Sécuriser le vote n’est pas s’en emparer
États-Unis, à qui appartient l’élection
Donald Trump réclame un pouvoir qui existe. Il le confie à qui ne l’a pas. Les faits racontent autre chose.
Le mot « nationaliser » n’est pas le problème.
Le 2 février, au micro de Dan Bongino, Donald Trump lâche que les Républicains devraient « reprendre le contrôle du vote et le nationaliser », et le reprendre « dans au moins quinze endroits »1. La riposte tombe en quelques heures, chez ses adversaires comme dans la presse conservatrice. Elle tient en une ligne : aux États-Unis, ce sont les États qui organisent les élections, donc le président a tort.
Elle tombe trop vite. Washington a déjà imposé ses règles aux États, et plus d’une fois : les circonscriptions à un siège en 1842, le jour de scrutin unique en 1872, l’inscription des électeurs en 1993 puis en 20022. Nationaliser des règles de vote n’a rien d’inouï. Le problème de la phrase est ailleurs, et il est plus sérieux.
Le Congrès peut le faire. Un président ne le peut pas. Un parti ne tient pas les urnes.
La Constitution le dit en une ligne : pour les élections au Congrès, les États fixent les heures, les lieux et les modalités du vote, mais le Congrès peut « à tout moment, par une loi », les remplacer2. Deux mots portent toute la limite.
« Le Congrès » : pas la Maison-Blanche, pas un parti, qui présente des candidats et mandate des observateurs mais ne tient aucun bureau de vote. « Par une loi » : un texte déposé, débattu, voté, et attaquable devant un juge. La Constitution ouvre une porte. Elle dit aussi qui a la clé.
Il ne réclame pas une loi. Il réclame la main sur des bureaux de vote.
La différence n’a rien d’abstrait. Voter une loi, c’est écrire une règle qui vaut de l’Alaska à la Floride. Reprendre le vote « dans quinze endroits » vise autre chose : des villes. Le lendemain, devant la presse, il en nomme trois. Detroit, Philadelphie, Atlanta. Trois villes démocrates, dans les trois États dont il a contesté les résultats en 2020.
La Maison-Blanche a corrigé le tir en expliquant qu’il pensait à une proposition de loi sur la preuve de nationalité. Mais un texte fédéral et la mainmise sur des bureaux de vote municipaux ne sont pas la même opération. Le premier peut venir du Congrès. La seconde ne vient ni du président ni d’un parti.
L’expérience a été tentée. Les tribunaux ont répondu.
Mars 2025. Un décret présidentiel s’attaque à deux mécanismes que la France ne connaît pas. Là-bas, l’électeur doit s’inscrire lui-même sur les listes, démarche à sa charge ; et des millions de gens votent par la poste.
Le texte exige donc un papier prouvant la nationalité au moment de l’inscription. Il veut aussi qu’on cesse de compter les bulletins arrivés après le jour du vote. Plusieurs États les acceptent pourtant, dès lors qu’ils ont été postés à temps4. Trois tribunaux fédéraux ont bloqué les deux mesures du texte.
La Constitution, écrit l’une des juges, ne laisse pas au président le soin de changer seul les règles du vote. Une autre, en rendant l’interdiction définitive en juin 2026, rappelle qu’elle ne lui donne aucun pouvoir propre sur les élections5.
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Le pouvoir existe. Il n’appartient ni à un président ni à un parti.
Le Congrès peut changer les règles, y compris dans le sens que souhaite Donald Trump. Il lui faut une majorité et un texte. Ce que la Constitution n’a prévu nulle part, c’est qu’une formation politique compte les bulletins de ses adversaires.
En résumé
Le mot de la fin
Le glissement tient dans le sujet de la phrase. Un pouvoir réel existe, celui du Congrès, borné par une procédure : un débat, un vote, un juge au bout. La formule le transfère à un parti et le débarrasse de la procédure. Ce qui reste ne s’appelle plus une nationalisation.
Nationaliser le vote, cela se vote.
La Constitution ouvre cette porte au Congrès. Elle ne la laisse ouverte à personne d’autre.
Les sources de cette page · 5 référencesAfficher ▾Masquer ▴
- 1Entretien de Donald Trump avec Dan Bongino, diffusé le 2 février 2026. Extrait sonore et transcription : NPR, 3 février 2026. Formulation originale : « The Republicans ought to nationalize the voting. » Traduction SAPERE : « Les Républicains devraient nationaliser le vote. » Propos tenus le lendemain devant la presse dans le Bureau ovale.
- 2Constitution des États-Unis, article premier, section 4, clause 1, dite clause des élections, texte annoté du Congrès. Lois adoptées sur ce fondement : Apportionment Act du 25 juin 1842 (circonscriptions uninominales), loi du 2 février 1872 fixant la date du scrutin (codifiée 2 U.S.C. § 7), National Voter Registration Act de 1993, Help America Vote Act de 2002.
- 3Foster v. Love, 522 U.S. 67 (1997) : la clause des élections est une disposition supplétive, la compétence des États cédant devant une loi fédérale. Arizona v. Inter Tribal Council of Arizona, 570 U.S. 1 (2013) : fixer les qualifications de l’électeur ne relève pas de cette clause.
- 4Décret présidentiel du 25 mars 2025 sur l’intégrité des élections américaines.
- 5Décisions fédérales dans le district de Columbia, le Massachusetts et l’État de Washington, 2025-2026 : blocage de dispositions centrales du décret présidentiel sur l’inscription et le vote postal.
La citation de Donald Trump est reproduite à partir d’un extrait sonore et d’une transcription archivés. Les éléments juridiques reposent sur la Constitution, la jurisprudence et les décisions fédérales citées.
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