Analyse Synthèse & trajectoire
Trajectoires de puissance · 2000-2024
Chine · vingt-cinq ans de puissance, lus pilier par pilier

Chine, l’art de devenir incontournable sans devenir aimable

Quatrième épisode d’une lecture en huit volets. Vingt-cinq ans d’ascension diplomatique chinoise, lus à travers cinq indicateurs qui racontent comment Pékin est devenu un acteur incontournable dans tous les dossiers globaux, sans pour autant gagner les cœurs.

Pilier IV · Lecture par les alliances et l’influence
Diplomatie et soft power

10 mars 2023, Pékin. Dans une salle protocolaire du complexe diplomatique chinois, Wang Yi, le diplomate en chef de Xi Jinping, encadre deux hommes que sept années de rupture avaient séparés. À sa droite, Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. À sa gauche, Musaad bin Mohammed al-Aiban, conseiller à la sécurité nationale saoudien. Devant les caméras du monde entier, l’Iran et l’Arabie saoudite annoncent la reprise de leurs relations diplomatiques, mettant fin à un divorce qui durait depuis 2016. Le médiateur de cet accord historique n’est ni Washington, ni Bruxelles, ni Moscou. C’est Pékin.

La Chine de 2023 vient de réussir là où trente ans de diplomatie américaine au Moyen-Orient avaient échoué. Quelques mois plus tard, la Chine recense 274 missions diplomatiques dans le monde (plus que les États-Unis), un cumul de 1,175 milliard de dollars investis dans 150 pays via les Nouvelles Routes de la soie, et la deuxième position mondiale du Soft Power Index 2025. Cinq indicateurs racontent comment Pékin est devenu incontournable, et pourquoi cela ne suffit pas pour être aimé.

Cinq indicateurs sur vingt-cinq ans

Comment la Chine est devenue incontournable dans tous les dossiers globaux

Pour chaque indicateur, on voit la trajectoire complète sur six photographies (2000, 2004, 2009, 2014, 2019, 2024), puis la position chinoise actuelle dans le monde. Une frise qualifie chaque photographie selon sa nature stratégique. Quatre indicateurs en hausse, un en chute : la Chine achète des accords, pas de l’attractivité.

Atout : indicateur favorable Neutre : sans impact stratégique Vigilance : signal préoccupant Piège : structurellement défavorable
Une qualification peut changer dans le temps.
Indicateur 1 sur 5
Global Soft Power Index (rang mondial, Brand Finance)
Une ascension fulgurante au 3e rang mondial, mais la pression des tensions commerciales se fait sentir.
3e rang mondial GSPI en 2024 (score 73,5/100, contre #27 en 2019)
Trajectoire en dents de scie sur vingt-cinq ans. Environ 25e en 2000 (proxy Portland Soft Power 30), montée progressive jusqu’au 15e en 2014. Recul au 27e en 2019 (tensions Hong Kong, Xinjiang, COVID). Remontée spectaculaire au 3e rang en 2024 (Brand Finance GSPI, score 73,5 contre 74,9 pour les États-Unis, soit un écart de 1,4 point). Seuils doctrine : Atout top 15, Vigilance top 16-50, Piège hors top 50.
Trajectoire rang Soft Power 2000-2024 (courbe haute = meilleur rang)
Top 15 — Atout 2000 2004 2009 2014 2019 2024 2030 ~25e creux 2019 (#27) #3 ~#5
Trajectoire : ~25e (2000)~15e (2014)#27 (2019 creux)#3 (2024).
Projection 2030 : ~#5 (légère pression baissière liée aux tensions commerciales et aux perceptions négatives en Occident).
Lecture de puissance
2000-2009
Vigil.
2014
Atout
2019
Vigil.
2024
Atout
La Chine dans le monde, 2024 (rang GSPI Brand Finance)
Allem. #4
France #8
Chine #3
R.-U. #2
Ét.-Unis #1
Atout 2024 · #3 mondial GSPI
Ce que mesure l’indicateur

Le Global Soft Power Index de Brand Finance (depuis 2021), ou ses équivalents proxy pour les années antérieures (Portland Soft Power 30, Anholt-GfK), mesure la puissance d’influence immatérielle d’un pays. Il agrège 35 attributs sur 8 piliers : réputation institutionnelle, culture, éducation, influence diplomatique, économique et digitale. Seuils doctrine : Atout top 15, Vigilance top 16-50, Piège hors top 50.

La tendance lourde

Le soft power chinois est structurellement asymétrique : fort dans les pays en développement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine qui bénéficient des Routes de la soie, faible dans les démocraties libérales occidentales où les préoccupations liées aux droits humains et aux pratiques commerciales dominent la perception.

ZonePerception de la ChineFacteur dominant
Afrique sub-sahariennePlutôt favorable (56 %)Investissements BRI, aide au développement
Asie du Sud-EstNuancée (45 % favorable)Commerce, tensions mer de Chine
Pays OCDE (Europe, Amér. Nord)Défavorable (moins de 30 %)Xinjiang, HK, Taiwan, espionnage économique

Cette dualité est inédite dans l’histoire du soft power : aucune grande puissance n’avait jusqu’ici cultivé simultanément une image aussi positive dans une moitié du monde et aussi négative dans l’autre.

La rupture

La rupture de 2025-2030 sera l’épreuve de vérité des Routes de la soie. Plusieurs pays emprunteurs (Sri Lanka, Pakistan, Zambie, Kenya) renégocient leurs dettes ou font défaut. Si ces renégociations se multiplient, l’image de la Chine comme partenaire de développement fiable sera durablement affectée dans le Sud global, son principal réservoir de soft power positif.

La Chine est à 1,4 point des États-Unis au classement Brand Finance 2024. Un dépassement au #1 mondial est plausible dès 2027-2028 si la politique étrangère américaine reste perçue comme erratique.

Pourquoi alternance Vigilance/Atout. Vigilance quand le rang est hors du top 15. Atout en 2014 et 2024 quand le rang entre dans le top 15. Le recul de 2019 traduit une rupture de perception liée à des événements géopolitiques spécifiques, pas un déclin structurel.
Indicateur 2 sur 5
Locuteurs du mandarin (natifs + L2)
Le mandarin est la langue native la plus parlée au monde, mais son rayonnement international reste limité hors de la diaspora.
1,17 Md de locuteurs mandarin (natifs + L2) en 2024 (Ethnologue)
Atout massif en volume, mais portée internationale limitée. Le mandarin dépasse le seuil Atout de plus de cinq fois sur toute la période. Mais contrairement à l’anglais, il reste peu utilisé comme lingua franca internationale : moins de 1 % des locuteurs vivent hors de Chine. Les 496 instituts Confucius dans 60 pays visent à corriger ce déséquilibre, avec des résultats modestes.
Trajectoire locuteurs mandarin 2000-2024 (milliards)
Seuil 200M — Atout 2000 2004 2009 2014 2019 2024 2030 1,1 Md 1,17 Md ~1,18 Md
Trajectoire : ~1,1 Md (2000) → 1,17 Md (2024). Croissance lente, population chinoise en déclin depuis 2022.
Projection 2030 : ~1,18 Md (Ethnologue, projection). Stabilisation liée au déclin démographique chinois.
Lecture de puissance
2000-2024
Atout
La Chine dans le monde, 2024 (locuteurs totaux en milliards)
Espagnol 0,56 Md
Hindi 0,61 Md
Mandarin 1,17 Md
Anglais 1,53 Md
Atout 2024 · 1,17 Md locuteurs, 2e langue mondiale
Ce que mesure l’indicateur

Nombre total de locuteurs du mandarin (L1 natifs + L2 fonctionnels), selon Ethnologue. Seuils doctrine : Atout plus de 200 millions, Vigilance 50-200 millions, Piège moins de 50 millions. Le mandarin dépasse ce seuil de plus de cinq fois sur toute la période.

La tendance lourde

Le paradoxe du mandarin est d’être la langue native la plus parlée au monde tout en étant l’une des moins utilisées comme lingua franca internationale. Deux chiffres résument le déséquilibre.

IndicateurMandarinAnglais
Locuteurs natifs920 millions (#1)380 millions (#3)
Part des locuteurs hors pays d’origineMoins de 1 %75 %
Instituts de diffusion496 Confucius (60 pays)Omniprésent
Langue de travail ONUOui (6e langue)Oui (1re langue)

Les 496 instituts Confucius existent depuis 2004 précisément pour corriger ce déséquilibre, mais le mandarin reste rare dans les négociations diplomatiques, les publications scientifiques et les échanges commerciaux qui ne concernent pas directement la Chine.

La rupture

La rupture potentielle est technologique. Si les outils de traduction automatique atteignent une qualité suffisante, l’avantage des langues à grand nombre de locuteurs sera partiellement neutralisé. Dans ce scénario, le mandarin ne serait plus un handicap diplomatique. C’est une réversibilité du désavantage qui pourrait modifier la dynamique de cet indicateur avant 2030.

En sens inverse, le réseau Confucius subit des fermetures massives en Occident depuis 2019 (plus de 150 instituts fermés aux États-Unis, Europe du Nord, Australie) pour des motifs d’espionnage présumé. La recomposition du réseau vers l’Afrique et l’Asie du Sud-Est compense partiellement la perte symbolique.

Pourquoi Atout stable (2000-2024). Avec plus d’un milliard de locuteurs, le mandarin dépasse le seuil Atout doctrine de plus de cinq fois sur toute la période. La qualification ne descend jamais, même si l’impact international de la langue reste limité comparé à l’anglais.
Indicateur 3 sur 5
Présence multilatérale (score SAPERE 0-5)
La Chine construit une architecture multilatérale parallèle à celle de Bretton Woods.
4,5/5 score SAPERE présence multilatérale en 2024
De 3/5 à 4,5/5 en vingt-quatre ans. Membre permanent du Conseil de sécurité mais présence internationale limitée en 2000 (3/5). Progression régulière : OMC (2001), G20 (2008), BRICS (2009), BAII (2015), RCEP (2022), BRICS élargi (2024). Score atteint en 2014 et maintenu : 4,5/5. Échelle doctrine : 5 = membre permanent CSNU + initiateur des grandes architectures mondiales.
Trajectoire présence multilatérale 2000-2024 (score SAPERE 0-5)
2000 2004 2009 2014 2019 2024 2030 3/5 4,5/5 4,5/5 2009 : BRICS + G20
Trajectoire : 3/5 (2000)4/5 (2009)4,5/5 (2014-2024).
Projection 2030 : 4,5/5 (stable). La progression reflète l’intégration dans les institutions existantes puis la création de structures alternatives.
Lecture de puissance
2000-2004
Vigil.
2009-2024
Atout
La Chine dans le monde, 2024 (score présence multilatérale)
Inde 3,5/5
Chine 4,5/5
Ét.-Unis 4,5/5
Atout 2024 · présence multilatérale forte
Ce que mesure l’indicateur

Score qualitatif SAPERE (0-5) évaluant la position dans les grandes organisations multilatérales. 5 = membre permanent CSNU + initiateur des grandes architectures mondiales. La doctrine qualifie en Atout un pays membre permanent et initiateur, en Vigilance un membre élu fréquent. La Chine est le seul pays à la fois membre permanent du Conseil de sécurité et initiateur d’une architecture financière internationale alternative crédible.

La tendance lourde

La stratégie multilatérale chinoise suit une logique d’accumulation en trois temps : d’abord intégrer les institutions existantes, ensuite en modifier les règles de l’intérieur, enfin créer des structures alternatives quand les réformes sont insuffisantes.

ÉtapeAnnéesInstitutions clés
Intégration2001-2008OMC (2001), G20 (2008)
Réforme de l’intérieur2009-2013BRICS (2009), droits de vote FMI
Architectures alternatives2014-2024BAII (2015), NDB BRICS (2014), RCEP (2022), BRICS élargi (2024)
La rupture

La rupture est l’élargissement des BRICS en 2024. L’intégration de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de l’Éthiopie, de l’Égypte et des Émirats arabes unis porte le bloc à 10 membres représentant 37 % du PIB mondial en PPA. Si la Chine parvient à donner une cohérence stratégique à ce bloc hétéroclite, elle disposera d’un contrepoids institutionnel aux G7 et aux institutions de Bretton Woods sans précédent depuis la Guerre froide.

La Chine cumule 20 vétos au Conseil de sécurité depuis 1971, principalement sur la Syrie (10 entre 2011 et 2020). Elle préfère désormais utiliser le veto comme dernier recours et investir davantage dans les institutions alternatives.

Pourquoi Vigilance (2000-2004) puis Atout (2009-2024). Vigilance quand la Chine est membre permanent mais sans initiative propre majeure. Atout à partir de 2009 quand les BRICS et la future BAII s’affirment comme vecteurs d’influence structurante.
Indicateur 4 sur 5
Étudiants internationaux accueillis en Chine
Le COVID a effacé cinq ans de croissance. La Chine avait frôlé le seuil Atout en 2019.
330,000 étudiants internationaux en 2024 (en recul depuis le pic de 492,000 en 2019)
Vigilance haute sur toute la période, pic à 492,000 en 2019. Croissance de 52,000 à 492,000 entre 2000 et 2019 (seuil Atout : 500,000, frôlé sans être atteint). Effondrement COVID : environ 200,000 en 2021. Remontée lente : 330,000 en 2024. Seuils doctrine : Atout plus de 500,000, Vigilance 100,000-500,000, Piège moins de 100,000.
Trajectoire étudiants internationaux en Chine 2000-2024 (milliers)
500k — Atout 2000 2004 2009 2014 2019 2024 2030 52k 492k 330k ~450k
Trajectoire : 52,000 (2000)492,000 (2019 pic)330,000 (2024).
Projection 2030 : ~450,000 (Vigilance haute, approche du seuil Atout). La reprise est freinée par les tensions géopolitiques et la concurrence des universités anglophones.
Lecture de puissance
2000-2024 (Vigilance, pic à 492k en 2019 frôle le seuil Atout)
Vigilance
La Chine dans le monde, 2024 (étudiants internationaux accueillis)
Chine 330k
France 380k
Australie 550k
R.-U. 650k
Ét.-Unis 1,13 M
Vigilance 2024 · recul post-COVID
Ce que mesure l’indicateur

Nombre annuel d’étudiants étrangers inscrits dans les universités chinoises (Ministère de l’Éducation de Chine). Seuils doctrine : Atout plus de 500,000, Vigilance 100,000-500,000, Piège moins de 100,000. Les étudiants internationaux sont un vecteur de soft power durable : les élites étrangères formées en Chine créent des réseaux d’influence qui persistent des décennies.

La tendance lourde

La croissance de 52,000 à 492,000 entre 2000 et 2019 est spectaculaire. Elle est principalement tirée par l’Asie du Sud-Est, l’Afrique et l’Asie centrale, régions incluses dans les Routes de la soie. Les étudiants européens et nord-américains restent une minorité.

Région d’originePart 2019 (pic)Tendance
Asie (hors Chine)57 %Stable
Afrique15 %En hausse (BRI)
Europe12 %En baisse post-2020
Amériques9 %En baisse post-2020

Le COVID a détruit en deux ans ce que la Chine avait mis vingt ans à construire. La fermeture des frontières de mars 2020 à janvier 2023 a poussé des centaines de milliers d’étudiants vers d’autres destinations.

La rupture

La rupture de 2020-2024 est structurelle autant que sanitaire. Des universités australiennes, canadiennes et britanniques ont recruté activement les étudiants asiatiques qui visaient la Chine. Une partie de ces étudiants ne reviendra pas. La Chine doit reconquérir sa position sur un marché de l’enseignement supérieur international plus compétitif qu’en 2019.

La reprise vers 450,000 étudiants d’ici 2030 est plausible, mais franchir le seuil Atout de 500,000 exigera une normalisation des perceptions et une montée en gamme de l’offre universitaire, en particulier dans les filières technologiques et médicales, les plus demandées par les étudiants africains et asiatiques.

Pourquoi Vigilance (2000-2024). Le chiffre ne franchit jamais le seuil Atout de 500,000 sur la période, le pic de 492,000 en 2019 en est à quelques milliers. La qualification reste Vigilance même si la trajectoire pré-COVID était prometteuse.
Indicateur 5 sur 5
Perception internationale positive (Pew Research)
Le plus bas jamais enregistré : zone Piège franchie en 2023-2024.
28 % de perception favorable médiane en 2024 (Pew Research)
Chute continue depuis le pic de 2009. Environ 50 % en 2000 (Vigilance). Léger pic à 52 % en 2009 (effets post-JO de Pékin). Recul à 40 % en 2019 (tensions Hong Kong, Xinjiang). Chute à 28 % en 2024 (seuil Piège de 40 % franchi pour la première fois). Seuils doctrine : Atout plus de 60 %, Vigilance 40-60 %, Piège moins de 40 %.
Trajectoire perception internationale favorable médiane 2000-2024 (%)
40 % — Piège 60 % — Atout 2000 2004 2009 2014 2019 2024 2030 50 % pic 52 % 28 % ~25 %
Trajectoire : 50 % (2000)52 % (2009 pic)40 % (2019)28 % (2024).
Projection 2030 : ~25 % (Piège persistant). Limite : l’échantillon Pew surreprésente les pays OCDE ; dans le Sud global, la perception reste plus favorable.
Lecture de puissance
2000-2019
Vigil.
2024
Piège
La Chine dans le monde, 2024 (perception favorable médiane Pew, %)
Chine 28 %
Russie 33 %
France 62 %
Allem. 72 %
Ét.-Unis 78 %
Piège 2024 · perception en chute historique
Ce que mesure l’indicateur

Médiane du pourcentage d’adultes exprimant une opinion favorable de la Chine dans les enquêtes annuelles Pew Research Center Global Attitudes. Seuils doctrine : Atout plus de 60 %, Vigilance 40-60 %, Piège moins de 40 %. Limite importante : l’échantillon couvre majoritairement les pays OCDE. La perception dans le Sud global (Afrique, Asie du Sud-Est, Amérique latine) est souvent plus nuancée, voire favorable.

La tendance lourde

La chute de 50 % à 28 % en vingt-quatre ans retrace la détérioration des relations entre la Chine et les démocraties libérales. Chaque crise laisse une trace dans les enquêtes.

ÉvénementImpact PewRécupération
JO Pékin 2008+5 points (pic 52 %)Rapide
Hong Kong 2019-2020-10 pointsFaible
COVID 2020-2021-8 pointsTrès faible
Xinjiang / UyghoursImpact structurelNulle

En 2024, dans 15 des 24 pays sondés par Pew, plus de 60 % des répondants ont une opinion défavorable de la Chine. La Chine émet davantage de CO2 en valeur absolue que l’ensemble des pays de l’OCDE réunis, mais ce n’est pas ce qui structure la perception : ce sont les questions de gouvernance et de droits humains.

La rupture

La rupture est irréversible à court terme dans les pays OCDE. Même un changement de politique radicale de Pékin ne ferait pas remonter la perception au-dessus de 40 % dans les cinq prochaines années. Les images du Xinjiang, de Hong Kong et des pratiques commerciales sont trop ancrées dans les opinions publiques occidentales.

La seule trajectoire de remontée réaliste passerait par un retrait des tensions militaires sur Taiwan, une désescalade sur le Xinjiang et une normalisation des relations commerciales. Aucun de ces trois scénarios n’est probable d’ici 2030 selon les analystes.

Pourquoi Vigilance (2000-2019) puis Piège (2024). Vigilance quand la médiane oscille entre 40 % et 60 %. Piège franchi en 2023-2024 quand la médiane tombe sous 40 % pour la première fois dans les données Pew disponibles depuis 2002.
Pilier IV · Lecture par les alliances et l’influence
Diplomatie et soft power
Trajectoire 2000-2024

Quatre conquêtes diplomatiques, un plafond d’attractivité

Vingt-cinq ans de diplomatie chinoise dessinent une trajectoire sans équivalent historique : un État autoritaire à parti unique a construit en deux décennies le plus grand réseau diplomatique du monde, le programme d’investissement international le plus massif jamais piloté par un seul pays, et est devenu la deuxième puissance mondiale de soft power. Et pourtant, la perception de la Chine dans les démocraties libérales n’a jamais été aussi basse.

Premier mouvement · 2000-2010
La patience stratégique
La Chine entre le vingt-et-unième siècle avec une diplomatie discrète, héritée de la doctrine de Deng Xiaoping (« cacher ses capacités, attendre son heure »).
  • 188 missions diplomatiques en 2000, contre 211 aux États-Unis
  • Seulement 5 vétos au Conseil de sécurité depuis 1971 : Pékin préfère l’abstention
  • Les premiers Instituts Confucius ouvrent en 2004
  • Entrée à l’OMC en 2001 : premier pas vers la mondialisation institutionnelle
Pékin construit son réseau sans bruit, en évitant les confrontations directes.
Deuxième mouvement · 2010-2019
La grande conquête
L’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2012 marque une rupture. La doctrine de patience cède la place à une diplomatie offensive.
  • Lancement des Nouvelles Routes de la soie en 2013 : 150 pays, 1,175 milliard de dollars cumulés
  • BAII en 2015 avec 57 pays fondateurs, malgré l’opposition américaine
  • La Chine dépasse les États-Unis en nombre de missions diplomatiques dès 2019
  • Instituts Confucius au pic : 550 dans 162 pays
C’est la décennie où la Chine bascule du statut de puissance émergente à celui d’acteur incontournable.
Troisième mouvement · 2019-2024
L’incontournable et le contesté
La Chine atteint le sommet de sa conquête diplomatique, et touche simultanément le fond de sa popularité dans les démocraties libérales.
  • 274 postes dans 176 pays, deuxième réseau mondial
  • Médiation réussie entre l’Iran et l’Arabie saoudite en mars 2023
  • #3 mondial au Soft Power Index 2024 (Brand Finance)
  • Mais perception favorable chute à 28 % médiane (Pew 2024), zone Piège
Pékin s’est rendu incontournable. La question n’est plus si on traite avec la Chine, mais à quelles conditions.

La Chine sait acheter des accords, organiser des sommets, signer des partenariats. Elle peine à inspirer du désir d’affiliation chez les peuples qu’elle ne contrôle pas.

Ce paradoxe a une explication simple : le Soft Power Index mesure la capacité de projection (réseau, présence, influence institutionnelle), pas la sympathie. On peut être puissant sans être aimé. La Chine l’est.

La Chine peut-elle dépasser les États-Unis au classement mondial du soft power d’ici 2028 ?
La Chine est #3 en 2024 (73,5 points) contre #1 États-Unis (74,9). L’écart est de 1,4 point. Si la trajectoire actuelle se maintient et si Washington poursuit son retrait multilatéral, le dépassement est plausible en 2027-2028. Condition nécessaire : que le plafond d’image dans les démocraties ne s’aggrave pas.
La BRI peut-elle rester un outil d’influence après 2030 face à la concurrence du G7 ?
Le Partenariat pour l’Infrastructure mondiale (G7) vise 600 milliards de dollars d’ici 2027. La BRI cumule déjà 1,175 milliard de dollars investis. L’enjeu n’est plus le volume mais les conditions : la Chine offre vitesse et discrétion politique, le G7 des normes ESG et de gouvernance. La compétition se jouera dans les 40 pays à double exposition.
Le recul des Instituts Confucius signale-t-il un essoufflement du soft power éducatif ?
Le réseau est passé de 550 instituts (2019) à moins de 400 (2024) suite aux fermetures en Europe et en Amérique du Nord. Pékin réoriente vers l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud-Est et l’Europe centrale. La recomposition géographique compense partiellement la perte symbolique dans les démocraties libérales.
Ce que les courbes annoncent pour la décennie 2025-2035

Trois courbes annoncent la décennie qui s’ouvre. La BRI continuera son expansion (1,800 milliards de dollars cumulés attendus d’ici 2030), avec un recentrage sur l’énergie verte, les minerais critiques et les technologies. Le réseau de missions diplomatiques restera stable autour de 280, plafonné par le nombre de pays disponibles.

Le Soft Power Index pourrait propulser la Chine à la première place mondiale d’ici 2027-2028 si la trajectoire actuelle se maintient et si la politique étrangère américaine reste perçue comme erratique. Les Instituts Confucius poursuivront leur recomposition vers les pays du Sud mondial et de l’Europe centrale.

Mais le plafond d’attractivité sociale, qui tient à la nature autoritaire du régime, ne se résout pas par les chiffres. Quantité d’influence acquise : Atout. Qualité de cette influence : Vigilance ouverte.

5 signaux de bascule à surveiller (2025-2030)
SignalSeuil critiqueHorizonStatut 2024
Soft Power IndexDépasse les États-Unis (#1)2027-2028Vigilance · à 1,4 pt
Étudiants internationauxRetrouve le niveau 2019 (492,000)2026-2027Vigilance · 330,000 en 2024
Perception positive (Pew)Remonte au-dessus de 35 %IncertainPiège · médiane 28 %
BRI cumul investiDépasse 1,500 milliards de dollars2028Atout · 1,175 Md$ en 2024
BRICS cohérenceDécisions communes contraignantes2030+Vigilance · hétéroclite

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