Madagascar | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 12 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇲🇬 Madagascar
33,5 millions d’habitants. Premier fournisseur mondial de vanille et pourvoyeur du nickel que réclame l’électrification planétaire. Un régime militaire au pouvoir depuis le coup d’État d’octobre 2025, une Constitution suspendue, et une île que les grandes puissances continuent de courtiser.
SAPERE 2.2 · Une île stratégique gouvernée par une junte, sous perfusion de ses créanciers
Fragile, béquilles multiples
1,9/5
11,95
Coup d’État · crise énergétique · dette sous perfusion
Tendance depuis 2020 : dégradation. Une normalisation macroéconomique s’esquissait après la pandémie ; le coup d’État d’octobre 2025 a fait chuter simultanément la gouvernance, la sécurité et la diplomatie.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la légitimité du pouvoir en place. À 1,9/5, Madagascar se situe parmi les États fragiles à béquilles multiples : sous tutelle budgétaire de ses créanciers et sous tutelle diplomatique de ses médiateurs régionaux.
PIB nominal 2025
~19,6 Mds $
FMI WEO, 2025 · 137e rang mondial sur environ 190 économies
PIB PPA
~64 Mds $
FMI WEO, 2025 · 125e rang mondial · 1,830 $ par habitant en PPA, l’un des plus faibles au monde
Exportations · poids mondial
~0,01 %
~2,5 Mds $ (2025) · vanille, nickel, textile et cobalt
Importations · poids mondial
~0,02 %
~4,8 Mds $ (2024) · carburants, riz, biens d’équipement
En résumé

Le 12 octobre 2025, l’unité d’élite CAPSAT a rejoint des semaines de colère populaire contre les coupures d’eau et d’électricité pour renverser le président Andry Rajoelina. Neuf mois plus tard, le colonel Michael Randrianirina gouverne toujours sous Constitution suspendue, à la tête d’un Conseil de la Présidence pour la Refondation que l’Union africaine continue de tenir à l’écart de ses instances. Le pays reste classé 148e sur 180 à l’indice de perception de la corruption, avec un score de 25 sur 100.

Le paradoxe malgache ne s’arrête pas à la politique. L’île produit près de 80 % de la vanille mondiale et alimente l’électrification planétaire en nickel et en cobalt, mais six habitants sur dix restent privés d’électricité et la situation de la compagnie publique JIRAMA a contraint les autorités à décréter, en avril 2026, l’état d’urgence énergétique. La croissance résiste, autour de 3 % par an, portée par les mines et le tourisme, mais elle ne suffit ni à faire reculer une pauvreté qui touche 80 % de la population, ni à financer un État dont les recettes fiscales plafonnent sous 11 % du PIB.

Madagascar ne s’effondre pas : le calendrier de transition promet un référendum en 2027 et une élection présidentielle fin 2027, la médiation de la SADC reste engagée, et le Fonds monétaire international maintient son appui. Mais la reconstruction institutionnelle se joue désormais sous une double tutelle : celle des bailleurs qui financent l’État, et celle des médiateurs régionaux qui conditionnent son retour dans le concert africain.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
aucun pilier dans cette zone
Sous tension2,5-2,9
Économie et finance 2,7
Fragile1,5-2,4
Autonomie stratégique 2,4Diplomatie, influence et information 2,0Industrie et technologie 1,9Défense et sécurité 1,9Démographie et capital humain 1,8Énergie et ressources 1,6
Innovation et savoir 1,6
En défaillance1,0-1,4
Gouvernance et institutions 1,4
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note.
Qui tient le pays ?
Le colonel Michael Randrianirina et le Conseil de la Présidence pour la Refondation de la République. Le pouvoir se concentre entre les mains du chef de la junte militaire, arrivé par le coup d’État du 12 octobre 2025 et investi par la Haute Cour constitutionnelle le 17 octobre. La Constitution de 2010 est suspendue, tout comme les principales institutions civiles, désormais placées sous l’autorité du Conseil militaire de transition. Le gouvernement lui-même s’est révélé instable : le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo, nommé le 20 octobre 2025, et l’ensemble de son cabinet ont été limogés le 9 mars 2026 sous la pression de la contestation de la génération Z.
Centre de gravité
Le colonel Randrianirina, la Refondation et l’armée. Le pouvoir se décide au sommet militaire plus qu’il ne se négocie entre partis civils.
Vitesse d’exécution
Rapide sur la prise du pouvoir et la mise en place des institutions de transition, beaucoup plus lente sur la reconstruction de l’État : le premier gouvernement a déjà été limogé en bloc.
Test politique
Tenir le calendrier des 24 mois, obtenir la levée de la suspension de l’Union africaine, et contenir la déception d’une jeunesse qui a porté la contestation sans en garder le contrôle.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance élevée et multipolaire. Antananarivo ne dépend d’aucune puissance unique, mais reste sous la tutelle conjointe de ses créanciers multilatéraux, de ses médiateurs régionaux et de puissances qui se disputent son influence minière et désormais électorale.
Échelle de dépendance (● à ●●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance financière, l’exposition institutionnelle et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision d’Antananarivo.
FMI / BANQUE MONDIALE
●●●●●
Financent à eux deux 44 % de la dette publique et conditionnent l’aide budgétaire aux réformes engagées.
Toute rupture de programme fragiliserait immédiatement les finances publiques.
UNION AFRICAINE / SADC
●●●●
Conditionnent la levée de la suspension et la réintégration internationale à une élection présidentielle crédible fin 2027.
Le calendrier de 24 mois peut déraper, comme dans d’autres transitions militaires africaines.
CHINE
●●●
Premier fournisseur (24,7 % des importations), investisseur minier et industriel (usine de panneaux solaires du groupe SANY).
Concentration des importations et des équipements stratégiques.
FRANCE
●●●
Premier client historique (18 % des exportations) et 4e investisseur étranger. La France accueille l’essentiel de la diaspora malgache : 84 % des quelque 185,000 émigrés recensés en 2020 (ONU, AFD), une diaspora mondiale proche de 197,000 personnes en 2024 dont les transferts représentaient environ 2,3 % du PIB malgache.
Relation refroidie depuis l’affaire de la double nationalité de l’ancien président Rajoelina et l’expulsion d’un diplomate français en avril 2026.
ÉTATS-UNIS
●●●
2e client (textile, vanille) : l’accès préférentiel AGOA a été reconduit jusqu’à fin 2026, mais un tarif additionnel de 15 % s’applique désormais en plus, réduisant fortement l’avantage commercial.
Fin possible du régime préférentiel, dont dépendent près de 150,000 emplois directs.
RUSSIE
●● en hausse
Formation de la commission électorale de transition à Moscou, ambitions BRICS affichées par le nouveau pouvoir, rencontre Randrianirina-Poutine.
Influence naissante mais directement ciblée sur l’appareil chargé d’organiser l’élection de sortie de crise.
CORÉE DU SUD (KOMIR)
●●
Coactionnaire historique du complexe minier d’Ambatovy (nickel, cobalt) à hauteur de 46 %, en passe de devenir le seul actionnaire institutionnel stable du site avec le retrait annoncé du japonais Sumitomo en mai 2026.
Un levier concentré sur un seul site industriel, pas une emprise généralisée sur l’économie du pays.
La contradiction diplomatique

Le pouvoir de transition revendique une souveraineté retrouvée face à une Union africaine jugée punitive, tout en laissant la Russie s’installer discrètement dans l’appareil chargé d’organiser l’élection de sortie de crise. Le président affiche des ambitions BRICS et rencontre Vladimir Poutine, pendant que le pays reste budgétairement sous perfusion du FMI et de la Banque mondiale.

Cette tension traverse toute la politique étrangère malgache. Antananarivo veut se poser en île courtisée plutôt qu’en dépendance de personne, mais reste diplomatiquement suspendue des instances continentales dont elle a besoin pour retrouver sa pleine légitimité, et budgétairement incapable de se passer de ses créanciers occidentaux.

Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
PaysProduitsMontantPoids
FranceVanille, crevettes, pierres précieuses~0,45 Md $~18,0 %
États-UnisTextile, vanille, titane, cobalt, nickel~0,39 Md $~15,9 %
ChineMinerais, titane, chrome, zircon~0,20 Md $~8,2 %
JaponNickel (Ambatovy)~0,17 Md $~6,9 %
Pays-BasÉpices, fleurs, cacao~0,15 Md $~6,2 %
Poids sur un total d’environ 2,5 Mds $ d’exportations en 2025 (Comtrade via International Trade Centre / DG Trésor-FMI).
5 premiers fournisseurs
PaysProduitsMontantPoids
ChineÉquipements mécaniques et électriques~1,19 Md $~24,7 %
OmanHydrocarbures~0,65 Md $~13,6 %
FranceMachines, pharmacie, agroalimentaire~0,29 Md $~6,1 %
IndeMédicaments, riz, véhicules~0,26 Md $~5,5 %
PakistanTextile, riz~0,21 Md $~4,4 %
Poids sur un total d’environ 4,8 Mds $ d’importations en 2024 (Comtrade / worldstopexports.com). 🇺🇸 Position États-Unis à l’import : 12e fournisseur, ~1,9 %, essentiellement biens de consommation.
IDE entrants
~413 M $
Flux 2024 (CNUCED, environ 2,4 % du PIB), en léger repli par rapport à 2023 ; stock cumulé d’environ 4,9 Mds $ (28 % du PIB).
Investisseurs
Maurice, Chine, Pays-Bas et France, concentrés sur les secteurs miniers, énergétiques et des télécommunications.
France
4e investisseur étranger (stock de 276,8 M $, 6 % du total) : hydrocarbures (Galana/Rubis, TotalEnergies), télécoms (Orange), banque (BRED) ; plus de 50 filiales pour environ 1 Md € de chiffre d’affaires cumulé.
Quatre tendances structurelles
PIB réel
-7,1 % → +3,2 %
2020 à 2025 (Banque mondiale, BAD) ; ralentissement à +3,0 % attendu en 2026.
Électricité
~39 %
Taux d’accès en 2023 (Banque mondiale), contre 50,6 % en moyenne africaine.
Pauvreté
~80 %
Population sous le seuil de pauvreté international, 2024 (Banque mondiale).
Inflation
~8,4 %
2025 (FMI) ; 7,2 à 9,0 % attendus en 2026 selon les sources.
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre piliers résistent encore à l’effondrement. Cinq fissures profondes empêchent tout redécollage.
4Forces5Failles
Ce qui tient
Madagascar assure environ 80 % de la production mondiale de vanille naturelle, une plante qu’aucune synthèse de laboratoire n’a jamais totalement remplacée dans les palais exigeants.
Cette rente reste volatile, mais elle irrigue tout le Sud-Est de l’île et continue d’attirer des acheteurs qui n’ont pas d’alternative crédible ailleurs dans le monde.
Le japonais Sumitomo a construit et dirigé la mine d’Ambatovy pendant vingt ans.
En mai 2026, il a annoncé la cession de sa part de 54 % à un consortium d’investissement privé, après trois milliards de dollars de pertes cumulées et l’arrêt de la production début 2026 provoqué par le cyclone Gezani.
Le sud-coréen KOMIR reste actionnaire stable à 46 %.
La production doit redémarrer à la mi-2026 : tant que ce site unique tournera, Madagascar gardera un siège, modeste mais réel, à la table mondiale du nickel et du cobalt.
Positionnée au débouché du canal du Mozambique, sur l’une des routes maritimes les plus fréquentées de l’océan Indien, la Grande Île attire les attentions de la France, des États-Unis, de la Chine, de l’Inde et désormais de la Russie.
Cette convoitise multipolaire est un risque de dépendance, mais aussi une carte que le pays peut encore jouer à son avantage, en mettant ses partenaires en concurrence plutôt qu’en se soumettant à un seul.
Plus de 80 % des espèces animales et végétales de l’île n’existent nulle part ailleurs sur Terre, un capital naturel que ni le coup d’État ni la crise énergétique n’ont fait disparaître.
Porté par cette singularité écologique, le tourisme reste l’un des rares secteurs capables de créer des emplois hors des mines et de l’agriculture d’exportation, à condition que la sécurité intérieure et les infrastructures d’accueil suivent.
Ce qui freine
Depuis le coup d’État du 12 octobre 2025, Madagascar est dirigé par un Conseil militaire de transition qui a suspendu la Constitution de 2010 et dissous les principales institutions civiles.
Le premier gouvernement de transition a lui-même été limogé en bloc en mars 2026, signe que la refondation promise peine à se stabiliser.
Le retour à l’ordre constitutionnel n’est prévu, dans le meilleur des cas, qu’à l’automne 2027.
Seuls quatre habitants sur dix ont accès à l’électricité, l’un des taux les plus bas au monde.
La compagnie publique JIRAMA accumule des arriérés proches de 400 à 600 millions de dollars et a contraint le gouvernement à décréter, en avril 2026, un état d’urgence énergétique national.
Le potentiel hydroélectrique du pays, immense, reste exploité à moins de 2 %.
Avec un indice de développement humain de 0,487, Madagascar se classe parmi les trente derniers pays du monde.
Près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
L’indice de capital humain de la Banque mondiale reste l’un des plus faibles de la planète.
C’est cette même jeunesse, confrontée aux coupures d’eau et d’électricité, qui a déclenché les manifestations à l’origine du coup d’État d’octobre 2025.
Les recettes fiscales malgaches ne représentent que 10,9 % du PIB, très en deçà des 15 % jugés indispensables pour financer les infrastructures de base.
La Banque mondiale et le FMI détiennent à eux seuls 44 % de la dette publique.
La suspension de l’aide américaine USAID en janvier 2025 a déjà privé le pays d’un appui majeur en aide d’urgence, en santé et en soutien budgétaire.
Sans cette perfusion extérieure, l’État peinerait à assurer ses fonctions les plus élémentaires.
Dans le Sud et l’Ouest de l’île, des bandes organisées de voleurs de zébus, les dahalo, imposent leur propre économie parallèle, faite d’enlèvements et de rançons.
Les effectifs de l’armée et de la gendarmerie restent trop réduits pour reprendre durablement le contrôle de ces territoires ruraux.
Ce défaut de maîtrise territoriale, loin d’Antananarivo, illustre les limites d’un État qui vient pourtant de démontrer sa capacité à agir vite dans la capitale.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Dérive du calendrier de transition au-delà de 24 mois.
Aggravation de la crise énergétique et nouveaux délestages.
Rupture du programme du FMI.
Durcissement des tarifs américains sur le textile.
Nouvelle vague de contestation de la génération Z.
Approfondissement de l’influence russe sur la commission électorale.
Signaux positifs
Mise en service des centrales de Volobe et Sahofika.
Reconduction durable de l’accès préférentiel américain (AGOA).
Poursuite sans interruption du programme du FMI (FEC/FRD).
Assises multisectorielles et consultations nationales engagées en 2026.
Extension du port de Toamasina proche de son achèvement.
Effets de voisinage
Maurice
Pôle financier et logistique régional, plateforme de réexportation et d’investissements croisés vers Madagascar.
La Réunion
Département français voisin et plateforme logistique, sanitaire et touristique de premier plan : la présence militaire et administrative française dans l’océan Indien s’ancre à quelques centaines de kilomètres des côtes malgaches.
Mozambique
Partage le canal du Mozambique, corridor énergétique et maritime stratégique, exposé aux mêmes risques cycloniques et à l’instabilité régionale.
Choc externe actif
Le conflit au Moyen-Orient et la flambée des cours du pétrole et du fret pèsent directement sur une économie dépendante des hydrocarbures importés pour son électricité et ses transports, et ont contribué à l’état d’urgence énergétique décrété en avril 2026. Les tarifs douaniers américains, redescendus de 47 % à 15 % au cours de l’année 2025, continuent en parallèle de peser sur le textile et la vanille exportés vers les États-Unis.
Les dynamiques structurelles
Le coup d’État et la légitimité qui s’effrite
L’armée n’a pas renversé une révolution, elle l’a absorbée : en rejoignant les manifestants de la génération Z plutôt qu’en les réprimant, CAPSAT s’est offert une légitimité populaire immédiate. Mais cinq mois plus tard, le limogeage du premier gouvernement de transition et la suspension prolongée de la Constitution nourrissent déjà, chez une partie de cette même jeunesse, le sentiment d’avoir changé de geôlier plus que de régime.
La vanille, rente qui parfume sans enrichir
Premier produit d’exportation historique et symbole international du pays, la vanille reste une rente de plantation plus qu’un moteur industriel : elle finance des campagnes agricoles, pas des usines. Sa valeur dépend de cours mondiaux que Madagascar ne maîtrise pas, et sa richesse profite d’abord aux intermédiaires exportateurs plutôt qu’aux petits producteurs du Sud-Est.
Le nickel qui électrifie le monde sans électrifier le pays
Ambatovy exporte chaque année des dizaines de milliers de tonnes de nickel et de cobalt vers les usines de batteries d’Asie et d’Europe, pendant que six Malgaches sur dix vivent sans électricité chez eux. Le paradoxe n’est pas nouveau dans les économies minières africaines, mais il prend, avec l’état d’urgence énergétique d’avril 2026, une actualité particulièrement cruelle.
L’aide internationale, bouée et boulet à la fois
Sans les financements concessionnels du FMI et de la Banque mondiale, l’État malgache ne pourrait ni payer ses fonctionnaires ni entretenir ses routes. Mais cette dépendance transforme chaque conditionnalité extérieure en frontière de souveraineté, et la suspension brutale de l’aide américaine USAID en janvier 2025 a montré combien cette bouée pouvait se dérober sans préavis.
Entre Paris et Moscou, une île qui hésite
La relation avec la France reste la plus dense, historique et économique, mais elle s’est refroidie depuis que le nouveau pouvoir a remis en cause la légitimité de la double nationalité française de l’ancien président Rajoelina, controverse qui a directement mené à l’expulsion d’un diplomate français en avril 2026. Dans le même temps, la nouvelle commission électorale s’est formée à Moscou et le président de la Refondation a rencontré Vladimir Poutine : une bascule prudente, mais surveillée de près par tous les partenaires occidentaux de l’île.
Le zébu, monnaie parallèle d’un Sud que l’État ne tient pas
Dans le Sud et l’Ouest, loin des institutions d’Antananarivo, le zébu reste une réserve de valeur plus fiable que l’ariary : on l’épargne, on le vole, on le rançonne. Le phénomène dahalo n’est pas qu’un problème de sécurité rurale, c’est le symptôme d’un État qui n’a jamais complètement unifié son autorité sur l’ensemble du territoire insulaire.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
L’élection présidentielle a bien lieu fin 2027
Le respect du calendrier des 24 mois montrerait que la Refondation tient ses engagements plutôt que de s’installer durablement, à l’image d’autres transitions militaires africaines.
L’Union africaine lève sa suspension
Ce serait le signal d’une réintégration réussie dans le concert continental, et la fin d’un isolement diplomatique coûteux.
Volobe et Sahofika entrent en service
Ces deux centrales hydroélectriques, à elles seules, pourraient desserrer durablement l’étau énergétique qui pèse sur les ménages et les entreprises.
L’AGOA est prolongé au-delà de 2026
Un accès préférentiel pérenne au marché américain sécuriserait les emplois directs de la filière textile.
La commission électorale rompt ses liens avec Moscou
Ce serait un signe que l’élection de sortie de crise reste sous contrôle exclusivement malgache et régional.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Le calendrier de transition est respecté : référendum en mars 2027, élection présidentielle en octobre 2027, levée de la suspension de l’Union africaine. Volobe et Sahofika entrent en service, l’AGOA est reconduit durablement et la croissance dépasse 5 % par an, portée par les mines et le tourisme.
Scénario défavorable
Le calendrier des 24 mois n’est pas tenu : référendum et élection présidentielle glissent au-delà de fin 2027. Ce dérapage durcit la suspension de l’Union africaine, fragilise puis rompt le programme du FMI, et prive l’État des financements qui auraient permis d’achever Volobe et Sahofika. Privée d’électricité et de perspective électorale, la rue se remobilise, pendant que l’influence russe, déjà installée dans l’appareil électoral, se renforce dans le vide diplomatique laissé par l’Occident.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ni la légitimité du pouvoir du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,9365, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,9/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique : méthode de calcul. P09 = 2,4/5. A fiscal = 2 : recettes fiscales très faibles (10,9 % du PIB) et dépendance chronique à l’aide internationale. B exportations = 3 : panier assez diversifié (nickel, textile, vanille, cobalt, titane) malgré une concentration de marchés. C sécurité = 2 : coup d’État d’octobre 2025, armée devenue acteur politique interne, budget de défense très faible. D réserves et financement = 3 : réserves de change à 6,2 mois d’importations (FMI/BAD, 2025), niveau correct. E décisionnel = 2 : réintégration internationale conditionnée par l’Union africaine et la SADC, ingérence électorale croissante de la Russie. Moyenne : (2 + 3 + 2 + 3 + 2) / 5 = 2,4. Trois sous-indicateurs à 2 ou moins (A, C, E) déclenchent la règle de plafonnement à 2,5, sans effet ici puisque la moyenne (2,4) lui est déjà inférieure.
Sources : ONU DESA et AFD (diaspora, transferts de fonds), FMI (croissance, inflation, dette, réserves), DG Trésor (conjoncture, commerce bilatéral, IDE), Banque mondiale (population, électricité, pauvreté, Gini), CNUCED (IDE), Transparency International, RSF, PNUD, Freedom House, SIPRI et IISS Military Balance (défense), Banque africaine de développement, ISS Africa et ConstitutionNet (transition politique), Coface et Le Moci (risque pays, commerce extérieur), Sumitomo Corporation, ministère malgache des Mines et presse spécialisée (Mysteel, Forbes Afrique, L’Express Madagascar) pour la recomposition actionnariale d’Ambatovy, Digigasy pour la comparaison tarifaire fibre/Starlink. Les valeurs commerciales sont présentées en dollars courants.

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