Botswana
Le Botswana est le bon élève du continent qui découvre les limites de la rente.
Environ 2,6 millions d'habitants sur 581,730 km², un territoire un peu plus vaste que la France métropolitaine, l'un des moins densément peuplés du monde. À l'indépendance, en 1966, le Botswana comptait parmi les pays les plus pauvres du monde. Soixante ans plus tard, il est devenu un pays à revenu intermédiaire, réputé pour l'une des gouvernances les plus solides du continent. Le secret tenait en un mot : diamant.
Ce mot est devenu le problème. La demande de diamants naturels a reculé, sous l'effet combiné du ralentissement mondial, de la faiblesse de certains marchés asiatiques, de l'ajustement des stocks et de la concurrence croissante des pierres de laboratoire. L'économie s'est contractée deux années de suite. Le pays qui avait échappé à la malédiction des ressources découvre qu'une rente bien gérée reste une rente.
Le pays a changé de pouvoir par les urnes en 2024 sans heurt. Mais le diamant fait l'essentiel de ses exportations et une large part du budget de l'État.
La diplomatie et la gouvernance progressent ; l'économie, l'industrie et l'autonomie reculent sous le choc du diamant.
Aucune diversification engagée depuis dix ans n'a réduit la dépendance au diamant de façon significative.
Un produit dehors, un voisin dedans
Ce qui décrit le pays
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Émirats arabes unis | Diamants | ~35,6 % |
| 2 | Inde | Diamants | ~23,6 % |
| 3 | Belgique | Diamants | ~16,1 % |
| 4 | Afrique du Sud | Cuivre, produits divers | ~5,7 % |
| 5 | Chine | Cuivre | ~5,5 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Afrique du Sud | Carburants, machines, aliments | ~62,1 % |
| 2 | Namibie | Produits divers, réexportations | ~6,6 % |
| 3 | Mozambique | Produits divers | ~5,9 % |
| 4 | Chine | Machines, électronique, textiles | ~5,2 % |
| 5 | Canada | Diamants à réexporter, métaux | ~3 % |
Trois tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle↘Deux années de récession, un budget qui dérape.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↘Une industrie organisée autour du tri du diamant.+
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelle→Un investissement humain réel, sans emplois au bout.+
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte↗Une réputation devenue capital diplomatique.+
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle→Du charbon, du soleil, et une centrale en panne.+
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte→Un territoire sûr, une petite armée sans ennemi.+
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Un premier satellite, une recherche mince.+
VIIIGouvernance et institutionsRésilient sous contrainte↗Une gouvernance éprouvée par les urnes.+
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle↘Un pays souverain dans ses choix, captif de son produit.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Cinq appuis, cinq fissures
Une réputation transformée en capital
Le Botswana affiche la corruption perçue la plus faible d'Afrique subsaharienne continentale, et son alternance de 2024 s'est jouée dans les urnes, pas dans la rue.
Cette réputation lui ouvre les portes des bailleurs, des investisseurs et des chancelleries.
La mine la plus riche du monde, et l'ambition d'en garder la main
La mine de Jwaneng reste considérée comme la plus riche du monde en valeur, et les licences de Debswana ont été prolongées jusqu'en 2054.
L'accord de février 2025 augmente la part du diamant brut vendue par l'État, avec une trajectoire assumée vers un partage à parts égales.
En juillet 2026, face à l'acquéreur choisi par Anglo American pour De Beers, Gaborone étudie s'il exercera son droit de préemption, seul ou avec un partenaire, selon Reuters.
Une prudence budgétaire ancienne
Le pays s'est historiquement interdit de dépasser une dette de 40 % du PIB, bien en dessous de la cible régionale.
Mesurée garanties comprises, la dette a franchi ce plafond en 2025 ; celle de l'administration centrale reste autour d'un quart à un tiers du PIB.
Cette discipline distingue encore Gaborone de capitales voisines beaucoup plus endettées.
Un carrefour que la géographie n'a pas condamné
Membre de l'union douanière d'Afrique australe et de la SADC, le pays ouvre son petit marché à celui d'une région entière.
Le pont de Kazungula, ouvert en 2021, le relie directement à la Zambie, sans passer par le Zimbabwe.
Enclavé, le pays a fait de sa position centrale un atout logistique plutôt qu'un isolement.
Un tourisme rare, que nul laboratoire ne copie
Le delta de l'Okavango et le parc de Chobe font du Botswana une référence du tourisme de nature à haute valeur.
Contrairement au diamant, ce revenu ne peut pas être fabriqué ailleurs à moindre coût.
Un seul produit tient le budget
Les diamants font l'essentiel des exportations et environ un tiers des recettes de l'État, une concentration parmi les plus élevées au monde.
Les pierres de synthèse, bien moins chères, occupent désormais près de la moitié du marché américain des bagues de fiançailles.
Aucune diversification engagée depuis dix ans n'a réduit cette dépendance de façon significative.
Une jeunesse nombreuse et sans emploi
Les jeunes sont bien plus touchés par le chômage que le reste de la population active.
Les inégalités, parmi les plus fortes du monde, contredisent la prospérité moyenne affichée.
Cette jeunesse en attente est le principal terrain d'épreuve de la nouvelle coalition.
Des finances publiques qui se dégradent vite
La dette a bondi de plus de sept points de PIB en un an, et les agences de notation ont abaissé leur jugement.
Le Pula Fund, le fonds souverain, a nettement baissé en une décennie, selon des estimations qui divergent.
En septembre 2025, le gouvernement a créé un nouveau fonds souverain, chargé de restructurer les entreprises publiques et de financer la diversification.
La lumière reste importée
Morupule B a coûté au pays plus de 18 milliards de pula d'importations d'électricité depuis 2013.
Début 2025, la défaillance de plusieurs unités a de nouveau contraint le pays à importer massivement depuis l'Afrique du Sud.
Le solaire progresse, mais son décollage industriel ne date que de 2025.
Un État providence sous tension
L'état d'urgence sanitaire d'août 2025 a montré qu'un budget en difficulté touche d'abord les hôpitaux.
La réponse au VIH, longtemps une fierté, est devenue un coût permanent que la baisse de la rente rend plus lourd.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Duma Boko et sa coalition, l'UDC, ont mis fin en 2024 à cinquante-huit ans de pouvoir du BDP, jamais battu depuis l'indépendance.
L'exécutif reste concentré autour de la présidence, selon une tradition antérieure à l'alternance, mais le Parlement, la justice et l'agence anticorruption exercent un contrôle réel.
La coalition réunit des partis longtemps rivaux ; son premier grand test est un budget d'austérité.
Le premier budget de la coalition a dû composer avec une récession, un déficit proche d'un dixième du PIB et une rente en chute : l'alternance a hérité du choc au moment même où elle prenait le pouvoir.
À l'extérieur
Enclavé, le Botswana dépend de l'Afrique du Sud pour l'essentiel de ses importations, ses ports et une partie de son électricité.
À l'autre bout de la chaîne, son diamant se vend sur des places, Dubaï, Bombay, Anvers, où Gaborone n'a aucune prise sur les prix.
Pour reprendre la main sur De Beers, le pays envisage des capitaux émiratis et omanais : il troquerait un actionnaire minier londonien contre des financeurs du Golfe.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Importations et ports | Afrique du Sud | ●●●●● | Plus de 60 % des importations, l'accès à la mer et une part de l'électricité. |
| Diamant | Anglo American, De Beers | ●●●● | L'actionnaire industriel de Debswana, dont la part est en vente. |
| Énergie | Chine | ●●● | La centrale de Morupule B et un commerce en forte croissance. |
| Négoce | Émirats, Inde, Belgique | ●●● | Les places où se vend l'essentiel du diamant. |
| Commerce et normes | Union européenne | ●●● | Deuxième partenaire commercial, financements de la diversification. |
| Douane | États-Unis | ●● | Un tarif de 37 % imposé en 2025, pour une exposition directe faible. |
| Entreprises | France | ●● | Une quinzaine de filiales, dont Orange et TotalEnergies. |
Ce que la géographie impose
Ce qui explique la tension
La rente qui protégeait devient la rente qui expose
Pendant cinquante ans, le diamant a financé les écoles, les routes et les réserves.
La même rente rend aujourd'hui le pays otage d'un marché mondial que Gaborone ne maîtrise pas.
Reprendre De Beers, c'est changer de dépendance
Pour financer une participation majoritaire, le pays envisage des capitaux du Golfe.
L'autonomie stratégique se construirait alors sur une nouvelle dépendance plutôt que sur une indépendance financière.
L'alternance, un test grandeur nature
Le Botswana était crédité d'institutions solides sans les avoir vues fonctionner sous la pression d'un changement de pouvoir.
En 2024, les urnes ont tranché et le pouvoir sortant s'est incliné.
Le voisin, planche de salut et talon d'Achille
L'Afrique du Sud fournit les importations, les ports et une partie du courant.
Chaque crise sud-africaine, énergétique, logistique ou commerciale, se transmet sans filtre.
Une seule sortie, une deuxième à l'étude
Pour le fret maritime, le rail botswanais dépend principalement des corridors et des ports sud-africains, que les ministres disent engorgés ; la route transkalahari mène à Walvis Bay depuis 1998, mais par camion.
Le chemin de fer transkalahari vers ce port namibien a franchi en juillet 2026 l'étape de la faisabilité : il reste à trouver plus de 16 milliards de dollars.
Le soleil abondant, la volonté rare
Le pays dispose d'un ensoleillement parmi les plus forts du monde et n'a mis en service son premier grand parc solaire qu'en 2025.
La ressource ne manquait pas ; la priorité budgétaire, si.
La réputation protège l'image, pas le budget
La meilleure note du continent pour la corruption perçue attire les éloges.
Elle n'a empêché ni la dette de bondir, ni les réserves de fondre.
Une fierté sanitaire devenue un passif
La réponse au VIH a longtemps été citée en exemple.
Son coût permanent pèse d'autant plus que la rente baisse, et les pénuries de 2025 l'ont rappelé.
Le tourisme qu'on somme de remplacer le diamant
Le secteur pèse depuis trente ans autour d'un vingtième du PIB, et son modèle de conservation s'appuyait sur des financements extérieurs en repli.
Le pays cherche à faire payer la nature au moment où il peine à l'entretenir seul.
Ce qui changerait la donne
Le diamant se redresse durablement
Une reprise confirmée de la demande desserrerait d'un coup l'étau budgétaire et reconstituerait les réserves.
Le Botswana prend le contrôle de De Beers
Une participation majoritaire financée donnerait au pays davantage de contrôle sur la production, la vente et la part de valeur captée, sans lui donner la maîtrise du prix mondial.
La dette de l'État central franchit durablement 40 % du PIB
Mesurée garanties comprises, la dette a déjà dépassé ce seuil ; un dépassement durable par l'administration centrale elle-même marquerait la fin d'une prudence budgétaire revendiquée comme un totem national.
Morupule B tient enfin ses promesses
Une centrale stabilisée mettrait fin à quinze ans de pannes et à la facture des importations d'électricité.
La coalition se fracture
Des partis rivaux réunis par l'alternance pourraient ne pas résister à un premier budget d'austérité.
À cinq ans · 2026-2031
Le diamant repris en main
Le marché se stabilise, le Botswana prend le contrôle de De Beers, la centrale fonctionne.
La dette se stabilise sous le plafond, au prix d'une discipline budgétaire impopulaire.
Une rente qui s'étiole lentement
Le marché reste déprimé sans s'effondrer ; le pays obtient une part accrue de De Beers sans le contrôler.
La dette élargie se maintient autour du plafond, et la diversification progresse trop lentement.
Le plafond franchi
La demande continue de reculer, la prise de contrôle échoue, la dette dépasse durablement le plafond.
L'austérité fait éclater la coalition avant l'échéance électorale.
Racheter la maison qui le fait vivre
Pour la première fois depuis l'indépendance, le Botswana peut acheter l'entreprise qui exploite sa richesse. Le droit de le faire, il l'a ; les moyens, il les emprunterait. La décision de la fin de 2026 dira si le pays reprend sa rente en main ou s'il se contente de changer de créancier.
Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait un rachat de De Beers financé et bouclé qui donnerait au Botswana la majorité.
Le Botswana a tout pour réussir, sauf un second produit.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 2,8. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 2,824.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,8 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : le Pula Fund est estimé différemment selon les sources ; les parts du commerce viennent des statistiques officielles d'avril 2025.
Afrique australe : les fiches Forces & Failles. Afrique du Sud · Angola · Botswana · Eswatini · Lesotho · Malawi · Mozambique · Namibie · Zambie · Zimbabwe · Tout le continent
Le Botswana a longtemps incarné, aux yeux du monde, l’exception africaine : un pays pauvre à l’indépendance devenu, grâce à une gestion prudente de sa rente diamantaire, l’un des mieux gouvernés du continent. Cette image s’est fissurée entre 2024 et 2026. Le recul de la demande mondiale de diamants naturels, sous l’effet combiné du ralentissement mondial, de la faiblesse de certains marchés asiatiques, de l’ajustement des stocks et de la concurrence croissante des pierres synthétiques, a plongé l’économie dans deux années de contraction consécutives.
Le choc a d’abord été budgétaire. La dette publique a bondi de 33,1 % à 40,7 % du produit intérieur brut en une seule année, les réserves de change sont tombées à 4,4 mois d’importations et les agences de notation ont abaissé leur jugement sur la signature botswanaise. Il a ensuite été politique : en octobre 2024, les électeurs ont mis fin à cinquante-huit années ininterrompues de pouvoir du Parti démocratique botswanais, portant à la présidence Duma Boko et sa coalition, dans un scrutin salué comme un modèle de transition pacifique. Le pays conserve, à travers cette épreuve, sa réputation d’État bien gouverné ; sur la corruption perçue, il obtient 58 points sur 100 à l’indice de perception de la corruption, le meilleur score d’Afrique subsaharienne continentale.
Le coussin qui absorbait autrefois ces à-coups s’amenuise. Le Pula Fund, le fonds souverain constitué depuis les années 1990 sur les recettes diamantaires, est retombé à environ 3,5 à 3,8 Mds $ fin 2024, contre près de 6,9 Mds $ en 2013. En août 2025, la pénurie de médicaments dans les hôpitaux publics a contraint le président Boko à déclarer l’état d’urgence sanitaire, signe tangible d’un budget de l’État qui ne suit plus. Le gouvernement a répliqué en septembre 2025 par un nouveau fonds souverain, chargé de restructurer les entreprises publiques et de financer la diversification.
Le nouveau gouvernement mise sur deux leviers pour desserrer l’étau : diversifier l’économie hors du diamant, vers le tourisme de nature et les services, et reprendre la main sur le diamant lui-même en visant une participation majoritaire dans De Beers, dont Anglo American cherche à se séparer après y avoir passé plus de 6,8 Mds $ de pertes comptables en trois ans. En juillet 2026, Anglo American a retenu un acquéreur privilégié, le Global Diamond Consortium ; le Botswana, qui détient 15 % de De Beers et un droit de préemption, peut s’aligner sur l’offre, seul ou avec un partenaire, pour une conclusion visée au quatrième trimestre 2026, selon Reuters. Le Botswana n’est pas fragile parce qu’il manque d’institutions : il est fragile parce que ses meilleures institutions ne suffisent plus à compenser une rente que la chimie industrielle est en train de rendre obsolète.
Gaborone revendique, et obtient, une réputation de meilleur élève de la gouvernance africaine : transparence, alternance pacifique, discours volontariste sur l’autonomie stratégique face à Anglo American. Dans le même temps, son économie reste l’une des plus concentrées sur un seul produit au monde, avec un budget de l’État qui dépend pour un tiers des recettes diamantaires et des recettes douanières de la SACU.
Cette tension traverse la stratégie De Beers elle-même : pour reprendre la main sur son diamant, Gaborone négocie avec des fonds souverains émiratis et omanais, c’est-à-dire qu’elle troque une dépendance, celle envers un actionnaire minier londonien, contre une autre, celle envers des capitaux du Golfe. L’autonomie affichée se construit, pour l’instant, sur de nouveaux partenaires extérieurs plutôt que sur une indépendance financière réelle.
| Pays | Produits | Poids |
|---|---|---|
| Émirats arabes unis | Diamants | ~35,6 % |
| Inde | Diamants | ~23,6 % |
| Belgique | Diamants | ~16,1 % |
| Afrique du Sud | Cuivre, produits divers | ~5,7 % |
| Chine | Cuivre | ~5,5 % |
| Pays | Produits | Poids |
|---|---|---|
| Afrique du Sud | Carburants, machines, denrées | ~62,1 % |
| Namibie | Produits divers, réexportations | ~6,6 % |
| Mozambique | Produits divers | ~5,9 % |
| Chine | Machines, électronique, textiles | ~5,2 % |
| Canada | Diamants (réexportation), métaux | ~3 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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