La Société des Nations à l’épreuve
l’inaction face à l’agression fasciste du 3 septembre 1935
Contexte : Un prétexte sanglant pour une ambition impérialiste
Le 3 septembre 1935, la Société des Nations (SDN), ancêtre de l’ONU fait face à l’un des plus grands défis de son histoire. Chargée de maintenir la paix mondiale, cette organisation internationale échoue lamentablement à protéger l’Éthiopie, un de ses membres, contre l’agression flagrante de l’Italie fasciste. Ce jour-là, ce qui devait être une démonstration de la force collective de la communauté internationale se transforme en une illustration frappante de l’impuissance des institutions face aux ambitions impérialistes des régimes totalitaires.
La S.D.N sans voix
Le 23 novembre 1934, un incident survient à Walwal, aux confins de la colonie italienne de la Somalie. Ce simple accrochage devient un prétexte pour Benito Mussolini, avide de restaurer la grandeur de l’Empire romain, pour justifier une invasion de l’Éthiopie. Haïlé Sélassié Ier, l’empereur éthiopien, tente de mobiliser la Société des Nations, à laquelle son pays est affilié depuis 1923, pour contrer cette menace.
Cependant, l’appel de l’Éthiopie reste sans réponse concrète. Le 3 octobre 1935, indifférent aux appels de la communauté internationale et aux principes de droit international, Mussolini lance ses troupes dans une invasion brutale de l’Éthiopie sans déclaration de guerre, défiant ainsi ouvertement les règles internationales. Les forces italiennes, bien mieux équipées et modernisées que celles de l’Éthiopie, bénéficient d’une supériorité écrasante en matière de technologie militaire. Elles utilisent également des armes chimiques, notamment du gaz moutarde, en violation flagrante du Protocole de Genève de 1925. Ces armes, lâchement employées contre les troupes éthiopiennes et les populations civiles, brisent rapidement toute résistance, submergeant une armée éthiopienne déjà affaiblie par des moyens logistiques et tactiques inférieurs.
Le 3 septembre 1935, la SDN est appelée à statuer sur le conflit italo-éthiopien, un moment crucial où elle doit prouver sa capacité à maintenir la paix internationale. Pour la première fois, l’organisation se trouve confrontée à un conflit entre deux de ses membres. Au lieu de condamner de manière décisive l’agression italienne et de prendre des mesures fortes pour protéger l’Éthiopie, la SDN opte pour une réponse timide et officiellement «équilibrée, dictée par les intérêts politiques des grandes puissances européennes, notamment la France et le Royaume-Uni, qui cherchent à ménager Mussolini pour ne pas pousser l’Italie dans les bras d’Hitler.
C’est ainsi que tout en reconnaissant l’Italie comme l’agresseur, la SDN impose des sanctions économiques limitées à quelques restrictions sur les exportations de certains produits vers l’Italie, tout en omettant des ressources cruciales comme le pétrole, indispensable à l’effort de guerre italien. Ces sanctions par ailleurs largement ignorées, échouent à entraver les ambitions militaires de Mussolini. Ce manque de fermeté entérine un échec diplomatique majeur.
L'échec retentissant de la sécurité collective
L’incapacité de la SDN à défendre l’Éthiopie a des conséquences dévastatrices. En mai 1936, Addis-Abeba tombe, et Haïlé Sélassié est contraint de fuir en exil. Le 30 juin 1936, il prononce un discours poignant devant l’assemblée générale de la SDN, dénonçant l’injustice de l’agression italienne et l’inaction de la communauté internationale. « Aujourd’hui, c’est nous. Demain, ce sera vous », avertit-il dans un discours qui résonne encore comme un présage des conflits à venir.
L’échec de la SDN face à l’agression italienne entérine la mort de l’organisation comme gardienne de la paix. Cet épisode montre aux yeux du monde que la sécurité collective, tant vantée après la Première Guerre mondiale, n’est qu’un mirage lorsqu’elle est confrontée aux réalités du pouvoir et de la géopolitique. En renvoyant dos à dos l’agresseur et la victime, la SDN perd toute crédibilité, et cet échec ouvre la voie à la montée des tensions internationales qui mèneront directement à la Seconde Guerre mondiale.
Les réactions internationales
Les États-Unis, qui ne sont pas membres de l’organisation mais influencent la dynamique internationale, choisissent une position de neutralité, refusant de s’impliquer directement tout en exprimant une désapprobation morale de l’agression. D’autres pays, comme les Pays-Bas et les nations scandinaves, expriment leur soutien à l’Éthiopie, mais leur influence reste limitée face aux intérêts stratégiques des grandes puissances européennes qui n’entendent pas intervenir.
À long terme, l’échec de la SDN à protéger l’Éthiopie contribue à l’érosion de sa crédibilité et prépare le terrain pour les conflits à venir. La passivité des grandes puissances face à l’agression fasciste envoie un signal inquiétant aux autres régimes totalitaires, notamment à Hitler, qui est encouragé dans ses ambitions expansionnistes. Ce manque de réaction renforce l’alliance entre l’Italie et l’Allemagne nazie, menant à la formation de l’Axe Rome-Berlin en 1936, et plonge l’Europe dans une escalade qui aboutira à la Seconde Guerre mondiale.
Ce 3 septembre 1935 restera dans l’histoire comme le jour où la Société des Nations, censée garantir la paix mondiale, a montré ses limites fatales. Une leçon amère qui souligne, aujourd’hui encore, l’importance d’une action collective résolue face à l’agression pour éviter que l’histoire ne se répète.
Avant le XIXe siècle –
Les relations entre l’Éthiopie (anciennement appelée Abyssinie) et l’Europe, y compris l’Italie, sont limitées. L’Éthiopie est un royaume chrétien isolé entouré de nations musulmanes et se maintient en tant que puissance indépendante en Afrique de l’Est.
1869-1871 –
La construction du canal de Suez, qui ouvre une nouvelle route maritime entre l’Europe et l’Asie, renforce l’intérêt des puissances européennes, y compris l’Italie, pour la Corne de l’Afrique.
1885-1889 –
L’Italie commence à établir une présence coloniale en Afrique de l’Est, occupant l’Érythrée après l’abandon des positions égyptiennes dans la région.
1889 mai 2 –
Signature du traité de Wuchale entre l’Italie et l’Éthiopie. Le traité comporte deux versions : l’une en amharique, l’autre en italien. Selon la version italienne, l’Éthiopie devient un protectorat italien, tandis que la version éthiopienne ne mentionne pas cette clause. Cette divergence conduit rapidement à des tensions.
1890 –
L’Italie déclare unilatéralement que l’Éthiopie est sous son protectorat, ce que l’empereur éthiopien Ménélik II refuse catégoriquement.
1895-1896 –
La première guerre italo-éthiopienne éclate. L’Italie tente de soumettre l’Éthiopie, mais est sévèrement défaite à la bataille d’Adoua le 1er mars 1896. Cette défaite force l’Italie à reconnaître la pleine souveraineté de l’Éthiopie par le traité d’Addis-Abeba, signé le 26 octobre 1896.
1923 –
L’Éthiopie adhère à la Société des Nations (SDN), consolidant son statut d’État souverain reconnu internationalement.
1930 –
Haïlé Sélassié Ier monte sur le trône d’Éthiopie. L’Italie continue de renforcer sa présence coloniale dans la région, notamment en Érythrée et en Somalie italienne.
1934 novembre 23 –
L’incident de Walwal survient entre les forces éthiopiennes et italiennes près de la frontière entre la Somalie italienne et l’Éthiopie, donnant à l’Italie le prétexte pour une invasion.
1935 octobre 3 –
Benito Mussolini lance l’invasion de l’Éthiopie sans déclaration de guerre, déclenchant la seconde guerre italo-éthiopienne.
1935-1936 –
La campagne militaire italienne est marquée par l’utilisation de gaz chimiques et une guerre brutale. Les troupes éthiopiennes sont surpassées par la puissance militaire italienne.
1936 mai 5 –
Les forces italiennes entrent à Addis-Abeba, marquant la fin de la résistance organisée éthiopienne. Mussolini proclame la création de l’Afrique orientale italienne, unissant l’Éthiopie, l’Érythrée et la Somalie italienne sous une seule administration coloniale.
1936 mai 9 –
Mussolini déclare que l’Éthiopie est annexée à l’Italie. Haïlé Sélassié est contraint de s’exiler et fait appel à la communauté internationale depuis Genève.
1936 juin 30 –
Haïlé Sélassié prononce un discours historique devant la Société des Nations, dénonçant l’invasion italienne et appelant à une intervention internationale.
1936-1941 –
L’Éthiopie reste sous occupation italienne. Pendant cette période, un mouvement de résistance éthiopien se forme, soutenu par des forces alliées britanniques.
1940 –
Avec l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Allemagne lors de la Seconde Guerre mondiale, l’Éthiopie devient un théâtre d’opérations dans le cadre de la campagne d’Afrique de l’Est.
1941 –
Les forces alliées, principalement britanniques et les résistants éthiopiens, commencent à libérer l’Éthiopie de l’occupation italienne. Haïlé Sélassié retourne à Addis-Abeba le 5 mai 1941, cinq ans jour pour jour après la prise de la ville par les Italiens.
Après la Seconde Guerre mondiale
1947 –
Le traité de paix signé entre l’Italie et les Alliés prévoit la reconnaissance de l’indépendance de l’Éthiopie et la renonciation de l’Italie à toutes ses colonies africaines, dont l’Éthiopie.
1952 –
Sous la pression des Nations Unies, l’Érythrée, qui était sous administration britannique depuis la guerre, est fédérée à l’Éthiopie, marquant la fin de la période coloniale italienne en Afrique de l’Est.
Années 1960-1980 –
Les relations entre l’Éthiopie et l’Italie restent relativement stables, bien que l’héritage colonial continue d’influencer les relations bilatérales.
Années 1990 –
Les relations sont rétablies après la chute du régime communiste en Éthiopie et l’indépendance de l’Érythrée. L’Italie soutient les efforts de reconstruction de l’Éthiopie.
Aujourd’hui –
L’Italie et l’Éthiopie entretiennent des relations diplomatiques et économiques cordiales, marquées par la coopération dans divers domaines, bien que l’histoire coloniale reste un sujet sensible.
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