Histoire de la Russie
862-1598
Les débuts de la Rus’
L’histoire de la Rus’ commence bien avant la formation d’un État unifié, avec les premiers contacts entre les peuples baltes, les Slaves, les Finno-Ougriens, et les marchands scandinaves, appelés Varègues. Ces derniers, probablement originaires de Suède, jouent un rôle crucial dans le développement des routes commerciales reliant la Baltique, la mer Noire, et la mer Caspienne, avec des destinations aussi lointaines que Bagdad et Constantinople. Les routes commerciales fluviales deviennent des corridors stratégiques pour l’échange de fourrures, d’esclaves, de miel, de cire, et d’autres produits prisés dans l’Empire abbasside. Staraia Ladoga, souvent citée comme le premier poste de commerce varègue, est fondée vers le début du 8e siècle et sert de centre névralgique pour ces échanges. En 838, la mention des « Rhos » dans les annales franques témoigne du début des relations diplomatiques avec l’Europe occidentale, renforçant le rôle des Varègues en tant que médiateurs entre les cultures nordiques et le monde méditerranéen. Par ailleurs, la culture politique des premiers dirigeants de la Rus’ semble avoir été influencée par les Khazars, notamment par l’adoption de titres et de symboles de pouvoir. Les Scandinaves, qui se sont installés dans ces régions, ont également adopté des coutumes locales pour renforcer leur autorité.
Événements clés :
- A partir du 8e siècle – Développement des réseaux commerciaux baltiques.
- 838 – Les Byzantins mentionnent un peuple appelé les Rhos, dirigé par un roi capable d’envoyer des missions diplomatiques à Constantinople. Ce groupe, bien organisé, était vraisemblablement d’origine suédoise et avait adopté certains aspects des Khazars, une puissante nation nomade.
Formation et consolidation de la Rus’ de Kiev (882-1015)
Avec l’essor des routes commerciales, un besoin d’ordre et de stabilité se fait sentir dans la région. Ce contexte mène à l’invitation légendaire de Riurik, un chef varègue, par les Slaves de Novgorod en 862. Ce qui commence comme une réponse à l’instabilité locale se transforme rapidement en un État naissant, avec Kiev comme centre politique et économique sous le règne d’Oleg, le successeur de Riurik. En 882, Oleg déplace la capitale de Novgorod à Kiev, tirant parti de sa position stratégique sur le Dniepr pour consolider son contrôle sur les routes commerciales vers Byzance. Kiev devient un point central dans le commerce des fourrures et des esclaves avec Constantinople, un partenaire commercial majeur. Le traité de 911 avec l’Empire byzantin formalise ces relations, offrant des conditions favorables aux marchands de la Rus’. La consolidation du pouvoir à Kiev se renforce par une série de campagnes militaires et de traités qui assurent la prééminence de la dynastie riourikide sur un vaste territoire, tout en favorisant des échanges culturels avec Byzance, notamment après le baptême d’Olga à Constantinople en 957.
Événements clés :
- 862 – Riurik est invité à régner sur Novgorod.
- 882 – Oleg déplace la capitale de Novgorod à Kiev.
- 911 – Traité commercial entre la Rus’ et Byzance.
- 941-944 – Intensification des relations avec Byzance avec la signature de nouveaux traités permettant aux commerçants de la Rus’ d’opérer à Constantinople. Ces accords montrent l’existence d’une structure politique organisée capable de négocier et de maintenir l’ordre parmi les élites de la Rus’.
- 957 – Baptême de la princesse Olga à Constantinople.
Expansion et rivalités des principautés de la Rus’ de Kiev
La mort de Vladimir le Grand en 1015 marque le début d’une période d’instabilité pour la Rus’ de Kiev, alors que ses descendants se disputent le pouvoir. Cette fragmentation du pouvoir entraîne la formation de plusieurs principautés semi-indépendantes, chacune cherchant à affirmer son autorité. Les alliances matrimoniales deviennent un outil clé pour ces princes, qui s’unissent à des dynasties étrangères en Scandinavie, en Europe de l’Ouest et même en Byzance, dans le but de renforcer leurs positions. Pendant ce temps, les relations avec les tribus nomades des steppes, telles que les Khazars et les Pechenègues, oscillent entre conflit et coopération, influençant les dynamiques internes de la région. Ces rivalités affaiblissent progressivement Kiev, ouvrant la voie à l’ascension de nouvelles puissances régionales, notamment Vladimir-Souzdal, qui commenceront à jouer un rôle plus central dans les affaires russes.
Événements clés :
- 1015-1019 – Guerre de succession entre les fils de Vladimir le Grand.
- 1036 – Iaroslav le Sage devient le seul dirigeant de Kiev.
- 1097 – Accord de Liubech pour réguler les conflits dynastiques.
- 1113-1125 – Règne de Vladimir Monomakh, consolidation de l’autorité princière.
- 1169 – Raid d’Andrei Bogoliubskii sur Kiev, début du déclin de la ville.
- 1184-1185 – Campagnes de Sviatoslav Vsevolodovich contre les Polovtses.
- 1203 – Saccage de Kiev par Riurik Rostislavich et les Polovtsy.
Fragmentation, invasions mongoles et domination mongole
La fragmentation de la Rus’ de Kiev au XIIe siècle ouvre la voie à l’invasion mongole au XIIIe siècle, une rupture majeure dans l’histoire de la région. Les armées de Batu Khan dévastent les principales villes russes entre 1237 et 1240, soumettant les principautés à la domination de la Horde d’Or. Cette domination mongole impose des tributs, influence les relations entre les principautés, et entraîne une réorganisation politique qui favorise l’émergence de Moscou comme puissance régionale. Malgré la dévastation initiale, les Mongols laissent aux princes russes une certaine autonomie locale en échange de tributs réguliers, ce qui permet à Moscou de grandir en puissance.
Événements clés :
- 1237-1240 – Invasions mongoles et destruction de nombreuses villes en commençant par Riazan en 1237, suivie de Kolomna, Moscou, Vladimir, Suzdal, Mourom, Iaroslavl, Tver, Torjok en 1238, et enfin Kiev en 1240. Ces destructions ont affaibli la Rus’ de Kiev et précipité la domination mongole sur la région.
- 1243 – Iaroslav de Vladimir-Souzdal’ reconnaît l’autorité des Tatars.
- 1267-1281 – Khan Mengü Temir favorise le commerce avec les Génois.
- 1346-1353 – Peste noire, dévastation de la Rus’ du Nord-Est. Près de 25% de la population décède.
- 1359 – La Horde d’Or entre dans une période de troubles connue sous le nom de « Grande Zamnätïa », marquée par une série de luttes internes pour le pouvoir, de coups d’État et de fragmentation territoriale. Ce chaos affaiblit considérablement la Horde, réduisant son contrôle sur les principautés russes et ouvrant la voie à leur émancipation progressive.
Montée de Moscou, Rivalités Internes et Expansion Territoriale (1246-1533)
Pendant que d’autres principautés russes luttent pour leur survie sous la domination mongole, Moscou émerge progressivement comme le principal centre de pouvoir. Grâce à une politique astucieuse d’alliances avec la Horde d’Or, de mariages stratégiques, et de conquête de territoires voisins, les princes de Moscou, notamment Ivan I Kalita, Ivan III « le Grand », et son fils Vasilii III, réussissent à consolider leur autorité, surpassant ainsi leurs rivaux comme Tver’ et Novgorod. Ivan III met fin au « joug tatar » en refusant de payer le tribut à la Horde d’Or et en affirmant l’indépendance de la Moscovie. Il annexe Novgorod en 1478, éliminant ainsi l’un des derniers obstacles à la centralisation du pouvoir. Sous son règne, il engage également des réformes administratives majeures, dont la promulgation du Sudebnik en 1497, qui standardise les lois à travers la Moscovie. Ces efforts permettent à Ivan III de jeter les bases de l’État russe moderne. Son fils, Vasilii III, poursuit cette politique d’expansion et de centralisation, consolidant encore davantage le territoire moscovite et renforçant l’autorité du tsar.
Événements clés :
- 1367-1375 – Conflit entre Dmitrii Ivanovich et Mikhail de Tver symbolisant la lutte pour la suprématie entre Moscou et Tver parmi les principautés russes. Ce conflit, marqué par plusieurs batailles et une intense diplomatie, se conclut par la victoire de Dmitri et la soumission de Tver, consolidant ainsi l’influence de Moscou en tant que centre de pouvoir en Russie.
- 1380 – La bataille de Koulikovo voit Dmitri Donskoï de Moscou remporter une victoire décisive contre les forces de Mamai, un puissant chef de guerre de la Horde d’Or. Elle marque le début de la fin de la domination mongole sur les principautés russes, renforçant la position de Moscou comme principal centre de pouvoir en Russie et galvanisant l’unité des Russes dans leur lutte pour l’indépendance.
- 1472-1478 – Annexion de Novgorod par Ivan III.
- 1480 – Fin de la domination mongole. Ivan III de Moscou refuse de payer le tribut et les troupes mongoles se retirent sans combat, mettant fin à près de 240 ans de domination mongole sur les terres russes.
- 1497 – Promulgation du Code de Lois (Sudebnik), unification législative de la Moscovie.
- 1505-1533 – Vasilii III poursuit l’expansion territoriale et la centralisation administrative, consolidant ainsi le pouvoir de la Moscovie.
L'Apogée de la Dynastie Riourikide et la Transition vers l'Ère des Troubles (1533-1598)
Après la mort de Vasilii III en 1533, son fils Ivan IV, plus connu sous le nom d’Ivan le Terrible, monte sur le trône et devient le premier dirigeant à se faire couronner tsar de toutes les Russies en 1547. Le règne d’Ivan IV marque à la fois l’apogée du pouvoir moscovite et le début de la fin de la dynastie Riourikide. Ivan IV s’engage dans une série de réformes qui centralisent encore davantage le pouvoir, renforçant l’autocratie russe. Parmi ces réformes figurent l’institution de l’opritchnina, une politique de répression brutale contre la noblesse boyarde, et la création d’une armée permanente pour consolider le contrôle de l’État sur les terres nouvellement conquises.
Sous Ivan IV, la Russie continue son expansion territoriale avec la conquête des khanats de Kazan en 1552 et d’Astrakhan en 1556, ouvrant ainsi la voie à la colonisation de la Volga et au contrôle des routes commerciales vers l’Orient. Cependant, ces succès militaires sont contrebalancés par les désastres de la guerre de Livonie (1558-1583), qui se solde par un échec coûteux et expose les faiblesses internes de l’État russe.
Les dernières années du règne d’Ivan IV sont marquées par une instabilité croissante, exacerbée par la mort de son fils héritier, Ivan Ivanovitch, en 1581, et la montée en puissance de factions rivales à la cour. La mort d’Ivan IV en 1584 laisse un empire centralisé mais fragile, dirigé par son fils faible, Fiodor Ier, sous la régence du boyard Boris Godounov.
Événements clés :
- 1547 – Ivan IV est couronné tsar de toutes les Russies, établissant le titre impérial et renforçant l’autorité centrale de Moscou.
- 1552 – Conquête du khanat de Kazan, consolidant le contrôle russe sur la région de la Volga.
- 1556 – Conquête du khanat d’Astrakhan, permettant à la Russie de dominer la région de la basse Volga et d’accéder à la mer Caspienne.
- 1565-1572 – Période de l’opritchnina, une campagne de terreur menée par Ivan IV contre la noblesse, qui affaiblit la société russe et engendre des divisions internes.
- 1581 – Mort tragique d’Ivan Ivanovitch, le fils d’Ivan IV, qui laisse Fiodor Ier comme héritier présomptif.
- 1584 – Mort d’Ivan IV, début du règne de Fiodor Ier, sous la régence de Boris Godounov.
La Fin de la Dynastie Riourikide et l'Avènement des Troubles
Le règne de Fiodor Ier, dernier tsar de la dynastie Riourikide, est caractérisé par une faiblesse politique notable, Fiodor étant souvent considéré comme inapte à gouverner. Le véritable pouvoir est exercé par Boris Godounov, son beau-frère et régent de facto. Malgré des tentatives pour stabiliser le royaume, les tensions sociales, économiques et politiques continuent de s’aggraver.
À la mort de Fiodor Ier en 1598, sans héritier direct, la dynastie Riourikide s’éteint, ouvrant une période de crise sévère connue sous le nom de Temps des Troubles. Boris Godounov est élu tsar par l’assemblée des boyards (Zemski Sobor), mais son règne est rapidement contesté, marquant le début d’une décennie de guerre civile, d’usurpations et d’interventions étrangères, qui plongera la Russie dans un chaos prolongé avant l’ascension de la dynastie Romanov.
Événement clé :
- 1598 – Mort de Fiodor Ier, fin officielle de la dynastie Riourikide, et élection de Boris Godounov comme tsar, inaugurant les Temps des Troubles.
Pour aller plus loin
« Histoire de la Russie des origines à nos jours » de Nicolas Werth offre une vue d’ensemble de l’histoire de la Russie, des origines jusqu’à l’époque contemporaine. Les Riourikides y sont abordés dans le contexte plus large de l’émergence de la Russie en tant qu’État.
« La Russie ancienne et médiévale » de Pierre Gonneau traite en profondeur des premiers siècles de la Russie, y compris la période de la dynastie des Riourikides, avec une attention particulière à l’évolution politique et culturelle du pays.
« Histoire de la Russie » de Henri Troyat décrit avec brio les personnalités et les événements clés qui ont façonné la Russie.
« Les premiers tsars: Ivan III et Vassili III » de Marie-Pierre Rey.
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