Officiellement, le régime russe a avancé plusieurs arguments pour justifier l’intervention armée qui a débuté le 24 février 2022 en Ukraine. Quels sont-ils?
1. La protection des intérêts russes et des populations russophones
Le Kremlin a affirmé que l’opération visait à protéger les intérêts et les droits des citoyens russes et des populations russophones vivant dans les régions de l’est de l’Ukraine notamment dans les régions de Donetsk et de Louhansk. Il a également mis en avant la nécessité de fournir une aide humanitaire aux populations touchées par le conflit.
Contre-arguments:
Bien que la protection des droits des minorités soit cruciale, l’intervention militaire n’est pas, selon les normes internationales, une méthode légitime pour y parvenir. Des mécanismes comme le dialogue international, la diplomatie et les institutions internationales sont prévus à cet effet. Par ailleurs, la communauté internationale a critiqué la Russie pour avoir exacerbé la situation plutôt que pour la résoudre.
L’argument de la protection des populations russophones a également été vu par beaucoup comme une justification pour l’ingérence dans les affaires internes de l’Ukraine et une tentative de légitimer l’annexion de territoires. Les organisations internationales, telles que les Nations Unies, l’Union Européenne, et l’OTAN, ont ainsi condamné ces actions, les qualifiant d’agression non provoquée et de violation du droit international.
Enfin, l’expérience a montré que les interventions militaires exacerbent souvent les souffrances humaines plutôt que de les atténuer, à l’instar de l’Afghanistan, l’Irak… D’ailleurs, Human Rights Watch et Amnesty International, ont rapporté des augmentations significatives des violations des droits de l’homme dans ces régions, y compris des accusations de détentions arbitraires, de torture et d’exécutions extrajudiciaires. Ces rapports suggèrent que les actions de la Russie ont contribué à exacerber la crise humanitaire plutôt qu’à la résoudre.
2. La nécessité de « dénazifier » l’Ukraine
Cette rhétorique s’inscrit à la fois dans un contexte historique et politique. La référence à la « dénazification » évoque la période suivant la Seconde Guerre mondiale, où les Alliés ont cherché à éliminer l’influence nazie en Allemagne et dans les territoires occupés. En utilisant ce terme, la Russie établit un parallèle entre sa campagne en Ukraine et les efforts des Alliés pour éradiquer l’idéologie nazie, suggérant que l’Ukraine serait sous l’influence de groupes ou d’idéologies extrêmes La Russie prétend ainsi que des groupes ultranationalistes et néonazis, comme le Régiment Azov, ont une influence significative en Ukraine, notamment dans les forces armées et dans certaines sphères politiques.
Contre-arguments :
L’établissement de parallèles entre la dénazification après la Seconde Guerre mondiale et la situation en Ukraine est problématique d’un point de vue historique et politique. La dénazification après la Seconde Guerre mondiale était un effort mené par les Alliés victorieux pour éliminer l’idéologie et l’influence nazies à tous les niveaux de la société allemande, qui était sous occupation directe à la suite d’une capitulation totale. L’Ukraine, en revanche, est une nation souveraine dotée d’un gouvernement démocratiquement élu et n’a jamais été soumise à une occupation ou à un contrôle tels qu’ils nécessiteraient un processus similaire à la dénazification.
Deuxièmement, la présence de groupes d’extrême droite n’est pas propre à l’Ukraine ; de nombreux pays sont aux prises avec des groupes ultranationalistes et néonazis à l’intérieur de leurs frontières. L’implication selon laquelle ces éléments exercent un contrôle ou une influence significatifs sur le gouvernement et l’armée ukrainiens n’a pas été étayée par des analyses et des rapports internationaux indépendants. En outre, l’utilisation de l’existence de ces groupes pour justifier une opération militaire entière est totalement disproportionnée et contraire au droit international.
3/ Une réponse aux actions hostiles de l’Ukraine à l’égard de la Russie
Moscou a justifié son intervention en réponse aux actions perçues comme hostiles de la part de l’Ukraine, notamment son intention de rejoindre l’OTAN et son refus de reconnaître les républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk. De plus, Poutine a évoqué les supposées promesses de non-élargissement de l’OTAN à l’Est et a décrit la révolution de Maïdan en 2014 comme un « coup d’État » orchestré par la CIA.
Contre-arguments:
Le principe de souveraineté et d’intégrité territoriale des États est consacré par le droit international, notamment par la Charte des Nations Unies. La souveraineté d’un État lui confère le droit exclusif de gérer ses affaires internes sans ingérence extérieure. Le gouvernement ukrainien élu de surcroît démocratiquement a la liberté de faire les choix politiques et d’alliance qui lui convient. L’utilisation de la force militaire extérieure pour contrer une politique souveraine établit un précédent dangereux pouvant être exploité par de nombreuses autres nations.
Les autres raisons
Divers analystes et observateurs géopolitiques ont avancé d’autres explications pouvant éclairer les motivations de la Russie. Parmi celles-ci, on peut citer :
La projection de puissance : La Russie, désireuse de réaffirmer son statut de grande puissance sur la scène internationale, pourrait voir l’intervention en Ukraine comme un moyen de projeter sa force militaire et de dissuader d’autres pays de défier ses intérêts.
L’affirmation de sa sphère d’influence : L’Ukraine occupe une position géostratégique entre la Russie et l’Europe. Moscou a historiquement considéré l’Ukraine comme faisant partie de sa sphère d’influence, et Vladimir Poutine a rappelé le 6 février 2024 que l’Ukraine était un « État artificiel » et que les Ukrainiens se sentaient encore russes. L’Ukraine possède d’importantes ressources naturelles, notamment agricoles et énergétiques. Leurs contrôles ainsi que celles des routes de transit énergétique vers l’Europe représentent un intérêt stratégique pour la Russie. Aussi, l’élargissement potentiel de l’OTAN à l’Ukraine est perçu comme une menace directe à cette influence et à la sécurité nationale russe.
La nécessité de consolider son régime : Face à des défis économiques et politiques intérieurs, les dirigeants russes pourraient utiliser le conflit comme moyen de consolider leur pouvoir en ralliant le public autour d’un ennemi extérieur et en stimulant le sentiment nationaliste.
Une réponse ferme et claire aux révolutions colorées : La Russie a été fortement opposée aux révolutions colorées, y compris la Révolution orange en Ukraine en 2004-2005 et le Mouvement Euromaidan en 2014, qui ont éloigné l’Ukraine de l’orbite russe et rapproché le pays de l’Europe et de l’Occident.
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