Du soutien affiché à l’ambiguïté assumée.
Depuis plus d’une décennie, le Rassemblement national (RN) cultive une proximité politique, idéologique et parfois financière avec le Kremlin. En rupture ouverte avec la ligne atlantiste traditionnelle de la diplomatie française, plusieurs figures du parti, à commencer par Marine Le Pen, ont exprimé une admiration persistante pour Vladimir Poutine, perçu comme l’incarnation d’un ordre conservateur, souverainiste et anti-mondialiste.
Cette bienveillance vis-à-vis de Moscou ne se limite pas à des postures rhétoriques. Elle s’est traduite par des prêts russes à hauteur de plusieurs millions d’euros, par des missions d’observation électorale complaisantes organisées en Russie ou en Crimée, et par un discours récurrent contre les sanctions européennes imposées au régime poutinien. Nombre de cadres du RN — députés européens, élus locaux ou figures montantes — se sont faits les relais d’une lecture prorusse du monde, souvent en opposition frontale aux positions de l’Union européenne, de l’OTAN ou du Quai d’Orsay.
Pourtant, depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, cette ligne prorusse historique est mise à l’épreuve. Le RN cherche désormais à adoucir son image diplomatique, oscillant entre condamnations formelles des violences et refus des mesures de rétorsion économiques, au nom de la défense des intérêts français.
Ce dossier propose un tour d’horizon documenté des prises de position, voyages, votes, financements ou soutiens explicites de plusieurs figures du RN à l’égard de la Russie de Vladimir Poutine. De Marine Le Pen à Jean-Luc Schaffhauser, en passant par Thierry Mariani, Pierre Gentillet, Hélène Laporte ou Julie Lechanteux, il dresse le portrait d’un réseau politique qui, sous couvert de souverainisme, a parfois épousé sans réserve les récits du Kremlin.
Marine Le Pen
Dès son accession à la présidence du parti en 2011, elle a renforcé les liens du Front National avec la Russie exprimant une admiration pour Vladimir Poutine, l’homme fort du pays et estimé que Paris devait s’allier à Moscou pour se défaire d’un diktat américain » (1).
Elle a soutenu officiellement le rattachement de la Crimée à la Russie lors du référendum de 2014 qu’elle a jugé légitime « sans contestation possible » (2) (3). Elle a réitéré cette position à plusieurs reprises.
En 2015, elle appuie l’intervention militaire russe en Syrie et plaide pour une alliance avec Bachar el-Assad contre l’État islamique, estimant que Moscou jouait un rôle crucial dans la lutte contre le terrorisme.
En 2017, à l’approche des élections présidentielles françaises, elle est reçue par Poutine à Moscou, où elle propose de lever les sanctions économiques européennes contre la Russie, qu’elle a souvent critiqué, les qualifiant d’inutiles et nuisibles pour l’économie européenne. (4)
Malgré ses liens étroits avec la Russie, elle condamne en 2022 l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2023, mais s’oppose aux mesures de rétorsion contre la Russie, citant la protection économique des Français et plaidant pour une solution diplomatique.
Sources
(1) Le Point – son admiration pour Poutine
(2) BFM TV – rattachement de la Crimée
(3) L’Express – rattachement de la Crimée
(4) Déclaration sur TFI sur les sanctions (18/09/2022)
Louis ALIOT
« Il n’y aura pas de surprise dans cette élection, mais nous devons parler à tout le monde. La voix de la France doit être entendue », a-t-il déclaré à l’AFP dans un bureau de vote du centre de la capitale russe. (1) (2)
Sources
(1) Louis Aliot invité à Moscou pour observer l’élection présidentielle russe (capital.fr)
(2) Le numéro deux du FN, observateur de la présidentielle russe à Moscou – Challenges
Thierry MARIANI
Député européen depuis 2019, il est connu pour ses positions prorusses et ses missions d’observation électorale en Russie et en Crimée. Rappelons que l’observation des élections est normalement dévolue à l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe), dont la Russie est membre. Mais le régime de Moscou préfère ses observateurs étrangers désignés et invité avec l’aval de la Commission électorale centrale de la Fédération de Russie ou du président russe en personne.
Ancien membre du RPR, de l’UMP et des Républicains, il a rejoint le RN en 2019 et copréside l’association Dialogue Franco-Russe depuis 2012.
Thierry Mariani a été observateur de plusieurs élections en Russie, et a des rencontres à haut niveau, souvent orchestrées par des figures influentes du Kremlin. (1)
Source
Thierry Mariani, très amical observateur des élections à l’étranger – Libération (liberation.fr)
Pierre GENTILLET
Comme l’a révélé le journaliste Nicolas Hénin dans son livre La France russe (Fayard, 2016), ce proche de Xavier Moreau, saint-cyrien devenu l’un des relais de la propagande de Poutine, a fondé en 2015 le cercle Pouchkine, plateforme destinée à rapprocher la Russie et la France. Pierre Gentillet s’est aussi rendu plusieurs fois en Syrie aux côtés de Thierry Mariani et de l’ancien président du Front national de la jeunesse, Julien Rochedy (2012-2014). (1) (2) (3)
Sources
(1) Racistes, homophobes, pro-Poutine : ces candidats RN qui n’avancent pas masqués – Basta!
(2) Qui sont les candidats prorusses du RN (latribune.fr)
(3)Pro-russes, dérapages… au RN, ces candidats aux législatives qui posent problème (nicepresse.com)
Hélène LAPORTE
Virginie JORON
Julie LECHANTEUX
Jean-Lin LACAPELLE
Il a été également candidat aux élections législatives de 2024 dans la cinquième circonscription du Loiret.
Il a été photographié portant un tee-shirt à l’effigie de Vladimir Poutine et a exprimé des positions pro-russes avant de nuancer ses propos après l’invasion de l’Ukraine. (1) (2)
Sources
(1) Législatives : quinze candidats RN ont entretenu des liens directs avec la Russie de Poutine | Mediapart
(2) Législatives 2024 : l’encombrant passé pro-russe de Jean-Lin Lacapelle, candidat RN dans le Loiret – France Bleu
Frédéric BOCCALETTI
Andréa KOTORAC
Charles-Henri GALLOIS
Il a des positions nuancées sur la Russie. Bien qu’il condamne l’invasion de l’Ukraine, il estime qu’il ne faut pas diaboliser Vladimir Poutine et qu’il est important de comprendre les motivations russes pour parvenir à la paix. Il critique également l’expansionnisme de l’Union européenne et prône une diplomatie équilibrée sans ingérence étrangère, y compris de la Russie.
Jean-Luc SCHAFFHAUSER
Outre son implication dans les finances du parti, Schaffhauser est connu pour ses positions pro-russes et a souvent défendu la politique étrangère de Vladimir Poutine, particulièrement en ce qui concerne la situation en Ukraine et la Crimée. Le 30 octobre 2014, il a ainsi participé en tant qu’observateur aux élections organisées par les séparatistes, avec le soutien du Kremlin mais la désapprobation de la communauté internationale, dans le Donbass.
Sources
En marge du prêt russe au RN : 255,000 euros ont été versés en échange de positions pro-Poutine | Mediapart
RN et Poutine : Moscou soutient officiellement Le Pen pour rompre avec «le diktat de Washington et de Bruxelles» | Le Grand Continent
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