Observatoire Trump II : un an d’arbitraire, par grandes thématiques

Le 11 février 2026, dans « La Présidence Trump en 2025 : épisode 8 – 2026, un an après : pas encore une dictature, mais déjà trop d’arbitraire », j’écrivais que le problème n’était pas l’effondrement brutal de l’État de droit, mais sa perforation progressive. Ce suivi en apporte la preuve.

Non pas par des jugements, mais par des dates. Non par des intentions prêtées, mais par des décisions signées. À mesure que s’accumulent sanctions, gels budgétaires, suspensions de renseignement et pressions politiques ciblées, un schéma se dessine. Il mérite d’être observé avec précision.

Cet encadré approfondit le diagnostic que je formule dans mon article du 11 février 2026 sur SAPERE, lorsque j’écris que la Cour suprême est majoritairement conservatrice, qu’un archipel de résistances subsiste et qu’il en résulte « un État de droit troué, affaibli, contourné, mais pas encore aboli ».

10 février 2026 La juge canadienne de la CPI Kimberly Prost confirme être visée par les sanctions américaines et déclare qu’elles « ne l’empêcheront pas de faire [son] travail », tout en décrivant leurs conséquences sur sa vie quotidienne. [ctvnews]
6 février 2026 Reuters publie une enquête décrivant les mesures de Washington contre la CPI comme une « guerre de Trump contre la justice globale », rappelant que juges et procureurs de la Cour sont soumis à des sanctions « de niveau terroriste ». [reuters]
4 janvier 2026 HRDAG qualifie les sanctions américaines contre la CPI « d’attaque contre l’État de droit », en soulignant que l’objectif est de dissuader des enquêtes futures visant le président et le vice président. [hrdag]
22 décembre 2025 Sur Verfassungsblog, des juristes parlent de « sanction du droit », montrant que les sanctions américaines détruisent concrètement la vie civile des magistrats visés. [Verfassungsblog – The Sanctioning of Law]
10 décembre 2025 Les États-Unis menacent d’étendre les sanctions contre la CPI si la Cour ne s’engage pas à ne jamais poursuivre Donald Trump, conditionnant explicitement la levée des sanctions à une auto-limitation judiciaire. [reuters]
2 septembre 2025 Un sondage Pew Research indique que les opinions favorables envers la Cour suprême demeurent proches de leur plus bas historique : seulement 44 % des Américains ont une image positive de la Cour. [pew]
20 août 2025 CNN rapporte une nouvelle salve de sanctions de l’administration Trump visant quatre responsables supplémentaires de la CPI, en application de l’ordre exécutif du 6 février 2025. [cnn]
6 février 2025 Signature par Trump de l’Executive Order 14203 autorisant gels d’avoirs et restrictions de visas contre des responsables de la CPI. [Executive Order 14203]

Lecture SAPERE : L’E.O. 14203 puis son extension en 2025,2026 structurent un régime durable d’exception : une juridiction internationale est traitée comme un ennemi politique. Entre 2020 et 2025, la proportion d’Américains qui déclarent avoir une opinion favorable de la Cour suprême est passée d’environ 70 % à 48 %, soit une baisse de 22 points en cinq ans selon Pew. Des institutions juridiques de référence y voient non pas un simple désaccord institutionnel, mais une attaque frontale contre l’État de droit international.

Pour aller plus loin
  • Analyse de référence sur les effets des sanctions CPI sur la recherche et la coopération juridique internationale. [Knight Columbia]
  • Position de la communauté juridique organisée (New York City Bar) face aux sanctions américaines. [NYC Bar]
  • Lecture doctrinale clé sur la transformation des sanctions américaines contre la CPI comme « sanction du droit ». [Verfassungsblog – The Sanctioning of Law]

Cet encadré documente l’analyse développée dans mon article du 11 février 2026 : un appareil d’État mobilisé moins pour gouverner que pour mettre en scène sa capacité à punir, via raids migratoires massifs et pressions budgétaires.

9 février 2026 CBS Minnesota rapporte que 2,000 agents fédéraux (ICE, DHS, HSI) sont toujours déployés dans le Minnesota dans le cadre d’« Operation Metro Surge », ayant permis l’arrestation d’environ 4,000 personnes. [CBS Minnesota – bilan chiffré]
7 février 2026 Donald Trump défend les opérations fédérales à Minneapolis, attribuant la baisse de la criminalité exclusivement au retrait de « milliers de criminels » par les forces fédérales. [Fox News – justification présidentielle]
30 janvier 2026 Une juge fédérale rejette la demande de l’État du Minnesota visant à suspendre le déploiement d’ ICE, au motif que l’exécutif dispose de compétences régaliennes prépondérantes en matière de sécurité nationale et que les États ne peuvent légalement entraver l’application des lois fédérales. [BBC – refus de blocage judiciaire]
18 janvier 2026 La BBC décrit Minneapolis comme le théâtre d’un « bras de fer » institutionnel, avec des manifestations récurrentes contre ICE devant les bâtiments fédéraux. [BBC – test des limites du pouvoir]
15 janvier 2026 Trump menace d’invoquer l’Insurrection Act à Minneapolis après la mort de Renee Nicole Good, citoyenne américaine abattue par un agent fédéral lors d’une manifestation contre les raids de l’ ICE. [BBC – menace d’Insurrection Act]
12 janvier 2026 Le Minnesota intente une action en justice contre l’administration Trump, documentant des arrestations jugées illégales dans des lieux publics, y compris écoles et hôpitaux. [Reuters – plainte de l’État du Minnesota]
4 janvier 2026 Lancement d’Operation Metro Surge impliquant environ 2,000 agents fédéraux, premier grand théâtre de l’offensive migratoire de 2026. [CBS News – annonce Operation Metro Surge]
11 juillet 2025 Le raid de Camarillo recense la détention de 319 personnes et la mort d’un travailleur agricole américain, tué lors d’une chute alors qu’il tentait d’échapper aux agents de l’ ICE. [Camarillo ICE raid]
16 juin 2025 Un sujet vidéo montre Trump ordonnant à ICE de concentrer des opérations dans des villes gouvernées par des démocrates, désignées comme « sanctuary cities ». [discours Trump – ICE]
23 janvier 2025 L’ ICE mène un raid massif à Camarillo, présenté par la Maison-Blanche comme un signal de « tolérance zéro ». [Camarillo ICE raid]

Lecture SAPERE : De Camarillo à Minneapolis, la logique est la même : des opérations de police ou d’immigration sont transformées en démonstration de puissance politique. À Camarillo, la mort d’un travailleur et l’usage de munitions « moins létales » contre des manifestants font du raid une scène de pouvoir. À Minneapolis, Operation Metro Surge pousse cette logique à l’échelle d’une métropole : plainte de l’État pour « invasion fédérale », mort de la citoyenne Renee Nicole Good et rhétorique présidentielle vantant une purge migratoire. Ce n’est pas seulement la loi qui s’applique : c’est la capacité de l’exécutif à frapper des territoires politiquement adverses qui est mise en scène.

Pour aller plus loin
  • Application sélective des lois migratoires sous Trump et impact sur l’État de droit. [Human Rights Watch – État de droit]
  • Analyses d’Amnesty International sur l’usage des pouvoirs exécutifs en matière de sécurité intérieure. [Amnesty]

Cet encadré étaye la thèse de la politisation de l’économie : tarifs utilisés comme instruments de chantage, aides sectorielles comme compensations politiques et convergences d’intérêts claniques.

3 septembre 2025 La Maison-Blanche retire finalement l’ OMC d’une liste de réductions budgétaires de 4,9 milliards de dollars, après avoir démontré que la menace était négociable. [Reuters – OMC retirée des coupes]
23 mai 2025 Trump menace d’un tarif de 50 % sur les importations européennes, justifiant cette perspective par des « barrières commerciales injustes ». [cnn]
8 avril 2025 Un briefing souligne que la politique tarifaire 2025 (acier, aluminium, automobile) met à l’épreuve la capacité de l’ OMC à traiter des différends. [epthinktank]
27 mars 2025 Trump annonce un tarif de 25 % sur les voitures importées, visant de facto les constructeurs européens et asiatiques ; risque de hausse de 5,000 à 10,000 dollars par véhicule. [reuters]
27 mars 2025 Les États-Unis suspendent leurs contributions financières à l’ OMC pour les budgets 2024,2025. [Reuters – contributions OMC]
27 mars 2025 À Genève, un délégué américain indique que tous les paiements 2024,2025 sont gelés dans l’attente d’une revue globale. [Investing/Reuters – OMC]

Lecture SAPERE : Le gel puis le dégel partiel de la contribution à l’ OMC manifeste une politisation assumée de l’économie internationale : l’adhésion américaine aux règles multilatérales n’est plus un cadre stable, mais un levier de chantage. Des analyses montrent que les tarifs 2025 ne sont pas seulement un geste budgétaire, mais un test de résistance de l’ OMC elle-même.

Pour aller plus loin

Sous Trump II, le droit devient une variable ajustable. L’objectif est d’invalider l’idée qu’un cadre supra-national puisse contraindre la puissance américaine.

8 janvier 2026 La BBC rapporte que Trump retire les États-Unis d’un « traité-clé » sur le climat et de dizaines d’autres organisations accusées de promouvoir un « agenda globaliste ». [bbc]
4 janvier 2026 Note de référence sur les sanctions américaines contre la CPI comme attaque contre l’État de droit. [HRDAG – Attack on Rule of Law]
29 décembre 2025 Washington réduit son aide humanitaire via le système de l’ ONU à 2 milliards de dollars, excluant explicitement la Palestine et l’Afghanistan. [aljazeera]
3 novembre 2025 La fondation Heinrich Böll explique que Trump ordonne la cessation immédiate de la finance climatique multilatérale, mettant fin à des engagements sur des programmes de transition. [boell]
6 février 2025 Analyse de fond sur les conséquences de l’Executive Order 14203 pour la justice pénale internationale. [Amnesty – sanctions ICC]

Lecture SAPERE : Cet enchaînement montre un déplacement clair : le droit international est une variable que l’exécutif peut sanctionner ou affamer. Dans les termes de Verfassungsblog, la politique de Trump II relève d’une « sanction du droit » lui-même. Le retrait unilatéral des engagements climatiques et la réduction drastique de l’aide humanitaire via l’ ONU confirment le passage d’une hégémonie libérale à une puissance unilatérale décomplexée.

Pour aller plus loin

Documenter factuellement que l’année écoulée a transformé l’Ukraine : suspension de l’aide et marchandage assumé font de ce conflit un précédent de renoncement.

30 juillet 2025 Le projet de loi S.2592 conditionne l’aide à l’Ukraine à la promotion explicite des intérêts de sécurité nationale des États-Unis, prévoyant l’usage d’avoirs russes gelés. [congress.gov]
6 mars 2025 Le Monde souligne que la « pause » américaine dans le partage de renseignement réduit la capacité de Kiev à cibler les forces russes. [Le Monde – pause renseignement]
5 mars 2025 L’administration Trump suspend le partage de renseignement avec l’Ukraine, utilisée comme levier de pression. [CNN – pause renseignement]
5 mars 2025 Reuters rapporte la coupure du flux de renseignement stratégique vers Kiev. [Reuters/FT – partage renseignement]
4 mars 2025 Analyse militaire de la suspension décidée par l’exécutif comme instrument de marchandage. [Defense News – pause renseignement]

Lecture SAPERE : L’Ukraine passe du statut de cause défendue au nom d’un ordre international à celui de jeton de négociation dans un marchandage stratégique. La suspension du renseignement critique et le conditionnement législatif de l’aide ancrent l’idée que le soutien à un allié est désormais une variable d’ajustement des intérêts nationaux américains immédiats.

Pour aller plus loin

En 2026, l’arbitraire devient gouvernable. Le déplacement du seuil moral transforme l’État de droit en un luxe procédural que l’opinion semble prête à sacrifier.

2 septembre 2025 Pew Research relève que la Cour suprême reste impopulaire : seulement 48 % des Américains en ont une opinion favorable, contre 70 % en 2020. [pew]
22 mai 2025 L’enquête ABA Civic Literacy montre que 60 % des citoyens privilégient désormais un exécutif dominant sur les autres pouvoirs. [ABA – Civic Literacy 2025]
2026 Amnesty International souligne la menace persistante pour l’État de droit aux États-Unis après les morts civiles à Minneapolis et Camarillo. [Amnesty – État de droit]
2025-2026 (continu) Analyses sur la fragilité de l’ordre juridique international face aux politiques de puissance unilatérales. [Global Policy – legal order]

Lecture SAPERE : Entre mars 2018 et l’été 2019, la part des républicains souhaitant un président moins contraint par le Congrès est passée de 27 % à 43 % ; elle a doublé chez les conservateurs selon Pew. L’accoutumance remplace la peur : l’État de droit devient un luxe procédural que l’opinion semble prête à sacrifier pour la promesse de sécurité.

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