Guinée-Bissau
Personne n'attaque ce pays. Son armée s'occupe du palais.
Deux voisins seulement, le Sénégal au nord, la Guinée à l'est et au sud. Un archipel de quatre-vingt-huit îles. Une récolte par an, vendue à un acheteur qui absorbe l'essentiel. Et une armée qui, depuis l'indépendance de 1974, a renversé ou tenté de renverser le pouvoir neuf fois.
Le 26 novembre 2025, elle l'a fait une neuvième fois, trois jours après une présidentielle dont les résultats n'ont jamais été proclamés.
Le 30 août 2026, un référendum s'est tenu et les autorités en ont annoncé l'adoption : le texte ferait passer le pays au régime présidentiel, avec nomination directe du gouvernement et pouvoir de dissolution du Parlement.
Le scrutin s'est tenu à la date annoncée, sans report ni incident majeur. Le principal parti d'opposition l'a boycotté, des correspondants ont décrit une affluence timide, et aucun décompte vérifiable n'était publié à la date d'arrêt de cette fiche.
C'est la seule fiche ouest-africaine de la série dont aucun des neuf piliers n'atteint la zone sous tension : tous tiennent dans les deux bandes basses de l'échelle.
Les comptes tiennent, la monnaie tient, la croissance tient. Ce qui ne tient pas, c'est la chaîne qui va du vote au pouvoir : elle a été coupée neuf fois en cinquante ans, et le texte soumis en août la refonderait sans qu'on en ait vu le décompte.
L'électricité progresse, seule, grâce à une interconnexion alimentée en hydroélectricité guinéenne. Quatre piliers reculent, et ils pèsent près de la moitié de la note.
Plus de neuf dixièmes des recettes d'exportation viennent d'un seul produit, vendu à un débouché ultra-dominant, récolté une fois par an. Une mauvaise saison ne se rattrape pas : elle s'attend douze mois.
Ce que la carte impose
Ce qui décrit le modèle
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Inde | Noix de cajou brute | ~90 % |
| 2 | Côte d'Ivoire | Noix de cajou, réexport | ~2,4 % |
| 3 | Togo | Noix de cajou, réexport | ~2,2 % |
| 4 | Pays-Bas | Noix de cajou, poisson | ~1,3 % |
| hors rang | Singapour | Noix de cajou | non publiée |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Portugal | Produits manufacturés, alimentaires | 34 % |
| 2 | Sénégal | Carburants, ciment | 21,9 % |
| 3 | Chine | Machines, textiles, électronique | 14 % |
| 4 | Pays-Bas | Produits alimentaires, boissons | 5,7 % |
| 5 | Espagne | Produits alimentaires | 3,3 % |
Quatre inflexions récentes
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d’œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeFragile et dépendant→Les comptes tiennent parce que l’aide arrive et que le cajou se vend.+
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique→Un pays qui vend brut et achète transformé, depuis toujours.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant→Une population jeune qui se reconstitue plus vite que l’école ne s’ouvre.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Suspendu de deux organisations, et toujours membre d’une troisième.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↗Son seul pilier qui monte, et il monte par un fil venu de Guinée.+
VIDéfense et sécuritéFragile et dépendant↘Aucun ennemi extérieur, et une armée qui reste le premier risque intérieur.+
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique→Ce qui se forme ici s’en va, et rien n’est fait pour le retenir.+
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendant↘Des institutions qui existent, et un pouvoir qui ne vient pas d’elles.+
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↘Une seule récolte, un seul acheteur, et une décision reprise par les armes.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
Une monnaie que la crise politique n'a pas atteinte
Le franc CFA, les réserves mutualisées et le marché régional des titres ont continué de fonctionner pendant le coup d'État, la suspension régionale et le référendum. L'union monétaire n'a jamais suspendu personne.
C'est la seule institution du dossier que neuf coups d'État n'ont pas entamée, et ce n'est pas un hasard : elle n'est pas nationale.
Un espace civique qui n'a pas été fermé par décret
La Cour suprême et les institutions formelles subsistent, la presse reste plurielle avec 88 radios privées ou communautaires, et la société civile sait encore mobiliser.
La différence avec les voisins sahéliens est nette : ici les partis n'ont pas été dissous, la presse n'a pas été interdite. Elle a été resserrée, ce qui n'est pas la même chose et laisse un chemin de retour.
Aucun ennemi extérieur, et aucune insurrection
Le territoire ne porte aucun conflit armé, les deux frontières sont stables, et un rapport d'avril 2026 estime que le principal groupe jihadiste sahélien n'a pas la capacité de projeter sa force chez le voisin sénégalais.
Dans une région où quatre fiches sur quinze comptent une guerre intérieure, c'est un actif réel. Il reste que cette évaluation porte sur une capacité, et qu'une capacité se périme plus vite qu'une intention.
Une armée qui est son propre adversaire
Le coup d'État du 26 novembre 2025 est le neuvième depuis l'indépendance de 1974. Il est intervenu trois jours après une présidentielle dont les résultats n'ont jamais été proclamés, et des officiers supérieurs sont directement mis en cause dans le trafic de cocaïne.
Une armée de quatre mille hommes, au budget dérisoire, ne peut tenir aucune frontière. Elle n'en a jamais eu besoin : le seul objectif à sa portée est le palais.
Un revenu annuel, et rien entre deux récoltes
L'essentiel des devises entre pendant la campagne de cajou, et le pays vit ensuite douze mois dessus en important sa nourriture de base et son énergie. Aucune autre filière n'est en état de prendre le relais.
La dette publique approche quatre-vingts points de produit intérieur et le risque de surendettement est jugé élevé : un pays dont l'essentiel des devises commerciales entre avec une seule campagne est un pays qui emprunte le reste du temps.
Ce qui tenait à la place de l'État s'en va aussi
Aux Bijagós, la population animiste qui administrait l'écosystème par la coutume s'effondre, sous l'effet de l'exode rural et de l'influence des Églises évangéliques. Dans le même temps, le pays affronte sa première flambée connue de mpox.
Ce sont deux faits sans rapport, et ils disent la même chose. Là où l'État n'a jamais été, quelque chose tenait ; quand cela cède, il n'y a pas de relais, il y a un vide.
Qui décide, qui contraint
À l'intérieur
À l'extérieur
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Débouché unique | Inde | ●●●●● | Le marché qui absorbe l'essentiel de la noix de cajou brute, la décortique et la revend. Le prix d'ouverture de campagne fixé là-bas décide du revenu de la moitié rurale du pays. |
| Médiation et stabilisation | CEDEAO | ●●●●● | Suspension du pays depuis fin novembre 2025, médiation toujours engagée pour un retour à l'ordre constitutionnel, et force de stabilisation présente par intermittence depuis 2012. Elle sanctionne et elle protège, dans le même geste. |
| Économie souterraine | Réseaux de narcotrafic | ●●●●● | Une côte d'estuaires et d'îles mal surveillées, sur une route de la cocaïne vers l'Europe, et des officiers supérieurs directement mis en cause. C'est le seul levier du tableau qui n'a pas d'adresse. |
| Canal diplomatique de secours | Portugal | ●●●● | Le lien lusophone que la suspension régionale n'a pas coupé, et la destination principale des étudiants formés à l'étranger. |
| Frontière et commerce | Sénégal | ●●●● | Le voisin du nord, dont la frontière casamançaise structure le commerce informel, et avec qui la coopération militaire s'est accrue. |
| Achats et présence | Chine | ●●● | Produits de la pêche, bois, et des chantiers d'infrastructure. Une présence qui s'installe sans conditionnalité politique. |
| Transformation du cajou | Viêt Nam | ●●● | Ses usines achètent la même noix brute que l'Inde pour la décortiquer et la revendre : le dossier lui attribue environ 80 % du marché mondial de la noix transformée. La valeur ajoutée que le pays ne prend pas, c'est là qu'elle est prise. |
| Transferts et devises | Diaspora | ●●● | Les envois des émigrés soutiennent les ménages entre deux campagnes, là où l'État n'intervient pas. C'est la seule entrée de devises qui ne soit pas saisonnière. |
| Coopération résiduelle | France | ●● | Des programmes de coopération éducative et une présence économique marginale, dans un pays qui n'a jamais relevé de son aire d'influence. |
Ce qui changerait réellement le diagnostic
Le décompte du référendum est publié et vérifiable
Le scrutin a eu lieu et les autorités ont annoncé l'adoption du texte : ce qui reste ouvert, c'est la vérification. Un décompte détaillé et contrôlable trancherait entre une adhésion et une proclamation, et c'est la première chose que ce dossier attend.
Le scrutin présidentiel se tient avec l'opposition réellement présente
Le test n'est pas la tenue du vote, qui est acquise dans les deux sens : c'est la présence effective des principaux opposants sur le bulletin. Sans elle, le référendum n'aura fait que donner un cadre constitutionnel à ce qui existait déjà.
La noix de cajou commence à être transformée sur place
C'est la seule bascule qui déplace la valeur au lieu de la redistribuer. Tant que la récolte part brute, un bon prix n'est qu'une bonne année ; une filière de décorticage serait le premier revenu que le pays produirait au lieu de le recevoir.
L'armée cesse d'être l'arbitre du pouvoir
La mesure n'est pas l'absence de coup d'État pendant un an, elle est plus exigeante : une réduction documentée du poids budgétaire et politique de l'institution militaire, et des poursuites qui aboutissent contre les officiers mis en cause dans le trafic.
Le programme du Fonds monétaire s'interrompt
La bascule négative du lot. Ses performances ont déjà été jugées plus faibles que prévu fin 2025.
Une suspension ne couperait pas seulement un financement : elle retirerait le signal que regardent tous les autres bailleurs d'un État qui finance son investissement à l'extérieur.
Trois chemins à cinq ans
Le vote redevient la source du pouvoir
Le décompte du référendum devient vérifiable, puis le scrutin de fin d'année se tient avec une opposition présente et des résultats reconnus, le pays retrouve sa place dans les instances régionales, et le programme du Fonds monétaire se poursuit.
L'interconnexion électrique porte l'accès au-delà de la moitié de la population et une filière de transformation du cajou s'amorce.
Ce redressement suppose un arbitrage impopulaire auprès de l'armée, une réduction de son poids budgétaire et politique, que cinquante ans d'histoire n'ont jamais vu aboutir.
Le cadre change, l'équilibre reste
Le cadre présidentiel annoncé s'installe sans que son décompte soit publié, le scrutin se tient avec une opposition partiellement représentée et des résultats contestés sans être invalidés. La médiation régionale s'accommode d'un retour formel à l'ordre constitutionnel sans que l'arbitrage de l'armée soit entamé.
La récolte continue de financer l'État une fois par an, l'aide de tenir l'investissement, et l'électricité de progresser lentement. C'est le scénario central : la répétition d'un équilibre où chaque institution civile tient aussi longtemps que l'armée y consent.
La récolte manque, ou le dixième coup arrive
Une mauvaise campagne, un cours bas ou une ouverture ratée privent l'État de sa seule rentrée, au moment où la dette approche un seuil critique et où les bailleurs durcissent après un scrutin contesté.
Ou bien l'exclusion de l'opposition fait échouer la médiation, l'isolement s'installe, et un dixième coup d'État rappelle que l'armée reste l'arbitre final. Les deux chemins se rejoignent : dans les deux cas, ce qui manque est un revenu qui ne dépende pas d'une saison.
Quinzième sur quinze, et aucun pilier ne sort des deux bandes basses
La Guinée-Bissau ferme le classement des quinze fiches ouest-africaines de la série. Sept de ses neuf piliers sont fragiles et dépendants, deux sont en défaillance critique, et aucun n'atteint la zone sous tension.
Le balayage des quatorze autres dossiers de la région le confirme : c'est la seule fiche dans ce cas. Partout ailleurs, au moins un pilier dépasse la zone fragile. Ici, aucun.
Ce que ce classement mesure n'est pas une crise. Une crise, cela monte et cela redescend, et le pays en a traversé neuf en cinquante ans sans que sa position bouge.
Ce que la note mesure est un niveau, et il est remarquablement stable : quatre piliers n'ont pas bougé depuis 2020, et le seul qui progresse le doit à une ligne électrique construite avec un voisin.
La démonstration tient en une phrase. L'essentiel des devises commerciales de ce pays entre avec une seule campagne, il se nourrit d'importations le reste du temps, fait garder sa sécurité intérieure par ses voisins, tient sa monnaie d'une union régionale, et voit sa décision politique reprise tous les six ans par ses propres officiers.
Aucun de ces cinq points n'est un accident. Ensemble, ils décrivent un État qui fonctionne, et qui ne décide pas.
Le diagnostic est falsifiable, et par cinq faits : un décompte publié, une opposition présente au scrutin, une transformation locale du cajou, un recul documenté du poids de l'armée, ou l'arrêt du programme du Fonds monétaire. Aucun point de croissance n'en fait partie.
La Guinée-Bissau vend ce qu'elle a : une récolte, un pavillon, une signature. Le seul bien qu'elle n'ait jamais mis en vente, c'est celui de décider qui la gouverne.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Comment on arrive à 1,7. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule. Le calcul ne commence qu'ensuite. On multiplie chaque note par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les neuf résultats : le total brut vaut 1,7215.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,7 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut : c'est pourquoi deux fiches aux totaux très proches peuvent tomber de part et d'autre d'un seuil. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note. La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
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Le 26 novembre 2025, des tirs éclatent devant le palais présidentiel de Bissau. Trois jours après une élection présidentielle disputée entre le président sortant Umaro Sissoco Embaló et l’opposant Fernando Dias da Costa, l’armée annonce avoir pris le contrôle total du pays, suspendu le processus électoral et fermé les frontières. Les résultats du scrutin du 23 novembre ne seront jamais proclamés.
C’est le neuvième coup d’État ou tentative depuis l’indépendance en 1974. Plusieurs hauts responsables militaires ont par le passé été mis en cause dans le transit de la cocaïne sud-américaine vers l’Europe, ce qui vaut au pays d’être souvent qualifié de narco-État par l’ONUDC depuis le milieu des années 2000. Le Premier ministre nommé par la junte, Ilídio Vieira Té, était l’ancien ministre des Finances et le directeur de campagne du président renversé, une continuité de personnel qui interroge sur la nature exacte de la rupture survenue le 26 novembre.
En dessous de cette crise politique, une économie tient sur un fil : la noix de cajou, dont dépend la moitié de la population et qui représente plus de 90 % des exportations, écoulée à plus de 90 % vers l’Inde, son débouché ultra-dominant. Le pays reste l’un des plus pauvres du monde, classé 161e sur 182 à l’indice de perception de la corruption de Transparency International, avec une dette proche de 80 % du PIB et un accès à l’électricité qui ne dépasse pas 40,5 % de la population. La Guinée-Bissau ne s’effondre pas : elle tient, comme elle l’a toujours fait, entre deux coups d’État.
Bissau a présidé aux destinées de la CEDEAO en 2022 et 2023, sous la houlette d’Umaro Sissoco Embaló, alors chargé de la médiation dans les crises malienne, guinéenne et burkinabée nées de coups d’État militaires. Trois ans plus tard, c’est au tour de la Guinée-Bissau d’être suspendue de l’organisation qu’elle présidait, victime du même type de rupture constitutionnelle que celles que son président avait tenté d’arbitrer.
Le contraste ne s’arrête pas là. Le Premier ministre de la junte, Ilídio Vieira Té, était l’ancien ministre des Finances et le directeur de campagne d’Embaló pour la présidentielle du 23 novembre 2025 : cette continuité de personnel nourrit, chez une partie de l’opposition, la thèse d’un « coup d’État simulé », organisé pour empêcher la proclamation d’un résultat électoral défavorable plutôt que pour véritablement changer de pouvoir : une hypothèse avancée par certains opposants, non démontrée de manière indépendante à ce jour.
| Rang | Pays | Produits | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Inde | Noix de cajou brute | ~90 % |
| 2 | Côte d’Ivoire | Noix de cajou, réexport | ~2,4 % |
| 3 | Togo | Noix de cajou, réexport | ~2,2 % |
| hors rang | Singapour | Noix de cajou | non publiée |
| 4 | Pays-Bas | Noix de cajou, poisson | ~1,3 % |
| Rang | Pays | Produits | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Portugal | Produits manufacturés, alimentaires | 34 % |
| 2 | Sénégal | Carburants, ciment | 21,9 % |
| 3 | Chine | Machines, textiles, électronique | 14 % |
| 4 | Pays-Bas | Produits alimentaires, boissons | 5,7 % |
| 5 | Espagne | Produits alimentaires | 3,3 % |
Le pays en a exporté 252,000 tonnes en 2025, un record, malgré la crise politique.
Cette culture fait vivre, directement ou indirectement, près de la moitié de la population.
Aucune panique bancaire, aucun effondrement monétaire, à la différence de crises politiques passées.
Les réserves de change régionales ont continué de progresser pendant la crise, à 4,6 mois d’importations fin 2024.
Ses frontières terrestres avec le Sénégal et la Guinée restent stables.
L’instabilité du pays est intérieure et militaire, non territoriale.
Les résultats du scrutin du 23 novembre n’ont jamais été proclamés.
C’est le neuvième coup d’État ou tentative depuis l’indépendance en 1974.
Plus de 90 % de ce volume part vers un débouché ultra-dominant, l’Inde, complété par des marchés secondaires plus modestes (Côte d’Ivoire, Togo, Pays-Bas) et par le Vietnam et la Chine, acheteurs en volume mal repérés dans les statistiques officielles.
La récolte 2026 s’annonce parmi les plus mauvaises jamais enregistrées, selon les autorités françaises.
D’anciens hauts gradés de l’armée ont été condamnés à l’étranger pour trafic de cocaïne.
La justification donnée par les putschistes de novembre 2025, un plan de déstabilisation lié à un narcotrafiquant, illustre à quel point ce trafic imprègne le récit politique du pays lui-même.
La CEDEAO puis l’Union africaine ont suspendu la Guinée-Bissau de leurs instances fin novembre 2025.
Le pays reste privé de voix dans les décisions régionales qu’il contribuait naguère à arbitrer.
Le taux d’alphabétisation des adultes plafonne à 64 %.
L’indice de développement humain place le pays au 174e rang mondial sur 193.
Les recettes fiscales restent inférieures à 15 % du PIB, loin de l’objectif communautaire de 20 %.
Une bonne partie des dépenses d’investissement dépend de l’aide extérieure et des décaissements du FMI.
L’écart avec les zones rurales reste très marqué : la dernière estimation désagrégée disponible donne un ratio d’environ 1 pour 4,8 (9,2 % en zone rurale contre 44,4 % en zone urbaine, 2019), un repère ancien mais qui illustre l’ampleur du décrochage.
La majeure partie de la production repose encore sur du diesel importé.
Les sièges de partis sont fermés, les manifestations interdites, plusieurs opposants restent en résidence surveillée.
Le nouveau code électoral qui régira le scrutin de décembre 2026 n’a pas été rendu public.
Nouveau report de la présidentielle du 6 décembre.
Répression accrue de l’opposition et de la presse.
Rupture plus profonde avec la CEDEAO et l’Union africaine.
Choc sur la dette si l’aide extérieure venait à se réduire.
Nouvelle tentative de coup d’État, un scénario récurrent depuis 1980.
Maintien du programme du FMI, prolongé jusqu’en décembre 2026.
Libération progressive de plusieurs opposants détenus.
Poursuite de l’interconnexion électrique régionale OMVG.
Médiation active de la CEDEAO, malgré ses limites.
La note globale est la somme pondérée des neuf piliers, notés sur cinq : quatre pèsent 13,5 %, quatre 9 %, l’autonomie stratégique 10 %. La somme donne 1,7215, arrondie à 1,7. L’échelle mesure la capacité à absorber un choc, non la croissance ni le niveau de vie.
La fenêtre d’observation a été portée du 12 juillet au 14 septembre 2026. Le dépôt comptait six sujets, tous lus intégralement, et aucun n’a été écarté : c’est le premier dépôt du chantier dans ce cas. Révision éditoriale du 17 septembre 2026.
Aucune note n’a bougé, sur décision explicite. Deux justifications ont été réécrites sans que leur note change : la gouvernance, maintenue à 1,5, et le sous-indicateur décisionnel du pilier IX, maintenu à 1.
Pourquoi le référendum ne fait pas descendre la gouvernance. La concentration du pouvoir était déjà dans la note : élection dont les résultats n’ont jamais été proclamés, principal parti d’opposition écarté du scrutin avant même le coup d’État, opposants en résidence surveillée. Le texte soumis le 30 août constitutionnaliserait cette concentration plutôt qu’il ne l’installe. Descendre la note reviendrait à compter deux fois le même fait. Et la descendre sur le résultat annoncé reviendrait à noter une proclamation, alors que le décompte n’est pas publié.
Ce que le référendum établit, et ce qu’il n’établit pas. Ce qui est établi : le scrutin s’est tenu le 30 août à la date annoncée, sans report ni incident majeur, et le texte a été donné pour adopté. Ce qui ne l’est pas : le taux de participation annoncé le soir même à plus de cinquante-cinq pour cent, que des correspondants contredisent en décrivant une affluence timide, et le résultat lui-même, aucun décompte vérifiable n’ayant été publié à la date d’arrêt. Les deux volets l’écrivent ainsi partout, et aucune note ne repose sur le chiffre annoncé.
Les six sujets retenus. Trois sont des faits bissau-guinéens de la fenêtre : le référendum du 30 août, l’effondrement des gardiens animistes de l’archipel des Bijagós, et la première flambée de mpox dont la moitié des cas suspects signalés concernent des enfants.
Les trois autres viennent de l’extérieur et touchent le pays : le rapport d’avril 2026 sur les capacités du groupe jihadiste sahélien, qui mentionne la coopération militaire accrue avec la Guinée-Bissau ; le vraquier coulé au large d’Odessa le 19 juillet, qui naviguait sous pavillon bissau-guinéen ; et la réforme chilienne de l’état d’exception, retenue comme cadre comparatif.
Les deux derniers demandent une explication, parce que leur titre ne les désignait pas comme bissau-guinéens. Le navire l’est par son pavillon, ce qui en fait un sujet de registre maritime, c’est-à-dire de recette d’État et d’exposition juridique. La brique chilienne nomme elle-même la Guinée-Bissau comme le cas parallèle que le corpus suit ; elle sert de repère et n’entre dans aucune note.
Les deux tableaux de commerce sont classés, parce que leurs parts viennent de la même base déclarée. La colonne des montants a en revanche été retirée des deux : elle était obtenue en appliquant la part déclarée au total du flux, et non reprise de valeurs douanières publiées par pays. Une part multipliée par un total est une valeur calculée ; la ranger dans une colonne de montants la ferait lire comme une valeur observée.
Le classement régional est recalculé à chaque fabrication depuis les quinze dossiers ouest-africains, et le rang se départage sur la somme NON ARRONDIE.
I · Économie et finance
Inflation retombée sous 1 % en 2025.
Programme du FMI actif depuis 2023, réserves régionales en hausse.
Recettes fiscales inférieures à 15 % du PIB, loin de l'objectif communautaire de 20 %.
Dépenses d'investissement largement financées par l'aide extérieure.
Performances du programme du FMI plus faibles que prévu fin 2025.
II · Industrie et technologie
Potentiel halieutique et minier largement inexploité.
Quelques unités agroalimentaires artisanales.
Fiscalité à l'export qui décourage l'investissement dans la transformation, selon la Banque mondiale.
Secteur manufacturier marginal.
Bauxite, phosphate et pétrole offshore non exploités.
III · Démographie et capital humain
Croissance démographique soutenue, plus de 2 % par an.
Espérance de vie en légère progression, 64 ans.
Mortalité infantile élevée, environ 49 pour 1,000 naissances.
Près de 40 % de la population sous le seuil de pauvreté de 3 dollars par jour.
Fécondité élevée, 3,8 enfants par femme, non accompagnée par l'investissement éducatif.
Femmes très minoritaires en politique, moins de 10 % des sièges parlementaires malgré une loi de parité de 2018 imposant 36 % de candidates sur les listes électorales, et surreprésentées dans l'emploi informel.
IV · Diplomatie, influence et information
Membre de l'UEMOA malgré la crise politique.
Médiation active de la CEDEAO pour un retour à l'ordre constitutionnel.
Classement RSF en recul de 18 places en 2025.
Rayonnement médiatique et culturel très limité.
Processus électoral jugé verrouillé par l'opposition et une partie de la société civile.
V · Énergie et ressources
Interconnexion régionale OMVG avec l'hydroélectricité guinéenne.
Extension de 1,800 kilomètres de réseau moyenne tension prévue pour 2026.
Potentiel pétrolier offshore estimé à 1,1 milliard de barils, non exploité.
Production nationale encore très dépendante du diesel importé.
Aucun barrage hydroélectrique national en service, le projet de Saltinho reste à l'étude.
Ressources minières non exploitées.
VI · Défense et sécurité
Frontières terrestres stables avec le Sénégal et la Guinée.
Force de stabilisation de la CEDEAO, l'ECOMIB, présente par intermittence depuis 2012.
Budget militaire très faible, environ 1,7 % du PIB.
Effectifs réduits, environ 4,000 personnels actifs.
Officiers supérieurs directement mis en cause dans le trafic de cocaïne, selon l'ONUDC.
VII · Innovation et savoir
Diaspora étudiante formée au Portugal et au Brésil.
Programmes de coopération éducative avec la France et le Portugal.
Aucun dépôt de brevet significatif.
Émigration des rares diplômés qualifiés.
Dépendance quasi totale aux technologies importées.
VIII · Gouvernance et institutions
Presse pluraliste malgré les pressions, 88 radios privées ou communautaires.
Société civile organisée, capable de mobiliser (Front populaire).
Coup d'État du 26 novembre 2025, résultats de la présidentielle jamais proclamés.
PAIGC écarté de la présidentielle avant le scrutin par la Cour suprême.
Opposants en résidence surveillée, sièges de partis fermés, manifestations interdites.
IX · Autonomie stratégique
Réserves de change régionales en amélioration, 4,6 mois d'importations fin 2024.
Ressources naturelles inexploitées, marge de manœuvre potentielle à long terme.
Dépendance à l'aide extérieure pour l'investissement public.
Sécurité intérieure appuyée par une force étrangère, l'ECOMIB.
Décision politique reprise par la voie militaire depuis novembre 2025.
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