Comment l'Amérique a inventé l'immigré illégal
Les Chinois n'ont pas été exclus d'un système d'immigration achevé. Leur exclusion a été le premier laboratoire fédéral du contrôle des étrangers.
Le 8 octobre 1888, un paquebot venu de Hong Kong accoste à San Francisco. Sur le pont, un ouvrier nommé Chae Chan Ping tend aux douaniers le papier qu'ils lui ont eux-mêmes remis l'année précédente : un certificat qui lui garantit le retour dans la ville où il vit depuis douze ans. Le document est en règle. Mais il ne vaut plus rien. Une semaine plus tôt, le Congrès l'a annulé d'un trait de plume, avec tous les autres. L'homme ne descendra pas.
D'ordinaire, cette histoire se raconte comme celle d'une faute. Un racisme d'époque, une loi honteuse votée en 1882, abrogée pendant la Seconde Guerre mondiale, puis l'ascension tranquille d'une « minorité modèle »Expression née dans la presse américaine en 1966, qui présente les Américains d'origine asiatique comme des immigrés exemplaires.. Une parenthèse, en somme, refermée depuis longtemps et dûment regrettée.
On dit que l'Amérique a exclu les Chinois de son système d'immigration. Elle n'en avait qu'un brouillon : c'est d'abord sur eux qu'elle l'a mis au propre. Avant 1882, les arrivants débarquaient à New York ou à San Francisco sans visa ni quota, et presque sans contrôle. On voulait seulement fermer une porte. Il a fallu poser une serrure, tailler des clés, embaucher des gardiens. Et, sans l'avoir cherché, mettre au monde un personnage dont l'Amérique parle encore : l'immigré illégal.
La Montagne d'or
Ils arrivent du delta de la rivière des Perles, dans le sud de la Chine, à partir de 1849, vers ce qu'ils appellent la Montagne d'or. La Californie cherche de l'or ; eux trouvent surtout du travail, dans les mines que d'autres ont abandonnées, puis dans les vergers et les blanchisseries des villes nouvelles.
D'où ils partent : le sud de la Chine
L'émigration ne vient pas de toute la Chine, mais d'une poignée de districts ruraux à l'ouest du delta, Taishan en tête, dont près d'un habitant sur quatre émigre au cours du siècle, selon l'historien Gordon Chang. On embarque à Hong Kong, colonie britannique depuis 1842, pour San Francisco.
Vient ensuite le chantier du chemin de fer transcontinental. Des milliers d'entre eux y taillent la voie à travers la Sierra Nevada, à la poudre et à la pioche, sous la neige.
Le premier chemin de fer transcontinental, 1863-1869
Au plus fort du chantier, entre 10,000 et 15,000 Chinois travaillent pour la Central Pacific, sur le tronçon le plus court mais le plus rude : quinze tunnels percés dans le granit. L'Union Pacific n'en emploie aucun. Peut-être 20,000 y passent au total, et plus d'un millier y auraient laissé la vie, une estimation que les historiens tiennent pour fragile.
Fin juin 1867, quelque 3,000 d'entre eux cessent le travail, ce qui suffit à ruiner l'image d'une main-d'œuvre docile. Ils réclament un meilleur salaire et la journée de huit heures : « Huit heures, bon pour l'homme blanc, pareil bon pour le Chinois », rapporte la presse. Charles Crocker, l'un des patrons de la compagnie, leur coupe les vivres. Au bout de huit jours, les pioches reprennent.
L'Amérique veut ces bras. Elle ne veut pas ces hommes. Le traité de BurlingameTraité sino-américain de 1868 garantissant la libre migration entre la Chine et les États-Unis. leur garantit le droit de venir, pas celui de devenir citoyens : la naturalisation reste réservée aux Blancs et, depuis 1870, aux Noirs. Ils viennent pour la plupart librement, souvent à crédit. Peu importe : dès 1852, le gouverneur de Californie les a baptisés « coolies », travailleurs serviles, et l'étiquette ne les quittera plus. L'Amérique les traite comme une cargaison de rails : en quantité, et sans jamais les compter parmi les siens.
La crise des années 1870 retourne la machine. À San Francisco, frappée par le chômage, un charretier irlandais, Denis KearneyFondateur en 1877 du Parti des travailleurs de Californie, dont les meetings se tenaient sur les terrains vagues de San Francisco., fait scander « Les Chinois doivent partir ». L'ironie ne l'effleure pas, lui qui a traversé l'Atlantique pour venir. Dans un Ouest où les élections se jouent de peu, la cible est commode : assez visible pour être désignée, trop peu nombreuse et privée de vote pour se défendre dans les urnes.
Le 6 mai 1882, le président Chester Arthur signe ce que l'on appellera plus tard la loi d'exclusion. Le texte se présente pourtant bien plus modestement, comme la simple application du traité signé deux ans plus tôt avec la Chine, et la presse n'y voit qu'une « restriction » : il suspend pour dix ans la venue des travailleurs chinois et leur interdit la naturalisation, tout en laissant passer marchands, étudiants et diplomates, pourvu qu'ils prouvent ce qu'ils sont.
Pour la première fois, une loi fédérale interdit l'entrée aux travailleurs de tout un peuple, désigné par son nom. Le législateur croit dresser un mur ; il installe en réalité un guichet, où chaque arrivant doit prouver son droit d'entrer. Dans l'Ouest, ce simple filtrage ne contente pas ceux qui veulent voir partir les Chinois.
Le 3 novembre 1885, à Tacoma, des hommes armés, le maire en tête, expulsent sous la pluie toute la communauté chinoise de la ville, deux mois après le massacre de mineurs chinois à Rock Springs, dans le Wyoming. L'exemple fait école : en 1885 et 1886, au moins 168 communautés de l'Ouest se débarrassent de leurs habitants chinois. L'historienne Beth Lew-Williams, qui en a dressé la liste, y lit une injonction adressée à Washington : exclure les Chinois, faute de quoi la foule s'en chargerait.
Le Congrès s'exécute en 1888, poussé à la fois par la rue et par la crainte des démocrates de perdre la Maison-Blanche, et la restriction devient exclusion. Chae Chan Ping, lui, est en mer.
Le papier devient la personne
Au Bureau chinois des douanes de San Francisco, une règle s'impose : tout Chinois est exclu jusqu'à preuve du contraire. La charge de la preuve change de camp ; c'est à l'arrivant de démontrer son droit d'entrer. Chaque Chinois devient un dossier : photographie, témoignages, procès-verbaux d'interrogatoire.
En 1892, la loi Geary pousse la logique jusque dans la rue. Tout travailleur chinois doit désormais porter sur lui un certificat de résidence, sous peine de travaux forcés puis d'expulsion. Réponse : à l'appel des Six CompagniesFédération des associations d'entraide cantonaises de San Francisco, porte-parole officieux de la communauté chinoise., la plupart refusent de s'enregistrer. Qui s'en souvient ? Les manuels, en tout cas, l'ont égaré.
Que vaut un papier signé par l'État, quand l'État change d'avis ? Rien. La Cour suprême le dit en 1889, et elle le dit à Chae Chan Ping. Le Congrès, explique-t-elle, dispose sur l'entrée des étrangers d'un pouvoir presque sans limite. Il peut passer outre à un traité. Ce qui me frappe, à la lecture de l'arrêt, c'est moins sa dureté que son calme : quelques lignes sur l'homme, des pages sur la souveraineté.
Quatre ans plus tard, à New York, Lee Joe fait mieux que présenter un papier : il amène des témoins. Ils jurent qu'il vit dans le pays depuis des années. Le juge les croit. Et il l'expulse quand même. Ses témoins avaient un défaut qu'aucun serment ne corrige : ils étaient chinois. La loi exigeait un témoin blancExigence héritée de la Californie, où l'arrêt People v. Hall interdisait dès 1854 aux Chinois de témoigner contre un Blanc.. Ce jour-là, la vérité n'avait pas la bonne couleur.
Des Chinois à tous les étrangers : des outils qui se répondent
| Instrument | Contre les Chinois | Pour tous les étrangers |
|---|---|---|
| Le tri par l'origine | Loi d'exclusion, 1882 | Quotas par nationalité, 1924 |
| Le papier obligatoire | Certificat de résidence, 1892 | Enregistrement et empreintes de tous les étrangers, 1940 |
| L'expulsion administrative | Arrêt Fong Yue Ting, 1893 | Fondement de l'éloignement de tout étranger |
| Le pouvoir étendu du Congrès | Arrêt Chae Chan Ping, 1889 | Jamais renversé, mais encadré depuis par les juges |
| L'inspecteur spécialisé | « Inspecteurs chinois » des douanes, années 1880 | Service fédéral de l'immigration (1891), seul chargé de l'exclusion en 1900 |
| La frontière gardée | Inspecteurs à cheval sur la frontière mexicaine, 1904 | Police des frontières, 1924 |
Le tableau rapproche des instruments ; il ne prouve pas à lui seul leur transmission. Elle est établie pour la police des frontières et pour la jurisprudence, plus discutée pour les quotas et l'enregistrement de 1940.
Les fils de papier
La loi rend d'abord une chose impossible : fonder une famille. Dès 1875, la loi Page a dressé contre les femmes chinoises, soupçonnées de prostitution, des obstacles presque infranchissables. Dans les quartiers chinois, on vieillit entre hommes, au-dessus des boutiques, en envoyant l'argent à une épouse restée au village. Ceux qui repartent la voir risquent de ne plus pouvoir revenir, comme Chae Chan Ping.
Elle rend aussi le mensonge nécessaire. Le 18 avril 1906, le séisme et l'incendie de San Francisco réduisent en cendres les registres d'état civil. Des milliers d'hommes se déclarent alors nés en Amérique, démultipliant une pratique déjà ancienne. Or l'arrêt Wong Kim Ark l'a confirmé en 1898 : qui naît sur le sol américain est citoyen, quels que soient ses parents. Un citoyen peut déclarer des fils restés en Chine, et chaque fils déclaré ouvre une « place » qu'un jeune homme du village peut acheter, avec le nom qui l'accompagne.
À Angel Island, dans la baie de San Francisco, l'administration interroge les fils de papier des heures durant, parfois des jours. Combien de marches devant la maison ? Où range-t-on le riz ? Combien de fenêtres dans la pièce principale ? Le « père » répond aux mêmes questions, séparément. Que les deux versions divergent, et le fils repart en Chine. Pendant la traversée, on révise sa propre famille comme un examen.
Ces faussaires ont pris l'administration à son propre jeu : elle voulait des papiers, ils lui en ont donné. Dès 1905, avant même le séisme, la Cour suprême avait pourtant entrepris de refermer la brèche. Avec l'arrêt Ju Toy, celui qui se dit citoyen ne peut plus, sauf abus manifeste, faire réexaminer sa cause par un tribunal : l'administration a le dernier mot.
À chaque verrou, les Chinois ont cherché une autre porte. Et l'administration a dû apprendre à les fermer.
Selon le bilan établi par l'historienne Erika Lee, quelque 300,000 Chinois sont admis pendant l'exclusion, retours compris, à peu près autant qu'avant. Les départs l'emportent pourtant, et la population recensée fond jusqu'aux années 1920 ; mais ceux qui entrent passent désormais par la preuve ou par la fraude.
Chinois recensés aux États-Unis
La population chinoise recule fortement, sans jamais disparaître.
L'immigré illégal n'est pas né à la frontière. Il est né dans un bureau, le jour où l'on a exigé de lui un papier qu'on n'entendait pas lui accorder.
Abroger n'est pas démonter
Le 17 décembre 1943, Franklin Roosevelt signe l'abrogation, moins par remords que par calcul : la Chine est l'alliée de Washington contre le Japon, et Madame Chiang Kai-shek est venue plaider sa cause devant le Congrès en février. Les Chinois obtiennent la naturalisation et un quota symbolique, attribué par race : un Chinois né au Pérou compte dans la part chinoise.
L'Amérique a décroché l'écriteau. Elle a gardé la serrure.
En 1965, la fin des quotas nationaux fait des Chinois des immigrants comme les autres. L'égalité devant la loi est enfin acquise ; ce qui survit, ce sont les outils forgés contre eux, désormais tournés vers tous. Le Congrès a exprimé ses regrets pour la loi d'exclusion en 2011 et 2012. Il n'a pas touché à ce qu'elle a contribué à fonder.
De Chae Chan Ping, on ne sait presque rien après l'arrêt qui porte son nom. Pour l'Amérique, l'homme est resté sur le pont. Son nom, lui, a débarqué : il est entré dans le droit américain, et personne ne l'en a fait sortir.
Ce qu'il faut retenir
Comment une loi visant une seule population a donné aux États-Unis leur appareil moderne de contrôle des étrangers.
Le fait majeur
Le 6 mai 1882, le président Chester Arthur signe la loi que l'on appellera « d'exclusion des Chinois ». Pour la première fois, une loi fédérale interdit l'entrée aux travailleurs de tout un peuple, désigné par son nom. Simple restriction de dix ans à l'origine, elle devient exclusion en 1888, permanente en 1904, et ne tombe qu'en 1943, quand la Chine devient l'alliée de Washington contre le Japon.
Le mécanisme central
Pour exclure, il faut identifier. L'État fédéral, qui ne contrôlait presque rien de l'immigration, se dote de papiers obligatoires, d'inspecteurs, d'interrogatoires et d'une expulsion sans procès pénal. Plusieurs de ces outils, conçus pour une seule communauté, sont ensuite repris et adaptés : contre les travailleurs sous contrat dès 1885, puis contre les Japonais et les Européens du Sud et de l'Est, jusqu'aux quotas de 1924.
Le catalyseur
Recrutés en masse pour les mines d'or de Californie puis pour le premier chemin de fer transcontinental, les ouvriers chinois deviennent, avec la crise des années 1870, des boucs émissaires commodes. Le chômage, l'agitation ouvrière à San Francisco et des élections nationales serrées convergent sur une population visible, peu nombreuse et privée du droit de vote.
Le verrouillage
Les deux principes posés par la Cour suprême contre les Chinois, le pouvoir presque illimité du Congrès sur l'entrée des étrangers (1889) et l'expulsion vue comme une simple mesure administrative (1893), n'ont jamais été renversés, même si les juges en ont depuis encadré l'usage. Le Congrès a officiellement regretté la loi d'exclusion en 2011 et 2012 ; il conserve l'architecture qu'elle a contribué à fonder.
L'enchaînement
De l'exception à la règle commune
La suppression de l'exclusion en 1943 n'interrompt pas la séquence : elle intervient après sa dernière étape, quand les instruments ne dépendent plus de leur cible d'origine.
Les dossiers de l'exclusion
La surveillance qui a broyé les familles chinoises est aussi celle qui leur a laissé leurs archives les plus intimes.
C'est le paradoxe le plus cruel de cette histoire. Pour traquer les fraudeurs, l'administration américaine a ouvert pendant six décennies des dossiers individuels d'une minutie inouïe. Photographies de face et de profil, interrogatoires dactylographiés de plusieurs dizaines de pages, plans de villages cantonais dessinés de mémoire, témoignages croisés des pères, des fils et des voisins. Les Archives nationales américaines en conservent l'essentiel, à Seattle et surtout à San Francisco, où les dossiers d'enquête ouverts à l'arrivée, Chinois et autres voyageurs confondus, sont quelque 250,000.
Ces liasses, conçues pour démasquer, servent aujourd'hui à retrouver. Les descendants des fils de papier y découvrent souvent le vrai nom de leur famille, celui qu'il avait fallu abandonner pour emprunter l'identité d'un « père » acheté. L'État voulait savoir qui mentait. Il a fini par conserver, pour la postérité, la mémoire de ceux qu'il soupçonnait.
L'historienne Erika Lee y a retrouvé le dossier de son propre grand-père, Lee Chi Yet, entré en 1920 sous l'identité d'un fils de papier et longuement interrogé à son arrivée. L'un des livres de référence sur l'exclusion est sorti de ces liasses, et d'une histoire de famille.
Les interrogatoires eux-mêmes forment un genre à part. Combien de rangées de maisons dans votre village ? De quel côté se trouve l'autel des ancêtres ? Qui habite la troisième maison de la deuxième rangée ? La moindre divergence entre le récit du père et celui du fils suffisait à refouler. D'où les aide-mémoire, appris par cœur pendant la traversée, parfois glissés en contrebande dans des colis de nourriture jusqu'aux détenus.
Car l'attente avait un lieu : la station d'immigration d'Angel Island ouverte en 1910 au large de San Francisco. Les Chinois y restaient des semaines, parfois des mois. Sur les murs de bois des dortoirs, certains ont gravé ou tracé à l'encre des poèmes en chinois classique, où se mêlent la colère, la honte et le mal du pays. En 1970, un garde forestier du parc les remarque alors que le bâtiment est promis à la démolition. Leur découverte le sauve.
Entre 1903 et 1906, l'administration va plus loin. Elle applique aux Chinois admis le système Bertillon, la méthode de mensurations mise au point par la préfecture de police de Paris pour reconnaître les récidivistes. Des hommes sont photographiés et mesurés nus, comme des suspects. L'humiliation nourrit le boycott des produits américains lancé en Chine en 1905, première grande campagne nationaliste de la Chine moderne, et le procédé est abandonné peu après.
Dernière archive, la plus amère : les aveux eux-mêmes. Entre les années 1950 et 1966, le programme de « confession » recueille 13,895 aveux. Ceux-ci mettent en cause 22,083 personnes et entraînent la suppression de 11,294 possibilités d'immigration fondées sur des filiations fictives. Chaque aveu peut défaire une histoire familiale construite depuis plusieurs décennies, mais aussi exposer des proches qui n'ont rien avoué. Certains enfants n'ont appris qu'à cette occasion le véritable nom de leur grand-père.
Les non-dits
La photographie absente
Sur le cliché officiel de la jonction, le 10 mai 1869, seule une silhouette floue, de dos, est probablement chinoise. La célèbre photographie d'une équipe chinoise datée de 1869 a été prise deux ans plus tard. Cent ans après, le secrétaire aux Transports demande « qui d'autre que des Américains » aurait pu percer ces tunnels.
Les femmes interdites
La loi Page de 1875, première restriction fédérale à l'immigration, vise d'abord les femmes chinoises, présumées prostituées. La société d'hommes seuls que l'on reprochera ensuite aux Chinois est en partie l'œuvre de cette loi.
La désobéissance de 1892
Contre la loi Geary, la communauté chinoise organise l'un des premiers grands refus collectifs d'enregistrement de l'histoire américaine, et le porte jusque devant la Cour suprême, qui lui donne tort en 1893.
Le toast sans paroles
Le 10 mai 1869, après la jonction des rails, James Strobridge invite des ouvriers chinois à dîner dans son wagon. Parmi eux figure Hung Wah, chef d'équipe que l'historien Gordon H. Chang identifie dans sa reconstitution. Les convives acclament les travailleurs. La presse rapporte l'hommage, mais ne conserve aucune parole de Hung Wah.
La légende des paniers
Au cap Horn, falaise dominant l'American River, des ouvriers chinois auraient été suspendus dans des paniers d'osier pour poser les explosifs. On a cru le récit inventé en 1927 par un publicitaire ; des mentions plus anciennes le rendent plausible, sans le prouver.
La conquête imaginée
En 1880, le roman de Pierton Dooner, Last Days of the Republic, publié à San Francisco, raconte la conquête des États-Unis par les Chinois. Deux ans avant la loi, la peur s'écrit déjà en fiction.
Les interprètes écartés
Au Bureau chinois de San Francisco, les interprètes chinois, jugés trop proches des requérants, sont écartés au profit d'interprètes blancs. Comprendre la langue suffit à rendre suspect.
Tacoma, sans coupables
Après l'expulsion de novembre 1885, vingt-sept hommes, dont le maire de Tacoma, sont inculpés. Les procédures sont annulées, relancées, puis abandonnées. Aucun n'est condamné.
La relève des traqueros
Après 1882, les compagnies ferroviaires du Sud-Ouest se tournent vers le Mexique. La Santa Fe et la Southern Pacific, qui ont atteint la frontière à El Paso dès 1881, y recrutent des « traqueros », les ouvriers de la voie. Entre 1880 et 1930, ils forment près des deux tiers des équipes d'entretien du Sud-Ouest et du Midwest, selon l'historien Jeffrey Marcos Garcilazo. Beaucoup logent avec leur famille dans de vieux wagons de marchandises aménagés le long des voies.
Du recrutement à la règle commune
Dix-sept jalons qui montrent comment une exception devient une architecture.
1819-1966
Les jalons marqués en couleur sont ceux où une possibilité se ferme : l'entrée libre, le retour promis, le contrôle du juge sur le Congrès, l'exception réservée aux seuls Chinois.
Les ouvrages recommandés
L'essentiel de la recherche sur l'exclusion est américain et n'a pas été traduit en français.
- At America's Gates: Chinese Immigration during the Exclusion Era, 1882-1943, Erika Lee, University of North Carolina Press, 2003. Non traduit.La démonstration fondatrice : l'exclusion comme matrice de l'État-gardien américain.
- Impossible Subjects: Illegal Aliens and the Making of Modern America, Mae M. Ngai, Princeton University Press, 2004. Non traduit.Comment la catégorie juridique d'étranger illégal a été fabriquée, des fils de papier aux quotas de 1924.
- The Chinese Must Go: Violence, Exclusion, and the Making of the Alien in America, Beth Lew-Williams, Harvard University Press, 2018. Non traduit.Le rôle des violences locales dans le durcissement de la loi fédérale.
- Ghosts of Gold Mountain: The Epic Story of the Chinese Who Built the Transcontinental Railroad, Gordon H. Chang, Houghton Mifflin Harcourt, 2019. Non traduit.Le chantier de la Sierra Nevada reconstitué à partir de sources rares, parfois par extrapolation, avant que la porte ne se ferme.
- The Chinese Question: The Gold Rushes and Global Politics, Mae M. Ngai, W. W. Norton, 2021. Non traduit.L'exclusion replacée dans une échelle mondiale, de la Californie à l'Australie et à l'Afrique du Sud.
- Expelling the Poor: Atlantic Seaboard States and the Nineteenth-Century Origins of American Immigration Policy, Hidetaka Hirota, Oxford University Press, 2017. Non traduit.L'ouvrage qui nuance la thèse de cet article : l'expulsion des étrangers pauvres précède l'exclusion chinoise, à l'échelle des États.
Sources
L'article
- Bureau du recensement des États-Unis, « Recensements fédéraux de 1880, 1890, 1900, 1920 et 1940, population par race », 1880-1940.
- Congrès des États-Unis, « An Act to execute certain treaty stipulations relating to Chinese », 6 mai 1882.
- Congrès des États-Unis, « An Act to regulate Immigration », 3 août 1882.
- Congrès des États-Unis, loi du 6 juin 1900 confiant l'application des lois d'exclusion au commissaire général de l'immigration, 6 juin 1900.
- U.S. Customs and Border Protection, « 1891: Immigration Inspection Expands », notice historique.
- Modern American History, Heather Ruth Lee, « The Right to Return: Chinese Merchants, the Scott Act, and Legal Knowledge in an Era of Exclusion », vol. 8, n° 3, 2025.
- Cour suprême des États-Unis, « Chae Chan Ping v. United States », 13 mai 1889.
- Cour suprême des États-Unis, « Fong Yue Ting v. United States », 15 mai 1893.
- Cour suprême des États-Unis, « United States v. Wong Kim Ark », 28 mars 1898.
- Cour suprême des États-Unis, « United States v. Ju Toy », 8 mai 1905.
- University of North Carolina Press, Erika Lee, « At America's Gates: Chinese Immigration during the Exclusion Era, 1882-1943 », 2003.
- Congressional Record, « Address to the U.S. House of Representatives », Madame Chiang Kai-shek, 18 février 1943.
- Houghton Mifflin Harcourt, Gordon H. Chang, « Ghosts of Gold Mountain: The Epic Story of the Chinese Who Built the Transcontinental Railroad », 2019.
- Harvard University Press, Beth Lew-Williams, « The Chinese Must Go: Violence, Exclusion, and the Making of the Alien in America », 2018.
- W. W. Norton, Mae M. Ngai, « The Chinese Question: The Gold Rushes and Global Politics », 2021.
- Cour suprême de Californie, « People v. Hall », 1854.
- Cambridge University Press, Marilyn Lake et Henry Reynolds, « Drawing the Global Colour Line: White Men's Countries and the International Challenge of Racial Equality », 2008.
- Population and Development Review, Kenneth Chew et John Liu, « Hidden in Plain Sight: Global Labor Force Exchange in the Chinese American Population, 1880-1940 », vol. 30, n° 1, 2004.
- Immigration and Ethnic History Society, « Chinese Confession Program (1956-1965) », notice en ligne.
Les coulisses
- University of North Texas Press, Jeffrey Marcos Garcilazo, « Traqueros: Mexican Railroad Workers in the United States, 1870-1930 », 2012.
- University of Puget Sound, « Expulsion: The Tacoma Method », dossier historique.
- Boston University School of Law, Robert L. Tsai, « Racial Purges », 2020.
- Code des États-Unis, titre 8, § 298, « Bertillon system of identification », lois du 17 mars 1894 et du 28 avril 1904.
- Université de Pittsburgh, Constellations, « Bertillon system and the Chinese Exclusion Act », notice de recherche.
- Archives nationales des États-Unis, « Chinese Exclusion Era Records », Prologue, vol. 35, n° 3, automne 2003.
- Chinese Historical Society of New England, « Chinese Confession Program », notice historique.
- Harper's Magazine, Fae Myenne Ng, « Orphan Bachelors », février 2019.
- Stanford University, « Chinese Railroad Workers in North America Project ».
- Alta California Publishing House, Pierton W. Dooner, « Last Days of the Republic », 1880.
- Archives nationales des États-Unis, antenne de Seattle, « Chinese Exclusion Act Records at the National Archives at Seattle ».
La chronologie
- Congrès des États-Unis, « An Act regulating passenger ships and vessels », 2 mars 1819.
- Oxford University Press, Hidetaka Hirota, « Expelling the Poor: Atlantic Seaboard States and the Nineteenth-Century Origins of American Immigration Policy », 2017.
- Congrès des États-Unis, « Chinese Exclusion Repeal Act », 17 décembre 1943.
- Congrès des États-Unis, « Immigration and Nationality Act », 3 octobre 1965.
- Sénat des États-Unis, « Résolution 201 exprimant ses regrets pour les lois d'exclusion », 6 octobre 2011.
- Chambre des représentants, « Résolution 683 exprimant ses regrets pour les lois d'exclusion », 18 juin 2012.
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