L’Amérique Trumpienne hors-la-loi : comment Donald Trump dynamite 80 ans de droit international
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump mène une offensive sans précédent contre l’ordre juridique international construit après 1945. Cette analyse d’un citoyen passionné (non-juriste) recense les violations majeures, tout en présentant les arguments de l’administration et les zones de débat juridique.
L’administration Trump justifie systématiquement ses mesures au nom de la sécurité et de l’intérêt national — un argument défendu par certains experts conservateurs américains (John Yoo, Jack Goldsmith), mais largement contesté par la majorité des États membres de l’ONU, par de nombreux juristes internationaux (Martti Koskenniemi, Alain Pellet) et par la société civile.
Les violations clés de cette politique
L’administration Trump a initié une série d’actions qui ébranlent les piliers du droit international :
Menaces territoriales : Trump refuse d’exclure l’usage de la force militaire pour s’emparer du Groenland danois et du canal de Panama. Cela viole l’article 2(4) de la Charte des Nations unies, qui interdit non seulement l’emploi mais aussi la menace de la force.
Création d’apatrides : L’ordre exécutif du 20 janvier abolissant le droit du sol prive de citoyenneté des milliers d’enfants nés aux États-Unis de parents en situation irrégulière. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) rappelle que « nul ne doit être arbitrairement privé de sa nationalité » (Convention de 1961 sur la réduction des cas d’apatridie).
Conditions de détention inhumaines : De nouveaux centres de rétention en Floride, surnommés « Alligator Alcatraz », exposent les détenus à des conditions alarmantes, en contradiction avec les Règles Nelson Mandela adoptées par l’ONU en 2015.
Soutien à l’agression russe : Le 24 février 2025, trois ans après l’invasion de l’Ukraine, Washington vote contre la résolution de l’Assemblée générale condamnant Moscou. Les États-Unis rejoignent ainsi la Russie, la Corée du Nord et le Belarus. Historiquement, même sous Nixon ou Reagan, jamais Washington n’avait cautionné une agression armée aussi explicitement.
L’usage direct de la force : l’Iran comme précédent dangereux : le 15 mai 2025, l’armée américaine lance une opération aérienne de grande ampleur contre des installations nucléaires iraniennes près de Bandar Abbas, officiellement en riposte à des attaques de drones contre des navires américains dans le Golfe. Mais, faute de mandat du Conseil de sécurité et sans preuve d’agression directe imminente, cette intervention viole le droit international. Comme en Irak en 2003, Washington invoque une légitime défense préventive que la CIJ a toujours rejetée. Cette action place les États-Unis aux côtés des puissances accusées de « guerres d’agression » depuis Nuremberg, renforçant l’idée que la souveraineté nationale prime désormais sur tout cadre collectif.
La guerre contre les institutions internationales
Trump retire certes légalement les États-Unis de l’OMS et de l’Accord de Paris sur le climat, mais suspend immédiatement toutes les obligations financières pendant les périodes de préavis, violant le principe de bonne foi.
Plus grave : il sanctionne personnellement les juges de la Cour pénale internationale (CPI), gelant leurs avoirs et révoquant leurs visas. Ces actions sont une riposte directe au mandat d’arrêt de la CPI contre Benjamin Netanyahu, accusé de crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour avoir orchestré à Gaza la famine intentionnelle et des attaques délibérées contre les civils. Trump considère la Cour comme illégitime et agissant au-delà de ses pouvoirs légaux. Des sanctions sont également imposées contre des experts onusiens, une première, attaquant leur indépendance.
Au-delà des institutions, l’aide humanitaire elle-même devient un levier de pression dans cette politique de rupture.
L’aide humanitaire comme arme politique
L’aide humanitaire est instrumentalisée : selon les estimations disponibles, 90% des programmes sont suspendus, y compris l’aide à l’eau à Gaza et le programme PEPFAR qui a sauvé 25 millions de vies. Seuls Israël et l’Égypte sont exemptés. Cette suspension généralisée et l’entrave sélective à Gaza sont problématiques au regard des obligations d’assistance humanitaire.
Cette instrumentalisation de l’aide s’inscrit dans une logique plus large où l’économie et la diplomatie sont transformées en instruments de coercition.
Pression maximale : La diplomatie et l’économie sous contrainte
Les tarifs douaniers américains explosent de 2,5% à un niveau estimé à 27%, le plus élevé depuis un siècle, déstabilisant le système commercial multilatéral. Trump va plus loin : il impose 50% de tarifs au Brésil explicitement pour punir les autorités contre le procès de l’ancien président putschiste Jair Bolsonaro, qu’il qualifie de « chasse aux sorcières ». Le secrétaire d’État américain Marco Rubio vient également d’annoncer la révocation des visas des juges de la Cour suprême fédérale du Brésil en réaction à ce même procès. La mesure ne concerne pas, en revanche, les magistrats nommés par Bolsonaro. L’administration Trump suspend également 440 millions $ d’aide à l’Afrique du Sud en représailles à sa plainte contre Israël devant la CIJ. Ces mesures constituent une ingérence manifeste et une coercition problématique.
Ces actions, qu’elles soient économiques, diplomatiques ou directes, révèlent une stratégie sous-jacente sophistiquée.
Une stratégie sophistiquée en trois temps
En effet, cette offensive ne relève pas de l’improvisation mais d’une déconstruction très méthodique et réfléchie:
Exploitation des zones grises : Les juristes de Trump identifient chaque ambiguïté du droit international pour justifier l’injustifiable.
Respect formel, violation réelle : L’administration notifie officiellement les retraits mais suspend immédiatement les obligations, violant l’esprit des traités.
Violations assumées au nom de la souveraineté : Certains actes violent ouvertement le droit international mais sont présentés comme des exercices légitimes de souveraineté nationale.
L’enjeu civilisationnel : Appel au débat et à la mobilisation
Si la première puissance mondiale peut violer impunément le droit international, c’est tout l’édifice construit après 1945 qui chancelle. L’ordre multilatéral, déjà contesté par Moscou et Pékin, est désormais sapé par Washington lui-même.
Ce précédent Trump annonce peut-être un retour au droit de la force brute, comme dans les années 1930. Mais il peut aussi provoquer, paradoxalement, un sursaut : l’Union européenne, l’Union africaine, ou encore les pays du Sud global pourraient se coaliser pour défendre le droit international face à l’unilatéralisme américain.
Ces ruptures constituent un démantèlement cynique et dangereux de l’ordre international. Mais elles rappellent aussi que le droit ne survit que s’il est défendu. À nous, citoyens, chercheurs, institutions, de maintenir la vigilance, de soutenir les contre-pouvoirs et d’éviter le basculement vers un monde où « la loi du plus fort » dicterait à nouveau ses règles.
Si ce bref aperçu vous a interpellé, sachez que le récit intégral dévoile l’ampleur de la rupture et ses conséquences pour l’avenir de l’ordre mondial
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