SAPERE · Les Forces et les FaillesMadagascar · données arrêtées au 18 septembre 2026, révisé le 19 septembre 2026 · tendance depuis 2020
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Madagascar

Profil géopolitique

Une île que les puissances courtisent, un État sous perfusion de ses créanciers.

2,0/5Fragile et dépendant↘ dégradation depuis 2020

33,5 millions d'habitants. L'île parfume les desserts du monde entier et fournit le nickel et le cobalt des batteries, mais la plupart de ses habitants s'éclairent encore sans électricité.

Depuis octobre 2025, un colonel la gouverne, Constitution suspendue. L'Afrique australe l'a reçu, l'Union africaine pas encore, et les créanciers attendent.

La situation
Une île courtisée, un État qui ne tient pas seul

Paris, Washington, Pékin et désormais Moscou se disputent les attentions de la Grande Île. Mais l'État vit de ses bailleurs, l'électricité manque, et le pouvoir sort d'un coup d'État.

La trajectoire
Huit piliers reculent, aucun ne progresse

La reprise d'après la pandémie a été cassée par le choc politique de 2025. Seule l'innovation reste stable, à un niveau très bas ; la gouvernance tombe en défaillance.

La faille décisive
La lumière qui ne s'allume pas

C'est la colère contre les coupures d'eau et de courant qui a renversé le pouvoir précédent. Le nouveau hérite du même réseau, de la même compagnie en faillite, et de la même jeunesse.

Ce qui entre, ce qui sort, et par où

Des épices et des minerais qui partent vers l'Occident et l'Asie, des machines chinoises et du carburant d'Oman qui arrivent, et des créanciers qui financent l'État.
ACHETEURS ET RELAIS FOURNISSEURS ET GARANTS Madagascar Antananarivo France premier client, vanille et crevettes ; la diaspora renvoie ses transferts États-Unis textile de zone franche, sous régime préférentiel fragile Japon et Corée du Sud nickel et cobalt d’Ambatovy, la mine de Moramanga Chine premier fournisseur, machines et panneaux solaires Oman carburants des centrales et des transports FMI et Banque mondiale premiers créanciers, versements du Fonds en suspens SADC et Russie reconnaissance régionale ; offre électorale russe
Schéma des dépendances : positions et distances non proportionnelles. Chaque flèche suit le sens du flux ; la double flèche marque un lien réciproque, les ventes partant vers la France quand les transferts de la diaspora en reviennent. Les traits pointillés signalent des relations sans flux actif : versements du Fonds suspendus, reconnaissance et offre sans engagement financier.

Ce qui décrit le modèle

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres qui racontent l'île elle-même.
PIB nominal
~19,6 Mds $
2025 · 137e rang mondial sur environ 190 économies · FMI
PIB en parité de pouvoir d'achat
~64 Mds $
2025 · 125e rang mondial · FMI
Exportations · poids mondial
~0,01 %
~2,5 Mds $ en 2025 · vanille, nickel, textile, cobalt
Importations · poids mondial
~0,02 %
~4,8 Mds $ en 2024 · carburants, riz, biens d'équipement
Vanille naturelle
~80 %
de la production mondiale · une position dominante
Recettes fiscales
10,9 % du PIB
loin des 15 % jugés nécessaires pour financer les services de base
Dette extérieure détenue par la Banque mondiale, le FMI et la BAD
>50 %
selon la loi de finances 2026, via L'Express de Madagascar · trois créanciers qui fixent les conditions

Qui achète, qui fournit

L'Occident achète les épices et le textile, l'Asie fournit les machines, le Golfe le carburant.
Premiers clients · parts 2025, Comtrade via l'International Trade Centre, DG Trésor
RangPaysCe qu'il achètePart des exportations
1FranceVanille, crevettes, pierres précieuses~18,0 %
2États-UnisTextile, vanille, titane, cobalt, nickel~15,9 %
3ChineMinerais, titane, chrome, zircon~8,2 %
4JaponNickel d'Ambatovy~6,9 %
5Pays-BasÉpices, fleurs, cacao~6,2 %
Deux clients occidentaux en tête, et deux lignes de nature différente : la France achète surtout des produits agricoles et de la mer, les États-Unis du textile cousu en zone franche. La Chine et le Japon, eux, achètent des minerais que l'île n'a pas transformés.
Premiers fournisseurs · parts 2024, Comtrade
RangPaysCe qu'il vendPart des importations
1ChineÉquipements mécaniques et électriques~24,7 %
2OmanHydrocarbures~13,6 %
3FranceMachines, pharmacie, agroalimentaire~6,1 %
4IndeMédicaments, riz, véhicules~5,5 %
5PakistanTextile, riz~4,4 %
La Chine fournit de loin le plus, et le carburant d'Oman fait tourner à la fois les camions et une grande partie des centrales. Les États-Unis, deuxième client, ne sont que le douzième fournisseur, avec surtout des biens de consommation.

Quatre repères structurels

La couleur dit le sens pour le pays, pas celui de la flèche.
Un seul de ces repères se lit dans le temps. L'activité a rebondi depuis la pandémie ; les trois autres sont des photographies de l'année la plus récente, qui disent ce qui manque aujourd'hui : la lumière, le revenu et la stabilité des prix.

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020
Faire défiler la matrice vers la droite pour lire les tendances.
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Sous tension structurelle2,5-2,9↘Autonomie stratégique 2,5↘Économie et finance 2,5
Fragile et dépendant1,5-2,4↘Défense et sécurité 2,2↘Diplomatie, influence et information 2,0↘Industrie et technologie 1,9↘Démographie et capital humain 1,8↘Énergie et ressources 1,6→Innovation et savoir 1,6
Défaillance critique1,0-1,4↘Gouvernance et institutions 1,4
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n'atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0) ni « Résilient sous contrainte » (3,0-3,9).
Huit piliers reculent, un reste stable, aucun ne progresse. Les plus bas : gouvernance 1,4, puis énergie 1,6 et innovation 1,6. Le score global de 2,0 résulte de la somme pondérée de ces neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeSous tension structurelle↘La croissance résiste ; l'État manque de recettes, et le Fonds a suspendu ses versements.
Ce qui tient
La croissance est restée positive malgré le coup d'État, le cyclone Gezani et le choc pétrolier.
La dette publique est pour l'essentiel concessionnelle : des taux faibles, des échéances longues.
Ce qui fragilise
Le programme du FMI reste ouvert, mais son conseil a retiré le dossier de l'ordre du jour du 17 juillet 2026, faute d'accord sur le gel des prix des carburants.
Le revenu par habitant compte parmi les plus bas au monde, et S&P a placé la note souveraine sous surveillance négative.
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↘Des minerais qui partent bruts, des vêtements cousus pour l'Amérique.
Ce qui tient
Le textile reste le premier employeur du pays : plus de 400,000 emplois directs et indirects, selon le Département américain du Commerce.
La filière minière couvre le nickel, le cobalt, le titane et le graphite, et s'ouvre aux terres rares.
Ce qui fragilise
Les minerais quittent l'île presque sans transformation locale.
L'AGOA, reconduit rétroactivement jusqu'au 31 décembre 2026, attend un nouveau vote du Congrès, et un tarif américain de 15 % s'y ajoute.
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant↘Une jeunesse nombreuse, mal armée pour le travail.
Ce qui tient
L'âge médian avoisine 19 ans : le dividende démographique reste possible.
Le système éducatif francophone garde une réputation dans la sous-région.
Ce qui fragilise
L'indice de développement humain de 0,487 classe le pays 177e sur 193, selon le PNUD.
La fécondité reste proche de quatre enfants par femme, et l'indice de capital humain de la Banque mondiale compte parmi les plus bas au monde.
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Reçu par ses voisins, tenu à l'écart par l'Union africaine.
Ce qui tient
Le chef de la transition a été reçu au sommet de la SADC à Durban, en août 2026 ; le président sud-africain y a parlé de reconnaissance, selon Newsmada.
Emmanuel Macron a reçu le colonel Randrianirina à l'Élysée à la mi-septembre 2026.
Ce qui fragilise
L'Union africaine maintient la suspension prononcée le 15 octobre 2025.
Une offre russe d'assistance électorale est en cours d'examen par la commission électorale, selon L'Express de Madagascar.
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↘L'île électrifie le monde, pas ses propres foyers.
Ce qui tient
Le potentiel hydroélectrique est immense ; les barrages de Volobe et Sahofika sont en préparation, le premier en bouclage financier, le second avec sa route d'accès en chantier.
La mine de nickel et de cobalt d'Ambatovy a repris sa production en juin 2026, après quatre mois d'arrêt.
Ce qui fragilise
La JIRAMA accumule des arriérés de plusieurs centaines de millions de dollars ; un état d'urgence énergétique a été décrété en avril 2026.
Le pays n'a pas de réseau électrique national : ses villes vivent sur des réseaux locaux isolés.
VIDéfense et sécuritéFragile et dépendant↘Pas de guerre, mais un territoire trop vaste pour des forces trop minces.
Ce qui tient
Aucun conflit armé ni insurrection ne menace l'État central, qui tient la capitale et les grands axes.
La gendarmerie et les forces spéciales sont mobilisées contre le banditisme rural.
Ce qui fragilise
Des effectifs réduits et un budget très faible pour une île de 587,000 km² : l'État est peu présent hors des villes et des grands axes.
Dans le Sud et l'Ouest, les dahalo imposent vols de zébus, enlèvements et rançons, et la gendarmerie ne reprend pas ces zones durablement.
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Quelques pousses numériques, presque aucune recherche.
Ce qui tient
Les centres d'appels et les services numériques externalisés recrutent à Antananarivo.
La fibre optique y coûte près de trois fois moins cher que l'internet par satellite, une rareté sur le continent.
Ce qui fragilise
Les dépenses de recherche sont quasi nulles.
Les diplômés partent à l'étranger ou vers le secteur informel.
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Une Constitution suspendue, des institutions à reconstruire.
Ce qui tient
La médiation régionale et les consultations nationales, confiées aux Églises, ouvrent un dialogue.
La société civile et la jeunesse de la génération Z restent actives dans le débat public.
Ce qui fragilise
Le pays se classe 148e sur 180 à l'indice de perception de la corruption de Transparency International.
Le premier gouvernement de transition a été limogé en bloc en mars 2026, cinq mois après sa nomination.
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle↘Des partenaires nombreux, une souveraineté empruntée.
Ce qui tient
Les exportations mêlent nickel, textile, vanille, cobalt et titane, et les réserves de change couvrent plus de six mois d'importations, selon le FMI.
Aucun garant militaire étranger : la sécurité du pays ne dépend ni d'une base ni d'un tuteur extérieur.
Ce qui fragilise
L'État dépend des bailleurs pour se financer, et de médiateurs extérieurs pour retrouver sa place.
En avril 2026, l'île a retiré l'autorisation de survol de l'avion du président taïwanais ; Taipei accuse Pékin de pressions, Antananarivo invoque la politique d'une seule Chine.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Quatre appuis, cinq fissures

Une rente, un sous-sol, une mer et une nature que nul ne peut délocaliser ; un État, un réseau, une jeunesse, un budget et un Sud qui lâchent.
Ce qui tient
FORCE 01

La vanille dont le monde ne sait pas se passer

Aucune synthèse de laboratoire n'a remplacé la gousse dans les palais exigeants, et aucun autre pays ne produit à cette échelle.

La rente est volatile et profite d'abord aux exportateurs, mais elle irrigue tout le Sud-Est et attire des acheteurs qui trouvent peu d'alternatives à cette échelle.

FORCE 02

Le nickel et le cobalt que les batteries réclament

Le japonais Sumitomo a signé en mai 2026 la cession de sa part d'Ambatovy, après des milliards de pertes ; la clôture était attendue d'ici fin septembre, et le coréen KOMIR reste au capital.

La production a repris en juin. Tant que ce site unique tournera, l'île gardera un siège, modeste mais réel, à la table mondiale des métaux de la transition.

FORCE 03

Une mer que les puissances viennent courtiser

Posée au débouché du canal du Mozambique, la Grande Île attire la France, les États-Unis, la Chine et désormais la Russie.

Depuis que les Houthis resserrent leur emprise autour du détroit de Bab-el-Mandeb, les routes qui contournent l'Afrique pèsent davantage, et ses eaux avec elles. Mettre ces partenaires en concurrence reste une carte à jouer.

FORCE 04

Une nature que la crise n'efface pas

L'immense majorité des espèces de l'île n'existent nulle part ailleurs. Ni le coup d'État ni les délestages n'ont entamé ce capital.

Le tourisme qu'il porte reste l'un des rares secteurs capables de créer des emplois hors des mines et des plantations, si la sécurité et l'accueil suivent.

Ce qui freine
FAILLE 01

Un État qui gouverne sans Constitution

Le Conseil de la Présidence pour la Refondation a suspendu la Constitution de 2010. Le premier gouvernement de transition a été limogé en bloc, et le calendrier électoral annoncé en août a été nuancé par le chef de l'État lui-même dès son retour de Durban, selon L'Express de Madagascar.

Le retour à l'ordre constitutionnel n'est promis, au mieux, que pour la fin de 2027.

FAILLE 02

La lumière qui ne s'allume pas

La JIRAMA, compagnie publique d'électricité et d'eau, vit de fioul importé et d'arriérés. Il n'existe pas de réseau national : chaque ville a le sien.

Le téléphérique d'Antananarivo, inauguré en août 2025, est à l'arrêt depuis un an. Le symbole dit tout d'un pays qui construit des vitrines avant des centrales.

FAILLE 03

Une jeunesse qui grandit sans école ni emploi

L'économie formelle n'absorbe qu'une petite partie des jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

C'est cette jeunesse, excédée par les coupures, qui a déclenché en septembre 2025 le mouvement que l'armée a ensuite repris à son compte.

FAILLE 04

Un État sous perfusion budgétaire

Les prêts concessionnels du Fonds et de la Banque mondiale portent une part essentielle de l'investissement public et de l'appui au budget.

Or la perfusion peut se couper : l'aide américaine s'est arrêtée net en janvier 2025, et le Fonds retient ses versements depuis juillet, dans l'attente d'un accord sur les prix des carburants.

FAILLE 05

Le zébu vaut plus cher volé que vendu

Dans le Sud et l'Ouest, les dahalo imposent leur économie parallèle, faite d'enlèvements et de rançons.

L'armée et la gendarmerie, trop minces, ne tiennent pas ces territoires. Le pouvoir qui a su agir vite dans la capitale n'a jamais unifié son autorité sur l'île entière.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Un colonel, une refondation promise, et une île qui dépend de ses créanciers et de ses voisins pour retrouver sa légitimité.

À l'intérieur

Le 12 octobre 2025, l'unité d'élite CAPSAT a rejoint des semaines de colère contre les coupures d'eau et de courant, et le président Andry Rajoelina a fui. Le colonel Michael Randrianirina a été investi le 17 octobre.

Onze mois plus tard, il gouverne toujours sans Constitution. Son premier Premier ministre a été limogé en mars avec tout le gouvernement.

Le second, Mamitiana Rajaonarison, ancien gendarme, dirigeait le service de renseignement financier. Les candidats ministres passent désormais au détecteur de mensonges.

Le pouvoir se décide au sommet militaire plus qu'il ne se négocie entre partis. Les Églises conduisent la concertation nationale ; les élections viendront après.

Décision rapideLa prise du pouvoir et l'installation des institutions de transition.
Décision lenteLa reconstruction de l'État, l'électricité et le calendrier électoral.
Test politiqueTenir la promesse d'une transition de deux ans sans perdre la jeunesse qui l'a portée.

À l'extérieur

Antananarivo ne dépend d'aucune puissance unique : la Chine vend, la France achète et accueille la diaspora.

Les États-Unis ouvrent leur marché au textile et financent désormais le développement du projet de terres rares d'Ampasindava, selon l'agence américaine de financement du développement.

Les deux créanciers multilatéraux tiennent le budget. Le FMI a rouvert son programme au printemps, puis suspendu ses versements en juillet, selon L'Express de Madagascar.

La SADC a reçu le colonel à son sommet d'août, et son président en exercice y a parlé de reconnaissance ; l'Union africaine le tient toujours à l'écart. Paris, refroidi au printemps par l'expulsion d'un diplomate, a reçu le colonel à l'Élysée à la mi-septembre, selon Newsmada.

Moscou a proposé une assistance à la commission électorale : une offre écrite, des agents formés en Russie, aucun accord signé.

De quoi dépend Madagascar ?Des prêts du Fonds et de la Banque mondiale, du carburant d'Oman, des machines chinoises et du marché américain pour son textile.
Quelles alternatives ?Les barrages de Volobe et Sahofika pour l'électricité, les terres rares et le graphite pour les exportations.
Choc externe actifLa guerre au Moyen-Orient a fait flamber le pétrole et le fret, et contribué à l'état d'urgence énergétique d'avril 2026. Depuis le 11 septembre, les gains houthis autour du détroit de Bab-el-Mandeb ajoutent un risque sur le fret.
Ce que Madagascar peut opposerSa position sur le canal du Mozambique, sa position dominante sur la vanille et la rivalité entre ses courtisans.
Ce qui amortitDes réserves de change de plus de six mois et une dette surtout concessionnelle.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Budget et detteFMI et Banque mondiale●●●●●Le financement de l'État et les réformes exigées en contrepartie ; les versements du Fonds attendent un accord sur les prix des carburants.
LégitimitéUnion africaine et SADC●●●●L'Union africaine tient la suspension, levée contre une élection crédible ; la SADC accompagne la transition par sa médiation.
Biens et équipementsChine●●●Le premier fournisseur, des investissements miniers et industriels, et des pressions économiques que Taipei l'accuse d'avoir exercées en avril 2026.
Marché, diaspora et aideFrance●●●Le premier client, la plus grande diaspora, plus de cinquante filiales et le financement annoncé du barrage de Volobe.
Textile et terres raresÉtats-Unis●●●L'accès préférentiel du premier employeur du pays, et le financement du développement d'un projet de terres rares.
CarburantsOman●●●Le deuxième fournisseur : les hydrocarbures des transports et d'une grande partie des centrales thermiques.
Appareil électoralRussie●●Une offre d'assistance à la commission électorale, des formations à Moscou et des ambitions affichées vers les BRICS.
Nickel et cobaltCorée du Sud●●Une participation au capital d'Ambatovy : un levier concentré sur un seul site.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, dépendance financière, exposition institutionnelle et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Une île sans frontière terrestre, mais entourée de voisins qui comptent : un pôle financier, un département français et une rive africaine.
Comores Mayotte La Réunion Maurice MADAGASCAR MOZAMBIQUE Océan Indien Ampasindava Terres rares du nord-ouest, soutenues par Washington. Antananarivo La capitale, où se décide et se conteste le pouvoir. Toamasina et Moramanga Port en extension, mine et usine de nickel reliées par un pipeline. Le Grand Sud Sécheresse annoncée, vols de zébus et rançons des dahalo. Canal du Mozambique Le couloir maritime entre l’Afrique et la Grande Île. Projection Equal Earth · contours Natural Earth simplifiés · îles voisines figurées par des symboles MADAGASCAR MOZAMBIQUE
Madagascar figure en bleu, le Mozambique en gris ; les îles voisines sont figurées par des symboles. Les cartouches situent les lieux qui portent le diagnostic : la capitale, le couloir minier de l'Est, les terres rares du Nord-Ouest et le Grand Sud.
MauricePôle financier et logistique de la région, plateforme de réexportation et l'un des premiers investisseurs étrangers dans la Grande Île.
La RéunionDépartement français voisin : la présence militaire, sanitaire et administrative de la France s'ancre à quelques centaines de kilomètres des côtes malgaches.
ComoresL'archipel voisin, au nord du canal : le groupe malgache Axian y détient l'opérateur mobile dominant, et les deux pays siègent ensemble à la Commission de l'océan Indien.
MozambiqueL'autre rive du canal, corridor énergétique et maritime exposé aux mêmes cyclones et à l'instabilité régionale.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui, s'ils se produisaient, feraient bouger le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
Scrutin

L'élection présidentielle a bien lieu avant la fin de 2027

Le respect du calendrier montrerait que la Refondation tient parole plutôt que de s'installer, comme d'autres transitions militaires du continent.

FMI

Le Fonds achève ses revues et reprend ses versements

Le retour des financements desserrerait la trésorerie de l'État, au prix d'une hausse des carburants politiquement risquée.

UA

L'Union africaine lève sa suspension

Ce serait la fin d'un isolement diplomatique coûteux, et le signe d'une réintégration réussie.

Énergie

Volobe et Sahofika entrent en service

Ces deux centrales pourraient desserrer durablement l'étau énergétique qui pèse sur les ménages et les entreprises.

AGOA

L'accès préférentiel américain est prolongé au-delà de 2026

Il sécuriserait les emplois du textile, premier employeur du pays.

Russie

La commission électorale écarte l'offre de Moscou

Ce serait lever un doute sur l'indépendance technique du scrutin de sortie de crise.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui ne demande aucune décision pour se réaliser.
Trajectoire favorable

La refondation tient parole

Un premier scrutin sur la Constitution se tient à partir de juillet 2027, l'élection présidentielle avant la fin de l'année, et l'Union africaine lève sa suspension.

Volobe et Sahofika entrent en service, l'accès au marché américain est reconduit durablement, et la croissance dépasse 5 % par an, portée par les mines et le tourisme.

Trajectoire centrale

La transition tient sans convaincre

La SADC accompagne, l'Union africaine attend, et le premier scrutin glisse de quelques mois sans rompre le calendrier. Le Fonds finit par verser, contre un retour progressif à la vérité des prix à la pompe.

Les délestages continuent, la croissance reste trop faible pour faire reculer la pauvreté. C'est la trajectoire qui se réalise si personne ne décide rien.

Trajectoire défavorable

Le calendrier qui glisse

Le scrutin et la présidentielle glissent au-delà de 2027. L'Union africaine durcit sa position, le programme du Fonds se rompt, et l'État perd les financements des barrages.

Privée de courant et de perspective électorale, la rue se remobilise, pendant que l'influence russe, déjà en contact avec l'appareil électoral, gagne le terrain laissé par l'Occident.

Méthodologie et sources

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.

Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.

Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Comment on arrive à 2,0. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,9600.

C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,0 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.

La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Sources principales : Fonds monétaire international, FMI (mission d’avril 2026), Banque mondiale, Banque mondiale (accès à l’électricité), DG Trésor, Transparency International, PNUD, Reporters sans frontières, Freedom House, SIPRI, ONU DESA (diaspora), DFC (Ampasindava), L'Express de Madagascar (FMI), L'Express de Madagascar (calendrier électoral), L'Express de Madagascar (commission électorale), Newsmada (sommet de Durban), Newsmada (Élysée), Madagascar-Tribune (AGOA).

Les points d'attention assumés : les emplois du textile varient fortement selon les sources et le périmètre retenu ; le calendrier électoral n'était pas arrêté à la date de la fiche.

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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