LE MOYEN-ORIENT
EN INFOGRAPHIES
Acte deuxième

D’où viennent le Hezbollah et le Hamas, et que sont-ils devenus ?

Le Hezbollah se forme au début des années 1980, le Hamas est fondé en décembre 1987, dans deux sociétés où la guerre, l’occupation et la faiblesse des institutions ouvrent un espace à des organisations offrant à la fois mobilisation, services et armes. Leur naissance, elle, n’a rien de commun : l’Iran joue un rôle fondateur dans la formation du Hezbollah, quand le Hamas sort d’un réseau islamiste palestinien déjà implanté. Ils se ressemblent par la forme qu’ils ont prise, pas par la façon dont ils sont nés.


LE HEZBOLLAHau Liban
1982
LE HAMASné à Gaza
1987
Naissance

À partir de 1982, pendant l’invasion israélienne du Liban, avec l’aide de militaires venus d’Iran.

Naissance

En décembre 1987, au début de la première révolte palestinienne, dans la mouvance des Frères musulmans.

Le terrain qui l’a fait pousser
  • Les chiites du Liban subissent de longue date de fortes inégalités sociales et territoriales.
  • Dans les années 1970, le mouvement Amal les mobilise déjà politiquement.
  • La guerre civile et l’affaiblissement de l’État fragilisent le pays.
  • L’invasion israélienne de 1982 ouvre un espace à des groupes islamistes chiites soutenus par l’Iran.
Le terrain qui l’a fait pousser
  • Vingt ans d’occupation israélienne de la Cisjordanie et de Gaza, accompagnée de colonisation et de fortes contraintes politiques et économiques.
  • La première intifada éclate en 1987.
  • Le nationalisme palestinien dominant, structuré autour de l’OLP et de sa principale composante, le Fatah de Yasser Arafat, reste alors très puissant, politiquement et symboliquement. L’intifada ne naît pas de son échec : elle vient des transformations sociales des territoires et d’une génération militante nouvelle. Le Hamas se développe dans cette séquence plus qu’il ne naît d’un vide.
  • Les réseaux des Frères musulmans, implantés dans les mosquées et les œuvres sociales, donnent naissance au mouvement.
  • À différentes périodes, les autorités israéliennes ont toléré ou facilité certaines institutions islamistes, notamment parce qu’elles pouvaient constituer un contrepoids à l’OLP. Elles n’ont pas créé le Hamas pour autant. Séquence documentée par le journaliste Charles Enderlin.
Ce qu’il est devenu

Une force armée, un parti représenté au Parlement, des écoles, des hôpitaux, des aides : une organisation intégrée aux institutions libanaises, dotée d’un appareil militaire qui échappe à leur contrôle. C’est cette hybridité, plus que la formule d’un « État dans l’État », qui le caractérise.

Pour Téhéran, il est l’un des principaux relais opérationnels du dispositif régional : il a formé, conseillé et parfois coordonné des recrues d’autres mouvements alliés, en Irak, en Syrie et au Yémen. L’architecte du réseau reste la Force Qods.

Ce qu’il est devenu

Le pouvoir de fait à Gaza depuis 2007 : une organisation armée, un appareil de gouvernement civil et sécuritaire, et un réseau de dispensaires, d’écoles et d’aide alimentaire.

Le 6 juillet 2026, son gouvernement annonce la dissolution du comité d’urgence qui administrait l’enclave depuis octobre 2023, et le transfert de l’administration au Comité national pour l’administration de Gaza : un comité de quinze technocrates non élus, présidé par Ali Shaath et constitué en janvier 2026 sous mandat du Board of Peace. Le transfert effectif du pouvoir, comme le désarmement, reste disputé.

Combien d’hommes ?
  • Estimations indépendantes, avant octobre 2023 : de 25,000 à 50,000 combattants selon les instituts militaires.
  • Revendication : 100,000 hommes entraînés, annoncés par Hassan Nasrallah en octobre 2021. Invérifiable, et tenu pour exagéré par les analystes.
  • Depuis : frappes, pertes de cadres et destructions ont gravement affecté l’appareil militaire, selon les évaluations israéliennes, américaines et plusieurs instituts spécialisés. Le niveau réel des effectifs et des stocks n’est pas vérifiable de manière indépendante.
Combien d’hommes ?
  • Estimations, divergentes : avant la guerre de 2023, 25,000 à 40,000 combattants dans les brigades al-Qassam pour le Congressional Research Service, 20,000 à 30,000 pour le National Counterterrorism Center. Les sources ne comptent pas les mêmes catégories, et ce chiffre ne couvre ni l’appareil sécuritaire du mouvement, ni les autres groupes armés présents à Gaza.
  • Depuis : les pertes et la dégradation des infrastructures sont considérables selon les mêmes sources, mais le recrutement s’est poursuivi. Les estimations de survivants et de capacités résiduelles divergent trop pour établir un effectif.
Qui le finance et le soutient
  • L’Iran, parrain fondateur : argent (plusieurs centaines de millions de dollars par an selon le Trésor américain), armes et formation via la Force Qods.
  • La Syrie des Assad constituait le principal territoire de transit entre l’Iran et le Hezbollah ; la chute du régime fin 2024 a profondément perturbé cette route logistique, sans tarir pour autant tous les trafics transfrontaliers.
  • Des ressources propres : le réseau financier Al-Qard al-Hassan, les dons de la diaspora chiite, des activités commerciales licites et illicites.
Qui le finance et le soutient
  • L’Iran : argent et savoir-faire militaire pour la branche armée, malgré la différence entre sunnites et chiites.
  • Le Qatar : des transferts financiers destinés à Gaza jusqu’en 2023 (carburant, ménages, dépenses civiles), par des mécanismes connus et autorisés par les autorités israéliennes, et l’accueil à Doha de dirigeants politiques du Hamas. Ce n’est pas l’équivalent du financement militaire iranien.
  • La Turquie : un soutien politique, et l’accueil de cadres du mouvement.
  • Des ressources propres : les taxes prélevées à Gaza, effondrées depuis 2023, et les dons et collectes à l’étranger.
Pourquoi on ne le désarme pas facilement
  • Sa guérilla contre l’occupation israélienne du Sud-Liban lui donne, auprès d’une partie des Libanais, une légitimité renforcée par le retrait de 2000.
  • Il dispose d’une capacité militaire autonome que l’État libanais ne contrôle pas, et d’un arsenal sans équivalent dans le pays.
  • La résolution 1559 du Conseil de sécurité demande dès 2004 le désarmement de toutes les milices libanaises et non libanaises. La résolution 1701, qui met fin à la guerre de 2006, en réaffirme les principes et exige qu’entre la Ligne bleue et le Litani ne se trouvent ni armes ni forces autres que celles de l’État libanais et de la FINUL. L’armée libanaise et la FINUL se sont déployées au sud du Litani, mais leurs dispositions relatives au désarmement et au monopole des armes par l’État n’ont jamais été pleinement appliquées.
Pourquoi on ne le désarme pas facilement
  • Il rejette les accords d’Oslo dès 1993, par principe.
  • Sa doctrine a longtemps privilégié la lutte armée et l’acceptation de trêves temporaires plutôt qu’une reconnaissance définitive d’Israël.
  • Son document politique de 2017 maintient le refus de reconnaître Israël, mais accepte un État palestinien sur les frontières de 1967 comme « formule de consensus national ». La charte de 1988 ne résume donc plus à elle seule sa doctrine.
  • Il remporte les élections législatives palestiniennes de 2006.
  • Il prend le contrôle de Gaza en 2007, après l’affrontement avec le Fatah.
  • Le désarmer suppose donc de résoudre à la fois une lutte de pouvoir palestinienne, les conditions politiques et sociales qui entretiennent son implantation, et la question des autres groupes armés présents à Gaza.
SymbolesCe que disent leurs emblèmes

Un emblème condense un programme : chacun des deux mouvements y rassemble ce qu’il revendique être.

Le drapeau du Hezbollah Drapeau du Hezbollah
Les six motifs du drapeau
  • Le fond jaune : la couleur de ralliement du mouvement, associée dans son iconographie à la « résistance ».
  • L’emblème vert, symbole officiel du parti : la calligraphie de « parti de Dieu » (Hizb Allah) en forme le socle.
  • Le poing et le fusil d’assaut qui en jaillissent : la lutte armée au cœur de l’identité.
  • Le verset coranique au-dessus : « le parti de Dieu, voilà les vainqueurs », qui donne son nom au mouvement.
  • Le globe terrestre : il inscrit la lutte dans un imaginaire transnational. Lecture visuelle, non explicitée par le mouvement.
  • La devise en dessous : « la résistance islamique au Liban ».
L’emblème du Hamas
Emblème du Hamas
Les six motifs de l’emblème
  • Le fond vert : la couleur de l’islam.
  • Le dôme du Rocher : Jérusalem au cœur de l’identité.
  • La carte de la Palestine entière, du fleuve à la mer : la revendication porte sur tout le territoire.
  • Deux drapeaux et deux épées croisés : le national et l’armé entrelacés.
  • Le nom : acronyme de « Mouvement de la résistance islamique », il signifie aussi « ferveur ».
  • L’emblème dans son ensemble : une image de la Palestine, du territoire (la carte) à son sanctuaire (le dôme).

Drapeau et emblème officiels. Les éléments écrits, versets et devises, se lisent tels quels ; les significations attribuées aux autres motifs relèvent d’une lecture éditoriale et ne sont pas revendiquées comme telles par les deux mouvements. La carte figurant dans l’emblème du Hamas renvoie à la Palestine historique ; son interprétation politique se discute et ne se confond pas avec le texte des documents successifs du mouvement.

DésignationsQui les qualifie de « terroristes », et pourquoi ?

« Terroriste » est une qualification juridique propre à chaque État ou organisation : le droit international comporte de nombreuses conventions sectorielles et infractions définies, mais aucune définition générale universellement acceptée. Ces qualifications sont contestées par les mouvements eux-mêmes, qui revendiquent la « résistance », et par leurs soutiens, pour qui elles reviennent à délégitimer toute lutte contre l’occupation.

Cette carte des désignations recoupe en partie celle des alliances, mais elle dépend aussi des systèmes juridiques nationaux, de la politique intérieure de chaque pays, et de la distinction, elle-même contestée, entre branche militaire et branche politique.

Le Hezbollah
  • En intégralité : les États-Unis (depuis 1997), le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada, l’Australie, Israël et le Conseil de coopération du Golfe.
  • Aile armée seulement : l’Union européenne (depuis 2013, après l’attentat de Burgas), distinction que la France applique.
  • N’ont pas adopté de désignation équivalente : la Russie, la Chine, l’Irak ; la Ligue arabe, qui l’avait classé terroriste en 2016, et dont un responsable a déclaré fin juin 2024 que cette qualification ne s’appliquait plus, avant que l’organisation ne nuance ce propos quelques jours plus tard et rappelle qu’elle ne tient pas de liste terroriste à proprement parler ; au Liban, c’est un parti légal représenté au Parlement.
  • Les motifs invoqués : les attentats de Beyrouth de 1983, revendiqués à l’époque par une « Organisation du Jihad islamique » et attribués depuis, par les États-Unis notamment, aux réseaux dont le mouvement est issu, alors qu’il n’existe pas encore publiquement ; ceux de Buenos Aires de 1992 et 1994, imputés au Hezbollah et à l’Iran par la justice argentine ; celui de Burgas en 2012, attribué par les autorités bulgares ; les prises d’otages. Le mouvement conteste plusieurs de ces attributions.
Le Hamas
  • En intégralité : les États-Unis (depuis 1997), l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, l’Argentine et Israël.
  • N’ont pas adopté de désignation équivalente : la Russie, la Chine, l’Iran qui le finance, le Qatar, et la Turquie, qui le présente comme un mouvement de libération.
  • Les motifs invoqués : les attentats-suicides des années 1990-2000, les tirs de roquettes sur les villes, et le massacre du 7 octobre 2023 avec ses prises d’otages.

Le Jihad islamique palestinien est lui aussi désigné terroriste en intégralité, notamment par les États-Unis (depuis 1997), l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et Israël : à la différence de ses deux aînés, il ne dispose ni d’un appareil gouvernemental comparable à celui du Hamas, ni d’une implantation institutionnelle comparable à celle du Hezbollah.

Emblème du Jihad islamique palestinienL’emblème officiel : le dôme du Rocher entre deux poings serrant des fusils.
Le troisième mouvement armé

Le Jihad islamique palestinien

  • Né au tournant des années 1980, fondé par des étudiants palestiniens revenus d’Égypte.
  • Plus petit que le Hamas, sans réseau social comparable au sien, et sans participation au gouvernement.
  • Très dépendant de l’Iran, qui l’arme et le finance.
  • Conséquence pratique : tout dispositif durable de désarmement, de démobilisation ou de contrôle des armes à Gaza devra engager plusieurs organisations armées, et pas seulement le Hamas.
Un point commun

des armes doublées de services sociaux, dans deux sociétés où les institutions ne répondaient plus à une partie de la population. Au-delà, les deux généalogies divergent.

Une différence

le soutien extérieur ne joue pas le même rôle : l’Iran participe directement à la formation du Hezbollah ; le Hamas naît d’un réseau palestinien déjà implanté.

Une hypothèse

un mouvement armé adossé à une structure sociale encaisse mieux les coups portés à son appareil militaire. La résilience ne tient pas aux seuls services rendus : comptent aussi l’idéologie, les réseaux familiaux, la contrainte, l’appui extérieur, la faiblesse des institutions et l’absence de solution politique.

Avant le HezbollahAvant 1982, les chiites libanais sont déjà politiquement mobilisés, notamment autour de l’imam Moussa Sadr et du mouvement Amal. Le Hezbollah ne surgit pas d’une communauté politiquement vierge : il s’impose progressivement dans un terrain déjà organisé.
Et depuis 2023 ?Cette planche retrace la naissance, la structure et la situation politique actuelle des deux mouvements. Le bilan détaillé des pertes subies depuis 2023 par leurs appareils militaires et par leur parrain iranien est traité dans la planche « Ce que l’Iran a perdu entre 2023 et 2026 ».

Ce que la force peut, et ce qu’elle ne peut pas

Des organisations politiques armées ont bel et bien disparu, été dissoutes, absorbées ou marginalisées. Ni le Hezbollah ni le Hamas ne l’ont été, malgré les pertes très lourdes infligées à leurs appareils militaires depuis 2023.

La question n’est donc pas de savoir si la force peut faire disparaître un mouvement armé, mais à quelles conditions.

Les précédents historiques montrent rarement la seule destruction militaire à l’œuvre : disparition ou marginalisation résultent le plus souvent d’une combinaison de coercition, de rupture des soutiens, de transformation politique ou de démobilisation. Le Hezbollah et le Hamas ne reposent pas sur leurs seuls combattants : ils s’inscrivent dans des réseaux politiques, sociaux, familiaux et mémoriels, et aucune combinaison de ces facteurs n’a, à ce stade, conduit à leur disparition ou à leur marginalisation durable.

Exclusivité SAPERE. Effectifs : Congressional Research Service et National Counterterrorism Center pour le Hamas ; instituts militaires et déclaration de Hassan Nasrallah d’octobre 2021 pour le Hezbollah. Financements : Trésor américain, IISS.

Désignations : textes nationaux et de l’Union européenne, déclarations de la Ligue arabe de fin juin et début juillet 2024. Résolutions : ONU, 1559 (2004) et 1701 (2006). Gaza, juillet 2026 : annonce du 6 juillet 2026 rapportée par Al Jazeera, France 24 et PBS. Textes fondateurs : Lettre ouverte du Hezbollah (1985), charte du Hamas (1988), document politique du Hamas (2017).

Ouvrages : J.-C. Lescure, « Le conflit israélo-palestinien en 100 questions » (Tallandier, 2018) · J.-P. Filiu, « Gaza: A History » (Oxford University Press, 2014) · M. Goya, « L’Embrasement » (Perrin, 2024) · C. Enderlin, « Le Grand Aveuglement. Israël face à l’islam radical » (Albin Michel, 2009, éd. augmentée 2024) · M. Levitt, « Hezbollah » (Georgetown University Press, éd. 2024) · K. Hroub, « Hamas: A Beginner’s Guide » (Pluto Press, 3e éd., 2025) · base de veille SAPERE.

État constaté en septembre 2026. Les données postérieures à 2023 (financements, arsenaux, effectifs) sont des ordres de grandeur en cours de consolidation.

Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série Le parcours complet en six actes : où l’on est et qui veut quoi, d’où viennent les organisations armées, les terrains où tout se joue, le monde autour, ce qui fait finir une guerre, et le bilan.
© SAPERE · 2026Acte deuxième

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