Sacre de Henry VI à Paris 1431 - Enluminure du manuscrit de Jean de Wawrin
Sacre d’un enfant-roi anglais sur le trône de France

Henry VI à Notre-Dame de Paris

Beaucoup d’entre nous l’avons oublié, mais cet événement spectaculaire et controversé s’est produit à Paris, en ce 16 décembre 1431. Paris retient son souffle. Depuis onze ans, la capitale ploie sous la domination anglaise, une réalité imposée par le traité de Troyes et la trahison bourguignonne. Ce jour-là, Notre-Dame, magnifique et glaciale, s’apprête à accueillir un sacre. L’anglais Henry VI de Lancastre, dix ans à peine, est proclamé roi de France. Dans la nef figée, le silence règne, pesant comme une condamnation. Car si certains se résignent ou pactisent, d’autres regardent ce couronnement comme une imposture : un trône volé, une ville occupée, un royaume mutilé.

Un royaume fracturé : le traité de Troyes et ses plaies

Le traité de Troyes signé en 1420 est une blessure que Paris n’a jamais refermée. Charles VI, roi ébranlé par une santé mentale vacillante, déshérite son fils légitime, le dauphin Charles, au profit de son gendre, Henry V d’Angleterre. À sa mort en 1422, son fils, Henry VI, hérite des trônes d’Angleterre et de France alors qu’il n’a qu’un an. Le duc de Bedford, régent, s’empresse d’incarner l’ambition anglaise : asseoir la double couronne comme un fait accompli. Mais Charles VII, rejeté par certains, refuse obstinément de disparaître. Soutenu par ses nombreux fidèles et porté par Jeanne d’Arc, il se fait sacrer triomphalement à Reims en 1429, lieu où le divin consacre les rois. « La clameur était telle qu’on eût dit que les voûtes de la cathédrale allaient se fendre » écrit Philippe Contamine dans sa biographie sur le roi.

Paris : entre compromis et défiance

Paris est alors une capitale contradictoire, tiraillée entre ses intérêts et ses rancœurs.

Les élites accommodantes : Bourgeois et notables, épuisés par la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, pactisent par pragmatisme. La paix anglaise vaut mieux que l’instabilité, pensent-ils. Quelques familles profitent même des nouveaux circuits économiques imposés par l’occupation. Ainsi, des familles influentes comme les Le Coq, riches marchands parisiens, ou les Bourdon, alliés des Bourguignons, voient dans le commerce avec les Anglais une opportunité d’étendre leurs affaires. Des contrats sont passés avec l’administration anglaise pour la fourniture de vivres et de matériaux aux troupes stationnées à Paris.

L’Université de Paris, pilier intellectuel, prête sa voix aux Anglais, convaincue que leur pouvoir maintiendra l’ordre et la stabilité dans une capitale déchirée. Mais ce soutien est de courte durée : les victoires de Charles VII fissurent ce consensus fragile.

Le peuple désabusé : Les chroniques contemporaines, comme celles d’Enguerrand de Monstrelet, témoignent de la défiance populaire : « Le peuple parisien se tint coi, nul n’acclama ni ne s’éjouit. » Les rues d’ordinaire pleines de rumeurs restent silencieuses. Les artisans et ouvriers grognent dans l’ombre, prisonniers d’une ville qui ne leur appartient plus.

Ainsi, la France se retrouve avec deux rois : Charles VII, le Valois sacré par la Sainte Ampoule et porté par Jeanne d’Arc, et Henry VI, l’Anglais couronné dans une cathédrale contrainte, reflet d’une domination imposée.

Les Bourguignons vont quant à eux jouer en ce jour si particulier, un rôle central dans la consolidation du pouvoir anglais. Alliés stratégiques depuis le traité d’Arras en 1419, ils facilitent l’organisation du sacre, contrôlent les institutions parisiennes et assurent la sécurité du couronnement. Leur soutien, cependant, repose sur des intérêts pragmatiques plus que sur une conviction profonde. Jean de Lancastre, duc de Bedford, compte sur eux pour légitimer la cérémonie auprès des élites françaises. 

Une cérémonie glacée : le sacre de l’ombre

16 décembre 1431. Dans le ventre gothique de Notre-Dame, Henry VI avance, minuscule. Dix ans, un visage de cire et un trône qui l’avale. Il est sacré roi de France dans un silence terriblement pesant. La cérémonie, orchestrée non par l’évêque de Paris mais par le cardinal anglais Henry Beaufort, suit avant tout les coutumes de Londres, renforçant le sentiment d’une cérémonie imposée par l’étranger. Les gestes sont faits, et ils sont sans âme. Chaque prière semble une note discordante dans une cathédrale qui refuse d’accorder sa grandeur à cette mascarade.

Le rôle des Bourguignons est omniprésent. Ils escortent le jeune roi, imposent leur présence dans les rangs des notables, sans toutefois parvenir à dissimuler un certain malaise. Les chroniques rapportent des témoignages de Parisiens perplexes, notant l’absence de ferveur. « Les rues demeurèrent silencieuses, nuls cris de liesse ne furent entendus », écrit Monstrelet. Même les gargouilles de la cathédrale semblent se moquer de ce qui est pour le plus grand nombre apparait comme une farce politique.

Car il manquait à ce sacre tout ce qui, depuis des siècles, avait fait la grandeur et la légitimité des rois de France :

Pas de Sainte Ampoule. L’huile sacrée, venue du ciel selon la légende, ne franchit pas les portes de Notre-Dame. La fiole précieuse, gardée jalousement à l’abbaye de Saint-Remi à Reims, n’était pas là pour oindre le front d’Henry VI. Sans elle, point de consécration divine, point de miracle. Le rituel, amputé de son essence, n’était plus qu’une cérémonie vide, un spectacle sans magie.

Pas de guérison des écrouelles. Depuis Clovis, les rois de France guérissaient, par simple toucher, les malades atteints de cette affliction. Ce miracle, signe tangible de la grâce divine, faisait du souverain un élu de Dieu. Mais ce jour-là, Henry VI ne posa aucune main miraculeuse. Pas d’écrouelles, pas de guérison : il était un roi sans don, un homme comme un autre, un imposteur pour les cœurs dévots.

Pas de pairs de France. Ces grands seigneurs, piliers de la couronne, étaient absents. À Reims, leur présence autour du roi symbolisait l’unité du royaume, les douze pairs portant la couronne pour mieux rappeler que le roi n’était rien sans ses grands vassaux. Mais ce jour-là, les pairs manquaient à l’appel. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, absent par calcul, laissait Henry seul face à une foule indifférente. Sans eux, le trône semblait orphelin, soutenu par des ombres.

Pas d’adoubements collectifs. Lors du sacre de Charles VII, des centaines de chevaliers avaient été faits dans un élan d’unité et de ferveur guerrière. Chaque adoubement était un serment : protéger le roi, servir la France. À Notre-Dame, aucun chevalier ne reçut l’épée, aucune promesse ne fut échangée. Ce rite, qui liait le roi à sa noblesse, fut oublié, laissant Henry VI flotter dans une solitude glaciale, roi d’un royaume qui refusait de lui prêter allégeance.

Ainsi, la cérémonie de Notre-Dame n’était qu’une imitation pâle et sans souffle. Sans miracles, sans pairs, sans chevaliers, Henry VI était un roi couronné dans un silence qui disait tout : la couronne de France n’était pas sienne. Henry VI quitta quelques jours après Paris pour Rouen, puis retourna en Angleterre, précipitamment, comme s’il fuyait l’ombre de ce pouvoir fragile. Ce départ hâtif, loin de consolider son autorité, renforça l’impression d’une occupation éphémère, d’un règne imposé mais sans racines. Une couronne posée à la hâte, puis emportée au-delà de la Manche, laissant derrière elle une capitale indifférente.

Les stratégies des partisans de Charles VII face au sacre d'Henry VI

Charles VII de France par Jean Fouquet

Face à ce couronnement imposé, les partisans de Charles VII ne restent pas inactifs. Depuis les régions restées fidèles au roi de Bourges, une guerre de propagande et de sabotage se déploie.

La propagande royale : Les messagers et chroniqueurs proches de Charles VII diffusent l’idée que le sacre d’Henry VI n’est qu’une mascarade, une imposture sans valeur. Ils rappellent la consécration divine de Charles VII à Reims et dénoncent l’absence de la Sainte Ampoule à Notre-Dame.

La guérilla locale : Les partisans du dauphin, notamment dans les campagnes environnant Paris, mènent des actions pour fragiliser le contrôle anglais sur les routes et les ravitaillements. Les brigands et soldats fidèles à Charles VII harcèlent les garnisons anglaises et bourguignonnes.

Le soutien de la population : Dans les villes encore fidèles à Charles VII, les notables et ecclésiastiques diffusent un discours d’attente et d’espoir, rappelant que Paris finira par être libérée. Les victoires militaires récentes, comme celles de Jeanne d’Arc, alimentent cette résistance sourde.

Ces stratégies, bien que discrètes, sapent lentement l’autorité anglaise et préparent le retournement des alliances, notamment celui des Bourguignons en 1435.

Réception du sacre en Angleterre et impact stratégique

Si Paris s’enfonce dans un silence glacial, l’Angleterre, elle, exulte. Le sacre d’Henry VI à Notre-Dame est perçu comme une victoire symbolique, un triomphe diplomatique qui assoit les prétentions anglaises sur la France. Les nobles anglais y voient la réalisation du traité de Troyes, un acte de justice divine. Des festins sont organisés à Londres, les églises chantent des Te Deum, et les courtisans célèbrent la jeunesse du souverain.

Mais ce triomphalisme dissimule une fragilité. La stratégie anglaise après 1431 peine à capitaliser sur ce couronnement. Les finances du royaume s’épuisent, la guerre s’enlise, et les Bourguignons commencent à négocier avec Charles VII. Entre 1431 et 1435, le fossé se creuse entre la France occupée et l’Angleterre conquérante. Ce sacre, malgré ses apparences, ne parvient pas à imposer Henry VI dans le cœur des Français.

Le contrecoup : une couronne sans lendemain

Les Anglais avaient tout misé sur ce jour. Ce sacre devait être leur démonstration de force : Henry VI, roi d’une France unifiée par le droit et par l’épée. Mais Paris n’a rien vu de glorieux. Les gestes, les rites, la couronne : tout semble creux, artificiel, comme un décor de théâtre mal monté.

Cette cérémonie précipite ce qu’elle cherchait à empêcher. Car déjà, les fissures apparaissent. En 1435, le traité d’Arras signe la fin de l’alliance anglo-bourguignonne. Les Bourguignons, sentant la défaite approcher, se tournent vers Charles VII. Ce retournement diplomatique est un coup fatal pour les Anglais, désormais seuls face à un royaume qui se rassemble.

Trois ans après ce silence glacial, Paris se soulève. Le connétable de Richemont entre dans la capitale en 1436. Cette fois, les fenêtres s’ouvrent, la foule acclame son roi. Le silence qui régnait à Notre-Dame laisse place aux cris de liberté. Charles VII, le roi de Reims, redevient aussi le roi de Paris.

Chronologie

1420 Mai 21 – Le traité de Troyes

Ébranlé par des crises de folie, le roi Charles VI, sous l’influence des Bourguignons et d’Isabeau de Bavière, accepte de déshériter son fils, le dauphin Charles. Henry V d’Angleterre, déjà vainqueur à Azincourt, épouse Catherine de Valois, fille du roi, et devient héritier de la couronne de France. Ce traité scelle temporairement l’union des deux royaumes.

1422 Août 31 – Mort d’Henry V (à 35 ans)

Henry V meurt de dysenterie à Vincennes, en pleine campagne militaire. Son fils, Henry VI, alors âgé d’à peine un an, devient roi d’Angleterre et prétend au trône de France. Le duc de Bedford, son oncle, est nommé régent et prend en main les affaires françaises, consolidant l’emprise anglaise.

1422 Octobre 21 – Mort de Charles VI (à 53 ans)

Charles VI, le roi fou, meurt à Paris après avoir régné dans la tourmente. Sa disparition officialise l’application du traité de Troyes, plaçant Henry VI comme roi légitime pour les Anglo-Bourguignons, tandis que le dauphin Charles se prépare à défendre ses droits.

1429 Juillet 17 – Sacre de Charles VII à Reims

Porté par Jeanne d’Arc après une série de victoires décisives, Charles VII est sacré roi de France à la cathédrale de Reims. Ce couronnement renouvelle la légitimité des Valois et galvanise le camp loyaliste face aux ambitions anglaises.

1431 Décembre 16 – Sacre d’Henry VI à Notre-Dame de Paris

À dix ans, Henry VI est couronné roi de France dans une cérémonie organisée par le cardinal Henry Beaufort et protégée par les Bourguignons. Le silence glacial des Parisiens contraste avec l’ambition anglaise. La cérémonie apparaît comme une imposture, loin de l’aura sacrée de Reims.

1435 Septembre 21 – Le traité d’Arras

Les Bourguignons, jusque-là alliés des Anglais, se rallient à Charles VII. Ce traité signe la fin de l’alliance anglo-bourguignonne et isole les Anglais en France. C’est un tournant majeur dans la guerre, facilitant la reconquête française.

1436 Avril 13 – Libération de Paris

Le connétable de Richemont, chef des armées de Charles VII, entre dans Paris avec ses troupes. Épuisés par seize ans d’occupation anglaise, les Parisiens ouvrent leurs portes et acclament le roi légitime. Ce jour marque la fin de l’occupation anglaise de la capitale.

1453 Juillet 17 – La bataille de Castillon

Dernier affrontement majeur de la guerre de Cent Ans, la bataille de Castillon voit l’anéantissement de l’armée anglaise. Cette victoire scelle l’expulsion définitive des Anglais du territoire français, à l’exception de Calais, et met un terme aux ambitions anglaises en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Un royaume déchiré par le traité de Troyes de 1420 qui déshérite le dauphin Charles au profit d’Henry V d’Angleterre. À la mort de ce dernier en 1422, son fils Henry VI, encore un enfant, hérite des couronnes d’Angleterre et de France. Le royaume est alors fracturé, avec d’un côté Charles VII et ses fidèles, de l’autre les Anglais soutenus par les Bourguignons.
  • Paris sous domination et compromis La capitale, livrée aux Anglais par les Bourguignons, ploie sous l’occupation. Les élites pactisent par pragmatisme, tandis que le peuple, écrasé par les taxes et la faim, observe le sacre dans l’indifférence.
  • Le sacre d’Henry VI : une cérémonie sans éclat Le 16 décembre 1431, dans la nef glaciale de Notre-Dame, Henry VI est couronné roi de France. Orchestrée par le cardinal Henry Beaufort et soutenue par les Bourguignons, la cérémonie peine à masquer son caractère précipité. Le silence règne, l’absence de ferveur populaire est criante.
  • L’action souterraine des partisans de Charles VII Face à cette tentative d’imposition d’un roi étranger, les partisans de Charles VII réagissent. Depuis les campagnes et les villes fidèles, ils mènent une guerre de propagande en dénonçant l’imposture du sacre. Des attaques de guérilla harcèlent les garnisons anglaises, tandis que la population, nourrie d’espoir, attend le retour du roi légitime.
  • L’Angleterre triomphante, mais fragile. A Londres, le sacre est célébré comme une victoire. Des festins, des chants et des Te Deum saluent ce qui est perçu comme la réalisation du traité de Troyes. Pourtant, ce triomphe masque des difficultés croissantes : les finances s’épuisent, la guerre s’enlise, et les Bourguignons amorcent un rapprochement avec Charles VII.
  • Un échec inévitable Le sacre d’Henry VI devait sceller la domination anglaise. Il précipite pourtant leur isolement. En 1435, les Bourguignons rejoignent Charles VII par le traité d’Arras. En 1436, Paris se soulève et ouvre ses portes au roi légitime. Henry VI, couronné dans une cathédrale muette, restera dans l’histoire comme un roi sans royaume et une couronne sans lendemain.

FAQ

Signé le 21 mai 1420, le traité de Troyes représente l’une des pages les plus sombres de l’histoire de France. Ce document déshérite officiellement le dauphin Charles, futur Charles VII, et offre la couronne française à Henri V d’Angleterre. Cette décision, aux causes multiples, mêle crises dynastiques, rivalités internes et défaites militaires, dans un royaume alors en pleine déliquescence.


Contexte politique et dynastique

La folie de Charles VI : Depuis 1392, Charles VI, le roi de France, est victime de crises de démence, ce qui ébranle profondément son autorité. Dans les périodes de lucidité, il reste un souverain nominal, tandis que d’autres acteurs, notamment sa femme Isabeau de Bavière et le duc de Bourgogne Philippe le Bon, prennent les décisions cruciales. Le traité de Troyes en est l’aboutissement : un roi dépossédé de son pouvoir par sa propre incapacité, et une couronne remise aux mains de l’ennemi anglais.

La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons : Le royaume est déchiré par une lutte fratricide entre les Armagnacs, fidèles au dauphin Charles, et les Bourguignons, alliés des Anglais. En 1419, l’assassinat de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, sur ordre supposé du dauphin, achève de diviser la France. Pour Philippe le Bon, son successeur, la vengeance passe par une alliance avec Henri V, renforçant la marginalisation de Charles dans les négociations.

Les rumeurs d’illégitimité : Pour justifier l’exclusion de Charles de la succession, les Bourguignons et leurs alliés anglais propagent des accusations empoisonnées : le dauphin serait le fruit d’une liaison adultérine d’Isabeau de Bavière. Bien que non fondées, ces rumeurs trouvent un écho dans une France fragilisée par la guerre, sapant encore un peu plus la légitimité de l’héritier.


Contexte militaire

La défaite d’Azincourt (1415) : La terrible déroute des armées françaises face à Henri V à Azincourt précipite le déclin militaire et moral du royaume. Cette victoire donne aux Anglais un avantage décisif, leur permettant de s’emparer de la Normandie et d’imposer leur domination sur une large partie du nord de la France.

L’alliance anglo-bourguignonne : Motivé par la vengeance et le pragmatisme politique, Philippe le Bon, duc de Bourgogne, s’allie à Henri V. Cette union stratégique isole Charles et confère aux Anglais une assise solide pour imposer leurs conditions dans les négociations.


Le contenu du traité

Le traité de Troyes scelle :

  • Le mariage de Henri V avec Catherine de Valois, fille de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, unissant dynastiquement les deux royaumes.
  • À la mort de Charles VI, Henri V héritera de la couronne de France, tout en conservant son titre de roi d’Angleterre.
  • Le dauphin Charles est explicitement déshérité, accusé de « crimes énormes », au premier rang desquels figure le meurtre de Jean sans Peur.

Les conséquences du traité

La signature du traité de Troyes est perçue comme une humiliation nationale et aggrave les divisions internes au sein du royaume. Si Paris et le nord tombent sous contrôle anglo-bourguignon, le dauphin Charles refuse de reconnaître sa destitution. Retiré au sud de la Loire, dans ce que l’on appelle ironiquement le « royaume de Bourges », il maintient sa revendication.

Grâce à des figures providentielles comme Jeanne d’Arc, qui rallume la flamme de l’espoir en 1429, Charles parvient à inverser le cours des événements. Le 17 juillet 1429, dans une cathédrale de Reims en liesse, il est sacré roi de France, marquant un tournant décisif dans la guerre contre les Anglais.

Le traité de Troyes est donc le fruit d’une conjoncture exceptionnelle : un roi fou et manipulé, un royaume ravagé par les divisions internes et les défaites militaires, et des ambitions anglaises soutenues par l’alliance bourguignonne. S’il a permis aux Anglais d’imposer temporairement Henri V comme héritier du trône, ce traité n’a jamais été pleinement accepté par les Français. En se réfugiant dans le « royaume de Bourges », Charles VII préparait déjà la reconquête. Son sacre à Reims en 1429 prouve que, même brisée, la couronne de France pouvait renaître.

Le sacre de Charles VII à Reims : une cérémonie décisive pour la légitimité royale

Le 17 juillet 1429, le sacre de Charles VII à Reims marque un tournant décisif dans la reconquête de la légitimité royale face aux Anglais et à leurs alliés bourguignons. Entre urgence pratique et puissance symbolique, ce couronnement restaure l’autorité du roi Valois dans un royaume encore déchiré. Voici les principales étapes de cette cérémonie exceptionnelle.


1. L’arrivée à Reims et la préparation dans l’urgence

Charles VII entre dans Reims le 16 juillet 1429, accueilli en triomphateur après une chevauchée victorieuse à travers des territoires contrôlés par les Bourguignons. La ville, fidèle à sa cause, ouvre ses portes sans résistance. La préparation du sacre, cependant, s’effectue dans une certaine improvisation : les regalia traditionnels (les insignes royaux) étant restés à Saint-Denis, en territoire ennemi, les artisans locaux improvisent les vêtements et accessoires nécessaires pour la cérémonie.


2. La veillée de prière : une préparation spirituelle

La veille du sacre, Charles VII participe à une veillée de prière dans la cathédrale de Reims ou au palais épiscopal, le palais du Tau. Cette étape solennelle, marquée par la confession du roi, souligne l’importance spirituelle de l’événement et son caractère sacré.


3. La procession et le dialogue rituel

Le matin du sacre, une procession solennelle conduit Charles VII vers la cathédrale. Arrivé aux portes de l’édifice, un dialogue rituel s’engage :
— « Qui est ce roi de gloire ? »
— « C’est le Seigneur des armées, le roi de gloire. »
La réponse ouvre symboliquement les portes de la cathédrale, qui accueille le roi comme l’élu de Dieu, marquant ainsi la transition entre l’humain et le sacré.


4. Le serment royal : engagement devant Dieu et le peuple

Une fois à l’intérieur, Charles VII, en présence de l’archevêque Regnault de Chartres, prête serment sur les Évangiles. Il s’engage à protéger l’Église, maintenir la paix et la justice, et lutter contre les hérésies. Ce serment est un acte de foi et de gouvernance, rappelant au souverain sa mission divine et terrestre.


5. L’onction avec la Sainte Ampoule : le sceau divin

Moment central de la cérémonie, l’onction sacrée est réalisée à l’aide de la Sainte Ampoule, relique précieuse conservée à l’abbaye de Saint-Remi. L’huile miraculeuse, appliquée par l’archevêque, confère à Charles VII une légitimité divine, le consacrant comme roi par la volonté de Dieu. Cette étape, absente du sacre d’Henry VI à Notre-Dame, donne au couronnement de Charles VII toute sa puissance symbolique.


6. Le couronnement : le cri de « Noël ! »

La couronne est déposée sur la tête du roi dans une explosion de joie populaire. Les trompettes résonnent, et l’assistance pousse des cris de « Noël ! », un cri de ralliement qui semble ébranler les voûtes de la cathédrale. Jeanne d’Arc, fidèle à son poste, se tient tout près du roi, son étendard en main. Sa présence est un lien vivant entre le divin et le politique, incarnant la mission qu’elle mène pour le salut de la France.


7. La messe solennelle : l’union avec le peuple

Après le couronnement, une messe solennelle est célébrée. Lors de l’offertoire, Charles VII offre symboliquement du pain, du vin et treize pièces d’or, geste de générosité et d’union avec ses sujets. Ce rite renforce l’image d’un roi proche de son peuple et soucieux de sa mission sacrée.


8. L’adoubement des chevaliers : marquer l’autorité retrouvée

Pour marquer son pouvoir retrouvé, Charles VII procède à l’adoubement de nouveaux chevaliers. Ces promotions, symboles d’un lien renouvelé entre le roi et sa noblesse, assurent le soutien militaire et politique nécessaire pour poursuivre la reconquête du royaume.


9. La sortie triomphale et la liesse populaire

Couronné et sacré, Charles VII quitte la cathédrale sous les acclamations de la foule en liesse. La ville de Reims, illuminée par l’événement, célèbre cette journée historique par des festivités et un banquet donné au palais épiscopal. Le roi parcourt les rues couronne en tête, tandis que le peuple acclame « le roi de gloire », porteur d’un nouvel espoir pour la France.


Le rôle central de Jeanne d’Arc

Tout au long de la cérémonie, Jeanne d’Arc demeure une figure essentielle. Sa présence constante près du roi symbolise la réalisation de sa mission divine : faire sacrer Charles VII et rétablir sa légitimité face aux Anglais. Elle déclare alors : « Désormais est exécuté le plaisir de Dieu. » Par sa foi et son courage, Jeanne d’Arc transforme un rituel religieux en un acte politique majeur, capable de ressouder un royaume déchiré.


En conclusion : un acte politique et spirituel majeur

Le sacre de Charles VII à Reims, malgré l’urgence de sa préparation, est bien plus qu’une cérémonie religieuse. Il est le symbole de la renaissance de la légitimité royale et de l’unité retrouvée. Face aux prétentions anglaises et bourguignonnes, ce couronnement réaffirme que le roi est sacré par Dieu, élu par son peuple et soutenu par ses fidèles. Cet événement galvanise la résistance française et annonce les victoires à venir dans la lutte pour la reconquête du royaume.

Le traité d’Arras, signé le 21 septembre 1435, est un tournant majeur de la guerre de Cent Ans.

Il met fin à l’alliance anglo-bourguignonne, clé de voûte de la domination anglaise en France. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, se rallie à Charles VII, obtenant réparation pour l’assassinat de son père, Jean sans Peur, et des avantages territoriaux comme le contrôle de la Somme. Ce traité marque une réconciliation politique : Charles VII renforce son autorité et s’assure un allié de poids, tandis que les Anglais se retrouvent isolés sur le plan diplomatique. Cette rupture affaiblit leur emprise sur Paris et accélère leur déclin face à la reconquête française. Par ce pacte, la France amorce son unité politique et militaire sous la bannière des Valois.

Le connétable de Richemont, né Arthur de Bretagne en 1393, est une figure clé de la guerre de Cent Ans et un pilier de la reconquête française. Fils du duc Jean IV de Bretagne, il devient connétable de France en 1425, sous le règne de Charles VII. D’abord proche des Bourguignons, il rejoint le camp des Valois, jouant un rôle décisif dans la stabilisation du royaume.

Richemont est un stratège redoutable : il restructure l’armée royale, introduit la discipline et forme une compagnie d’élite, les « compagnies d’ordonnance ». Son leadership militaire culmine lors de la libération de Paris en 1436, où il entre triomphalement dans la capitale, chassant les Anglais.

Malgré une carrière entachée par des rivalités politiques et des périodes de disgrâce, notamment avec La Trémoille, il reste un artisan majeur du renouveau capétien. Il participe également à des batailles décisives comme Patay (1429) et contribue à la victoire finale française. Sa fidélité indéfectible à Charles VII et sa vision militaire font de lui l’un des grands architectes de l’unité du royaume à la fin du conflit.

 


En savoir plus

« La Guerre de Cent Ans » par Georges Minois : Une référence incontournable qui explique en détail les conflits franco-anglais du XIVe au XVe siècle, les stratégies politiques et les alliances complexes.

« Jeanne d’Arc, vérités et légendes » par Colette Beaune. Cet ouvrage analyse notamment le rôle central de Jeanne d’Arc dans la légitimation de Charles VII et ses répercussions sur le cours de la guerre.

« Le Paris du Moyen-âge » sous la direction de Boris Bove et Claude Gauvard  offre une série de portraits thématiques qui mettent en lumière les multiples facettes d’une ville complexe et énigmatique à cette époque.

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