SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 19 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇨🇫Centrafrique
5,7 millions d’habitants. Un territoire plus vaste que la France et la Belgique réunies. Onze groupes armés dissous sur quatorze depuis 2019. Un président réélu à 78 % sous protection russe. L’État remonte la pente, appuyé sur des béquilles qui ne lui appartiennent pas.
SAPERE 2.2 · L’État convalescent aux béquilles empruntées
Fragile, béquilles multiples
1,5/5
11,55
Paix par cooptation · or sans recettes · sécurité sous-traitée
↗Tendance depuis 2020 : amélioration. En 2021, la coalition rebelle approchait Bangui ; en 2026, l’État a repris l’essentiel du terrain, tenu des élections générales et dissous les principaux groupes armés. La remontée est réelle, ses appuis restent extérieurs.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 1,5/5, la Centrafrique se hisse d’un cheveu au-dessus de la zone de défaillance systémique où elle se trouvait au début de la décennie, et sa stabilité repose sur des appuis extérieurs (russe, onusien, tchadien, financier) qu’elle ne contrôle pas.
PIB nominal 2026
~3,4 Mds $
2,068 milliards de FCFA projetés · FMI WEO et autorités centrafricaines · environ 170e rang mondial
PIB PPA · Poids mondial
~8,4 Mds $
166e rang mondial · ~0,004 % du PIB mondial · ~599 $ par habitant (nominal)
Exportations · poids mondial
<0,001 %
~113 M$ déclarés (2023, WITS) · or 64 %, diamants 12,5 %, bois 11 %
Importations · poids mondial
<0,01 %
~742 M$ (2023) · plus de six fois les exportations déclarées
En résumé
La Centrafrique a tenu, le 28 décembre 2025, un quadruple scrutin présidentiel, législatif, régional et municipal sur l’ensemble de son territoire. Faustin-Archange Touadéra a été réélu au premier tour avec 77,90 % des voix, résultat définitif proclamé par la Cour constitutionnelle en janvier 2026, pour un troisième mandat rendu possible par la Constitution de 2023 qui a supprimé la limitation des mandats. La principale coalition d’opposition, le BRDC, a boycotté le vote et le candidat arrivé deuxième conteste les résultats.
Sur le terrain, le progrès est mesurable : onze des quatorze groupes armés signataires de l’accord de paix de 2019 sont donnés pour dissous par les autorités, les deux plus puissants, l’UPC et les 3R, l’ayant été en juillet 2025. L’économie respire : croissance retrouvée, inflation contenue, dette encore lourde mais orientée à la baisse depuis 2024. Mais la frontière soudanaise reste vulnérable : fin juin 2026, une nouvelle coalition rebelle, l’Alliance pour un sursaut patriotique (ASP), a brièvement pris Am-Dafock, dans la Vakaga, avant d’en être chassée par l’armée et ses alliés russes. Et près de 70 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté (Banque mondiale).
Le verrou est ailleurs : presque chaque fonction vitale de l’État est assurée par un acteur extérieur. La sécurité par les paramilitaires russes, des troupes rwandaises et la MINUSCA ; le financement par le FMI et les bailleurs ; l’approvisionnement par le corridor camerounais ; les débouchés par le négoce émirien de l’or. La convalescence est réelle. Les béquilles ne sont pas centrafricaines.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Fragile1,5-2,4
Gouvernance et institutions 1,8
Économie et finance 2,0Diplomatie, influence et information 1,6Énergie et ressources 1,5
En défaillance1,0-1,4
Industrie et technologie 1,4Démographie et capital humain 1,4Autonomie stratégique 1,4Innovation et savoir 1,2
Défense et sécurité 1,4
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Score global : 9 piliers SAPERE 2.2 · somme pondérée = 1,5/5. Aucun atout dominant identifié. Faiblesses prioritaires : Innovation et savoir 1,2 ; Industrie et technologie 1,4 ; Démographie et capital humain 1,4 ; Défense et sécurité 1,4 ; Autonomie stratégique 1,4 ; Énergie et ressources 1,5 ; Diplomatie, influence et information 1,6 ; Gouvernance et institutions 1,8 ; Économie et finance 2,0. Cinq piliers sur neuf en défaillance.
Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Faustin-Archange Touadéra et le Mouvement Cœurs Unis (MCU). Au pouvoir depuis 2016, réélu en 2020 puis en décembre 2025, le président concentre l’essentiel de la décision. Sa garde rapprochée est russe depuis 2018. L’ANE et le Conseil constitutionnel sont contestés par l’opposition ; la Cour pénale spéciale, appuyée par l’ONU, reste l’institution judiciaire la plus crédible du pays. La fracture confessionnelle héritée de la guerre de 2013, entre ex-Séléka à dominante musulmane et milices anti-balaka à dominante chrétienne, ne structure plus le conflit mais continue de travailler la société en profondeur.
Centre de gravité
La présidence, le MCU et les protecteurs extérieurs du régime. Les contre-pouvoirs internes (opposition en boycott, presse fragile, justice sous moyens) pèsent peu face à l’exécutif.
Vitesse d’exécution
Réelle sur la cooptation des chefs armés et le calendrier électoral ; lente sur les services publics, avec des arriérés intérieurs récurrents (salaires, fournisseurs) dont le FMI suit l’apurement ; presque nulle hors des chefs-lieux.
Test politique
Payer et intégrer les ex-combattants dans l’armée, absorber la réduction de la MINUSCA et trancher le bras de fer avec Moscou sur l’Africa Corps.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance multiple et profonde. Aucun État de la série n’illustre mieux la sous-traitance des fonctions régaliennes : la sécurité, le financement, l’approvisionnement et les débouchés commerciaux dépendent chacun d’un tuteur distinct. La marge de Bangui tient à leur mise en concurrence.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance sécuritaire ou financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Bangui.
RUSSIE
●●●●
Paramilitaires de Wagner depuis 2018 (1,200 à 2,000 hommes) : garde présidentielle, formation des FACA, reconquête territoriale ; accès à des concessions minières et forestières en contrepartie de son soutien.
Tutelle sécuritaire de fait, payée en accès privilégié à l’or et au bois. La prédation nourrit une désillusion croissante, une partie des effectifs glissant vers les trafics (or, tramadol) ; bras de fer en cours sur le paiement.
ONU · MINUSCA
●●●●
Plus de 14,000 militaires, policiers et personnels civils : protection des civils, logistique électorale, appui aux FACA. Mandat prorogé jusqu’au 15 novembre 2026.
Réduction budgétaire en cours (25 à 30 % des effectifs civils) ; retrait partiel envisagé après le cycle électoral.
TCHAD
●●●
Médiateur de l’accord d’avril 2025 avec l’UPC et les 3R ; frontière et transhumances communes.
Bases arrière historiques des rébellions ; une rupture avec N’Djamena fragiliserait immédiatement le nord du pays.
CAMEROUN
●●●
Yaoundé contrôle la principale porte d’entrée du pays : douanes, transit et sécurité du corridor vers Bangui dépendent largement de lui.
Relation fonctionnelle mais asymétrique : le voisin détient un levier que Bangui ne peut pas contourner.
FMI · BAILLEURS
●●●
Depuis la suspension des appuis budgétaires occidentaux en 2021, pivot du financement : facilité élargie de crédit de 191 M$, appuis de la Banque mondiale et de la BAD : la balance des paiements et le budget tiennent par eux.
Un blocage avec le FMI priverait rapidement l’État de financements essentiels.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●
Premier guichet de l’or centrafricain : Dubaï concentre le négoce, l’affinage et la réexportation du métal, déclaré ou non.
Un seul comptoir pour la première exportation déclarée du pays : cette concentration réduit fortement la capacité de négociation de Bangui.
RWANDA
●●
Troupes bilatérales et contingent de la MINUSCA ; protection d’intérêts économiques croissants.
Kigali défend ses propres intérêts, qui ne recoupent ni ceux de Moscou ni ceux de l’ONU.
ÉTATS-UNIS
●○○
Starlink, dont la convention a été signée en présence de la diplomatie américaine (décembre 2025), commercialisé depuis mars 2026 : un canal d’influence neuf par la connectivité.
Une tête de pont numérique dans un pays sous tutelle sécuritaire russe ; le levier commercial classique reste fermé (AGOA retiré depuis 2024).
FRANCE
●●
Troisième client et troisième fournisseur déclaré ; appui budgétaire et coopération militaire suspendus depuis 2021, comme la mission européenne de formation ; présence économique résiduelle (brasserie, télécoms) et retour discret par l’aide humanitaire et sanitaire.
Relation dégradée depuis 2021 ; influence remplacée plus que disparue.
La contradiction souveraine
Le pouvoir centrafricain a construit sa légitimité sur un récit de souveraineté reconquise : l’État revient, les rebelles se dissolvent, les urnes fonctionnent. Ce récit est en partie exact. Mais la reconquête a été exécutée par des forces étrangères, payées en concessions sur le sous-sol national, et la demande russe d’un paiement en devises pour l’Africa Corps révèle la nature du contrat : la protection n’était pas un don, c’était une créance.
La contradiction s’aiguise à mesure que le pays va mieux. Plus l’État se stabilise, plus le coût de ses protecteurs devient visible et négociable ; plus il négocie, plus il découvre l’étroitesse de sa marge. La souveraineté revendiquée dans les urnes se mesurera au prix que Bangui acceptera, ou refusera, de payer à Moscou.
Dans ce jeu, la France occupe une position inédite : évincée militairement et politiquement depuis 2021, elle demeure le troisième partenaire commercial déclaré du pays et revient par l’humanitaire et la santé, pendant que la désillusion s’installe face à la prédation des supplétifs russes. Paris ne rivalise plus, il attend : sa présence résiduelle ressemble à un pari sur l’usure du protecteur rival.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients (2023)
Pays
Produits
Montant
Poids
Émirats arabes unis
Or non monnayé
~79 M$
~69 %
Italie
Bois tropicaux
~8 M$
~7 %
France
Bois, produits divers
~6 M$
~6 %
Chine
Bois bruts et sciés
~4 M$
~4 %
Gabon
Réexportations diverses
~4 M$
~4 %
Données déclarées en douane (WITS, Banque mondiale, 2023). Une part importante de l’or et des diamants sort du pays hors circuit légal : les chiffres déclarés par les pays acheteurs dessinent une géographie différente (Coface : Pakistan, Émirats), signe qu’une partie du commerce échappe aux douanes centrafricaines. Le cinquième client varie même selon les bases (Gabon ou Vietnam, acheteur de bois) : nouvel indice de la fragilité de l’appareil statistique. France : 3e client déclaré.
🇺🇸 Position États-Unis à l’export · débouché marginal, hors des douze premiers clients (WITS 2023) ; accès préférentiel au marché américain (AGOA) retiré depuis janvier 2024 pour violations graves des droits humains, non-rétablissement confirmé en 2026.
🇷🇺 Position Russie · absente des statistiques douanières alors qu’elle est le premier partenaire sécuritaire : Sigma Gold, société liée à ses paramilitaires, est le premier exportateur d’or du pays (850 kg en 2023), et une partie des contreparties minières et forestières échappe au budget de l’État.
5 premiers fournisseurs (2023)
Pays
Produits
Montant
Poids
Chine
Machines, électronique, textiles
~126 M$
~17 %
Cameroun
Carburants, alimentaire (corridor de Douala)
~115 M$
~15 %
France
Médicaments, machines, agroalimentaire
~83 M$
~11 %
Côte d’Ivoire
Produits raffinés, biens de consommation
~48 M$
~6 %
Japon
Véhicules d’occasion
~38 M$
~5 %
WITS, Banque mondiale, 2023. France : 3e fournisseur déclaré, présence commerciale maintenue malgré le refroidissement politique.
🇺🇸 Position États-Unis à l’import · hors top 5 déclaré · environ 10 % selon les déclarations des pays vendeurs (Coface, 2023) : machines et aide alimentaire.
IDE entrants
~35 M$
Flux 2020, dernier point détaillé publié (CNUCED) ; stock cumulé d’environ 718 M$. Parmi les flux les plus faibles du continent.
Investisseurs
France, Chine, Cameroun et Émirats arabes unis ; présence russe surtout via des concessions minières et forestières. Bois et mines concentrent l’essentiel.
France
Brasserie (groupe Castel), télécoms (Orange), aide au développement (AFD). Présence historique réduite mais toujours réelle.
Quatre tendances structurelles
Croissance du PIB
1,0 % → 3,0 %
2020 à 2025 (FMI) ; projection 2026 : 3,3 %.
Dette publique
47 % → 57 %
Du PIB, 2020 à 2025 ; décrue amorcée vers 53 % en 2026.
Groupes armés dissous
11 / 14
Signataires de l’accord de 2019 ; UPC et 3R dissous en juillet 2025.
Insécurité alimentaire aiguë
2,2 M
Une personne sur trois a gravement manqué de nourriture pendant la soudure 2025 (ONU).
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre appuis, quatre fractures : l’équilibre est trompeur, car les appuis sont des potentiels et les fractures des réalités.
4Forces4Failles
Ce qui tient
La méthode a fini par payer : en cooptant leurs chefs, l’État a obtenu la dissolution des deux groupes les plus puissants, que dix ans d’opérations militaires n’avaient pas obtenue.
Le pays a pu voter partout, y compris dans des préfectures que l’administration ne traversait plus en 2021 : premier dividende concret de la pacification.
La dissolution officielle ne garantit toutefois ni le désarmement complet ni la disparition des réseaux économiques des factions.
En 2021, la coalition rebelle tenait les routes autour de Bangui ; en 2026, l’État et ses alliés tiennent les principales villes, sans maîtriser toutes les routes ni les campagnes qui les entourent.
Or, diamants, fer, uranium et coltan : le potentiel minier reste largement inexploité faute de routes, d’électricité et de cadastre fiable.
L’embargo du Processus de Kimberley sur les diamants bruts, imposé en 2013, n’a été desserré que par étapes, zone jugée conforme après zone jugée conforme à partir de 2016, avant d’être totalement levé en novembre 2024 : huit ans de normalisation sous conditions posées de l’extérieur.
23 millions d’hectares de forêt tropicale, 37 % du territoire, placent le pays au cœur du deuxième massif forestier tropical du monde.
Adossée à la BEAC, la monnaie n’a jamais décroché malgré treize ans de conflit : l’inflation est retombée autour de 1,3 % en 2025.
Cette stabilité importée épargne au pays l’hyperinflation qui accompagne d’ordinaire les États en guerre.
Le programme du FMI joue le rôle de tuteur budgétaire : chaque revue conclue rouvre les financements et impose un peu de discipline.
Des sols arables étendus et bien arrosés donnent au pays un important potentiel agricole ; l’agriculture vivrière fait déjà vivre la majorité de la population.
L’Oubangui et la Sangha offrent des voies navigables saisonnières vers Brazzaville et Kinshasa, doublure fluviale du corridor routier camerounais.
Le parc de Dzanga-Sangha, cœur du site trinational de la Sangha classé par l’UNESCO, et les chutes de Boali dessinent un potentiel touristique réel, aujourd’hui presque sans visiteurs.
Ce potentiel ne s’active qu’avec la paix : dans les zones stabilisées, les campagnes replantent avant même que l’administration ne revienne.
Ce qui freine
La protection du président, la sécurité de Bangui et la reconquête du territoire reposent sur les paramilitaires russes, des troupes rwandaises et les casques bleus.
Moscou exige désormais le remplacement de Wagner par son Africa Corps sous commandement d’État, et un paiement en devises plutôt qu’en minerais.
Un État qui n’assure pas lui-même sa sécurité ne choisit ni ses alliances ni son calendrier.
Les Émirats arabes unis absorbent environ 69 % des exportations déclarées, presque exclusivement de l’or ; une part importante du métal sort en contrebande.
Le premier exportateur d’or du pays n’est pas une entreprise centrafricaine mais une société liée aux paramilitaires russes ; à l’échelle du continent, Dubaï déclare importer trois fois plus d’or africain qu’il n’en sort officiellement des douanes.
Les concessions minières liées aux paramilitaires russes sont réglées en nature : la ressource paie la protection, pas les écoles.
L’État ne collecte presque rien de cette richesse : son recouvrement fiscal reste sous le seuil qui permet d’assurer les fonctions de base, et les bailleurs paient jusqu’à la moitié de la dépense publique.
L’informel n’est pas une marge, c’est le pays réel : l’essentiel des emplois, du commerce de détail et des échanges frontaliers se passe de l’État, qui ne voit ni les revenus ni les flux. Tant que cette économie reste invisible, aucune réforme fiscale ne produira de recettes à la hauteur du pays.
14,3 % de la population avait accès à l’électricité en 2021 : environ 35 % à Bangui, moins de 1 % en zone rurale (Banque mondiale). C’est la dernière donnée consolidée, et Bangui même subit des coupures quotidiennes du réseau d’ENERCA, la société publique d’électricité.
L’essentiel des importations transite par un seul corridor routier depuis Douala : un axe coupé, et le pays étouffe, vivres et médicaments compris, comme lors de la crise des carburants de 2022.
Hors des chefs-lieux, l’administration, la justice et les services publics restent largement absents.
L’enclavement est aussi numérique : la fibre inaugurée en 2024 ne rejoint les câbles atlantiques que par le Cameroun et le Congo. Le camion et l’octet empruntent la même dépendance.
Avant-dernier IDH mondial (0,387, 191e sur 193), espérance de vie de 54,5 ans, 37 % d’adultes alphabétisés.
Six enfants par femme en moyenne : chaque génération d’élèves est plus nombreuse que la précédente, dans un système scolaire déjà saturé (16 % de scolarisation au secondaire).
Une personne sur trois vit en insécurité alimentaire aiguë ; la pauvreté touche sept habitants sur dix.
Face à cela, l’économie informelle sert de filet de survie : elle nourrit les villes et emploie les jeunes, mais sans contrat, sans protection sociale et sans accès au crédit, elle reproduit la précarité qu’elle amortit.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Reprise des armes par d’anciens combattants des 3R ou de l’UPC.
Retrait de la MINUSCA sans relève crédible.
Bras de fer perdu sur le paiement de l’Africa Corps.
Extension des attaques de la coalition ASP au-delà de la Vakaga.
Franchissement de la frontière par l’épidémie d’Ebola venue de RDC.
Contestation post-électorale durable.
Fin du programme du FMI sans relais de financement.
Nouvelle crise des carburants sur le corridor camerounais.
Signaux positifs
Cycle électoral achevé sans violence majeure.
Aucune offensive rebelle d’ampleur sur les grandes villes depuis 2021.
Embargo diamants totalement levé en novembre 2024.
Recettes intérieures en hausse, administration fiscale en cours de numérisation.
Normalisation avec le Tchad, médiateur des accords.
Réseau 4G, Starlink et chantiers du Corridor 13 en déploiement.
Effets de voisinage
Soudan
La guerre civile pousse réfugiés et combattants vers la Vakaga ; la coalition ASP, appuyée par des combattants venus du Soudan dont des éléments des FSR, a tenu Am-Dafock cinq jours en 2026.
Tchad
Médiateur des accords de 2025, mais aussi terre de repli historique des rébellions : le nord centrafricain dépend de l’humeur de N’Djamena.
Cameroun
Poumon commercial unique : chaque tension douanière ou sécuritaire côté camerounais se paie à Bangui en semaines de pénurie.
RDC et Congo
L’axe fluvial de l’Oubangui offre un second souffle logistique saisonnier ; les crises congolaises rejaillissent par le fleuve et les réfugiés, et l’épidémie d’Ebola progresse vers le Haut-Uélé, frontalier de la Centrafrique.
Choc externe actif
Deux vents contraires soufflent en même temps. Les cours de l’or au sommet gonflent la valeur de la première ressource du pays, mais cette manne circule surtout dans les circuits informels et les concessions payées en nature : elle enrichit les intermédiaires plus que le budget. À l’inverse, les coupes dans l’aide internationale (démantèlement de l’aide américaine, crise budgétaire onusienne qui réduit la MINUSCA) retirent leurs moyens aux protections dont l’État dépend le plus. S’y ajoute un modulateur climatique, hors score conformément à la grille SAPERE : les crues récurrentes de l’Oubangui inondent régulièrement les quartiers bas de Bangui, et la variabilité des pluies pèse sur l’agriculture vivrière comme sur les transhumances.
Les dynamiques structurelles
La paix par cooptation
Chaque accord achète la dissolution d’un groupe armé avec des postes de ministres conseillers et des grades. Cela pacifie à court terme et institutionnalise, à long terme, la prime à la rébellion : prendre les armes reste le chemin le plus court vers l’État.
Sécurité contre minerais
Le troc fondateur avec Moscou (protection contre concessions) a stabilisé le régime et vidé une part du sous-sol. Le jour où Moscou présente la facture, le troc cesse d’être un don : l’État découvre le prix de sa survie.
Le retrait des parapluies
Mission onusienne en réduction, aide américaine démantelée, bailleurs sous contrainte : les protections extérieures se replient plus vite que l’État ne se renforce. La course entre le sevrage et la convalescence est la vraie horloge du pays.
L’ombre soudanaise
La guerre voisine exporte réfugiés, armes et combattants vers le nord-est, et la nouvelle coalition appuyée depuis le Soudan a montré qu’elle pouvait prendre une ville frontalière, même brièvement. Pendant que Bangui consolide l’ouest, la Vakaga devient le front oublié du redressement.
L’or sans l’État
Plus le cours de l’or monte, plus la contrebande prospère : la richesse nationale croît hors du budget national. La formalisation du secteur minier est le seul chantier qui changerait l’équation budgétaire.
L’élection comme brevet
Un scrutin tenu, même boycotté par l’opposition principale, vaut certificat international de normalisation. La légitimité procédurale précède la légitimité sociale ; l’écart entre les deux est le combustible des crises futures.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Les ex-combattants touchent une vraie solde
Une intégration réelle et payée dans l’armée changerait la nature de la paix : de cooptation des chefs à démobilisation des hommes.
Les casques bleus partent sans relève
Le principal filet de protection des civils et de logistique de l’État disparaîtrait des zones les plus fragiles.
Moscou impose son paiement
Une transition forcée vers l’Africa Corps mettrait le budget, ou une part accrue du sous-sol, à contribution.
La guerre du Soudan s’installe dans la Vakaga
Le nord-est basculerait durablement hors de contrôle et rouvrirait le cycle des rébellions venues des frontières.
L’or passe par la douane
Une hausse durable des exportations déclarées et des recettes minières donnerait à l’État, pour la première fois, les moyens de se financer lui-même.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Le désarmement tient, les ex-combattants sont intégrés et payés, la MINUSCA transfère progressivement ses positions aux FACA sans vide sécuritaire. La croissance se maintient entre 3 et 4 %, l’or et le bois passent davantage par les circuits légaux, les recettes intérieures dépassent 12 % du PIB et desserrent la dépendance aux dons.
Scénario défavorable
L’accord de 2025 se délite sous les exactions et les soldes impayées, le retrait onusien ouvre un vide que personne ne comble, la guerre soudanaise déborde en Vakaga. Le bras de fer avec Moscou tourne à la mise sous tutelle assumée ou à la rupture ; l’État retombe dans la défaillance dont il sortait.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile.1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,544, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,5/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie. En cas de doute entre deux notes, la grille SAPERE impose de retenir la plus basse ; les notes des piliers I, III et IV ont été arrêtées selon cette règle, et par cohérence de comparables régionaux (le Mali post-coup est estimé à 1,8 sur la même échelle).
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 1,4/5. A fiscal = 1 : recouvrement fiscal de 7 à 9 % du PIB (7,1 % en 2021, environ 9 % en 2024), l’un des plus faibles du monde, sous le point de bascule de 13 % ; jusqu’à la moitié de la dépense publique financée par les bailleurs. B exportations = 1 : trois produits bruts (or, diamants, bois) et un débouché dominant à environ 69 %. C sécurité = 1 : protection du régime et reconquête territoriale externalisées. D réserves et financement = 2 : réserves mutualisées dans la BEAC, balance des paiements sous perfusion du FMI. E décisionnel = 2 : base russe acceptée et exigences de Moscou, marges résiduelles réelles (refus de l’Africa Corps jusqu’ici, diversification des interlocuteurs). Moyenne : (1 + 1 + 1 + 2 + 2) / 5 = 1,4. Trois sous-indicateurs à 1 et deux à 2 : le plafonnement à 2,5 s’applique, sans effet puisque le score calculé est déjà inférieur.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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