Russie-Chine : Leurs relations depuis 2022 sous les présidences de Vladimir Poutine & Xi Jinping

Propos Liminaire : Relations Sino-Russes

Depuis janvier 2022, les relations sino-russes ont connu une intensification remarquable, marquée par un réalignement géopolitique, une coopération diplomatique et technologique renforcée, ainsi qu’une dépendance accrue de la Russie envers la Chine sur les plans énergétique et financier. Ce rapprochement, largement impulsé par les bouleversements de l’ordre international, s’est traduit par une multiplication des échanges au plus haut niveau, dans un contexte de polarisation croissante entre l’Occident et les puissances révisionnistes.

Trajectoire historique (1980-2025)

De la méfiance profonde et de la quasi-rupture idéologique de 1980 (note globale 1,3), à la normalisation pragmatique marquée par un traité de bon voisinage en 2000 (note globale 4,5), puis à un partenariat stratégique étroit mais asymétrique en 2025 7,5/10 , la relation sino-russe s’est progressivement étendue à tous les domaines – diplomatie, économie, défense, cybersécurité, culture et espace – sans toutefois se transformer en alliance formelle.

Facteurs d’accélération

Plusieurs facteurs ont accéléré cette dynamique :

  • L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a provoqué un isolement diplomatique et économique majeur de Moscou. Face aux sanctions occidentales, la Chine, sans soutenir ouvertement l’agression, a absorbé une part croissante des exportations russes et facilité les transactions en yuan.
  • La montée des tensions sino-américaines sur des sujets cruciaux (Taïwan, semi-conducteurs, sécurité régionale) a renforcé chez Pékin la volonté de tisser des alliances alternatives face à l’architecture occidentale.
  • Une coopération accrue dans les domaines de l’armement, de l’intelligence artificielle, de l’espace et de la sécurité régionale a consolidé un front tactique sino-russe, sans pour autant déboucher sur une alliance militaire formalisée.
  • Enfin, des convergences apparaissent dans des zones stratégiques comme l’Arctique, même si des désaccords structurels subsistent.

Une relation déséquilibrée et pragmatique

Mais cette relation, bien que spectaculaire dans ses formes, reste profondément déséquilibrée et pragmatique. La Russie, en perte d’influence, s’inscrit de plus en plus dans une logique de dépendance vis-à-vis de la Chine : économiquement, technologiquement et diplomatiquement.

Pékin, de son côté, instrumentalise ce partenariat à des fins de consolidation régionale et d’influence globale, tout en veillant à ne pas compromettre ses intérêts vis-à-vis des marchés occidentaux. Cette prudence est manifeste dans son refus de livraisons militaires à Moscou et dans sa rhétorique ambivalente sur la guerre en Ukraine.

Limites et frictions structurelles

En outre, des frictions croissantes apparaissent sur plusieurs axes : rivalités en Asie centrale, gestion des routes commerciales, concurrence dans le domaine spatial, ou encore perception divergente du multilatéralisme. Le prétendu « axe sino-russe » se révèle donc moins comme une alliance stratégique solide que comme un alignement circonstanciel, fondé sur un rejet commun de l’ordre libéral international plutôt que sur une vision partagée du monde.

Cette chronologie thématique, présentée de la plus récente à la plus ancienne, propose une lecture critique des événements clés qui ont façonné cette relation depuis 2022. Elle met en lumière à la fois la montée en intensité du dialogue sino-russe et les limites structurelles qui entravent la consolidation d’un véritable pôle alternatif à l’Occident.

Les relations Diplomatiques

Intensité de la relation (2022-2025)
2025
7.5 /10
Diplomatie & Normes
8
2022
8.5
2023
8
2024
7.5
2025

Relation toujours stratégique, mais avec des limites de plus en plus visibles face aux intérêts globaux de Pékin.

Les relations au Sommet

Diplomatie Sino-Russe 2022-2025
Depuis 2022, la diplomatie sino-russe a connu une intensification spectaculaire, traduite par une multiplication des sommets bilatéraux, un usage renforcé des enceintes multilatérales (OCS, BRICS) et une communication stratégique coordonnée. Ces échanges de haut niveau visent à projeter une image d’unité politique face à la pression occidentale, tout en consolidant une narration partagée d’un monde en transition vers un ordre multipolaire.

Une convergence stratégique de façade

La régularité de ces rencontres, la mise en scène de la solidarité entre Vladimir Poutine et Xi Jinping, ainsi que la dénonciation récurrente de « l’hégémonisme occidental », laissent croire à une convergence stratégique profonde. Pourtant, cette diplomatie de forum repose largement sur une logique de façade : elle masque autant qu’elle révèle les tensions sous-jacentes entre les deux puissances.

Le contrôle du tempo et l’asymétrie

Pékin contrôle le tempo, impose les formats et évite toute implication directe sur les terrains sensibles, notamment en Ukraine. Moscou, de plus en plus dépendante, cherche à instrumentaliser ces séquences pour briser son isolement.

Ainsi, derrière l’activation visible du canal diplomatique, cette séquence révèle surtout l’asymétrie de la relation : la Russie affiche son alignement, la Chine préserve ses marges. Cette section retrace les moments clés de cette diplomatie stratégique depuis 2022, en mettant en lumière à la fois son intensité apparente et ses limites structurelles.



 

31 Août – 3 Septembre 2025

Déplacement officiel de Vladimir Poutine en Chine

Séquence à très forte densité symbolique et stratégique autour du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, avec une mise en scène du « dehors de l’Occident » et une démonstration de continuité diplomatique malgré les sanctions. Pour Moscou, l’enjeu est de matérialiser l’absence d’isolement et de sécuriser l’oxygène économique. Pour Pékin, il s’agit d’afficher l’axe sans assumer une logique d’alliance militaire, en cadrant la relation dans un multilatéralisme piloté par la Chine.

 

22 Août 2025

Pékin annonce la participation de Poutine et de Guterres au sommet de l’OCS

Annonce de « diplomatie de forum » où la Chine contrôle le cadre, le casting et le récit. Le message implicite est simple : l’architecture occidentale des sanctions et des alliances n’épuise pas le monde. Pour Moscou, c’est un gain symbolique. Pour Pékin, un instrument d’agenda et d’influence régionale, sous habillage de sécurité et de stabilité.

 

19 Juin 2025

Annonce de la visite de Poutine en Chine pour l’OCS et une séquence mémorielle liée à 1945

Préparation d’une visite conçue comme double signal : coordination politique durable et consolidation d’un calendrier symbolique (mémoire de la Seconde Guerre mondiale) utile aux deux récits nationaux. Objectif côté russe : afficher la profondeur diplomatique et sécuriser la continuité économique. Objectif côté chinois : soutenir sans se lier les mains et garder la main sur le tempo.

 

7 – 10 Mai 2025

Visite d’État de Xi Jinping à Moscou

Séquence d’affichage stratégique autour des commémorations de la victoire de 1945, avec un message de résistance à la pression occidentale. Les deux capitales mettent en avant une relation « structurante » et une coordination accrue sur les dossiers internationaux, tout en maintenant l’ambiguïté chinoise sur l’Ukraine : soutien politique et économique, sans endossement militaire explicite.

 

24 Février 2025

Appel Xi-Poutine au troisième anniversaire de l’invasion de l’Ukraine

Réaffirmation d’une relation présentée comme « indépendante de tout tiers » et mise en scène de la solidité du partenariat au moment même où la guerre en Ukraine reste le principal facteur de pression externe. Pékin valide l’idée de stabilité stratégique et se positionne sur la rhétorique de la « désescalade », sans rupture avec Moscou.

 

21 Janvier 2025

Sommet virtuel Xi-Poutine

Ouverture diplomatique de l’année sur un format éprouvé : signal de continuité, coordination politique et message de résilience du partenariat. Le format virtuel permet de maintenir la fréquence des échanges au sommet sans exposition inutile.

 

22 Octobre 2024

Rencontre Xi-Poutine à Kazan en marge du sommet des BRICS

La scène BRICS sert de caisse de résonance : démonstration que Moscou conserve des plateformes et des partenaires, et que Pékin dispose d’un levier multilatéral alternatif pour peser sur la réforme de la gouvernance mondiale. L’enjeu est autant narratif qu’institutionnel : coaliser le Sud politique autour d’un vocabulaire anti hégémonie.

 

3 – 4 Juillet 2024

OCS à Astana : absence de Narendra Modi en personne et fenêtre sino-russe

L’absence physique du Premier ministre indien laisse à Pékin et Moscou un espace politique plus confortable pour orienter la dynamique de l’OCS et accentuer son rôle comme forum de sécurité et de coordination eurasienne. La Chine et la Russie y projettent l’idée d’un ordre régional moins dépendant des formats occidentaux, malgré des intérêts parfois divergents en Asie centrale.

 

16 – 17 Mai 2024

Visite officielle de Vladimir Poutine en Chine : 75e année des relations diplomatiques

Séquence de consolidation : énergie, commerce, coordination politique, et mise en scène d’un partenariat au long cours. Pékin affiche l’unité tout en restant prudent face aux risques de sanctions secondaires. Les deux dirigeants appellent à une solution politique en Ukraine, tout en accusant l’OTAN d’alimenter la confrontation.

 

8 Avril 2024

Visite de Sergueï Lavrov en Chine

Déplacement dans un contexte de pression occidentale accrue sur Pékin : l’objectif chinois est de préserver ses marges de manœuvre, tandis que Moscou cherche à stabiliser le soutien politique et les circuits économiques qui restent ouverts.

 

3 Avril 2024

Pékin observe avec prudence le resserrement Moscou Pyongyang

La dynamique russo nord coréenne constitue un irritant stratégique : elle peut durcir la péninsule, compliquer la relation sino américaine et déplacer le centre de gravité régional. Pékin cherche à éviter une escalade incontrôlée, tout en ménageant son partenaire russe.

 

8 Février 2024

Appel téléphonique Xi-Poutine

Coordination politique au sommet et discours commun contre les « ingérences » occidentales. Cette séquence s’inscrit dans une routine de synchronisation stratégique et dans la préparation des échéances multilatérales de l’année.

 

17 Octobre 2023

Poutine à Pékin pour le forum des nouvelles routes de la soie

Déplacement majeur malgré le mandat d’arrêt de la CPI : démonstration que Pékin maintient l’accès de Moscou à une scène internationale de premier plan. Le discours met en avant le monde multipolaire et la critique de l’hégémonie américaine, tout en laissant transparaître l’objectif russe de limiter une dépendance totale envers la Chine.

 

12 Septembre 2023

Poutine reçoit le vice premier ministre chinois Zhang Guoqing à Vladivostok

Format de substitution mais utile : Pékin envoie une délégation de haut niveau au Forum économique oriental, Moscou entretient la dynamique politique et prépare des contacts au sommet. Signal de continuité sans surexposition.

 

28 Août 2023

Publication d’une nouvelle carte chinoise : crispations chez plusieurs voisins, dont la Russie

Le geste cartographique rappelle une réalité : le partenariat n’efface pas les sensibilités territoriales et mémorielles. Pékin affirme sa souveraineté symbolique, Moscou évite l’escalade publique, mais l’épisode nourrit un bruit de fond de méfiances latentes.

 

22 – 24 Août 2023

Sommet des BRICS à Johannesburg : poussée sino-russe en faveur de l’élargissement

La Chine et la Russie soutiennent l’idée d’une plateforme du Sud global moins dépendante des architectures occidentales, avec une rhétorique croissante sur les monnaies nationales et la réduction de la dépendance au dollar. Les objectifs ne se confondent pas totalement : Pékin vise la refonte de la gouvernance mondiale, Moscou cherche un bouclier politique et économique face à l’isolement.

 

26 Juin 2023

Mutinerie avortée de Wagner : réaction prudente de Pékin

La Chine qualifie l’épisode d’affaire intérieure et privilégie la stabilité du régime russe : soutien de principe, mais calibré, afin d’éviter l’image d’un adoubement à chaud d’une crise de pouvoir.

 

20 – 22 Mars 2023

Visite d’État de Xi Jinping en Russie

Première visite à l’étranger après la reconduction de Xi : démonstration de centralité du partenariat. La séquence combine signal politique, coordination stratégique et annonces de coopération, tout en laissant apparaître l’asymétrie croissante : Moscou a davantage besoin de Pékin que l’inverse.

 

21 Mars 2023

Déclaration conjointe Xi-Poutine après le mandat d’arrêt de la CPI

Affichage d’une « nouvelle ère » et critique de l’hégémonisme. Pékin réaffirme un discours de règlement politique sur l’Ukraine, sans basculer dans l’engagement direct. La scène vise à prouver que la Russie n’est pas seule et que la Chine peut soutenir sans se retrouver co belligérante.

 

23 Février 2023

Frontière sino-russe : attente d’une normalisation locale

La dimension diplomatique se lit aussi au ras du sol : réouvertures, flux commerciaux, et dépendances régionales. La frontière devient un indicateur concret de la capacité des deux États à réactiver l’interdépendance.

 

22 Février 2023

Visite de Wang Yi à Moscou

Séquence de signal politique : Pékin met en avant la paix et la stabilité, mais consolide les échanges et la coordination stratégique. Les Occidentaux surveillent les risques de livraisons à usage dual et l’éventualité de sanctions secondaires.

 

Octobre 2022

ONU : débat relancé sur une convention relative aux crimes contre l’humanité

Épisode révélateur des lignes de fracture : la Russie et la Chine se retrouvent dans une posture défensive face à des initiatives normatives portées par une coalition d’États. Indice de leur méfiance commune envers l’extension des instruments juridiques internationaux.

 

15 – 16 Septembre 2022

Sommet de l’OCS à Samarkand : rencontre Xi-Poutine

Première grande séquence multilatérale après le début de la guerre : Xi affiche un soutien politique général à la stabilité et à la coopération, tout en exprimant des réserves implicites sur les « inquiétudes » liées au conflit. Moscou cherche des preuves visibles de relais non occidentaux.

 

14 Septembre 2022

Nomination d’Igor Morgulov comme ambassadeur de Russie à Pékin

Geste de continuité institutionnelle : maintien d’un canal diplomatique de haut niveau et stabilisation de la relation dans un contexte de bascule stratégique.

 

4 Septembre 2022

Fin de mission d’Andrey Denisov, ambassadeur russe en Chine depuis 2013

Pékin salue un « ami de la Chine » : signal protocolaire, mais aussi rappel que la relation s’appuie sur des réseaux diplomatiques installés de longue date.

 

31 Août 2022

Décès de Mikhaïl Gorbatchev : réaction sobre en Chine

Lecture politique chinoise : Gorbatchev comme contre modèle, symbole des risques d’une libéralisation ouvrant la voie à l’effondrement du centre. L’épisode nourrit le logiciel du PCC sur la stabilité du régime.

 

23 Juin 2022

Sommet virtuel des BRICS : rhétorique multipolaire et critique des sanctions

Les deux capitales plaident pour limiter l’usage politique des sanctions et pour renforcer les formats du Sud. Le communiqué reste prudent, reflet des divergences internes du groupe.

 

16 Juin 2022

Xi réitère le soutien politique à Poutine et la logique de souveraineté

Pékin insiste sur la coopération économique et la convergence sur les enjeux de souveraineté, tout en restant sans contact direct avec Kyiv. En parallèle, des gestes militaires coordonnés contribuent à projeter une image de cohésion face aux pressions occidentales.

 

8 Juin 2022

Wang Yi en Russie : entretien avec Sergueï Lavrov

Routinisation accélérée des échanges diplomatiques : maintien de la coordination bilatérale et alignement de langage sur les dossiers régionaux et internationaux.

 

4 Février 2022

Pékin : rencontre Xi-Poutine en marge des Jeux olympiques d’hiver

Point de bascule : publication d’une déclaration conjointe présentant le partenariat comme « sans limites » et dénonçant les logiques de blocs. Cette séquence précède de quelques semaines l’invasion de l’Ukraine et constitue la matrice narrative de la relation sur la période.

« Le rapprochement Chine-Russie est un facteur de stabilité et de paix dans le monde. »

Xi Jinping

« Les alliances militaires fermées en Asie-Pacifique ciblent la stratégie américaine. »

Vladimir Poutine

« La Chine redoute une aventure militaire semant l’instabilité. »

Diplomate basé en Chine

« Il s’agit d’une relation structurante, fondée sur un adversaire commun, mais toujours plus déséquilibrée. »

Ancien ambassadeur à Pékin

« Moscou et Pékin sont devenus experts en contournement de sanctions occidentales. »

Alexandra Prokopenko

Les principales dates diplomatiques au sommet Fermer

L'avis des Experts

Consensus Expert et Chiffres Clés
Les échanges diplomatiques Chine Russie depuis 2022 peuvent donner l’illusion d’un bloc soudé, presque mécanique, tant les sommets, visites et communiqués s’empilent. Les analyses les plus solides invitent pourtant à résister à cette lecture photographique. Derrière la cadence, il y a moins une fusion idéologique qu’une architecture d’intérêts, une relation conçue pour durer parce qu’elle reste flexible, transactionnelle, et donc difficile à briser de l’extérieur.

Trois constantes du consensus expert

Un consensus se dégage sur trois constantes :

  • 1. L’absence d’idéologie commune structurante Au sens où l’était le monde soviétique.
  • 2. Une asymétrie qui s’approfondit au profit de Pékin Non pas parce que la Russie serait devenue un simple exécutant, mais parce que la guerre en Ukraine a renforcé sa dépendance commerciale, financière et technologique.
  • 3. Le caractère instrumental de la coopération Moins comme projet partagé que comme levier de négociation et de nuisance face à l’Occident.

C’est l’argument central de Joseph Torigian comme d’Alexander Gabuev, chacun à sa manière, lorsqu’ils décrivent une relation stable précisément parce qu’elle n’est pas un mariage de croyance, mais une association d’utilité.

L’interdépendance asymétrique en chiffres

Les chiffres d’échanges résument bien cette logique d’interdépendance asymétrique. Le commerce bilatéral a atteint un record :

240,1 Mrd $ En 2023
~237 Mrd $ En 2024 (Estim. Douanes Chinoises)

Ces résultats s’inscrivent sur fond de durcissement des contraintes de paiement liées aux sanctions et à la crainte de sanctions secondaires. La relation ne se réduit donc pas à une déclaration politique, elle s’est matérialisée en circuits, en infrastructures et en mécanismes financiers de contournement, y compris des dispositifs spécifiques de règlement orientés vers la Chine pour sécuriser les transactions.

En 2025, la tendance ne change pas de nature, elle change de densité. Pékin consolide son rôle de premier partenaire économique utile à la résilience russe, tout en calibrant sa distance pour protéger ses propres intérêts globaux. Moscou, lui, y gagne une respiration diplomatique et une profondeur économique, mais y perd du pouvoir de négociation.

Les travaux européens récents insistent sur ce point de méthode essentiel : il ne faut ni fantasmer une alliance totale, ni minimiser l’effet structurant de cette relation sur la sécurité européenne et sur l’économie de la guerre.

Sources : Politique étrangère, Reuters
Chronologie des Avis Experts : Chine Russie
19 Novembre 2025

Alexander Gabuev (Carnegie Russia Eurasia Center)

Confirme que la relation est devenue structurellement asymétrique. Lors du sommet de l’OCS, la Chine a empiété sur la sphère d’influence russe en Asie centrale sans réaction de Moscou. La Russie est désormais un « réservoir de ressources » sécurisé, tandis que Pékin garde une distance politique pour gérer Washington.
4 Novembre 2025

Analyse Géopolitique (Post-Sommet Xi-Mishustin)

La rencontre entre Xi et le Premier ministre russe, juste après un sommet US-Chine, illustre le double jeu de Pékin : utiliser Moscou comme levier de négociation face à Trump, tout en sacrifiant les intérêts russes si nécessaire pour la stabilité économique chinoise.
31 Octobre 2025

East Asia Forum / Reuters (Énergie)

L’accord sur le gazoduc Power of Siberia 2 est signé à des conditions draconiennes (~240$/1000m³). Pékin impose ses prix à une Russie sans alternative européenne, transformant le projet en une capitulation commerciale pour Gazprom.
16 Juin 2025

András Rácz & Alina Hrytsenko (CEPA)

Rapportent que la Chine est devenue la seule source de technologie militaire critique pour la Russie, inversant la dépendance historique. Pékin refuse toutefois l’alliance formelle pour éviter les sanctions massives.
12 Mai 2025

Yan Xuetong (Tsinghua)

Souligne la distance calculée de la Chine lors des commémorations du 80e anniversaire à Moscou. Pékin « nettoie sa vitrine » pour ne pas compromettre ses négociations avec les USA.
20 Mars 2025

Agathe Demarais (ECFR)

Met en lumière la crise des paiements du T1 2025. Les banques chinoises bloquent les transactions russes par peur des sanctions US, prouvant que l’accès au dollar reste plus vital pour la Chine que l’amitié russe.
24 Juin 2024

Joseph Torigian dans Foreign Affairs

Il souligne que l’alliance entre la Chine et la Russie renforcée par le partenariat « sans limites » signé par Xi Jinping et Vladimir Poutine en 2022, se distingue des relations sino-soviétiques passées par une absence d’idéologie commune stricte et une flexibilité stratégique accrue. Xi Jinping, influencé par les expériences de son père Xi Zhongxun avec l’Union soviétique, estime que la relation actuelle, fondée sur des intérêts anti-occidentaux et conservateurs, est plus stable et résiliente. Malgré des tensions potentielles, la coopération sino-russe est perçue comme une alliance pragmatique contre l’influence occidentale.
9 Avril 2024

Alexander Gabuev, directeur du Carnegie Russia Eurasia Center à Berlin

Analyse dans Foreign Affairs, la relation renforcée entre la Chine et la Russie, mettant en évidence la futilité des tentatives occidentales de diviser les deux puissances. Il souligne que le rapprochement observé depuis l’agression russe en Ukraine est un alignement stratégique durable, plutôt qu’une simple « alliance impie ». Cette situation, suggère Gabuev, nécessite que l’Occident prépare une réponse à long terme face à ces deux grandes puissances nucléaires, repensant sa stratégie de dissuasion et de coopération pour éviter une escalade dangereuse et des mésententes potentielles.
Repères Stratégiques
Commerce bilatéral Augmentation de 36% en 2022 (190 Mrd $). En 2023, record atteint à 240 Mrd $, dépassant les objectifs de 2025.
Secteur militaire Augmentation des exportations d’armes sophistiquées russes vers la Chine (S-400, Su-35), signe d’un rapprochement significatif.
Infrastructures Extension massive des pipelines, chemins de fer, ports et ponts pour faciliter les flux énergétiques et commerciaux transfrontaliers.
Exercices conjoints Hausse de la fréquence et de l’interopérabilité des manœuvres navales et aériennes entre les deux armées.
28 Mars 2024

Sebastien Faletti du Figaro

Pékin adopte une posture de médiateur entre Kiev et Moscou, cherchant à s’affirmer en tant que grande puissance mondiale. Tout en exprimant ses condoléances à Vladimir Poutine après l’attentat terroriste à Moscou, la Chine évite de prendre parti dans les accusations entre la Russie et l’Ukraine. Elle cherche à promouvoir des négociations de paix et propose une conférence incluant toutes les parties concernées, tout en maintenant une neutralité apparente. Cette démarche s’inscrit dans la stratégie diplomatique de Pékin pour renforcer son influence mondiale et contrer les États-Unis et la Russie.
8 Février 2024

Thierry Wolton dans l’Express

Spécialiste du communisme, il décortique les tensions croissantes entre la Russie, la Chine et les démocraties occidentales. Il met en lumière les similarités entre Poutine et Xi Jinping, affirmant qu’ils ont des logiciels politiques communs. Il souligne l’aveuglement des Occidentaux face à leurs actions et motivations. Pour Wolton, l’agression russe et chinoise est motivée par la crainte des contre-modèles démocratiques à leurs frontières, tels que l’Ukraine et Taïwan. Il décrit la coalition russo-chinoise comme une alliance opportuniste basée sur des intérêts communs.
24 Juillet 2023

Alicja Bachulska, Conseil européen des relations étrangères

Écrit dans The Diplomat que le jeu de pouvoir entre la Chine et la Russie montre que Pékin a actuellement l’avantage, renforcé par la guerre en Ukraine et les sanctions occidentales. La Chine prolonge les négociations sur le pipeline Power of Siberia 2 pour tirer parti de sa position de force. Bien que la Chine soit devenue le partenaire le plus influent, la dynamique reste complexe, Moscou conservant un savoir-faire technologique précieux.
30 Juin 2023

Howard French, Foreign Policy

Indique que la mutinerie contre Poutine met en évidence les faiblesses de son régime, remettant en question toute notion de partenariat idéologique solide. Xi Jinping, engagé dans un contrôle politique strict, doit être consterné par la décadence du régime moscovite. Malgré les liens étroits, la Chine voit désormais la Russie potentiellement comme un problème plutôt que comme un allié fiable.
29 Juin 2023

Craig Singleton, Foundation for Defense of Democracies

La révolte du groupe Wagner a suscité des réflexions profondes en Chine. Pour Xi, cela a renforcé ses craintes quant à l’instabilité interne. Xi critique la propension de Poutine à partager le pouvoir et à tolérer des factions rivales. La différence d’interprétation sur l’effondrement de l’URSS reflète leurs approches divergentes : Xi mise sur l’idéologie et le contrôle, Poutine sur la cooptation des élites.
14 Avril 2023

Eugene Chausovsky, Newlines Institute

Met en évidence les similitudes entre les défis russes en Ukraine et ceux de la Chine à Taïwan. Plutôt que le tout-militaire, la Russie a utilisé une stratégie économique sélective pour contrer l’Occident. La Chine pourrait exploiter sa relation avec des fournisseurs d’énergie clés de Taïwan (Russie, Arabie saoudite) pour exercer des pressions économiques indirectes sur l’île.
4 Avril 2023

Jo Inge Bekkevold, Institut norvégien d’études de défense

Estime que la proposition de paix chinoise pour l’Ukraine est une manœuvre diplomatique visant à renforcer sa position dans la rivalité mondiale avec les USA. La Chine cherche à se positionner comme médiateur pour le Sud global, à rétablir ses relations avec l’Europe en montrant son utilité diplomatique, et à préparer un rôle dans la reconstruction de l’Ukraine d’après-guerre.
29 Mars 2023

Blake Herzinger

La guerre en Ukraine a modifié l’équilibre géopolitique en Asie, attirant l’attention de l’OTAN sur l’Indo-Pacifique (Japon, Corée du Sud). La guerre a souligné l’interconnexion des défis géopolitiques mondiaux, rendant impossible pour la Chine de rester à l’écart des tensions régionales et poussant les membres de l’OTAN à s’engager davantage dans la dissuasion face à Pékin.
28 Mars 2023

Renaud Girard, Le Figaro

Xi Jinping envoie un message de défi aux Occidentaux en soutenant Poutine malgré ses inculpations, affirmant l’autonomie géopolitique de la Chine. Les médias occidentaux ont sous-estimé l’importance symbolique de cette visite. Cette posture résonne avec le scepticisme du tiers-monde envers l’hypocrisie perçue des interventions occidentales passées.
22 Mars 2023

Philipp Ivanov

Observe une inversion de la dynamique de pouvoir : la relation actuelle est celle d’un « grand frère » (Chine) et d’un « petit frère » (Russie). La Russie, affaiblie et dépendante, reste une puissance nucléaire mais subordonnée économiquement. La Chine reste prudente, cherchant à éviter toute implication trop profonde dans le conflit ukrainien.
21 Mars 2023

Thierry Wolton, Le Figaro

Moscou et Pékin partagent un même adversaire (les démocraties) et des motivations historiques similaires. Si la guerre en Ukraine sert les intérêts chinois en affaiblissant l’Occident, elle présente aussi des inconvénients majeurs (unité transatlantique renforcée, impact économique). Wolton met en garde contre les dangers d’une domination chinoise mondiale.
8 Mars 2023

Sylvie Kaufmann, Le Monde

L’amitié « sans limites » trouve ses limites, qui ne sont pas en faveur de la Russie. La Chine maintient une neutralité ambiguë et refuse l’aide militaire directe, craignant une escalade néfaste. Cette posture renforce son ascendant sur la Russie tout en lui permettant de tenter de renouer avec l’Europe.
2 Mars 2023

Jean de Gliniasty, ex-ambassadeur

Note que le plan chinois favorise à la fois la Russie et l’Ukraine mais positionne surtout la Chine comme garant incontournable. Il n’y a pas d’alliance durable, mais une convergence d’intérêts. L’Occident doit s’inquiéter de cette implication croissante qui conteste sa domination.
22 Septembre 2022

Bruno Tertrais, Le Monde

La guerre en Ukraine accentue les dynamiques existantes (renforcement OTAN/UE vs collaboration Chine/Russie) sans figer le monde en blocs rigides. La relation sino-russe révèle un partenariat où la Chine occupe désormais une position dominante, dans une réalité internationale complexe où la dissuasion nucléaire freine les conflits directs.
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Crises et tensions géopolitiques

Le conflit Ukrainien

Posture Chine Ukraine

Une neutralité orientée

Depuis le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la Chine adopte une posture officiellement neutre mais politiquement orientée. Pékin refuse de condamner l’agression de Moscou, qu’elle qualifie prudemment d’« opération spéciale », tout en rejetant la logique des sanctions occidentales qu’elle accuse d’alimenter l’instabilité mondiale.

L’objectif : préserver les intérêts et l’image

Sous couvert d’objectivité diplomatique, la Chine cherche avant tout à préserver ses intérêts économiques, à consolider son image de puissance modératrice, et à tirer profit de l’isolement croissant de Moscou. Elle propose en 2023 un plan de paix en douze points, sans y impliquer d’exigence concrète vis-à-vis de la Russie, tout en appelant à des négociations incluant toutes les parties. Cette posture ambiguë permet à Pékin de se présenter comme un acteur de stabilité sans s’aliéner ses partenaires commerciaux occidentaux.

Le révélateur de l’asymétrie stratégique

En réalité, le conflit ukrainien agit comme un révélateur de l’asymétrie stratégique sino-russe. La Chine profite de la faiblesse russe pour accroître sa domination énergétique et monétaire, tout en refusant tout engagement militaire ou politique clair aux côtés de Moscou. L’Ukraine devient ainsi un test de la limite du partenariat sino-russe : convergence tactique, mais divergence stratégique.








 

 

3 Décembre 2025

Wang Yi à Moscou : « Promouvoir la paix »

En pleine séquence de discussions diplomatiques sur une issue négociée, Pékin met en scène une continuité : discours de paix, « communication stratégique » avec Moscou, et rejet implicite de l’approche occidentale par pression économique. L’enjeu est double : apparaître comme acteur incontournable pour toute sortie de crise, sans rompre l’axe politique avec la Russie au moment où celui-ci reste central pour l’équilibre eurasien voulu par Pékin.

Source : Reuters

 

13 Mai 2025

Déclaration conjointe Chine-Brésil sur l’Ukraine

La Chine et le Brésil saluent l’idée d’ouvrir des pourparlers et posent explicitement le dialogue direct comme « seule voie » pour terminer la guerre. Ce cadrage prolonge la stratégie chinoise depuis 2024 : internationaliser la médiation en s’adossant à un partenaire du Sud global, déplacer le centre de gravité diplomatique hors du cadre euro-atlantique, et légitimer une solution où Moscou est partie prenante dès le départ.

Source : Conseil d’État de Chine

 

8 Mai 2025

Xi Jinping à Moscou : Séquence de légitimation croisée

La visite et les déclarations publiques renforcent la lecture d’un partenariat stratégique durable, tout en laissant Pékin conserver sa posture de « solution politique ». Le contexte est celui d’une Russie sous pression et d’une Chine soucieuse d’éviter l’isolement économique global. Le résultat politique est surtout un message de solidité au reste du monde : la relation tient, et Pékin peut défendre un rôle de médiateur tout en s’affichant au Kremlin.

 

14 Mars 2024

La Chine et la crise en Ukraine : Passivité calculée

La Chine adopte une attitude plutôt passive, tout en continuant à accuser l’OTAN et les États-Unis de fournir des armes. La prolongation du conflit n’est pas jugée positive à Pékin (impact économique), qui cherche à profiter des ouvertures pour peser en faveur d’une solution négociée. La Chine pousse pour que la Russie soit invitée au sommet pour la paix organisé par la Suisse, considérant cet événement comme le premier d’une série visant à jeter les bases de la paix et à renforcer son image de faiseur de paix.

 

24 Février 2023

Plan de paix chinois en 12 points

La Chine présente un plan soulignant la nécessité d’un règlement politique et de la reprise du dialogue. Cependant, des inquiétudes surgissent quant à la possibilité de livraisons d’armes (drones) à la Russie, malgré le silence officiel. La position chinoise, qui évoque la souveraineté, est interprétée comme un rappel implicite des revendications sur Taïwan. Pékin cherche, par cette neutralité affichée, à se réserver la possibilité d’agir selon ses propres intérêts.

 

24 Février 2022

Refus du terme « Invasion »

Hua Chunying, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, déclare que l’offensive militaire russe n’est pas une « invasion ». La Chine adopte une position délicate, appelant à la retenue pour éviter l’escalade tout en refusant de condamner la Russie.

 

21 Février 2022

Prudence initiale face au conflit

La Chine adopte une position prudente, appelant au dialogue tout en évitant un soutien public. Certains estiment que l’escalade pourrait indirectement servir les intérêts chinois en renforçant la dépendance russe. L’invasion signale la fin de l’ère post-guerre froide et exacerbe le clivage régimes autoritaires / démocraties, avec des répercussions économiques mondiales sévères.

 

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Sanctions économiques et impacts

Analyse : Sanctions et Asymétrie Économique

Le choc des sanctions

Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, les sanctions économiques imposées par les États-Unis, l’Union européenne et leurs alliés ont profondément bouleversé les équilibres économiques mondiaux. La Russie, visée de manière massive dès les premières semaines du conflit, a vu ses canaux financiers internationaux fermés, ses exportations restreintes, et ses principaux groupes stratégiques ciblés. La Chine, de son côté, subit depuis 2022 une pression croissante sur ses secteurs technologiques de pointe (semi-conducteurs, intelligence artificielle, cybersécurité), bien que dans une moindre mesure.

Une logique hautement asymétrique

Ce contexte a accéléré le rapprochement économique sino-russe, mais dans une logique hautement asymétrique. Tandis que Moscou, isolée, cherche à préserver ses capacités commerciales et financières, Pékin instrumentalise cette dépendance pour renforcer sa position dans les chaînes d’approvisionnement, les flux énergétiques et la gouvernance monétaire alternative.

Les piliers de la restructuration

  • Une déconnexion progressive des circuits occidentaux
  • Une reconfiguration opaque des routes commerciales via des partenaires tiers
  • Une affirmation du yuan comme outil de contournement
  • Et une vulnérabilité croissante de la Russie face à l’agenda économique chinois.

Cette section retrace, à travers une chronologie inversée, les événements clés de cette dynamique de sanctions, révélatrice d’un rapport de forces profondément déséquilibré.

Chronologie : Sanctions et Contournements
20 Novembre 2025

La « sur-conformité » des banques chinoises

Face au risque accru de sanctions secondaires américaines, les grandes banques d’État et les raffineries chinoises durcissent leurs procédures de conformité (compliance). Elles commencent à refuser le financement et le déchargement des cargaisons issues de la « flotte fantôme » russe. Ce tournant marque une segmentation claire : la Chine « systémique » se protège pour garder l’accès au dollar, laissant les acteurs périphériques gérer le risque russe.
12 Février 2025

Ciblage de la « Supply Chain » chinoise

L’UE, le Royaume-Uni et le Canada sanctionnent pour la première fois un large spectre d’entités chinoises et hongkongaises accusées de fournir des biens à double usage (électronique, pièces de drones) à l’armée russe. Pékin proteste contre ces mesures unilatérales mais n’engage pas de représailles massives, acceptant de facto que ses entreprises impliquées soient exclues des marchés occidentaux pour maintenir le flux logistique vers Moscou.
15 Janvier 2025

Adoption de nouvelles sanctions technologiques

Les États-Unis et leurs alliés adoptent des sanctions technologiques ciblées contre la Chine, interdisant l’exportation de semi-conducteurs avancés et de technologies critiques. Pékin accuse Washington de « guerre économique ».
5 Octobre 2024

Effondrement partiel du système bancaire russe

Sous l’effet des sanctions occidentales, plusieurs grandes banques russes font face à des difficultés financières majeures, exacerbant la crise économique dans le pays. Pékin intensifie son soutien financier à Moscou.
20 Juin 2024

Embargo européen sur le gaz russe

L’Union européenne met en œuvre un embargo sur les importations de gaz russe, provoquant une flambée des prix de l’énergie en Europe. Pékin profite de la situation pour renforcer ses exportations de gaz naturel liquide (GNL) vers le continent.
10 Décembre 2023

Contournement des sanctions via des partenaires tiers

La Chine et la Russie développent des mécanismes pour contourner les sanctions occidentales, notamment via des accords avec des pays comme l’Iran et la Turquie. Ces initiatives renforcent leur résilience économique.
15 Octobre 2022

Le mégayacht « Nord » d’Alexeï Mordachov à Hongkong

La présence du mégayacht « Nord » de l’oligarque russe Alexeï Mordachov, ciblé par les sanctions occidentales, dans le port de Hongkong, soulève des inquiétudes. Mordachov, dont la fortune était estimée à 29 milliards $ avant les sanctions, voit son yacht évalué à environ 500 millions $ devenir un point de discorde à Hongkong, qui cherche à maintenir son image de centre financier mondial tout en naviguant entre les sanctions des Nations unies et les pressions occidentales.
15 Mars 2022

Gel des avoirs russes par les Occidentaux

Les pays occidentaux gèlent les avoirs de la Banque centrale russe, provoquant une chute du rouble et une crise financière majeure. Pékin critique ces mesures comme étant « illégitimes » et propose des alternatives au système financier occidental.
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Les relations Economiques & Financières

Intensité de la relation (2022-2025)
2025
7.5 /10
Économie & Finances
6.5
2022
7.5
2023
8
2024
7.5
2025

Relation dense mais plafonnée. Pékin reste pragmatique face aux risques de saturation et de sanctions secondaires.

Echanges Commerciaux et Flux Financiers

Les échanges commerciaux & Flux Financiers

Les sanctions occidentales ont contraint la Russie à adopter des solutions alternatives pour ses transactions financières et commerciales. La Chine joue un rôle central dans cette transition, notamment via l’utilisation croissante du yuan, le développement de systèmes de paiement alternatifs, et la coopération bancaire. Cette dédollarisation progressive renforce l’influence monétaire chinoise mais accroît également la dépendance financière russe.
280 Mds $ Commerce Bilatéral (Est. 2024)
35 % Part Importations Russes
5 % Part Importations Chinoises
Évolution des échanges sino-russes (2021-2024)
Année Commerce Bilatéral ($) Import. Russes (%) Import. Chinoises (%)
2021 147 Mds
20 %
2 %
2022 190 Mds ↗ +29 %
24 %
3 %
2023 240 Mds ↗ +26 %
30 %
4 %
2024 (Est.) 280 Mds ↗ tendance
35 %
5 %

Note : Les pourcentages « Importations » reflètent la part de marché du partenaire dans les importations totales du pays concerné.



2025

 

20 Juillet 2025

Zone de libre-échange « Extrême-Orient »

Lancement d’une zone économique spéciale à la frontière Amour–Heilongjiang. Pékin obtient des avantages fiscaux et douaniers inédits, consolidant son implantation industrielle dans une région russe sous-développée, désormais intégrée de facto aux circuits productifs chinois.

 

21 Mars 2025

« Yuanisation » de l’économie russe à 60 %

La Banque centrale russe annonce que le yuan représente désormais plus de 60 % des règlements commerciaux extérieurs et de l’épargne en devises des entreprises. Moscou entérine la sortie du dollar, mais scelle aussi sa dépendance au système monétaire chinois.

 

10 Janvier 2025

La Chine, fournisseur technologique exclusif

Les données douanières indiquent que 92 % des composants électroniques importés par la Russie en 2024 proviennent de Chine. Cette dépendance technologique massive fragilise l’autonomie industrielle russe, notamment dans le secteur de la défense.

2024

 

21 Mars 2024

Plan de substitution totale au dollar

La Banque centrale russe présente une stratégie visant à porter à 50 % la part des transactions commerciales en yuan d’ici fin 2024. Cette mesure s’inscrit dans une dédollarisation accélérée, mais positionne le yuan comme levier de contrôle indirect.

 

7 Février 2024

Blocage des paiements par des banques chinoises

Des entreprises russes signalent l’interruption soudaine de règlements par certaines grandes banques chinoises, sans justification officielle. Cet épisode révèle la précarité de la confiance financière bilatérale et la primauté des contraintes réglementaires chinoises.

 

5 Janvier 2024

Pékin devient premier fournisseur de la Russie

Avec plus de 30 % des importations russes, la Chine dépasse l’Union européenne, confirmant un réalignement commercial complet. Cette domination concerne les biens de consommation, les équipements industriels et l’automobile.

2023

 

31 Décembre 2023

Record du commerce sino-russe

Les échanges commerciaux atteignent 240,1 milliards de dollars, en hausse de 26 % par rapport à 2022. Pour la première fois, la Chine devient le premier exportateur mondial d’automobiles, en grande partie grâce au marché russe, qui absorbe plus de 450 000 véhicules.

 

12 Décembre 2023

Accord stratégique sur les terres rares

Pékin et Moscou signent un partenariat pour exploiter les gisements sibériens de terres rares. La Chine sécurise ainsi ses chaînes de valeur technologiques, en échange de financements dans des zones à faible densité industrielle en Russie.

 

1er Juin 2023

Accès chinois au port de Vladivostok

La Chine obtient un accès logistique privilégié au port russe de Vladivostok, facilitant le commerce des provinces du nord-est et illustrant la réintégration économique régionale sous leadership chinois.

 

24 Mai 2023

Accords bilatéraux sur les investissements

Une série d’accords vise à renforcer les exportations agricoles russes vers la Chine, les investissements directs chinois et la coopération logistique, notamment dans les corridors de transport terrestre.

 

6 Avril 2023

Première transaction gazière en yuan

Gazprom officialise l’usage du yuan pour ses ventes de gaz à la Chine. Cette étape marque un basculement monétaire historique et renforce l’emprise financière de Pékin sur les exportations russes.

 

16 Janvier 2023

Le yuan devient référence sur le marché des changes russe

Le marché des devises russes, suspendu depuis février 2022, rouvre en faisant du yuan la principale monnaie d’échange. Cette décision traduit un réalignement monétaire volontaire, mais risqué.

2022

 

15 Décembre 2022

Renaissance industrielle sous dépendance

La relance de la marque Moskvitch à Moscou illustre la dépendance de la Russie à la Chine : les modèles produits sont des véhicules chinois rebadgés, issus d’une chaîne d’assemblage reprise à Renault.

 

6 Septembre 2022

Gazprom et CNPC passent au yuan et au rouble

Les deux entreprises annoncent la fin de l’utilisation du dollar dans leurs transactions, adoptant une double facturation yuan/rouble. Ce virage monétaire symbolise une rupture avec les normes financières occidentales.

 

15 Mars 2022

Gel des avoirs russes, électrochoc stratégique

La Russie perd l’accès à près de 300 milliards de dollars de ses réserves. Pékin, tout en refusant d’aider Moscou à les récupérer, accélère ses propres mécanismes de protection d’actifs et ses stratégies de dédollarisation, tirant les leçons de la vulnérabilité russe.

 

4 Février 2022

Déclaration conjointe de Pékin : lancement d’un axe économique

Xi Jinping et Vladimir Poutine annoncent des accords commerciaux majeurs (117,5 milliards $), centrés sur l’énergie, les infrastructures et la dédollarisation. Cette séquence inaugure le cycle de substitution économique et financière en cours.
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Secteur énergétique & Infrastructures

Energie : Axe Structurant
L’énergie est l’axe structurant du rapprochement sino-russe depuis 2022. L’invasion de l’Ukraine, puis les sanctions occidentales, ont provoqué un réalignement rapide des flux russes vers l’Asie, avec la Chine en premier débouché. Pékin a saisi cette fenêtre avec méthode : volumes accrus, rabais, conditions contractuelles strictes, tout en évitant de transformer l’énergie en garantie politique explicite pour la guerre.

Transformation des artères eurasiatiques

Cette dynamique ne se réduit pas à un redéploiement commercial. Elle s’inscrit dans une transformation concrète des artères eurasiatiques : gazoducs, corridors ferroviaires, hubs portuaires, montages logistiques, et coopérations industrielles, qui rendent la relation plus difficile à défaire.

  • Force de Sibérie 1 atteint sa pleine capacité contractuelle autour de 38 milliards de m³ par an et devient un pilier du pivot gazier russe.
  • Force de Sibérie 2 reste l’objet d’une bataille de prix et de risques, “validée” politiquement mais sans bascule industrielle rapide, ce qui illustre la règle centrale : la Chine décide du tempo.

Le piège de la dépendance

Derrière l’affichage, l’asymétrie s’approfondit :

  • La Russie a besoin de débouchés et de recettes.
  • La Chine veut une option énergétique stable parmi d’autres, à bas coût, sans exposition excessive aux sanctions secondaires.

Résultat : Moscou perd du pouvoir de fixation des prix, accepte des décotes pour préserver les volumes, et se retrouve enfermée dans une dépendance de demande et de logistique où Pékin arbitre entre opportunité économique et prudence systémique.

L’énergie cesse d’être un atout symétrique et devient un levier géoéconomique principalement tenu par la Chine. La chronologie ci-dessous retrace les jalons de cette dépendance, ses accélérations, et ses limites.

Chronologie : L’Axe Énergétique
2025
8 Décembre 2025

GNL russe sanctionné livré en Chine depuis Portovaya

Malgré les sanctions américaines renforcées sur le GNL russe début 2025, un méthanier transportant du gaz liquéfié depuis l’usine de Portovaya atteint le terminal de Beihai en Chine. Cette livraison montre que les sanctions ne suppriment pas les flux, mais les rendent plus coûteux, risqués et concentrés sur des routes maritimes sous contrôle chinois.
3 Septembre 2025

Force de Sibérie 2 présenté comme « plus avantageux que l’Europe » pour la Chine

Au terme d’une visite de Vladimir Poutine en Chine, Moscou affirme que le futur gazoduc offrira à Pékin un prix inférieur à celui que l’Europe payait avant 2022. Derrière l’annonce, une réalité persistante : le prix, les risques et le calendrier industriel restent non finalisés, soulignant que le projet est encore plus un outil diplomatique qu’un levier économique concret.
2 Septembre 2025

Feu vert politique à Force de Sibérie 2, sans contrat dur

Gazprom annonce un nouveau mémorandum d’accord et une « bénédiction » politique du projet Force de Sibérie 2, mais sans accord ferme sur les prix. Cela illustre une stratégie typique : Pékin valide symboliquement, sans s’engager contractuellement, gardant la main sur les termes finaux.
20 Janvier 2025

La Russie devient le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine en 2024

Selon les douanes chinoises, Moscou a fourni plus de pétrole que tout autre pays en 2024, grâce à des rabais agressifs et à la volonté chinoise de constituer des réserves stratégiques. Ce basculement confirme que le pivot énergétique russe s’est d’abord fait par le pétrole, bien plus rapide et flexible que le gaz.
2024
20 Décembre 2024

Hausse de 40 % des exportations de gaz vers la Chine

Moscou renforce sa dépendance à Pékin, confirmant un pivot énergétique définitif vers l’Asie. Les exportations de gaz russe vers la Chine atteignent des niveaux record, consolidant leur interdépendance énergétique.
5 Juin 2024

Retards et enjeux du projet Force de Sibérie 2

Le projet de gazoduc Force de Sibérie 2, crucial pour la Russie afin de compenser la chute des exportations de gaz vers l’Europe, rencontre des obstacles en raison des exigences de la Chine pour des tarifs bas et des engagements limités. La construction est retardée malgré l’« amitié sans limite » entre Moscou et Pékin.
5 Mai 2024

Inauguration du gazoduc Force de Sibérie 2

Le pipeline Power of Siberia 2 est inauguré, augmentant significativement les exportations de gaz russe vers la Chine. Ce projet permettra de transporter 50 milliards de m³ de gaz par an, consolidant l’interdépendance énergétique sino-russe.
2023
18 Octobre 2023

Accords commerciaux au Forum des Nouvelles Routes de la Soie

Lors du Forum des Nouvelles Routes de la Soie, la Chine et la Russie annoncent de nouveaux investissements dans les infrastructures ferroviaires et l’augmentation des exportations agricoles russes vers la Chine. Le commerce bilatéral atteint 200 milliards de dollars (+30 % en un an).
12 Juin 2023

Transactions chinoises dans le secteur du gaz

Les transactions massives de la Chine dans le secteur du gaz suscitent des interrogations sur sa complicité avec la Russie, notamment avant l’invasion de l’Ukraine. Les entreprises chinoises ont monopolisé les achats mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), représentant jusqu’à 91 % des transactions mondiales.
23 Mai 2023

Augmentation de 40 % des approvisionnements énergétiques

Les approvisionnements énergétiques russes vers la Chine vont augmenter de 40 % en 2023, selon le vice-Premier ministre chargé de l’Énergie Alexandre Novak.
20-22 Mars 2023

Accord pour la construction du gazoduc Force de Sibérie 2

Un accord est signé pour la construction du gazoduc Force de Sibérie 2, qui transportera 50 milliards de m³ de gaz par an vers la Chine. Ce projet marque une étape cruciale dans le pivot énergétique de la Russie vers l’Asie.
1er Janvier 2023

Domination sino-russe du commerce de l’atome

Moscou et Pékin dominent sans conteste le commerce mondial de l’atome. Sur les 59 réacteurs en construction dans le monde, 22 sont en Chine et 25 sont de technologie russe, mettant en évidence l’ascension géopolitique des deux pays dans ce secteur stratégique.
2022
21 Décembre 2022

Record du commerce sino-russe

Le commerce sino-russe atteint un record de 190 milliards de dollars. Les exportations russes vers la Chine augmentent de 29 %, principalement grâce à une hausse de 55 % des exportations de pétrole.
6 Septembre 2022

Gazprom et CNPC adoptent le yuan et le rouble

Gazprom et la China National Petroleum Corporation (CNPC) ont décidé que les paiements pour le gaz russe se feraient désormais en yuans et en roubles, écartant le dollar et l’euro.
15 Juin 2022

Hausse de 55 % des exportations de pétrole russe vers la Chine

Face aux restrictions européennes, Moscou multiplie ses exportations de pétrole vers Pékin, accordant des rabais de 30 % sur le brut. La Chine devient ainsi le principal client des hydrocarbures russes.
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Focus sur l'ARTICQUE

Chronologie Arctique 2022-2025
Si l’Arctique a longtemps été une « zone blanche » dans la coopération sino-russe, la période 2022-2025 marque un tournant sécuritaire et logistique. La méfiance russe historique s’efface progressivement devant la nécessité économique et le besoin de sécuriser la Route maritime du Nord (NSR) face à l’OTAN élargie.

L’ouverture de l’Arctique russe à la Chine

Afficher la chronologie détaillée (2022-2025)
31 août 2025 Premières livraisons de GNL d’Arctic LNG 2 vers la Chine

Des sources spécialisées rapportent la première livraison officiellement identifiée de gaz naturel liquéfié en provenance du projet Arctic LNG 2 vers un terminal chinois. Ces flux interviennent dans un contexte de sanctions américaines strictes contre le projet, qui ont contraint Moscou à réorienter ses exportations vers l’Asie. Pékin accepte ainsi de devenir le débouché principal de ce projet emblématique du pivot énergétique russe vers l’Est, tout en exposant ses entreprises aux risques de sanctions secondaires. La livraison inaugure une phase de dépendance renforcée, mais aussi de prudence stratégique pour la Chine.

Mai 2025 Quatrième réunion du groupe de travail sino-russe sur l’Arctique

À Moscou, des responsables russes et chinois tiennent une réunion conjointe consacrée à la coopération dans l’Arctique. Cette rencontre aboutit à la création d’une commission bilatérale sur la Route maritime du Nord (NSR), chargée de coordonner les développements portuaires et logistiques. L’objectif affiché est une forte augmentation des tonnages entre ports russes et terminaux chinois d’ici 2030. L’armateur chinois NewNew Shipping Line est mis en avant comme acteur-clé du corridor « Arctic Express n°1 », reliant la mer Blanche à la Chine.

20 mars 2025 Déploiement de systèmes de surveillance sino-russes

Pour la première fois, Moscou et Pékin annoncent le déploiement conjoint de systèmes de surveillance aérienne et maritime en Arctique. Cette installation de capteurs et radars vise à renforcer la coordination sécuritaire sur la NSR et à surveiller les mouvements militaires et commerciaux dans la région. Si les deux capitales insistent sur un usage « pacifique », cette initiative est perçue à Washington comme un signal supplémentaire d’une « militarisation rampante » aux marges de l’Arctique.

2024–2025 Patrouilles sino-russes de garde-côtes dans le Grand Nord

Plusieurs rapports documentent une intensification des patrouilles conjointes de garde-côtes russes et chinois dans les approches arctiques, notamment en mer de Béring et dans le Pacifique Nord. Ces opérations sont souvent présentées comme des missions de sécurité maritime, mais les autorités américaines les interprètent comme des démonstrations de coordination stratégique aux abords des zones sensibles. L’OTAN renforce en parallèle ses dispositifs dans le Grand Nord, notamment au Groenland et en Scandinavie.

12 septembre 2024 Modernisation de la base américaine de Pituffik (Groenland)

En réponse au resserrement des liens sino-russes en Arctique, les États-Unis annoncent la modernisation de leur base militaire de Pituffik au Groenland, avec des capacités accrues de surveillance satellitaire et de détection de missiles. Cette décision reflète une prise au sérieux de la menace de contournement stratégique par l’Arctique, mais aussi la volonté de sécuriser les routes maritimes polaires et l’accès aux ressources du Grand Nord.

8 septembre 2024 Interception d’aéronefs sino-russes en Arctique

Des avions militaires chinois et russes sont détectés puis escortés par l’armée américaine après avoir pénétré la zone d’identification de défense aérienne en mer de Béring. Il s’agit d’une première démonstration coordonnée de puissance aérienne sino-russe dans les marges arctiques, signalant un basculement dans la posture sécuritaire conjointe. L’incident met en évidence le flou entre opérations d’entraînement, surveillance conjointe et projection de puissance.

15 juillet 2024 Premières incursions militaires sino-russes en Arctique

Des forces militaires chinoises et russes effectuent une incursion coordonnée dans l’Arctique, rapidement interceptée par l’US Navy. Cette opération est interprétée comme un test de seuil, visant à mesurer les réactions occidentales et à affirmer la liberté d’action du tandem sino-russe dans une zone traditionnellement dominée par les puissances atlantiques.

1er mars 2024 Coopération prudente entre Pékin et Moscou

Marc Lanteigne, dans The Diplomat, souligne que la coopération sino-russe en Arctique est marquée par une tension permanente entre intérêts communs (routes, énergie, influence) et divergences structurelles (souveraineté, institutions, armée). Alors que Moscou veut préserver un contrôle national sur la NSR, Pékin cherche un accès stable aux ressources et aux routes sans s’impliquer dans les dispositifs militaires russes.

2023–2024 Infrastructures stratégiques et « Route de la soie polaire »

À partir de 2023, la Chine augmente ses investissements dans les infrastructures russes du Nord : ports de Mourmansk, Arkhangelsk, terminaux de transbordement, et participation à des projets miniers comme le gisement de lithium de Kolmozerskoïe. Cette stratégie s’inscrit dans la vision d’une « Route de la soie polaire », destinée à relier plus rapidement l’Asie à l’Europe tout en renforçant l’ancrage chinois dans l’Arctique. Cette montée en puissance économique est perçue comme une tentative de redéfinir les règles informelles de la gouvernance arctique.

8 octobre 2023 Accès préférentiel de la Chine aux ports arctiques russes

En échange de financements chinois pour moderniser ses ports arctiques, la Russie accorde à Pékin des droits de transit prioritaire. Cette décision matérialise une dépendance logistique croissante, avec la Chine qui devient indispensable pour la viabilité économique des corridors polaires. L’accord suscite l’inquiétude de plusieurs États membres du Conseil de l’Arctique, écartés de ces nouvelles dynamiques bilatérales.

8 septembre 2022 Intensification de la coopération énergétique

Dans un contexte de sanctions croissantes contre la Russie, la Chine accentue son implication dans les projets énergétiques du Grand Nord, notamment l’usine de gaz liquéfié Yamal LNG. Pékin évoque même une intégration de cette coopération dans l’initiative de la « Route de la soie polaire ». Washington, Bruxelles et Tokyo expriment leurs inquiétudes face à cette reconfiguration des flux énergétiques et logistiques sous leadership sino-russe.

Le point de vigilance :

Malgré ces avancées, la Russie refuse toujours à la Chine le droit de mener des recherches scientifiques *autonomes* dans sa zone économique exclusive (ZEE) arctique, craignant que ces données (bathymétrie, salinité) ne servent à la guerre sous-marine future.

Défense & Sécurité

Intensité de la relation (2022-2025)
2025
6.5 /10
Défense & Sécurité
7
2022
7
2023
6
2024
6.5
2025

Accent sur les exercices multilatéraux ; posture de convergence stratégique, mais sans alliance formelle ni automatique.



 

Depuis 2022, la coopération militaire sino-russe s’est accélérée de manière spectaculaire, reflétant une volonté partagée de contester la domination militaire occidentale, notamment américaine, en Asie-Pacifique, en Arctique et au Moyen-Orient. Ce rapprochement se traduit par une intensification des exercices conjoints, des transferts technologiques, et une coordination stratégique visible dans les patrouilles navales, les simulations antimissiles et les initiatives trilatérales.

Ni alliance formelle, ni équilibre

Il ne s’agit toutefois pas d’une alliance militaire formelle. Pékin veille à maintenir une certaine ambiguïté, refusant toute assistance directe à la guerre en Ukraine, tout en livrant à Moscou des équipements à double usage et en multipliant les signaux de solidarité stratégique.

L’asymétrie est évidente : la Russie, affaiblie économiquement et militairement, s’appuie sur la Chine pour moderniser certains secteurs de sa défense, tandis que Pékin bénéficie de l’expérience tactique russe et accroît sa capacité de projection régionale, sans en assumer pleinement le coût diplomatique.

Les piliers de la coopération

Dans ce contexte, la coopération militaire entre les deux pays repose sur quatre piliers :

  • Des exercices conjoints de plus en plus fréquents et complexes.

  • Le transfert discret de technologies sensibles, notamment dans les drones.

  • Une coordination stratégique en mer de Chine, dans l’Arctique et au Moyen-Orient.

 

Chronologie : Alignement Stratégique et Sécuritaire
2025
1er Décembre 2025

Exercice antiterroriste « Sahand 2025 » (Iran)

La Chine et la Russie participent à un exercice antiterroriste multilatéral organisé en Iran dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Leur présence dans ce théâtre élargi témoigne de leur volonté d’étendre leur influence sécuritaire au-delà de l’Asie centrale.
20 Septembre 2025

Projection navale conjointe (« Northern Interaction 2025 »)

Exercices de tirs réels en mer du Japon et d’Okhotsk, simulant pour la première fois un blocus naval coordonné. Au-delà de l’exercice tactique, cette manœuvre offre à la Chine un accès stratégique aux eaux arctiques et au Pacifique Nord, lui permettant de projeter sa force bien au-delà de sa ceinture côtière habituelle.
24 Juillet 2025

La menace stratégique en Alaska

Interception inédite de bombardiers stratégiques russes (Tu-95) et chinois (H-6K) volant de concert dans la zone d’identification de défense aérienne (ADIZ) de l’Alaska. Les deux puissances démontrent qu’elles peuvent coordonner leurs vecteurs nucléaires pour menacer directement le territoire américain, unifiant les théâtres européen et asiatique.
15 Janvier 2025

Le constat de la dépendance technologique

Les services de renseignement occidentaux confirment que 70% des machines-outils et 90% de la microélectronique de la défense russe proviennent de Chine. Pékin devient l' »arsenal silencieux » de Moscou : sans livrer d’armes complètes, elle fournit les briques technologiques indispensables, créant une dépendance structurelle.
2024
10 Septembre 2024

Solidarité politique (« Ocean-2024 »)

La Chine déploie ses navires les plus modernes pour participer aux exercices stratégiques russes. Cette démonstration de force sert un objectif politique : afficher un front uni indéfectible malgré l’enlisement russe en Ukraine, validant la posture de Moscou aux yeux du « Sud Global ».
19 Juillet 2024

Exercice « Interaction – Anti-Terror – 2024 » (Xinjiang)

Exercice coordonné par la RATS (OCS) mettant en scène la lutte contre le séparatisme et les menaces hybrides. Cet événement permet de synchroniser les doctrines sécuritaires en Asie centrale.
2023
15 Août 2023

Le bradage des joyaux technologiques russes

Début de transferts de technologies russes de réduction du bruit pour sous-marins vers la Chine. Ce partage, historiquement refusé par Moscou, est un signe patent de faiblesse : à court de liquidités, la Russie cède ses derniers avantages comparatifs (silence acoustique, moteurs d’avions) à une Chine qui comble ainsi ses lacunes militaires.
16 Avril 2023

La sécurisation des arrières (Visite de Li Shangfu)

La réception du ministre chinois de la Défense au Kremlin a formalisé la stratégie du « Dos à Dos ». En garantissant la sécurité des frontières orientales de la Russie, la Chine a permis à Poutine de dégarnir ses garnisons sibériennes pour les redéployer massivement sur le front ukrainien.
2022
1 Septembre 2022

Soutien symbolique dans la débâcle (« Vostok 2022 »)

Alors que l’armée russe subissait des revers majeurs à Kharkiv, l’envoi de 2000 soldats chinois aux manœuvres « Vostok » a constitué un message diplomatique vital. Pékin a signifié au monde que, quelle que soit la performance de l’armée russe sur le terrain, Moscou ne serait pas isolée militairement sur la scène internationale.
4 Février 2022

La convergence des menaces (Partenariat « Sans Limites »)

La déclaration commune signée juste avant l’invasion, dénonçant l’expansion de l’OTAN et l’alliance AUKUS, marque la naissance doctrinale du bloc. Pour la première fois, la Chine a adopté la rhétorique russe sur la sécurité européenne en échange d’un soutien russe inconditionnel sur le dossier taïwanais.
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Cyber Défense



La coopération sino-russe dans le cyberespace s’est nettement renforcée depuis 2022, mais surtout au niveau politique, doctrinal et normatif. Pékin et Moscou parlent moins de “cyberdéfense commune” que de “sécurité de l’information”, un vocabulaire qui englobe la cybersécurité, la souveraineté numérique, le contrôle des contenus et la légitimation juridique de l’action étatique.

Un alignement normatif réel

Leur alignement est donc réel dans les forums internationaux et dans la rhétorique anti-occidentale. Ils défendent une vision commune de la gouvernance d’Internet, centrée sur la prérogative de l’État à contrôler son espace informationnel.

Limites et cyber-espionnage

En revanche, les preuves publiques d’opérations conjointes restent rares, et l’on observe aussi des logiques parallèles, parfois concurrentes.

Plus significatif encore, les rapports de cybersécurité continuent de documenter des activités d’espionnage numérique entre les deux “partenaires”, illustrant la méfiance persistante derrière la façade diplomatique.








 


Coopération normative et sécuritaire

Les deux partenaires défendent une vision du cyberespace centrée sur la souveraineté étatique, dans les enceintes onusiennes comme dans leurs discours publics. Ils évitent toutefois une alliance cyber formelle, préférant des logiques de complémentarité à des actions conjointes traçables.

 

26 octobre 2025
Ouverture à signature de la Convention de l’ONU contre la cybercriminalité (Hanoï)

Pékin et Moscou soutiennent une convention qui consacre une vision souverainiste du cyberespace. L’initiative est vue comme un jalon normatif contre la gouvernance multi-acteurs promue par l’Occident.

 

29 mai 2025
Table ronde russo-chinoise à Moscou sur la « sécurité internationale de l’information »

Les diplomaties des deux pays mettent en avant leur grammaire commune : souveraineté numérique, lutte contre les cyberattaques occidentales, et rejet des normes libérales de cybersécurité.

 

21 mars 2025
Coopération sécuritaire renforcée (Wang-Bortnikov)

Entretien entre le chef du FSB russe et Wang Xiaohong, ministre chinois de la Sécurité publique. Objectif : stabiliser les régimes, lutter contre les « ingérences étrangères » et renforcer les synergies en matière de renseignement intérieur.

 

24 décembre 2024
Adoption controversée de la Convention onusienne sur la cybercriminalité

La Russie et la Chine poussent un texte contesté par l’Occident, qu’ils présentent comme une légitimation de leur modèle informationnel national.

 

21 mars 2023
Déclaration Xi–Poutine sur la gouvernance d’Internet

Lors de la visite de Xi à Moscou, les deux dirigeants rejettent la « militarisation » des TIC et promeuvent une gouvernance étatique d’Internet.

 

4 février 2022
Déclaration conjointe sur l’IA et la sécurité de l’information

Ce texte fondateur affirme la volonté des deux pays de coordonner leurs doctrines face à la domination occidentale du cyberespace. Il marque l’entrée du numérique dans leur partenariat stratégique global.


Espionnage numérique et méfiance mutuelle

Le cyberespace révèle aussi les limites de la coopération sino-russe : leurs services de renseignement poursuivent des objectifs souvent parallèles, parfois concurrents, et des cas documentés d’espionnage mutuel ont été révélés.

 

19 mai 2022
Espionnage chinois contre des institutions russes (Twisted Panda)

Une campagne d’intrusion attribuée à un groupe lié à Pékin cible des centres de recherche russes. Cette opération confirme la persistance de la méfiance malgré l’« amitié sans limites ».

 

2023–2025
Activités chinoises de long terme (BRICKSTORM, Salt Typhoon)

Des campagnes d’espionnage chinois visent des infrastructures critiques mondiales, avec des répercussions politiques importantes aux États-Unis. Pas de preuve d’implication russe directe, mais Pékin reste perçu comme un acteur autonome et offensif.


Sabotage et guerre hybride : une dissymétrie sino-russe

Sur le plan opérationnel, la Russie est perçue comme le principal acteur des sabotages physiques et numériques en Europe, dans une logique assumée de guerre hybride. La Chine, elle, mise sur une pression technologique indirecte et une absence de traçabilité directe.

  • Les services occidentaux attribuent à la Russie une centaine d’incidents suspects depuis 2022 (incendies, explosions, sabotages de câbles, oléoducs, chemins de fer).
  • Aucune preuve d’opérations sino-russes conjointes dans ces actions. La Chine se tient en retrait sur ce plan, concentrant ses efforts sur le contrôle des normes et l’écosystème technologique.


Coopération antiterroriste : langage partagé, objectifs politiques

Le thème du terrorisme sert de langage commun de légitimation sécuritaire pour les régimes russe et chinois. La coopération passe essentiellement par l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), avec des exercices conjoints et des discours sur la stabilité régionale.

 

1er décembre 2025
Exercice « Sahand 2025 » en Iran (OCS)

Moscou et Pékin participent à un exercice antiterroriste symbolique. Il s’agit davantage d’une démonstration politique que d’une opération à haute valeur militaire.

 

19 juillet 2024
Exercice « Interaction – Anti-Terror – 2024 » au Xinjiang

La RATS (structure antiterroriste régionale de l’OCS) organise un exercice de neutralisation de groupes armés. Chine et Russie utilisent ce cadre pour synchroniser leurs doctrines sécuritaires en Asie centrale.

 

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Culture & SOFT POWER

Intensité de la relation (2022-2025)
2025
7 /10
Culture & Soft Power
4
2022
5.5
2023
6.5
2024
7
2025

Une coopération spectaculaire qui vise à construire une alternative culturelle à l’Occident.








 

Depuis 2022, la Chine et la Russie ont accentué leur coopération culturelle dans une logique de soft power revendiqué et de guerre des récits assumée. Leur objectif commun est d’offrir une alternative aux modèles culturels et politiques occidentaux, à travers une stratégie qui mêle diplomatie culturelle, coopération médiatique, campagnes d’influence, et affirmation civilisationnelle.



Entre attraction et manipulation

Cependant, la tension entre soft power d’attraction et sharp power manipulatoire est au cœur de leur approche : les initiatives culturelles classiques cohabitent avec des formes plus agressives de communication stratégique (désinformation, contenus viraux, propagande sur TikTok), brouillant les frontières entre influence légitime et guerre informationnelle.



L’efficacité en question

Cette hybridation soulève une question clé : ces deux puissances peuvent-elles transformer leur capacité de diffusion culturelle en véritable attractivité internationale, ou ne font-elles que renforcer leurs cercles de soutien existants sans élargir leur audience globale ?

 

Chronologie : Soft Power et Influence
2025
Printemps–Été 2025

Festivals “Moscow Seasons in Beijing” et “Moscow Cultural Festival”

Plusieurs grandes villes chinoises accueillent des artistes, spectacles, concerts et expositions russes sous la marque culturelle de Moscou. Ces événements visent à installer Moscou comme capitale culturelle partenaire de Pékin, tout en renforçant l’image d’une Russie tournée vers l’Asie. La Russie devient ainsi un objet de soft power “importé” en Chine, dans une relation clairement asymétrique.
Février–Mars 2025

Expositions croisées Russie–Chine

La Chine accueille une grande rétrospective consacrée au peintre russe Ilya Répine, tandis que le Kremlin présente l’exposition « Fine Dining: Stories of Food in Ancient China ». Ces événements traduisent une montée en gamme de la diplomatie muséale bilatérale, au service d’un récit civilisationnel commun.
14 Février 2025

Accord entre les musées du Kremlin et TV BRICS

Un accord est signé entre les musées du Kremlin et le réseau médiatique TV BRICS pour la co‑organisation d’expositions culturelles sino‑russes. Il s’agit d’un jalon important de l’intégration entre diplomatie culturelle et diplomatie médiatique, sous un label multipolaire alternatif aux circuits occidentaux.
Février 2025

Sortie de la co‑production cinématographique sino‑russe « Red Silk »

Le film Red Silk, coproduit par la Chine et la Russie, sort dans les salles russes dans le cadre des festivals croisés de cinéma. Cette production symbolise la volonté de construire un récit historique partagé et un imaginaire commun destiné aux publics russe et chinois.
Début 2025

“Chinese New Year in Moscow”

Dans le cadre officiel des « Années de la culture Chine–Russie 2024–2025 », Moscou accueille un immense festival du Nouvel An chinois sur la place Manejnaya. L’événement rassemble plus de 1,5 million de visiteurs. La Chine s’impose comme un acteur culturel de masse dans l’espace public russe.
2024
Novembre 2024

Renforcement du programme culturel international russe en Chine

La Russie intensifie ses tournées d’expositions, concerts et spectacles en Chine dans le cadre des Années de la culture. Moscou cherche à compenser l’effondrement de sa présence culturelle en Europe par une réorientation presque exclusive vers l’Asie.
Septembre 2024

Années de la culture Chine–Russie : Axe central

Les gouvernements chinois et russe font de ce programme l’un des axes centraux de leur relation non militaire. Plusieurs centaines d’événements sont organisés dans des dizaines de villes des deux pays.
Mai 2024

Multiplication des coopérations cinématographiques sino‑russes

Les autorités culturelles annoncent l’extension des mécanismes de coproduction dans le cinéma et les séries historiques. L’objectif est de créer un marché culturel bilatéral relativement autonome des circuits occidentaux.
2023
Juillet 2023

Inauguration d’un nouveau Centre Confucius à Saint‑Pétersbourg

La Chine poursuit l’extension de son réseau culturel en Russie, symbole de son influence linguistique et académique croissante dans un pays autrefois tourné vers l’Europe.
Avril 2023

Fronde étudiante contre l’apprentissage obligatoire du chinois à Moscou (MFTI)

Des étudiants russes protestent contre l’imposition du chinois en plus de l’anglais à l’Institut de physique et de technologie de Moscou. Cet épisode révèle les résistances internes à la sinisation culturelle rapide de l’espace académique russe.
Avril 2023

Expansion médiatique chinoise dans les espaces partenaires de la Russie

CGTN renforce son implantation dans plusieurs régions du “Sud global” où la Russie est également active. Pékin et Moscou coordonnent leurs narratifs anti‑occidentaux dans de nombreuses zones d’influence.
2022
Décembre 2022

Diffusion massive de contenus pro‑Wagner sur TikTok

Des vidéos glorifiant les actions du groupe Wagner circulent à grande échelle sur TikTok. L’épisode illustre le basculement d’une partie du soft power russe vers des formes de propagande numérique coercitive.
Septembre 2022

Initiatives culturelles conjointes au sommet de l’OCS

Lors du sommet de l’OCS, Pékin et Moscou annoncent une intensification des échanges culturels, universitaires et médiatiques comme composante stratégique de leur partenariat global.
Juin 2022

Accord de coopération entre RT et CCTV

Les chaînes publiques russe et chinoise signent un accord de partage de contenus et de coordination éditoriale internationale. Cet accord marque l’ancrage structurel de la coopération informationnelle sino‑russe.
Février 2022

Mise en scène culturelle aux Jeux olympiques de Pékin

La cérémonie d’ouverture des JO d’hiver, marquée par la présence de Vladimir Poutine aux côtés de Xi Jinping, constitue un moment fondateur de la séquence actuelle du rapprochement sino‑russe, associant puissance symbolique, diplomatie culturelle et signal géopolitique.
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Espace & RECHERCHE

Intensité de la relation (2022-2025)
2025
7.5 /10
Espace & Recherche
6
2022
6.5
2023
7
2024
7.5
2025

Coopération scientifique visible et concrète, mais entièrement pilotée par Pékin. La Russie devient un partenaire junior.

L’espace et la recherche scientifique sont devenus des domaines stratégiques majeurs dans les relations internationales, où la Chine et la Russie cherchent à affirmer leur leadership face à l’hégémonie occidentale. Depuis 2022, ces deux pays ont intensifié leurs efforts pour collaborer dans le domaine spatial, notamment à travers des missions conjointes, des programmes de recherche avancée et des infrastructures partagées. Ces initiatives visent non seulement à renforcer leur indépendance technologique, mais aussi à projeter leur puissance géopolitique dans un contexte de compétition accrue avec les États-Unis et leurs alliés.

Coopération spatiale sino-russe

Coopération Spatiale
Depuis 2022, la coopération spatiale entre la Chine et la Russie est devenue l’un des laboratoires les plus visibles de leur contestation de l’ordre international dominé par les États‑Unis. Elle articule trois dimensions étroitement liées, transformant des accords techniques en instruments politiques.

Trois vecteurs de contestation

  • Un projet lunaire commun (ILRS) Explicitement conçu comme alternative au programme Artemis, visant à fédérer une coalition spatiale non-occidentale.
  • Une coordination politico‑diplomatique Sur la gouvernance de l’espace et la « prévention de l’armement » de l’orbite, pour contrer les normes américaines.
  • Des synergies technologiques duales Approfondissement dans les domaines de la navigation (Beidou/Glonass), de la surveillance et de la défense antimissile.

Une asymétrie croissante

En parallèle, cette dynamique illustre une asymétrie croissante : la Russie, affaiblie par les sanctions et les coupures avec l’Europe, s’agrège au programme lunaire conduit par Pékin plus qu’elle ne le co‑pilote, tandis que la Chine instrumentalise ce partenariat pour projeter l’image d’un leadership spatial multipolaire et « non occidental ».

Chronologie : Coopération Spatiale Sino-Russe
2025
Mai 2025

Déclarations sino‑russes sur la sécurité spatiale

Dans une déclaration conjointe de haut niveau, Pékin et Moscou réaffirment leur unité de vues sur la prévention du déploiement d’armes dans l’espace (projet de traité PPWT) et dénoncent les approches occidentales jugées militarisantes, tout en continuant à développer leurs propres capacités duales.
23 Avril 2025

Centrale nucléaire lunaire pour l’ILRS

Un haut responsable du programme lunaire chinois annonce qu’une centrale nucléaire sera construite pour alimenter l’International Lunar Research Station (ILRS), avec un « modèle de base » de station au pôle sud lunaire visé vers 2035, en coopération avec la Russie.
Printemps 2025

Coopération renforcée sur l’ILRS

Des déclarations publiques de responsables russes et chinois confirment que la station lunaire conjointe reste le « projet phare » de leur coopération spatiale, conçue comme une alternative aux programmes occidentaux autour d’Artemis.
2024
8 Août 2024

1re consultation sur les « utilisations pacifiques de l’espace »

À Moscou, des consultations bilatérales entre diplomaties russe et chinoise portent sur la « sécurité de l’espace extra‑atmosphérique » et la coordination sur les dossiers de gouvernance spatiale, actant une convergence diplomatique structurée sur ce thème.
5 Mars 2024

Annonce russe d’une centrale lunaire conjointe

Le patron de Roscosmos, Iouri Borissov, annonce des plans russo‑chinois pour construire une centrale nucléaire automatique sur la Lune entre 2033 et 2035, destinée à alimenter l’ILRS, confirmant l’ancrage de Moscou dans le programme lunaire chinois.
2023
2023 (Année)

Mise en œuvre du programme de coopération spatiale 2023‑2027

Le nouveau programme de coopération spatiale sino‑russe 2023‑2027 entre en vigueur, incluant des volets sur navigation (Beidou/GLONASS), exploration lunaire (ILRS) et utilisation de l’espace à des fins civiles et de défense.
2023 (Année)

Clarification des plans ILRS et ouverture à des partenaires

Des documents techniques détaillent la feuille de route ILRS (station robotisée puis habitée, orbite cislunaire, base de surface) et rappellent que la Chine et la Russie invitent officiellement des partenaires à rejoindre ce projet, présenté comme « ouvert et inclusif ».
2022
Fin 2022

Accord sur une station scientifique lunaire conjointe

Moscou et Pékin « entérinent » leur projet de station scientifique lunaire commune, prolongeant le mémorandum de 2021 et préparant la phase opérationnelle du programme ILRS.
2022 (Année)

Préparation du programme spatial conjoint 2023‑2027

Les agences spatiales russe et chinoise finalisent la programmation 2023‑2027, qui prévoit notamment la coopération sur l’ILRS, le développement conjoint de segments au sol pour Beidou et GLONASS, et un approfondissement coordonné de leur présence dans la gouvernance spatiale internationale.
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Recherche scientifique & innovation technologique

Coopération Technologique
Depuis le tournant des sanctions massives contre la Russie et le durcissement du contrôle technologique occidental vis‑à‑vis de la Chine, la coopération scientifique et technologique sino‑russe s’est affirmée comme un pilier stratégique de leur rapprochement. Elle vise explicitement à réduire la dépendance aux technologies occidentales et à bâtir un socle d’autonomie dans des domaines clés comme l’intelligence artificielle, les matériaux avancés et les technologies quantiques.​

Une convergence hybride

En pratique, cette convergence s’appuie à la fois sur des dispositifs anciens et sur de nouvelles formes de coopération duale :

Dispositifs anciens

  • Fonds conjoints d’innovation
  • Centres de recherche bilatéraux
  • Écosystème Skolkovo–TusPark

Nouvelles coopérations duales

  • Laboratoires IA russo‑chinois
  • Expérimentations de communication quantique sécurisée
  • Programmes conjoints sur les nouveaux matériaux

Horizon 2025 : La fragmentation

À l’horizon 2025, cette dynamique contribue à la fragmentation de l’espace technologique mondial, en accélérant l’émergence d’un sous‑système eurasien partiellement découplé des standards et des chaînes de valeur occidentaux.

Chronologie : Science et Technologie
2025
Début 2025

Accélération des coopérations IA Russie–Chine

Face aux sanctions et au retrait de nombreux acteurs occidentaux, des institutions russes (notamment Sberbank et certains centres académiques) intensifient leurs partenariats IA avec des entreprises et laboratoires chinois, y compris pour le développement de modèles de langage et de solutions d’automatisation industrielle.
2025 (Scénario)

Montée en puissance d’un « corridor quantique » sino‑russe

S’appuyant sur les tests de communication quantique réalisés entre les deux pays au début des années 2020, Pékin et Moscou commencent à institutionnaliser ce domaine sous forme de programmes conjoints, avec l’ambition de bâtir à terme un réseau quantique sécurisé eurasiatique.
2024
Fin 2024

Coopération scientifique et technique plus structurée

Des plateformes bilatérales mettent en avant un basculement de la relation vers une coopération « science‑technologie‑innovation » plus systémique, avec des appels conjoints à projets en matériaux, chimie, pharma et technologies de l’information.
2024 (Année)

IA comme pilier du partenariat eurasien

Des analyses et think tanks proches des milieux russes et chinois présentent l’IA comme un axe majeur de construction d’un « espace eurasien de données et d’algorithmes », où la Chine apporte l’écosystème industriel et la Russie des compétences mathématiques, militaires et en cybersécurité.
2023
2023 (Année)

Expérimentation de liaisons de communication quantique

Des rapports spécialisés mentionnent des tests de lien de communication quantique entre la Chine et la Russie, utilisant des satellites chinois et des infrastructures russes, étape perçue comme un signal de coopération croissante dans les technologies quantiques sensibles.
2023 (Année)

Mise en œuvre de programmes conjoints en matériaux avancés

Dans le prolongement de centres déjà créés avant 2022, des appels bilatéraux soutiennent des recherches sur les matériaux avancés (alliages, composites, catalyseurs) destinés à l’énergie, à l’aéronautique et à l’armement.
2022
2022 (Année)

Recentrage stratégique sur la coopération technologique

Au lendemain de l’invasion de l’Ukraine et des sanctions massives, plusieurs rapports et analyses identifient la Chine comme principal partenaire technologique de substitution pour Moscou, en particulier dans les secteurs duals (semi‑conducteurs, IA, cybersécurité, capteurs).
2022 (Année)

Consolidation du cadre institutionnel

Les dispositifs de coopération déjà en place (dialogues innovation, fonds conjoints) sont réorientés vers des domaines jugés critiques pour l’autonomie stratégique : calcul intensif, IA, technologies quantiques, robotique.
Les principales dates en matière de recherche et innovation Fermer
Grille de Lecture : Échelle de Coopération

Grille de lecture : Intensité de la coopération (0-10)

10
Alliance totale
Coordination parfaite dans tous les domaines, équivalente à une alliance militaire et politique officielle. Rareté absolue.
9
Partenariat stratégique quasi-total
Forte interdépendance. Confiance élevée. Coopération intense dans tous les secteurs, à l’exception d’une alliance formelle.
8
Coopération approfondie
Projets aboutis, convergence géopolitique affirmée, dialogue stratégique constant. Coopération multiforme visible à l’international.
7
Coopération étroite et solide
Relations stratégiques dans plusieurs secteurs. Alignement d’intérêts, coordination régulière. Structures de coopération efficaces.
6
Coopération structurée et régulière
Projets communs dans plusieurs domaines, coordination visible, mais des limites et des méfiances persistent.
5
Coopération moyenne
Relations stables dans certains domaines, mais sans dynamique forte. Avancées lentes. Convergences et divergences coexistent.
4
Coopération modérée, fragile
Cadre de dialogue existant mais faiblement utilisé. Résultats irréguliers ou fragiles. Divergences fréquentes.
3
Coopération faible
Projets marginaux, contacts réguliers mais peu productifs. Volonté de dialoguer sans résultats significatifs.
2
Coopération ponctuelle et superficielle
Initiatives symboliques sans suivi. Désaccords majeurs. Coopération bloquée.
1
Relations formelles ou figées
Quelques contacts diplomatiques très limités. Tensions dominantes. Aucun projet actif.
0
Rupture ou hostilité
Aucune interaction. Relations rompues ou conflictuelles. Absence d’intérêt commun.

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