Bulletin SAPERE · Moyen-Orient N° 8 · 17 août 2026

Bulletin de suivi stratégique · Numéro 8

Des accords. Pas de retrait général.

17 juin au 17 août 2026 · Israël, Liban, Gaza, Cisjordanie

Le numéro précédent annonçait que la guerre au Liban et celle de Gaza, éclipsées par le conflit entre l'Iran et les États-Unis, seraient traitées pour elles-mêmes. Voici ce qui s'est passé pendant l'éclipse. Cinq textes sont aujourd'hui en présence, aucun n'a été abandonné. Le 12 août, le ministre israélien de la Défense a pourtant écarté tout retrait, à Gaza comme au Liban. Ce numéro retrace les huit semaines qui ont précédé cette phrase.

Les cinq textes en présence

TexteDepuisCe qu'il prévoitOù il en est
Cessez-le-feu de GazaIsraël et Hamas, sans contact direct, par la médiation des États-Unis, de l'Égypte, du Qatar et de la Turquie10 octobre 2025Arrêt des hostilités, retrait derrière une ligne laissant 53 % du territoire sous contrôle israélienEn vigueur, violé
Cessez-le-feu du LibanIsraël et le Hezbollah20 juin 2026Arrêt des combats. Un premier cessez-le-feu, conclu en novembre 2024, avait cédé le 2 mars 2026, quand le Hezbollah a ouvert le feu en riposte à l'offensive américano-israélienne contre l'IranEn vigueur, violé
Accord-cadre trilatéralLiban, Israël, États-Unis26 juin 2026Désarmement du Hezbollah contre retrait israélien progressif, en quatorze pointsEnlisé
Feuille de route pour GazaRédigée par le Conseil de la paix, acceptée par le Hamas. Israël n'a pas souscrit au textefin juillet 2026Désarmement progressif contre retrait par étapes, en quinze pointsAcceptée d'un côté, rejetée de l'autre
Pacte de La MecqueArabie saoudite, Turquie, Pakistan7 août 2026Une attaque contre l'un vaut attaque contre les troisSigné, portée non démontrée

Aucun de ces textes n'a été abandonné. Aucun de ceux qui organisent un retrait n'en a produit d'ensemble, les seuls mouvements observés portant sur trois villages du Liban-Sud. Le cinquième reste sans effet opérationnel démontré. « Violé » désigne ici la poursuite d'opérations militaires après l'entrée en vigueur : les qualifications et les imputations sont contestées par les parties.

Les cinq faits qui ont compté

1

Le Hamas a accepté la feuille de route. Le médiateur l'a réécrite ensuite, à la demande d'Israël.

Fin juillet, Nickolay Mladenov, haut représentant du Conseil de la paix pour Gaza, présente une feuille de route en quinze points . Le Hamas l'accepte, à la surprise générale. Israël, qui ne négocie pas directement avec lui et n'a pas souscrit au texte, en obtient ensuite la modification. Selon Le Temps, trois changements : le retrait des troupes n'est plus total, il n'est plus synchronisé avec le désarmement du Hamas, et Israël conserve le droit de bombarder. Or l'accord d'octobre 2025Cessez-le-feu du 10 octobre 2025, issu du plan Trump en vingt points
Entériné par la résolution 2803 le 17 novembre
liait désarmement et retrait. Le texte accepté par le Hamas et la version désormais proposée ne sont plus le même document.

Tout se joue ensuite en dix jours. Le 3 août, Mladenov rencontre Benyamin Netanyahou, sans le Hamas. L'armée israélienne s'engage alors à n'agir qu'en réponse à des menaces immédiates et à cesser les assassinats ciblés, et le haut représentant publie une clarification alignée sur la position israélienne : aucun retrait avant désarmement. Une semaine plus tard, Netanyahou rejette publiquement la feuille de route et exclut tout État palestinien. Le lendemain, l'armée mène le premier assassinat ciblé depuis l'accord et le qualifie de préemptif. Aucun élément établissant l'imminence de la menace n'a été rendu public, et la qualification retenue couvre une opération dont l'engagement du 3 août annonçait l'arrêt.

Le Conseil de la paix connaît ce procédé : sa propre charte, reçue par les ambassades deux mois après la résolution 2803 qui l'instituait pour Gaza, avait perdu le mot Gaza et toute limite géographique.

Ce que cela révèle

Écartons d'emblée la lecture facile : une proposition acceptée par une seule partie n'engage pas encore l'autre, et la modifier relève de la négociation. Ce qui pose question n'est donc pas le comportement d'Israël, mais celui du médiateur. Un texte présenté par une instance de médiation, accepté par une partie puis amendé à la demande de l'autre, ne constitue plus un point de référence stable. C'est d'autant plus lourd que les deux parties ne se parlent pas : tout passe par le médiateur, et le seul document commun est celui qu'il rédige. La leçon que le Hamas peut en tirer est simple : accepter ce que propose le Conseil de la paix ne fixe rien.

Chiffres documentés

Concessions obtenues après acceptation : 3, sur le caractère total du retrait, sa synchronisation avec le désarmement, et le droit de bombarder. Conseil de la paix : une trentaine d'États, dévoilé à Davos. Engagement du 3 août : fin des assassinats ciblés. Premier ciblage après l'engagement du 3 août : 12 août, 4 Palestiniens blessés dont un dans un état critique. Premier contrat attribué à Gaza par le Conseil : un avant-poste militaire de 150 places.

2

À Gaza, un cessez-le-feu meurtrier.

Le cessez-le-feu d'octobre 2025 a tracé sur la carte de Gaza une ligne de démarcation, dite ligne jaune. À l'ouest, les zones où les structures civiles palestiniennes continuent d'opérer ; à l'est, celles que l'armée israélienne contrôle directement, soit 53 % du territoire. Ce n'est pas une frontière, c'est un tracé militaire. Les forces israéliennes ouvrent le feu sur qui s'en approche. Et elles déclarent, à l'ouest, un no man's land toujours plus étendu dont elles décident seules qui y entre.

Carte de la bande de Gaza montrant la ligne jaune, la zone étendue qui la borde, et la localisation des violences impliquant l'armée israélienne entre le 10 octobre 2025 et le 14 août 2026.
Les violences impliquant l'armée israélienne, du cessez-le-feu du 10 octobre 2025 au 14 août 2026. La ligne jaune apparaît en orange, la zone étendue qui la borde en jaune pâle. La taille des cercles indique le nombre d'événements recensés, jusqu'à 326 pour le plus important. Presque tout se concentre le long du tracé. Source : ACLED, événements géolocalisés impliquant les forces israéliennes. Les localisations peuvent être approximatives et ne désignent pas le lieu exact de chaque victime.

Trois relevés successifs en donnent la mesure.

Dix mois de ligne jaune, en trois relevés

Octobre 2025, ligne de retrait prévue53%

Part du territoire laissée sous contrôle israélien direct par l'accord de cessez-le-feu.

Mi-juillet 202660% et plus

Chiffre donné par des sources militaires israéliennes.

Août 202670% ou presque

Périmètre de la ligne jaune. Le 2 août, un membre du cabinet de sécurité juge nécessaire d'aller jusqu'au contrôle total.

Dix-sept points de territoire en dix mois, dans un seul sens. Fin mai, Netanyahou avait annoncé avoir ordonné d'atteindre 70 %.

Le bilan suit le tracé. Environ 1,250 Palestiniens ont été tués depuis l'entrée en vigueur de la trêve et juillet 2026 fut le mois le plus meurtrier de l'année. Le 4 août, Gaza a enterré cent douze membres d'une même famille, tués par une frappe de novembre 2023 et retrouvés après dix-sept jours de fouilles : les plus grandes funérailles de son histoire. Une trêve qui connaît son mois le plus meurtrier dix mois après son entrée en vigueur n'est pas une trêve. C'est un régime de feu ralenti. Pour chercher les corps, la défense civile dispose d'un seul engin de chantier face à 61 millions de tonnes de gravats.

Ce que cela révèle

Trois ou quatre morts par jour ne font ni un titre, ni une réunion d'urgence. Cette violence-là ne se mesure qu'en cumul, et un cumul n'a pas de date. Le droit international n'ignore pourtant pas ce qui dure. L'occupation est un régime juridique durable, et certaines qualifications reposent sur la répétition plutôt que sur un fait isolé. Mais de l'accumulation à la qualification, puis au déclenchement d'un mécanisme, l'écart est considérable. Ce qui manque n'est pas toujours l'instrument, c'est le moment politique qui le met en marche, et une violence diffuse et continue le produit moins facilement qu'un événement spectaculaire et datable. Au Liban, quinze mille violations israéliennes du cessez-le-feu ont été recensées par la Force intérimaire des Nations unies et par le gouvernement libanais, sans qu'aucune n'ait déclenché de mécanisme coercitif identifiable. Compter n'est pas agir. Depuis octobre 2023, le bilan cumulé de Gaza dépasse 73,000 morts et approche 174,000 blessés, selon les autorités sanitaires locales. Ce chiffre n'a produit ni interruption des combats, ni sanction, ni retrait. Si ce chiffre-là ne suffit pas, il faut demander lequel suffirait.

Chiffres documentés

Palestiniens tués depuis l'entrée en vigueur de la trêve, le 10 octobre 2025 : 1,254 selon le Bureau des médias de Gaza, 1,257 selon le ministère de la Santé, et 4,121 à 4,131 blessés. Sur trois cents jours, cela représente environ quatre morts par jour, un rythme très inférieur à celui des vingt-quatre mois de guerre qui ont précédé. Violations recensées : 4,091 sur la même période, soit près de quatorze par jour. Mois le plus meurtrier de 2026 : juillet, 152 morts dont 21 enfants. Ligne jaune : 53 % du territoire prévus en octobre 2025, plus de 60 % à la mi-juillet 2026 selon des sources militaires israéliennes, près de 70 % en août. Gravats : 61 millions de tonnes, un seul engin de chantier. Corps encore ensevelis : au moins 7,400.

3

Au Liban, on dynamite pendant qu'on négocie.

Dans la nuit du 30 au 31 juillet, l'armée israélienne conduit des dynamitages d'ampleur exceptionnelle près du château de Beaufort. Une session de négociations s'ouvrait à Rome le lendemain. Le site avait été inscrit quatre jours plus tôt par l'UNESCO au patrimoine mondial en péril, par une procédure d'urgence à laquelle Israël s'était opposé. Un mois après un accord-cadre censé ouvrir la voie à la paix, le sud du Liban vit au son des dynamitages quotidiens. La zone occupée couvre 6 % du territoire national, selon Le Monde.

Le 12 août, en visite auprès des troupes, le ministre israélien de la Défense écarte tout retrait. Ni au Liban, ni en Syrie, ni à Gaza. Il précise que son armée rase toutes les maisons sur une bande d'environ dix kilomètres. La déclaration ne contredit pas l'accord-cadre du 26 juin, elle en donne l'interprétation la plus extensive : le retrait y est conditionné au désarmement du Hezbollah et au déploiement de l'armée libanaise. Aucune de ces deux conditions n'est assortie d'un calendrier contraignant. Le retrait reste donc inscrit dans le texte, sans échéance identifiable.

Carte du sud du Liban montrant le fleuve Litani, la Ligne Bleue, la zone de 1 060 kilomètres carrés qui les sépare, les axes de déploiement et, en encart, le secteur oriental avec les fermes de Chebaa.
Le sud du Liban entre le fleuve Litani et la Ligne Bleue, soit 1,060 kilomètres carrés que l'accord-cadre met en jeu. L'armée libanaise doit s'y déployer, le Hezbollah se retirer au nord du Litani, l'armée israélienne repasser derrière la Ligne Bleue, longue de 120 kilomètres. L'encart détaille le secteur oriental, avec les fermes de Chebaa et le village de Ghajar. Source : NoonPost, juillet 2026.

Derrière ces chiffres, il y a un pays qui ne peut pas rentrer chez lui. Le bilan s'établit à environ 4,300 morts au Liban depuis le début du mois de mars, en majorité des civils, contre quarante-trois côté israélien dont trois civils. Un million de déplacés attendent, pour beaucoup, de savoir si leur village existe encore : sur la bande de dix kilomètres que l'armée israélienne dit raser, des localités comme Yaroun et Rmeich ont subi des destructions massives.

Le grief n'est pas à sens unique. Dans son rapport du 11 mars, le secrétaire général des Nations unies relève que la Force intérimaire a constaté des armes non autorisées entre la Ligne Bleue et le Litani à cent quatorze reprises. Le Hezbollah ne s'est pas retiré au nord du fleuve, et son secrétaire général subordonne toute discussion sur ses armes à la fin de l'occupation.

Le 15 août, onze Libanais sont tués dans la province de Nabatiyé, dont deux femmes et trois enfants : les frappes les plus meurtrières depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu. L'armée israélienne dit avoir visé deux commandants du Hezbollah, tués l'un et l'autre alors qu'ils se trouvaient en famille, et le cabinet de Netanyahou accuse le mouvement d'utiliser des civils comme boucliers humains. Le premier ministre libanais Nawaf Salam objecte que les femmes et les enfants tués n'étaient pas des cibles militaires. Le porte-parole de Netanyahou déclare que ces frappes devraient rendre les négociations plus sérieuses.

Ce que cela révèle

Aucune justification militaire n'a été rendue publique pour des dynamitages d'ampleur exceptionnelle aux abords d'un site classé, à la veille de pourparlers. Sans préjuger de l'intention, l'effet est mesurable : chaque cycle de pourparlers s'ouvre sur une carte différente de celle du cycle précédent. Ce que le texte ne dira pas, le terrain l'aura déjà établi.

Chiffres documentés

Dynamitages près du château de Beaufort : nuit du 30 au 31 juillet, poursuivis le 2 août. Session de négociations à Rome : le lendemain. Zone occupée : 6 % du territoire libanais, bande de démolition d'environ 10 kilomètres. Bilan depuis le début du mois de mars : environ 4,300 morts au Liban, en majorité des civils, et 43 morts en Israël dont 3 civils. Frappes du 15 août, province de Nabatiyé : 11 tués dont 2 femmes et 3 enfants, les plus meurtrières depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.Violations israéliennes recensées de novembre 2024 à février 2026 : plus de 15,400 par la FINUL et le gouvernement libanais. Accord-cadre trilatéral : signé le 26 juin à Washington, 14 points.

4

Un village du Liban-Sud a perdu ses oliviers le 9 août. Son école le 12.

À Zaoutar El-Charquiyé, dans le gouvernorat de Nabatieh, un entrepreneur libanais documente par imagerie satellitaire le déracinement de six cents oliviers, arrachés et emportés. Trois jours plus tard, le même village perd son école publique, sa crèche, son centre médical et sa mairie. Le village mitoyen, Zaoutar El-Gharbiyé, est zone pilote. L'un des trois endroits d'où les forces israéliennes se sont retirées pour que l'armée libanaise s'y déploie. C'est là que le processus de paix est censé faire sa preuve. Zaoutar El-Charquiyé, elle, a été laissée hors du périmètre de transfert.

Cette séquence éclaire ce qui se jouait déjà six mois plus tôt. Le 1er février, des avions israéliens ont répandu du glyphosate le long des frontières libanaise et syrienne. Les prélèvements, effectués par l'armée libanaise et la Force intérimaire puisque les zones sont militairement restreintes, donnaient du glyphosate pur, à trente à cinquante fois la dose agricole. Beyrouth demande la reconnaissance de l'écocide comme cinquième crime international.

Une réserve s'impose sur le phosphore blanc, souvent invoqué dans ce dossier. Il n'est pas interdit en soi : sa qualification dépend de la cible, du vecteur et de l'usage revendiqué, et Israël n'est pas partie au protocole de 1980 qui l'encadre. Les rapports disponibles ne permettent pas de trancher au cas par cas.

Ce que cela révèle

Des oliviers puis une école, dans le même village, à trois jours d'intervalle. Quelle qu'en soit l'intention, l'effet est de dégrader les conditions du retour. On ne replante pas une oliveraie centenaire et on ne rouvre pas une crèche dans un village où l'on rase les maisons sur dix kilomètres. Le Liban ne demande d'ailleurs pas seulement réparation : il estime que les quatre crimes internationaux existants ne saisissent pas la dimension environnementale de ce qu'il a subi.

Chiffres documentés

Zaoutar El-Charquiyé : 600 oliviers déracinés documentés le 9 août par imagerie satellitaire, école publique, crèche, centre médical et bâtiments municipaux démolis le 12. Zone pilote du processus : le village mitoyen de Zaoutar El-Gharbiyé, l'un des trois désignés.Épandage d'herbicide : 1er février 2026, glyphosate pur à 30 à 50 fois la dose agricole, 540 hectares, 9 heures de mise à couvert des casques bleus. Rapport du CNRS libanais : 106 pages, 54,000 hectares agricoles touchés, 5,000 hectares de forêts et 2,154 hectares de vergers détruits, phosphore à 1,858 ppm, 25 Mds $ de dommages.

5

Les voisins s'organisent. Une clause d'attaque commune, signée sans Washington.

Les quatre faits qui précèdent se déroulent sous le regard des voisins, qui concluent dans la même période un texte de leur côté. Le 7 août à La Mecque, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan signent un pacte de défense conjoint prévoyant qu'une attaque contre l'un vaut attaque contre les trois. La clause reprend le langage de la défense collective sans en préciser encore les mécanismes militaires ni les organes de décision. Les trois signataires détiennent des capacités complémentaires, drones turcs, arme nucléaire pakistanaise, revenus pétroliers saoudiens, sans que le texte dise ce qui serait mis en commun.

On y a d'abord lu une alliance anti-iranienne. Deux lectures s'en écartent et concernent ce numéro : L'Orient-Le Jour y voit un contrepoids à Israël autant qu'à l'Iran, et Pierre Haski soutient que l'enjeu est l'équilibre régional d'après-guerre, où les États-Unis sont un protecteur de moins en moins fiable. Netanyahou envisage lui-même un pacte régional avec ces trois États.

La portée reste à démontrer. Le premier incident n'a produit aucune réaction collective annoncée : une attaque houthie a visé l'Arabie saoudite deux jours après la signature. Des analystes israéliens tiennent le texte pour une déclaration d'intention, un accord saoudo-pakistanais existant déjà depuis septembre 2025, et Islamabad n'étend pas son parapluie nucléaire à ses alliés.

Ce que cela révèle

Quatre textes connaissent déjà une application contestée, partielle ou bloquée. Un cinquième vient s'ajouter à cette architecture régionale, et le premier incident survenu depuis sa signature n'en a pas éprouvé la portée. Le point n'est pas qu'il tiendra, c'est qu'il ait été jugé nécessaire. La signature montre au minimum une volonté de diversifier les garanties de sécurité au-delà de la relation avec Washington. On ne signe pas un traité de défense collective contre un risque qu'on juge couvert.

Chiffres documentés

Signature : 7 août 2026 à La Mecque, par le prince héritier saoudien, le président turc et le premier ministre pakistanais. Clause : une attaque contre l'un vaut attaque contre les trois. Précédent : accord de défense mutuelle saoudo-pakistanais de septembre 2025. Premier incident depuis la signature : 9 août, sans réaction collective annoncée. Coalition maritime saoudienne en mer Rouge : 14 pays.

Ce que le tout compose

En Cisjordanie, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme avertit le 5 août que la violence des colons atteint un niveau sans précédent : plus de Palestiniens tués depuis janvier que sur toute l'année 2025. À Qusra, du 12 au 15 août, des militants israéliens coupent l'eau et la route à des maisons palestiniennes isolées ; l'armée échoue à les évacuer, puis déloge les Palestiniens au motif de les protéger. L'ambassadeur américain en Israël qualifie ces agissements de « terrorisme juif ». Le 7 août, un colon est inculpé pour la mort d'un militant palestinien, première inculpation depuis trois ans, alors que Donald Trump avait annulé dès son retour les sanctions prises contre des colons violents.

Aucune annexion n'a été déclarée. Cent deux colonies ont pourtant été approuvées ou légalisées depuis l'arrivée de ce gouvernement, et quatre-vingts avant-postes illégaux sont recensés. Le 5 juillet, le cabinet a voté à l'unanimité le rejet d'un arrêt de la Haute Cour de justice. Une première dans l'histoire du pays. Le litige portait sur le régulateur des chaînes de télévision. Le ministre Miki Zohar conteste cette lecture et affirme que Netanyahou respectera la décision. Le résultat s'obtient sans décision formelle. Donc sans le moment politique qui appellerait une réaction internationale.

Un troisième théâtre reste hors de ce numéro. Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, l'armée israélienne tient la zone démilitarisée du Golan et le sommet du mont Hermon, et la déclaration du 12 août y écarte tout retrait au même titre qu'à Gaza et au Liban. Cette situation appelle un traitement pour elle-même : la Syrie fera l'objet d'un numéro distinct.

Note de méthode

Ce numéro distingue trois niveaux. Les faits datés sont donnés comme tels et sont vérifiables aux sources indiquées. Les chiffres sont attribués à qui les publie : les bilans humains de Gaza, du Liban et de Cisjordanie proviennent d'autorités parties au conflit et ne font pas l'objet d'une vérification indépendante complète, même si les Nations unies les reprennent et les jugent globalement fiables ; les décomptes de violations au Liban émanent de la Force intérimaire et du gouvernement libanais, et le manquement symétrique du Hezbollah, qui ne s'est pas retiré au nord du Litani, figure au fait 03. Les blocs « Ce que cela révèle » sont, eux, des lectures et non des constats. Ils proposent une interprétation que les faits rendent plausible sans l'établir, et le lecteur peut la refuser sans avoir à contester ce qui précède. Deux d'entre eux le disent expressément, en écartant toute présomption d'intention. Enfin, plusieurs faits du mois d'août reposent sur des synthèses de sources secondaires plutôt que sur des dépêches d'agence, et ce numéro est arrêté au 17 août 2026, alors que de nouvelles négociations étaient annoncées pour le début septembre.

Le numéro précédent montrait une guerre qui se met au rythme de ses stocks. Celui-ci montre autre chose, et de plus discret. Une feuille de route acceptée est réécrite ensuite, un site classé est ébranlé par des dynamitages la veille d'une négociation, un village perd ses oliviers puis son école, un gouvernement vote le rejet d'un arrêt de sa propre Haute Cour. Il n'y a pas de rupture à dater, parce que le procédé consiste précisément à ne jamais franchir un seuil nommable.

La question pour la période à venir

Cinq textes en présence, dont aucun n'a été abandonné, et le retrait est désormais écarté sur les trois théâtres à la fois. Le dernier, signé à La Mecque sans Washington, n'a produit aucune réaction collective annoncée lors du premier incident visant l'un de ses signataires. Les élections israéliennes sont fixées au 27 octobre, de nouvelles négociations sont annoncées pour début septembre. Que négocie-t-on quand l'une des parties repousse sans échéance identifiable l'objet même de la négociation, et que les voisins ont commencé à s'organiser de leur côté ?

La thèse

Quatre textes encadrent directement les guerres de Gaza et du Liban ; un cinquième, signé à La Mecque, signale une recomposition régionale de la sécurité. Aucun n'a été abandonné, et aucun de ceux qui organisent un retrait n'en a produit d'ensemble : les seuls mouvements observés portent sur trois villages du Liban-Sud. Ce qui neutralise ces textes n'est pas leur transgression, c'est une condition sans échéance : le retrait reste écrit, il n'est plus daté. Le 12 août, le ministre israélien de la Défense l'a écarté à Gaza comme au Liban. Ce numéro retrace les huit semaines qui ont précédé cette phrase.

Les cinq faits

1Une feuille de route redéfinie. Fin juillet, Nickolay Mladenov, haut représentant du Conseil de la paix pour Gaza, présente une feuille de route en quinze points. Le Hamas l'accepte, à la surprise générale. Israël, qui ne négocie pas directement avec lui et n'a pas souscrit au texte, en obtient ensuite la modification : selon Le Temps, le retrait des troupes n'est plus total, il n'est plus synchronisé avec le désarmement, et Israël conserve le droit de bombarder. Or l'accord d'octobre 2025 liait les deux. Le 3 août, Mladenov rencontre Netanyahou sans le Hamas ; l'armée israélienne s'engage à cesser les assassinats ciblés, et le haut représentant publie une clarification alignée sur la position israélienne. Une semaine plus tard, Netanyahou rejette publiquement la feuille de route. Le lendemain, l'armée mène le premier assassinat ciblé depuis l'accord et le qualifie de préemptif.

2Une ligne qui avance. Le cessez-le-feu d'octobre 2025 a tracé sur la carte de Gaza une ligne de démarcation, dite ligne jaune, qui laissait 53 % du territoire sous contrôle israélien direct. Elle en couvrait plus de 60 % à la mi-juillet selon des sources militaires israéliennes, et près de 70 % en août. Dix-sept points de territoire en dix mois, dans un seul sens. Environ 1,250 Palestiniens ont été tués depuis l'entrée en vigueur de la trêve, et juillet 2026 fut le mois le plus meurtrier de l'année. Le 4 août, Gaza a enterré cent douze membres d'une même famille, tués par une frappe de novembre 2023 et retrouvés après dix-sept jours de fouilles. Pour chercher les corps, la défense civile dispose d'un seul engin de chantier face à 61 millions de tonnes de gravats.

3Des dynamitages pendant les pourparlers. Dans la nuit du 30 au 31 juillet, l'armée israélienne conduit des dynamitages d'ampleur exceptionnelle près du château de Beaufort. Une session de négociations s'ouvrait à Rome le lendemain. Le site avait été inscrit quatre jours plus tôt par l'UNESCO au patrimoine mondial en péril, par une procédure d'urgence à laquelle Israël s'était opposé. Le 12 août, le ministre israélien de la Défense déclare que son armée ne se retirera en aucun cas des zones de sécurité, et qu'elle rase toutes les maisons sur une bande d'environ dix kilomètres. La déclaration ne contredit pas l'accord-cadre du 26 juin : elle en donne l'interprétation la plus extensive, puisque le retrait y est conditionné au désarmement du Hezbollah, sans calendrier contraignant. Le bilan atteint environ 4,300 morts au Liban depuis mars, contre quarante-trois côté israélien.

4Un village amputé, son jumeau en vitrine. À Zaoutar El-Charquiyé, un entrepreneur libanais documente par imagerie satellitaire le déracinement de six cents oliviers le 9 août. Trois jours plus tard, le même village perd son école publique, sa crèche, son centre médical et sa mairie. Le village mitoyen, Zaoutar El-Gharbiyé, est l'une des trois zones pilotes du processus de paix, l'un des endroits d'où les forces israéliennes se sont retirées pour que l'armée libanaise s'y déploie. Zaoutar El-Charquiyé, elle, a été laissée hors du périmètre de transfert. La séquence en éclaire une autre : le 1er février, des avions israéliens avaient répandu du glyphosate pur le long des frontières, à trente à cinquante fois la dose agricole. Beyrouth demande la reconnaissance de l'écocide comme cinquième crime international.

5Un pacte signé sans Washington. Le 7 août à La Mecque, l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan concluent un accord de défense conjoint : une attaque contre l'un vaut attaque contre les trois. La clause reprend le langage de la défense collective sans en préciser encore les mécanismes militaires ni les organes de décision, et les trois signataires détiennent des capacités complémentaires, drones turcs, arme nucléaire pakistanaise, revenus pétroliers saoudiens, sans que le texte dise ce qui serait mis en commun. Deux jours plus tard, une attaque houthie vise l'Arabie saoudite. Aucune réaction collective n'a été annoncée. Netanyahou envisage lui-même un pacte régional avec ces trois États. Le point n'est pas que le pacte tiendra, c'est qu'il ait été jugé nécessaire.

Ce que le tout compose

En Cisjordanie, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme avertit le 5 août que la violence des colons atteint un niveau sans précédent, avec plus de Palestiniens tués depuis janvier que sur toute l'année 2025. Cent deux colonies ont été approuvées ou légalisées depuis l'arrivée de ce gouvernement, et quatre-vingts avant-postes illégaux sont recensés, sans qu'aucune annexion ait été déclarée. Le 5 juillet, le cabinet a voté à l'unanimité le rejet d'un arrêt de la Haute Cour de justice, une première dans l'histoire du pays. Un troisième théâtre reste hors de ce numéro : depuis décembre 2024, l'armée israélienne tient la zone démilitarisée du Golan et le sommet du mont Hermon, et la Syrie fera l'objet d'un numéro distinct.

Les chiffres à retenir

53 à 70 %

du territoire de Gaza sous contrôle israélien, d'octobre 2025 à août 2026

15,400

violations israéliennes du cessez-le-feu recensées au Liban, sans mécanisme coercitif déclenché

4,300

morts au Liban depuis mars, contre 43 côté israélien

1

engin de chantier à Gaza pour 61 millions de tonnes de gravats

Ce qu'il faudra surveiller

  • Les négociations annoncées pour le début septembre, et le sort des trois zones pilotes libanaises, dont l'armée libanaise n'a pas achevé la prise en charge sous les tirs et les bulldozers.
  • Les élections israéliennes du 27 octobre, qui rendent tout retrait politiquement coûteux d'ici là, et qui expliquent une part du calendrier.
  • Le pacte de La Mecque, dont les mécanismes militaires et les organes de décision restent à préciser, et dont la première épreuve n'a rien produit.
  • La ligne jaune à Gaza, dont chaque relevé successif a été révisé vers le haut sans qu'aucune décision formelle ne l'annonce.

Le dossier, sous l'onglet suivant : le tableau des cinq textes et de leurs signataires, les deux cartes de la ligne jaune et du Liban-Sud, les blocs de chiffres documentés fait par fait, les liens vers le texte des quinze points et vers l'analyse SAPERE du Conseil de la paix, et la note de méthode qui distingue les faits des lectures.

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