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GAZA image satellite Google Earth Oct 2023

Gaza le tombeau de l’humanisme européen : Faillite juridique, cynisme stratégique, effondrement moral 

Il y a des documents qu’on ne devrait pas avoir à lire. Celui publié ce 24 juin par le ministère de la Santé de Gaza en est un. 

 

Depuis plus de 620 jours, la bande de Gaza est soumise au feu incessant de l’armée israélienne. Cette offensive dévastatrice, lancée en représailles à l’attaque terroriste menée par le Hamas le 7 octobre 2023, a plongé l’enclave dans une catastrophe humanitaire sans précédent.

 

Nul ne conteste l’horreur des attaques du 7 octobre, qui ont coûté la vie à  1,200 Israéliens, ni le droit d’Israël à se défendre. Cet article ne remet pas en cause ce principe. Il interroge la nature et la proportionnalité de la réponse. L’enjeu n’est pas de nier la souffrance initiale, mais de refuser qu’elle serve de justification à une catastrophe d’une tout autre ampleur.

 

Au cœur de ce drame, un document de 1,227 pages. Une mécanique froide de la mort. 55,202 noms. Pas des abstractions. Des identités, des âges, des enfants. Une base de données funèbre, dont la méthodologie, bien que débattue, est jugée fiable par les Nations Unies. On feint de ne pas voir, pour ne pas avoir à répondre. Ce n’est pas un rapport, c’est un miroir tendu à notre civilisation. Et le reflet est quasi-insupportable.

Le droit international réduit au silence

Les faits sont connus : frappes massives israéliennes sur des quartiers résidentiels de Gaza qui au-delà des morts a déjà fait plus de 160,000 blessés, destructions d’hôpitaux, usage de la famine comme méthode de guerre, ciblage de journalistes et d’humanitaires, déplacement forcé de l’ensemble de la population.

 

Tout cela ne relève pas d’un simple « excès ». Ce sont des actes qui, selon la Cour internationale de justice, présentent un risque plausible de génocide. Et pourtant, rien. L’Occident, qui a construit son autorité morale sur la défense du droit international, se tait. Ou pire : soutient.

Infographie Complète: Gaza, Anatomie d’une Catastrophe

Anatomie d’un massacre : victimes identifiées

55,202

Morts

31% Enfants
17% Femmes
45% Hommes
7% Personnes âgées

L’écosystème de la mort : une crise humanitaire et systémique

90%

Population déplacée

Plus de 2 millions de personnes forcées de fuir.

20 / 36

Hôpitaux hors service

Un système de santé délibérément démantelé.

>885

Travailleurs de la santé tués

Ceux qui soignent sont ciblés, paralysant le système.

93%

Foyers en insécurité hydrique

L’eau contaminée propage les maladies.

Phase 5

Insécurité alimentaire catastrophique

La famine est utilisée comme une arme de guerre.

>170

Journalistes tués

Ceux qui témoignent sont réduits au silence.

Sources: Ministère de la Santé de Gaza, ONU, OMS, CPJ, FIJ (Juin 2025).

L’Allemagne, en particulier, s’abrite derrière sa Staatsräson, une doctrine née du traumatisme de la Shoah qui affirme un soutien indéfectible à Israël. Cette ligne, défendue par l’ancien chancelier Olaf Scholz (SPD) et son successeur Friedrich Merz (CDU), a conduit Berlin, deuxième fournisseur d’armes d’Israël derrière les États-Unis, à autoriser près de 500 millions € d’exportations d’armement vers un pays engagé dans une campagne de destruction de masse. Comment concilier ce soutien avec l’article 1 commun aux Conventions de Genève, qui impose de faire respecter le droit humanitaire, y compris par des moyens contraignants ? L’argument de la mémoire devient ici une perversion. Un moyen de légitimer l’aveuglement, et de réduire au silence toute voix dissidente — y compris celles d’intellectuels juifs qui refusent l’instrumentalisation de leur propre histoire.

L’impasse stratégique de l’Occident

La France, quant à elle, préfère la posture à l’action. Emmanuel Macron condamne la violence israélienne un jour, temporise le lendemain. Il évoque la reconnaissance de l’État palestinien, mais toujours à condition de ne pas être le premier, de ne pas être seul, de ne pas être pressé. Pendant ce temps, des enfants meurent chaque nuit.

 

La diplomatie du « en même temps » devient, ici, une insulte au réel. Pire encore : alors que le Quai d’Orsay exprime ses « préoccupations », le ministère de l’Intérieur dissout des associations de solidarité, interdit des manifestations, réprime les mobilisations citoyennes. On punit ceux qui réclament l’application du droit, et on s’abstient face à ceux qui le violent. Je me découvre chaque jour stupéfait, écœuré, parfois presque impuissant face à cette inversion des repères moraux : on relativise l’horreur, on normalise l’intolérable. Mais dans ce vertige, je m’accroche à une seule certitude : ne pas me taire. Réfléchir, nommer, agir — même modestement — est devenu un impératif.

 

Heureusement, l’Europe n’est pas monolithique. Pendant que Berlin et Paris tergiversent, Madrid, Dublin et Oslo tracent une autre voie. L’Espagne de Pedro Sánchez reconnaît l’État palestinien. L’Irlande suspend ses relations commerciales avec les colonies. La Norvège évoque des sanctions ciblées. Trois pays qui refusent de sacrifier leurs principes sur l’autel des alliances stratégiques.

 

Cette division européenne s’inscrit dans un bouleversement géopolitique plus large. Ce double langage franco-allemand n’est pas seulement une faute morale ; c’est une erreur stratégique. Le Conseil de sécurité est paralysé, les vetos occidentaux empêchent toute résolution contraignante. Les pays du Sud global — Afrique du Sud, Brésil, Indonésie… — reprennent le flambeau du droit international. L’axe Paris-Berlin-Washington, lui, s’isole. Il exporte l’incohérence, et récolte la défiance. Ce n’est plus seulement la question de Gaza qui est en jeu, c’est la crédibilité de l’ordre mondial fondé sur des règles communes. En choisissant la loi du plus fort ici, les puissances atlantiques désarment leur parole ailleurs. Et pendant que les chancelleries calculent, les peuples, eux, voient. Et jugent.

L’effondrement moral, ici et là-bas

Il y a une fracture désormais visible entre les gouvernements et leurs sociétés. Les rues se soulèvent, les universités protestent, les artistes dénoncent. Et on les fait taire. On dissout, on exclut, on censure. La démocratie libérale prétend défendre les valeurs ; elle en réprime l’expression lorsqu’elles dérangent les alliances stratégiques. C’est une aliénation. C’est un naufrage.

 

Mais il serait trop facile de ne voir la responsabilité qu’à Paris, Berlin ou Washington. Je me tourne aussi vers Israël, et vers ceux qui soutiennent leur gouvernement avec ferveur, persuadés que leur sécurité passe par l’effacement méthodique d’un autre peuple. Est-ce là ce que l’on a retenu de la Shoah ? Que la mémoire serve à justifier l’impunité ? Qu’elle devienne une arme rhétorique, un passe-droit, un absolu au nom duquel tout devient permis ? C’est une trahison de l’histoire. Tuer au nom du trauma ne guérit rien. Cela prolonge la blessure. Cela la transmet.

 

Et pourtant, et heureusement au cœur même d’Israël, des voix résistent. Des écrivains, des universitaires, des réservistes, des survivants, des mères en deuil refusent cette dérive. Leur courage est immense. Mais leur solitude l’est plus encore. L’opinion dominante, galvanisée par la peur, anesthésiée par des décennies d’exception sécuritaire, ne veut pas les entendre. L’ennemi est désigné. L’empathie, suspendue.

 

Et pendant ce temps, les bombes tombent. Les écoles s’écroulent. Les chiffres augmentent. Les chiffres, toujours. Et les noms, eux, disparaissent.

 

L’histoire jugera

L’Histoire jugera, oui. Elle jugera les bourreaux, mais aussi ceux qui ont permis, armé, justifié. Elle ne retiendra pas seulement les crimes, mais aussi le silence. L‘inaction. La complicité. Ce n’est pas une guerre comme les autres. C’est un test moral pour ceux qui prétendent défendre le droit et la dignité humaine. Et il est en train d’être spectaculairement échoué.

Gaza révèle une Europe fracturée entre ses principes et ses intérêts. Pendant que l’Allemagne et la France s’enlisent dans leurs contradictions, d’autres voix européennes tentent de maintenir vivante la flamme du droit international. L’issue de cette bataille morale déterminera bien plus que le sort de Gaza : elle dessinera le visage de l’Occident de demain.

 

Les enjeux économiques du conflit à avoir en tête

Gaz offshore

>1000

Milliards de m³ de réserves estimées au large de Gaza

Coût de la guerre

250 Mds $

Estimation du FMI pour Israël (juin 2025)

Reconstruction de Gaza

60-80 Mds $

Estimation pour la reconstruction des infrastructures

Exportations d’armes vers Israël

🇺🇸 États-Unis : 3,8 Mds $ / an 🇩🇪 Allemagne : 500 M € (2024) 🇫🇷 France : 30 M € (contrats suspendus)

Sources : FMI, SIPRI, ministères de la Défense.

 

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