Nicolas II tsar de 1894-1917

Les faits relatés dans cette chronologie très détaillée tiennent compte du calendrier grégorien, adopté par la Russie le 14 février 1918, et non du calendrier julien, en décalage de 13 jours en moins.

Une version chronologique thématique sera proposée courant 2025.

Nicolas II, 26 ans succède le 1er novembre 1894 à son père Alexandre III décédé, après un règne de près de 14 ans. Il se retrouve à la tête du plus grand empire du monde, d’une superficie de 22,9 millions de km2 (35 fois la France), s’étendant de l’Europe à l’Asie et abritant une multitude d’ethnies, de cultures et de religions.

Nicolas II ROMANOV (1er novembre 1894 – 15 Mars 1917)

Dans quelle situation se trouve le pays au moment de sa prise de fonction ?

À l’intérieur des frontières : Bien que la Russie soit en pleine transformation avec des villes en expansion et une industrialisation naissante, elle est encore en retrait par rapport à ses voisins européens. 80% de la population vit de manière traditionnelle, ancrée dans la ruralité, et l’analphabétisme est répandu. De plus, malgré ses ressources abondantes, la Russie est confrontée à des défis socio-économiques majeurs, notamment la pauvreté et les inégalités croissantes. Elles alimentent des tensions intérieures croissantes, à des appels aux changements profonds, nourris par la montée des mouvements révolutionnaires.

Sur la scène internationale : La Russie est engagée dans un « Grand Jeu »1 stratégique avec l’Empire britannique en Asie centrale. À l’ouest, la montée en puissance de l’Allemagne la pousse à consolider ses alliances, en particulier avec la France. Et dans les Balkans, région instable, la Russie voit son rôle comme étant celui du défenseur des peuples slaves et orthodoxes.

Dans ce contexte incertain, Nicolas II, qui a été mal préparé, de part son tempérament, à gouverner2 un empire aussi complexe, se retrouve à naviguer dans des eaux tumultueuses. Son règne va être marquée par une série d’essais et d’erreurs, de tragédies et de conflits qui vont façonner le destin de la Russie et du monde au début du 20ᵉ siècle.

26 novembre : Le Tsar Nicolas II épouse la princesse Alix de Hesse-Darmstadt (1872-1917), originaire de Hesse. Il est intéressant de noter que, durant le 19ᵉ siècle, toutes les tsarines furent d’origine allemande, à l’exception de Maria Feodorovna Dagmar, mère de Nicolas II, danoise d’origine.

Alix a été élevée à la cour d’Angleterre et avait les faveurs de sa grand-mère, la Reine Victoria. Avant cette union, le Tsar Alexandre III, père de Nicolas II, avait envisagé un mariage avec la princesse française Hélène d’Orléans. Cependant, Nicolas II était déjà profondément amoureux d’Alix. De plus, le comte de Paris s’opposait à la conversion de sa fille au rite orthodoxe.

Le jour suivant leur mariage, la nouvelle tsarine, qui avait été élevée dans la foi luthérienne, se convertit à l’orthodoxie et adopta le prénom russe d’Alexandra lors de son baptême.

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29 janvier Le nouveau tsar condamne le « rêve insensé » d’une assemblée élue en Russie, en réponse à l’adresse des députés du zemstvo provincial de Tver. Nicolas II tout au long de son règne sera un ardent défenseur de l’autocratie. Comme ses prédécesseurs et le clergé orthodoxe, il croit en la légitimité divine de son pouvoir. Il considère que remettre en question l’autorité tsariste, c’est remettre en question la volonté de Dieu.

29 Septembre Création du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), représentant le mouvement marxiste en Russie. Il vise à renverser la monarchie tsariste et instaurer un régime socialiste. Parmi ses figures marquantes, Georges Plekhanov (1856-1918), Julius Martov (1873-1923), (de son vrai nom Iouli Ossipovitch Tsederbaum) et Vladimir Ilitch Oulianov, qui prendra en 1902 le nom de Lénine (1870-1924).

15 novembre : Naissance de la fille aînée de Nicolas II, Olga Nikolaïevna, Grande-Duchesse de Russie (15 novembre 1895 — 17 juillet 1918).

Nuit du 21 décembre : Les principaux dirigeants du P.O.S.D.R, dont Julius Martov et Lénine, sont arrêtés. Ce dernier passera quinze mois en prison en préventive, puis il est condamné à quatre ans d’exil en Sibérie, dans des conditions peu contraignantes, fort éloignées de celles du goulag du futur régime soviétique. Il va y épouser Nadejda Kroupskaïa avec qui il n’aura pas d’enfant. Il y écrira en 1899 son ouvrage intitulé « Le Développement du capitalisme en Russie » dans lequel il analyse la transition de la Russie du féodalisme au capitalisme et les conséquences socio-économiques de ce processus. Cet ouvrage aura une grande influence sur la pensée politique et économique en Russie et contribuera aux débats intellectuels de l’époque sur la voie du développement de la Russie vers le socialisme.

23 avril Tensions en Asie de l’Est : La fin de la guerre sino-japonaise de 1894-1895 voit la victoire de Tokyo et oblige la Chine à signer le Traité de Shimoneseki. Pékin reconnaît l’indépendance complète et totale de la Corée et cède au Japon la péninsule du Liaodong, qui comprend les ports stratégiques de Port Arthur (Lüshunkou) et Dalian. Cependant, cette cession inquiète particulièrement la Russie, mais également l’Allemagne et la France. Ces trois pays forment la « Triple Intervention » et demande au Japon de renoncer à sa revendication sur la péninsule du Liaodong, arguant du déséquilibre des forces en Asie de l’Est que provoquerait une telle situation. Le Japon accepte en échange d’une indemnisation financière supplémentaire.

Par la suite, la Russie conclura un accord avec la Chine lui permettant d’étendre le chemin de fer de l’est chinois à travers le territoire et de prendre le contrôle de la région du Liadong en établissant un bail durable sur Port Arthur et Dalian. L’accroissement des tensions entre la Russie et le Japon déclencheront la guerre russo-japonaise de 1904-1905.

30 septembre : Massacre d’Arméniens à Istanbul, à la suite de la manifestation organisée par le parti Hentchak. La communauté internationale ne réagit pas.

8 octobre : Viol et assassinat de la reine consort Min en Corée, dans son palais de Séoul par un commando japonais. Le nouvel ambassadeur nippon, Miura Gorō, qui s’inquiétait de l’influence grandissante de la Russie à la cour, est rappelé à Tokyo. Il est jugé avec d’autres militaires dans une parodie de procès à Hiroshima, qui vise principalement à apaiser les puissances occidentales. Il se conclut par l’acquittement de tous les accusés.

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30 mai Couronnement de Nicolas II : Le couronnement de Nicolas II attire l’attention internationale. Dans la majestueuse cathédrale de l’Assomption à Moscou, lieu traditionnel des couronnements russes, le monde est témoin d’une cérémonie empreinte de rituels et de faste. Cependant, cet événement grandiose est assombri par une tragédie. Lors d’une distribution de cadeaux à la population, une bousculade s’ensuit, causant la mort d’au moins 1,389 personnes et blessant plus de 1,300 autres. Malgré tout, les festivités se poursuivent.

Colonisation de la Sibérie : Le ministre des Finances, Serge Witte, crée un bureau des migrations pour encourager le peuplement de la Sibérie, enjeu majeur pour la Russie. La Sibérie, avec ses vastes ressources naturelles, offre un immense potentiel économique. Cependant, sa distance par rapport aux centres urbains russes, son climat rigoureux et son manque d’infrastructures rendent la région peu attrayante pour la majorité de la population. L’objectif de ce bureau est donc d’encourager et de faciliter la migration des Russes vers la Sibérie, en fournissant des informations sur les opportunités disponibles, en facilitant les déplacements des migrants, et en offrant parfois des incitations financières ou des concessions terriennes pour encourager la colonisation.

La construction du Transsibérien reliant Moscou à Vladivostok, distant de 9,300 km, sera l’un des moyens essentiels pour atteindre effectivement cet objectif. Débutée en 1891, elle sera achevée en 1916, avec un coût financier et humain considérable, estimé à plusieurs milliards de roubles selon les estimations et entre 30,000 à 100,000 victimes en raison du froid, des maladies et des accidents de travail.

11 février Regain de tensions en Corée consécutif à la multiplication d’incidents anti-japonais. Le roi Kojong se réfugie dans la légation russe à Séoul, provoquant la fureur du Japon. En mai, la Russie et le Japon s’entendent, en qualité de puissances protectrices de la Corée, pour limiter leurs effectifs militaires.

3 juin Traité secret défensif entre la Chine et la Russie

Un pacte majeur est conclu dans les coulisses des relations internationales entre la Chine et la Russie. Signé par Li Hongzhang et Alexis Lobanov-Rostovski, ce traité vise principalement à protéger ces deux nations d’une possible agression de la montante puissance impériale : le Japon.

Contexte : En 1895, après la Guerre sino-japonaise, la Chine a subi une défaite humiliante face au Japon, consolidant la position du Japon en tant que nouvelle puissance en Asie. Cette défaite a conduit la Chine à devoir d’importantes indemnités de guerre au Japon.

Principales dispositions du traité :

      • Assistance mutuelle : les deux nations s’engagent à fournir une assistance, y compris militaire, en cas d’attaque par une puissance tierce.

      • Droits ferroviaires pour la Russie : La Russie obtient le droit de construire et d’exploiter le chemin de fer de l’est chinois à travers la Mandchourie, ce qui facilite considérablement l’accès à Vladivostok.

      • Soutien financier à la Chine : la Russie offre des prêts avantageux à la Chine, lui permettant ainsi de s’acquitter de ses indemnités vis-à-vis du Japon.

    Suite à ce traité, la Russie a renforcé sa position en Extrême-Orient. Sous l’égide de Serge Witte, ministre russe des Finances de 1892 à 1903, la Banque Russo-Asiatique a été fondée, devenant un nouvel acteur significatif sur la scène financière internationale. Cet accord, particulièrement favorable à la Russie, illustre son habileté diplomatique.

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    3 janvier Serge Witte introduit une réforme monétaire majeure en Russie. Le rouble est dévalué, perdant un tiers de sa valeur précédente, et le pays adopte l’étalon-or. Ce système permet à chaque monnaie d’être échangeable contre sa valeur en or. Grâce à cette réforme, la Russie connaît une augmentation notable de l’afflux de capitaux, essentielle au développement de son industrie. La France et la Belgique deviennent les principaux investisseurs étrangers au cours de cette période.

    27 janvier : Premier recensement au sein de l’Empire russe. Il va permettre de documenter la diversité ethnique et linguistique de l’Empire russe qui compte plus de 130 nationalités.

    Il a pour objectif principal de répondre aux besoins de l’administration, notamment en termes de service militaire et de surveillance de ses habitants. Le gouvernement souhaitait ainsi savoir combien de jeunes hommes seraient bientôt en âge d’être intégrés dans l’armée, ainsi que combien d’entre eux échappaient chaque année à l’inscription au service militaire. Menant une politique de contrôle strict de sa population, les autorités voulaient distinguer la résidence légale de la résidence réelle d’habitation. Rappelons que l’écrasante majorité des Russes était inscrite et assignée à résidence dans son lieu d’enregistrement où elle paye ses taxes et où elle ne peut normalement pas le quitter sans autorisation. Autre préoccupation du régime tsarisme, la collecte d’informations sur les nationalités et les religions qui lui permettra de mieux connaitre les populations potentiellement déloyales à ses yeux (Tatars, Juifs…).

    Le recensement se déroule en deux temps. De décembre 1896 à janvier 1897, 135,000 personnes sont mobilisées, il s’agit de soldats alphabétisés, de prêtres et d’enseignants qui rendent visite à tous les ménages, les questionnent. Puis l’année suivante, des agents recenseurs vérifient en rendant visite aux ménages et ajustent éventuellement, réponses. Le traitement des données prendra huit années.

    Le caractère administratif et policier du recensement va susciter de la méfiance mais aussi des réactions parfois très hostiles de la population, notamment dans les régions où les élites traditionnelles ont été peu impliquées3. La résistance va du simple refus d’admettre les recenseurs dans les villages jusqu’au meurtre de ces derniers et à des insurrections, notamment dans le gouvernement de Kazan. Globalement, les régions de la Volga, majoritairement musulmanes, ainsi que les provinces de Siedlce et Lublin de l’ancien Royaume de Pologne sont le théâtre de forts mouvements de contestation, nécessitant l’intervention de l’armée. Perçu par certains, non pas comme une simple collecte d’informations, mais comme un moyen de redéfinir l’identité nationale, la contestation est notamment alimentée par la crainte de baptêmes forcés, de conversions religieuses, à l’instar de ce qui s’était produit dans la région de la Volga au 18e siècle. La présence de symboles chrétiens, tels que la croix, sur les bulletins de recensement éveille la méfiance des habitants non chrétiens. La population craint également des augmentations d’impôts, des déplacements forcés ou/et de mariages mixtes imposés. Les troubles sont également liés à des questions linguistiques, scolaires et politiques, et le recensement a été utilisé comme une opportunité de mobilisation politique par les partis nationalistes. Certains groupes, tels que les uniates (catholiques de rite orthodoxe), ont contesté leur inscription comme orthodoxes et ont cherché à faire reconnaître leur foi.

    En fin de compte, le recensement de 1897 a été le reflet des tensions et des conflits identitaires qui existaient à l’époque, mettant en lumière les enjeux politiques et culturels liés à la définition de l’identité nationale et religieuse dans l’Empire russe.

    Les rubriques du questionnaire : Nom, prénom, patronyme ou surnom / Sexe / Lien avec le chef de famille ou du ménage / Âge / État civil / Statut social / Lieu de naissance / Lieu d’enregistrement / Lieu habituel de résidence / Avis d’absence / Religion / Langue maternelle (elle permet de définir la nationalité) / Capacité à lire et écrire / Occupation (profession)

    10 juin Naissance de la seconde fille du couple impérial, Tatiana Nikokaïevna, Grande Duchesse de Russie (10 juin 1897 — 17 juillet 1918).

    La montée du mouvement révolutionnaire en Russie : la fin du 19ᵉ siècle marque un tournant dans la scène politique russe avec la formation de divers groupes « socialistes révolutionnaires ». Ces groupes émergent suite à une série de mouvements populistes qui avaient tenté de mobiliser les paysans pour renverser l’autocratie tsariste. En dépit des échecs initiaux, l’idéal d’une Russie guidée par le peuple demeure fort. Des centres d’activité révolutionnaire se forment dans plusieurs villes, dont Minsk qui devient un épicentre d’activité avec le congrès du Bund (l’Union générale des travailleurs juifs), suivi l’année suivante par le congrès des sociaux-démocrates russes. L’objectif principal de ces groupes est de renouer avec l’agitation en milieu paysan, qui constitue la majorité de la population russe. Ils pensent fermement que le soulèvement paysan, combiné à la mobilisation des ouvriers urbains, pourrait mettre fin à l’autocratie du tsar et instaurer un ordre socialiste.

    30 avril Balkans. Face à une situation de plus en plus tendue dans la région, notamment en Macédoine, l’Autriche et la Russie signent la convention de Saint-Pétersbourg. Ce traité vise à maintenir le statu quo dans la région. L’Autriche-Hongrie, inquiète à l’idée qu’une éventuelle victoire macédonienne puisse mener à la création d’une Grande-Bulgarie, s’oppose fermement à une telle issue. De son côté, la Russie qui a pour priorité l’Extrême-Orient, n’a pas l’intention de remettre en question la présence ottomane dans les Balkans.

    12 octobre Corée : Le roi Kojong est rétabli sur son trône grâce à l’appui de Saint-Petersbourg. La Russie devient, jusqu’en 1905, la puissance tutélaire de la monarchie coréenne.

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    1ᵉʳ Mars Le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (P.O.S.D.R) tient son premier congrès à Minsk. Inspiré du mouvement allemand, il porte le nom de social-démocrate qui sera banni après 1917 pour prendre l’appellation de marxiste. Cet événement marque une étape significative dans la consolidation du mouvement ouvrier et révolutionnaire. Le parti a pour ambition de représenter la classe ouvrière russe et de mener une révolution qui mettra fin à l’autocratie tsariste, tout en instaurant une république démocratique et socialiste. Il s’inspire largement de la pensée marxiste, mettant l’accent sur le rôle central du prolétariat dans le processus révolutionnaire. Il y a eu seulement neuf délégués présents lors de ce congrès représentant six des groupes sociaux-démocrates existants dans le pays à l’époque.

    Les participants étaient Gregori Plekhanov, souvent appelé le « père du marxisme russe » ; Piotr Struve ; Iouli Tsederbaum (qui deviendra plus tard célèbre sous le pseudonyme de Léon Martov) ; Boris Eidelman ; Stepan Radchenko (dit L’Artisan) ; Arkadi Kremer (aussi connu sous le pseudonyme de David) ; Iegor Ignatiev (dit Ignatii) ; Semyon Akselrod (aussi connu sous le pseudonyme de S. Martov) et Mikhaïl Brusnev.

    Lénine n’a pas pu y participer, étant condamné depuis fin 1895 et en exil en Sibérie à Shushenskoye.

    27 Mars Port-Arthur : un enjeu stratégique dans la compétition impériale en Asie de l’Est. La Russie obtient de la Chine, à la surprise de nombreuses puissances mondiales, un bail pour le port Arthur (connu aujourd’hui sous le nom de Lüshunkou) et de la presqu’île de Liaodong pour une durée de vingt-cinq ans. Cet accord intervient trois ans après l’intervention de la Triple-Intervention qui avait imposé au Japon de restituer la région à la Chine. Ce petit bout de terre est important au moins à deux titres pour les Russes, c’est :

        • Un port libre de glace : La plupart des ports russes de l’est étaient gelés pendant de longs mois chaque année, entravant grandement la capacité de la Russie à projeter sa puissance navale et à commercer librement. Port-Arthur, en revanche est accessible toute l’année.

        • Un point stratégique pour l’influence en Asie : Situé sur la côte est de la Chine, non loin de la Corée et du Japon, Port-Arthur était une base navale et militaire idéale pour la Russie afin de renforcer sa présence en Asie de l’Est.

      25 avril : L’accord Nishi-Rozen signé entre le Japon et l’Empire russe, est emblématique de l’évolution des relations internationales en Asie de l’Est à la fin du XIXe siècle. Ces deux puissances montantes ont de fortes ambitions en Asie de l’Est. Ces ambitions se cristallisent autour de la Chine, un empire en déclin, souvent considéré comme « l’homme malade de l’Asie », et objet des convoitises des grandes puissances.

      L’accord reflète les intérêts complémentaires, mais également parfois conflictuels, de la Russie et du Japon en Chine :

          • Reconnaissance de la sphère d’influence russe : Le Japon, en signant cet accord, admet officiellement l’influence prépondérante de la Russie au nord de la Grande Muraille, une région riche en ressources et stratégiquement cruciale.

          • Intérêts économiques japonais en Chine-Mandchourie : Le Japon, qui sort victorieux de la première guerre sino-japonaise (1894-1895), a des intérêts économiques croissants en Chine, en particulier en Mandchourie. L’accord Nishi-Rozen garantit que la Russie reconnaît et respecte ces intérêts.

        Mais cet accord n’est pas seulement une reconnaissance mutuelle d’influences. Il est aussi une tentative des deux pays de prévenir un conflit potentiel. Cependant, l’équilibre établi par l’accord Nishi-Rozen ne durera pas longtemps, avec le déclenchement, en 1904, de la guerre russo-japonaise.

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        8 février-1ᵉʳ mars Importantes agitations étudiantes dans le pays. La première manifestation est organisée à l’appel du principal parti révolutionnaire du pays, le Parti social-démocrate de Russie, à l’université de Saint-Petersbourg. Les étudiants réclament la liberté d’expression et d’association. Des portraits de l’empereur sont brûlés. Le mouvement suscite un grand enthousiaste parmi les étudiants de toute la Russie. Dans les semaines qui suivent, des manifestations éclatent à Moscou, Kiev, Kazan… Les agitations seront brutalement réprimées. Des centaines d’étudiants sont arrêtés et/ou expulsés.

        26 juin Naissance Maria Nikolaïevna, grande-duchesse de Russie, troisième fille de Nicolas II (26 juin 1899-17 juillet 1918).

        10 juillet : Décès du prince-héritier, grand-duc de Russie, Georges Alexandrovitch Romanov (27 avril 1871 – 10 juillet 1899) à Abbas Touman (Georgie), de la tuberculose. Il était le frère de l’Empereur.

        10 août Plan d’enrôlement forcé des meneurs étudiants. Le ministère de l’Instruction publique prévoit de permettre d’enrôler comme simple soldat les meneurs étudiants. Cette mesure répressive témoigne de la réaction du gouvernement russe à l’agitation étudiante. Elle montre également le durcissement de la politique autoritaire sous le règne de Nicolas II.

        28 avril La Russie consolide sa position en Asie centrale avec l’accord Claude Scott-Mikhail Muraviev signé à Saint-Pétersbourg par le représentant de la Grande-Bretagne en Russie et le ministre des Affaires étrangères de Russie. Il illustre les enjeux géopolitiques de l’époque, notamment la compétition entre les grandes puissances européennes pour le contrôle des territoires et des ressources. La Russie cherche à consolider sa position dans la région, tandis que la Grande-Bretagne souhaite l’empêcher de s’étendre. Les engagements réciproques prévoient que la Russie s’engage à ne pas construire de chemins de fer dans la région frontalière russo-chinoise en échange, la Grande-Bretagne s’engage à ne pas construire de chemins de fer dans la région frontale sino-tibétaine.

        18 mai Géopolitque: Ouverture de la première conférence internationale de la paix à la Haye, à l’initiative du tsar Nicolas II, pour le règlement pacifique des différends entre les puissances.

        27 pays participants : La participation de puissances européennes et non-européennes, témoigne de l’importance accordée à la diplomatie et à la paix.

        Pays participants européens : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Bulgarie, Danemark, Espagne, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Monténégro, Norvège, Empire ottoman, Pays-Bas, Portugal, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Serbie, Suède, Suisse

        Autres pays participants : Chine, États-Unis d’Amérique, Japon, Mexique, Perse, Siam (futur Thaïlande).

        En août 1898, le ministre des Affaires Étrangères russe avait adressé une lettre au pape Léon XIII pour associer le Vatican à cette initiative novatrice. En retour, le souverain pontife salua la démarche et exposa quelques principes dont celui de fonder la paix sur « l’idée chrétienne de justice et d’amour » et opposer la force du droit au droit de la force qui prévalait jusqu’à-la. En début d’année 1899, le gouvernement italien s’opposa à la participation du Vatican à la Conférence du fait que le pape n’était plus un souverain temporel. Il ne sera finalement pas invité à y participer.

        Les pays se séparent le 29 juillet en ayant mis l’accent sur le désarmement et la prévention de la guerre, créant la Cour internationale permanente d’arbitrage de la Haye. Parmi les différents textes adoptés, l’interdiction de l’usage des munitions à balle expansive et des baïonnettes à dents de scie. Les bombardements aériens sont prohibés pendant 5 ans.

        4-9 août France-Russie, visite officielle à Saint-Pétersbourg du ministre français des Affaires Étrangères Théophile Delcassé. Un accord secret de défense mutuelle prévoit la mobilisation automatique des deux armées en cas de mobilisation allemande, et subordonnée à un accord préalable en cas de mobilisation autrichienne. La Russie est assurée du soutien français dans la question ottomane.

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        Février : Libération de Vladimir Ilitch Oulianov, qui prendra en 1901 pour la première fois le pseudonyme de Lénine (« l’homme de la Lena » du nom d’un fleuve de Sibérie) dans un article de la revue Zaria. Il avait été condamné et déporté en 1897 en Sibérie orientale pour activités subversives. Assigné à Chouchenskoïe, il y avait été rejoint par sa mère et son épouse Nadejda Kroupskaïa. Il a vécu dans des conditions relativement clémentes, occupant un travail de statisticien, ayant un accès suffisant à la nourriture, pouvant lire et entretenir des correspondances avec l’extérieur.

        20 juin : Russification de la Finlande. Le russe devient la langue officielle de l’administration finlandaise, marquant un tournant dans les relations entre la Russie et la Finlande. Cette mesure est prise dans le contexte d’une politique de russification plus large entreprise par le gouvernement de Saint-Petersbourg dans ses territoires périphériques. Elle provoque des tensions en Finlande, qui cherche à préserver son autonomie.

        17 juillet : Lénine obtient un passeport et commence son exil en Suisse, où il rejoint Gueorgui Valentinovitch Plekhanov, une figure clé dans la diffusion des idées marxistes russes à l’étranger. Cette date marque le début d’une longue période d’exil en Europe, comprenant des séjours en Suisse, en Allemagne, au Royaume-Uni, en France, qui ne prendra fin qu’en 1917.

        24 décembre : 1ʳᵉ édition de l’Iskra (« l’étincelle »), journal révolutionnaire marxiste russe, lié au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Dirigé par Lénine, Julius Martov et Gueorgui Plekhanov, il vise à unifier par tous les moyens les différents courants du mouvement ouvrier russe. Le journal est édité clandestinement depuis l’Allemagne à Leipzig, pour échapper à la répression. Sa devise est : « De l’étincelle jaillira la flamme de la Révolution) ». Après le second congrès du POSDR en 1903, la direction de l’Iskra passera aux mains des mencheviks, entraînant une opposition féroce de la part de Lénine.

          • L’industrialisation rapide de la Russie conduit le pays à une dépendance de plus en plus forte des marchés mondiaux pour ses matières premières, notamment le blé, le coton et le pétrole, qui apportent néanmoins des devises grâce aux exportations.

          • Les infrastructures de transport encore sous-développées entravent la circulation des marchandises et aggravent les pénuries alimentaires.

          • Les sécheresses et les mauvaises récoltes de 1900 à 1902 ont entraîné une augmentation des prix des denrées alimentaires, provoquant des pénuries alimentaires et des émeutes dans certaines régions.

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        7 septembre : Fin de la révolte des Boxers en Chine, par la signature du protocole de paix signé à Pékin entre les pays occidentaux, le Japon, la Russie, et l’Empire Qing.

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        Mars : Vladimir Lénine publie son ouvrage intitulé « Que faire ? ». Rédigé dans le plus grand secret, il y expose ses vues sur la nécessité de construire un parti révolutionnaire fortement centralisé pour renverser le régime tsariste. Ses idées vont avoir un impact profond sur le développement ultérieur du mouvement en Russie. Au même moment, la majorité des groupes sociaux-démocrates russes se rallient à la Ligue de l’Iskra, cet organe de presse révolutionnaire crée un an plus tôt et qui va jouer un rôle essentiel dans la coordination des activités révolutionnaires en Russie.

        30 Mars – 3 avril : Des troubles agraires éclatent dans les provinces ukrainiennes de Kharkov et de Poltava, précipités par divers facteurs, notamment des récoltes médiocres, des impôts élevés et des pénuries alimentaires. Ces mouvements sociaux sont réprimés par l’armée et font entre plusieurs centaines, voire milliers de victimes.

        13 juin : Convention militaire russo-bulgare (1902-1913) renforçant les liens entre les deux pays.

        8 avril : Signature d’une convention russo-chinoise sur un retrait progressif des troupes russes de Mandchourie, visant à apaiser les tensions entre les deux pays, mais sans les résoudre de manière définitive.

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          • les Bolcheviks (majoritaires) dirigés par Vladimir Lénine, estiment que le parti doit être composé de révolutionnaires professionnels et être hautement centralisé. Ils croient que la révolution doit être dirigée par une élite et que le parti joue un rôle actif majeur dans la conduite de cette révolution.

          • les Mencheviks (minoritaires) sous la direction de Julius Martov, préconisent un parti plus ouvert et démocratique, où tous les travailleurs peuvent participer. Ils pensent que la révolution doit émerger de manière plus organique, avec une base ouvrière plus large.

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        en savoir plus

          • Les Causes de la Guerre : La Russie et le Japon, deux nations en pleine modernisation, ont des visées expansionnistes en Extrême-Orient. La Mandchourie, riche en ressources naturelles, et la Corée, stratégiquement située, sont au cœur de leurs ambitions. Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque les deux empires se sont disputé ces territoires.

          • La Surprise Initiale : La guerre débute par une attaque fulgurante du Japon contre la flotte russe à Port-Arthur, un port stratégique obtenu récemment par la Russie de la Chine. Le Japon coule trois navires russes sans déclaration préalable de guerre. Les victoires tant sur terre qu’en mer s’enchaînent pour le régime japonais, prenant la Russie au dépourvu.

          • Le Désastre Naval : La Russie a tenté de renforcer sa flotte du Pacifique en envoyant sa flotte de la Baltique dans un voyage épique autour du monde pour affronter les forces japonaises à la bataille de Tsushima en mai 1905. Le résultat fut une défaite écrasante de la flotte russe, une humiliation qui a profondément marqué l’histoire militaire.

          • Les Conséquences Intérieures : La guerre a mis en lumière les maux profonds qui rongeaient l’Empire russe, tels que l’incompétence, la corruption et les lacunes technologiques. Le mécontentement qui en a résulté parmi la population a été l’une des étincelles de la Révolution de 1905 en Russie.

          • Le Traité de Portsmouth : Grâce à la médiation du président américain républicain Théodore Roosevelt (1901-1909), le traité de Portsmouth sera signé en septembre 1905, mettant fin à la guerre. La Russie devra reconnaître la prééminence japonaise en Corée et céder la moitié méridionale de l’île de Sakhaline au Japon.

          • Signification Historique : La défaite de la Russie, une grande puissance européenne, face au Japon, une nation asiatique en pleine ascension, a eu un impact mondial. Elle a remis en question l’ordre mondial établi et a renforcé le prestige et la confiance du Japon sur la scène internationale.


        juin 1904-Janvier 1905 : Signature de traités de commerce entre l’Allemagne et de nombreux États (Belgique, Russie, Roumanie, Suisse, Serbie, Italie, Autriche-Hongrie), visant à réduire les tarifs des produits agricoles pour préserver les exportations industrielles allemandes.


        Premier prix nobel russe pour

        Ivan Petrovitch Pavlov

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        « Après le 22 janvier, la révolution ne connaitra pas d’arrêt… et « la force principale de cette troupe immense est constitutée par le prolétariat… » – Trotski

        mai : Le premier soviet de la Révolution russe est fondé à Ivano-Voznesenk, un centre textile de la région de Moscou, qui sera qualifié par certains de « Manchester russe ». Inspiré des conseils de la Commune de Paris, il s’agit d’un organe prolétarien, auto-administré et régit par la démocratie directe. Les décisions sont prises en assemblée générale à main levée. Le soviet va devenir l’organisation même du prolétariat.

        19 août : L’empereur Nicolas II publie un manifeste annonçant la création et les règles d’organisation d’une nouvelle chambre du Parlement, la Douma d’État, aux côtés du Conseil d’État. Dans cette première version, elle est un organe uniquement consultatif.

        A propos de cette année qui a vu la révolution échouée, Lénine écrira

        « sans la répétition générale de 1905, notre victoire de 1917 eut été impossible ».

         

        Henryk Sienkiewicz

        Prix nobel 1905 de Littérature

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        • Ces délégués se réunissent ensuite au niveau régional en assemblées électorales provinciales.
        • Ces assemblées élisent à leur tour les Grands Électeurs pour chaque curie et circonscription.
        • Enfin, ces Grands Electeurs désignent les députés à la Douma lors d’assemblées réunies au chef-lieu de la circonscription.

        Le système électoral sera un point de contention majeur entre le gouvernement et les forces d’opposition, et il serait modifié à plusieurs reprises au cours des années suivantes.

        • Les propriétaires fonciers : C’est la curie la plus influente et réservée aux grands propriétaires terriens possédants plus de 90 hectares.
        • La Curie urbaine : Les résidents des villes, la bourgeoisie et les commerçants.
        • La Curie paysanne concerne les paysans propriétaires de petites parcelles. Elle est notoirement sous-représentée.
        • La Curie des ouvriers représente les ouvriers d’usines et les artisans.
        • La Curie des cosaques : réservée à ce peuple de paramilitaires servant comme troupes auxiliaires de l’armée impériale russe.
        • La Curie des non-slaves : réservée aux peuples non-slaves de l’empire russe (Baltes : Estoniens, Lettons, Lituaniens) /  Caucasiens : Géorgiens, Arméniens, Azerbaïdjanais…), Finnois et autres peuples ouraliens ;  certains peuples turcs : Tatars, Bachkirs, Kirghizes…

        Des critères sociaux, économiques et d’instruction excluent une grande majorité de citoyens. Parmi les conditions requises : 

        • Être de sexe masculin (Les femmes sont donc exclues).
        • Avoir au moins 25 ans.
        • Appartenir à l’une des catégories sociales autorisées à voter dans l’une des curies.
        • Satisfaire à des critères de résidence et de fortune minimum propres à chaque curie :
          • Curie foncière : posséder au moins 90 hectares de terres.
          • Curie urbaine : payer un montant minimum d’impôts et appartenir à certaines corporations.
          • Curie paysanne : posséder au moins 8 hectares de terres.
          • Curie ouvrière : exercer certains métiers autorisés.
        • Savoir lire et écrire en russe.
        • Ne pas faire partie des catégories privées du droit de vote (criminels, vagabonds, faillis, etc).
        • Jouir de ses droits civiques.

        Trois changements gouvernementaux dans l’année 1906

        Serge Witte, président du Conseil (6 novembre 1905 – 5 mai 1906)

        L’homme qui a négocié la paix après la guerre russo-japonaise quitte son poste de président du Conseil. Afin d’apaiser les jacqueries paysannes, il avait proposé la nationalisation des domaines agricoles de plus de 1,000 hectares ainsi que la redistribution des terres aux paysans, mais le tsar Nicolas II refusa.

        De surcroît, le souverain, face à la victoire des réformateurs au sein de la première Douma, met fin à son mandat.

        Ivan Goremykine, le très conservateur et ancien ministre de l’Intérieur, lui succède. Il va s’opposer pendant deux mois aux volontés de la Douma, avant de démissionner. Il sera à nouveau président du Conseil de 1914 à 1916.

        Piotr Stolypine, président du Conseil (21 juillet 1906 – 18 septembre 1911)

        Ce grand propriétaire terrien, nommé ministre de l’Intérieur dans le gouvernement précédent, va d’abord mener une sévère répression et briser l’opposition parlementaire de la Douma par deux dissolutions successives. Mais, dans le même temps, il entreprend des réformes audacieuses, notamment une réforme agraire majeure qui vise à éliminer les vestiges de la féodalité et du servage.

        6 mai : Promulgation des « Lois fondamentales ». Ces lois que l’on pourrait qualifier de constitutionnelles, définissent les droits et responsabilités du tsar, de la Douma, et d’autres organes du gouvernement.

        10 mai Ouverture de la Douma par le tsar Nicolas II. Dès le début, des tensions entre la Douma et le gouvernement apparaissent. Les députés vont notamment exiger des réformes agraires, une plus grande autonomie locale et d’autres réformes démocratiques.

        21 juillet Dissolution de la Douma. Face à l’opposition constante de la Douma, Nicolas II, sur les conseils du Premier ministre dissout la première Douma après seulement 73 jours d’existence. Cette dissolution va entraîner une forte opposition et sera suivie par l’arrestation et la persécution de nombreux députés. Elle conduit également le gouvernement à rédiger une nouvelle loi électorale pour lui assurer une représentation plus favorable.

        19-25 novembre : Scission du parti socialiste polonais. Cet événement montre les tensions idéologiques et nationales au sein des mouvements socialistes en Europe de l’Est.

        Gestion Financière et Économique

        16 avril Emprunt international : En réponse aux coûts très élevés de la guerre russo-japonaise, la Russie a entrepris des mesures pour stabiliser ses finances en contractant un emprunt majeur. Sous la direction du Premier ministre Serge Witte, elle mène avec succès des négociations avec la France qui aboutissent à la conclusion du plus important emprunt de son histoire, d’une valeur de 2,5 milliards de francs-or (équivalant à 844 millions de roubles).

        novembre : Réforme agraire de Stolypine. Cette réforme vise à dissoudre les communes rurales et à encourager les paysans à devenir propriétaires de leurs terres. Plus de deux millions en profitent, mais beaucoup abandonnent, manquant d’expérience et d’outils. Les deux tiers revendent leurs terres à des agriculteurs mieux équipés, créant ainsi les koulaks, une classe particulièrement prospère.

        En parallèle, le gouvernement va distribuer et vendre des terres vierges au-delà de l’Oural à plusieurs millions de paysans. Cette série de mesures va profondément transformer la structure agricole en Russie et avoir un impact significatif sur la vie rurale et économique du pays. Les deux objectifs majeurs du régime sont d’améliorer la productivité agricole et de créer une classe de paysans propriétaires loyaux au régime.

        Mouvements Sociaux et Troubles

        18 mai : Demande de régime constitutionnel. La Douma, reflétant les espoirs de réformes du peuple, a demandé une plus grande démocratisation du régime.

        Juin : Troubles agraires. La tension monte en milieu rural, avec des paysans réclamant des terres et de meilleures conditions.

        14-16 juin : Pogrom de Bialystok. Un nouvel événement antisémite tragique se déroule au sein de l’Empire russe. La ville de Bialystrok située en Pologne, abrite une importante population juive, ainsi que des communautés polonaises et russes et la tension ethnique et religieuse était palpable dans cette région. Le pogrom qui s’y déroule pendant trois jours est le fruit d’une série de facteurs, notamment la frustration économique, les tensions sociales et la xénophobie. A la nouvelle du meurtre présumé d’un enfant chrétien, bien que ces allégations s’avéreraient plus tard infondées, la foule en colère attaque les quartiers juifs de la ville, pillant des maisons, incendiant des commerces et agressant physiquement les résidents juifs. Les violences ont fait de nombreuses victimes parmi la communauté juive, avec des morts, des blessés et des pertes matérielles importantes.

        23 juillet : Appel de Vyborg. Cet appel est un acte de défiance majeur de députés d’opposition mécontents de la réduction des pouvoirs de la Douma, et exhortant le public à désobéir civilement. Il est lancé par des députés issus de plusieurs partis politiques dont le Parti constitutionnel démocratique (Kd), des socialistes révolutionnaires, des sociaux-démocrates (y compris les mencheviks et les bolcheviks). Il a contribué à maintenir une forte pression sur le gouvernement tsariste, sans parvenir à empêcher les modifications ultérieures de la loi électorale plus favorables aux conservateurs.

        Août : Des terroristes attaquent la datcha du Premier ministre russe Piotr Stolypine à Saint-Pétersbourg. On dénombre 27 morts et de nombreux blessés dont deux des enfants du chef de gouvernement.

        1ᵉʳ septembre : Tribunaux militaires spéciaux de campagne. En réponse aux troubles et révoltes, ces tribunaux sont instaurés pour accélérer les procédures judiciaires, à l’encontre de civils impliqués dans des crimes graves. Les condamnations à mort qui étaient jusqu’à présent assez exceptionnelles vont se multiplier et être exécutés sans possibilité d’appel et dans les 24 heures qui suivent le jugement. Plus de 3, 000 suspects seront exécutés entre 1906 et 1909.

        Infrastructure et Développement

        30 septembre : Inauguration du Transsibérien. Ce chemin de fer transcontinental a ouvert de nouvelles opportunités pour le commerce et la colonisation, renforçant la cohésion nationale.

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        1907

        Politique Intérieure

        5 mars Seconde Douma caractérisée par un Parlement plus libéral et diversifié que sa prédécesseure. Elle comprend une opposition politique plus marquée, composée principalement de partis démocratiques et socialistes

        14 juin : les tensions s’aggravent entre le pouvoir et la Douma. Piotr Stolypine demande l’exclusion de 55 députés sociaux-démocrates et la levée de l’immunité parlementaire de 16 d’entre eux, parmi la centaine que compte la deuxième Douma avec ses différentes factions socialistes et démocratiques, dont les socialistes révolutionnaires et les sociaux-démocrates (membres du Parti social-démocrate ouvrier russe, y compris les mencheviks et les bolcheviks).

        16 juin : Le tsar dissout la Douma. La loi électorale est modifiée de manière significative peu après. Une voix de grand propriétaire foncier vaut désormais 7 voix citadines, 30 voix paysannes et 60 voix ouvrières 6.

        20 octobre : L’influence de Raspoutine, un mystique sibérien, opère auprès de la famille impériale, et plus particulièrement de l’impératrice Alexandra. Il parvient à arrêter miraculeusement les crises d’hémophilie du tsarévitch Alexis.

        14 novembre : Ouverture de la Troisième Douma souvent appelée de « Douma des seigneurs ». Grâce à la nouvelle loi électorale, elle se caractérise par une prédominance des partis conservateurs et octobristes, tandis que les partis de gauche sont considérablement affaiblis. Elle va adopter de fait une approche plus conciliante envers le gouvernement.

        Mouvements Révolutionnaires

        13 mai- 1er juin 5ᵉ Congrès du parti ouvrier socialiste russe : Les bolcheviks l’emportent lors de ce congrès qui s’est tenu à Londres. C’est une étape clé dans la consolidation de leur position au sein du mouvement socialiste russe.

        mai-juin Attentats terroristes : Une série d’attaques est menée par les révolutionnaires contre des cibles gouvernementales, soulignant la tension croissante entre le régime tsariste et les forces révolutionnaires.

        26 juin Braquage de la banque de Tiflis orchestré par le social-démocrate Kamo. Cette opération spectaculaire permet de dérober 340,000 roubles qui vont financer es activités révolutionnaires.

        12 décembre : Le dirigeant des bolcheviks, Lénine, quitte la Russie en raison de la répression. Il entame son dernier exil qui durera jusqu’à la Révolution de 1917, pour s’établir d’abord en Suisse.

        Économie

        Crise économique de 1907-1908 La Russie devenue un acteur majeur sur les marchés mondiaux, poursuit son industrialisation rapide, principalement dans les domaines du charbon, de l’acier et de l’industrie lourde. Cela entraîne une urbanisation croissante, avec un afflux de travailleurs des zones rurales vers les villes. Elle doit affronter la crise économique mondiale de 1907-1908, déclenchée par la panique bancaire aux États-Unis. Les autorités doivent dévaluer le rouble. La chute des prix des matières premières russes, telles que le blé, touché durement l’agriculture et les exportations russes. La Russie connait une inflation élevée, des faillites bancaires. Le gouvernement tente de stabiliser la situation en introduisant des mesures de contrôle des prix et en renforçant la réglementation financière.

        Diplomatie & Conflits internationaux

        31 août Convention d’Angora : Cet accord clé établit un partage de la Perse en deux zones d’influence, et renforce les engagements mutuels concernant l’Afghanistan et le Tibet. Il résout les différends coloniaux en Asie centrale entre la Russie et le Royaume-Uni, laissant ces deux grandes puissances libres de se concentrer sur des problèmes plus urgents en Europe. L’Entente anglo-russe est signée, mettant fin à des décennies de rivalités en Asie centrale et en Inde et intégrant la Russie dans le système d’alliances entourant l’Allemagne. Cet accord, associé à l’Entente cordiale anglo-française de 1904 et à l’alliance franco-russe, forme le cadre de la Triple-Entente, un contrepoids majeur à la Triple-Alliance de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de l’Italie.

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        1908

        Politique Intérieure

        1908-1910: Sous la direction de Stolypine, le gouvernement introduit des réformes pour soutenir les « Kulaks » (paysans riches) dans l’espoir de moderniser l’agriculture russe. Cela inclut des incitations à adopter de nouvelles méthodes agricoles et à migrer vers la Sibérie pour augmenter la mise en valeur des terres.

        16 mai L’enseignement primaire devient obligatoire. Un événement significatif dans l’histoire de l’éducation avec cette mesure qui concerne tous les enfants âgés de 8 à 12 ans. Avant cette réforme historique, de nombreux russes n’avaient pas accès à l’éducation. Cette mesure vise à garantir un niveau minimal d’instruction. Les implications de cette réforme vont être durables, jetant les bases de changements ultérieurs dans le système éducatif du pays.

        30 juin Explosion Mystérieuse en Sibérie Centrale d’une puissance équivalente à mille bombes d’Hiroshima. Elle détruit une zone forestière de 20 kilomètres de long. L’explication la plus courante jusqu’au début du 21ᵉ siècle était la désintégration d’un météoroïde. Cependant, en 2020, des astronomes ont émis l’hypothèse que la météorite n’avait ni explosé ni touché le sol, mais qu’elle avait rebondi sur l’atmosphère, survolant la Terre sur 3,000 kilomètres avant de repartir vers le Soleil. Cette théorie expliquerait l’absence de cratère et de débris au sol.

        llya Ilitch Mechnikov

        Prix Nobel 1908

        de Physiologie-Médecine

        comme l’allemand Paul Ehrlich pour leurs travaux sur l’immunité cellulaire, première ligne de défense de l’organisme contre les infections.

        Diplomatie & Conflits internationaux

        6 octobre Annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’empire d’Autriche-Hongrie. C’est une région riche d’une population comprenant des Bosniaques musulmans, des Croates catholiques et des Serbes orthodoxes. Cette annexion témoigne du déclin multiséculaire de l’Empire ottoman, en particulier dans les Balkans. En échange de son soutien, la Russie obtient des concessions cruciales concernant les détroits du Bosphore et des Dardanelles, jusqu’alors sous le contrôle de l’Empire ottoman. Ces détroits, importants stratégiquement pour la Russie, lui permettent de relier la mer Noire à la mer Méditerranée.

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        1909

        Politique Intérieure

        La Russie connaît une reprise économique après la crise financière de 1907, qui avait affecté de nombreux pays. La croissance de l’industrie et du commerce reprend, et la Russie continue de bénéficier d’investissements étrangers, en particulier de la France.

        25 avril : En Russie, une nouvelle crise politique éclate à la Douma (l’assemblée législative) après que l’empereur Nicolas II ait mis son veto sur le projet de loi navale de Stolypine pour la création d’un état-major général de la Marine. Certains membres de l’assemblée, notamment les octobristes, cherchent à défendre les prérogatives des députés face à l’autocratie tsariste. Cette crise témoigne des tensions croissantes entre le gouvernement et la Douma.

        24 août : Édiction de nouvelles règles par Stolypine pour définir les droits de la Douma dans le domaine militaire visant à établir un équilibre entre le pouvoir exécutif et législatif. Mais, elles ne résolvent pas les tensions persistantes entre le gouvernement et la Douma.

        19 décembre : Inauguration de l’Université de Saratov en Russie. Cette université va jouer un rôle important dans le développement de l’éducation supérieure en Russie à l’époque.

        Diplomatie & Conflits internationaux

        24 octobre : Accord de Racconigi (Piémont) entre Nicolas II de Russie et Victor-Emmanuel III d’Italie. Cet accord a été conclu dans le but de maintenir le statu quo dans les Balkans et de reconnaître les intérêts italiens en Tripolitaine et en Cyrénaïque. Il a également reconnu les visées russes sur les Détroits, une région stratégique entre la mer Noire et la mer Méditerranée.

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        1910

        Janvier : Plénum du Comité Central du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR). Il constitue l’une des dernières tentatives sérieuses de réconciliation entre les factions opposées. Le Parti social-démocrate russe est depuis son second congrès de 1903 scindé en deux mouvances : les bolcheviks, menés par Lénine, prônant une organisation de parti restreinte et révolutionnaire, et les mencheviks conduits par Martov, favorisant une approche plus modérée et inclusive. Ces différences se sont cristallisées autour de questions d’organisation et de stratégie politiques, ainsi que de la réponse au régime tsariste et à la révolution de 1905. Le plénum aboutit à une résolution prévoyant des mesures conciliantes, notamment la cessation des conflits internes, la liberté de critique au sein du parti et l’abolition des factions formelles. Mais, les désaccords fondamentaux, notamment sur la question de la participation au Parlement (la Douma) et les relations avec d’autres groupes révolutionnaires continueront à exacerber les tensions.

        20 novembre : Décès de Léon Tolstoï (9 sept 1828 – 20 novembre 1910). Cet écrivain russe de renommée mondiale est célèbre pour ses œuvres littéraires emblématiques, dont « Guerre et Paix » et « Anna Karénine ». En plus d’être un romancier talentueux, Tolstoï était également un philosophe, un moraliste et un penseur social. Il a promu des idées de non-violence, de résistance passive et de simplicité dans sa vie personnelle, ce qui l’a amené à devenir un précurseur du mouvement de la non-violence. Ses écrits ont influencé des penseurs majeurs comme Mahatma Gandhi et Martin Luther King Jr. Tolstoï a connu des conflits internes sur la richesse et la célébrité, et a mené une vie ascétique à la fin de sa vie.

         19 Décembre : Le gouvernement annonce des mesures pour favoriser l’implantation de colons au Turkestan, intégré à l’Empire depuis 1867.

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        1911

        Politique Intérieure

        11 janvier : Nouvelle période d’agitation étudiante suite à la décision du gouvernement russe d’interdire les rassemblements d’étudiants à l’intérieur des enceintes universitaires. De plus, la police se voit accorder le pouvoir d’intervenir sur les campus pour disperser ces rassemblements. Cette décision provoque une réaction vive parmi les étudiants, déclenchant ainsi une période d’agitation estudiantine.

        18 septembre : Décès, à 49 ans, du président du conseil Piotr Stolypine des suites de ses blessures par balles, lors de l’attentat qui l’a visé à l’opéra de Kiev le 16 septembre, en présence du couple impérial. Son auteur est un jeune étudiant ukrainien de 24 ans, issue d’une famille aisée de marchands juifs, Dmitri Bogrov. C’est un agent double travaillant en même temps pour la police tsariste (l’Okhrana) et pour le Parti socialiste révolutionnaire. Il sera condamné à mort et pendu le 25 septembre.

        Piotr Stolypine, figure marquante de l’histoire russe du début du XXe siècle, occupait la position de chef du gouvernement russe depuis le 21 juillet 1906. Sous son mandat, il tenta de mener des réformes agraires profondes visant à briser le pouvoir des communes villageoises et à encourager la création d’une classe de paysans propriétaires. Ces réformes, controversées, tendaient à de moderniser l’économie agraire de la Russie et de stabiliser le régime en offrant de meilleures perspectives économiques aux paysans. Stolypine était également connu pour sa répression sévère des mouvements révolutionnaires. Sous sa direction, des tribunaux spéciaux furent mis en place pour juger rapidement et sévèrement les terroristes et les agitateurs politiques. Cette politique sévère lui valut de nombreux ennemis parmi les révolutionnaires et les groupes radicaux. Elle lui fut fatale.

        18 septembre : Vladimir Nikolaïevitch Kokovtsov, 58 ans, remplace Piotr Stolypine au poste de président du conseil. Il va poursuivre jusqu’au 30 janvier 1914, certaines réformes lancées par son prédécesseur, tout en cherchant à préserver la paix intérieure face à l’escalade des tensions politiques et sociales. Comme ministre des Finances, il s’illustre depuis 1903 par une gestion prudente et équilibrée des finances impériales, contribuant à la solidité du rouble et à la modernisation économique de la Russie.

        Cependant, malgré ses tentatives de préserver la stabilité, le mandat de Kokovtsov va être marqué par de nombreux obstacles : une administration souvent résistante au changement, une ascension des mouvements révolutionnaires, des divergences grandissantes au sein de la Douma et des relations tendues avec les nations européennes.

        Diplomatie & Conflits internationaux

        27 mars Modernisation de l’administration locale dans les provinces occidentales de l’Empire par l’introduction des zemstvos, ces assemblées provinciales élues, créées en 1864 sous le règne du tsar Alexandre II. Elles sont composés de membres élus parmi la noblesse locale, les paysans propriétaires fonciers et les représentants de la bourgeoisie. Elles administrent les affaires locales dont les questions sociales, de santé et l’agriculture. Elles seront dissoues en 1918 par le nouveau pouvoir soviétique au profit des Soviets locaux.

        19 août : Accord germano-russe de Potsdam sur un partage d’influence en Perse (Iran) et sur le chemin de fer de Bagdad. Cet accord fait partie des efforts des grandes puissances européennes pour régler leurs rivalités et leurs intérêts dans la région du Moyen-Orient. Parmi ses principaux points :

          1. Partage d’influence en Perse : L’Allemagne accepte de ne pas interférer dans le nord de la Perse, qui est la sphère d’influence traditionnelle de la Russie, tandis que la Russie reconnaît la sphère d’influence de l’Allemagne dans le sud du pays.

          1. Projet de chemin de fer de Bagdad : L’accord stipule que la Russie accepte la participation allemande à ce projet important pour Berlin en matière commerciale et d’influence. Il vise à relier l’Empire ottoman (auquel appartient Bagdad) à l’Allemagne, en passant par la Perse.

          1. Stabilité régionale : L’accord vise également à maintenir la stabilité dans la région en limitant les rivalités entre les grandes puissances européennes, en particulier entre l’Allemagne et la Russie.

        Cependant, il est important de noter que cet accord n’a pas résolu tous les problèmes liés aux ambitions impériales des grandes puissances en Asie occidentale et en Perse. Les tensions et les rivalités persisteront, et ces questions vontcontinuer à jouer un rôle majeur dans la politique étrangère de l’époque et dans les événements qui conduiront à la Première Guerre mondiale en 1914.

        Octobre-novembre : Première guerre des Balkans. Elle éclate lorsque la Ligue balkanique, composée de la Serbie, du Monténégro, de la Grèce et de la Bulgarie, s’unissent pour attaquer l’Empire ottoman, dans le but de gagner des territoires et d’affaiblir l’emprise ottomane sur la région. Rapidement, les forces de la Ligue ont enregistré d’importantes victoires, repoussant les Ottomans. Cependant, une fois l’ennemi commun vaincu, des tensions vont surgir au sein de la Ligue concernant la répartition des territoires conquis. La guerre prendra fin avec le traité de Londres en 1913, qui a accordé la majorité des territoires disputés à la Ligue balkanique. Le rôle de la Russie pendant la première guerre des Balkans est complexe mais actif et s’inscrit dans le cadre plus large des tensions et des rivalités des grandes puissances européennes de l’époque.

        Les points clés à retenir sur l’implication russe
          1. Soutien aux Slaves des Balkans : La Russie a des liens historiques, culturels et religieux avec les peuples slaves des Balkans et exprime son soutien à leurs aspirations nationales contre l’Empire ottoman.

          1. Conseiller et Médiateur : Avant le début du conflit, la Russie avait joué un rôle dans la formation de la Ligue balkanique, encourageant une alliance entre les États balkaniques pour repousser l’influence ottomane.

          1. Opposition à l’expansion de l’Autriche-Hongrie : La Russie préoccupée par les ambitions de l’Autriche-Hongrie dans les Balkans, souhaite empêcher une expansion autrichienne dans la région.

          1. Traités et négociations : Après le conflit, la Russie a joué un rôle de médiateur dans les négociations de paix, cherchant à garantir des gains pour ses alliés slaves tout en évitant une confrontation directe avec d’autres grandes puissances comme l’Autriche-Hongrie ou l’Allemagne.

          1. Précurseur de la Première Guerre mondiale : Bien que la Russie ait cherché à éviter une guerre majeure pendant la première guerre des Balkans, ses actions et son implication ont contribué aux tensions qui ont finalement conduit à la Première Guerre mondiale, un an après la fin de la seconde guerre des Balkans.

        11 novembre : Ingérences étrangères dans les affaires intérieures de la Perse. La Russie adresse un ultimatum au parlement iranien (majlis) avec l’appui britannique pour exiger le renvoi du trésorier général américain, Morgan Shuster. Embauché par le gouvernement iranien pour réformer les finances du pays, qui étaient en proie à la corruption et à la mauvaise gestion, il avait entrepris des réformes visaient à moderniser la fiscalité. La Russie et la Grande-Bretagne qui avaient des intérêts économiques et politiques importants dans le pays y voient une menace importante. Face à la menace du régime tsariste d’une intervention militaire, le gouvernement perse renvoie Shuster, en décembre 1911.

        Le 24 décembre : Le deuxième majlis est dissous mettant fin à la révolution constitutionnelle de 1906 et à la restauration de l’empereur Mohammad Ali Shah, qui bénéficie du soutien des puissances étrangères russe et anglaise.

        1er décembre : La Mongolie-Extérieure fait sécession avec la Chine, avec l’appui de l’Empire russe. Également connue sous le nom d’Outer Mongolia, elle faisait historiquement partie de l’Empire chinois et était soumise à la domination de la dynastie Qing, considérablement affaibli par des troubles internes et des mouvements nationalistes. Profitant de cet environnement, le chef spirituel et politique de la Mongolie, le huitième Bogdo Gegen est proclamé Khan de Mongolie. L’indépendance du pays est reconnue par la Russie qui lui apporte un soutien militaire, mais n’est pas acceptée immédiatement par d’autres puissances mondiales. En 1919, les forces chinoises reprendront brièvement le contrôle de la région. En 1921, cependant, avec le soutien de l’Armée rouge soviétique, la Mongolie-Extérieure regagnera son indépendance.

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        1912

        Politique Intérieure

        18-30 janvier Rupture finale au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) lors de sa 6ème Conférence qui se tient à Prague sous le contrôle des Bolcheviks dirigés par Lénine. Fondé en 1898, ce parti est le berceau du mouvement communiste russe qui conduira à la création de l’Union soviétique en 1922. Au fil des années, des divisions idéologiques et tactiques sont apparues. Au cours de cette conférence, les Bolcheviks consolident leur contrôle sur le parti, excluant de facto les Mencheviks. Ils établissent leur propre comité central et définissent une direction ne comprenant que des membres Bolcheviks. Cette consolidation de pouvoir marque une rupture définitive entre les deux mouvements au profit des Bolcheviks.

        Léon Trotski, qui n’était ni fermement aligné sur les bolcheviks ni sur les mencheviks à cette époque, chercha à jouer un rôle de médiateur entre les deux factions. Il tentera en vain au mois d’août de mettre fin à cette rupture en formant une coalition unifiée dite « bloc d’Août ». Lénine considéra cette initiative comme une trahison à l’encontre de la ligne du parti. Il faudra attendre la révolution dite d’octobre 1917 pour que Trotski rejoigne finalement les bolchéviks.

        29 février Grève dans les mines d’or de la Léna en Sibérie. Les mineurs déplorent leurs mauvaises conditions de travail et demandent des augmentations de salaires. Le conflit s’éternisant, la troupe, à la demande des propriétaires et avec le soutien du gouvernement impérial, réprime brutalement le 17 avril le mouvement en faisant plus 270 morts et des centaines de blessés. Ce massacre, largement couvert par les journaux suscitera une immense indignation dans toute la Russie. Il devient un nouveau symbole de l’oppression des travailleurs par le régime et les élites industrielles.

        Mars : Lénine rédige son manifeste depuis Paris pour appeler les ouvriers et citoyens russes à participer aux élections de la prochaine Douma. Il y critique la répression du tsarisme depuis 1907 et appelle à la république démocratique de Russie pour la liberté politique. Il exhorte également les ouvriers à lutter pour une journée de travail de huit heures et les paysans à revendiquer la terre des propriétaires fonciers.

        22 mars : Alexandre Ivanovitch Goutchkov, le chef de file du mouvement octobriste, met en cause le rôle grandissant joué par Raspoutine au sein de l’entourage impérial.

        17 avril : Les troupes tsaristes tirent sur des mineurs en grève dans les champs aurifères de la Lena en Sibérie, en raison des conditions de travail extrêmement dures, des faibles salaires et des problèmes de sécurité dans les mines. Les rapports sur le nombre de victimes varient, mais il est souvent admis qu’au moins 200 personnes ont été tuées et des centaines d’autres blessées.

        5 mai : Parution du premier numéro du quotidien bolchevique la Pravda (« la Vérité ») à Saint-Petersbourg. Plus qu’un journal, il va devenir le symbole de la résistance contre le régime tsariste et un puissant outil de propagande des idées bolcheviques et communistes. Son succès au fil des mois se confirme et lui permet de revendiquer en 1913 plus de 40,000 exemplaires/ jour. Le gouvernement tsariste, conscient de la menace que représente La Pravda, essaiera souvent de la censurer ou de la fermer. Cependant, malgré les confiscations, les amendes et les fermetures temporaires, le journal a continué à paraître, parfois de manière clandestine.

        17 juin Lénine, en exil à Paris depuis 1909 pour échapper à la répression russe, quitte la France pour s’installer à Cracovie, alors sous domination autrichienne. En se rapprochant géographiquement de la Russie, il entend mieux coordonner les activités révolutionnaires. Il est rejoint notamment par Grigori Zinoviev et Lev Kamenev.

        28 juin Réforme de la justice : Le gouvernement restaure la justice de paix abolie en 1889 sous le règne du père de Nicolas II, Alexandre III. Elle réintroduit le tribunal local pour les litiges civils et certains délits criminels dans le paysage juridique russe.

        15 novembre Victoire des conservateurs à l’occasion des élections de la 4e Douma d’État. L’élection voit un renforcement notable des factions de droite, particulièrement des nationalistes et des monarchistes. Les octobristes, mouvement politique modéré-centriste qui avaient eu une forte présence dans les précédentes Doumas, sont défaits. La 4e Douma d’État fonctionnera jusqu’à son terme en 1917. Elle est souvent considérée comme étant la plus docile à l’égard du régime. Cela conduira à des tensions avec les forces progressistes et révolutionnaires en Russie, qui voyaient le Parlement comme de moins en moins représentatif de leurs aspirations.

        Diplomatie & Conflits internationaux

        13 mars Formation de la Ligue Balkanique : Une union pour la Macédoine contre l’Empire Ottoman. Les États balkaniques, dont la Bulgarie, la Serbie, la Grèce et le Monténégro constituent la Ligue balkanique avec le soutien de la Russie

        8 juillet La Mongolie au cœur des manœuvres diplomatiques : entre Indépendance, Concessions et Alliances avec la Russie. Au début du XXe siècle, la région de la Mongolie était un point de focalisation pour plusieurs grandes puissances, notamment la Russie et la Chine. Après la chute de la dynastie Qing en 1911, la Mongolie extérieure (aujourd’hui simplement appelée Mongolie) a proclamé son indépendance de la Chine. Le 8 juillet, la Russie et le Japon signent une convention secrète reconnaissant l’influence chinoise sur la Mongolie intérieure et l’influence russe sur la Mongolie extérieure, évitant ainsi un conflit potentiel entre eux. La Mongolie extérieure deviendra pleinement indépendante en 1921 avec le consentement de la Russie bolchévique, tandis que la Mongolie intérieure restera chinoise.

        Par ailleurs, la Russie signe un accord russo-mongol le 3 novembre à Ourga, aujourd’hui Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, reconnaissant l’autonomie de cette dernière en échange d’importances concessions commerciales.

        13 juillet L’Entente militaire Franco-Russe se renforce. Face à la menace croissante de la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche-Hongrie, Italie), les chefs d’état-major français Joffre et russe Jilinski signent un protocole d’entente à Saint-Pétersbourg. L’accord a pour principal objectif de définir et d’améliorer la manière dont les armées française et russe se soutiendraient mutuellement en cas de conflit majeur. Il est prévu en cas d’attaque de l’Allemagne, que la Russie mobilise 800,000 soldats à sa frontière occidentale, tandis que la France lancerait une offensive majeure. Cet engagement mutuel visent à diviser les forces allemandes entre les fronts est et ouest et à anticiper les conséquences d’un conflit imminent entre les grandes puissances européennes.

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        1913

        Politique Intérieure

        23 février : Joseph Staline est arrêté à Saint-Petersbourg. Il est exilé jusqu’au 8 mars 1917 en Sibérie, à Touroukhansk.

        3 mars : Célébration du tricentenaire de l’avènement de la dynastie Romanov sur le trône impérial russe. Cet événement à la portée symbolique consacre la continuité dynastique dans l’histoire tourmentée de la Russie et vise à promouvoir un sentiment d’unité nationale. Au début du XVIIe siècle, la Russie était plongée dans une période appelée le Temps des troubles. La mort du dernier tsar de la dynastie des Riourikides en 1598 avait laissé un vide de pouvoir, entraînant des conflits internes, des invasions étrangères et une instabilité politique. Il faudra attendre 1613 et l’élection de Michel Ier Romanov comme tsar, pour que le pays retrouve une stabilité politique. Les festivités du tricentenaire comprennent des cérémonies officielles, des défilés, des messes solennelles et des festivités publiques avec la participation de la famille impériale. C’est l’un des rares moments de partage avec le peuple. Les rues de Saint-Pétersbourg et de Moscou étaient décorées, et des monuments ont été érigés pour marquer l’occasion.

        Entre 1613 et 1913, la Russie a connu 18 tsars de la dynastie Romanov
          • 1. Michel Ier (1613-1645)

          • 2. Alexis Ier (1645-1676)

          • 3. Fiodor III (1676-1682)

          • 4. Ivan V (1682-1696) – Tsar conjoint avec son frère Pierre Ier (le Grand)

          • 5. Pierre Ier (1682-1725) – Connu sous le nom de Pierre le Grand

          • 6. Catherine Ire (1725-1727)

          • 7. Pierre II (1727-1730)

          • 8. Anne (1730-1740)

          • 9. Ivan VI (1740-1741) – assassiné en captivité

          • 10. Élisabeth (1741-1762)

          • 11. Pierre III (1762) – Règne court, déposé et assassiné peu après

          • 12. Catherine II (1762-1796) – Connu sous le nom de Catherine la Grande

          • 13. Paul Ier (1796-1801) – assassiné

          • 14. Alexandre Ier (1801-1825)

          • 15. Nicolas Ier (1825-1855)

          • 16. Alexandre II (1855-1881) – assassiné par un révolutionnaire

          • 17. Alexandre III (1881-1894)

          • 18. Nicolas II (1894-1917) – Dernier tsar de Russie, exécuté en captivité par des Bolchéviques

        8 octobre -10 novembre : Antisémitisme à Kiev lors du procès en accusation d’un meurtre rituel. Mendel Beilis, un Juif de confession orthodoxe est accusé de l’assassinat d’un enfant chrétien de 13 ans, retrouvé mort 2 ans auparavant, dans une grotte. Des rumeurs ont rapidement circulé, alléguant que les Juifs avaient tué l’enfant pour utiliser son sang dans des rituels religieux. L’affaire a attiré l’attention internationale et a été suivie de près par des journalistes et des observateurs du monde entier. Finalement, le jury acquittera Beilis de toutes les charges.

        Diplomatie & Conflits internationaux

        juin à juillet 1913 : seconde guerre dans les Balkans

        La seconde guerre des Balkans (1913) a éclaté peu de temps après la première, lorsque la Bulgarie s’est attaquée à ses anciens alliés de la Ligue balkanique, la Serbie et la Grèce, dans un différend territorial.

          • Origines : Malgré leur victoire commune contre l’Empire ottoman lors de la première guerre, des désaccords sont survenus concernant la répartition des territoires conquis, en particulier la Macédoine.

          • La Russie et la Bulgarie : La Russie, traditionnellement une protectrice des Slaves et ayant joué un rôle clé dans la formation de la Ligue balkanique, était proche de la Bulgarie. Cependant, la décision bulgare d’attaquer ses alliés a pris Saint-Pétersbourg au dépourvu.

          • Médiation russe : La Russie a tenté de jouer un rôle de médiateur entre la Bulgarie et la Serbie avant le début des hostilités, mais sans succès.

          • L’issue : La Bulgarie a été rapidement vaincue par une coalition comprenant la Serbie, la Grèce, la Roumanie et l’Empire ottoman.

        L’échec de la médiation russe et la défaite bulgare ont affaibli la position de la Russie dans les Balkans. De plus, la montée des tensions dans la région a encore compliqué la situation géopolitique, préparant le terrain pour le déclenchement de la Première Guerre mondiale l’année suivante.

        4 décembre Constantinople demande l’aide allemande pour moderniser son armée. L’Empire ottoman, dont la situation militaire était devenue critique en raison d’une armée mal préparée et obsolète, sollicite l’assistance de l’Allemagne pour moderniser ses forces militaires. En réponse à cette demande, le général allemand Liman von Sanders est dépêché à Constantinople pour superviser la réorganisation et la formation de l’armée ottomane. Cette initiative comprenait l’introduction de nouvelles tactiques et de méthodologies militaires. L’arrivée de Liman von Sanders renforce les liens entre l’Empire ottoman et l’Allemagne, tout en étendant l’influence allemande dans la région du Moyen-Orient. Cette montée en puissance allemande va jouer un rôle majeur dans les développements ultérieurs de la Première Guerre mondiale. Par ailleurs, cette collaboration a rapidement engendré une crise diplomatique entre Berlin et Saint-Pétersbourg. Les tensions ont atteint leur paroxysme en janvier 1914 avec la rupture des relations diplomatiques entre la Russie et l’Empire ottoman.

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        1914

        Politique Intérieure

        30 janvier : Démission du président du conseil, Vladimir Nikolaïevitch Kokovtsov, en fonction depuis 1911.

        12 février : Ivan Logguinovitch Goremykine est rappelé par Nicolas II au poste de président du Conseil, fonction qu’il avait occupé de façon éphémère en 1906. Cet avocat de 75 ans, va mener pendant deux ans une politique si conservatrice qu’elle contribuera à la chute du régime en 1917.

        17 août : La prohibition de l’alcool est officiellement décrétée, peu de temps après le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Cette mesure vise à préserver les ressources alimentaires pour la guerre et à lutter contre les problèmes d’alcoolisme dans la société russe. Cependant, elle ne sera pas respectée par la population russe. Au contraire, elle va entraîner une augmentation de la distillation illégale du grain et une hausse de la consommation d’alcool clandestin. Pour l’État, les revenus fiscaux issus de la vente d’alcool chuteront sensiblement. En fin de compte, la prohibition sera levée en 1925.

        31 août : La capitale Saint-Pétersbourg, dont le nom sonne trop allemand en ces temps de guerre, est « russifiée » pour devenir Petrograd, ce qui signifie littéralement « La cité de Pierre », en hommage à l’apôtre de Jésus, mais également à Pierre le Grand, le fondateur de la ville. Après la mort de Lénine en 1924, elle sera renommée « Leningrad » en son honneur. Ce n’est qu’en 1991, après l’effondrement de l’Union soviétique, que la ville retrouvera son nom d’origine, Saint-Pétersbourg, à la suite d’un référendum.

        1ʳᵉ guerre mondiale : Campagne militaire et Diplomatie

        1ᵉʳ août : L’Allemagne, alliée de l’Autriche-Hongrie, déclare la guerre à la Russie. L’entrée de la Russie dans la Première Guerre mondiale a été influencée par ses engagements diplomatiques et sa volonté de protéger la Serbie. Peu après, les autres grandes puissances européennes entrent en guerre, entraînant tout le continent dans le conflit.

          • Contexte : La tension montait en Europe en raison d’un enchevêtrement complexe d’alliances et de rivalités nationales. La Russie, liée à la Serbie par des liens ethniques et religieux, s’était engagée à la soutenir contre l’Autriche-Hongrie. L’assassinat de l’archiduc Ferdinand à Sarajevo en juin 1914 est le catalyseur du conflit. L’Autriche-Hongrie accuse la Serbie et présente un ultimatum difficile à accepter.

          • Mobilisation russe : Face à une possible attaque austro-hongroise contre la Serbie, la Russie a commencé sa mobilisation à la fin de juillet 1914. Cette mobilisation a été interprétée par l’Allemagne comme une menace directe.

          • La Russie et les Alliés : Durant la guerre, la Russie a combattu aux côtés de la Triple-Entente, composée de la France, du Royaume-Uni et, plus tard, de l’Italie, contre les puissances centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie, Empire ottoman).

        Les forces en présence 

         

        La Russie a payé un prix énorme pendant la guerre. Les estimations varient, mais on pense généralement que la Russie a subi environ 1,7 million de morts au combat, avec des millions d’autres blessés ou pris en otage. En outre, de nombreux civils russes sont morts des conséquences indirectes de la guerre, comme la famine, les maladies et les troubles civils. La guerre a mis en évidence de nombreuses faiblesses et a eu de fortes conséquences qui ont contribué à sa performance mitigée et au mécontentement croissant à l’intérieur du pays. Parmi celles-ci :
              • Inefficacités industrielles et logistiques : Malgré son vaste territoire et ses ressources, l’industrie russe n’était pas aussi développée que celle des autres grandes puissances. Cela a conduit à des pénuries d’équipements et d’armes pour les troupes.
              • Infrastructure de transport insuffisante : Le réseau ferroviaire russe était inadéquat pour déplacer rapidement des troupes et des approvisionnements à travers le vaste empire, entravant les opérations militaires.
              • Augmentation des problèmes économiques : La guerre a mis une énorme pression sur l’économie russe, entraînant inflation, pénuries alimentaires et perturbations dans la production agricole.
              • La brutalité et l’incivilité se sont généralisées. La société russe a connu une brutalisation croissante en raison de la crise économique et de l’affaiblissement du pouvoir central. Les soldats ont joué un rôle central dans les violences, avec des mutineries et des pillages, contribuant à la désintégration de l’ordre public.
              • La mobilisation a créé de nouvelles discriminations entre les différentes composantes éthiques, considérées comme loyales ou non, entraînant de nouvelles disparités et expériences de déplacement forcé. Des populations d’origine allemande furent ainsi particulièrement ciblées, entraînant des déportations massives à partir de 1914. Ces déportations renforceront paradoxalement les identités nationales des groupes affectés, favorisant la solidarité et la construction d’identités collectives.
              • Problèmes de leadership et de commandement militaire : Les officiers supérieurs de l’armée russe étaient souvent choisis en fonction de leur statut social plutôt que de leur compétence, ce qui a conduit à des décisions militaires inadéquates. Par ailleurs, le fait que l’empereur Nicolas II ait pris le commandement direct des forces armées à partir de 1915, sans l’expérience militaire nécessaire, a été lourd de conséquences. Ses décisions ont souvent été malavisées, ce qui a nui au moral et à l’efficacité de l’armée. 
              • Moral des troupes faible : De nombreux soldats russes n’étaient pas bien formés, mal équipés et mal nourris. En conséquence, le moral était souvent bas, surtout après des défaites majeures. 

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        1915

        Politique intérieure

        1ᵉʳ avril Russie : Le colonel Vladimir Miasoïedov, accusé d’espionnage et de trahison en faveur de l’Allemagne est exécuté. Dans une Russie mise en difficulté par les revers successifs au front, son cas met en lumière la paranoïa et la méfiance qui règnent au sein de l’armée russe et du gouvernement à cette époque.

        26 juin : Vladimir Soukhoumlinov, ministre de la Guerre en place depuis mars 1909 et acteur clé de l’armée russe avant le conflit, démissionne face à l’incapacité persistante de résoudre les manques criants en équipements et armements. Sa gestion, entachée par des rumeurs de corruption et d’accusations d’incompétence, l’a rendu impopulaire, le poussant vers la sortie. Suite à sa démission, lui et plusieurs de ses associés, dont A. Altschuller, V.Doumbadzé et S. Miasoïedov, sont arrêtés et accusés d’abus de pouvoir et de trahison. Après un séjour en prison de six mois, Soukhoumlinov est assigné à résidence. En septembre 1917, les Bolcheviks le condamneront aux travaux forcés. Toutefois, en raison de son âge avancé (70 ans), il est libéré un an après. Il s’exilera d’abord Finlande, puis en Allemagne.

        26 juin : Le général Alexeï Polivanov, adjoint de Soukhoumlinov, devient le nouveau ministre de la Guerre. Il tente immédiatement d’améliorer l’efficacité de l’armée russe, en mettant en place des réformes et en cherchant à moderniser les forces armées. Ainsi dès le 1er juillet, il crée, à la demande des industriels, un comité central des industries de guerre chargé d’améliorer la coordination entre l’industrie et l’armée, de standardiser la production et de maximiser l’efficacité de l’effort de guerre industriel. Composé de représentants de l’industrie, du gouvernement et de l’armée, il va jouer un rôle crucial dans la restructuration et la rationalisation de l’effort de guerre industriel en Russie. Malgré ses efforts notoires et quelques réussites, les défis auxquels la Russie était confrontée étaient trop importants et la situation sur le front restera très difficile pour l’armée russe.

        10 août La tension sociale atteint un point critique à Ivanovo-Voznesensk, un bastion industriel textile, lorsque la police du tsar intervient brutalement contre des grévistes protestant contre leurs conditions de vie et de travail. Le bilan est lourd : 30 ouvriers perdent la vie et 53 autres sont blessés. Ce drame met en lumière le climat d’insatisfaction croissante qui règne en Russie, face aux pénuries alimentaires, à l’inflation et à l’ampleur de la mobilisation pour la guerre. 1915 est l’année d’une montée en flèche des mouvements de contestation populaire.

        août : Formation du  » Bloc progressiste » à la Douma, face aux lourdes pertes militaires, aux pénuries alimentaires, à l’inflation galopante, aux infrastructures industrielles insuffisantes pour soutenir l’effort de guerre. Composé d’une coalition de partis du centre et de la droite modérée, notamment les cadets (Parti constitutionnel-démocrate), les octobristes et une partie du groupe des nationalistes, ils représentent près des deux tiers des députés de la Douma. Le Bloc réclame une réforme profonde de la gouvernance de l’Empire et insiste sur la nécessité d’un gouvernement responsable devant la Douma et non plus uniquement devant l’empereur. Il demande une meilleure coordination de l’effort de guerre, la fin de la corruption et une amélioration de l’efficacité gouvernementale. Enfermé dans son déni de la situation et l’idée qu’il se fait de sa fonction, l’empereur temporise, en demandant d’abord la victoire avant d’engager d’éventuelles réformes.

        1ʳᵉ guerre mondiale : Campagne militaire et Diplomatie

        16 février-16 mars : Début de la seconde offensive en Champagne, une stratégie des Alliés destinée à empêcher le transfert de renforts allemands vers le front russe.

        4 mars-10 avril : Alors que la Première Guerre mondiale fait rage, des manœuvres diplomatiques se trament en coulisses. Les Alliés cherchent à dessiner les contours du Moyen-Orient post-guerre, anticipant la chute de l’Empire ottoman. C’est dans ce contexte que naît l’accord secret franco-russe de Petrograd.

        Les principaux points de cet accord :
          • La Russie, depuis des siècles, cherche à sécuriser un accès sans entrave à la mer Méditerranée. En obtenant, la possession des détroits du Bosphore et des Dardanelles en cas de victoire, elle s’assure un accès sécurisé avec la mer Noire, où stationnent ses forces militaires permettent de mieux défendre ses territoires et intérêts contre les menaces potentielles venant du sud. Ses ambitions sont aussi empreintes d’une profonde résonance religieuse. Constantinople, connue jadis sous le nom de Byzance, était le bastion de la chrétienté orthodoxe avant d’être conquise par les Ottomans en 1453. Se percevant comme l’héritière spirituelle de l’Empire byzantin, la Russie orthodoxe avait à cœur de préserver, voire de restaurer, cet héritage religieux et culturel.

          • En retour, la France qui a des intérêts coloniaux et historiques dans la région, obtiendrait la Cilicie (au sud de l’actuelle Turquie) et la Syrie. En revanche, ses revendications sur la Palestine et le contrôle des Lieux Saints dont Jérusalem restent en suspend. La Russie, n’étant pas encline à voir ces sites historiques passés sous le contrôle français, suggère qu’ils passent sous un régime international.

          • Par ailleurs, la Russie reconnaît les ambitions britanniques sur la Mésopotamie (Irak) et le Golfe Persique. Quant à la Perse (Iran actuel), elle serait scindée en zones d’influence : une partie sous l’égide russe, l’autre sous contrôle britannique.

        Soulignons, que cet accord n’est qu’une partie des nombreuses négociations entre les Alliés. En 1916, les accords Sykes-Picot entre la France et la Grande-Bretagne traiteront également du partage de l’Empire ottoman. Ces tractations secrètes, lorsqu’elles seront révélées après la guerre, susciteront la colère et la méfiance parmi les populations arabes de l’Empire ottoman, qui se sentiront trahies par les promesses britanniques d’indépendance en échange de leur soutien contre les Ottomans. Les répercussions de ces accords se font d’ailleurs encore sentir un siècle plus tard.

        26 avril : L’Italie signe en secret le Pacte de Londres avec la Triple Entente (Royaume-Uni, France et Russie) l’engageant à rejoindre le conflit mondial à ses côtés, en échange de promesses territoriales. C’est un revirement diplomatique important, car avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, elle était l’alliée de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, au sein de la Triple Alliance. Rome avait opté à l’été 1914 pour la neutralité, considérant que ses obligations au sein de la Triple Alliance étaient purement défensives. En déclenchant le conflit, Berlin et Vienne l’affranchissaient selon Rome de ses engagements. Le 23 mail, l’Italie déclarera la guerre à l’Autriche-Hongrie.

        Lorsque la guerre prendra fin en 1918, tous les termes du pacte, malgré la victoire, ne seront pas respectés lors de la Conférence de paix de Paris, en particulier concernant la Dalmatie. Nombre d’Italiens se sentiront trahis, donnant lieu à l’expression « la victoire mutilée » et favorisant la montée du fascisme.

        Selon les termes du pacte, l’Italie devait obtenir en cas de victoire :
          1. Les régions du Trentin, du Tyrol du Sud, d’Istrie et de Trieste, des territoires principalement peuplés d’Italiens, mais sous le contrôle de l’Autriche-Hongrie.

          1. Des parties de la Dalmatie et plusieurs îles de la côte adriatique.

          1. La ville de Valona en Albanie, pour permettre à l’Italie d’établir une présence dans l’Adriatique.

          1. Une expansion de la sphère d’influence italienne en Afrique du Nord, notamment des territoires en Libye et des zones d’influence au sud de la Tunisie (dans le Fezzan).

        En échange, le pacte reconnaît le droit de la France à annexer le Maroc et de la Grande-Bretagne à annexer Chypre.

        20 août : Nouveau coup dur pour la Russie avec la capitulation de la forteresse de Novogeorgievsk sur la Vistule, principale ligne de défense de Varsovie, qui tombe aux mains des Allemands.

        25 août L’offensive allemande contre les Russes se poursuit. Les Allemands prennent Brest-Litovsk.

        5 septembre : Nicolas II de Russie prend en personne le commandement des armées, en remplacement de son cousin, le grand-duc Nicolas Nikolaïevitch. Son ministre des Armées aura tenté en vain de l’en dissuader et réussit à s’attirer l’animosité de l’impératrice qui parviendra à son renvoi dès mars 1916.

        5 – 8 septembre : Conférence socialiste internationale de Zimmerwald, en Suisse, rassemblant les chefs socialistes de onze nations européennes. A la veille de la Première Guerre mondiale, le monde socialiste était en plein dilemme. Bien que nombre d’entre eux aient souhaité voir les partis socialistes européens résister à la guerre, la majorité s’est finalement rangée derrière leurs nations respectives, invoquant la défense contre l’agression. Ce revirement, perçu comme une trahison des idéaux socialistes, a engendré une crise au sein du mouvement. Si les socialistes « modérés » aspirent à une fin pacifique du conflit sans bouleverser les structures en place, des figures « radicales » comme Lénine et Zinoviev envisagent de transformer la guerre impérialiste en révolution civile contre les élites capitalistes. Malgré ces divisions, un « Manifeste pour la paix » est publié, critiquant le militarisme et appelant à une paix sans annexion ni indemnités.

        14 septembre : Après leur défaite à Varsovie, les Russes commencent une retraite massive, abandonnant de vastes étendues de territoire à l’ennemi. Cette retraite ne concernait pas seulement la Pologne, mais également d’autres régions comme la Lituanie, la Lettonie et une grande partie de la Biélorussie. Si cette retraite est coûteuse en termes de territoire perdu et affaiblit un peu plus le régime de Nicolas II, elle permet néanmoins à l’armée russe de se regrouper et d’établir une nouvelle ligne de défense plus à l’est, sur une ligne Rega-Pinsk-Tarnopol.

        14 octobre Le jeu complexe des alliances : La Bulgarie déclare la guerre à la Serbie. Sous la direction du tsar Ferdinand 1ᵉʳ, le pays choisi finalement de rejoindre les Puissances Centrales (Allemagne, Autriche-Hongrie et Empire ottoman), principalement en raison des promesses d’agrandissement territorial, en particulier l’accès à la région de la Macédoine. Cette décision bulgare ouvre un nouveau front dans les Balkans et exacerbe la situation déjà compliquée pour la Serbie, qui combat l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne.

        19 octobre : Déclaration de guerre de l’Italie et de la Russie à la Bulgarie, apportant ainsi leur soutien à la Serbie

        6- 8 décembre Conférence de Chantilly : les Alliés coordonnent leur plan d’offensive pour 1916, alors qu’il apparait clairement que la guerre, contrairement aux attentes initiales, ne sera pas de courte durée. La conférence réunit les hauts commandements des armées alliées, notamment la France, le Royaume-Uni, l’Italie et la Russie pour unir leurs forces pour une stratégie concertée. Ils cherchent à empêcher les Puissances Centrales de réagir séparément à des offensives alliées distinctes. En orchestrant des offensives simultanées ou successives sur divers fronts, l’objectif est de disperser l’ennemi, offrant ainsi des opportunités de percées. Cette coordination mènera à la mémorable offensive de la Somme à l’été 1916. Cependant, les gains territoriaux resteront marginaux et les pertes humaines, tragiquement élevées.

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        1916

        Politique Intérieure

        Instabilité ministérielle accrue à Pétrograd.

        2 février : Boris Stürmer, 68 ans, issu de la noblesse russe, devient président du Conseil des ministres et prend également le poste de ministre de l’Intérieur et des Affaires étrangères quelques semaines plus tard. Sa nomination est en partie due à l’influence de Grigori Raspoutine, ce mystique très controversé qui a gagné la confiance de la famille impériale. Loin d’apporter des solutions, son mandat s’achève dès le 23 novembre, en raison des nombreuses critiques pour incompétence, corruption, voire parfois de germanophilie. Après la Révolution de février 1917, il est arrêté. Il meurt en détention le 2 septembre 1917, avant que la révolution bolchevique n’éclate. Boris Stürmer est un exemple des problèmes de gouvernance qui ont affligé la Russie pendant la Première Guerre mondiale, et son mandat est souvent cité parmi les nombreux facteurs ayant contribué à l’effondrement de l’Empire russe.

        24-30 Avril : Conférence Internationale Socialiste de Kienthal (Suisse), la deuxième des trois conférences qui seront organisées pendant la Première Guerre mondiale pour s’opposer à la guerre. Elle a suivi la Conférence de Zimmerwald de 1915 et a précédé la Conférence de Stockholm de 1917. La conférence a réuni 44 délégués socialistes de nombreux pays, principalement neutres, mais aussi de nations belligérantes, dont la Russie représentée par Lénine qui défend une approche plus radicale contre la guerre. La France quant à elle a refusé de délivrer des passeports aux représentants socialistes.

        Les participants qui cherchent à promouvoir la solidarité internationale des travailleurs contre le conflit impérialiste, adoptent une résolution appelant à la paix sans annexions ni indemnisations, ainsi qu’à la restauration de l’indépendance des nations et à la liberté des peuples opprimés.

        juin Lénine publie l’un des ses plus importants ouvrages intitulé « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Il analyse l’impérialisme comme une évolution du capitalisme. Il affirme que le développement du capitalisme a conduit à la concentration de la production et des capitaux, menant à la création de monopoles. Ces monopoles ont cherché à étendre leur influence à l’étranger pour obtenir de nouveaux marchés et ressources, conduisant à la division et au partage du monde entre les grandes puissances capitalistes. Lénine considère l’impérialisme comme la phase la plus avancée et la plus « pourrie » du capitalisme, qui mène inévitablement à des conflits et des guerres entre les puissances impérialistes. Il voit également l’impérialisme comme un facteur clé dans la transition vers la révolution socialiste, car il exacerbe les contradictions du capitalisme.

        14 septembre Décret d’expulsion de France contre le bolchévique Léon Trotski, où il séjournait à Paris depuis 1914. Ses prises de position contre la guerre et ses vues marxistes révolutionnaires suscitent l’inquiétude des autorités françaises. Le 30 octobre, il est conduit à la frontière espagnole ou il sera également expulsé, le contraignant à se rendre en janvier 1917 aux États-Unis.

        14 novembre Discours incendiaire de Milioukov à la Douma contre les erreurs du gouvernement et les déficiences de la guerre. Paul Nikolaïevitch Milioukov, historien et leader du Parti constitutionnel-démocrate (souvent appelé « Parti cadet »), critique avec détail une série d’erreurs commises par le gouvernement, dont chacune est suivie de la question retentissante : « Est-ce de la stupidité ou de la trahison ? » Cette phraséologie est particulièrement provocatrice, car elle laisse entendre que les échecs du gouvernement ne sont pas simplement dus à l’incompétence, mais peuvent être le résultat de trahisons délibérées. Elle peut également sous-entendre que l’impératrice Alexandra, d’origine allemande, pouvait être sous l’influence de l’ennemi. Ce discours de Milioukov est souvent cité comme l’un des moments clés de la montée des tensions qui ont finalement conduit à la Révolution de février 1917.

        23 novembre : Alexandre Feodorovitch Trepov devient le nouveau président du Conseil des ministres. Ukrainien d’origine aristocratique, il est né en 1862, et était le ministre des Transports dans le gouvernement précédent. Il est bien connu des Moscovites pour en avoir été le gouverneur pendant la Révolution de 1905. Trepov s’illustra par sa position dure et intransigeante pour réprimer les troubles. Il avait alors prononcé cette phrase « Il ne faut pas épargner les cartouches ». En désaccord avec l’impératrice Alexandra et Grigori Raspoutine sur plusieurs questions clés, notamment concernant la conduite de la guerre, il démissionne dès le 9 janvier 1917.

        29 décembre : Assassinat de Raspoutine, ce moine thaumaturge et débauché, accusé d’avoir exercé une influence néfaste sur la famille impériale russe, par le prince Félix Youssoupoff, le député socialiste Pourichkevitch et le grand-duc Dimitri.

        Mouvements sociaux & Rébellions

        La guerre déplace plus de 3 millions de personnes, les défaites militaires s’enchainent entamant la désagrégation du régime impérial. Le pays est dans un état généralisé de colère qui se tourne maintenant vers le Tsar. La Russie industrielle avec ses 3 millions d’ouvriers ne peut suivre le rythme effréné des besoins de la production de guerre, tout comme les paysans ne peuvent nourrir correctement les habitants, en raison notamment des problèmes de transports. Dans les villes, les ouvriers voient leurs usines fermées faute de matériel. En guise de réponse, l’administration impériale met en parenthèse son projet de libéralisation politique et réprime sytématiquement.

        25 juin : Un oukase de Nicolas II décrète la réquisition des hommes de 19 à 43 ans contraint au travail obligatoire à l’arrière du front au Turkestan. L’opposition à la mobilisation des musulmans pour la guerre et aux réquisitions agraires débutent au Tadjikistan avant de gagner le 5 août l’actuel Kirghizistan, l’Ouzbekistan et le Kazakhstan. Les rébellions sont durement réprimées. Selon les estimations, entre 100 à 270,000 morts et 300,000 habitants déportés vers l’actuelle province du Xinjiang en Chine. Après la révolution dite d’octobre 1917, des émissaires de la jeune république soviétique de Chine aideront au retour des réfugiés.

        Octobre : Des dizaines de milliers de désertions sont signalées.

        8 novembre : Ouverture du procès de marins mutinés de la flotte de la Baltique. Une grève de soutien dure trois jours à Petrograd.

        Développement et infrastructure

        5 octobre Inauguration du pont de Khabarovsk sur l’Amour et du Transsibérien : L’achèvement du pont de Khabarovsk qui avait débuté en 1913 souligne les ambitions de la Russie en matière d’infrastructure et sa volonté de relier ses vastes territoires. Le transsibérien avec ses 9,300 kms devient la ligne ferroviaire la plus longue du monde.

        1ʳᵉ guerre mondiale

        • Front du Caucase et campagne perse

        10 janvier-25 mars Offensive russe dans le Caucase : Face à l’Empire ottoman, la Russie lance une offensive dans le Caucase. L’armée du Caucase attaque les positions ottomanes, en particulier à Köprüköy, pavant la voie pour des avancées ultérieures.

        16 février Prise d’Erzurum par l’armée russe : Erzurum, une ville clé et une forteresse dans l’est de l’actuelle Turquie. C’est un coup dur pour les Ottomans.

        25 février-3 mars Avance sur Kermanshah : Dans la campagne perse, l’armée russe dirigée par le général Baratoff avance sur Kermanshah, une ville importante alors occupée par les Turcs. Ils réussissent à capturer la ville début mars.

        18 avril Prise de Trébizonde : Les Russes continuent leur avance en Anatolie orientale et capturent la ville portuaire de Trébizonde, stratégiquement importante.

        6-23 août Affrontements à Bitlis : Mustafa Kemal, qui deviendra plus tard le fondateur de la République de Turquie, repousse les Russes et reprend les villes de Bitlis et de Muş. Cependant, une contre-attaque russe réussit à reprendre Bitlis plus tard en août.

        • Front européen

        13 février-11 avril Déplacement de la 1re brigade russe vers la France : En signe de solidarité avec les Alliés, une brigade russe composée de deux régiments est envoyée en France via le Transsibérien, recevant un accueil chaleureux à Marseille.

        17 mars Offensive du lac Narotch : Sur le front est, les Russes lancent une offensive près du lac Narotch en Biélorussie contre les forces allemandes et austro-hongroises. Cette bataille est en partie une réponse à la demande des Français de les aider à soulager la pression sur Verdun, en proie à une importante offensive allemande. La combinaison d’une mauvaise planification, de conditions météorologiques défavorables (la région était boueuse en raison de la fonte des neiges), et de la résistance allemande solide entravent les progrès russes et se terminent par un échec.

        4 juin-août Offensive Broussilov : Cette offensive, dirigée par le général Broussilov contre les forces allemandes, est l’une des opérations militaires les plus réussies de la Première Guerre mondiale pour les Alliés. Cependant, elle s’arrête finalement en août.

        27 août-4 décembre la Roumanie entre en guerre : La Roumanie, initialement neutre, rejoint les Alliés, mais fait face à une rapide contre-offensive des puissances centrales, conduisant à la chute de sa capitale, Bucarest, en décembre.

        5 novembre L’acte des deux empereurs. L’Autriche-Hongrie et l’Allemagne promettent, en cas de victoire, la création d’un État polonais monarchique, héréditaire et constitutionnel sur les territoires pris à la Russie.

        _______________

        1917

        Politique intérieure : l’année de la Révolution

        12 janvier : Le prince Nicolas Dimitrievitch Golitzine, 67 ans, est nommé président du Conseil des Ministres par Nicolas II, en remplacement d’Alexandre Trepov. Issu d’une des plus éminentes familles de Russie, il avait d’abord refusé le poste, avant d’accepter. Il sera le dernier chef de gouvernement du régime tsariste, jusqu’au 15 mars 1917.

        5 mars : La mise en place de cartes de rationnement à Moscou et à Petrograd et le licenciement de milliers d’ouvriers de l’usine d’armement Poutilov entraîne des mouvements de grèves dans la capitale à l’appel des mencheviks et des bolcheviks

        8 mars : Une manifestation à Petrograd à l’occasion de la Journée internationale des femmes prend un caractère politique. Début de la révolution dite de février en raison du calendrier julien encore en vigueur en Russie.

        9-11 mars : insurrection à Petrograd : les soldats fraternisent avec les ouvriers. Des centaines d’arrestations sont effectuées dans la nuit du 10 mars.

        12 mars création du soviet de Petrograd. Au fur et à mesure que les manifestations prennent de l’ampleur, des représentants des travailleurs et des soldats se réunissent pour former un soviet pour représenter leurs intérêts. Ce Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd, reflet de la radicalisation de la Révolution de février, devient rapidement l’une des institutions les plus influentes de la ville et, en fin de compte, de tout l’Empire russe. Il va publier son fameux « Ordre n° 1 », qui place la loyauté des soldats et des travailleurs envers le Soviet plutôt qu’envers le Gouvernement provisoire.

        15 mars : Le tsar Nicolas II de Russie abdique alors qu’il se trouve à Pskov. Une délégation de la Douma, composée de deux monarchistes, Alexandre Goutchkov (détesté par l’impératrice) et Vassili Choulgine a fait le déplacement alors que tous les commandants en chef des armées se sont prononcés en faveur de son abdication. Initialement, il prévoit de léguer le trône à son fils, le tsarévitch Alexei. Toutefois, face à son jeune âge (13 ans), à la gravité de sa maladie incurable, il est hémophile, et devant à l’ampleur des crises que traverse la Russie, il décide finalement de transmettre la couronne à son frère, le grand-duc Michel Alexandrovitch.

        16 mars : Le grand-duc Michel Alexandrovitch, 39 ans, décline l’offre du trône. Il émet néanmoins une déclaration indiquant qu’il n’acceptera la couronne que si elle lui est offerte par une assemblée constituante, représentant le peuple russe.

        C’est la fin de la dynastie Romanov, au pouvoir depuis 1613.

        Nicolas sait déjà que tous les commandants en chef des armées et celui de la flotte de la Baltique se sont prononcés en faveur de son abdication.


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