SAPERE · Les Forces et les FaillesKenya · données arrêtées au 18 septembre 2026, révisé le 18 septembre 2026 · tendance depuis 2020
🇰🇪

Kenya

Profil géopolitique

Le pays qui invente demain rembourse hier.

2,9/5Sous tension structurelle→ trajectoire mixte depuis 2020

58,6 millions d'habitants. Premier foyer d'Afrique pour le financement des start-up en 2024, porté par une électricité presque entièrement renouvelable.

Mais la dette dévore le budget, et trois années de suite, des mobilisations ont éclaté un 25 juin. La campagne de 2027 a déjà commencé, dans la violence.

La situation
Une modernité exportée, une dette qui retient

La géothermie et le numérique font tourner le pays, et sa diplomatie pèse à Washington comme à Paris. Mais le service de la dette avale l'essentiel des recettes, et la rue s'est politisée depuis 2024.

La trajectoire
Trois piliers progressent, trois reculent

L'énergie, la diplomatie et l'innovation avancent depuis 2020. L'économie, la gouvernance et l'autonomie stratégique reculent. L'industrie, la démographie et la défense restent stables.

La faille décisive
Le pays qui rembourse plus qu'il ne construit

La dette dépasse les deux tiers du PIB, et son service réduit d'autant la marge budgétaire disponible pour les écoles, les routes et les hôpitaux. Chaque hausse d'impôt se heurte désormais à la rue.

Ce qui entre, ce qui sort, et par où

Des carburants venus du Golfe, des biens venus de Chine, une sécurité adossée à Washington et une diaspora qui envoie plus que les investisseurs.
MARCHÉS ET RELAIS FOURNISSEURS ET GARANTS Kenya Nairobi Ouganda et EAC premier client, 12,5 % des exportations ; transit par le port de Mombasa Diaspora transferts record, supérieurs aux investissements étrangers Fonds monétaire programme échu en 2025, nouvel accord en négociation Chine 17,6 % des importations, créancier du chemin de fer Golfe Émirats : 15,8 % des importations, surtout des carburants États-Unis allié majeur hors OTAN, base de Camp Simba Turquie, France drones de combat ; investissements et défense
Schéma des dépendances : positions et distances non proportionnelles. Chaque flèche suit le sens du flux ou de l'appui. Le trait pointillé signale une relation sans flux actif : le Fonds monétaire ne finance plus le budget depuis 2025.

Ce qui décrit le modèle

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres qui racontent le pays lui-même.
PIB nominal
~147 Mds $
2026 · 6e rang africain · FMI, avril 2026
PIB en parité de pouvoir d'achat
~349 Mds $
2023, dernière donnée publiée · Banque mondiale
Exportations · poids mondial
~0,03 %
7,2 Mds $ en 2023 · thé, fleurs coupées, café
Importations · poids mondial
~0,08 %
18,6 Mds $ en 2023 · carburants raffinés, machines, véhicules
Service de la dette
~69 %
des recettes ordinaires en 2024-2025 · Trésor national
Électricité renouvelable
~90 %
de la production · géothermie, éolien, hydraulique
Transferts de la diaspora
5,04 Mds $
en 2025, record · plus que les investissements étrangers

Qui achète, qui fournit

Des voisins en tête des ventes, du pétrole en tête des achats.
Premiers clients · parts 2023, Banque mondiale (WITS, données COMTRADE)
RangPaysCe qu'il achètePart des exportations
1OugandaCarburants raffinés, ciment, produits manufacturés12,5 %
2PakistanThé7,9 %
3Pays-BasFleurs coupées, thé7,6 %
4TanzanieProduits manufacturés, alimentaire6,8 %
5États-UnisTextiles et vêtements, thé, café6,4 %
Aucun client ne pèse plus d'un huitième des ventes, et deux des cinq premiers sont des voisins de la Communauté d'Afrique de l'Est : l'Ouganda achète ce qui arrive par Mombasa, la Tanzanie des produits manufacturés et alimentaires. Le reste du monde achète surtout du thé et des fleurs. Les vêtements vendus aux États-Unis passent par un régime préférentiel, l'AGOA, que Washington peut suspendre.
Premiers fournisseurs · parts 2023, même base
RangPaysCe qu'il vendPart des importations
1ChineMachines, électronique, textiles17,6 %
2Émirats arabes unisProduits pétroliers raffinés15,8 %
3IndeProduits raffinés, pharmacie, riz10,3 %
4Arabie saouditePétrole brut et raffiné5,6 %
5MalaisieHuile de palme, biens manufacturés4,6 %
Trois des cinq premiers fournisseurs vendent du pétrole : les Émirats, l'Inde et l'Arabie saoudite. L'électricité du pays est presque entièrement renouvelable, mais ses camions, ses usines et ses cuisinières restent accrochés à ces trois lignes. La France, hors des cinq premiers, vend de la pharmacie, de l'aéronautique et des équipements électriques.

Quatre tendances structurelles

La couleur dit le sens pour le pays, pas celui de la flèche.
Deux inflexions favorables, deux défavorables : la note reste sous tension. L'activité et le raccordement disent ce que l'économie sait faire ; la dette et la rue disent ce que la politique n'a pas réglé. C'est le budget qui relie les deux.

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020
Faire défiler la matrice vers la droite pour lire les tendances.
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Résilient sous contrainte3,0-3,9↗Diplomatie, influence et information 3,5↗Énergie et ressources 3,3↗Innovation et savoir 3,2
Sous tension structurelle2,5-2,9↘Autonomie stratégique 2,8↘Économie et finance 2,7↘Gouvernance et institutions 2,5→Défense et sécurité 2,8→Industrie et technologie 2,7→Démographie et capital humain 2,6
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n'atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0) ; aucun ne descend en « Fragile et dépendant » (1,5-2,4) ni en « Défaillance critique » (1,0-1,4).
Trois piliers progressent, trois restent stables, trois reculent. Les plus bas : gouvernance 2,5 et démographie 2,6. Le score global de 2,9 résulte de la somme pondérée de ces neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeSous tension structurelle↘La croissance résiste ; la dette engloutit la marge budgétaire.
Ce qui tient
Une croissance robuste pour la région est attendue en 2026.
Un secteur bancaire solide et une dette financée majoritairement en monnaie locale limitent le risque de change.
Ce qui fragilise
La dette publique dépasse les deux tiers du PIB depuis 2020, avec un pic en 2023.
Le Fonds monétaire classe la dette à risque élevé de surendettement ; un nouvel accord reste en négociation.
IIIndustrie et technologieSous tension structurelle→Le pays transforme encore trop peu ce qu'il cultive.
Ce qui tient
Le thé et l'horticulture forment les premières filières exportatrices.
Le port de Mombasa et ses zones économiques spéciales structurent le corridor régional.
Ce qui fragilise
La part manufacturière stagne autour de 7 à 8 % du PIB.
Le pays dépend fortement des importations de machines et de véhicules.
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelle→Une transition réelle, une jeunesse sans emplois formels.
Ce qui tient
La fécondité est passée de 6,7 enfants par femme en 1989 à 3,4 en 2022, selon le bureau national de la statistique.
L'âge médian de 20,5 ans porte un dividende démographique encore inexploité.
Ce qui fragilise
L'indice de développement humain de 0,601 classe le pays 146e sur 193, selon le PNUD.
L'exode des compétences prive l'économie des ingénieurs et des talents qu'elle a formés.
IVDiplomatie, influence et informationRésilient sous contrainte↗Nairobi pèse bien au-delà de son poids économique.
Ce qui tient
Nairobi abrite les sièges du PNUE et d'ONU-Habitat, uniques sur le continent.
Premier allié majeur hors OTAN d'Afrique subsaharienne depuis 2024, le pays accueillera les championnats du monde d'athlétisme en 2029.
Ce qui fragilise
Le statut d'allié majeur est placé sous revue par le Congrès américain.
Selon le groupe d'experts des Nations unies, deux commandants des Forces de soutien rapide soudanaises, interdits de voyager, sont passés par le Kenya, l'un avec un passeport kényan.
VÉnergie et ressourcesRésilient sous contrainte↗L'électricité est verte, les moteurs tournent au pétrole.
Ce qui tient
Premier producteur géothermique d'Afrique, le pays a dépassé les 1,000 mégawatts installés.
Le plus grand parc éolien du continent tourne au lac Turkana.
Ce qui fragilise
Les carburants raffinés comptent parmi les tout premiers postes d'importation.
Au printemps 2026, les réserves nationales de carburant ne couvraient plus que 16 jours.
VIDéfense et sécuritéSous tension structurelle→L'armée tient le territoire et contient Al-Shabaab.
Ce qui tient
Des forces de défense professionnelles sont engagées en Somalie depuis 2011.
Aucun mouvement armé ne contrôle durablement une portion significative du territoire.
Ce qui fragilise
Le budget militaire est limité à environ 1 % du PIB.
Le banditisme et l'insécurité pastorale persistent au nord, de Turkana à Mandera.
VIIInnovation et savoirRésilient sous contrainte↗La Silicon Savannah n'est plus un slogan.
Ce qui tient
Le Kenya a capté la plus grande part des financements de start-up du continent en 2024.
M-Pesa, lancé en 2007, a été le pionnier mondial de la monnaie mobile.
Ce qui fragilise
La dépense de recherche reste marginale, et les brevets modestes.
L'écosystème reste concentré sur la seule ville de Nairobi.
VIIIGouvernance et institutionsSous tension structurelle↘Une justice qui résiste, une rue réprimée.
Ce qui tient
La justice a su s'opposer à l'exécutif, jusqu'à la Cour suprême.
Des élections multipartites régulières rendent possible une alternance en 2027.
Ce qui fragilise
La répression des manifestations tue chaque année depuis 2024, et des disparitions forcées sont documentées.
À l'approche de 2027, des enquêtes de presse décrivent des distributions d'argent liquide dans les comtés et des « goons » rémunérés pour intimider.
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle↘Des partenaires multiples, une dépendance fiscale lourde.
Ce qui tient
Les réserves de change couvrent plus de six mois d'importations, selon la Banque centrale du Kenya.
Contesté, le centre de quarantaine Ebola voulu par Washington a été suspendu par la justice, puis son arrêt ordonné par le ministre de la Santé.
Ce qui fragilise
Le service de la dette absorbe l'essentiel des recettes ordinaires.
Un accord sanitaire américain d'environ 1,6 milliard de dollars comporte des dispositions contestées sur le partage des données de santé.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Quatre appuis, trois fractures

La géothermie, le numérique et la diplomatie font tourner le pays ; la rue, l'emploi et la confiance le retiennent.
Ce qui tient
FORCE 01

Le sous-sol qu'aucune sécheresse ne peut couper

Le Kenya a franchi en 2026 les 1,000 mégawatts de capacité géothermique, septième producteur mondial et premier d'Afrique.

Contrairement à l'hydroélectricité, otage des pluies, la vapeur du Rift tourne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toute l'année.

Combinée à l'éolien du lac Turkana et au solaire, elle donne au pays un réseau que peu de pays industrialisés peuvent égaler.

FORCE 02

La Silicon Savannah n'est plus un slogan

Depuis M-Pesa, Nairobi a construit un écosystème qui capte, année après année, une part considérable des financements de start-up du continent, devant des économies bien plus riches.

Le projet de ville nouvelle de Konza avance, mais très en deçà des annonces de 2013.

FORCE 03

Un port d'attache pour les affaires du monde

Nairobi a médié les grandes crises régionales, du Soudan du Sud à la République démocratique du Congo.

Le pays est devenu en 2024 le premier allié majeur hors OTAN d'Afrique subsaharienne, un statut jusqu'ici réservé à l'Égypte et au Maroc sur le continent.

FORCE 04

Une jeunesse qui exporte aussi son argent

La fécondité poursuit une baisse de longue durée, très inégale entre Nairobi, à 2,6 enfants par femme, et les comtés du nord comme Mandera, à 7,7.

La diaspora, longtemps vue comme une fuite des cerveaux, envoie désormais au pays davantage que les investisseurs étrangers.

Ce qui freine
FAILLE 01

Un 25 juin qui revient chaque année

Depuis le projet de loi de finances 2024, perçu par une large partie de l'opinion comme dicté depuis l'étranger, des mobilisations nationales ont lieu à chaque anniversaire du 25 juin : au moins 60 morts en 2024 selon Amnesty International, une seizaine de plus en 2025 selon Reuters.

Le pouvoir a répondu par le blocage d'internet, l'interdiction de manifester et des disparitions forcées, plutôt que par une remise à plat du contrat social.

FAILLE 02

Trop de diplômes, pas assez d'emplois

Plus des trois quarts de la population a moins de 35 ans, et l'économie formelle n'absorbe qu'une fraction des jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

Le système éducatif produit des diplômés quand l'économie offre surtout des emplois informels : ce décalage nourrit une frustration devenue le carburant politique de toute une génération.

FAILLE 03

La confiance s'effrite plus vite que la corruption ne recule

Le pays reste classé 121e sur 180 à l'indice de perception de la corruption de Transparency International.

En 2025, sa note de liberté sur internet a chuté de six points selon Freedom House, la plus forte baisse enregistrée au monde cette année-là, sous l'effet des coupures ciblées lors des manifestations et de la surveillance des militants en ligne.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Une présidence qui a fait entrer une partie de son opposition au gouvernement, et un pays qui navigue entre des partenaires concurrents.

À l'intérieur

La présidence de William Ruto a survécu à la crise de 2024 en faisant entrer une partie de son opposition au gouvernement : l'ODM a rejoint l'exécutif.

L'entrée de ses responsables au gouvernement a réduit la séparation entre majorité et principale opposition parlementaire, tandis que la contestation s'est poursuivie hors des partis, portée par une génération sans leader. Les juridictions supérieures conservent une capacité réelle de contredire l'exécutif.

Le centre de gravité tient désormais dans un attelage : la présidence, l'alliance Kenya Kwanza et l'ODM entré au gouvernement. Le pouvoir se négocie autant qu'il se décrète.

Décision rapideLes grands projets d'infrastructure et l'électrification.
Décision lenteLa création d'emplois et la réforme fiscale, là où la rue attend.
Test politiqueTenir jusqu'aux élections de 2027 sans une nouvelle vague de manifestations meurtrières.

À l'extérieur

Nairobi ne dépend d'aucun bailleur unique : la Chine a financé son chemin de fer, les États-Unis arment et forment son armée, la France investit et vend des équipements.

En juin 2026, un groupe public chinois signe le contrat d'extension de l'aéroport de Nairobi, deux ans après l'effondrement de l'accord avec l'indien Adani. La France, cinquième investisseur étranger, a signé en 2026 un accord de défense et un accord de coopération nucléaire civile, sans centrale ni calendrier arrêtés.

Le programme du FMI a conditionné le budget jusqu'en 2025 ; un nouvel accord restait en négociation en septembre 2026, selon Ecofin. Le pays qui médiatise les conflits des autres peine à apaiser le sien : la crise de confiance ouverte par la répression fragilise la légitimité même du gouvernement qui négocie en son nom.

Plus de 600 militaires américains vivent en permanence à Camp Simba, sur la baie de Manda, d'où partent les opérations contre Al-Shabaab : une protection qui fait aussi du pays une cible, trois Américains y ayant été tués en 2020.

Et le statut d'allié majeur fait l'objet d'une revue au Sénat américain, qui porte sur l'ensemble des liens extérieurs du pays : la Chine en tête, mais aussi la Russie, l'Iran et des connexions alléguées avec des groupes armés régionaux.

De quoi dépend le Kenya ?Des carburants du Golfe, des biens et des prêts chinois, de la sécurité américaine et de l'argent de sa diaspora.
Quelles alternatives ?La géothermie et l'éolien pour l'électricité, et une participation négociée dans la raffinerie prévue à Lamu.
Choc externe actifLa crise d'Ormuz a fait repartir l'inflation, redescendue sous 4 % début 2026, dans un pays où les produits raffinés pèsent environ 29 % des importations ; une part notable des engrais vient du Moyen-Orient, et aucune rente pétrolière n'amortit le choc.
Ce que le Kenya peut opposerSon poids diplomatique, le port de Mombasa qui dessert ses voisins, et la concurrence entre ses partenaires.
Ce qui amortitDes réserves de plus de six mois, un marché obligataire local profond et les transferts de la diaspora.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Biens et infrastructuresChine●●●●Le premier fournisseur, le financeur du chemin de fer, et un contrat de construction signé en juin 2026 pour l'extension de l'aéroport de Nairobi.
Sécurité et santéÉtats-Unis●●●●La formation et l'équipement de l'armée, la base de Camp Simba, et un accord sanitaire aux clauses de données contestées.
Marché régionalEAC●●●●Le premier débouché commercial, et les corridors portuaires et ferroviaires qui partent de Mombasa.
Surveillance de la detteFMI●●●Un programme arrivé à échéance en 2025 sans achèvement de sa neuvième revue, une dette classée à risque élevé, et un nouvel accord en négociation.
DronesTurquie●●●Six drones de combat livrés fin 2024 ; chaque munition, chaque pièce et chaque mise à jour repart d'Ankara.
Investissement et défenseFrance●●●Plus de 150 entreprises, un accord de défense ratifié en 2026 et le sommet Africa Forward accueilli à Nairobi.
CarburantsGolfe (EAU, Arabie)●●●Deuxième et quatrième fournisseurs de produits pétroliers raffinés, et plaque tournante financière du commerce kényan.
TransfertsDiaspora●●●Des envois record qui dépendent de marchés du travail et de politiques migratoires étrangères.
Base et investissementRoyaume-Uni●●Une base d'entraînement militaire toujours active et un investisseur historique important.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, dépendance technologique, exposition financière et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Un port qui dessert l'intérieur du continent, une frontière somalienne sous menace, et un Rift qui produit l'électricité.
KENYA ÉTHIOPIE SOMALIE TANZANIE OUGANDA Océan Indien Lac Victoria Lac Turkana Le plus grand parc éolien du continent, au nord aride. Olkaria Le champ géothermique du Rift, au cœur de l’électricité verte. Nairobi Capitale, sièges du PNUE et d’ONU-Habitat. Mombasa Le port qui dessert l’Ouganda, le Rwanda et l’est de la RDC. Lamu et Manda Camp Simba, base américaine, et projet de raffinerie. Projection Equal Earth · contours Natural Earth simplifiés KENYA ÉTHIOPIE SOMALIE TANZANIE OUGANDA
Le Kenya figure en bleu, ses voisins en gris. Les cartouches situent les lieux qui portent le diagnostic : l'énergie du Rift et du lac Turkana, la capitale, le port et la base de la côte nord.
SomalieLa menace d'Al-Shabaab persiste, et le corridor sécuritaire coûte cher.La réouverture de la frontière terrestre, fermée depuis 2011, a été annoncée.Le Kenya doit fournir 1,410 soldats à une mission dont le financement reste disputé entre l'Union africaine, les Nations unies et Washington.
Ouganda et EACLe premier débouché commercial du Kenya, dans une dépendance mutuelle des corridors portuaires et ferroviaires de Mombasa, qui dessert aussi le Rwanda et l'est de la RD Congo.
ÉthiopieUne rivalité régionale feutrée, des interconnexions électriques croissantes, et des réfugiés poussés par l'instabilité éthiopienne.
RD CongoNairobi a accueilli les pourparlers sur l'est du pays, mais aussi, en 2023, le lancement d'une insurrection armée sur son propre sol.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui, s'ils se produisaient, feraient bouger le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
Dette

Le service de la dette cesse d'avaler les recettes

Un vrai désendettement montrerait que l'État a repris la main sur son budget plutôt que de le subir.

25 juin

Une mobilisation nationale sans répression létale

Le traitement légal d'une contestation de grande ampleur, sans tirs mortels, disparitions ni coupure d'internet, signalerait un début de restauration du contrat politique.

Attentat

Al-Shabaab frappe de nouveau au cœur du pays

Un attentat majeur hors de la zone frontalière montrerait l'échec du dispositif sécuritaire et du retrait progressif de la mission en Somalie.

OTAN

Le Congrès confirme le statut d'allié majeur

Une confirmation lèverait l'incertitude qui pèse sur la relation de sécurité la plus structurante du pays.

Rail

Les infrastructures chinoises commencent à rapporter

Si le chemin de fer et les grands travaux génèrent enfin plus de recettes qu'ils ne coûtent en remboursements, la dette cesserait d'être un pur fardeau.

FMI

Un nouvel accord avec le FMI est conclu

Il ancrerait la crédibilité budgétaire auprès des autres créanciers, au prix de nouvelles conditions fiscales à faire accepter avant l'élection.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui ne demande aucune décision pour se réaliser.
Trajectoire favorable

L'emploi avant les grands travaux

Un nouvel accord avec le Fonds se conclut sans explosion sociale, parce que le gouvernement a arbitré en faveur de l'emploi des jeunes plutôt que de nouveaux grands travaux.

Les recettes se redressent avec la croissance technologique et géothermique, et les élections de 2027 se déroulent sans effusion de sang. La dette amorce une décrue lente vers 60 % du PIB.

Trajectoire centrale

La ligne de crête tenue

La croissance résiste et les réserves restent au-dessus de six mois, mais la dette ne décroît pas, et l'accord avec le Fonds se négocie sans aboutir avant l'élection.

La campagne se joue dans une violence politique contenue mais réelle, et l'entente entre la présidence et l'ODM tient sans se rompre. C'est la trajectoire qui se réalise si personne ne décide rien.

Trajectoire défavorable

Le 25 juin de trop

Une nouvelle vague de manifestations éclate à quelques mois de l'élection, sur fond de service de la dette devenu insoutenable ; la répression durcit la rupture de confiance.

Washington suspend le statut d'allié majeur, et Al-Shabaab profite du flou sécuritaire pour frapper pendant que l'attention de l'État est ailleurs. La croissance ralentit sous 3 %, et les tensions communautaires s'aggravent.

Méthodologie et sources

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.

Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.

Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Comment on arrive à 2,9. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 2,8585.

C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,9 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.

La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Les points d'attention assumés : la diaspora varie, selon les sources, d'un demi-million de personnes recensées à plusieurs millions.

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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