LE MOYEN-ORIENT
EN INFOGRAPHIES

Qui se bat au Moyen-Orient, et que cherche chacun ?

Ce que cherche chacun au Moyen-Orient : une clé, un bouclier, un fusil déposé, un coffre-fort, un drapeau planté sur un rocher, un porte-avions qui s'éloigne

Six objets pour six buts : la clé d’un État à obtenir, le bouclier de la sécurité, le fusil qu’un État veut faire déposer, le coffre-fort d’un régime qui veut survivre, le drapeau planté d’une reconnaissance réclamée, le porte-avions qui voudrait partir sans lâcher la main.

On dit « la guerre au Moyen-Orient » comme s’il n’y en avait qu’une. Depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, elle s’est pourtant étendue de Gaza au Liban, au Yémen et jusqu’à l’Iran ; cette série d’infographies l’explore planche par planche. En 2026, six acteurs s’affrontent : la Palestine, Israël, l’État libanais, l’Iran, les Houthis du Yémen et les États-Unis. Chacun poursuit un but différent, et aucun accord portant sur un seul front ne les satisfait tous.


QuiCe qu’il chercheSa vraie question
PalestineCisjordanie et Gazadepuis 1948
Exister comme État effectif, et parler d’une voixdeux pouvoirs rivaux, une représentation disputée
« Qui peut parler au nom des Palestiniens ? »
Israëldepuis 1948, accéléré depuis 2023
Imposer un ordre régional par la forcesupériorité militaire et liberté d’action
« Jusqu’où faut-il aller pour être en sécurité ? »
Libandepuis Taëf, 1989
Reprendre le monopole des armessans provoquer une nouvelle guerre civile
« Qui a le droit de faire la guerre ici ? »
Irandepuis 1979
Survivre, et compter dans la régionprotéger le régime, garder un levier régional
« Comment être trop coûteux à attaquer, sans être détruit ? »
Houthisnord du Yémendepuis 2014
Arracher une reconnaissance refuséeconsolider leur pouvoir chez eux, faire du détroit un levier au-dehors
« Comment transformer la géographie en puissance ? »
États-Unisdans la région depuis 1943
Empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire, sans s’enliserprotéger ses alliés et les routes maritimes, puis se tourner vers l’Asie
« Peut-on garder la main sans rester ? »

Comment lire ce tableau du Moyen-Orient


Précaution de méthodeAttention à la colonne « ce qu’il cherche ». Aucun gouvernement ne déclare vouloir imposer un ordre par la force, ni arracher une reconnaissance. Ce sont des lectures de comportements : elles engagent SAPERE et se discutent.
Une asymétrie assuméeLa formule retenue pour Israël est offensive, celles retenues pour l’Iran et pour Washington sont défensives. C’est délibéré. Cela ne signifie pas qu’un seul camp ait ouvert tous les fronts : le Hamas, le Hezbollah, les Houthis et l’Iran ont pris leurs propres initiatives militaires. L’asymétrie retenue traduit l’ampleur, la continuité et l’extension géographique des campagnes israéliennes depuis 2023. Un lecteur peut contester cette lecture, et c’est précisément pourquoi elle est nommée comme telle.
Comment lire l’IranLa ligne iranienne du tableau condense deux clés de lecture convergentes. L’économiste Thierry Coville, spécialiste de l’Iran, décrit « une oscillation entre idéologie et pragmatisme » ; l’historien Pierre Razoux, auteur de la référence sur la guerre Iran-Irak, « un pouvoir parfaitement rationnel, qui instrumentalise les tensions extérieures à des fins intérieures ». Ni fou, ni suicidaire : coûteux à attaquer.
Deux absentsL’Arabie saoudite et les Émirats pèsent dans plusieurs de ces théâtres : la coalition dirigée par Riyad a repris des frappes contre des sites houthis dans la province de Hodeïda, et Riyad a signé avec Washington, le 22 juillet 2026, un accord de coopération nucléaire civile. Abou Dhabi a annoncé fin 2025 le retrait de ses dernières forces du Yémen, effectif début 2026, sans perdre les réseaux politiques et portuaires qu’il avait bâtis dans le Sud. Ils ne figurent pas ici parce que ce tableau retient les acteurs dont la question propre structure un front, non ceux qui financent, arment ou négocient à l’intérieur des conflits d’autrui. Le choix de six est un choix, et il est discutable.
La cinquième ligneCe n’est pas le Yémen entier qui poursuit ce but, mais les Houthis, mouvement armé qui tient le nord du pays et sa capitale depuis 2014, face au gouvernement yéménite internationalement reconnu. Et ils ne sont pas nés dans l’orbite de Téhéran : ils s’en sont rapprochés au fil de la guerre ouverte par l’intervention saoudienne de 2015, jusqu’à en devenir un partenaire armé de plus en plus dépendant, sans perdre leur agenda propre (Alexandra Stark).

Six objectifs largement contradictoires. C’est ce que produit leur rencontre au Moyen-Orient : des cessez-le-feu qui se succèdent, front par front, sans qu’aucune paix d’ensemble ne devienne possible.

Les références de cette planche
Thierry Coville, L’Iran en 100 questions, Tallandier
Gilles Kepel, Holocaustes, Plon, 2024
Christopher Phillips, Battleground, Yale University Press, 2024
Pierre Razoux, La guerre Iran-Irak, Perrin, 2013
Alexandra Stark, The Yemen Model, Yale University Press, 2024
Clément Therme (dir.), L’Iran et ses rivaux, Passés Composés, 2020

Exclusivité SAPERE. Les données de terrain proviennent de la base de veille SAPERE, arrêtée à la mi-août 2026.

Le Moyen-Orient en infographies Voir l’ensemble de la série Le parcours complet en six actes : la carte des positions, ce qui rend la guerre possible, la fabrique des frontières, la Palestine, le Liban, l’Iran, et ce qui pourrait dénouer le conflit.
© SAPERE · 2026Acte premier

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