a group of people in armor and helmets with shields and shields and a group of people in a village

Palmares : L’ultime révolte des esclaves marrons du Brésil

Le 6 février 1694, Palmares tombe. Après près d’un siècle de résistance, la plus grande communauté autonome brésilienne fondée par des esclaves fugitifs nommés Marrons, est anéantie. Les flammes avalent les habitations, le sang se mêle à la boue, et les cris des vaincus s’éteignent sous les sabres portugais. En ce jour funeste, c’est bien plus qu’un bastion de fugitifs qui disparaît : c’est une utopie noire, une insulte vivante à l’ordre esclavagiste, une république qui refusait de plier.

Un havre de liberté dans le cœur du Brésil colonial

Au XVIIe siècle, le Brésil colonial repose sur une économie sucrière assoiffée de main-d’œuvre. Des navires accostent sans relâche, déversant leur cargaison humaine arrachée aux côtes africaines. Le Nord-Est du pays, notamment l’actuel État d’Alagoas, est l’épicentre de cette exploitation massive.

Dans cet enfer, des centaines, puis des milliers d’esclaves fuient. Leur destination : les forêts et montagnes inaccessibles, où ils fondent des quilombos, communautés autonomes défiant l’ordre colonial. Le plus grand et le plus puissant d’entre eux s’appelle Palmares.

Palmares : un royaume au cœur du Brésil colonial

L’enfer des plantations : pourquoi fuir était la seule option

Les principaux ports de traites en Afrique à destination du Brésil

 

Port de traite africainPort négrier brésilien le plus procheDistance moyenne (km)Temps de trajet moyen (jours)
Ouidah (Bénin)Salvador5 30033 à 50
Lagos (Nigeria)Rio de Janeiro4 30025 à 40
Calabar (Nigeria)Salvador5 60033 à 55
Luanda (Angola)Salvador6 90043 à 65
Benguela (Angola)Salvador6 10038 à 55
Ouidah (Bénin)Recife5 80036 à 55

Les distances et les temps de trajet pouvaient varier en fonction des conditions météorologiques, des courants marins et des capacités des navires.

Le Brésil est le plus grand cimetière d’esclaves des Amériques.

  • 4 millions d’Africains déportés entre 1500 et 1850.
  • 40 % du commerce transatlantique d’esclaves converge vers ce pays.
  • Espérance de vie moyenne d’un esclave : 7 ans après son arrivée.
  • Des journées de travail de 18 heures sous un soleil brûlant.
  • Des châtiments d’une brutalité inimaginable : pendaisons, mutilations, torture.

Dans ce contexte, fuir n’est pas seulement un acte de révolte, c’est une question de survie.

Fondation et évolution de Palmares

Un développement progressif :

Les premières communautés marronnes dans la région de Palmares apparaissent probablement dès 1580. Il s’agissait alors de villages isolés (mocambos) qui, au fil des décennies, se sont fédérés pour former un État structuré capable de résister aux armées coloniales. D’après les archives portugaises et les recherches modernes, Palmares comptait entre 10,000 et 30,000 habitants à son apogée, dans les années 1670. Il s’étend sur plusieurs villages fortifiés, avec pour capitale Serra da Barriga.

Une gouvernance plus souple qu’un royaume traditionnel :

Contrairement à l’image d’un royaume centralisé sous un seul chef, Palmares était une confédération de villages autonomes, coordonnés par un leadership collectif. Un conseil central prenait les décisions stratégiques et garantissait l’ordre à travers un système de justice interne, défiant l’idée coloniale selon laquelle une société sans la tutelle européenne ne pouvait exister.

Le rôle des femmes :

Les femmes n’étaient pas de simples figures d’ombre. Dandara, épouse de Zumbi, commandait des troupes et menait des offensives militaires. Aqualtune, ancienne princesse du royaume du Kongo, aurait dirigé l’organisation initiale de Palmares, intégrant des stratégies militaires africaines dans la défense du quilombo.

Une économie autosuffisante

Palmares vivait en autarcie grâce à une économie autosuffisante.

Bien que Palmares fut en guerre contre les Portugais, il existait des échanges clandestins. Le quilombo troquait ses surplus contre de la poudre à canon et du sel, une ironie cruelle pour une cité en lutte contre l’ordre colonial.

La menace coloniale et la résistance marronne

L’existence même de cette entité est une insulte vivante au système esclavagiste portugais. En prouvant que des esclaves en fuite pouvaient non seulement survivre, mais prospérer, Palmares brise un dogme fondamental de l’idéologie coloniale : celui d’une prétendue infériorité des Africains qui les condamnerait à la soumission.

Mais ce n’est pas seulement une question de symbole. Palmares dérègle l’économie coloniale de manière bien réelle :

  • Chaque esclave qui s’échappe est une perte directe pour les plantations sucrières du Pernambouc.
  • Les raids marrons libèrent des centaines de captifs, encourageant d’autres à fuir, créant une véritable hémorragie humaine.
  • Palmares établit comme on l’a vu un réseau économique parallèle, échappant au contrôle portugais : culture agricole, artisanat, troc avec certains colons, production autonome.
  • La peur de Palmares force les planteurs à investir toujours plus dans la sécurité, augmentant leurs coûts et rendant l’esclavage moins « rentable ».

Aux yeux des colons, Palmares n’est donc pas seulement une rébellion : c’est une menace existentielle pour l’ordre esclavagiste. Il faut l’éradiquer.

D’ailleurs, avant même que les Portugais ne redoublent leurs efforts pour l’anéantir, les Hollandais, durant leur occupation du nord-est du Brésil entre 1630 et 1654, avaient eux aussi tenté de mettre fin à cette enclave de liberté. Expéditions après expéditions, ils se heurtèrent à une résistance implacable, à des combattants qui connaissaient chaque sentier, chaque repli de la forêt. Palmares défiait les armes et l’ordre établi. Cette capacité à repousser l’une des plus grandes puissances européennes de l’époque ne fit que renforcer son aura : Palmares n’était plus seulement un territoire, il devenait un mythe.

Les bandeirantes entrent en scène

Les autorités coloniales portugaises connaissent eux aussi l’infortune : 17 expéditions et 17 échecs. Il leur faut donc déployer une autre stratégie. C’est alors qu’entrent en scène les bandeirantes.

Ces hommes ne sont ni soldats, ni administrateurs : ce sont des chasseurs d’hommes, des mercenaires sans pitié, traquant les esclaves fugitifs à travers les forêts et les montagnes du Brésil. Issus de São Paulo, endurcis par la survie en milieu hostile, ils ont fait de la capture d’esclaves un business rentable, vendant leurs prises aux planteurs contre de l’or et des terres.

Les bandeirantes n’ont aucun code moral :

• Ils attaquent sans relâche, utilisant la terreur et la traque continue pour épuiser leurs cibles.
• Ils connaissent la forêt presque aussi bien que les marrons, rendant les cachettes moins sûres.
• Ils appliquent une brutalité sans limites : mutilations, exécutions, massacres collectifs.

L’offensive finale : Palmares encerclé

C’est à Domingos Jorge Velho & Bernardo Vieira de Melo, parmi les plus cruels d’entre eux, que les Portugais confient la mission d’anéantir Palmares une fois pour toutes. Il lève une armée de 9,000 hommes, composée de soldats réguliers, de mercenaires, d’auxiliaires indigènes et d’autres bandeirantes. Cette fois, l’assaut sera implacable. La guerre a changé de visage. Palmares n’a plus seulement affaire aux soldats du roi mais à une armée de bouchers.

Pourquoi les marrons ne peuvent-ils pas tenir ?

  • L’isolement progressif : après des mois de harcèlement, les Portugais coupent les routes d’approvisionnement vers Palmares. La nourriture et les armes se raréfient.
  • La puissance de feu portugaise : jusque-là, Palmares résistait grâce à des armes récupérées lors de raids. Cette fois, les envahisseurs disposent de canons, capables de pulvériser les remparts de Macaco, la capitale du quilombo.
  • La trahison et l’infiltration : certains esclaves capturés sont forcés de livrer des informations stratégiques aux assaillants. Des éclaireurs portugais repèrent les failles des défenses marronnes.
  • L’épuisement des combattants : après des décennies de guerre, la population de Palmares est affaiblie, réduite, vieillissante. La nouvelle génération est née libre, mais elle n’a pas connu les premières luttes de ses ancêtres.

Comme toujours, les troupes portugaises ont mis plusieurs mois à atteindre Macaco, en raison du relief accidenté et de la densité de la végétation. Mais, le 6 février 1694, après 22 jours de siège, les remparts cèdent sous les bombardements des colons. Macaco est incendiée, les marrons résistent jusqu’au dernier souffle, mais la disproportion des forces est écrasante. Certains témoignages rapportent que des habitants acculés, refusant de redevenir esclaves, ont préféré se jeter des falaises plutôt que de se rendre. Un dernier cri de liberté, dans un monde qui voulait les réduire au silence.

L’après-Palmares et les quilombos survivants

Zumbi dernier leader de Quilombo dos Palmares

Palmares est tombé, mais son souffle hante encore les forêts du Brésil. Ses cendres n’ont pas refroidi. Les survivants ne se rendent pas : traqués, blessés, affamés, ils s’éparpillent dans l’épaisseur végétale, se fondent dans l’ombre, reformant des quilombos plus petits, plus insaisissables. Invisibles aux yeux des colons, ils deviennent une menace persistante, défiant l’ordre esclavagiste comme une plaie impossible à refermer. Certains tiendront encore un siècle, irréductibles, insaisissables, comme un serment murmurant à l’oreille du vent.

Palmares n’a pas disparu. Il s’est infiltré dans la mémoire, gravé dans la chair de l’histoire. Aujourd’hui, plus de 5,000 communautés quilombolas revendiquent cet héritage, un passé que l’on a voulu ensevelir mais qui refait surface avec la force d’une marée montante. Elles réclament leurs terres, leur culture, leur reconnaissance.

Le 20 novembre 1695, Zumbi dos Palmares, dernier chef du quilombo, est capturé après une très longue traque impitoyable. Livré aux Portugais, il est exécuté et sa tête exposée à Recife, pour dissuader toute autre rébellion. Mais au lieu d’être un avertissement, il devient un symbole. Chaque 20 novembre, jour de sa mort, le Brésil s’arrête pour se souvenir. Les colons croyaient l’avoir réduit en poussière, mais certains feux heureusement ne s’éteignent jamais.

Chronologie

1500 –

Arrivée des Portugais au Brésil sous Pedro Álvares Cabral. Début de l’exploitation coloniale.

Début du XVIe siècle –

Les premiers esclaves africains sont amenés au Brésil pour travailler dans les plantations de canne à sucre.

1580 –

Les premiers esclaves en fuite fondent des communautés cachées dans la Serra da Barriga, posant les bases du futur Quilombo dos Palmares.

1605 –

Premières mentions de Palmares dans les archives coloniales portugaises. Les autorités commencent à le considérer comme une menace.

1630 –

Les Hollandais envahissent le nord-est du Brésil et s’emparent de Recife et d’Olinda, débutant une occupation qui durera 24 ans.

1637 –

João Maurício de Nassau-Siegen est nommé gouverneur du Brésil hollandais. Sous son administration, les Hollandais tentent d’instaurer une politique plus tolérante envers les esclaves et les peuples autochtones.

1645 –

Début de l’Insurrection Pernamboucaine : les colons portugais et l’élite locale se révoltent contre l’occupation hollandaise, amorçant une reconquête du territoire.

1654 –

Les Portugais chassent définitivement les Hollandais du Brésil après la victoire de la bataille de Guararapes. Palmares, qui avait prospéré pendant cette période de troubles, redevient la cible principale des autorités portugaises.

1670 –

Palmares atteint son apogée avec environ 30 000 habitants répartis dans plusieurs mocambos fortifiés.

1678 –

Ganga Zumba, chef de Palmares, signe un traité de paix avec les Portugais, mais Zumbi s’y oppose et prend la tête de la résistance.

1680 –

Zumbi dos Palmares devient le chef suprême et intensifie les attaques contre les plantations coloniales.

1694 Février 6-

Macaco, la capitale de Palmares, tombe assiégée par une armée de 9,000 hommes dirigée par Domingos Jorge Velho & Bernardo Vieira de Melo. La ville est incendiée, et les habitants sont massacrés ou réduits en esclavage.

1695 Novembre 20 –

Zumbi dos Palmares est capturé, exécuté et sa tête est exposée à Recife pour dissuader d’autres révoltes.

1988 –

La nouvelle Constitution brésilienne reconnaît officiellement les terres des communautés quilombolas, héritières de Palmares.

2003 –

Le gouvernement brésilien instaure le 20 novembre comme la Journée de la Conscience Noire, en hommage à Zumbi dos Palmares et à la résistance des esclaves.

2005 –

Le président Luiz Inácio Lula da Silva, en visite à Ouidah, au Bénin, reconnaît la responsabilité historique du Brésil dans la traite négrière et demande pardon aux pays africains.

Chronologie de l'esclavage dans le monde

Depuis les premières civilisations humaines –

L’esclavage existe sous différentes formes dans le monde entier : en Mésopotamie, en Égypte, en Chine, en Inde, en Amérique précolombienne et en Afrique.

1772 av. J.-C. –

Le Code d’Hammurabi en Mésopotamie légalise l’esclavage et punit sévèrement la fuite des captifs.

139 à 132 av. J.-C. –

Première guerre servile en Sicile : une révolte majeure d’esclaves contre Rome.

Grèce Antique –

Aristote justifie l’esclavage, le considérant comme une condition naturelle.

VIIe-XVe siècles –

La traite musulmane se développe à travers le Sahara et l’océan Indien. Des millions d’Africains sont capturés et envoyés vers le monde arabe.

IXe siècle –

La grande révolte des Zanj (esclaves africains) éclate en Irak contre le califat abbasside. Elle dure près de 15 ans.

X-XIe siècles –

La traite des Slaves (*Saqāliba*) s’intensifie sous les empires byzantin et musulman. Des populations slaves et balkaniques sont capturées et vendues en Méditerranée, en Andalousie et au Moyen-Orient.

1222 –

Sundjata Keïta, fondateur de l’Empire du Mali, aurait proclamé la Charte du Manden, interdisant l’esclavage, bien que son application soit limitée.

1335 –

Abolition officielle de l’esclavage en Suède, incluant la Finlande actuelle.

1444 –

Les Portugais organisent le premier transport maritime massif d’esclaves africains vers l’Europe, marquant le début de la traite atlantique.

1454 –

La bulle papale *Romanus Pontifex* autorise le Portugal à réduire en esclavage les « païens » d’Afrique, légitimant la traite négrière.

1619 –

Arrivée des premiers Africains réduits en esclavage dans la colonie anglaise de Virginie, marquant le début officiel de l’esclavage aux États-Unis.

1685 –

Promulgation du *Code noir* par Louis XIV, réglementant l’esclavage dans les colonies françaises.

1791 –

Début de la révolution haïtienne avec l’insurrection des esclaves à Saint-Domingue, menée par Toussaint Louverture. Elle aboutira à l’indépendance d’Haïti en 1804.

1777 –

Le Vermont devient le premier État américain à abolir l’esclavage.

1794 –

Première abolition de l’esclavage par la France sous la Convention nationale (restaurée en 1802 par Napoléon).

1807 –

Interdiction de la traite négrière par le Royaume-Uni, marquant un tournant majeur dans les efforts abolitionnistes mondiaux.

1833 –

Abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques avec une émancipation progressive sur plusieurs années.

1848 –

Abolition définitive de l’esclavage dans les colonies françaises grâce au décret porté par Victor Schoelcher.

1865 –

Adoption du 13e amendement aux États-Unis, abolissant officiellement l’esclavage après la guerre de Sécession.

1888 –

Le Brésil devient le dernier pays des Amériques à abolir officiellement l’esclavage.

2001 –

La loi Taubira reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Palmares, fondé au XVIe siècle, était le plus grand État marron du Brésil, regroupant jusqu’à 30,000 habitants à son apogée.
  • Pendant près d’un siècle, il a défié les puissances coloniales, notamment les Hollandais entre 1630 et 1654, puis les Portugais, qui ont envoyé 17 expéditions militaires pour tenter de le détruire.
  • Sa capitale, Cerca do Macaco, était fortifiée et résistait grâce à une organisation politique collective et une économie autosuffisante.
  • Le 6 février 1694, après un siège de 22 jours mené par une armée de 9 000 hommes sous Domingos Jorge Velho, Palmares tombe.
  • Zumbi dos Palmares, dernier chef du quilombo, est capturé et exécuté en novembre 1695. Il devient un symbole de la résistance noire au Brésil.
  • Aujourd’hui, l’héritage de Palmares inspire plus de 5,000 communautés quilombolas et les mouvements noirs qui luttent pour la reconnaissance et la justice sociale.

FAQ

Les marrons étaient des esclaves en fuite qui refusaient la servitude et s’organisaient en communautés autonomes appelées quilombos. Le terme vient de l’espagnol cimarrón, qui signifie « redevenu sauvage ».

Les marrons ne se contentaient pas de fuir : ils bâtissaient des sociétés autonomes, souvent fortifiées, où ils recréaient des cultures africaines tout en s’adaptant à leur nouvel environnement. Palmares en est l’exemple le plus abouti.

Ils étaient redoutés par les colons, car ils représentaient une double menace :

  1. Un modèle de liberté qui pouvait inciter d’autres esclaves à s’enfuir.
  2. Des combattants actifs, organisant des raids contre les plantations pour libérer d’autres captifs.

Palmares bénéficiait de plusieurs avantages stratégiques :

  • Une situation géographique imprenable : caché dans les montagnes de Serra da Barriga, Palmares était entouré d’une forêt dense et difficile d’accès.
  • Une défense bien organisée : les marrons utilisaient des techniques de guérilla, inspirées à la fois des traditions africaines et amérindiennes.
  • Une autosuffisance alimentaire : contrairement à d’autres quilombos plus petits, Palmares pouvait survivre en autarcie grâce à ses plantations agricoles et son élevage.

Les Portugais ont lancé 17 expéditions militaires entre 1640 et 1690 pour tenter de le détruire, sans succès.

Palmares était un mélange unique de traditions africaines, amérindiennes et européennes :

  • Spiritualité : les habitants pratiquaient un syncrétisme religieux, mélangeant des croyances africaines, des rituels amérindiens et parfois des éléments du christianisme.
  • Organisation sociale : la société était gouvernée par un roi (Ganga Zumba, puis Zumbi), avec un conseil de chefs de villages.
  • Arts et traditions : la musique, la danse et les récits oraux étaient essentiels à la transmission de l’histoire et de la culture marronne.

On suppose également que certaines traditions africaines liées aux arts martiaux, comme la capoeira, auraient pu se développer dans ce contexte de résistance.

Zumbi dos Palmares est aujourd’hui une icône de la lutte contre l’oppression et le racisme au Brésil. Il est célébré pour plusieurs raisons :

  • Il a refusé tout compromis avec les colons, alors que son oncle, Ganga Zumba, avait tenté une paix avec les Portugais en 1678.
  • Il a organisé la défense de Palmares avec des tactiques de guérilla sophistiquées.
  • Il est mort en résistant, traqué pendant trois ans après la chute de Palmares, capturé et exécuté en 1695.

En 1978, le mouvement noir brésilien a fait du 20 novembre (date de son exécution) la « Journée de la Conscience Noire », un jour commémoratif officiel au Brésil.

Après la chute de Palmares en 1692, les survivants ont connu plusieurs sorts :

  • Beaucoup ont été capturés et revendus comme esclaves.
  • Certains ont réussi à fuir et à rejoindre d’autres quilombos plus petits.
  • D’autres se sont mélangés aux populations indigènes pour disparaître dans la nature.

Aujourd’hui, les quilombolas, descendants des marrons, revendiquent leurs terres et leurs droits. La Constitution brésilienne de 1988 leur reconnaît un droit à la propriété collective, mais beaucoup se battent encore pour faire respecter cette loi face aux intérêts fonciers.

L’histoire de Palmares et des esclaves marrons a longtemps été occultée par les récits officiels, qui mettaient plutôt en avant les « grands explorateurs » et les « civilisations européennes ».

Ce n’est que récemment que la mémoire des résistances noires a commencé à être valorisée, notamment grâce aux mouvements afrodescendants et aux études post-coloniales.

De plus, contrairement aux grandes révoltes d’esclaves comme celle de Haïti, Palmares a été détruite avant d’avoir pu influencer une indépendance politique.

Contrairement à l’image d’une république socialiste ou d’un royaume centralisé, Palmares fonctionnait comme une monarchie élective, similaire à certains modèles africains.

  • Les sobas (chefs régionaux) se réunissaient pour choisir le souverain.
  • Macaco, le village principal, servait de centre politique et administratif.
  • L’organisation était centralisée et parfois autoritaire, avec des sanctions sévères pour les dissidents.
  • Zumbi et d’autres chefs possédaient eux-mêmes des esclaves, capturés lors de raids contre les plantations coloniales.
  • Les descriptions coloniales, notamment celles du capitaine Blaer, parlent parfois d’un « roi » de Palmares. Cette perception pourrait être une projection européenne sur un système qui ressemblait davantage à une monarchie élective africaine.

📌 Source : Flávio dos Santos Gomes, Le Quilombo dos Palmares.

Palmares était une confédération de villages autonomes (mocambos), reliés entre eux mais fonctionnant de manière complémentaire.

  • Un Conseil central 🏛️ : il regroupait les chefs des différents villages et prenait les grandes décisions stratégiques.
  • Des chefs locaux 🤝 : chaque village (mocambo) était dirigé par un chef, responsable de l’organisation interne et de la défense.
  • Un système de justice interne ⚖️ : les conflits entre habitants étaient réglés en interne, évitant l’influence des colons.
  • Une structure militaire organisée ⚔️ : Zumbi et d’autres chefs militaires dirigeaient les opérations défensives et les raids contre les plantations esclavagistes.
  • Le rôle des femmes 👩🏾‍🦱 : Dandara et d’autres figures féminines dirigeaient des groupes armés et participaient aux décisions politiques.
  • Certains mocambos étaient spécialisés dans la production de certains biens, comme le beurre d’amande, le vin de palme ou la métallurgie. Cette complémentarité renforçait l’autonomie économique de Palmares.

📌 Source : Flávio dos Santos Gomes, Le Quilombo dos Palmares.

La spiritualité de Palmares était un mélange d’éléments africains, indigènes et catholiques, reflétant la diversité de sa population.

  • Présence de chapelles et d’objets catholiques ⛪ : des expéditions portugaises ont retrouvé des statues de saints, comme l’Enfant Jésus ou Nossa Senhora da Conceição.
  • Syncrétisme religieux 🕊️ : les habitants vénéraient à la fois les saints chrétiens et les divinités africaines, créant de nouveaux cultes adaptés à leur situation.
  • Chamanisme et prophéties 🔮 : certaines femmes pratiquaient la transe pour prédire les attaques portugaises.
  • Transmission des traditions africaines 🎭 : chants, invocations, rituels et pratiques indigènes fusionnaient pour donner une spiritualité unique et résistante.
  • Les prêtres autoproclamés de Palmares organisaient des baptêmes et des mariages, intégrant des éléments du christianisme à des rituels africains et indigènes. Cette fusion religieuse permettait aux Palmaristas de créer une nouvelle identité spirituelle, adaptée à leur réalité.

📌 Source : Flávio dos Santos Gomes, Le Quilombo dos Palmares.

Les femmes étaient en sous-nombre, un problème récurrent dans les premières années de Palmares, car la traite négrière amenait surtout des hommes.

Malgré cela, elles jouaient un rôle clé dans la survie et la défense du quilombo :

  • Elles combattaient 🏹 : certaines participaient aux batailles et pratiquaient la transe pour prévoir les attaques ennemies.
  • Elles géraient l’économie locale 🌾 : culture des champs, fabrication de farine, stockage des ressources.
  • Elles assuraient la transmission culturelle 📖 : récits, chants, éducation des enfants.
  • Elles étaient stratèges 🎭 : lors des évacuations, elles cachaient des graines dans leurs cheveux pour permettre la reconstruction d’un village ailleurs.
  • La polyandrie était pratiquée 💍 : en raison du déséquilibre hommes-femmes, certaines avaient plusieurs maris et étaient parfois cheffes de famille et leaders de leur mocambo.
  • En raison de la rareté des femmes, les Palmaristas organisaient des raids pour libérer des femmes esclaves, qui étaient ensuite intégrées à la communauté. Certaines devenaient cheffes de famille, organisant la production et la vie sociale de leur mocambo.

📌 Source : Flávio dos Santos Gomes, Le Quilombo dos Palmares.

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En savoir plus

Palmares par Flavio Gomes, historien brésilien reconnu pour ses travaux sur les quilombos, ces communautés d’esclaves marrons qui ont résisté au système esclavagiste. Il explore l’histoire fascinante de Palmares, le plus grand quilombo du Brésil colonial. L’ouvrage analyse la résistance des Marrons face aux puissances coloniales, leur organisation sociale unique et leur héritage durable dans les luttes afro-brésiliennes contemporaines. 

Quilombos: Resistência ao Escravismo de Clóvis Moura, est une œuvre majeure qui analyse les quilombos comme des formes de résistance radicale au système esclavagiste brésilien. L’auteur, en s’appuyant sur une perspective marxiste, démontre que les quilombos représentaient des structures sociales, politiques et économiques alternatives, défiant l’ordre colonial. Ce livre met en lumière le rôle des esclaves comme acteurs de leur propre histoire et souligne l’importance des luttes collectives dans la quête de liberté.

 


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