Russie-Chine : Leurs relations depuis 2022 sous les présidences de Vladimir Poutine & Xi Jinping
Depuis janvier 2022, les relations sino-russes ont connu une intensification remarquable, marquée par un réalignement géopolitique, une coopération diplomatique et technologique renforcée, ainsi qu’une dépendance accrue de la Russie envers la Chine sur les plans énergétique et financier. Ce rapprochement, largement impulsé par les bouleversements de l’ordre international, s’est traduit par une multiplication des échanges au plus haut niveau, dans un contexte de polarisation croissante entre l’Occident et les puissances révisionnistes.
Trajectoire historique (1980-2025)
De la méfiance profonde et de la quasi-rupture idéologique de 1980 (note globale 1,3), à la normalisation pragmatique marquée par un traité de bon voisinage en 2000 (note globale 4,5), puis à un partenariat stratégique étroit mais asymétrique en 2025 7,5/10 , la relation sino-russe s’est progressivement étendue à tous les domaines – diplomatie, économie, défense, cybersécurité, culture et espace – sans toutefois se transformer en alliance formelle.
Facteurs d’accélération
Plusieurs facteurs ont accéléré cette dynamique :
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a provoqué un isolement diplomatique et économique majeur de Moscou. Face aux sanctions occidentales, la Chine, sans soutenir ouvertement l’agression, a absorbé une part croissante des exportations russes et facilité les transactions en yuan.
- La montée des tensions sino-américaines sur des sujets cruciaux (Taïwan, semi-conducteurs, sécurité régionale) a renforcé chez Pékin la volonté de tisser des alliances alternatives face à l’architecture occidentale.
- Une coopération accrue dans les domaines de l’armement, de l’intelligence artificielle, de l’espace et de la sécurité régionale a consolidé un front tactique sino-russe, sans pour autant déboucher sur une alliance militaire formalisée.
- Enfin, des convergences apparaissent dans des zones stratégiques comme l’Arctique, même si des désaccords structurels subsistent.
Une relation déséquilibrée et pragmatique
Mais cette relation, bien que spectaculaire dans ses formes, reste profondément déséquilibrée et pragmatique. La Russie, en perte d’influence, s’inscrit de plus en plus dans une logique de dépendance vis-à-vis de la Chine : économiquement, technologiquement et diplomatiquement.
Pékin, de son côté, instrumentalise ce partenariat à des fins de consolidation régionale et d’influence globale, tout en veillant à ne pas compromettre ses intérêts vis-à-vis des marchés occidentaux. Cette prudence est manifeste dans son refus de livraisons militaires à Moscou et dans sa rhétorique ambivalente sur la guerre en Ukraine.
Limites et frictions structurelles
En outre, des frictions croissantes apparaissent sur plusieurs axes : rivalités en Asie centrale, gestion des routes commerciales, concurrence dans le domaine spatial, ou encore perception divergente du multilatéralisme. Le prétendu « axe sino-russe » se révèle donc moins comme une alliance stratégique solide que comme un alignement circonstanciel, fondé sur un rejet commun de l’ordre libéral international plutôt que sur une vision partagée du monde.
Cette chronologie thématique, présentée de la plus récente à la plus ancienne, propose une lecture critique des événements clés qui ont façonné cette relation depuis 2022. Elle met en lumière à la fois la montée en intensité du dialogue sino-russe et les limites structurelles qui entravent la consolidation d’un véritable pôle alternatif à l’Occident.
Les relations Diplomatiques
Relation toujours stratégique, mais avec des limites de plus en plus visibles face aux intérêts globaux de Pékin.
Les relations au Sommet
Une convergence stratégique de façade
La régularité de ces rencontres, la mise en scène de la solidarité entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, ainsi que la dénonciation récurrente de « l’hégémonisme occidental », laissent croire à une convergence stratégique profonde. Pourtant, cette diplomatie de forum repose largement sur une logique de façade : elle masque autant qu’elle révèle les tensions sous-jacentes entre les deux puissances.
Le contrôle du tempo et l’asymétrie
Pékin contrôle le tempo, impose les formats et évite toute implication directe sur les terrains sensibles, notamment en Ukraine. Moscou, de plus en plus dépendante, cherche à instrumentaliser ces séquences pour briser son isolement.
Ainsi, derrière l’activation visible du canal diplomatique, cette séquence révèle surtout l’asymétrie de la relation : la Russie affiche son alignement, la Chine préserve ses marges. Cette section retrace les moments clés de cette diplomatie stratégique depuis 2022, en mettant en lumière à la fois son intensité apparente et ses limites structurelles.
31 Août – 3 Septembre 2025
Déplacement officiel de Vladimir Poutine en Chine
22 Août 2025
Pékin annonce la participation de Poutine et de Guterres au sommet de l’OCS
19 Juin 2025
Annonce de la visite de Poutine en Chine pour l’OCS et une séquence mémorielle liée à 1945
7 – 10 Mai 2025
Visite d’État de Xi Jinping à Moscou
24 Février 2025
Appel Xi-Poutine au troisième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine
21 Janvier 2025
Sommet virtuel Xi-Poutine
22 Octobre 2024
Rencontre Xi-Poutine à Kazan en marge du sommet des BRICS
3 – 4 Juillet 2024
OCS à Astana : absence de Narendra Modi en personne et fenêtre sino-russe
16 – 17 Mai 2024
Visite officielle de Vladimir Poutine en Chine : 75e année des relations diplomatiques
8 Avril 2024
Visite de Sergueï Lavrov en Chine
3 Avril 2024
Pékin observe avec prudence le resserrement Moscou Pyongyang
8 Février 2024
Appel téléphonique Xi-Poutine
17 Octobre 2023
Poutine à Pékin pour le forum des nouvelles routes de la soie
12 Septembre 2023
Poutine reçoit le vice premier ministre chinois Zhang Guoqing à Vladivostok
28 Août 2023
Publication d’une nouvelle carte chinoise : crispations chez plusieurs voisins, dont la Russie
22 – 24 Août 2023
Sommet des BRICS à Johannesburg : poussée sino-russe en faveur de l’élargissement
26 Juin 2023
Mutinerie avortée de Wagner : réaction prudente de Pékin
20 – 22 Mars 2023
Visite d’État de Xi Jinping en Russie
21 Mars 2023
Déclaration conjointe Xi-Poutine après le mandat d’arrêt de la CPI
23 Février 2023
Frontière sino-russe : attente d’une normalisation locale
22 Février 2023
Visite de Wang Yi à Moscou
Octobre 2022
ONU : débat relancé sur une convention relative aux crimes contre l’humanité
15 – 16 Septembre 2022
Sommet de l’OCS à Samarkand : rencontre Xi-Poutine
14 Septembre 2022
Nomination d’Igor Morgulov comme ambassadeur de Russie à Pékin
4 Septembre 2022
Fin de mission d’Andrey Denisov, ambassadeur russe en Chine depuis 2013
31 Août 2022
Décès de Mikhaïl Gorbatchev : réaction sobre en Chine
23 Juin 2022
Sommet virtuel des BRICS : rhétorique multipolaire et critique des sanctions
16 Juin 2022
Xi réitère le soutien politique à Poutine et la logique de souveraineté
8 Juin 2022
Wang Yi en Russie : entretien avec Sergueï Lavrov
4 Février 2022
Pékin : rencontre Xi-Poutine en marge des Jeux olympiques d’hiver
« Le rapprochement Chine-Russie est un facteur de stabilité et de paix dans le monde. »
Xi Jinping
« Les alliances militaires fermées en Asie-Pacifique ciblent la stratégie américaine. »
Vladimir Poutine
« La Chine redoute une aventure militaire semant l’instabilité. »
Diplomate basé en Chine
« Il s’agit d’une relation structurante, fondée sur un adversaire commun, mais toujours plus déséquilibrée. »
Ancien ambassadeur à Pékin
« Moscou et Pékin sont devenus experts en contournement de sanctions occidentales. »
Alexandra Prokopenko
L'avis des Experts
Trois constantes du consensus expert
Un consensus se dégage sur trois constantes :
- 1. L’absence d’idéologie commune structurante Au sens où l’était le monde soviétique.
- 2. Une asymétrie qui s’approfondit au profit de Pékin Non pas parce que la Russie serait devenue un simple exécutant, mais parce que la guerre en Ukraine a renforcé sa dépendance commerciale, financière et technologique.
- 3. Le caractère instrumental de la coopération Moins comme projet partagé que comme levier de négociation et de nuisance face à l’Occident.
C’est l’argument central de Joseph Torigian comme d’Alexander Gabuev, chacun à sa manière, lorsqu’ils décrivent une relation stable précisément parce qu’elle n’est pas un mariage de croyance, mais une association d’utilité.
L’interdépendance asymétrique en chiffres
Les chiffres d’échanges résument bien cette logique d’interdépendance asymétrique. Le commerce bilatéral a atteint un record :
Ces résultats s’inscrivent sur fond de durcissement des contraintes de paiement liées aux sanctions et à la crainte de sanctions secondaires. La relation ne se réduit donc pas à une déclaration politique, elle s’est matérialisée en circuits, en infrastructures et en mécanismes financiers de contournement, y compris des dispositifs spécifiques de règlement orientés vers la Chine pour sécuriser les transactions.
En 2025, la tendance ne change pas de nature, elle change de densité. Pékin consolide son rôle de premier partenaire économique utile à la résilience russe, tout en calibrant sa distance pour protéger ses propres intérêts globaux. Moscou, lui, y gagne une respiration diplomatique et une profondeur économique, mais y perd du pouvoir de négociation.
Les travaux européens récents insistent sur ce point de méthode essentiel : il ne faut ni fantasmer une alliance totale, ni minimiser l’effet structurant de cette relation sur la sécurité européenne et sur l’économie de la guerre.
Alexander Gabuev (Carnegie Russia Eurasia Center)
Analyse Géopolitique (Post-Sommet Xi-Mishustin)
East Asia Forum / Reuters (Énergie)
András Rácz & Alina Hrytsenko (CEPA)
Yan Xuetong (Tsinghua)
Agathe Demarais (ECFR)
Joseph Torigian dans Foreign Affairs
Alexander Gabuev, directeur du Carnegie Russia Eurasia Center à Berlin
Sebastien Faletti du Figaro
Thierry Wolton dans l’Express
Alicja Bachulska, Conseil européen des relations étrangères
Howard French, Foreign Policy
Craig Singleton, Foundation for Defense of Democracies
Eugene Chausovsky, Newlines Institute
Jo Inge Bekkevold, Institut norvégien d’études de défense
Blake Herzinger
Renaud Girard, Le Figaro
Philipp Ivanov
Thierry Wolton, Le Figaro
Sylvie Kaufmann, Le Monde
Jean de Gliniasty, ex-ambassadeur
Bruno Tertrais, Le Monde
Crises et tensions géopolitiques
Le conflit Ukrainien
Une neutralité orientée
Depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la Chine adopte une posture officiellement neutre mais politiquement orientée. Pékin refuse de condamner l’agression de Moscou, qu’elle qualifie prudemment d’« opération spéciale », tout en rejetant la logique des sanctions occidentales qu’elle accuse d’alimenter l’instabilité mondiale.
L’objectif : préserver les intérêts et l’image
Sous couvert d’objectivité diplomatique, la Chine cherche avant tout à préserver ses intérêts économiques, à consolider son image de puissance modératrice, et à tirer profit de l’isolement croissant de Moscou. Elle propose en 2023 un plan de paix en douze points, sans y impliquer d’exigence concrète vis-à-vis de la Russie, tout en appelant à des négociations incluant toutes les parties. Cette posture ambiguë permet à Pékin de se présenter comme un acteur de stabilité sans s’aliéner ses partenaires commerciaux occidentaux.
Le révélateur de l’asymétrie stratégique
En réalité, le conflit ukrainien agit comme un révélateur de l’asymétrie stratégique sino-russe. La Chine profite de la faiblesse russe pour accroître sa domination énergétique et monétaire, tout en refusant tout engagement militaire ou politique clair aux côtés de Moscou. L’Ukraine devient ainsi un test de la limite du partenariat sino-russe : convergence tactique, mais divergence stratégique.
3 Décembre 2025
Wang Yi à Moscou : « Promouvoir la paix »
Source : Reuters
13 Mai 2025
Déclaration conjointe Chine-Brésil sur l’Ukraine
Source : Conseil d’État de Chine
8 Mai 2025
Xi Jinping à Moscou : Séquence de légitimation croisée
14 Mars 2024
La Chine et la crise en Ukraine : Passivité calculée
24 Février 2023
Plan de paix chinois en 12 points
24 Février 2022
Refus du terme « Invasion »
21 Février 2022
Prudence initiale face au conflit
Sanctions économiques et impacts
Le choc des sanctions
Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, les sanctions économiques imposées par les États-Unis, l’Union européenne et leurs alliés ont profondément bouleversé les équilibres économiques mondiaux. La Russie, visée de manière massive dès les premières semaines du conflit, a vu ses canaux financiers internationaux fermés, ses exportations restreintes, et ses principaux groupes stratégiques ciblés. La Chine, de son côté, subit depuis 2022 une pression croissante sur ses secteurs technologiques de pointe (semi-conducteurs, intelligence artificielle, cybersécurité), bien que dans une moindre mesure.
Une logique hautement asymétrique
Ce contexte a accéléré le rapprochement économique sino-russe, mais dans une logique hautement asymétrique. Tandis que Moscou, isolée, cherche à préserver ses capacités commerciales et financières, Pékin instrumentalise cette dépendance pour renforcer sa position dans les chaînes d’approvisionnement, les flux énergétiques et la gouvernance monétaire alternative.
Les piliers de la restructuration
- Une déconnexion progressive des circuits occidentaux
- Une reconfiguration opaque des routes commerciales via des partenaires tiers
- Une affirmation du yuan comme outil de contournement
- Et une vulnérabilité croissante de la Russie face à l’agenda économique chinois.
Cette section retrace, à travers une chronologie inversée, les événements clés de cette dynamique de sanctions, révélatrice d’un rapport de forces profondément déséquilibré.
La « sur-conformité » des banques chinoises
Ciblage de la « Supply Chain » chinoise
Adoption de nouvelles sanctions technologiques
Effondrement partiel du système bancaire russe
Embargo européen sur le gaz russe
Contournement des sanctions via des partenaires tiers
Le mégayacht « Nord » d’Alexeï Mordachov à Hongkong
Gel des avoirs russes par les Occidentaux
Les relations Economiques & Financières
Relation dense mais plafonnée. Pékin reste pragmatique face aux risques de saturation et de sanctions secondaires.
Les échanges commerciaux & Flux Financiers
| Année | Commerce Bilatéral ($) | Import. Russes (%) | Import. Chinoises (%) |
|---|---|---|---|
| 2021 | 147 Mds |
20 %
|
2 %
|
| 2022 | 190 Mds ↗ +29 % |
24 %
|
3 %
|
| 2023 | 240 Mds ↗ +26 % |
30 %
|
4 %
|
| 2024 (Est.) | 280 Mds ↗ tendance |
35 %
|
5 %
|
Note : Les pourcentages « Importations » reflètent la part de marché du partenaire dans les importations totales du pays concerné.
20 Juillet 2025
Zone de libre-échange « Extrême-Orient »
21 Mars 2025
« Yuanisation » de l’économie russe à 60 %
10 Janvier 2025
La Chine, fournisseur technologique exclusif
21 Mars 2024
Plan de substitution totale au dollar
7 Février 2024
Blocage des paiements par des banques chinoises
5 Janvier 2024
Pékin devient premier fournisseur de la Russie
31 Décembre 2023
Record du commerce sino-russe
12 Décembre 2023
Accord stratégique sur les terres rares
1er Juin 2023
Accès chinois au port de Vladivostok
24 Mai 2023
Accords bilatéraux sur les investissements
6 Avril 2023
Première transaction gazière en yuan
16 Janvier 2023
Le yuan devient référence sur le marché des changes russe
15 Décembre 2022
Renaissance industrielle sous dépendance
6 Septembre 2022
Gazprom et CNPC passent au yuan et au rouble
15 Mars 2022
Gel des avoirs russes, électrochoc stratégique
4 Février 2022
Déclaration conjointe de Pékin : lancement d’un axe économique
Secteur énergétique & Infrastructures
Transformation des artères eurasiatiques
Cette dynamique ne se réduit pas à un redéploiement commercial. Elle s’inscrit dans une transformation concrète des artères eurasiatiques : gazoducs, corridors ferroviaires, hubs portuaires, montages logistiques, et coopérations industrielles, qui rendent la relation plus difficile à défaire.
- Force de Sibérie 1 atteint sa pleine capacité contractuelle autour de 38 milliards de m³ par an et devient un pilier du pivot gazier russe.
- Force de Sibérie 2 reste l’objet d’une bataille de prix et de risques, “validée” politiquement mais sans bascule industrielle rapide, ce qui illustre la règle centrale : la Chine décide du tempo.
Le piège de la dépendance
Derrière l’affichage, l’asymétrie s’approfondit :
- La Russie a besoin de débouchés et de recettes.
- La Chine veut une option énergétique stable parmi d’autres, à bas coût, sans exposition excessive aux sanctions secondaires.
Résultat : Moscou perd du pouvoir de fixation des prix, accepte des décotes pour préserver les volumes, et se retrouve enfermée dans une dépendance de demande et de logistique où Pékin arbitre entre opportunité économique et prudence systémique.
L’énergie cesse d’être un atout symétrique et devient un levier géoéconomique principalement tenu par la Chine. La chronologie ci-dessous retrace les jalons de cette dépendance, ses accélérations, et ses limites.
GNL russe sanctionné livré en Chine depuis Portovaya
Force de Sibérie 2 présenté comme « plus avantageux que l’Europe » pour la Chine
Feu vert politique à Force de Sibérie 2, sans contrat dur
La Russie devient le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine en 2024
Hausse de 40 % des exportations de gaz vers la Chine
Retards et enjeux du projet Force de Sibérie 2
Inauguration du gazoduc Force de Sibérie 2
Accords commerciaux au Forum des Nouvelles Routes de la Soie
Transactions chinoises dans le secteur du gaz
Augmentation de 40 % des approvisionnements énergétiques
Accord pour la construction du gazoduc Force de Sibérie 2
Domination sino-russe du commerce de l’atome
Record du commerce sino-russe
Gazprom et CNPC adoptent le yuan et le rouble
Hausse de 55 % des exportations de pétrole russe vers la Chine
Focus sur l'ARTICQUE
L’ouverture de l’Arctique russe à la Chine
Afficher la chronologie détaillée (2022-2025)
Des sources spécialisées rapportent la première livraison officiellement identifiée de gaz naturel liquéfié en provenance du projet Arctic LNG 2 vers un terminal chinois. Ces flux interviennent dans un contexte de sanctions américaines strictes contre le projet, qui ont contraint Moscou à réorienter ses exportations vers l’Asie. Pékin accepte ainsi de devenir le débouché principal de ce projet emblématique du pivot énergétique russe vers l’Est, tout en exposant ses entreprises aux risques de sanctions secondaires. La livraison inaugure une phase de dépendance renforcée, mais aussi de prudence stratégique pour la Chine.
À Moscou, des responsables russes et chinois tiennent une réunion conjointe consacrée à la coopération dans l’Arctique. Cette rencontre aboutit à la création d’une commission bilatérale sur la Route maritime du Nord (NSR), chargée de coordonner les développements portuaires et logistiques. L’objectif affiché est une forte augmentation des tonnages entre ports russes et terminaux chinois d’ici 2030. L’armateur chinois NewNew Shipping Line est mis en avant comme acteur-clé du corridor « Arctic Express n°1 », reliant la mer Blanche à la Chine.
Pour la première fois, Moscou et Pékin annoncent le déploiement conjoint de systèmes de surveillance aérienne et maritime en Arctique. Cette installation de capteurs et radars vise à renforcer la coordination sécuritaire sur la NSR et à surveiller les mouvements militaires et commerciaux dans la région. Si les deux capitales insistent sur un usage « pacifique », cette initiative est perçue à Washington comme un signal supplémentaire d’une « militarisation rampante » aux marges de l’Arctique.
Plusieurs rapports documentent une intensification des patrouilles conjointes de garde-côtes russes et chinois dans les approches arctiques, notamment en mer de Béring et dans le Pacifique Nord. Ces opérations sont souvent présentées comme des missions de sécurité maritime, mais les autorités américaines les interprètent comme des démonstrations de coordination stratégique aux abords des zones sensibles. L’OTAN renforce en parallèle ses dispositifs dans le Grand Nord, notamment au Groenland et en Scandinavie.
En réponse au resserrement des liens sino-russes en Arctique, les États-Unis annoncent la modernisation de leur base militaire de Pituffik au Groenland, avec des capacités accrues de surveillance satellitaire et de détection de missiles. Cette décision reflète une prise au sérieux de la menace de contournement stratégique par l’Arctique, mais aussi la volonté de sécuriser les routes maritimes polaires et l’accès aux ressources du Grand Nord.
Des avions militaires chinois et russes sont détectés puis escortés par l’armée américaine après avoir pénétré la zone d’identification de défense aérienne en mer de Béring. Il s’agit d’une première démonstration coordonnée de puissance aérienne sino-russe dans les marges arctiques, signalant un basculement dans la posture sécuritaire conjointe. L’incident met en évidence le flou entre opérations d’entraînement, surveillance conjointe et projection de puissance.
Des forces militaires chinoises et russes effectuent une incursion coordonnée dans l’Arctique, rapidement interceptée par l’US Navy. Cette opération est interprétée comme un test de seuil, visant à mesurer les réactions occidentales et à affirmer la liberté d’action du tandem sino-russe dans une zone traditionnellement dominée par les puissances atlantiques.
Marc Lanteigne, dans The Diplomat, souligne que la coopération sino-russe en Arctique est marquée par une tension permanente entre intérêts communs (routes, énergie, influence) et divergences structurelles (souveraineté, institutions, armée). Alors que Moscou veut préserver un contrôle national sur la NSR, Pékin cherche un accès stable aux ressources et aux routes sans s’impliquer dans les dispositifs militaires russes.
À partir de 2023, la Chine augmente ses investissements dans les infrastructures russes du Nord : ports de Mourmansk, Arkhangelsk, terminaux de transbordement, et participation à des projets miniers comme le gisement de lithium de Kolmozerskoïe. Cette stratégie s’inscrit dans la vision d’une « Route de la soie polaire », destinée à relier plus rapidement l’Asie à l’Europe tout en renforçant l’ancrage chinois dans l’Arctique. Cette montée en puissance économique est perçue comme une tentative de redéfinir les règles informelles de la gouvernance arctique.
En échange de financements chinois pour moderniser ses ports arctiques, la Russie accorde à Pékin des droits de transit prioritaire. Cette décision matérialise une dépendance logistique croissante, avec la Chine qui devient indispensable pour la viabilité économique des corridors polaires. L’accord suscite l’inquiétude de plusieurs États membres du Conseil de l’Arctique, écartés de ces nouvelles dynamiques bilatérales.
Dans un contexte de sanctions croissantes contre la Russie, la Chine accentue son implication dans les projets énergétiques du Grand Nord, notamment l’usine de gaz liquéfié Yamal LNG. Pékin évoque même une intégration de cette coopération dans l’initiative de la « Route de la soie polaire ». Washington, Bruxelles et Tokyo expriment leurs inquiétudes face à cette reconfiguration des flux énergétiques et logistiques sous leadership sino-russe.
Le point de vigilance :
Malgré ces avancées, la Russie refuse toujours à la Chine le droit de mener des recherches scientifiques *autonomes* dans sa zone économique exclusive (ZEE) arctique, craignant que ces données (bathymétrie, salinité) ne servent à la guerre sous-marine future.
Défense & Sécurité
Accent sur les exercices multilatéraux ; posture de convergence stratégique, mais sans alliance formelle ni automatique.
Depuis 2022, la coopération militaire sino-russe s’est accélérée de manière spectaculaire, reflétant une volonté partagée de contester la domination militaire occidentale, notamment américaine, en Asie-Pacifique, en Arctique et au Moyen-Orient. Ce rapprochement se traduit par une intensification des exercices conjoints, des transferts technologiques, et une coordination stratégique visible dans les patrouilles navales, les simulations antimissiles et les initiatives trilatérales.
Ni alliance formelle, ni équilibre
Il ne s’agit toutefois pas d’une alliance militaire formelle. Pékin veille à maintenir une certaine ambiguïté, refusant toute assistance directe à la guerre en Ukraine, tout en livrant à Moscou des équipements à double usage et en multipliant les signaux de solidarité stratégique.
L’asymétrie est évidente : la Russie, affaiblie économiquement et militairement, s’appuie sur la Chine pour moderniser certains secteurs de sa défense, tandis que Pékin bénéficie de l’expérience tactique russe et accroît sa capacité de projection régionale, sans en assumer pleinement le coût diplomatique.
Les piliers de la coopération
Dans ce contexte, la coopération militaire entre les deux pays repose sur quatre piliers :
Des exercices conjoints de plus en plus fréquents et complexes.
Le transfert discret de technologies sensibles, notamment dans les drones.
Une coordination stratégique en mer de Chine, dans l’Arctique et au Moyen-Orient.
Exercice antiterroriste « Sahand 2025 » (Iran)
Projection navale conjointe (« Northern Interaction 2025 »)
La menace stratégique en Alaska
Le constat de la dépendance technologique
Solidarité politique (« Ocean-2024 »)
Exercice « Interaction – Anti-Terror – 2024 » (Xinjiang)
Le bradage des joyaux technologiques russes
La sécurisation des arrières (Visite de Li Shangfu)
Soutien symbolique dans la débâcle (« Vostok 2022 »)
La convergence des menaces (Partenariat « Sans Limites »)
Cyber Défense
Un alignement normatif réel
Leur alignement est donc réel dans les forums internationaux et dans la rhétorique anti-occidentale. Ils défendent une vision commune de la gouvernance d’Internet, centrée sur la prérogative de l’État à contrôler son espace informationnel.
Limites et cyber-espionnage
En revanche, les preuves publiques d’opérations conjointes restent rares, et l’on observe aussi des logiques parallèles, parfois concurrentes.
Plus significatif encore, les rapports de cybersécurité continuent de documenter des activités d’espionnage numérique entre les deux “partenaires”, illustrant la méfiance persistante derrière la façade diplomatique.
Coopération normative et sécuritaire
Les deux partenaires défendent une vision du cyberespace centrée sur la souveraineté étatique, dans les enceintes onusiennes comme dans leurs discours publics. Ils évitent toutefois une alliance cyber formelle, préférant des logiques de complémentarité à des actions conjointes traçables.
26 octobre 2025
Ouverture à signature de la Convention de l’ONU contre la cybercriminalité (Hanoï)
Pékin et Moscou soutiennent une convention qui consacre une vision souverainiste du cyberespace. L’initiative est vue comme un jalon normatif contre la gouvernance multi-acteurs promue par l’Occident.
29 mai 2025
Table ronde russo-chinoise à Moscou sur la « sécurité internationale de l’information »
Les diplomaties des deux pays mettent en avant leur grammaire commune : souveraineté numérique, lutte contre les cyberattaques occidentales, et rejet des normes libérales de cybersécurité.
21 mars 2025
Coopération sécuritaire renforcée (Wang-Bortnikov)
Entretien entre le chef du FSB russe et Wang Xiaohong, ministre chinois de la Sécurité publique. Objectif : stabiliser les régimes, lutter contre les « ingérences étrangères » et renforcer les synergies en matière de renseignement intérieur.
24 décembre 2024
Adoption controversée de la Convention onusienne sur la cybercriminalité
La Russie et la Chine poussent un texte contesté par l’Occident, qu’ils présentent comme une légitimation de leur modèle informationnel national.
21 mars 2023
Déclaration Xi–Poutine sur la gouvernance d’Internet
Lors de la visite de Xi à Moscou, les deux dirigeants rejettent la « militarisation » des TIC et promeuvent une gouvernance étatique d’Internet.
4 février 2022
Déclaration conjointe sur l’IA et la sécurité de l’information
Ce texte fondateur affirme la volonté des deux pays de coordonner leurs doctrines face à la domination occidentale du cyberespace. Il marque l’entrée du numérique dans leur partenariat stratégique global.
Espionnage numérique et méfiance mutuelle
Le cyberespace révèle aussi les limites de la coopération sino-russe : leurs services de renseignement poursuivent des objectifs souvent parallèles, parfois concurrents, et des cas documentés d’espionnage mutuel ont été révélés.
19 mai 2022
Espionnage chinois contre des institutions russes (Twisted Panda)
Une campagne d’intrusion attribuée à un groupe lié à Pékin cible des centres de recherche russes. Cette opération confirme la persistance de la méfiance malgré l’« amitié sans limites ».
2023–2025
Activités chinoises de long terme (BRICKSTORM, Salt Typhoon)
Des campagnes d’espionnage chinois visent des infrastructures critiques mondiales, avec des répercussions politiques importantes aux États-Unis. Pas de preuve d’implication russe directe, mais Pékin reste perçu comme un acteur autonome et offensif.
Sabotage et guerre hybride : une dissymétrie sino-russe
Sur le plan opérationnel, la Russie est perçue comme le principal acteur des sabotages physiques et numériques en Europe, dans une logique assumée de guerre hybride. La Chine, elle, mise sur une pression technologique indirecte et une absence de traçabilité directe.
- Les services occidentaux attribuent à la Russie une centaine d’incidents suspects depuis 2022 (incendies, explosions, sabotages de câbles, oléoducs, chemins de fer).
- Aucune preuve d’opérations sino-russes conjointes dans ces actions. La Chine se tient en retrait sur ce plan, concentrant ses efforts sur le contrôle des normes et l’écosystème technologique.
Coopération antiterroriste : langage partagé, objectifs politiques
Le thème du terrorisme sert de langage commun de légitimation sécuritaire pour les régimes russe et chinois. La coopération passe essentiellement par l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), avec des exercices conjoints et des discours sur la stabilité régionale.
1er décembre 2025
Exercice « Sahand 2025 » en Iran (OCS)
Moscou et Pékin participent à un exercice antiterroriste symbolique. Il s’agit davantage d’une démonstration politique que d’une opération à haute valeur militaire.
19 juillet 2024
Exercice « Interaction – Anti-Terror – 2024 » au Xinjiang
La RATS (structure antiterroriste régionale de l’OCS) organise un exercice de neutralisation de groupes armés. Chine et Russie utilisent ce cadre pour synchroniser leurs doctrines sécuritaires en Asie centrale.
Culture & SOFT POWER
Une coopération spectaculaire qui vise à construire une alternative culturelle à l’Occident.
Depuis 2022, la Chine et la Russie ont accentué leur coopération culturelle dans une logique de soft power revendiqué et de guerre des récits assumée. Leur objectif commun est d’offrir une alternative aux modèles culturels et politiques occidentaux, à travers une stratégie qui mêle diplomatie culturelle, coopération médiatique, campagnes d’influence, et affirmation civilisationnelle.
Entre attraction et manipulation
Cependant, la tension entre soft power d’attraction et sharp power manipulatoire est au cœur de leur approche : les initiatives culturelles classiques cohabitent avec des formes plus agressives de communication stratégique (désinformation, contenus viraux, propagande sur TikTok), brouillant les frontières entre influence légitime et guerre informationnelle.
L’efficacité en question
Cette hybridation soulève une question clé : ces deux puissances peuvent-elles transformer leur capacité de diffusion culturelle en véritable attractivité internationale, ou ne font-elles que renforcer leurs cercles de soutien existants sans élargir leur audience globale ?
Festivals “Moscow Seasons in Beijing” et “Moscow Cultural Festival”
Expositions croisées Russie–Chine
Accord entre les musées du Kremlin et TV BRICS
Sortie de la co‑production cinématographique sino‑russe « Red Silk »
“Chinese New Year in Moscow”
Renforcement du programme culturel international russe en Chine
Années de la culture Chine–Russie : Axe central
Multiplication des coopérations cinématographiques sino‑russes
Inauguration d’un nouveau Centre Confucius à Saint‑Pétersbourg
Fronde étudiante contre l’apprentissage obligatoire du chinois à Moscou (MFTI)
Expansion médiatique chinoise dans les espaces partenaires de la Russie
Diffusion massive de contenus pro‑Wagner sur TikTok
Initiatives culturelles conjointes au sommet de l’OCS
Accord de coopération entre RT et CCTV
Mise en scène culturelle aux Jeux olympiques de Pékin
Espace & RECHERCHE
Coopération scientifique visible et concrète, mais entièrement pilotée par Pékin. La Russie devient un partenaire junior.
L’espace et la recherche scientifique sont devenus des domaines stratégiques majeurs dans les relations internationales, où la Chine et la Russie cherchent à affirmer leur leadership face à l’hégémonie occidentale. Depuis 2022, ces deux pays ont intensifié leurs efforts pour collaborer dans le domaine spatial, notamment à travers des missions conjointes, des programmes de recherche avancée et des infrastructures partagées. Ces initiatives visent non seulement à renforcer leur indépendance technologique, mais aussi à projeter leur puissance géopolitique dans un contexte de compétition accrue avec les États-Unis et leurs alliés.
Coopération spatiale sino-russe
Trois vecteurs de contestation
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Un projet lunaire commun (ILRS) Explicitement conçu comme alternative au programme Artemis, visant à fédérer une coalition spatiale non-occidentale.
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Une coordination politico‑diplomatique Sur la gouvernance de l’espace et la « prévention de l’armement » de l’orbite, pour contrer les normes américaines.
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Des synergies technologiques duales Approfondissement dans les domaines de la navigation (Beidou/Glonass), de la surveillance et de la défense antimissile.
Une asymétrie croissante
En parallèle, cette dynamique illustre une asymétrie croissante : la Russie, affaiblie par les sanctions et les coupures avec l’Europe, s’agrège au programme lunaire conduit par Pékin plus qu’elle ne le co‑pilote, tandis que la Chine instrumentalise ce partenariat pour projeter l’image d’un leadership spatial multipolaire et « non occidental ».
Déclarations sino‑russes sur la sécurité spatiale
Centrale nucléaire lunaire pour l’ILRS
Coopération renforcée sur l’ILRS
1re consultation sur les « utilisations pacifiques de l’espace »
Annonce russe d’une centrale lunaire conjointe
Mise en œuvre du programme de coopération spatiale 2023‑2027
Clarification des plans ILRS et ouverture à des partenaires
Accord sur une station scientifique lunaire conjointe
Préparation du programme spatial conjoint 2023‑2027
Recherche scientifique & innovation technologique
Une convergence hybride
En pratique, cette convergence s’appuie à la fois sur des dispositifs anciens et sur de nouvelles formes de coopération duale :
Dispositifs anciens
- Fonds conjoints d’innovation
- Centres de recherche bilatéraux
- Écosystème Skolkovo–TusPark
Nouvelles coopérations duales
- Laboratoires IA russo‑chinois
- Expérimentations de communication quantique sécurisée
- Programmes conjoints sur les nouveaux matériaux
Horizon 2025 : La fragmentation
À l’horizon 2025, cette dynamique contribue à la fragmentation de l’espace technologique mondial, en accélérant l’émergence d’un sous‑système eurasien partiellement découplé des standards et des chaînes de valeur occidentaux.
Accélération des coopérations IA Russie–Chine
Montée en puissance d’un « corridor quantique » sino‑russe
Coopération scientifique et technique plus structurée
IA comme pilier du partenariat eurasien
Expérimentation de liaisons de communication quantique
Mise en œuvre de programmes conjoints en matériaux avancés
Recentrage stratégique sur la coopération technologique
Consolidation du cadre institutionnel
Grille de lecture : Intensité de la coopération (0-10)
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