nouvelle Société de participation minière du Burkina (SOPAMIB).
Le nouveau code minier de 2024 porte la participation gratuite de l’État à 15 %, avec option d’achat jusqu’à 50 % dans certains gisements.
Une réserve nationale d’or a été constituée pour la première fois de l’histoire du pays.
Le geste est autant fiscal que politique : transformer une rente subie en rente choisie.
Croissance réelle de 5,0 % en 2025, tirée par l’envolée du cours mondial de l’or.
Déficit budgétaire ramené de 5,8 % à 3,5 % du PIB entre 2024 et 2025.
Dette publique en repli, de 57,2 % à 52,1 % du PIB, avec un objectif de retour au critère UEMOA de 3 % de déficit d’ici 2027.
Le solde courant, déficitaire en 2024, est redevenu excédentaire en 2025.
Présidence tournante de la Confédération des États du Sahel assumée par Ibrahim Traoré depuis décembre 2025.
Passeport biométrique en circulation depuis janvier 2025, drapeau et hymne confédéraux adoptés ; banque d’investissement commune (BCID) créée et capitalisée à 500 milliards de FCFA, sans financement de projet confirmé à ce jour.
Un projet de monnaie confédérale, provisoirement baptisée le « Sahel », reste à l’étude et n’a pas de calendrier officiel connu.
Le bloc pèse environ 75 millions d’habitants sur 2,78 millions de kilomètres carrés.
Plus de 33,000 recrues supplémentaires en 2025 : militaires, policiers et Volontaires pour la défense de la patrie (VDP).
74 % du territoire national revendiqué sous contrôle effectif par le gouvernement en janvier 2026.
442 villages libérés et 1,16 million de personnes déplacées réinstallées en 2025, selon le Premier ministre.
L’ampleur réelle de cette reconquête reste toutefois disputée par des évaluations indépendantes (voir Failles).
Ce qui freine
Le gouvernement revendique 74 % du territoire national sous contrôle effectif, en hausse de 3 points sur un an.
Une note de 2025 du think tank suédois African Security Analysis estime au contraire qu’environ 60 % du territoire échappe encore au contrôle effectif de l’État, un ordre de grandeur que recoupe l’Institute for Economics and Peace (zones échappant à l’autorité de l’État).
Le 24 août 2024, entre 200 et 600 civils réquisitionnés pour creuser des tranchées ont été massacrés dans le Centre-Nord : l’attaque la plus meurtrière recensée par l’Indice mondial du terrorisme 2025.
Début juillet 2026, une cinquantaine de soldats et de VDP ont été tués en quelques jours dans plusieurs attaques du JNIM, dont la prise temporaire de la ville de Di.
Le Burkina Faso reste désigné pays le plus touché par le terrorisme au monde par l’Indice mondial du terrorisme, pour la deuxième année consécutive en 2025.
L’or et les alliages d’or représentent 78 à 82 % des recettes d’exportation du pays selon les années.
La Suisse, seule, absorbe plus des deux tiers des ventes officielles d’or burkinabè.
Le coton, deuxième produit d’exportation, est vendu brut à plus de 95 %, sans valorisation industrielle locale.
Un retournement durable du cours mondial de l’or fragiliserait d’un coup le budget, les réserves et la balance commerciale.
Rupture des relations diplomatiques avec la France le 26 juin 2026, acte distinct et postérieur à l’expulsion de l’ambassadeur et au retrait militaire de 2023.
Un détachement d’Africa Corps, héritier du groupe Wagner, s’est installé dès décembre 2023 à la base de Loumbila, au nord-est de Ouagadougou.
Le pays a également obtenu le retrait effectif de la CEDEAO et annoncé son retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie en 2025.
L’ancienne dépendance sécuritaire à la France n’a pas disparu : elle a changé de nature et de patron, de l’appui opérationnel français à la formation et à l’équipement russes.
Le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières fait chuter le pays du 86e au 105e rang entre 2024 et 2025.
TV5 Monde, la BBC, Voice of America, Le Monde et plusieurs autres médias internationaux ont été suspendus depuis 2022.
L’association des journalistes du Burkina Faso a elle-même été suspendue par les autorités.
Des journalistes critiques ont été réquisitionnés pour l’effort de guerre contre le terrorisme.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Nouvelle attaque de grande ampleur (type Djibo, Fada N’Gourma ou Di).
Vague de déplacements internes effaçant les retours de 2025.
Retournement durable du cours mondial de l’or.
Tensions internes à la Confédération AES.
Rupture ou suspension du programme FMI.
Nouvelle vague de suspensions de médias.
Incident avec un partenaire régional non membre de l’AES (Côte d’Ivoire, Togo, Bénin).
Signaux positifs
Confirmation indépendante d’un recul réel de l’emprise jihadiste.
Poursuite de la baisse du nombre de déplacés internes.
Excédent courant confirmé sur plusieurs trimestres.
Nouvelle revue FMI positive dans le cadre du programme FEC.
Opérationnalisation effective de la banque confédérale BCID-AES.
Recul de la part d’électricité importée.
Effets de voisinage
Mali & Niger
Partenaires de la Confédération AES : défense mutuelle, monnaie et institutions communes en construction, mais aussi mutualisation des vulnérabilités sécuritaires et diplomatiques.
Côte d’Ivoire
Premier partenaire logistique : corridor ferroviaire Abidjan-Ouagadougou (Sitarail), historiquement prolongé vers Kaya, port d’accès à la mer le plus utilisé, part importante de l’électricité importée. Une interdépendance que les tensions politiques n’ont pas rompue : Abidjan redoute la propagation jihadiste vers ses régions septentrionales, tandis que les combattants implantés au Burkina continuent d’y circuler pour se ravitailler.
Ghana & Togo
Corridors alternatifs à la Côte d’Ivoire pour le transit commercial et une part de l’approvisionnement électrique, dans un contexte de diversification des routes d’accès à la mer.
Choc externe actif
La flambée mondiale du cours de l’or, portée par les tensions géopolitiques globales, soutient à elle seule l’amélioration récente des comptes publics burkinabè. Ce choc positif reste asymétrique : il finance le budget et la reconquête militaire, mais ne règle ni la dépendance électrique, ni la fermeture de l’espace civique, ni la concentration extrême de l’économie sur un seul métal.
Les dynamiques structurelles
L’or, planche de salut et piège budgétaire
La flambée du cours mondial finance à elle seule l’assainissement salué par le FMI. Mais elle dispense de diversifier : quand les cours baisseront, le budget découvrira l’ampleur de sa dépendance à un métal dont le pays ne maîtrise ni le cours, ni la place de négoce.
La France dehors, la Russie dedans
Chaque dépendance résolue en fabrique une autre. Sortir du parapluie sécuritaire français, c’est entrer sous celui de la Russie et de son Africa Corps. L’autonomie stratégique ne se gagne pas, elle se déplace, du guichet parisien au guichet moscovite.
Le récit de la reconquête contre la vérification indépendante
Le pouvoir a besoin d’un chiffre de victoire, 74 % du territoire, pour justifier la mobilisation et l’effort budgétaire consenti. Les évaluations indépendantes, sans partager nécessairement la même définition du contrôle, en concèdent nettement moins. Cet écart n’est pas qu’un détail statistique : il mesure la confiance qu’on peut accorder à l’ensemble du récit officiel.
Souveraineté affichée, presse fermée
La rupture avec la France, la CEDEAO et l’OIF s’accompagne d’une fermeture de l’espace médiatique intérieur. Le discours souverainiste se construit sans les contre-pouvoirs qui permettraient d’en vérifier la réalité, jusque dans ses propres rangs.
L’AES, bouclier régional et destin partagé
La Confédération donne à Ouagadougou un poids qu’elle n’aurait plus seule. Mais elle lie aussi son sort à celui du Mali et du Niger : une crise politique ou sécuritaire majeure chez l’un des trois membres rejaillirait aussitôt sur les deux autres.
Le franc CFA, dépendance non résolue
Le projet de monnaie confédérale « Sahel » reste à l’état de chantier. En attendant, le pays continue de partager sa politique monétaire et ses réserves de change avec la zone franc CFA, arrimée à l’euro, malgré la rhétorique de rupture avec Paris.
L’or qui finance aussi ses ennemis
Près de la moitié de la production nationale d’or provient de l’orpaillage artisanal, une partie échappant totalement au contrôle de l’État. Selon l’Institute for Economics and Peace, les groupes armés financent une partie de leurs opérations grâce à l’exploitation illégale de mines d’or dans les zones hors de son autorité : la même ressource nourrit à la fois le budget de l’État et l’insurrection qui le menace.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Une source indépendante confirme la reconquête
Une évaluation extérieure au gouvernement confirmerait un contrôle territorial proche des 74 % revendiqués.
Les grandes attaques s’arrêtent pendant plusieurs mois
Une accalmie durable, sans attaque à plusieurs dizaines de morts comme celle de juillet 2026, marquerait un vrai tournant sécuritaire.
Un calendrier électoral est fixé et tenu
La transition, prolongée sans échéance depuis 2022, retrouverait un horizon démocratique vérifiable.
Le cours de l’or se retourne durablement
Un recul prolongé des cours mondiaux testerait la solidité d’un budget devenu très dépendant de la rente aurifère.
La presse burkinabè retrouve un espace de travail
La levée des suspensions de médias et le retour des journalistes réquisitionnés signaleraient un desserrement de la fermeture politique.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
La reconquête territoriale se confirme durablement au-delà des chiffres officiels, un calendrier électoral crédible est fixé, le cours de l’or reste élevé et finance une première diversification économique. Le Burkina Faso consolide son leadership au sein de l’AES sans rupture majeure avec ses voisins non membres. Ce scénario suppose que le récit officiel et la réalité du terrain convergent enfin, ce qui n’est arrivé de façon vérifiable à aucun moment depuis 2022. Score SAPERE potentiel : 2,3-2,5.
Scénario défavorable
Le JNIM étend son emprise malgré les chiffres officiels, une nouvelle vague de déplacements internes efface les progrès de 2025, le cours de l’or se retourne et expose le budget, et des tensions internes à l’AES ou avec la Russie fragilisent le nouvel équilibre sécuritaire. Score SAPERE potentiel : 1,4-1,6.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non le niveau de vie ni la légitimité du pouvoir en place. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile.1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
Piliers I, II, VI et VIII : 13,5 %. Piliers III, IV, V et VII : 9 %. Pilier IX : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,002, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,0/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 2,2/5. A fiscal = 2 : recettes de plus en plus concentrées sur la rente aurifère malgré la nationalisation partielle des mines. B exportations = 1 : or et alliages d’or représentant 78 à 82 % des recettes d’exportation. C sécurité = 2 : dispositif national désormais dépendant de la Russie (Africa Corps) et de la Turquie après le départ des forces françaises. D réserves = 2 : réserves de change mutualisées au sein de la zone franc CFA, sans coussin propre au pays malgré la création d’une réserve nationale d’or. E décisionnel = 4 : rupture démontrée avec la France, la CEDEAO et l’OIF, nationalisations minières, construction de la Confédération AES. Moyenne : (2 + 1 + 2 + 2 + 4) / 5 = 2,2. Règle de plafonnement : quatre sous-indicateurs sur cinq sont à 2 ou moins, ce qui déclencherait un plafonnement à 2,5 si la moyenne le dépassait ; sans effet ici puisque la moyenne brute (2,2) lui est déjà inférieure.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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