Cap-Vert
Le Cap-Vert prouve que la gouvernance peut suppléer l'absence de ressources, et il montre aussi la limite de cette substitution : elle crée de la stabilité et de la confiance, jamais de l'énergie, de l'industrie ou une capacité maritime autonome.
530,000 habitants sur dix îles volcaniques de l'Atlantique, à 650 kilomètres du continent, sans pétrole, sans minerai et presque sans eau douce naturelle. Et pourtant la meilleure note de gouvernance d'Afrique de l'Ouest de cette série, et le deuxième score de robustesse de la région.
En mai 2026, le Parti africain pour l'indépendance a mis fin à dix ans de pouvoir du Mouvement pour la démocratie.
Francisco Carvalho a prêté serment le 19 juin, du même bord que le président José Maria Neves pour la première fois depuis l'élection présidentielle de 2021. Cinq années de cohabitation se sont achevées sans le moindre incident.
Ce qui décrit le modèle
Un pays qui a tout construit sans rien avoir
Dix îles volcaniques sans minerai, sans pétrole et presque sans eau douce ont bâti la gouvernance la mieux notée d'Afrique de l'Ouest et une alternance sans incident depuis trente-cinq ans. Tout repose sur deux flux de devises : les touristes qui viennent et les émigrés qui envoient.
Elle monte, et sans ambiguïté. Cinq piliers sur neuf progressent depuis 2020, aucun ne recule. Le choc sanitaire est effacé, la dette baisse, les renouvelables s'installent. Mais aucune de ces avancées n'a encore changé ce dont le pays dépend : elle rend la dépendance plus supportable, pas moins réelle.
L'amortisseur et le moteur sont le même objet. Quand le tourisme tombe, il emporte à la fois la croissance, les recettes en devises et l'emploi, et il n'existe aucun second secteur pour absorber le coup. Les institutions tiendront, comme elles ont tenu en 2020 ; elles ne produisent ni énergie, ni industrie, ni recettes de substitution.
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Qui achète, qui fournit, et pour combien
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Espagne | Poisson, conserves | ~25 M$ | ~45 % |
| Portugal | Poisson, sel, artisanat | ~12 M$ | ~22 % |
| Italie | Poisson, conserves | ~6 M$ | ~11 % |
| États-Unis | Poisson et produits de la mer | ~5 M$ | ~9 % |
| Pays-Bas | Poisson, crustacés | ~3 M$ | ~5 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Portugal | Alimentaire, machines, véhicules, médicaments | ~500 M$ | ~40 % |
| Espagne | Alimentaire, carburants, machines | ~110 M$ | ~9 % |
| Chine | Électronique, machines, textile, matériaux | ~60 M$ | ~5 % |
| Pays-Bas | Carburants raffinés, agroalimentaire | ~60 M$ | ~5 % |
| États-Unis | Céréales, aéronefs, machines | ~25 M$ | ~2 % |
Ce qui a bougé depuis 2020
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d’œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle↗La reprise est acquise ; la dette qui l’absorbe ne l’est pas encore.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant→La note la plus basse de la fiche mesure une absence, pas un échec.+
IIIDémographie et capital humainRésilient sous contrainte↗Le pays forme bien et retient mal : son capital humain part ailleurs.+
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte→Un statut européen unique vaut mieux qu’un grand réseau d’ambassades.+
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle↗La bascule est financée, elle n’a pas encore changé le mélange électrique.+
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte→Le territoire est tenu ; la mer qui l’entoure est surveillée par d’autres.+
VIIInnovation et savoirSous tension structurelle↗Une stratégie n’est pas un écosystème, et un parc sans chercheurs est un bâtiment.+
VIIIGouvernance et institutionsRésilient sous contrainte↗La meilleure gouvernance de la région, et une limite de moyens plutôt qu’un recul.+
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle→La note est plafonnée par la règle, pas par l’appréciation.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
La démocratie comme actif matériel
Trente-cinq ans sans coup d'État, une justice indépendante, une presse libre, et une alternance en mai et juin 2026 qui a changé de gouvernement sans le moindre incident. Le pays est deuxième d'Afrique à l'indice de perception de la corruption de Transparency International.
Cette qualité n'est pas qu'un satisfecit moral : c'est ce qui permet à un archipel sans rente d'emprunter à des conditions concessionnelles, d'accepter des programmes du Fonds monétaire par discipline plutôt que sous contrainte, et de garder un partenariat européen que personne d'autre en Afrique ne détient.
L'écart avec le voisinage se mesure désormais en personnes. Le Sénégal a promulgué le 31 mars 2026 une loi portant à cinq ou dix ans de prison les peines encourues pour les relations entre personnes de même sexe ; l'homosexualité n'est plus punie dans l'archipel depuis 2004, et la presse a documenté des départs vers les îles. Aucun décompte de ces départs n'existe.
Le tourisme atlantique est devenu un pilier à part entière
Quatrième année consécutive de croissance, un taux d'occupation des lits passé de 52 % en 2022 à 72 % en 2025, et l'entrée dans les revenus intermédiaires supérieurs le 1er juillet 2025, portée par cette seule dynamique.
La concentration est son revers et sa force : trois marchés européens fournissent plus de la moitié des arrivées, et deux îles, Sal et Boa Vista, en accueillent plus de 80 %. Une telle densité rend l'investissement hôtelier rentable là où il se fait, et l'archipel vulnérable partout ailleurs.
La diaspora est le second moteur, et il ne suit pas le premier
Environ 800,000 Capverdiens vivent à l'étranger, davantage que la population résidente, au Portugal, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en France. Leurs transferts sont stables et contracycliques : quand le tourisme tombe, eux ne tombent pas.
Elle ne renvoie pas que de l'argent. En 2026, pour sa première participation à une Coupe du monde, le Cap-Vert a atteint les seizièmes de finale et n'a cédé que devant l'Argentine, 3-2 après prolongation, avec une sélection composée pour l'essentiel de joueurs issus de l'émigration, pour un pays sans championnat professionnel domestique.
Le sélectionneur est parti deux mois plus tard entraîner au Maroc.
Un modèle à guichet unique : quand le tourisme tousse, tout tousse
En 2020, l'arrêt du tourisme a provoqué la chute la plus sévère de l'histoire économique du pays. Le secteur pèse encore jusqu'à 31 % de la production et 40 % des emplois.
L'amortisseur et le moteur sont ici le même objet, ce qui est la définition d'un risque non couvert. La dette publique, en recul continu depuis le pic sanitaire, n'est pas encore revenue au niveau où sa charge cesserait d'absorber la marge budgétaire avant qu'elle serve à autre chose.
Rien sous les pieds : ni eau, ni pétrole, ni industrie
Les ressources naturelles en eau douce sont parmi les plus faibles au monde : quelques nappes, des pluies rares et irrégulières, aucun cours d'eau pérenne.
L'approvisionnement des principales îles repose donc majoritairement sur le dessalement, un procédé énergivore. Il faut de l'énergie pour obtenir de l'eau, et quatre cinquièmes de l'électricité viennent de produits pétroliers importés.
Trois quarts à cinq sixièmes de l'alimentation sont importés. La sécurité hydrique et la sécurité alimentaire sont donc, l'une comme l'autre, indexées sur la facture pétrolière, sans couverture ni stock stratégique.
Sur plusieurs plages, des femmes extraient à la main le sable noir volcanique et le vendent à des acheteurs non déclarés. Aucun chiffre public ne mesure ce prélèvement, et c'est précisément le problème.
Une jeunesse qui part, une mer que d'autres surveillent
Le pays forme bien et retient mal : ce sont les compétences formées qui s'en vont, au moment même où le secteur moteur en manque. Le tourisme prospère pendant que la jeunesse émigre, et l'été 2026 a documenté des familles déstructurées par le départ sans qu'aucun chiffrage permette d'en mesurer l'ampleur.
Au large, la position atlantique fait de l'archipel un point de transit pour la cocaïne venue d'Amérique du Sud. Une garde côtière professionnalisée mais réduite doit surveiller une zone maritime immense avec des moyens que ses partenaires équipent et financent. La surveillance existe ; l'autonomie de la surveillance, non.
Qui décide, qui contraint
À l'intérieur
À l'extérieur
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Fourniture et monnaie | Portugal | ●●●● | Environ 40 % des importations, et l'ancrage de l'escudo à l'euro garanti par le Trésor portugais. Le filet macroéconomique du pays repose sur un seul partenaire. |
| Financement et norme | Union européenne | ●●●● | Partenariat spécial unique en Afrique depuis 2007, accord de pêche reconduit jusqu'en 2029, financements Global Gateway de 300 millions d'euros en 2024. |
| Recettes touristiques | Royaume-Uni | ●●● | Premier marché touristique avec 349,245 visiteurs en 2025, soit 29 % des arrivées, et des investissements hôteliers sur Sal et Boa Vista. |
| Sécurité maritime | États-Unis | ●● | Coopération anti-narcotrafic appuyée sur la base aérienne de Sal, point d'appui sur le couloir atlantique de la cocaïne, partagé avec l'Union européenne et le Royaume-Uni. |
| Guichet budgétaire | Fonds monétaire international | ●● | Deux programmes actifs, acceptés par choix de discipline. La dette est jugée soutenable mais maintenue en risque élevé de surendettement. |
| Infrastructure et technologie | Chine | ●● | Accords de coopération économique et technique, investissements dans la zone économique spéciale technologique, la santé et le tourisme. Aucun accord de libre-échange n'est établi. |
| Tourisme et diaspora | France | ● | Quatrième marché touristique mondial avec 120,808 visiteurs en 2025, une diaspora installée de longue date, et l'Agence française de développement comme canal de coopération. Aucun levier politique. |
Ce qui changerait réellement le diagnostic
La dette publique repasse durablement sous 95 % de la production
Le recul est engagé depuis le pic sanitaire, mais il n'a pas encore rendu au budget la marge que la charge de la dette lui prend. Sous ce seuil, et sans que les réserves s'érodent pour y parvenir, l'économie et la finance cessent d'être le frein du dossier.
Les renouvelables dépassent le tiers du mélange électrique
Le parc s'étend, huit centrales solaires sont programmées et l'argent européen est arrivé. Rien de tout cela n'a encore changé la part du pétrole. Le jour où elle passe sous les deux tiers, la chaîne qui lie l'eau potable au prix du baril se desserre pour la première fois.
Le tourisme s'installe ailleurs que sur Sal et Boa Vista
Deux îles concentrent plus de 80 % des arrivées. Une troisième destination qui atteindrait une part significative changerait la nature du risque : le pays cesserait d'avoir un seul point d'entrée physique pour sa principale recette.
Des entreprises numériques capverdiennes exportent réellement leurs services
Le parc technologique existe, les stratégies sont écrites, les financements sont là. Il manque la seule chose qui compte : un flux de recettes extérieures venu d'ailleurs que du tourisme et de la pêche. Ce serait le premier début de diversification depuis l'indépendance.
Le narcotrafic passe du transit à l'implantation
L'archipel est aujourd'hui un point de passage sur le couloir atlantique, non une base.
Le basculement s'est vu ailleurs sur la même route : il se reconnaît à la corruption d'agents, à la violence entre réseaux et à l'apparition d'une économie locale de la drogue. Aucun de ces signes n'est documenté à ce jour.
Un choc touristique de deux trimestres consécutifs
Récession européenne, durcissement des conditions d'entrée, événement sanitaire : peu importe la cause.
Deux trimestres de recul des arrivées suffisent à faire repasser la balance courante dans le rouge et à interrompre la baisse de la dette, parce que l'amortisseur et le moteur sont ici le même objet.
Trois chemins à cinq ans
La diversification commence enfin à se voir
Le gouvernement Carvalho tient la trajectoire budgétaire, la dette passe sous 95 %, les renouvelables franchissent le tiers du mélange électrique, et le tourisme trouve une troisième île. L'archipel commence à tirer quelque chose de sa zone maritime.
La réduction de la dette restreint toutefois l'espace disponible pour les dépenses sociales et oblige le gouvernement à expliciter ses arbitrages. Le Cap-Vert confirme alors son statut de référence continentale, avec une économie qui n'est plus adossée à un seul secteur.
La trajectoire actuelle se prolonge, et c'est déjà beaucoup
Le tourisme reste robuste et reste concentré. La dette continue de baisser lentement, sans franchir le seuil qui libérerait le budget. Les renouvelables progressent sans changer encore la dépendance énergétique, et le parc technologique produit des annonces plutôt que des exportations.
Les institutions restent parmi les meilleures du continent et l'alternance se répète sans incident. Le pays conserve sa note, autour de 2,8 : il ne se dégrade pas, il ne franchit pas non plus le seuil de résilience.
Le guichet unique se referme
Un choc touristique de deux trimestres fait chuter les recettes en devises. La balance courante repasse dans le rouge, la dette repart à la hausse faute de marge budgétaire, et les programmes du Fonds monétaire cessent d'être un choix de discipline pour devenir une contrainte.
Une sécheresse prolongée ou un cyclone sur Sal ou Boa Vista aggraverait mécaniquement la trajectoire, en frappant au même endroit la recette et l'eau. Les institutions tiendraient, comme elles ont tenu en 2020 ; elles ne produiraient toujours ni énergie, ni industrie.
Deuxième d'Afrique de l'Ouest, juste derrière la Côte d'Ivoire
La grille place le Cap-Vert juste derrière la Côte d'Ivoire, et elle les sépare pour des raisons inverses. La Côte d'Ivoire a l'économie, la profondeur productive et le poids régional, et une légitimité électorale qui se referme. Le Cap-Vert a les institutions, la confiance et l'alternance, et une économie qui tient sur un seul secteur.
Une lecture qui ne mesurerait que la qualité démocratique placerait l'archipel loin devant ; une lecture qui ne mesurerait que la taille le placerait loin derrière. La capacité à encaisser un choc les rapproche fortement, ce qui est précisément ce que cette série cherche à montrer.
Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait un recul des arrivées touristiques sur deux trimestres consécutifs sans reprise au troisième. Pas une mauvaise saison, pas un mois : une rupture de tendance que les transferts de la diaspora ne compenseraient pas, parce qu'ils amortissent un choc, ils ne remplacent pas une recette.
Méthodologie et sources
Le score mesure la capacité d'un pays à absorber un choc et à préserver sa liberté d'action. Il ne mesure ni le niveau de vie, ni la qualité démocratique prise isolément, ni la popularité d'un gouvernement. C'est pourquoi un pays remarquablement gouverné peut rester sous 3,0 : les institutions sont une ressource, elles ne créent ni ressources énergétiques, ni profondeur industrielle, ni capacité maritime autonome.
Il est la somme pondérée de neuf notes de piliers, chacune posée directement au dixième. Les poids ne sont pas égaux : quatre piliers comptent pour 13,5 % chacun, quatre autres pour 9 %, et le neuvième pour 10 %. Seul le score global fait l'objet d'un arrondi, et c'est ce score arrondi qui détermine le niveau : la somme pondérée donne ici 2,833, soit 2,8.
La note du pilier IX suit une règle commune aux 54 fiches de la série : elle est la moyenne arithmétique de cinq sous-indicateurs, plafonnée à 2,5 dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Ici deux le sont, et le plafond s'applique.
Les données sont arrêtées au 14 septembre 2026 et le document a été révisé le 15 septembre 2026. Ces deux dates ne se confondent pas : la première dit jusqu'où court l'observation, la seconde quand le texte a été corrigé. La fenêtre a été portée du 11 juillet au 14 septembre sur un dépôt de presse de douze sujets, et l'examen n'a conclu au mouvement d'aucune note.
En 2025, le Cap-Vert a battu tous ses records de fréquentation, avec une balance courante positive pour la deuxième année consécutive, et l’entrée officielle, le 1er juillet 2025, dans le club des pays à revenu intermédiaire supérieur.
Mais l’archipel a aussi changé de visage politique. Le 17 mai 2026, le Parti africain pour l’indépendance du Cap-Vert (PAICV) a mis fin à dix années de pouvoir du Mouvement pour la démocratie : Francisco Carvalho a prêté serment comme Premier ministre le 19 juin, retrouvant le même camp que le président José Maria Neves, candidat à sa propre succession le 15 novembre.
Le paradoxe capverdien n’a pas changé de nature : un pays sans ressources naturelles, presque sans eau douce et sans industrie, qui porte malgré tout la meilleure note de gouvernance d’Afrique de l’Ouest de cette série. Le pays obtient 62 sur 100 à l’indice de perception de la corruption, le 2e score d’Afrique derrière les Seychelles, et figure parmi les toutes premières démocraties du continent. La diaspora capverdienne, plus nombreuse que la population résidente, envoie des transferts équivalant à 12 % du PIB : un second amortisseur structurel, distinct de celui du tourisme et de sens contraire, puisqu’il ne dépend pas du cycle touristique. Mais la solidité institutionnelle ne dissout pas les dépendances structurelles, au tourisme, à l’énergie importée, à la sécurité extérieure, qui plafonnent son autonomie stratégique.
Une eau douce parmi les plus rares au monde, aucun pétrole, aucun minerai, une agriculture viable sur une seule poignée d’îles. Et pourtant : trente-cinq ans de démocratie sans coup d’État, 62 sur 100 à l’indice de perception de la corruption, un rang de 2e pays d’Afrique le mieux noté juste derrière les Seychelles.
Ce n’est pas un paradoxe : c’est la démonstration que la qualité des institutions est elle-même une ressource, capable de compenser en partie l’absence de ressources naturelles. Mais elle ne dissout pas les dépendances réelles : le tourisme représente jusqu’à 31 % du PIB, l’électricité dépend à 80 % du pétrole importé, et la sécurité maritime repose sur l’équipement de partenaires étrangers. La gouvernance capverdienne gère brillamment des vulnérabilités qu’elle ne peut pas supprimer.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Espagne | Poisson, conserves | ~25 M$ | ~45 % |
| Portugal | Poisson, sel, artisanat | ~12 M$ | ~22 % |
| Italie | Poisson, conserves | ~6 M$ | ~11 % |
| États-Unis | Poisson et produits de la mer | ~5 M$ | ~9 % |
| Pays-Bas | Poisson, crustacés | ~3 M$ | ~5 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Portugal | Alimentaire, machines, véhicules, médicaments | ~500 M$ | ~40 % |
| Espagne | Alimentaire, carburants, machines | ~110 M$ | ~9 % |
| Chine | Électronique, machines, textile, BTP | ~60 M$ | ~5 % |
| Pays-Bas | Carburants raffinés, agroalimentaire | ~60 M$ | ~5 % |
| États-Unis | Céréales, aéronefs, machines | ~25 M$ | ~2 % |
Il occupe le 3e rang africain à l’indice Ibrahim de la gouvernance.
L’alternance de mai-juin 2026 a changé le gouvernement sans le moindre incident, trente-cinq ans après les premières élections libres.
L’écart de législation avec le continent se mesure désormais en personnes. L’homosexualité n’est plus punie dans l’archipel depuis 2004, et une enquête Afrobarometer y voit l’État le plus tolérant du continent en la matière. Le Sénégal a promulgué le 31 mars 2026 une loi portant à cinq ou dix ans de prison les peines encourues pour les relations entre personnes de même sexe, et la presse a documenté des départs vers l’archipel, à 650 kilomètres de Dakar.
Deux précautions s’imposent ici. Aucun décompte des personnes parties pour ce motif n’existe : les quelque 1,700 Sénégalais officiellement recensés au Cap-Vert sont des résidents, toutes causes confondues, et ce chiffre ne mesure pas le mouvement. Le fait entre donc comme un écart de législation devenu un motif de déplacement documenté, non comme un flux chiffré.
Une gouvernance dont l’écart avec le voisinage se compte en exilés accueillis en fait la démonstration plutôt que la promesse.
Trois marchés européens (Royaume-Uni, Portugal, Allemagne) fournissent plus de la moitié des arrivées, et deux îles seulement, Sal et Boa Vista, en concentrent plus de 80 %.
Le taux d’occupation des lits est passé de 52 % en 2022 à 72 % en 2025.
Le pays a intégré les revenus intermédiaires supérieurs le 1er juillet 2025, porté par cette dynamique.
Leurs transferts représentent environ 12 % du PIB, un flux stable et contracyclique.
Ce coussin financier complète le tourisme comme deuxième amortisseur macroéconomique de l’archipel.
La diaspora ne renvoie pas que de l’argent. En 2026, pour sa première participation à une Coupe du monde, le Cap-Vert a atteint les seizièmes de finale et n’a cédé que devant l’Argentine, 3-2 après prolongation. La sélection était composée pour l’essentiel de joueurs issus de l’émigration, pour un pays sans championnat professionnel domestique ni stade aux normes de la fédération internationale.
Le signal se dégonfle presque aussitôt : le sélectionneur Bubista est parti deux mois plus tard au RS Berkane marocain. Le succès collectif d’une micro-nation lui aura coûté son architecte.
L’indice de développement humain atteint 0,668, plaçant le pays au 135e rang mondial et au premier rang d’Afrique de l’Ouest.
Ces résultats ont été obtenus sans rente naturelle, par l’investissement public continu dans l’éducation et la santé.
Le secteur pèse encore jusqu’à 31 % du PIB et 40 % des emplois.
Depuis 2026, les ressortissants de 91 pays qui entraient sans visa préalable ou via un pré-enregistrement en ligne simplifié doivent désormais obtenir un visa avant le départ, une exigence administrative nouvelle qui fait planer un risque sur des flux jusque-là en croissance ininterrompue.
Elle atteint encore 110,2 % du PIB en 2024, en baisse continue mais toujours jugée à risque élevé de surendettement par le FMI et la Banque mondiale.
La dette reste toutefois majoritairement concessionnelle et les réserves de change couvrent 6,8 mois d’importations.
Les ressources naturelles en eau douce sont parmi les plus faibles au monde : quelques nappes, des pluies rares et irrégulières, aucun cours d’eau pérenne. L’approvisionnement des principales îles repose donc majoritairement sur le dessalement, un procédé énergivore qui lie directement la sécurité hydrique et alimentaire à la facture pétrolière.
L’industrie manufacturière reste résiduelle, hors conserveries de poisson et assemblage textile.
Le nouveau parc technologique et la cible de 50 % de renouvelables en 2030 ouvrent une trajectoire, mais partent d’une base très étroite.
Le titre vaut au pied de la lettre. Sur plusieurs plages, des femmes extraient à la main le sable noir volcanique et le vendent à des acheteurs non déclarés, pour la construction. Aucun chiffre public ne mesure ce prélèvement, et c’est précisément le problème : une ressource qui ne se reconstitue pas à l’échelle d’une vie humaine quitte le littoral sans qu’aucune comptabilité n’en garde trace. Faute de mesure, le fait n’entre pas dans la notation ; il entre dans la description.
La position atlantique du pays, entre Amérique du Sud et Europe, en fait un point de transit pour le trafic de cocaïne.
La garde côtière, professionnalisée mais réduite (0,5 à 0,6 % du PIB de budget), doit surveiller une zone économique exclusive de 734,000 km² et reste dépendante de la coopération portugaise, américaine et européenne pour le faire.
Le contraste est frontal : le tourisme prospère pendant que la jeunesse s’en va. L’été 2026 a documenté des familles déstructurées par le départ et des grossesses adolescentes nombreuses, sans qu’aucun chiffrage permette d’en mesurer l’ampleur. Le mécanisme, lui, est net : l’archipel exporte les jeunes qu’il a formés au moment même où son secteur moteur en manque.
Nouvelle exigence de visa (fin de l’entrée simplifiée pour 91 pays en 2026) freinant les arrivées.
Choc pétrolier durable, 80 % de l’électricité dépendant du pétrole importé.
Sécheresse prolongée ou cyclone sur Sal ou Boa Vista.
Intensification du narcotrafic atlantique.
Entrée dans les revenus intermédiaires supérieurs le 1er juillet 2025.
Réserves de change à 6,8 mois d’importations.
Alternance démocratique pacifique en mai et juin 2026.
Lancement du parc technologique et de la stratégie numérique nationale.
La fenêtre d’observation a été portée du 11 juillet au 14 septembre 2026, sur un dépôt de presse de douze sujets lus intégralement. L’examen n’a conclu au mouvement d’aucune note. Les faits entrés confirment les niveaux au lieu de les déplacer : un parcours sportif est un événement et la grille mesure une structure, et un écart de législation qui attire des réfugiés démontre une gouvernance déjà notée 3,8 au lieu de l’améliorer. Un sujet a été écarté, sans portée sur aucun des neuf piliers.
I · Économie et finance
Réserves de change à 6,8 mois d'importations.
Statut de pays à revenu intermédiaire supérieur depuis juillet 2025.
Inflation maîtrisée, ancrée à l'euro.
Déficit commercial structurel.
Recettes très dépendantes du tourisme.
Entreprises publiques sous tension budgétaire.
II · Industrie et technologie
Assemblage textile et chaussure pour l'exportation.
Zone économique spéciale technologique (ZEET) en construction.
Secteur de la construction dynamisé par le tourisme.
Quasi-totalité des biens d'équipement importés.
Aucune filière exportatrice diversifiée.
Dépendance totale aux chaînes d'approvisionnement étrangères.
III · Démographie et capital humain
Paludisme éradiqué par l'OMS en janvier 2024.
Croissance démographique maîtrisée.
Loi de parité de 2019 : 40 % de candidatures d'un même genre sur les listes électorales, 27 députées sur 72 dès 2021.
IDH en progression, premier rang d'Afrique de l'Ouest.
Chômage des jeunes proche de 40 %.
Émigration continue des compétences formées.
Femmes surreprésentées dans l'emploi informel et sous-représentées dans les postes de direction économique, malgré une scolarisation désormais proche de la parité.
Pression migratoire et trafics sur la route atlantique.
IV · Diplomatie, influence et information
Membre fondateur de la CEDEAO, de la CPLP et de l'Union africaine.
Morna inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO depuis 2019.
Partenariat de coopération sur mesure avec l'OTAN.
Influence continentale limitée hors de la sphère lusophone et ouest-africaine.
Poids diplomatique adossé presque entièrement à la crédibilité démocratique.
V · Énergie et ressources
Huit nouvelles centrales solaires programmées.
Zone économique exclusive halieutique de 734,000 km² sous-exploitée.
Financements européens Global Gateway pour l'énergie et les ports (300 M EUR, 2024).
Ressources naturelles en eau douce parmi les plus faibles au monde, approvisionnement assuré majoritairement par un dessalement énergivore.
75 à 85 % de l'alimentation importée.
Vulnérabilité directe aux prix mondiaux du pétrole.
VI · Défense et sécurité
Garde nationale et garde côtière professionnalisées.
Coopération maritime active avec le Portugal, les États-Unis et l'Union européenne.
Partenariat de coopération sur mesure avec l'OTAN, sans adhésion recherchée.
Budget de défense limité à 0,5 à 0,6 % du PIB.
Position de transit sur la route atlantique du narcotrafic, sur une zone économique exclusive de 734,000 km² à surveiller.
Capacités de projection ou de dissuasion quasiment nulles.
VII · Innovation et savoir
Stratégie nationale des données et cadre pour l'intelligence artificielle lancés en 2026.
Cofinancement de 20 millions de dollars de la Banque mondiale pour l'écosystème numérique.
Objectif de numérisation de 60 % des services publics d'ici 2026.
Start-up capverdiennes peinant à accéder au financement local, faute de capital-risque structuré.
Ingénieurs et développeurs qualifiés continuant de quitter l'archipel vers le Portugal ou les États-Unis.
Classement e-gouvernement autour du 111e rang mondial.
Cybersécurité encore au niveau basique, 4e palier sur 5 selon l'UIT.
Dépendance totale aux partenaires technologiques étrangers (Union européenne, Banque africaine de développement, Chine).
VIII · Gouvernance et institutions
3e rang africain à l'indice Ibrahim de la gouvernance.
Alternance démocratique pacifique en mai et juin 2026, sans incident depuis 1991.
Justice indépendante, presse libre, société civile active.
Pauvreté encore mesurée à environ 15 % de la population.
Capacités administratives limitées, propres à un micro-État, et base fiscale étroite.
Réformes des entreprises publiques encore lentes à aboutir, disparités persistantes entre les îles.
IX · Autonomie stratégique
Réserves de change couvrant 6,8 mois d'importations.
Démocratie souveraine, choix diplomatique assumé.
Programmes du FMI acceptés par choix de discipline, non par contrainte.
Sécurité maritime dépendante de l'équipement et du financement étrangers.
Escudo arrimé à l'euro sous garantie du Trésor portugais.
Alimentation et énergie très majoritairement importées.
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