Reza Shah Palhavi monte sur le trône d'Iran en ce 16 septembre 1941
Le jeune Chah ou la première humiliation nationale
Vous avez 21 ans, l’avenir vous appartient. Vous êtes sur le point de régner sur un pays trois fois plus grand que la France, riche en pétrole, un joyau convoité par toutes les puissances mondiales. Mais avant même de poser la couronne sur votre tête, votre pays est envahi. Vos alliés se transforment en geôliers, et votre père, ce géant autoritaire qui a façonné l’Iran moderne, est humilié, forcé à l’exil. Tel est le cauchemar de Mohammad Reza Pahlavi.
Nous sommes en 1941, la Seconde Guerre mondiale fait rage. L’Iran, ce territoire stratégique par excellence, de plus de 16 milllions d’habitants, est officiellement neutre. Mais la neutralité est un luxe que Reza Shah, le père de Mohammad Reza, croyait pouvoir s’offrir en flânant avec l’Allemagne nazie. Grossière erreur. Les Britanniques et les Soviétiques n’ont aucune patience pour les flirts diplomatiques. En août, ils envahissent l’Iran comme on déchire un morceau de papier. En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « corridor persan », Reza Shah est mis à la porte, exilé comme un vulgaire monarque déchu. Et qui récupère la couronne dans ce carnage géopolitique ? Son fils, Mohammad Reza, jeune chah au regard incertain.
Mohammad Reza le Roi sous tutelle
Le 16 septembre 1941, Mohammad Reza Pahlavi devient Chah d’Iran. Ce qui devrait être le début d’une ère glorieuse ressemble à une mauvaise farce. Le pays est sous occupation. Les Britanniques et les Soviétiques font la loi, le pétrole coule à flot… mais pas pour l’Iran. Le jeune chah n’est qu’un pantin dans cette tragédie. Souverain ? À peine. Son royaume est éclaté, son autorité réduite à des apparitions de façade. Il hérite d’un trône, certes, mais aussi d’un champ de ruines.
Les premières années de son règne sont marquées par l’humiliation. Le souverain doit en effet négocier avec des occupants étrangers pour exercer le moindre pouvoir. Le corridor persan, cette route essentielle pour les Soviétiques dans leur lutte contre l’Allemagne nazie, passe sous le nez du jeune chah, impuissant. Son propre royaume est morcelé, ses décisions sans impact. Pendant ce temps, l’Union soviétique joue à un jeu bien plus dangereux. Elle installe des républiques autonomes au nord de l’Iran, en Azerbaïdjan et au Kurdistan, comme on plante des drapeaux sur des territoires conquis. Mohammad Reza assiste, furieux et désemparé, à la lente fragmentation de son pays.
Les Soviétiques prennent le nord : un camouflet de plus
La guerre se termine, mais pas la souffrance de Mohammad Reza. En 1945, alors que le monde célèbre la victoire des Alliés, l’Iran reste sous occupation soviétique au nord. Les Russes soutiennent des mouvements séparatistes. Républiques autonomes, disent-ils. Coup de poignard, répond Mohammad Reza. Mais cette fois, le Chah ne se résigne pas. Il fait appel à un nouvel allié dans cette partie d’échecs mortelle : les États-Unis. Pression diplomatique, menaces voilées, la guerre froide commence à peine, et les Américains ne peuvent tolérer une extension de l’influence soviétique. En 1946, les troupes soviétiques quittent finalement le nord de l’Iran. Victoire ? Oui, mais à quel prix. Le pays est sauvé, mais la dépendance aux États-Unis est scellée. Une souveraineté modernisée, mais sous surveillance.
Les premières fissures : entre modernisation et contestation
À peine la menace soviétique écartée, Mohammad Reza se retrouve face à une autre crise : celle de la modernisation. Il rêve d’un Iran fort, industrialisé, capable de jouer dans la cour des grands. Mais les efforts pour moderniser le pays se heurtent à une opposition farouche. Les réformes agraires, bien qu’ambitieuses, réduisent le pouvoir des grands propriétaires terriens, et la redistribution des terres se fait au prix de tensions sociales accrues. L’industrialisation, basée sur les revenus pétroliers, modernise l’économie, mais creuse les inégalités entre riches et pauvres, urbains et ruraux. Les droits des femmes progressent : elles obtiennent le droit de vote, accèdent à l’éducation et occupent des postes publics, mais ces réformes sont mal perçues par une partie conservatrice de la société.
C’est ici que la complexité du règne de Mohammad Reza émerge : chaque pas vers la modernité crée des fractures plus profondes. En parallèle, les relations internationales se compliquent. Bien que pro-occidental, Mohammad Reza cherche aussi à jouer un rôle plus indépendant dans la région. Il tente de diversifier les alliances, tout en maintenant une relation stratégique avec les États-Unis, renforcée par l’aide économique et militaire massive. Mais cette proximité avec l’Occident alimente les critiques internes, notamment celles du clergé chiite qui voit en lui un agent de l’impérialisme.
Mossadegh et la question pétrolière : la grande discorde
En 1951, l’Iran est à un tournant. Le pétrole, véritable poumon économique, est contrôlé par l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), une entreprise britannique. Ce monopole est perçu comme une humiliation nationale. Mohammad Mossadegh, figure charismatique du mouvement nationaliste, devient Premier ministre en mars 1951 et nationalise l’industrie pétrolière, quelques jours plus tard. Ce geste audacieux est salué par le peuple iranien mais déclenche la fureur du Royaume-Uni, qui impose un embargo. La production s’effondre et l’Iran entre dans une grave crise économique.
La confrontation avec le Chah
Mossadegh souhaite limiter les pouvoirs de Mohammad Reza Pahlavi, notamment en plaçant l’armée sous contrôle gouvernemental. Le conflit atteint son apogée en 1952, lorsque Mossadegh démissionne. Des émeutes éclatent, forçant le Chah à rappeler Mossadegh et à accepter ses conditions. Le Chah, humilié, quitte temporairement le pays, tandis que Mossadegh gouverne presque sans opposition.
L’impasse économique et politique
Malgré son triomphe politique, Mossadegh fait face à une économie paralysée par l’embargo britannique et un isolement international. L’opposition s’intensifie, notamment parmi les conservateurs, les propriétaires terriens et le clergé chiite, inquiet de ses réformes progressistes.
L’opération Ajax pour restaurer le pouvoir du Chah
En parallèle, les puissances étrangères, principalement les États-Unis et le Royaume-Uni, s’inquiètent de l’instabilité politique en Iran. Les Américains, initialement neutres dans le conflit, deviennent de plus en plus préoccupés par le risque d’une infiltration communiste en Iran, exacerbée par la guerre froide. Ils craignent que la situation économique désastreuse ne pousse Mossadegh à se rapprocher de l’Union soviétique.
C’est dans ce climat de tension que les services secrets britanniques (MI6) et américains (CIA) élaborent un plan pour renverser Mossadegh et restaurer le pouvoir du Chah. Cette opération, connue sous le nom de l’opération Ajax, est lancée en août 1953. Les agents de la CIA et du MI6 financent des manifestations contre Mossadegh, achètent des politiciens, et manipulent l’opinion publique. Le but est clair : renverser Mossadegh et rétablir un régime plus favorable aux intérêts occidentaux.
Le 19 août 1953, après plusieurs jours de tensions et de violents affrontements dans les rues de Téhéran, Mossadegh est finalement renversé. Mohammad Reza Pahlavi, qui avait brièvement quitté le pays lors de l’échec initial du coup d’État, est ramené au pouvoir par les conspirateurs. Mossadegh est arrêté, jugé et placé en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1967. Le coup d’État marque un tournant décisif dans l’histoire de l’Iran.
La Révolution blanche : les réformes pour éteindre le feu
Conscient des critiques, Mohammad Reza lance en 1963 la Révolution blanche, un programme massif de réformes économiques et sociales. L’objectif ? Moderniser l’Iran à tout prix, améliorer la condition des paysans, industrialiser le pays et en faire une puissance régionale. Les infrastructures se développent, l’industrie lourde progresse, l’éducation et les droits des femmes sont élargis. Mais ces réformes, bien qu’ambitieuses, provoquent des résistances farouches. Le clergé, mené par l’ayatollah Khomeini, dénonce ces changements comme une occidentalisation effrénée, un détachement des valeurs islamiques. Les tensions grandissent, les manifestations se multiplient.
Chronologie
1878 Mars 15 – Naissance
Reza Khan naît à Alasht, dans la province de Mazandaran, Iran. Son père, Abbas-Ali Khan, est un officier militaire, et sa mère, Noush-Afarin, est d’origine géorgienne.
1878 Novembre 26 – Décès de son père
Son père meurt subitement alors que Reza n’a que huit mois. Reza est élevé par sa mère jusqu’à son remariage en 1879, après quoi il est confié à son oncle.
1882 – Enfance
Reza est envoyé vivre chez Amir Tuman Kazim Khan, un officier de la brigade cosaque persane, où il commence à recevoir une éducation rudimentaire.
1894 – Début de carrière militaire
À 16 ans, Reza Khan rejoint la brigade cosaque persane, une unité militaire contrôlée par des officiers russes. Il entame ainsi sa carrière militaire dans une unité d’élite.
1903 – Garde du consul général néerlandais
À 25 ans, Reza est nommé garde et serviteur du consul général des Pays-Bas, Marinus Knobel. Pendant cette période, il se familiarise avec la politique étrangère.
1911 – Promotion à premier lieutenant
Reza est promu au grade de premier lieutenant dans la brigade cosaque pour sa bravoure et ses compétences militaires.
1912 – Promotion à capitaine
Reza est promu au grade de capitaine, notamment pour sa maîtrise des tactiques militaires.
1915 – Promotion à colonel
Reza Khan devient colonel dans la brigade cosaque, renforçant ainsi son pouvoir au sein de l’armée.
1921 Février 21 – Coup d’État à Téhéran
Reza Khan, à la tête d’un contingent de 3 000 cosaques, marche sur Téhéran et organise un coup d’État, prenant le contrôle de la capitale.
1921 Février 22 – Ministre de la Guerre
Zia ol-Din Tabatabaee est nommé Premier ministre sous l’influence de Reza Khan, qui devient ministre de la Guerre.
1923 Octobre 28 – Premier ministre
Reza Khan est nommé Premier ministre de l’Iran par Ahmad Shah Qajar, dernier souverain de la dynastie Qajar.
1925 Octobre – Destitution de la dynastie Qajar
Reza Khan fait pression sur le Majlis pour destituer Ahmad Shah Qajar et abolir la dynastie Qajar. Le parlement vote en faveur de sa déchéance.
1925 Décembre 12 – Proclamation de Reza Shah comme monarque
L’Assemblée constituante iranienne proclame Reza Khan Shah d’Iran, mettant fin à la dynastie Qajar et inaugurant la dynastie Pahlavi.
1925 Décembre 15 – Serment de Reza Shah
Reza Shah prête serment en tant que souverain de l’Iran, entamant une série de réformes pour moderniser et centraliser le pays.
1926 Avril 25 – Couronnement
Reza Shah est officiellement couronné Shah d’Iran à Téhéran. Son fils, Mohammad Reza Pahlavi, est proclamé prince héritier.
1927 – Abolition des tribunaux consulaires étrangers
Reza Shah abolit les tribunaux consulaires étrangers, mettant fin à la capitulation de l’Iran aux puissances étrangères.
1928 – Réforme vestimentaire
Introduction de la loi sur l’uniformité vestimentaire, imposant le port d’habits occidentaux aux hommes, y compris l’interdiction du turban.
1931 – Crise pétrolière avec la Grande-Bretagne
Reza Shah annule la concession pétrolière octroyée à l’Anglo-Persian Oil Company, provoquant une crise diplomatique, mais signe un nouvel accord en 1933.
1933 Avril 29 – Fondation de la Banque Melli
Création de la première banque nationale iranienne pour réduire la dépendance financière envers les banques étrangères.
1934 Février – Fondation de l’Université de Téhéran
Reza Shah fonde la première université moderne d’Iran, l’Université de Téhéran, pour former une élite capable de diriger ses réformes.
1935 Juin – Changement du nom officiel de l’Iran
Reza Shah ordonne l’utilisation du terme « Iran » au lieu de « Perse » dans les communications internationales, renforçant le nationalisme.
1936 Janvier – Interdiction du voile
Le décret de Kashf-e hijab interdit le port du voile dans les lieux publics, dans le cadre de la campagne d’occidentalisation de la société iranienne.
1939 – Alliance commerciale avec l’Allemagne
L’Allemagne devient le principal partenaire commercial de l’Iran. Reza Shah cherche à contrer l’influence britannique et soviétique.
1940 – Intensification de la coopération avec l’Allemagne
Reza Shah accueille des experts techniques allemands pour moderniser l’industrie iranienne.
1941 Août 25 – Invasion anglo-soviétique de l’Iran
Les forces britanniques et soviétiques envahissent l’Iran en raison des sympathies perçues de Reza Shah envers l’Allemagne nazie.
1941 Septembre 16 – Abdication
Reza Shah abdique sous la pression des Alliés, cédant le trône à son fils Mohammad Reza Pahlavi.
1941 Septembre 30 – Exil à l’île Maurice
Reza Shah est exilé à l’île Maurice par les Britanniques, loin de l’Iran qu’il a tenté de moderniser à marche forcée.
1942 – Transfert en Afrique du Sud
Reza Shah est transféré en Afrique du Sud, où il vit ses dernières années en exil à Johannesburg.
1944 Juillet 26 – Mort de Reza Shah
Reza Shah meurt en exil à Johannesburg, à l’âge de 66 ans. Il laisse un héritage de modernisation rapide et d’autoritarisme brutal.
1950 Mai – Rapatriement du corps de Reza Shah
Le corps de Reza Shah est rapatrié en Iran et enterré dans un mausolée à Ray, près de Téhéran.
1979 Janvier 14 – Supposé transfert des restes de Reza Shah
Les restes de Reza Shah sont supposément transférés en Égypte peu avant la révolution iranienne pour les protéger de la destruction.
2018 Avril – Découverte d’un corps momifié
Un corps momifié, soupçonné d’être celui de Reza Shah, est découvert près des ruines de son mausolée à Ray, mais les autorités ne confirment pas son identité.
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