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Lesotho : le château d’eau qui a soif

Le pays capte la moitié du ruissellement régional et le vend à l’Afrique du Sud. Il a continué de le faire pendant sa pire sécheresse.

Les chutes de Maletsunyane dans les hautes terres du Lesotho
Les chutes de Maletsunyane, l’une des plus hautes chutes d’eau en cascade libre d’Afrique australe.
64/185
Rang de vulnérabilité climatique
0,01%
Part des émissions mondiales de GES
4,63 Mt CO2e, 2021
Climat subtropical d’altitude, hiver sec
~50%
Ruissellement régional capté

Zone rouge, juin 2025 : le Lesotho figure parmi les nations les plus à risque d’Afrique subsaharienne recensées par le nouvel indice de vulnérabilité climato-financière de la Columbia Climate School.

En bref

Le Lesotho capte environ la moitié du ruissellement régional des hautes terres d’Afrique australe et le revend à l’Afrique du Sud : on l’appelle le château d’eau de la région. Pourtant, lors de la sécheresse de 2015-2016, la plus sévère jamais enregistrée, le royaume a continué d’exporter de l’eau vers son voisin pendant que sa propre population manquait d’eau potable et de récoltes.

Ce paradoxe résume la vulnérabilité climatique du pays. Le relief montagneux, la variabilité extrême des précipitations et une agriculture largement pluviale exposent le Lesotho aux sécheresses et aux inondations : les inondations de 2011 ont été les plus importantes depuis les années 1930, la sécheresse de 2015-2016 a entraîné la déclaration d’un état d’urgence dès décembre 2015. L’érosion des sols, accélérée par ces épisodes, emporte chaque année environ 40 millions de tonnes de terre.

Le pays émet pourtant une part dérisoire des gaz à effet de serre mondiaux, environ 0,01 % en 2021, tout en étant classé 64e pays le plus vulnérable au changement climatique sur 185 par l’indice ND-GAIN, et parmi les nations les plus à risque d’Afrique subsaharienne recensées en 2025 par le nouvel indice de vulnérabilité climato-financière de la Columbia Climate School. Sa dépendance à l’hydroélectricité et à une agriculture pluviale le rend structurellement exposé à toute variation du régime des pluies, dans un pays classé parmi les moins avancés.

Le Lesotho a soumis sa contribution déterminée au niveau national en 2017. Mais l’essentiel de sa vulnérabilité ne se résout pas par des engagements internationaux : elle tient à une géographie qui fait de lui un réservoir régional d’eau, sans que cette richesse ne se traduise encore en sécurité hydrique pour sa propre population.

Profil climatique et géographique

Le Lesotho est entièrement montagneux, seul pays au monde situé intégralement au-dessus de 1,400 mètres d’altitude. Son climat, classé Cwb selon la classification de Köppen (subtropical d’altitude, hiver sec), varie fortement selon le relief, avec un gel et une neige fréquents dans les hautes terres.

Amplitude thermique annuelle
14,6°C (moyenne, Maseru)
-18°C hiver, hautes terres32°C été, basses terres

Les précipitations suivent la même logique altitudinale, concentrées d’octobre à avril sous un régime influencé par les cycles El Niño et La Niña.

Vallée du Senqu
450 mm
Moyenne nationale
700 mm
Maseru
896 mm
Massifs du nord-est
1,300 mm
Vulnérabilités et risques

Sécheresses, inondations et tempêtes représentent plus de 90 % des aléas climatiques recensés entre 1980 et 2020. L’indice ND-GAIN classe le pays en catégorie « vulnérabilité élevée, préparation faible » (score 41,8). Le plus long épisode sec du dernier siècle a duré de 1991 à 1995.

La sécheresse de 2007 a nécessité une aide d’urgence pour environ 400,000 personnes, près d’un cinquième de la population, après l’effondrement synchrone des récoltes de maïs, aliment de base représentant 77 % de la production agricole. L’agriculture, l’eau, la santé et le tourisme figurent parmi les secteurs les plus exposés.

Ressources et dépendances énergétiques

Le Lesotho constitue l’un des principaux châteaux d’eau d’Afrique australe, captant environ la moitié du ruissellement de son bassin régional. Cette ressource alimente le Lesotho Highlands Water Project, qui exporte de l’eau vers l’Afrique du Sud et produit de l’hydroélectricité.

Le pays reste toutefois largement dépendant de l’hydroélectricité pour sa propre consommation, ce qui le rend vulnérable à toute baisse du débit des rivières, et d’une agriculture pluviale directement exposée à la variabilité des pluies.

Engagements climatiques

Classé parmi les pays les moins avancés, le Lesotho a transmis sa deuxième communication nationale en 2013 et sa contribution déterminée au niveau national (CDN) en 2017.

Le pays y priorise l’adaptation plutôt que la réduction d’émissions, cohérent avec son poids négligeable dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Repères chronologiques
1991-1995

Plus long épisode de sécheresse du dernier siècle, sur les relevés disponibles.

2007

Sécheresse conjointe Lesotho-Afrique du Sud : aide d’urgence pour environ 400,000 personnes.

2011

Inondations les plus importantes depuis les années 1930.

2013

Deuxième communication nationale sur le climat.

2015-2016

Sécheresse la plus sévère jamais enregistrée ; état d’urgence sécheresse déclaré le 22 décembre 2015. Le Lesotho continue d’exporter de l’eau vers l’Afrique du Sud durant cette période.

2017

Première contribution déterminée au niveau national (CDN).


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