Centrafrique
La Centrafrique est un État convalescent, qui marche sur des béquilles empruntées.
Un territoire plus vaste que la France et la Belgique réunies, moins de six millions d'habitants, une capitale posée sur l'Oubangui. En 2021, une coalition rebelle approchait Bangui. En décembre 2025, le scrutin a pu être organisé sur l'ensemble du territoire, et la plupart des groupes armés ont signé leur dissolution.
La convalescence est réelle. Mais la garde du président est russe, le budget tient par les bailleurs, les marchandises arrivent par une seule route camerounaise et l'or part vers Dubaï. La plupart de ses fonctions vitales dépendent fortement d'acteurs extérieurs.
Les accords ont accompagné la dissolution officielle des groupes armés par la cooptation de leurs chefs ; le terrain a été reconquis avec des forces étrangères.
L'économie, la diplomatie, l'énergie et la sécurité progressent ; la gouvernance recule. La plupart de ces progrès restent adossés à des appuis extérieurs.
La protection du régime est assurée par une force russe, rémunérée en concessions selon plusieurs enquêtes, et désormais en espèces selon Africa Intelligence.
Un tuteur par fonction
Ce qui décrit le pays
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Émirats arabes unis | Or non monnayé | ~69 % |
| 2 | Italie | Bois tropicaux | ~7 % |
| 3 | France | Bois, produits divers | ~6 % |
| 4 | Chine | Bois bruts et sciés | ~4 % |
| 5 | Gabon | Réexportations diverses | ~4 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Machines, électronique, textiles | ~17 % |
| 2 | Cameroun | Carburants, aliments | ~15 % |
| 3 | France | Médicaments, machines, aliments | ~11 % |
| 4 | Côte d'Ivoire | Produits raffinés, biens de consommation | ~6 % |
| 5 | Japon | Véhicules d'occasion | ~5 % |
Trois tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeFragile et dépendant↗Des comptes qui s'améliorent, une économie minuscule.+
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique→Le pays produit brut et importe transformé.+
IIIDémographie et capital humainDéfaillance critique→Une population très jeune, sans écoles ni soins en face.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↗Une existence diplomatique retrouvée, une voix empruntée.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↗Un sous-sol immense, hors du contrôle de l'État.+
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↗Un terrain repris, par d'autres.+
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique→Un savoir au plancher.+
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendant↘Un État qui tient ses échéances, et verrouille le pouvoir.+
IXAutonomie stratégiqueDéfaillance critique→Un jeu d'équilibre entre tuteurs, pas une capacité de refus.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Quatre appuis, quatre fractures
La paix progresse, groupe armé après groupe armé
Les accords ont accompagné la dissolution officielle des groupes les plus puissants, par l'intégration ou la cooptation de leurs chefs, là où dix ans d'opérations militaires avaient échoué.
Le scrutin a pu être organisé sur l'ensemble du territoire, y compris dans des préfectures que l'administration ne traversait plus en 2021.
La dissolution officielle ne garantit toutefois ni le désarmement complet ni la disparition des réseaux économiques des factions.
Un sous-sol et une forêt que la guerre n'a pas entamés
Le potentiel minier reste largement inexploité, faute de routes, d'électricité et de cadastre fiable.
La forêt tropicale couvre plus du tiers du territoire, au cœur du deuxième massif forestier tropical du monde.
L'embargo sur les diamants bruts, imposé en 2013, n'a été levé qu'après huit ans de normalisation par étapes, sous conditions fixées de l'extérieur.
Le franc CFA, pare-feu monétaire
La monnaie n'a jamais décroché malgré treize ans de conflit : cette stabilité importée épargne au pays l'hyperinflation des États en guerre.
Le programme du FMI joue le rôle de tuteur budgétaire : chaque revue conclue rouvre les financements.
La stabilité est importée : Bangui ne choisit ni son taux de change ni sa politique monétaire, qui se décident à la banque centrale commune de la zone.
Des terres fertiles et des fleuves en jachère
Des sols étendus et bien arrosés font vivre la majorité de la population.
L'Oubangui et la Sangha offrent des voies navigables saisonnières vers Brazzaville et Kinshasa, doublure fluviale de la route camerounaise.
Le parc de Dzanga-Sangha, classé par l'UNESCO, et les chutes de Boali dessinent un potentiel touristique réel, aujourd'hui presque sans visiteurs.
Une souveraineté louée à des armées étrangères
La protection du président, la sécurité de Bangui et la reconquête du territoire reposent sur les paramilitaires russes, des troupes rwandaises et les casques bleus de la MINUSCA.
Bangui a accepté au printemps 2026 le passage à l'Africa Corps ; la protection devrait désormais se payer en espèces, selon Africa Intelligence.
Un État qui n'assure pas lui-même sa sécurité voit sa marge de choix fortement réduite, sur ses alliances comme sur son calendrier.
L'or sort du pays, l'argent n'y entre pas
Les Émirats absorbent l'essentiel des exportations déclarées, et une part importante du métal sort en contrebande.
Selon plusieurs enquêtes, le premier exportateur d'or est une société liée aux paramilitaires russes, et des concessions rémunèrent la protection en nature : la ressource paierait la protection, pas les écoles.
L'État ne collecte presque rien de cette richesse : tant que l'économie reste invisible, aucune réforme fiscale ne produira de recettes à la hauteur du pays.
Presque sans routes, sans courant et sans État au-delà des villes
L'essentiel des importations transite par un seul corridor routier depuis Douala : un axe coupé, et le pays étouffe, comme lors de la crise des carburants de 2022.
Hors des chefs-lieux, l'administration, la justice et les services publics restent largement absents.
L'enclavement est aussi numérique : la fibre inaugurée en 2024 ne rejoint les câbles atlantiques que par le Cameroun et le Congo. Le camion et l'octet empruntent la même dépendance.
Un capital humain parmi les plus démunis du monde
Chaque génération d'élèves est plus nombreuse que la précédente, dans un système scolaire déjà saturé.
La pauvreté touche sept habitants sur dix, selon la Banque mondiale, et l'espérance de vie ne dépasse guère 54 ans.
L'économie informelle sert de filet de survie, sans contrat, sans protection sociale et sans crédit : elle reproduit la précarité qu'elle amortit.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Faustin-Archange Touadéra et le MCU concentrent l'essentiel de la décision. Réélu en décembre 2025 pour un troisième mandat, le président a prêté serment le 30 mars 2026, sa garde toujours assurée par des Russes.
Le pouvoir tient en cooptant : les chefs armés deviennent ministres conseillers ou officiers. La fracture héritée de 2013, entre ex-Séléka et milices anti-balaka, ne structure plus le conflit mais travaille encore la société.
Les contre-pouvoirs pèsent peu : opposition en boycott, presse fragile, justice sans moyens. La Cour pénale spéciale, appuyée par l'ONU, reste l'institution judiciaire la plus crédible du pays.
À l'extérieur
Peu d'États de la région illustrent aussi nettement la sous-traitance des fonctions de l'État : un tuteur pour la sécurité, un pour l'argent, un pour les marchandises, un pour l'or.
La marge de Bangui tient à leur mise en concurrence. La France, évincée depuis 2021, reste un partenaire commercial et revient par l'aide humanitaire et sanitaire.
Le pouvoir a bâti sa légitimité sur un récit de souveraineté reconquise : l'État revient, les rebelles se dissolvent, les urnes fonctionnent. Ce récit est en partie exact. Mais la reconquête a été exécutée par des forces étrangères, payées en partie, selon plusieurs enquêtes, sur le sous-sol national.
Plus l'État se stabilise, plus le coût de ses protecteurs devient visible et négociable ; plus il négocie, plus il découvre l'étroitesse de sa marge.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Protection du régime | Russie | ●●●● | La garde présidentielle et une part de la reconquête, rémunérées en concessions selon des enquêtes, et désormais en espèces selon Africa Intelligence. |
| Protection des civils | ONU, MINUSCA | ●●●● | La logistique électorale et la protection hors des villes, en cours de réduction. |
| Financement | FMI et bailleurs | ●●● | Le budget et la balance des paiements. |
| Accès à la mer | Cameroun | ●●● | La route de Douala, par laquelle arrive l'essentiel des marchandises. |
| Or | Émirats arabes unis | ●●● | Le négoce, l'affinage et la réexportation du métal. |
| Médiation | Tchad | ●●● | L'accord de 2025 avec les groupes armés et une frontière de repli historique. |
| Troupes | Rwanda | ●● | Des troupes bilatérales autour de Bangui et des intérêts économiques croissants. |
Ce que la géographie impose
Ce qui explique la fragilité
La paix par cooptation
Les accords ont accompagné la dissolution officielle de plusieurs groupes par l'intégration ou la cooptation de leurs dirigeants, avec des postes et des grades. Cela pacifie à court terme et installe, à long terme, une prime à la rébellion.
La paix actuelle réduit la violence visible, mais elle ne remplace pas encore l'autorité publique par des institutions : c'est pourquoi la défense progresse sans quitter la défaillance critique.
Deux corridors, pas un réseau
Le camion passe par la route de Douala, où les convois paient une escorte armée ; la barge descend l'Oubangui vers Brazzaville, puis le rail congolais jusqu'à Pointe-Noire, quand le fleuve est assez haut.
Ces deux sorties relient Bangui au monde, pas le pays à lui-même : le nord et l'est restent plus proches de leurs voisins que de la capitale.
Sécurité contre minerais
Le troc fondateur avec Moscou, la protection contre des concessions selon les enquêtes citées, a stabilisé le régime et cédé une part du sous-sol.
Avec l'Africa Corps, Moscou présente la facture : la protection n'était pas un don, c'était une créance.
Le retrait des parapluies
Mission onusienne en réduction, aide américaine démantelée, bailleurs sous contrainte : les protections extérieures se replient plus vite que l'État ne se renforce.
La course entre le sevrage et la convalescence est la vraie horloge du pays.
L'ombre soudanaise
La guerre voisine exporte réfugiés, armes et combattants vers le nord-est.
Pendant que Bangui consolide l'ouest, la Vakaga devient le front oublié du redressement.
L'or sans l'État
Plus le cours de l'or monte, plus la contrebande prospère : la richesse nationale croît hors du budget.
Les effondrements répétés des sites artisanaux, comme à Zamboye, montrent le prix humain d'un secteur que l'État ne voit pas.
La fracture de 2013
La guerre de 2013 a opposé les ex-Séléka, à dominante musulmane, aux milices anti-balaka, à dominante chrétienne ; cette fracture ne structure plus le conflit.
Elle travaille encore la société : le retour des populations musulmanes déplacées et la sécurisation des transhumances restent des chantiers inachevés de la cohésion nationale.
Le fleuve et la pluie
Les crues récurrentes de l'Oubangui inondent les quartiers bas de Bangui, et la variabilité des pluies pèse sur l'agriculture vivrière comme sur les transhumances.
Le climat n'entre pas dans la note, mais il module chacune des fragilités du pays.
L'élection comme brevet
Un scrutin tenu, même boycotté, vaut certificat international de normalisation.
La légitimité procédurale précède la légitimité sociale ; l'écart entre les deux est le combustible des crises futures.
Ce qui changerait la donne
Les ex-combattants touchent une vraie solde
Une intégration réelle et payée dans l'armée changerait la nature de la paix : de la cooptation des chefs à la démobilisation des hommes.
Les casques bleus partent sans relève
Le principal filet de protection des civils disparaîtrait des zones les plus fragiles.
Le prix de l'Africa Corps
Un paiement en espèces ou en concessions accrues pèserait sur un budget déjà financé pour moitié par les bailleurs.
La guerre du Soudan s'installe dans la Vakaga
Le nord-est basculerait durablement hors de contrôle et rouvrirait le cycle des rébellions venues des frontières.
Ebola franchit la frontière
Une épidémie installée dans un pays aux services de santé aussi démunis mettrait à l'épreuve un État qui ne tient déjà ses villes qu'avec l'aide de ses partenaires.
L'or passe par la douane
Une hausse durable des exportations déclarées et des recettes minières donnerait à l'État, pour la première fois, les moyens de se financer lui-même.
À cinq ans · 2026-2031
Le sevrage réussi
Le désarmement tient, les ex-combattants sont payés, les casques bleus transmettent leurs positions aux FACA sans vide.
L'or et le bois passent davantage par les circuits légaux, et les recettes desserrent la dépendance aux dons.
La convalescence sous tutelle
Le régime tient sous protection russe, rwandaise et onusienne ; l'économie croît lentement.
L'Africa Corps coûte plus cher, la Vakaga reste exposée, l'or continue de sortir hors des circuits.
La rechute
L'accord de 2025 se délite, le retrait onusien ouvre un vide, la guerre soudanaise déborde.
Le coût de la protection russe tourne à la tutelle assumée ou à la rupture.
Une convalescence à crédit
La Centrafrique a nettement progressé depuis 2020, mais sa remontée reste largement adossée à des appuis extérieurs. Chaque protection qui la tient a un prix ; au printemps 2026, le principal protecteur a commencé à le présenter.
Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait une année de recettes minières déclarées en nette hausse, preuve que l'or commence à passer par l'État.
La Centrafrique a retrouvé des jambes ; elle n'a pas encore retrouvé les siennes.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 1,5. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,490.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,5 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : une part importante de l'or et des diamants sort hors des circuits légaux, si bien que les exportations déclarées sous-estiment le commerce réel ; le bilan de Zamboye n'a pas été officiellement établi.
Afrique centrale : les fiches Forces & Failles. Burundi · Cameroun · Centrafrique · Congo-Brazzaville · Gabon · Guinée équatoriale · RD Congo · São Tomé-et-Príncipe · Tchad · Tout le continent
La Centrafrique a tenu, le 28 décembre 2025, un quadruple scrutin présidentiel, législatif, régional et municipal sur l’ensemble de son territoire. Faustin-Archange Touadéra a été réélu au premier tour avec 77,90 % des voix, résultat définitif proclamé par la Cour constitutionnelle en janvier 2026, pour un troisième mandat rendu possible par la Constitution de 2023 qui a supprimé la limitation des mandats. La principale coalition d’opposition, le BRDC, a boycotté le vote et le candidat arrivé deuxième conteste les résultats.
Sur le terrain, le progrès est mesurable : onze des quatorze groupes armés signataires de l’accord de paix de 2019 sont donnés pour dissous par les autorités, les deux plus puissants, l’UPC et les 3R, l’ayant été en juillet 2025. L’économie respire : croissance retrouvée, inflation contenue, dette encore lourde mais orientée à la baisse depuis 2024. Mais la frontière soudanaise reste vulnérable : fin juin 2026, une nouvelle coalition rebelle, l’Alliance pour un sursaut patriotique (ASP), a brièvement pris Am-Dafock, dans la Vakaga, avant d’en être chassée par l’armée et ses alliés russes. Et près de 70 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté (Banque mondiale).
Le verrou est ailleurs : la plupart des fonctions vitales de l’État dépendent fortement d’acteurs extérieurs. La sécurité par les paramilitaires russes, des troupes rwandaises et la MINUSCA ; le financement par le FMI et les bailleurs ; l’approvisionnement par le corridor camerounais ; les débouchés par le négoce émirien de l’or. La convalescence est réelle. Les béquilles ne sont pas centrafricaines.
Le pouvoir centrafricain a construit sa légitimité sur un récit de souveraineté reconquise : l’État revient, les rebelles se dissolvent, les urnes fonctionnent. Ce récit est en partie exact. Mais la reconquête a été exécutée par des forces étrangères, payées, selon plusieurs enquêtes, en concessions sur le sous-sol national, et le passage à l’Africa Corps, accepté au printemps 2026 et qui devrait être payé en espèces selon Africa Intelligence, révèle la nature du contrat : la protection n’était pas un don, c’était une créance.
La contradiction s’aiguise à mesure que le pays va mieux. Plus l’État se stabilise, plus le coût de ses protecteurs devient visible et négociable ; plus il négocie, plus il découvre l’étroitesse de sa marge. La souveraineté revendiquée dans les urnes se mesurera au prix que Bangui acceptera, ou refusera, de payer à Moscou.
Dans ce jeu, la France occupe une position inédite : évincée militairement et politiquement depuis 2021, elle demeure le troisième partenaire commercial déclaré du pays et revient par l’humanitaire et la santé, pendant que la désillusion s’installe face à la prédation des supplétifs russes. Paris ne rivalise plus, il attend : sa présence résiduelle ressemble à un pari sur l’usure du protecteur rival.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Émirats arabes unis | Or non monnayé | ~79 M$ | ~69 % |
| Italie | Bois tropicaux | ~8 M$ | ~7 % |
| France | Bois, produits divers | ~6 M$ | ~6 % |
| Chine | Bois bruts et sciés | ~4 M$ | ~4 % |
| Gabon | Réexportations diverses | ~4 M$ | ~4 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, électronique, textiles | ~126 M$ | ~17 % |
| Cameroun | Carburants, alimentaire (corridor de Douala) | ~115 M$ | ~15 % |
| France | Médicaments, machines, agroalimentaire | ~83 M$ | ~11 % |
| Côte d’Ivoire | Produits raffinés, biens de consommation | ~48 M$ | ~6 % |
| Japon | Véhicules d’occasion | ~38 M$ | ~5 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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