Liban : La montagne de l’impasse

À Beyrouth, la mer n’est plus une limite, c’est un dépotoir. Les décharges côtières de Bourj Hammoud et de Jdeideh grignotent la Méditerranée, offrant aux vagues ce que les rues ne peuvent plus contenir.

Le Liban illustre l’éclat du silence politique. Ici, le déchet n’est pas seulement un résidu industriel, c’est un outil de gouvernance par le chaos. Depuis 2015, la crise des déchets a révélé une vérité brutale : une société qui ne sait plus traiter ses restes est une société dont le contrat social s’effondre. Les montagnes de sacs empilés sous les ponts de l’autoroute de Beyrouth sont devenues les monuments d’une impasse institutionnelle.

Les ordres de grandeur estimés de la pollution marine liée aux décharges côtières atteignent des seuils critiques, transformant le littoral en une zone de sacrifice environnemental au profit d’une gestion de court terme, souvent entachée par l’opacité des attributions de marchés. Le déchet ici ne circule pas : il s’accumule et s’enkyste, devenant le miroir d’un État qui a renoncé à ses fonctions régaliennes.

L’éclat réside dans la mobilisation citoyenne. « Vous puez », criaient les manifestants en 2015. Le déchet devenait le point de ralliement d’une colère universelle. En rendant visible l’invisible, en forçant le citoyen à respirer l’échec de ses dirigeants, le rebut est devenu un catalyseur politique. C’est le moment où le silence de la marginalité se brise pour exiger une dignité élémentaire : le droit à une terre et une eau non toxiques.

Des côtes libanaises aux Andes péruviennes. Le déchet est aussi au commencement.