Guinée-Bissau | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 12 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇬🇼 Guinée-Bissau
2,3 millions d’habitants. Une élection présidentielle jamais proclamée. Un neuvième coup d’État ou tentative depuis l’indépendance en 1974, porté par une armée dont plusieurs hauts responsables ont déjà été mis en cause dans les réseaux de transit de la cocaïne. Une culture qui fait vivre la moitié du pays, la noix de cajou, écoulée à plus de 90 % vers un acheteur ultra-dominant, l’Inde.
SAPERE 2.2 · Un État que ses propres généraux reprennent, plus souvent qu’aucun ennemi ne l’attaque
Fragile, béquilles multiples
1,7/5
11,75
Coup d’État · monoculture du cajou · trafic de cocaïne
Tendance depuis 2020 : dégradation nette. Le coup d’État de novembre 2025 a interrompu une trajectoire déjà fragile et a fait reculer trois piliers sur neuf (gouvernance, diplomatie, défense) en quelques mois.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à conserver une marge de décision propre, non la richesse ni la popularité du pouvoir en place. À 1,7/5, la Guinée-Bissau se situe parmi les États les plus fragiles de la grille SAPERE : au-dessus du seuil de défaillance totale, faute d’insurrection armée ou de fragmentation territoriale, mais loin de la résilience, un État capturé de l’intérieur par ses propres forces de sécurité.
PIB nominal 2026
~3 Mds $
FMI WEO avril 2026 · 176e rang mondial, environ 1,449 $ par habitant
PIB PPA
~8 Mds $
Environ 3,495 $ par habitant en PPA, très en retrait de la moyenne ouest-africaine
Exportations · poids mondial
~0,001 %
~250 M$ · quasi exclusivement de la noix de cajou brute (plus de 90 % du total), écoulée à plus de 90 % vers un débouché ultra-dominant, l’Inde
Importations · poids mondial
~0,002 %
~450 M$ · carburants, riz et produits manufacturés ; déficit commercial structurel
En résumé

Le 26 novembre 2025, des tirs éclatent devant le palais présidentiel de Bissau. Trois jours après une élection présidentielle disputée entre le président sortant Umaro Sissoco Embaló et l’opposant Fernando Dias da Costa, l’armée annonce avoir pris le contrôle total du pays, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Les résultats du scrutin du 23 novembre ne seront jamais proclamés.

C’est le neuvième coup d’État ou tentative depuis l’indépendance en 1974. Plusieurs hauts responsables militaires ont par le passé été mis en cause dans le transit de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe, ce qui vaut au pays d’être souvent qualifié de narco-État par l’ONUDC depuis le milieu des années 2000. Le Premier ministre nommé par la junte, Ilídio Vieira Té, était l’ancien ministre des Finances et le directeur de campagne du président renversé, une continuité de personnel qui interroge sur la nature exacte de la rupture survenue le 26 novembre.

En dessous de cette crise politique, une économie tient sur un fil : la noix de cajou, dont dépend la moitié de la population et qui représente plus de 90 % des exportations, écoulée à plus de 90 % vers l’Inde, son débouché ultra-dominant. Le pays reste l’un des plus pauvres du monde, classé 161e sur 182 à l’indice de perception de la corruption de Transparency International, avec une dette proche de 80 % du PIB et un accès à l’électricité qui ne dépasse pas 40,5 % de la population. La Guinée-Bissau ne s’effondre pas : elle tient, comme elle l’a toujours fait, entre deux coups d’État.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Fragile1,5-2,4
Diplomatie, influence et information 1,9Défense et sécurité 1,6Autonomie stratégique 1,6Gouvernance et institutions 1,5
Économie et finance 2,4Démographie et capital humain 1,9
Énergie et ressources 1,8
En défaillance1,0-1,4
Industrie et technologie 1,4Innovation et savoir 1,4
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note.
Qui tient le pays ?
Le général Horta N’Tam et le Haut Commandement militaire. Depuis le coup d’État du 26 novembre 2025, la Guinée-Bissau est dirigée par une junte qui a interrompu le dépouillement d’une élection présidentielle disputée, arrêté puis laissé partir le président sortant Umaro Sissoco Embaló, exfiltré vers le Sénégal, et nommé Premier ministre son propre ancien ministre des Finances et directeur de campagne, Ilídio Vieira Té. Le Conseil national de transition, composé de 65 membres tous désignés par la junte, a adopté à l’unanimité en janvier 2026 une nouvelle Constitution qui fait basculer le pays vers un régime présidentiel. Un référendum est prévu le 30 août 2026, avant une présidentielle et des législatives annoncées pour le 6 décembre 2026.
Centre de gravité
Le Haut Commandement militaire du général Horta N’Tam, épaulé par un gouvernement où figurent plusieurs proches de l’ancien président renversé.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la refonte constitutionnelle, achevée en quelques semaines ; lente et contestée sur l’ouverture démocratique promise.
Test politique
Le référendum du 30 août puis le scrutin du 6 décembre 2026, dont l’opposition et une partie de la CEDEAO contestent déjà les conditions.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Une dépendance commerciale extrême, une souveraineté sécuritaire empruntée. Bissau ne finance ni ne défend son État seul : sa monnaie est régionale, son principal produit d’exportation n’a qu’un débouché dominant, et la stabilisation de son territoire repose en partie sur des soldats étrangers.
Échelle de dépendance (● à ●●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance sécuritaire, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Bissau.
CEDEAO
●●●●●
Médiatrice de la crise politique et bailleuse de la force de stabilisation ECOMIB, présente par intermittence depuis 2012 (environ 600 hommes selon les dernières données disponibles, mandat et effectifs réajustés au fil des crises) ; a suspendu la Guinée-Bissau de ses instances en novembre 2025.
Suspension qui prive le pays de voix dans les décisions régionales, dépendance à une médiation dont l’issue reste incertaine.
INDE
●●●●●
Achète plus de 90 % des exportations du pays, presque exclusivement de la noix de cajou brute, un débouché ultra-dominant complété par des acheteurs secondaires (Côte d’Ivoire, Togo, Vietnam, Chine).
Concentration extrême des recettes d’exportation sur un seul débouché principal.
PORTUGAL
●●●●
Premier fournisseur (34 % des importations), ancienne puissance coloniale, lien linguistique et culturel via la CPLP, pays où le président déchu Umaro Sissoco Embaló a cherché à se réfugier.
Puissance tutélaire discrète mais influente sur une partie de l’élite politique et économique.
SÉNÉGAL
●●●●
Deuxième fournisseur (21,9 % des importations), voisin direct, partenaire énergétique via l’OMVG, terre d’accueil de l’ex-président Embaló après le coup d’État.
Dépendance logistique et diplomatique à un voisin plus grand, plus peuplé et plus stable.
CHINE
●●●
Troisième fournisseur (14 % des importations), présence croissante dans les infrastructures et acheteuse de noix de cajou en volume, aux côtés du Vietnam.
Influence encore modeste mais en expansion, sans réciprocité commerciale équivalente.
VIETNAM
●●●
Les usines vietnamiennes achètent une partie de la noix de cajou brute bissau-guinéenne pour la décortiquer et la revendre dans le monde entier : le Vietnam capte à lui seul environ 80 % du marché mondial de la noix de cajou transformée, contre une capacité de transformation locale quasi nulle en Guinée-Bissau. Le fruit part brut et revient transformé, sans que la valeur ajoutée du décorticage profite au pays qui l’a cultivé.
Dépendance à un maillon de transformation entièrement extérieur, qui capte la valeur ajoutée que la Guinée-Bissau ne parvient pas à retenir chez elle.
RÉSEAUX DE NARCOTRAFIC
●●●●●
Selon l’ONUDC, qui qualifie le pays de narco-État depuis le milieu des années 2000, plusieurs hauts responsables militaires ont par le passé été mis en cause dans le transit de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe.
Corruption structurelle des institutions de sécurité, financement occulte des rivalités politiques et militaires.
FRANCE
●●
Coopération réduite : financements de l’AFD dans l’agriculture et la formation professionnelle, présence économique marginale (5,3 millions d’euros d’échanges commerciaux en 2024).
Poids marginal, sans levier réel sur la trajectoire politique ou économique du pays.
DIASPORA
●●●
Estimée par les autorités à 40,000-50,000 personnes au Portugal et 15,000-20,000 en France, sans compter une communauté importante et non chiffrée au Sénégal ; les transferts de fonds ont représenté 10,5 % du PIB en 2023, le ratio le plus élevé de l’UEMOA.
Levier de développement encore sous-exploité, faute de cadre structuré pour canaliser cette épargne vers l’investissement productif.
La contradiction diplomatique

Bissau a présidé aux destinées de la CEDEAO en 2022 et 2023, sous la houlette d’Umaro Sissoco Embaló, alors chargé de la médiation dans les crises malienne, guinéenne et burkinabée nées de coups d’État militaires. Trois ans plus tard, c’est au tour de la Guinée-Bissau d’être suspendue de l’organisation qu’elle présidait, victime du même type de rupture constitutionnelle que celles que son président avait tenté d’arbitrer.

Le contraste ne s’arrête pas là. Le Premier ministre de la junte, Ilídio Vieira Té, était l’ancien ministre des Finances et le directeur de campagne d’Embaló pour la présidentielle du 23 novembre 2025 : cette continuité de personnel nourrit, chez une partie de l’opposition, la thèse d’un « coup d’État simulé », organisé pour empêcher la proclamation d’un résultat électoral défavorable plutôt que pour véritablement changer de pouvoir : une hypothèse avancée par certains opposants, non démontrée de manière indépendante à ce jour.

Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
PaysProduitsMontantPoids
IndeNoix de cajou brute~225 M$~90 %
Côte d’IvoireNoix de cajou, réexport~6 M$~2,4 %
TogoNoix de cajou, réexport~5,5 M$~2,2 %
SingapourNoix de cajoun.d.n.d.
Pays-BasNoix de cajou, poisson~3,2 M$~1,3 %
Montants calculés en appliquant le poids déclaré (OEC/Comtrade) au total des exportations (environ 250 M$) ; non des valeurs douanières directement publiées par pays. La presse spécialisée cite aussi le Vietnam et la Chine comme acheteurs significatifs de cajou en volume, sans que leur part exacte apparaisse dans les statistiques douanières déclarées.
🇨🇳 Position Chine à l’export · hors du top 5 en valeur déclarée · acheteuse de cajou brut aux côtés du Vietnam selon la presse spécialisée · part exacte non disponible dans les statistiques douanières.
🇺🇸 Position États-Unis · hors du top 5 export et import · pays éligible à l’AGOA mais n’en a tiré, selon les études disponibles, presque aucun bénéfice commercial ou en investissement · échanges marginaux, données précises non disponibles.
5 premiers fournisseurs
PaysProduitsMontantPoids
PortugalProduits manufacturés, alimentaires~153 M$34 %
SénégalCarburants, ciment~98,5 M$21,9 %
ChineMachines, textiles, électronique~63 M$14 %
Pays-BasProduits alimentaires, boissons~25,6 M$5,7 %
EspagneProduits alimentaires~14,8 M$3,3 %
Montants calculés en appliquant le poids déclaré (OEC/Comtrade, dernière année disponible) au total des importations (environ 450 M$) ; non des valeurs douanières directement publiées par pays. Riz, pétrole raffiné et produits manufacturés dominent le panier importé.
🇫🇷 Position France · hors top 15 · données insuffisantes · 199e client de la France dans le monde en 2024, échanges bilatéraux d’environ 5,3 millions d’euros, en léger excédent commercial pour la France.
IDE entrants
~24 M$
Flux entrants 2023 (CNUCED), en baisse depuis 33 M$ en 2022 ; stock d’IDE cumulé estimé à 362 M$.
Investisseurs
Portugal, groupes indiens de la filière cajou, quelques opérateurs chinois dans les infrastructures ; investisseurs précis peu documentés au-delà de ces grandes catégories.
France
Présence limitée : quelques enseignes (Orange), contrats d’infrastructure liés à l’OMVG (Vinci, Eiffage), tourisme dans l’archipel des Bijagos, appuis budgétaires de l’AFD.
Quatre tendances structurelles
Croissance du PIB
4,7 % → 4,9 %
2024 à 2026 (FMI), portée par le cajou et les investissements publics dans l’énergie.
Inflation
3,7 % → 0,9 %
2024 à 2025, net ralentissement malgré la fin des subventions sur le carburant et le riz.
Dette publique
78,8 % → ~80 %
2021 à 2026, du PIB ; risque élevé de surendettement selon la dernière analyse du FMI.
Accès à l’électricité
33,4 % → 40,5 %
2020 à 2023, de la population, grâce à l’interconnexion régionale OMVG.
Ce qui tient · Ce qui freine
Trois piliers résistent encore. Huit fractures empêchent le pays de sortir de sa fragilité chronique.
3Forces8Failles
Ce qui tient
La Guinée-Bissau est le quatrième producteur mondial de noix de cajou.
Le pays en a exporté 252,000 tonnes en 2025, un record, malgré la crise politique.
Cette culture fait vivre, directement ou indirectement, près de la moitié de la population.
Le franc CFA et l’appartenance à l’UEMOA ont amorti le choc du coup d’État de novembre 2025.
Aucune panique bancaire, aucun effondrement monétaire, à la différence de crises politiques passées.
Les réserves de change régionales ont continué de progresser pendant la crise, à 4,6 mois d’importations fin 2024.
Contrairement à plusieurs de ses voisins sahéliens, aucun mouvement armé ne contrôle durablement une portion du territoire bissau-guinéen, malgré des trafics transfrontaliers documentés avec la Casamance voisine.
Ses frontières terrestres avec le Sénégal et la Guinée restent stables.
L’instabilité du pays est intérieure et militaire, non territoriale.
Ce qui freine
Le 26 novembre 2025, l’armée a interrompu le dépouillement d’une élection présidentielle disputée et pris le contrôle total du pays.
Les résultats du scrutin du 23 novembre n’ont jamais été proclamés.
C’est le neuvième coup d’État ou tentative depuis l’indépendance en 1974.
La noix de cajou représente plus de 90 % des exportations du pays.
Plus de 90 % de ce volume part vers un débouché ultra-dominant, l’Inde, complété par des marchés secondaires plus modestes (Côte d’Ivoire, Togo, Pays-Bas) et par le Vietnam et la Chine, acheteurs en volume mal repérés dans les statistiques officielles.
La récolte 2026 s’annonce parmi les plus mauvaises jamais enregistrées, selon les autorités françaises.
L’ONUDC qualifie la Guinée-Bissau de narco-État depuis le milieu des années 2000.
D’anciens hauts gradés de l’armée ont été condamnés à l’étranger pour trafic de cocaïne.
La justification donnée par les putschistes de novembre 2025, un plan de déstabilisation lié à un narcotrafiquant, illustre à quel point ce trafic imprègne le récit politique du pays lui-même.
Umaro Sissoco Embaló a présidé la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO en 2022 et 2023.
La CEDEAO puis l’Union africaine ont suspendu la Guinée-Bissau de leurs instances fin novembre 2025.
Le pays reste privé de voix dans les décisions régionales qu’il contribuait naguère à arbitrer.
Près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté de 3 dollars par jour.
Le taux d’alphabétisation des adultes plafonne à 64 %.
L’indice de développement humain place le pays au 174e rang mondial sur 193.
La dette publique avoisine 80 % du PIB, un niveau jugé à risque élevé de surendettement par le FMI.
Les recettes fiscales restent inférieures à 15 % du PIB, loin de l’objectif communautaire de 20 %.
Une bonne partie des dépenses d’investissement dépend de l’aide extérieure et des décaissements du FMI.
Seuls 40,5 % de la population ont accès à l’électricité en 2023, contre 64,3 % dans les zones urbaines.
L’écart avec les zones rurales reste très marqué : la dernière estimation désagrégée disponible donne un ratio d’environ 1 pour 4,8 (9,2 % en zone rurale contre 44,4 % en zone urbaine, 2019), un repère ancien mais qui illustre l’ampleur du décrochage.
La majeure partie de la production repose encore sur du diesel importé.
Le Premier ministre de la junte est l’ancien ministre des Finances et directeur de campagne du président renversé.
Les sièges de partis sont fermés, les manifestations interdites, plusieurs opposants restent en résidence surveillée.
Le nouveau code électoral qui régira le scrutin de décembre 2026 n’a pas été rendu public.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Aggravation confirmée de la mauvaise récolte de cajou annoncée pour 2026.
Nouveau report de la présidentielle du 6 décembre.
Répression accrue de l’opposition et de la presse.
Rupture plus profonde avec la CEDEAO et l’Union africaine.
Choc sur la dette si l’aide extérieure venait à se réduire.
Nouvelle tentative de coup d’État, un scénario récurrent depuis 1980.
Signaux positifs
Exportations de cajou record en 2025 malgré la crise politique.
Maintien du programme du FMI, prolongé jusqu’en décembre 2026.
Libération progressive de plusieurs opposants détenus.
Poursuite de l’interconnexion électrique régionale OMVG.
Médiation active de la CEDEAO, malgré ses limites.
Effets de voisinage
Sénégal
Voisin direct au nord et à l’est, partenaire énergétique via l’OMVG, mais aussi terre d’accueil des opposants et de l’ex-président en exil depuis le coup d’État.
Guinée (Conakry)
Partage l’accès au fleuve Corubal et le projet hydroélectrique de Saltinho ; trajectoire politique comparable, sous régime de transition militaire.
Casamance
La région séparatiste voisine du sud du Sénégal a longtemps utilisé le territoire bissau-guinéen comme base arrière, tissant des liens transfrontaliers avec les réseaux de trafic régionaux.
Choc externe actif
Le pays est trop petit pour peser sur les grands équilibres commerciaux mondiaux, mais il en subit les à-coups par la seule voie du cajou : selon la Banque mondiale, la hausse des coûts de fret liée aux tensions au Moyen-Orient a déjà rogné les marges à l’exportation du cajou en 2026, un effet estimé à 0,3 point de croissance du PIB en moins et à un creusement de 1,6 point du déficit courant. La suspension de l’AGOA fin septembre 2025 puis sa reconduction provisoire en février 2026 n’ont, en pratique, presque rien changé pour un pays dont les exportations vers les États-Unis restent négligeables, environ 130,000 dollars en 2024 selon les douanes américaines, loin derrière les principaux bénéficiaires du régime que sont l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Lesotho.
Les dynamiques structurelles
Le coup qui répare ce qu’il a cassé
Le Haut Commandement militaire s’est donné pour mandat de lutter contre la corruption et le trafic de drogue, alors même que l’institution qu’il incarne, l’armée, est celle que l’ONUDC accuse le plus directement d’en tirer profit. Le remède et le mal partagent la même adresse.
Une continuité déguisée en rupture
Le Premier ministre de la transition était l’architecte financier et électoral du président renversé. Ce chevauchement de personnel alimente, chez une partie de l’opposition, la thèse d’un coup d’État organisé pour geler un résultat électoral plutôt que pour changer réellement de régime.
Une monnaie qui protège, une économie qui ne diversifie pas
L’appartenance à l’UEMOA a évité l’effondrement monétaire qu’aurait pu provoquer un coup d’État : le franc CFA a continué de circuler, les réserves régionales de couvrir les importations. Ce filet de sécurité collectif dispense aussi le pays de bâtir sa propre résilience budgétaire.
L’aide qui maintient debout un État qui ne se finance pas lui-même
Moins de 15 % du PIB en recettes fiscales, contre un objectif communautaire de 20 % : l’État bissau-guinéen fonctionne grâce aux décaissements du FMI et à l’aide au développement, ce qui le rend vulnérable à toute suspension de ces flux en cas de nouvelle crise politique.
La CEDEAO, arbitre affaibli par ses propres renoncements
Ferme dans sa condamnation initiale du coup d’État, l’organisation régionale a progressivement adouci sa position face à une junte qui a repoussé l’échéance de la transition, au point de voir sa médiation critiquée par l’opposition et la société civile bissau-guinéennes elles-mêmes.
Une seule récolte pour financer un pays entier
Quand le cajou va, l’État respire ; quand il vacille, comme en 2026, c’est toute l’économie qui se resserre. Aucune diversification agricole ou industrielle sérieuse n’est venue, en trois décennies, réduire cette dépendance à une culture unique.
L’école, un investissement qui reste insuffisant
Le taux d’alphabétisation des adultes plafonne à 64 % et, selon l’UNESCO, la fréquentation scolaire des filles décroche nettement à l’entrée dans l’adolescence. Le sous-financement chronique du système éducatif limite le potentiel d’une population pourtant très jeune.
Bissau contre l’intérieur, un clivage qui fragilise la cohésion nationale
La capitale concentre l’essentiel des investissements et des services publics, avec un accès à l’électricité qui y atteint 64 %, contre une moyenne nationale de 40,5 %. L’intérieur du pays souffre d’un sous-équipement chronique et d’une présence limitée de l’État.
Des ressources sous le sol, mais pas encore dans les caisses de l’État
Bauxite, phosphate et pétrole offshore restent inexploités, faute d’investissement, de stabilité politique durable et d’un cadre réglementaire jugé suffisamment attractif par les investisseurs internationaux.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Le référendum du 30 août confirme le basculement présidentiel
Une adoption large validerait la refonte institutionnelle voulue par la junte et fixerait le cadre du scrutin de décembre.
La présidentielle de décembre se tient avec une opposition réellement représentée
La participation effective de Domingos Simões Pereira et de Fernando Dias serait le signal le plus net d’une transition sincère.
La récolte de cajou 2026 s’effondre réellement
Une chute confirmée priverait l’économie de sa seule rente d’exportation, avec un choc direct sur la moitié rurale de la population.
La CEDEAO durcit à nouveau sa médiation
Un retour à la fermeté regrouperait la pression régionale, au risque d’isoler davantage un pays déjà suspendu de l’Union africaine.
Umaro Sissoco Embaló revient se présenter
Son retour en lice, évoqué par la presse, achèverait de convaincre l’opposition que le coup d’État visait moins à le renverser qu’à rejouer l’élection en sa faveur.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Le référendum et la présidentielle de décembre 2026 se tiennent avec une opposition présente et des résultats reconnus par la CEDEAO. Le programme du FMI se poursuit, la filière cajou amorce une transformation locale, et l’interconnexion électrique régionale porte l’accès au-delà de la moitié de la population. La Guinée-Bissau retrouve sa place dans les instances régionales. Ce redressement suppose un arbitrage impopulaire auprès de l’armée : une réduction de son poids budgétaire et politique, seule condition jugée crédible par la CEDEAO pour rétablir durablement la confiance.
Scénario défavorable
L’opposition est exclue du scrutin du 6 décembre comme elle l’avait été en novembre 2025 : ce verrou électoral fait échouer la médiation de la CEDEAO, qui se résigne à un statu quo plutôt que de rompre avec la junte. Isolée, la Guinée-Bissau voit sa récolte de cajou continuer de se dégrader et sa dette franchir un nouveau seuil critique, faute d’un soutien extérieur suffisant. Un dixième coup d’État ou tentative rappelle alors que l’armée reste l’arbitre final du pouvoir.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,7215, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,7/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique : méthode de calcul. P09 = 1,6/5. A fiscal = 2 : recettes domestiques faibles, moins de 15 % du PIB, mais pas de vassalisation fiscale totale grâce au cadre régional UEMOA. B exportations = 1 : plus de 90 % des recettes d’exportation reposent sur un seul produit vendu à un débouché ultra-dominant. C sécurité = 1 : l’armée nationale a elle-même renversé le pouvoir élu et la stabilisation du pays dépend en partie d’une force étrangère, l’ECOMIB. D réserves et financement = 3 : réserves de change régionales de l’UEMOA à 4,6 mois d’importations fin 2024, un filet de sécurité collectif correct. E décisionnel = 1 : le pouvoir politique est actuellement détenu par une junte militaire, sous médiation extérieure et suspension des instances régionales. Moyenne : (2 + 1 + 1 + 3 + 1) / 5 = 1,6. Quatre sous-indicateurs sur cinq sont inférieurs ou égaux à 2, ce qui déclenche la règle de plafonnement à 2,5 ; la moyenne brute étant déjà inférieure à ce seuil, le plafonnement reste sans effet sur la note finale.

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