Gaza 2026 — Comprendre avant de juger · SAPERE
Palestine
Israël
Introduction · 01/1201/12

Gaza 2026 : Comprendre avant de juger

La guerre à Gaza provoque des réactions extrêmement contrastées.

Pour certains, il s’agit d’une guerre nécessaire après une attaque sans précédent.
Pour d’autres, c’est une catastrophe humanitaire qui risque d’alimenter les conflits futurs.

7 octobre 2023
Attaque du Hamas — ~1,200 morts en Israël, 251 personnes enlevées
Octobre 2023
Opération militaire israélienne — objectif affiché : neutraliser le Hamas
2024–2025
Destructions massives, déplacements, crise humanitaire, procédures CIJ & CPI
2026
Question centrale : quelle sortie de crise ? Quel avenir pour Gaza ?
Carte de Gaza — octobre 2025
Gaza · octobre 2025 © site de l’OCHA

Deux lectures s’affrontent. Chacune a sa logique. Chacune a ses limites.

Ce carrousel distingue des faits observés et différentes lectures qui en sont faites.

Au lieu de réagir à chaud, il faut comprendre les arguments… et ce qu’ils révèlent.

À lire aussi · SAPERE
Mais que disent vraiment les faits ?
Bilan humain, chronologie, chiffres vérifiés — le carrousel factuel qui précède celui-ci.
Découvrir
Acteur · 02/1202/12

Qui est le Hamas ?

Le Hamas est un mouvement islamiste palestinien qui gouverne la bande de Gaza depuis 2007.

Il combine trois dimensions :

Politique : il administre Gaza (services publics, santé, éducation).

Sociale : il gère des réseaux d’aide (écoles, hôpitaux, aide alimentaire), ce qui explique son implantation dans la population.

Militaire : son aile armée mène des opérations contre Israël.

Emblème du Hamas Emblème officiel
du Hamas
Aile militaire
20,000–40,000
combattants estimés à Gaza
fourchette bassefourchette haute
Estimations variables selon les sources
Soutien politique
30–40%
des Palestiniens selon les sondages
Variable selon les périodes, Gaza / Cisjordanie

Pourquoi est-il classé comme organisation terroriste ?

La majorité des démocraties occidentales le classent ainsi en raison d’attaques visant délibérément des civils.

D’autres pays, comme la Turquie ou le Qatar, le considèrent plutôt comme un mouvement de résistance.

Point crucial : le Hamas est en conflit avec l’Autorité palestinienne, qui gouverne en Cisjordanie. Il n’est donc pas reconnu comme le représentant de tous les Palestiniens.

Comprendre ce rôle est indispensable : c’est à la fois un acteur politique local implanté… et un adversaire militaire déterminé pour Israël.

Lecture critique · 03/1203/12

Ce que dénoncent les critiques

Ces constats factuels (destructions, victimes, déplacements, conditions de vie) sont développés dans le carrousel précédent, ici ils servent de base aux lectures critiques.

Cette lecture pointe :

• L’ampleur des destructions : des quartiers entiers de Gaza sont rasés.

• Le nombre très élevé de victimes civiles — leur méthodologie fait l’objet de discussions techniques :

71,000
morts à Gaza
selon le ministère de la Santé
(chiffres repris par l’ONU)
~3%
de la population
de Gaza
≈100%
population déplacée
au moins une fois

• La dégradation des conditions de vie : accès à l’eau, à l’électricité, aux soins de santé gravement réduits.

• Les déplacements massifs : la quasi-totalité de la population a été déplacée au moins une fois.

• La destruction d’infrastructures essentielles : hôpitaux partiellement ou totalement hors service, écoles et réseaux d’assainissement durement touchés.

Pour eux, la question centrale est : la réponse respecte-t-elle le principe de proportionnalité, interprété différemment selon les acteurs ?

Ces analyses sont contestées par d’autres lectures, qui insistent sur le contexte militaire et les contraintes du terrain.

Lecture critique · 04/1204/12

Des critiques plus larges

Difficultés à acheminer l’aide humanitaire : goulots d’étranglement aux points de passage, blocus partiels, suspension périodique des évacuations médicales.
Risque d’effondrement durable des services essentiels : système de santé, eau, assainissement, éducation lourdement dégradés sur plusieurs années.
Affaiblissement du DIH : crainte de voir se normaliser des pratiques militaires très destructrices en milieu urbain. Plusieurs procédures internationales (CIJ, CPI) s’inscrivent dans ce cadre.
Perte de crédibilité des institutions internationales : incapacité du Conseil de sécurité à imposer un cessez-le-feu durable, résolutions peu ou pas appliquées.

Autrement dit, Gaza ne serait pas seulement un conflit local, mais un précédent qui pourrait peser sur la manière dont seront menées les guerres futures.

Ces analyses sont débattues et contestées par d’autres experts, qui soulignent le contexte très particulier de Gaza.

Lecture critique · 05/1205/12

Une inquiétude sur l’avenir

Pour beaucoup d’observateurs, les destructions massives et les déplacements actuels ne sont pas seulement une tragédie présente : ils préparent aussi les conflits de demain.

Du ressentiment durable : depuis 1948, plusieurs générations de Palestiniens ont connu l’exode, parfois à répétition, sans perspective claire de retour durable. La dernière génération grandit dans les ruines, avec des traumatismes profonds et des pertes familiales.
Une instabilité prolongée : sans reconstruction rapide ni horizon politique, Gaza risque de rester une zone de chaos où les groupes armés peuvent se reconstituer.
Un terrain favorable à de nouvelles violences : si les causes profondes du conflit (blocus, occupation, absence de solution politique) ne sont pas traitées, le cycle risque de se répéter.

En Israël, des journalistes, des responsables politiques et une partie de la population s’interrogent sur le coût humain et l’isolement international du pays.

Malgré les destructions et les déplacements, une immense majorité reste profondément attachée à cette terre, qu’elle soit vécue sur place ou portée comme un lieu de retour dans la mémoire familiale.

Ce conflit s’inscrit aussi dans un contexte plus ancien, notamment le blocus de Gaza en place depuis 2007, souvent évoqué pour expliquer les dynamiques actuelles.

Débat · 06/1206/12

Critiquer Israël : où est la limite ?

Depuis le début de la guerre, un autre front s’est ouvert, y compris en Europe : celui des mots.

Une question revient constamment : où s’arrête la critique légitime… et où commence l’antisémitisme ?

1. Du côté des autorités israéliennes et soutiens

Certaines critiques de la guerre sont perçues comme allant au-delà de la politique et visant Israël dans son existence même, voire les Juifs en tant que peuple. Dans cette lecture, la vigilance est nécessaire face à une haine dissimulée.

2. Du côté des opposants (y compris en Israël)

Beaucoup estiment qu’il faut distinguer clairement la critique d’un gouvernement et la haine d’un peuple, dénonçant un risque de confusion disqualifiant les critiques légitimes.

3. Une distinction difficile mais essentielle

L’antisémitisme — haine des Juifs en tant que peuple — est une réalité documentée. La difficulté réside dans son identification lorsqu’il se mêle à des critiques politiques.

Critiquer un État ou une politique n’est pas en soi antisémite, mais cela peut le devenir si cela implique des stéréotypes, une généralisation ou une négation du droit à exister.

Dans ce conflit, une même phrase peut être perçue comme une critique légitime ou une attaque inacceptable, selon l’intention de celui qui parle… et la perception de celui qui écoute.

Lecture sécuritaire · 07/1207/12

Ce que répondent les partisans

Pour le gouvernement israélien et ses soutiens, le 7 octobre n’est pas seulement une tragédie : c’est un point de non-retour.

L’usage de la force est considéré comme légitime pour empêcher toute nouvelle attaque et restaurer la sécurité.

Le droit à la légitime défense : tout État a le droit de se défendre lorsqu’il est attaqué.
Restaurer la sécurité : tant que le Hamas conserve ses capacités militaires, les communautés proches de Gaza ne peuvent pas vivre normalement.
Empêcher toute nouvelle attaque : des dirigeants du Hamas ont revendiqué le 7 octobre et menacé de le répéter.
Maintenir un signal de dissuasion : un manque de réaction serait perçu comme un signe de faiblesse par le Hezbollah, l’Iran et d’autres groupes.

Dans cette lecture, ne pas agir serait un risque majeur.

Lecture sécuritaire · 08/1208/12

Une réalité du terrain

Les partisans insistent sur les conditions concrètes des combats. À leurs yeux, c’est là que tout se joue : dans la façon dont cette guerre est menée.

Le Hamas opère dans un territoire très dense, au cœur de zones civiles, avec des réseaux souterrains.

Carte de Gaza — octobre 2025 Gaza · octobre 2025
© site de l’OCHA

Des combats urbains particulièrement difficiles : Gaza est l’un des territoires les plus densément peuplés au monde.

Une forte incertitude opérationnelle : postes de commandement, dépôts d’armes et positions seraient souvent situés dans ou sous des bâtiments civils selon Israël.

Un réseau de tunnels étendu : des centaines de kilomètres de tunnels permettant de stocker des armes et de déplacer des combattants.

Réseau de tunnels estimé (selon Israël)
500+ km
Stockage d’armes · déplacements de combattants · postes de commandement

Les destructions sont ainsi présentées par les partisans comme une conséquence du terrain et des tactiques du Hamas, plus que comme un objectif recherché.

Cette lecture est contestée par d’autres analyses (voir lecture critique).

Lecture sécuritaire · 09/1209/12

Leur logique stratégique

Leur logique repose sur une idée centrale : sans destruction du Hamas, aucune stabilité durable n’est possible.

Démanteler les capacités : roquettes, tunnels et commandement du Hamas.
Affaiblir durablement le Hamas : briser son aura de « protecteur ».
Envoyer un signal de dissuasion dans la région : montrer au Hezbollah, à l’Iran et à d’autres acteurs qu’une attaque massive contre Israël aurait un coût très élevé.

L’argument de la menace existentielle est central : le Hamas refuse de reconnaître Israël et reçoit un soutien militaire et financier important de l’Iran.

Pour l’avenir, cette stratégie vise à garantir la sécurité absolue des communautés frontalières pour permettre leur repeuplement. Elle ambitionne également d’établir un précédent dissuasif face à l’Iran.

Dans cette lecture, toute solution qui laisserait le Hamas armé serait une pause, pas une paix.

Ces arguments sont contestés par d’autres analyses, qui pointent notamment l’usage d’armes à large rayon d’action en zone dense et les obligations de précaution imposées par le DIH.

Société · 10/1210/12

Les otages : un enjeu qui divise Israël

Le 7 octobre 2023, 251 personnes sont enlevées. Au fil des accords :

251
personnes enlevées
le 7 octobre 2023
168
otages rendus vivants
(libérations, échanges,
sauvetages)
~83
retrouvés morts ou
déclarés décédés
après enquête
168 vivants — 67%
~83 décédés — 33%

Sur 251 otages

Ce dossier divise profondément Israël :

• Pour le gouvernement, la pression militaire est le meilleur moyen d’obtenir des concessions.

• Pour de nombreuses familles d’otages et une partie de l’opposition, la priorité absolue est la négociation immédiate, quel qu’en soit le prix.

Cette tension traverse toute la société israélienne et crée une pression politique immense.

Géopolitique · 11/1211/12

Gaza n’est pas isolé : le jeu régional

À la différence de la Cisjordanie, où les colonies continuent de s’étendre, Gaza ne compte plus de colonies israéliennes depuis 2005, mais reste au cœur des rapports de force régionaux.

En 2005, Israël a démantelé toutes ses colonies à l’intérieur de la bande de Gaza, principalement pour des raisons sécuritaires et démographiques, tout en conservant un contrôle extérieur étroit sur le territoire. Parallèlement, en Cisjordanie, la politique de colonisation s’est poursuivie et intensifiée : de nouveaux quartiers et avant‑postes sont régulièrement autorisés ou légalisés, ce que de nombreux observateurs analysent comme une stratégie visant à rendre très difficile la création d’un État palestinien viable.

🇮🇷 Iran
Principal soutien du Hamas et du Hezbollah et d’autres groupes de « l’axe de la résistance » (financement, armes, entraînement). Voit Gaza et le front libanais comme des leviers pour contenir et dissuader Israël et ses alliés.
Hamas & Hezbollah
🇪🇬 Égypte
Médiateur clé — refuse un afflux massif de réfugiés palestiniens sur son territoire.
Médiateur
🇸🇦 Arabie saoudite
Normalisation gelée — conditionnée à des avancées sur la question palestinienne.
Suspendue
🇱🇧 Hezbollah (Liban)
A ouvert un front au nord après le 7 octobre. Après une guerre de haute intensité en 2024 et un cessez‑le‑feu fragile, les combats ont repris début 2026 : échanges de tirs quasi quotidiens, frappes en profondeur et nouveaux déplacements de civils des deux côtés de la frontière, avec un risque constant d’extension du conflit.
Front nord
🇺🇸 États-Unis
Soutien militaire, financier et diplomatique majeur d’Israël. Veto répété au Conseil de sécurité sur des résolutions de cessez‑le‑feu et d’accès humanitaire, sous pression croissante (internationale et interne) sur le coût humain de la guerre à Gaza.
Allié Israël

Gaza est au cœur d’un affrontement plus large entre l’« axe de la résistance » emmené par l’Iran et les États arabes/occidentaux cherchant à stabiliser la région.

Synthèse & Méthode · 12/1212/12

La question centrale

• Pour les uns, accepter une coexistence avec un Hamas armé, ce serait accepter le risque de nouveaux 7 octobre. Sans défaite militaire claire, la menace persistera.

• Pour les autres, les destructions massives créent un traumatisme profond. Sans solution politique crédible, d’autres groupes armés finiront par émerger des ruines.

Cadre SAPERE : Sur quoi se baser pour juger ?

L’évolution de l’aide humanitaire : quantité, continuité et accès réel aux populations.

Le retour des déplacés : conditions de retour dans le nord de Gaza.

Les décisions politiques futures : rôle de l’Autorité palestinienne ou de dispositifs internationaux.

Les signaux régionaux : reprise ou non de la normalisation Israël / Arabie saoudite.

Comprendre ne suffit pas. Encore faut‑il savoir sur quoi se baser pour juger.

Ce conflit s’inscrit dans un système plus large (rivalités régionales, rapports de puissance internationaux, affaiblissement de la régulation). Ce niveau influence le conflit… sans être toujours visible.

Les approches classiques éclairent les décisions, mais ne suffisent pas à expliquer pourquoi le conflit perdure malgré les coûts élevés.

Le veto américain au Conseil de sécurité de l’ONU, neutralisant les résolutions contraignantes.
La dépendance de l’Égypte à l’aide militaire américaine (1,3 Md$/an) qui conditionne sa coopération.
L’impossibilité pour le Hamas de désarmer sans garantie absolue de survie politique.
L’impossibilité pour le gouvernement israélien de négocier sans risquer la chute de sa coalition. Ce verrou alimente, chez une partie des Israéliens et des observateurs, l’idée que la durée de la guerre est aussi liée à des calculs de survie politique du Premier ministre.
Pendant des années, la politique de Benjamin Netanyahou a été accusée d’avoir contribué à maintenir et renforcer le Hamas au pouvoir à Gaza, notamment en affaiblissant l’Autorité palestinienne et en autorisant des transferts de fonds qataris présentés comme un moyen d’acheter le « calme ».

Formule finale SAPERE

Ce conflit ne se prolonge pas seulement parce que les acteurs s’opposent.

Il se prolonge parce que le système rend certaines solutions extrêmement difficiles à atteindre.


En savoir plus sur SAPERE

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur SAPERE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture