L’adoption du South Africa Act
L’union des Blancs, l’exclusion des Autres
Le 20 septembre 1909, l’adoption du South Africa Act par le Parlement britannique marque un tournant dans l’histoire de l’Afrique du Sud. Ce texte, fruit de longues négociations entre les quatre colonies britanniques du Cap, du Natal, du Transvaal et de la rivière Orange, jetait les bases de l’Union d’Afrique du Sud. Ce qu’on pourrait voir comme une union politique et économique majeure cachait en réalité un projet d’exclusion systématique des populations noires, métisses et asiatiques. Les Blancs unis, les autres exclus : voilà la réalité derrière l’apparente « unification » d’une région aux multiples fractures.
Une union façonnée pour les Blancs


Rédigé par des délégués blancs à l’exclusion totale des autres communautés, le South Africa Act reflétait une vision profondément coloniale. Parmi les figures majeures impliquées dans son élaboration, on trouve des leaders politiques sud-africains comme Louis Botha et Jan Smuts, deux Afrikaners influents qui jouaient un rôle central dans la négociation des termes de l’union.
Le texte instaure un Parlement bicaméral où siègent exclusivement des Blancs, ce qui devient la norme pour ce nouvel État. La majorité non blanche, représentant pourtant le socle démographique du pays, est mise à l’écart. Bien que certaines provinces, comme le Cap, aient conservé un droit de vote restreint pour les populations noires et métisses selon des critères de richesse, ces droits furent méthodiquement érodés au fil du temps.
C’est ainsi que le South Africa Act ne fut pas seulement un texte constitutionnel. Il fut le premier acte d’une longue série législative qui allait verrouiller la domination raciale dans le pays, et ce, bien avant la mise en place officielle de l’apartheid en 1948.
Les tensions autour du choix des capitales
Les désaccords autour du choix des capitales furent un autre signe des tensions internes à cette union. Pretoria, capitale administrative, symbolisait la puissance des Afrikaners boers. Le Cap, capitale législative, rappelait la domination britannique. Quant à Bloemfontein, capitale judiciaire, elle représentait la volonté d’équilibrer les forces entre les différentes régions. Ce compromis n’était qu’un voile jeté sur des rivalités profondément ancrées entre les colons britanniques et les Boers, mais aussi sur les tensions entre provinces. Une union politique, certes, mais une union de façade.
Les ambitions économiques : l’exclusion des Noirs au service du profit
Sur le plan économique, l’union des colonies était avant tout pensée pour éliminer la compétition économique entre elles et favoriser une centralisation bénéfique aux colons. L’un des objectifs majeurs du South Africa Act était de créer un marché unifié, de rationaliser les infrastructures, notamment les réseaux ferroviaires, et d’attirer des investissements étrangers. Le développement industriel autour de l’exploitation de l’or et des diamants était au cœur de ce projet.
Toutefois, cette prospérité n’était réservée qu’à une poignée : les populations blanches. Les Noirs, les Métis et les Indiens étaient largement exclus des bénéfices de cette union économique. Ils étaient confinés aux marges de l’économie, réduits à une main-d’œuvre bon marché dans les mines et les fermes, tout en étant privés des droits politiques et économiques qui auraient pu leur permettre de sortir de cette condition.
Le cadre politique : vers un apartheid avant l’heure
Le South Africa Act instaura un gouvernement centralisé, avec une structure politique taillée sur mesure pour les Blancs. Le modèle parlementaire s’inspirait des systèmes britanniques et australiens, mais avec une différence majeure : il institutionnalisait l’exclusion de la majorité de la population. Le Parlement, composé d’une Chambre des représentants et d’un Sénat, n’était accessible qu’aux Blancs. Cette architecture politique allait perdurer jusqu’à l’avènement de la République d’Afrique du Sud en 1961.
Bien que le terme apartheid ne fût pas encore dans le vocabulaire, le South Africa Act posait déjà les bases de cette politique de ségrégation raciale. Le droit de vote, l’accès à la propriété et aux services publics étaient des privilèges réservés aux Blancs. Ce texte législatif scellait une structure où la majorité démographique était marginalisée, exclue, et réduite à une condition de subordination permanente.
L’adoption du South Africa Act fut bien plus qu’une simple réforme constitutionnelle. Elle symbolisait l’institutionnalisation d’un système de domination raciale, prémices de l’apartheid. Cette loi, qui unifiait politiquement les quatre colonies britanniques, n’était qu’une union pour quelques-uns, un acte d’exclusion pour la majorité. En réservant le pouvoir politique et les bénéfices économiques à une minorité blanche, elle consacrait la domination raciale et annonçait un siècle de luttes et de souffrances.
La formation de l’Union d’Afrique du Sud en 1910 ne fut pas un projet de nation inclusive, mais bien le premier acte d’un long drame politique et social, dont les répercussions allaient façonner l’histoire du pays jusqu’à la fin de l’apartheid en 1994.
Chronologie
1909 Juin – Adoption par les parlements des colonies
Les parlements des quatre colonies britanniques (le Cap, le Natal, le Transvaal et la rivière Orange) approuvent le *South Africa Act*, qui vise à créer une union politique entre elles sous la domination britannique.
1909 Septembre 20 – Ratification par le Parlement britannique
Le *South Africa Act* est ratifié par le Parlement britannique, légalisant officiellement la création de l’Union d’Afrique du Sud. Ce texte exclut les populations noires, métisses et asiatiques des processus politiques.
1910 Mai 31 – Naissance de l’Union d’Afrique du Sud
L’Union d’Afrique du Sud est officiellement formée. Louis Botha devient le premier Premier ministre, avec un gouvernement centralisé qui exclut la majorité des Sud-Africains noirs des droits politiques.
1912 – Fondation du Congrès National Africain (ANC)
Création de l’ANC pour défendre les droits des Africains noirs et lutter contre les politiques discriminatoires du gouvernement.
1913 – Promulgation du Native Land Act
Cette loi restreint la propriété des terres pour les Noirs à certaines zones spécifiques, représentant moins de 10 % du territoire sud-africain, approfondissant ainsi les inégalités instaurées par le *South Africa Act*.
1948 – Instauration officielle de l’apartheid
Le Parti national, gagnant des élections, met en place le régime d’apartheid, qui s’appuie sur les bases politiques et législatives du *South Africa Act* pour consolider un système de ségrégation raciale institutionnalisée.
1960 Mars 21 – Massacre de Sharpeville
La police ouvre le feu sur des manifestants noirs pacifiques protestant contre les lois sur les laissez-passer, tuant 69 personnes et en blessant 180 autres. Cet événement attire l’attention internationale sur les atrocités du régime.
1961 Mai 31 – Proclamation de la République d’Afrique du Sud
L’Afrique du Sud devient une république, rompant ses derniers liens avec la monarchie britannique, mais continuant à exclure la majorité non blanche du processus politique.
1990 Février 11 – Libération de Nelson Mandela
Après 27 ans d’emprisonnement, Nelson Mandela est libéré, marquant un tournant décisif dans l’histoire sud-africaine et le début des négociations pour mettre fin à l’apartheid.
1994 Avril 27 – Premières élections démocratiques multiraciales
L’Afrique du Sud organise ses premières élections ouvertes à tous les citoyens, marquant la fin officielle de l’apartheid et l’élection de Nelson Mandela comme président du pays.
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