SAPERE · Les Forces et les Failles · Cap-Vert · 2026-09-15
SAPERE · Les Forces et les FaillesCap-Vert · données arrêtées au 14 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026 · tendance depuis 2020
🇨🇻

Cap-Vert

Profil géopolitique

Le Cap-Vert prouve que la gouvernance peut suppléer l'absence de ressources, et il montre aussi la limite de cette substitution : elle crée de la stabilité et de la confiance, jamais de l'énergie, de l'industrie ou une capacité maritime autonome.

2,8/5Sous tension structurelle↗ amélioration nette depuis 2020

530,000 habitants sur dix îles volcaniques de l'Atlantique, à 650 kilomètres du continent, sans pétrole, sans minerai et presque sans eau douce naturelle. Et pourtant la meilleure note de gouvernance d'Afrique de l'Ouest de cette série, et le deuxième score de robustesse de la région.

En mai 2026, le Parti africain pour l'indépendance a mis fin à dix ans de pouvoir du Mouvement pour la démocratie.

Francisco Carvalho a prêté serment le 19 juin, du même bord que le président José Maria Neves pour la première fois depuis l'élection présidentielle de 2021. Cinq années de cohabitation se sont achevées sans le moindre incident.

Ce qui décrit le modèle

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres propres à l'archipel.
PIB nominal
~3,45 Mds $
2026 · 168e rang mondial sur 192 · Fonds monétaire international, avril 2026
PIB en parité de pouvoir d'achat
~6,77 Mds $
2026 · 169e rang mondial sur 192 · près du double du PIB nominal, l'écart habituel d'une économie de services importateurs
Exportations · poids mondial
<0,01 %
~750 M$ de biens et de services · les services, tourisme en tête, y pèsent plus de dix fois les biens
Importations · poids mondial
<0,01 %
~1,4 Md$ de biens · carburants, alimentaire, machines, soit l'essentiel de ce qui se consomme
Dette publique
110,2 %
du PIB en 2024, en recul continu depuis le pic sanitaire · Banque mondiale
Transferts de la diaspora
~12 %
du PIB · un flux stable et contracyclique, envoyé par une diaspora plus nombreuse que la population résidente
Zone économique exclusive
734,000 km²
sans commune mesure avec la surface terrestre, et presque entièrement inexploitée hors la pêche

Un pays qui a tout construit sans rien avoir

Où en est l'archipel, où il va, et ce qui céderait en premier.
La situation

Dix îles volcaniques sans minerai, sans pétrole et presque sans eau douce ont bâti la gouvernance la mieux notée d'Afrique de l'Ouest et une alternance sans incident depuis trente-cinq ans. Tout repose sur deux flux de devises : les touristes qui viennent et les émigrés qui envoient.

La trajectoire

Elle monte, et sans ambiguïté. Cinq piliers sur neuf progressent depuis 2020, aucun ne recule. Le choc sanitaire est effacé, la dette baisse, les renouvelables s'installent. Mais aucune de ces avancées n'a encore changé ce dont le pays dépend : elle rend la dépendance plus supportable, pas moins réelle.

La faille décisive

L'amortisseur et le moteur sont le même objet. Quand le tourisme tombe, il emporte à la fois la croissance, les recettes en devises et l'emploi, et il n'existe aucun second secteur pour absorber le coup. Les institutions tiendront, comme elles ont tenu en 2020 ; elles ne produisent ni énergie, ni industrie, ni recettes de substitution.

Ce qui entre, ce qui sort, et par où

Un archipel sans voisin terrestre : toutes ses dépendances passent par la mer ou par l'air.
Les flux qui entrent et sortent du Cap-Vert Cap-Vert 530,000 habitants CE QUI ENTRE CE QUI SORT Portugal · 40 % des importations Espagne · 9 % Chine et Pays-Bas · 5 % chacun Royaume-Uni · 29 % des arrivées France · 4e marché touristique Diaspora · transferts de devises Espagne · 45 % des exportations Portugal · 22 % Italie, États-Unis, Pays-Bas · 25 % déficit commercial structurel proche de 900 M$ comblé par le tourisme et les transferts biens importés devises entrantes : tourisme et transferts biens exportés
L'épaisseur du trait suit l'intensité du lien. Les flèches suivent le sens du flux, non celui de la dépendance.
Le déséquilibre est la structure même du modèle. L'archipel achète pour vingt fois ce qu'il vend en marchandises, et comble l'écart avec deux recettes invisibles dans une balance de biens : ce que dépensent les visiteurs et ce qu'envoient les absents. Aucune des deux ne se négocie, aucune des deux ne se stocke.

Qui achète, qui fournit, et pour combien

Les cinq premiers de chaque côté. Le schéma dit les liens, ces tableaux disent les montants.
5 premiers clients à l'exportation
PaysProduitsMontantPoids
EspagnePoisson, conserves~25 M$~45 %
PortugalPoisson, sel, artisanat~12 M$~22 %
ItaliePoisson, conserves~6 M$~11 %
États-UnisPoisson et produits de la mer~5 M$~9 %
Pays-BasPoisson, crustacés~3 M$~5 %
Exportations de biens seules, environ 50 à 70 M$, poids estimés sur une base de 55 M$. Le poisson et ses conserves font plus de 70 % du total : c'est une économie exportatrice d'un seul produit, vendu à quatre pays européens. La France n'est pas dans les cinq premiers clients, et ses échanges de biens avec l'archipel sont marginaux.
5 premiers fournisseurs à l'importation
PaysProduitsMontantPoids
PortugalAlimentaire, machines, véhicules, médicaments~500 M$~40 %
EspagneAlimentaire, carburants, machines~110 M$~9 %
ChineÉlectronique, machines, textile, matériaux~60 M$~5 %
Pays-BasCarburants raffinés, agroalimentaire~60 M$~5 %
États-UnisCéréales, aéronefs, machines~25 M$~2 %
Importations de biens, environ 1,1 à 1,4 milliard de dollars, montants estimés sur une base de 1,25 milliard. Un seul fournisseur pèse quatre dixièmes du total, et c'est le même pays qui garantit la monnaie. Le stock d'investissements étrangers accumulé avoisine 2,5 milliards de dollars selon la CNUCED, concentré dans l'hôtellerie et l'immobilier touristique ; les flux annuels se comptent en dizaines de millions.

Ce qui a bougé depuis 2020

Quatre mesures, et ce qu'elles disent que le texte ne répète pas.
Trois de ces quatre courbes vont dans le bon sens, et la quatrième explique pourquoi cela ne suffit pas. Un pays peut effacer un choc, rembourser sa dette et battre ses records de fréquentation tout en laissant partir la génération qui devait en profiter. La reprise s'est faite dans un secteur qui emploie beaucoup mais qualifie peu, et les compétences formées trouvent leur emploi ailleurs.

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
Les neuf piliers en un coup d’œil · niveau et tendance depuis 2020
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Résilient sous contrainte3,0-3,9→Diplomatie, influence et information 3,3→Défense et sécurité 3,0↗Gouvernance et institutions 3,8↗Démographie et capital humain 3,1
Sous tension2,5-2,9→Autonomie stratégique 2,5↗Économie et finance 2,8↗Énergie et ressources 2,6↗Innovation et savoir 2,6
Fragile et dépendant1,5-2,4→Industrie et technologie 1,8
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n’atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0) ; aucun pilier ne descend en « Défaillance critique » (1,0-1,4).
Cinq piliers progressent, quatre tiennent, aucun ne recule : c’est une trajectoire sans point de fuite, ce qui est rare dans la région. Les plus critiques restent industrie 1,8, puis autonomie stratégique 2,5 et énergie 2,6. Le score global de 2,8 est la somme pondérée des neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeSous tension structurelle↗La reprise est acquise ; la dette qui l’absorbe ne l’est pas encore.
Ce qui tient
Croissance revenue à un rythme soutenu depuis 2023, et réserves de change couvrant près de sept mois d’importations.
Franchissement en juillet 2025 du seuil des revenus intermédiaires supérieurs, porté par la remontée touristique.
Ce qui fragilise
La dette publique recule chaque année depuis le pic sanitaire, sans passer sous le seuil où sa charge cesse d’absorber la marge budgétaire.
Les recettes dépendent d’un secteur unique : l’amortisseur du pays est aussi son moteur, et les deux tombent ensemble.
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant→Sa note la plus basse mesure une absence, pas un échec.
Ce qui tient
La conserverie de poisson et l’assemblage textile font vivre les seules filières exportatrices de biens.
Le bâtiment tourne, tiré par la commande touristique, et la zone économique spéciale technologique sort de terre.
Ce qui fragilise
Dix îles volcaniques sans minerai, sans énergie propre et sans marché intérieur n’ont jamais eu de quoi bâtir une industrie.
La quasi-totalité des biens d’équipement arrive par bateau, ce qui rend toute production tributaire d’une chaîne qu’on ne maîtrise pas.
IIIDémographie et capital humainRésilient sous contrainte↗Le pays forme bien et retient mal : son capital humain part ailleurs.
Ce qui tient
Alphabétisation à 91 %, paludisme éradiqué et certifié par l’Organisation mondiale de la santé en janvier 2024.
Une loi de parité de 2019 a porté vingt-sept femmes sur soixante-douze au Parlement dès le scrutin suivant.
Ce qui fragilise
La diaspora dépasse la population résidente, l’un des ratios d’exode les plus extrêmes au monde.
Ce sont les compétences formées qui s’en vont, au moment où le secteur moteur du pays en manque.
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte→Un statut européen unique vaut mieux qu’un grand réseau d’ambassades.
Ce qui tient
Partenariat spécial avec l’Union européenne, unique en Afrique et actif sans interruption depuis 2007.
Membre fondateur de la CEDEAO et de la communauté lusophone, avec une morna inscrite à l’UNESCO en 2019.
Ce qui fragilise
L’appareil diplomatique et médiatique reste trop restreint pour peser hors de la sphère lusophone et ouest-africaine.
Le poids extérieur du pays tient presque entièrement à sa crédibilité démocratique, qui n’a pas de substitut.
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle↗La bascule est financée, elle n’a pas encore changé le mélange électrique.
Ce qui tient
Le parc éolien et solaire s’étend, huit centrales solaires sont programmées et les financements européens sont arrivés.
Une zone économique exclusive de 734,000 km² reste presque entièrement inexploitée hors la pêche.
Ce qui fragilise
Quatre cinquièmes de l’électricité viennent encore de produits pétroliers importés, sans couverture ni stock stratégique.
L’eau des principales îles se fabrique par dessalement : il faut de l’énergie pour obtenir de l’eau, et l’énergie s’importe.
VIDéfense et sécuritéRésilient sous contrainte→Le territoire est tenu ; la mer qui l’entoure est surveillée par d’autres.
Ce qui tient
Aucune insurrection, aucune zone hors contrôle, aucune contestation armée depuis l’indépendance.
Garde nationale et garde côtière professionnalisées, avec une coopération maritime active et ancienne.
Ce qui fragilise
Un budget de défense sous un point de produit intérieur brut n’achète aucune capacité d’action autonome.
La base aérienne de Sal rend la surveillance du couloir atlantique possible et en montre la dépendance dans le même geste.
VIIInnovation et savoirSous tension structurelle↗Une stratégie n’est pas un écosystème, et un parc sans chercheurs est un bâtiment.
Ce qui tient
Parc technologique inauguré en 2025, stratégie nationale des données et cadre pour l’intelligence artificielle lancés en 2026.
Cofinancement de vingt millions de dollars de la Banque mondiale pour l’écosystème numérique.
Ce qui fragilise
Une seule université publique, une recherche scientifique presque inexistante, aucun capital-risque local.
Les ingénieurs formés partent vers Lisbonne ou les États-Unis, ce qui vide la filière à mesure qu’elle se construit.
VIIIGouvernance et institutionsRésilient sous contrainte↗La meilleure gouvernance de la région, et une limite de moyens plutôt qu’un recul.
Ce qui tient
62 sur 100 à l’indice de perception de la corruption, deuxième rang africain, justice indépendante et presse libre.
Une alternance en mai et juin 2026 a changé de gouvernement sans le moindre incident, trente-cinq ans après les premières élections libres.
Ce qui fragilise
Une administration de micro-État et une base fiscale étroite bornent ce que les institutions peuvent exécuter.
Le coefficient de Gini situe les inégalités à 42,4, et les disparités entre îles ne se referment pas.
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle→La note est plafonnée par la règle du pilier IX, pas par l’appréciation.
Ce qui tient
Fiscalité sans rente minière ni pétrolière, et réserves couvrant près de sept mois d’importations.
Les programmes du Fonds monétaire international sont acceptés par discipline budgétaire, non sous contrainte.
Ce qui fragilise
Les recettes extérieures se concentrent sur un secteur unique, et la sécurité maritime dépend d’équipements étrangers.
L’escudo est arrimé à l’euro sous la garantie du Trésor portugais : la politique monétaire est donc fortement contrainte par cet arrimage.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Trois appuis, trois fractures

Ce que l'archipel peut opposer à un choc, et ce qui cède en premier.
Ce qui tient
FORCE 01

La démocratie comme actif matériel

Trente-cinq ans sans coup d'État, une justice indépendante, une presse libre, et une alternance en mai et juin 2026 qui a changé de gouvernement sans le moindre incident. Le pays est deuxième d'Afrique à l'indice de perception de la corruption de Transparency International.

Cette qualité n'est pas qu'un satisfecit moral : c'est ce qui permet à un archipel sans rente d'emprunter à des conditions concessionnelles, d'accepter des programmes du Fonds monétaire par discipline plutôt que sous contrainte, et de garder un partenariat européen que personne d'autre en Afrique ne détient.

L'écart avec le voisinage se mesure désormais en personnes. Le Sénégal a promulgué le 31 mars 2026 une loi portant à cinq ou dix ans de prison les peines encourues pour les relations entre personnes de même sexe ; l'homosexualité n'est plus punie dans l'archipel depuis 2004, et la presse a documenté des départs vers les îles. Aucun décompte de ces départs n'existe.

FORCE 02

Le tourisme atlantique est devenu un pilier à part entière

Quatrième année consécutive de croissance, un taux d'occupation des lits passé de 52 % en 2022 à 72 % en 2025, et l'entrée dans les revenus intermédiaires supérieurs le 1er juillet 2025, portée par cette seule dynamique.

La concentration est son revers et sa force : trois marchés européens fournissent plus de la moitié des arrivées, et deux îles, Sal et Boa Vista, en accueillent plus de 80 %. Une telle densité rend l'investissement hôtelier rentable là où il se fait, et l'archipel vulnérable partout ailleurs.

FORCE 03

La diaspora est le second moteur, et il ne suit pas le premier

Environ 800,000 Capverdiens vivent à l'étranger, davantage que la population résidente, au Portugal, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en France. Leurs transferts sont stables et contracycliques : quand le tourisme tombe, eux ne tombent pas.

Elle ne renvoie pas que de l'argent. En 2026, pour sa première participation à une Coupe du monde, le Cap-Vert a atteint les seizièmes de finale et n'a cédé que devant l'Argentine, 3-2 après prolongation, avec une sélection composée pour l'essentiel de joueurs issus de l'émigration, pour un pays sans championnat professionnel domestique.

Le sélectionneur est parti deux mois plus tard entraîner au Maroc.

Ce qui fissure
FAILLE 01

Un modèle à guichet unique : quand le tourisme tousse, tout tousse

En 2020, l'arrêt du tourisme a provoqué la chute la plus sévère de l'histoire économique du pays. Le secteur pèse encore jusqu'à 31 % de la production et 40 % des emplois.

L'amortisseur et le moteur sont ici le même objet, ce qui est la définition d'un risque non couvert. La dette publique, en recul continu depuis le pic sanitaire, n'est pas encore revenue au niveau où sa charge cesserait d'absorber la marge budgétaire avant qu'elle serve à autre chose.

FAILLE 02

Rien sous les pieds : ni eau, ni pétrole, ni industrie

Les ressources naturelles en eau douce sont parmi les plus faibles au monde : quelques nappes, des pluies rares et irrégulières, aucun cours d'eau pérenne.

L'approvisionnement des principales îles repose donc majoritairement sur le dessalement, un procédé énergivore. Il faut de l'énergie pour obtenir de l'eau, et quatre cinquièmes de l'électricité viennent de produits pétroliers importés.

Trois quarts à cinq sixièmes de l'alimentation sont importés. La sécurité hydrique et la sécurité alimentaire sont donc, l'une comme l'autre, indexées sur la facture pétrolière, sans couverture ni stock stratégique.

Sur plusieurs plages, des femmes extraient à la main le sable noir volcanique et le vendent à des acheteurs non déclarés. Aucun chiffre public ne mesure ce prélèvement, et c'est précisément le problème.

FAILLE 03

Une jeunesse qui part, une mer que d'autres surveillent

Le pays forme bien et retient mal : ce sont les compétences formées qui s'en vont, au moment même où le secteur moteur en manque. Le tourisme prospère pendant que la jeunesse émigre, et l'été 2026 a documenté des familles déstructurées par le départ sans qu'aucun chiffrage permette d'en mesurer l'ampleur.

Au large, la position atlantique fait de l'archipel un point de transit pour la cocaïne venue d'Amérique du Sud. Une garde côtière professionnalisée mais réduite doit surveiller une zone maritime immense avec des moyens que ses partenaires équipent et financent. La surveillance existe ; l'autonomie de la surveillance, non.

Qui décide, qui contraint

Une alternance sans crise institutionnelle, et des dépendances assumées.

À l'intérieur

Décision rapideLa Primature. Francisco Carvalho, maire de Praia, a prêté serment le 19 juin 2026 à la tête d'un gouvernement de dix-huit membres, après les législatives du 17 mai remportées avec 37 sièges sur 72.
Décision lenteLa réforme des entreprises publiques, la pauvreté résiduelle et les écarts entre îles. Trois chantiers que la stabilité institutionnelle n'a pas suffi à faire aboutir en dix ans.
Test politiqueL'élection présidentielle du 15 novembre 2026, où José Maria Neves brigue sa réélection, puis les premiers budgets du gouvernement Carvalho.

À l'extérieur

De quoi dépend le pays ?De l'Europe sur trois plans à la fois : elle est le premier bailleur, le premier marché touristique et le cadre normatif. Le Portugal y ajoute la garantie monétaire de l'escudo.
Quelles alternatives ?En construction, et lentes : les renouvelables, la zone économique spéciale technologique, et une zone maritime encore inexploitée. Aucune ne remplace le tourisme avant plusieurs années.
Choc externe actifLe prix du baril, qui commande à la fois l'électricité, l'eau dessalée et le transport des touristes. Un archipel importateur net subit trois fois la même hausse.
Ce que Praia peut opposerUne signature souveraine que personne ne conteste, un partenariat européen sans équivalent africain, et une diaspora plus nombreuse que la population résidente.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Fourniture et monnaiePortugal●●●●Environ 40 % des importations, et l'ancrage de l'escudo à l'euro garanti par le Trésor portugais. Le filet macroéconomique du pays repose sur un seul partenaire.
Financement et normeUnion européenne●●●●Partenariat spécial unique en Afrique depuis 2007, accord de pêche reconduit jusqu'en 2029, financements Global Gateway de 300 millions d'euros en 2024.
Recettes touristiquesRoyaume-Uni●●●Premier marché touristique avec 349,245 visiteurs en 2025, soit 29 % des arrivées, et des investissements hôteliers sur Sal et Boa Vista.
Sécurité maritimeÉtats-Unis●●Coopération anti-narcotrafic appuyée sur la base aérienne de Sal, point d'appui sur le couloir atlantique de la cocaïne, partagé avec l'Union européenne et le Royaume-Uni.
Guichet budgétaireFonds monétaire international●●Deux programmes actifs, acceptés par choix de discipline. La dette est jugée soutenable mais maintenue en risque élevé de surendettement.
Infrastructure et technologieChine●●Accords de coopération économique et technique, investissements dans la zone économique spéciale technologique, la santé et le tourisme. Aucun accord de libre-échange n'est établi.
Tourisme et diasporaFrance●Quatrième marché touristique mondial avec 120,808 visiteurs en 2025, une diaspora installée de longue date, et l'Agence française de développement comme canal de coopération. Aucun levier politique.
L'emprise mesure le poids commercial, la dépendance technologique, l'exposition financière et le levier politique combinés, non le volume des échanges.

Ce qui changerait réellement le diagnostic

Six faits qui, s'ils survenaient, obligeraient à rouvrir la note.
95 %

La dette publique repasse durablement sous 95 % de la production

Le recul est engagé depuis le pic sanitaire, mais il n'a pas encore rendu au budget la marge que la charge de la dette lui prend. Sous ce seuil, et sans que les réserves s'érodent pour y parvenir, l'économie et la finance cessent d'être le frein du dossier.

⅓

Les renouvelables dépassent le tiers du mélange électrique

Le parc s'étend, huit centrales solaires sont programmées et l'argent européen est arrivé. Rien de tout cela n'a encore changé la part du pétrole. Le jour où elle passe sous les deux tiers, la chaîne qui lie l'eau potable au prix du baril se desserre pour la première fois.

3e ÎLE

Le tourisme s'installe ailleurs que sur Sal et Boa Vista

Deux îles concentrent plus de 80 % des arrivées. Une troisième destination qui atteindrait une part significative changerait la nature du risque : le pays cesserait d'avoir un seul point d'entrée physique pour sa principale recette.

EXPORT

Des entreprises numériques capverdiennes exportent réellement leurs services

Le parc technologique existe, les stratégies sont écrites, les financements sont là. Il manque la seule chose qui compte : un flux de recettes extérieures venu d'ailleurs que du tourisme et de la pêche. Ce serait le premier début de diversification depuis l'indépendance.

TRANSIT

Le narcotrafic passe du transit à l'implantation

L'archipel est aujourd'hui un point de passage sur le couloir atlantique, non une base.

Le basculement s'est vu ailleurs sur la même route : il se reconnaît à la corruption d'agents, à la violence entre réseaux et à l'apparition d'une économie locale de la drogue. Aucun de ces signes n'est documenté à ce jour.

2 TRIM

Un choc touristique de deux trimestres consécutifs

Récession européenne, durcissement des conditions d'entrée, événement sanitaire : peu importe la cause.

Deux trimestres de recul des arrivées suffisent à faire repasser la balance courante dans le rouge et à interrompre la baisse de la dette, parce que l'amortisseur et le moteur sont ici le même objet.

Trois chemins à cinq ans

2026 à 2031, à partir de ce que la fiche établit.

La diversification commence enfin à se voir

Le gouvernement Carvalho tient la trajectoire budgétaire, la dette passe sous 95 %, les renouvelables franchissent le tiers du mélange électrique, et le tourisme trouve une troisième île. L'archipel commence à tirer quelque chose de sa zone maritime.

La réduction de la dette restreint toutefois l'espace disponible pour les dépenses sociales et oblige le gouvernement à expliciter ses arbitrages. Le Cap-Vert confirme alors son statut de référence continentale, avec une économie qui n'est plus adossée à un seul secteur.

La trajectoire actuelle se prolonge, et c'est déjà beaucoup

Le tourisme reste robuste et reste concentré. La dette continue de baisser lentement, sans franchir le seuil qui libérerait le budget. Les renouvelables progressent sans changer encore la dépendance énergétique, et le parc technologique produit des annonces plutôt que des exportations.

Les institutions restent parmi les meilleures du continent et l'alternance se répète sans incident. Le pays conserve sa note, autour de 2,8 : il ne se dégrade pas, il ne franchit pas non plus le seuil de résilience.

Le guichet unique se referme

Un choc touristique de deux trimestres fait chuter les recettes en devises. La balance courante repasse dans le rouge, la dette repart à la hausse faute de marge budgétaire, et les programmes du Fonds monétaire cessent d'être un choix de discipline pour devenir une contrainte.

Une sécheresse prolongée ou un cyclone sur Sal ou Boa Vista aggraverait mécaniquement la trajectoire, en frappant au même endroit la recette et l'eau. Les institutions tiendraient, comme elles ont tenu en 2020 ; elles ne produiraient toujours ni énergie, ni industrie.

Méthodologie et sources

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Comment on arrive à 2,8. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule. Le calcul ne commence qu'ensuite. On multiplie chaque note par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les neuf résultats : le total brut vaut 2,8330.

C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,8 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut : c'est pourquoi deux fiches aux totaux très proches peuvent tomber de part et d'autre d'un seuil. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note. La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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