Kenya
Le pays qui invente demain rembourse hier.
58,6 millions d'habitants. Premier foyer d'Afrique pour le financement des start-up en 2024, porté par une électricité presque entièrement renouvelable.
Mais la dette dévore le budget, et trois années de suite, des mobilisations ont éclaté un 25 juin. La campagne de 2027 a déjà commencé, dans la violence.
La géothermie et le numérique font tourner le pays, et sa diplomatie pèse à Washington comme à Paris. Mais le service de la dette avale l'essentiel des recettes, et la rue s'est politisée depuis 2024.
L'énergie, la diplomatie et l'innovation avancent depuis 2020. L'économie, la gouvernance et l'autonomie stratégique reculent. L'industrie, la démographie et la défense restent stables.
La dette dépasse les deux tiers du PIB, et son service réduit d'autant la marge budgétaire disponible pour les écoles, les routes et les hôpitaux. Chaque hausse d'impôt se heurte désormais à la rue.
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Ce qui décrit le modèle
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Ouganda | Carburants raffinés, ciment, produits manufacturés | 12,5 % |
| 2 | Pakistan | Thé | 7,9 % |
| 3 | Pays-Bas | Fleurs coupées, thé | 7,6 % |
| 4 | Tanzanie | Produits manufacturés, alimentaire | 6,8 % |
| 5 | États-Unis | Textiles et vêtements, thé, café | 6,4 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Machines, électronique, textiles | 17,6 % |
| 2 | Émirats arabes unis | Produits pétroliers raffinés | 15,8 % |
| 3 | Inde | Produits raffinés, pharmacie, riz | 10,3 % |
| 4 | Arabie saoudite | Pétrole brut et raffiné | 5,6 % |
| 5 | Malaisie | Huile de palme, biens manufacturés | 4,6 % |
Quatre tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle↘La croissance résiste ; la dette engloutit la marge budgétaire.+
IIIndustrie et technologieSous tension structurelle→Le pays transforme encore trop peu ce qu'il cultive.+
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelle→Une transition réelle, une jeunesse sans emplois formels.+
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte↗Nairobi pèse bien au-delà de son poids économique.+
VÉnergie et ressourcesRésilient sous contrainte↗L'électricité est verte, les moteurs tournent au pétrole.+
VIDéfense et sécuritéSous tension structurelle→L'armée tient le territoire et contient Al-Shabaab.+
VIIInnovation et savoirRésilient sous contrainte↗La Silicon Savannah n'est plus un slogan.+
VIIIGouvernance et institutionsSous tension structurelle↘Une justice qui résiste, une rue réprimée.+
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle↘Des partenaires multiples, une dépendance fiscale lourde.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Quatre appuis, trois fractures
Le sous-sol qu'aucune sécheresse ne peut couper
Le Kenya a franchi en 2026 les 1,000 mégawatts de capacité géothermique, septième producteur mondial et premier d'Afrique.
Contrairement à l'hydroélectricité, otage des pluies, la vapeur du Rift tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toute l'année.
Combinée à l'éolien du lac Turkana et au solaire, elle donne au pays un réseau que peu de pays industrialisés peuvent égaler.
La Silicon Savannah n'est plus un slogan
Depuis M-Pesa, Nairobi a construit un écosystème qui capte, année après année, une part considérable des financements de start-up du continent, devant des économies bien plus riches.
Le projet de ville nouvelle de Konza avance, mais très en deçà des annonces de 2013.
Un port d'attache pour les affaires du monde
Nairobi a médié les grandes crises régionales, du Soudan du Sud à la République démocratique du Congo.
Le pays est devenu en 2024 le premier allié majeur hors OTAN d'Afrique subsaharienne, un statut jusqu'ici réservé à l'Égypte et au Maroc sur le continent.
Une jeunesse qui exporte aussi son argent
La fécondité poursuit une baisse de longue durée, très inégale entre Nairobi, à 2,6 enfants par femme, et les comtés du nord comme Mandera, à 7,7.
La diaspora, longtemps vue comme une fuite des cerveaux, envoie désormais au pays davantage que les investisseurs étrangers.
Un 25 juin qui revient chaque année
Depuis le projet de loi de finances 2024, perçu par une large partie de l'opinion comme dicté depuis l'étranger, des mobilisations nationales ont lieu à chaque anniversaire du 25 juin : au moins 60 morts en 2024 selon Amnesty International, une seizaine de plus en 2025 selon Reuters.
Le pouvoir a répondu par le blocage d'internet, l'interdiction de manifester et des disparitions forcées, plutôt que par une remise à plat du contrat social.
Trop de diplômes, pas assez d'emplois
Plus des trois quarts de la population a moins de 35 ans, et l'économie formelle n'absorbe qu'une fraction des jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
Le système éducatif produit des diplômés quand l'économie offre surtout des emplois informels : ce décalage nourrit une frustration devenue le carburant politique de toute une génération.
La confiance s'effrite plus vite que la corruption ne recule
Le pays reste classé 121e sur 180 à l'indice de perception de la corruption de Transparency International.
En 2025, sa note de liberté sur internet a chuté de six points selon Freedom House, la plus forte baisse enregistrée au monde cette année-là, sous l'effet des coupures ciblées lors des manifestations et de la surveillance des militants en ligne.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
La présidence de William Ruto a survécu à la crise de 2024 en faisant entrer une partie de son opposition au gouvernement : l'ODM a rejoint l'exécutif.
L'entrée de ses responsables au gouvernement a réduit la séparation entre majorité et principale opposition parlementaire, tandis que la contestation s'est poursuivie hors des partis, portée par une génération sans leader. Les juridictions supérieures conservent une capacité réelle de contredire l'exécutif.
Le centre de gravité tient désormais dans un attelage : la présidence, l'alliance Kenya Kwanza et l'ODM entré au gouvernement. Le pouvoir se négocie autant qu'il se décrète.
À l'extérieur
Nairobi ne dépend d'aucun bailleur unique : la Chine a financé son chemin de fer, les États-Unis arment et forment son armée, la France investit et vend des équipements.
En juin 2026, un groupe public chinois signe le contrat d'extension de l'aéroport de Nairobi, deux ans après l'effondrement de l'accord avec l'indien Adani. La France, cinquième investisseur étranger, a signé en 2026 un accord de défense et un accord de coopération nucléaire civile, sans centrale ni calendrier arrêtés.
Le programme du FMI a conditionné le budget jusqu'en 2025 ; un nouvel accord restait en négociation en septembre 2026, selon Ecofin. Le pays qui médiatise les conflits des autres peine à apaiser le sien : la crise de confiance ouverte par la répression fragilise la légitimité même du gouvernement qui négocie en son nom.
Plus de 600 militaires américains vivent en permanence à Camp Simba, sur la baie de Manda, d'où partent les opérations contre Al-Shabaab : une protection qui fait aussi du pays une cible, trois Américains y ayant été tués en 2020.
Et le statut d'allié majeur fait l'objet d'une revue au Sénat américain, qui porte sur l'ensemble des liens extérieurs du pays : la Chine en tête, mais aussi la Russie, l'Iran et des connexions alléguées avec des groupes armés régionaux.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Biens et infrastructures | Chine | ●●●● | Le premier fournisseur, le financeur du chemin de fer, et un contrat de construction signé en juin 2026 pour l'extension de l'aéroport de Nairobi. |
| Sécurité et santé | États-Unis | ●●●● | La formation et l'équipement de l'armée, la base de Camp Simba, et un accord sanitaire aux clauses de données contestées. |
| Marché régional | EAC | ●●●● | Le premier débouché commercial, et les corridors portuaires et ferroviaires qui partent de Mombasa. |
| Surveillance de la dette | FMI | ●●● | Un programme arrivé à échéance en 2025 sans achèvement de sa neuvième revue, une dette classée à risque élevé, et un nouvel accord en négociation. |
| Drones | Turquie | ●●● | Six drones de combat livrés fin 2024 ; chaque munition, chaque pièce et chaque mise à jour repart d'Ankara. |
| Investissement et défense | France | ●●● | Plus de 150 entreprises, un accord de défense ratifié en 2026 et le sommet Africa Forward accueilli à Nairobi. |
| Carburants | Golfe (EAU, Arabie) | ●●● | Deuxième et quatrième fournisseurs de produits pétroliers raffinés, et plaque tournante financière du commerce kényan. |
| Transferts | Diaspora | ●●● | Des envois record qui dépendent de marchés du travail et de politiques migratoires étrangères. |
| Base et investissement | Royaume-Uni | ●● | Une base d'entraînement militaire toujours active et un investisseur historique important. |
Ce que la géographie impose
Ce qui changerait la donne
Le service de la dette cesse d'avaler les recettes
Un vrai désendettement montrerait que l'État a repris la main sur son budget plutôt que de le subir.
Une mobilisation nationale sans répression létale
Le traitement légal d'une contestation de grande ampleur, sans tirs mortels, disparitions ni coupure d'internet, signalerait un début de restauration du contrat politique.
Al-Shabaab frappe de nouveau au cœur du pays
Un attentat majeur hors de la zone frontalière montrerait l'échec du dispositif sécuritaire et du retrait progressif de la mission en Somalie.
Le Congrès confirme le statut d'allié majeur
Une confirmation lèverait l'incertitude qui pèse sur la relation de sécurité la plus structurante du pays.
Les infrastructures chinoises commencent à rapporter
Si le chemin de fer et les grands travaux génèrent enfin plus de recettes qu'ils ne coûtent en remboursements, la dette cesserait d'être un pur fardeau.
Un nouvel accord avec le FMI est conclu
Il ancrerait la crédibilité budgétaire auprès des autres créanciers, au prix de nouvelles conditions fiscales à faire accepter avant l'élection.
À cinq ans · 2026-2031
L'emploi avant les grands travaux
Un nouvel accord avec le Fonds se conclut sans explosion sociale, parce que le gouvernement a arbitré en faveur de l'emploi des jeunes plutôt que de nouveaux grands travaux.
Les recettes se redressent avec la croissance technologique et géothermique, et les élections de 2027 se déroulent sans effusion de sang. La dette amorce une décrue lente vers 60 % du PIB.
La ligne de crête tenue
La croissance résiste et les réserves restent au-dessus de six mois, mais la dette ne décroît pas, et l'accord avec le Fonds se négocie sans aboutir avant l'élection.
La campagne se joue dans une violence politique contenue mais réelle, et l'entente entre la présidence et l'ODM tient sans se rompre. C'est la trajectoire qui se réalise si personne ne décide rien.
Le 25 juin de trop
Une nouvelle vague de manifestations éclate à quelques mois de l'élection, sur fond de service de la dette devenu insoutenable ; la répression durcit la rupture de confiance.
Washington suspend le statut d'allié majeur, et Al-Shabaab profite du flou sécuritaire pour frapper pendant que l'attention de l'État est ailleurs. La croissance ralentit sous 3 %, et les tensions communautaires s'aggravent.
Une modernité qu'il exporte, une dette qu'il ne rembourse plus sans tension
La grille note ici trois piliers au-dessus de la tension : une diplomatie qui pèse, une électricité propre et une innovation qui attire les capitaux. Elle mesure aussi ce qu’ils ne compensent pas : une dette qui avale le budget, une gouvernance qui recule et une jeunesse que l’économie formelle n’absorbe pas.
Allié militaire privilégié de Washington et débiteur majeur de Pékin, Nairobi a longtemps présenté cet équilibre comme une habileté ; il devient un risque politique à mesure que la rivalité sino-américaine se durcit.
Le pays qui forme les meilleurs ingénieurs de la région les voit partir vers le Golfe, l’Europe ou l’Amérique du Nord : la diaspora renvoie de l’argent, mais l’économie se prive des compétences qu’elle a financées.
Le pays a emprunté sa stabilité macroéconomique à des créanciers qui fixent des objectifs de recettes ; le gouvernement choisit comment les lever, et en supporte seul le coût politique devant une rue politisée depuis 2024.
Le Kenya a résolu son problème d’électricité sans résoudre son problème d’énergie : le réseau est propre, mais les camions et les cuisinières restent accrochés au baril mondial.
L’entrée de l’opposition historique au gouvernement a réduit l’opposition parlementaire, tandis que la contestation s’est poursuivie hors des partis : le vide représentatif ainsi créé nourrit un mouvement sans parti ni leader, qui échappe aux outils classiques de la négociation.
Le diagnostic est falsifiable. Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale ne serait ni un nouveau record de levées de fonds ni un nouveau mégawatt : ce serait une mobilisation nationale de grande ampleur traitée sans répression létale, à quelques mois de l’élection de 2027.
Nairobi invente l’Afrique de demain avec l’argent qu’elle doit à hier.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 2,9. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 2,8585.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,9 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : la diaspora varie, selon les sources, d'un demi-million de personnes recensées à plusieurs millions.
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Le Kenya a construit en une décennie l’un des systèmes électriques les plus renouvelables parmi les grandes économies émergentes : la géothermie du Rift Valley alimente désormais un réseau électrique fiable à plus de 90 % d’origine renouvelable, et Nairobi capte à elle seule une part considérable des financements de start-up de tout le continent africain. Cette réussite technologique et énergétique cohabite avec une réalité budgétaire écrasante : le service de la dette a représenté environ 69 % des recettes ordinaires de l’État sur l’exercice 2024/25, selon le Trésor national, un niveau que le Fonds monétaire international qualifie lui-même de non soutenable.
Cette pression budgétaire n’est pas restée cantonnée aux bureaux du Trésor. En juin 2024, un projet de loi de finances conçu par le gouvernement kényan sous la pression d’un programme du FMI poussant à l’augmentation des recettes, et perçu par une large partie de l’opinion comme dicté depuis l’étranger, a mis le feu aux poudres : des dizaines de milliers de jeunes ont envahi le Parlement, forçant le président William Ruto à retirer le texte et à dissoudre son gouvernement. Depuis, des mobilisations nationales ont eu lieu à chaque anniversaire du 25 juin : au moins 60 morts en 2024 selon Amnesty International, une seizaine de plus en 2025 selon Reuters, portant le décompte cumulé au-delà de la centaine selon les organisations kényanes de défense des droits humains. Le pouvoir a répondu par des vagues d’arrestations et de disparitions forcées, dont plusieurs cas documentés de personnes retrouvées vivantes mais torturées, plutôt que par une refonte du contrat social.
Le Kenya ne s’effondre pas : son armée contient Al-Shabaab à la frontière somalienne, sa diplomatie pèse à Washington comme à Paris, et son secteur technologique continue d’attirer les capitaux à un rythme record. Mais le pays avance sur une ligne de crête, entre une modernité qu’il exporte avec fierté et une dette qu’il ne parvient plus à rembourser sans tension sociale.
Nairobi se veut la voix silencieuse mais respectée de l’Afrique : siège du PNUE et d’ONU-Habitat, médiateur historique au Soudan du Sud et en RD Congo, premier allié majeur hors OTAN d’Afrique subsaharienne depuis 2024, et déployeur de policiers jusqu’en Haïti. Ce rayonnement dépasse largement ce que son poids économique laisserait attendre.
Mais cette diplomatie de prestige repose sur des béquilles fragiles. Le statut d’allié privilégié de Washington fait l’objet d’une revue sénatoriale portant sur l’ensemble des liens extérieurs du pays, Chine en tête comme principal créancier de ses infrastructures, mais aussi Russie, Iran et allégations de connexions avec des groupes armés régionaux. Et le Kenya qui médiatise les conflits des autres peine à apaiser le sien : la crise de confiance ouverte par la répression des manifestations depuis 2024 fragilise la légitimité même du gouvernement qui négocie en son nom sur la scène internationale.
| Pays | Produits | Part | Valeur |
|---|---|---|---|
| Ouganda | Carburants raffinés, ciment, produits manufacturés | 12,5 % | 897 M$ |
| Pakistan | Thé | 7,9 % | 563 M$ |
| Pays-Bas | Fleurs coupées, thé | 7,6 % | 544 M$ |
| Tanzanie | Produits manufacturés, alimentaire | 6,8 % | 488 M$ |
| États-Unis | Textiles et vêtements (AGOA), thé, café | 6,4 % | 459 M$ |
| Pays | Produits | Part | Valeur |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, électronique, textiles | 17,6 % | 3,275 Mds $ |
| Émirats arabes unis | Produits pétroliers raffinés | 15,8 % | 2,937 Mds $ |
| Inde | Produits raffinés, pharmacie, riz | 10,3 % | 1,921 Mds $ |
| Arabie saoudite | Pétrole brut et raffiné | 5,6 % | 1,036 Mds $ |
| Malaisie | Huile de palme, biens manufacturés | 4,6 % | 860 M$ |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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