Madagascar
Une île que les puissances courtisent, un État sous perfusion de ses créanciers.
33,5 millions d'habitants. L'île parfume les desserts du monde entier et fournit le nickel et le cobalt des batteries, mais la plupart de ses habitants s'éclairent encore sans électricité.
Depuis octobre 2025, un colonel la gouverne, Constitution suspendue. L'Afrique australe l'a reçu, l'Union africaine pas encore, et les créanciers attendent.
Paris, Washington, Pékin et désormais Moscou se disputent les attentions de la Grande Île. Mais l'État vit de ses bailleurs, l'électricité manque, et le pouvoir sort d'un coup d'État.
La reprise d'après la pandémie a été cassée par le choc politique de 2025. Seule l'innovation reste stable, à un niveau très bas ; la gouvernance tombe en défaillance.
C'est la colère contre les coupures d'eau et de courant qui a renversé le pouvoir précédent. Le nouveau hérite du même réseau, de la même compagnie en faillite, et de la même jeunesse.
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Ce qui décrit le modèle
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | France | Vanille, crevettes, pierres précieuses | ~18,0 % |
| 2 | États-Unis | Textile, vanille, titane, cobalt, nickel | ~15,9 % |
| 3 | Chine | Minerais, titane, chrome, zircon | ~8,2 % |
| 4 | Japon | Nickel d'Ambatovy | ~6,9 % |
| 5 | Pays-Bas | Épices, fleurs, cacao | ~6,2 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Équipements mécaniques et électriques | ~24,7 % |
| 2 | Oman | Hydrocarbures | ~13,6 % |
| 3 | France | Machines, pharmacie, agroalimentaire | ~6,1 % |
| 4 | Inde | Médicaments, riz, véhicules | ~5,5 % |
| 5 | Pakistan | Textile, riz | ~4,4 % |
Quatre repères structurels
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle↘La croissance résiste ; l'État manque de recettes, et le Fonds a suspendu ses versements.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↘Des minerais qui partent bruts, des vêtements cousus pour l'Amérique.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant↘Une jeunesse nombreuse, mal armée pour le travail.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Reçu par ses voisins, tenu à l'écart par l'Union africaine.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↘L'île électrifie le monde, pas ses propres foyers.+
VIDéfense et sécuritéFragile et dépendant↘Pas de guerre, mais un territoire trop vaste pour des forces trop minces.+
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant→Quelques pousses numériques, presque aucune recherche.+
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Une Constitution suspendue, des institutions à reconstruire.+
IXAutonomie stratégiqueSous tension structurelle↘Des partenaires nombreux, une souveraineté empruntée.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Quatre appuis, cinq fissures
La vanille dont le monde ne sait pas se passer
Aucune synthèse de laboratoire n'a remplacé la gousse dans les palais exigeants, et aucun autre pays ne produit à cette échelle.
La rente est volatile et profite d'abord aux exportateurs, mais elle irrigue tout le Sud-Est et attire des acheteurs qui trouvent peu d'alternatives à cette échelle.
Le nickel et le cobalt que les batteries réclament
Le japonais Sumitomo a signé en mai 2026 la cession de sa part d'Ambatovy, après des milliards de pertes ; la clôture était attendue d'ici fin septembre, et le coréen KOMIR reste au capital.
La production a repris en juin. Tant que ce site unique tournera, l'île gardera un siège, modeste mais réel, à la table mondiale des métaux de la transition.
Une mer que les puissances viennent courtiser
Posée au débouché du canal du Mozambique, la Grande Île attire la France, les États-Unis, la Chine et désormais la Russie.
Depuis que les Houthis resserrent leur emprise autour du détroit de Bab-el-Mandeb, les routes qui contournent l'Afrique pèsent davantage, et ses eaux avec elles. Mettre ces partenaires en concurrence reste une carte à jouer.
Une nature que la crise n'efface pas
L'immense majorité des espèces de l'île n'existent nulle part ailleurs. Ni le coup d'État ni les délestages n'ont entamé ce capital.
Le tourisme qu'il porte reste l'un des rares secteurs capables de créer des emplois hors des mines et des plantations, si la sécurité et l'accueil suivent.
Un État qui gouverne sans Constitution
Le Conseil de la Présidence pour la Refondation a suspendu la Constitution de 2010. Le premier gouvernement de transition a été limogé en bloc, et le calendrier électoral annoncé en août a été nuancé par le chef de l'État lui-même dès son retour de Durban, selon L'Express de Madagascar.
Le retour à l'ordre constitutionnel n'est promis, au mieux, que pour la fin de 2027.
La lumière qui ne s'allume pas
La JIRAMA, compagnie publique d'électricité et d'eau, vit de fioul importé et d'arriérés. Il n'existe pas de réseau national : chaque ville a le sien.
Le téléphérique d'Antananarivo, inauguré en août 2025, est à l'arrêt depuis un an. Le symbole dit tout d'un pays qui construit des vitrines avant des centrales.
Une jeunesse qui grandit sans école ni emploi
L'économie formelle n'absorbe qu'une petite partie des jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.
C'est cette jeunesse, excédée par les coupures, qui a déclenché en septembre 2025 le mouvement que l'armée a ensuite repris à son compte.
Un État sous perfusion budgétaire
Les prêts concessionnels du Fonds et de la Banque mondiale portent une part essentielle de l'investissement public et de l'appui au budget.
Or la perfusion peut se couper : l'aide américaine s'est arrêtée net en janvier 2025, et le Fonds retient ses versements depuis juillet, dans l'attente d'un accord sur les prix des carburants.
Le zébu vaut plus cher volé que vendu
Dans le Sud et l'Ouest, les dahalo imposent leur économie parallèle, faite d'enlèvements et de rançons.
L'armée et la gendarmerie, trop minces, ne tiennent pas ces territoires. Le pouvoir qui a su agir vite dans la capitale n'a jamais unifié son autorité sur l'île entière.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Le 12 octobre 2025, l'unité d'élite CAPSAT a rejoint des semaines de colère contre les coupures d'eau et de courant, et le président Andry Rajoelina a fui. Le colonel Michael Randrianirina a été investi le 17 octobre.
Onze mois plus tard, il gouverne toujours sans Constitution. Son premier Premier ministre a été limogé en mars avec tout le gouvernement.
Le second, Mamitiana Rajaonarison, ancien gendarme, dirigeait le service de renseignement financier. Les candidats ministres passent désormais au détecteur de mensonges.
Le pouvoir se décide au sommet militaire plus qu'il ne se négocie entre partis. Les Églises conduisent la concertation nationale ; les élections viendront après.
À l'extérieur
Antananarivo ne dépend d'aucune puissance unique : la Chine vend, la France achète et accueille la diaspora.
Les États-Unis ouvrent leur marché au textile et financent désormais le développement du projet de terres rares d'Ampasindava, selon l'agence américaine de financement du développement.
Les deux créanciers multilatéraux tiennent le budget. Le FMI a rouvert son programme au printemps, puis suspendu ses versements en juillet, selon L'Express de Madagascar.
La SADC a reçu le colonel à son sommet d'août, et son président en exercice y a parlé de reconnaissance ; l'Union africaine le tient toujours à l'écart. Paris, refroidi au printemps par l'expulsion d'un diplomate, a reçu le colonel à l'Élysée à la mi-septembre, selon Newsmada.
Moscou a proposé une assistance à la commission électorale : une offre écrite, des agents formés en Russie, aucun accord signé.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Budget et dette | FMI et Banque mondiale | ●●●●● | Le financement de l'État et les réformes exigées en contrepartie ; les versements du Fonds attendent un accord sur les prix des carburants. |
| Légitimité | Union africaine et SADC | ●●●● | L'Union africaine tient la suspension, levée contre une élection crédible ; la SADC accompagne la transition par sa médiation. |
| Biens et équipements | Chine | ●●● | Le premier fournisseur, des investissements miniers et industriels, et des pressions économiques que Taipei l'accuse d'avoir exercées en avril 2026. |
| Marché, diaspora et aide | France | ●●● | Le premier client, la plus grande diaspora, plus de cinquante filiales et le financement annoncé du barrage de Volobe. |
| Textile et terres rares | États-Unis | ●●● | L'accès préférentiel du premier employeur du pays, et le financement du développement d'un projet de terres rares. |
| Carburants | Oman | ●●● | Le deuxième fournisseur : les hydrocarbures des transports et d'une grande partie des centrales thermiques. |
| Appareil électoral | Russie | ●● | Une offre d'assistance à la commission électorale, des formations à Moscou et des ambitions affichées vers les BRICS. |
| Nickel et cobalt | Corée du Sud | ●● | Une participation au capital d'Ambatovy : un levier concentré sur un seul site. |
Ce que la géographie impose
Ce qui changerait la donne
L'élection présidentielle a bien lieu avant la fin de 2027
Le respect du calendrier montrerait que la Refondation tient parole plutôt que de s'installer, comme d'autres transitions militaires du continent.
Le Fonds achève ses revues et reprend ses versements
Le retour des financements desserrerait la trésorerie de l'État, au prix d'une hausse des carburants politiquement risquée.
L'Union africaine lève sa suspension
Ce serait la fin d'un isolement diplomatique coûteux, et le signe d'une réintégration réussie.
Volobe et Sahofika entrent en service
Ces deux centrales pourraient desserrer durablement l'étau énergétique qui pèse sur les ménages et les entreprises.
L'accès préférentiel américain est prolongé au-delà de 2026
Il sécuriserait les emplois du textile, premier employeur du pays.
La commission électorale écarte l'offre de Moscou
Ce serait lever un doute sur l'indépendance technique du scrutin de sortie de crise.
À cinq ans · 2026-2031
La refondation tient parole
Un premier scrutin sur la Constitution se tient à partir de juillet 2027, l'élection présidentielle avant la fin de l'année, et l'Union africaine lève sa suspension.
Volobe et Sahofika entrent en service, l'accès au marché américain est reconduit durablement, et la croissance dépasse 5 % par an, portée par les mines et le tourisme.
La transition tient sans convaincre
La SADC accompagne, l'Union africaine attend, et le premier scrutin glisse de quelques mois sans rompre le calendrier. Le Fonds finit par verser, contre un retour progressif à la vérité des prix à la pompe.
Les délestages continuent, la croissance reste trop faible pour faire reculer la pauvreté. C'est la trajectoire qui se réalise si personne ne décide rien.
Le calendrier qui glisse
Le scrutin et la présidentielle glissent au-delà de 2027. L'Union africaine durcit sa position, le programme du Fonds se rompt, et l'État perd les financements des barrages.
Privée de courant et de perspective électorale, la rue se remobilise, pendant que l'influence russe, déjà en contact avec l'appareil électoral, gagne le terrain laissé par l'Occident.
Une île que tout le monde courtise et que personne ne porte
La grille ne trouve ici que deux piliers au-dessus de la fragilité : une économie qui croît encore, et une autonomie qui tient à la diversité de ses exportations et de ses partenaires. Tout le reste cède, et la gouvernance tombe en défaillance.
Madagascar illustre un paradoxe que connaissent d’autres économies minières du continent, poussé ici jusqu’à la caricature : l’île fournit les métaux de l’électrification mondiale et reste plongée dans le noir.
En rejoignant la jeunesse plutôt qu’en la réprimant, l’armée a pris la tête d’un mouvement qu’elle n’avait pas lancé.
Onze mois plus tard, une partie de cette jeunesse doute de la nature du changement : une transition vers des élections, ou l’installation d’un nouveau pouvoir.
L’île se veut courtisée plutôt que dépendante. Mais elle reste budgétairement suspendue à ses créanciers, diplomatiquement suspendue par l’Union africaine, et électriquement suspendue au fioul importé.
La concurrence de ses courtisans est sa seule marge, et elle a un prix. En avril, l’île a fermé son ciel à l’avion du président taïwanais, sous la pression de Pékin selon Taipei ; Moscou, de son côté, propose son aide à la commission électorale.
Le diagnostic est falsifiable. Le premier fait qui démentirait la trajectoire centrale ne serait ni un nouveau record de vanille ni une nouvelle mine.
Ce serait une élection présidentielle tenue avant la fin de 2027, dont le résultat serait accepté par ceux qui l’ont perdue.
Madagascar prête son nickel au monde et emprunte sa lumière au fioul.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 2,0. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,9600.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,0 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : les emplois du textile varient fortement selon les sources et le périmètre retenu ; le calendrier électoral n'était pas arrêté à la date de la fiche.
Afrique de l’Est et océan Indien : les fiches Forces & Failles. Comores · Djibouti · Érythrée · Éthiopie · Kenya · Madagascar · Maurice · Ouganda · Rwanda · Seychelles · Somalie · Soudan · Soudan du Sud · Tanzanie · Tout le continent
Le 12 octobre 2025, l’unité d’élite CAPSAT a rejoint des semaines de colère populaire contre les coupures d’eau et d’électricité pour renverser le président Andry Rajoelina. Onze mois plus tard, le colonel Michael Randrianirina gouverne toujours sous Constitution suspendue, à la tête d’un Conseil de la Présidence pour la Refondation que l’Union africaine continue de tenir à l’écart de ses instances. Le pays reste classé 148e sur 180 à l’indice de perception de la corruption, avec un score de 25 sur 100.
Le paradoxe malgache ne s’arrête pas à la politique. L’île produit près de 80 % de la vanille mondiale et alimente l’électrification planétaire en nickel et en cobalt, mais six habitants sur dix restent privés d’électricité et la situation de la compagnie publique JIRAMA a contraint les autorités à décréter, en avril 2026, l’état d’urgence énergétique. La croissance résiste, autour de 3 % par an, portée par les mines et le tourisme, mais elle ne suffit ni à faire reculer une pauvreté qui touche 80 % de la population, ni à financer un État dont les recettes fiscales plafonnent sous 11 % du PIB.
Le calendrier de transition promet un premier scrutin sur le cadre constitutionnel, puis une élection présidentielle avant la fin de 2027, la médiation de la SADC a reçu le chef de la transition à son sommet d’août 2026, et le programme du Fonds monétaire international reste ouvert, même si ses versements sont suspendus depuis juillet. Mais la reconstruction institutionnelle se joue désormais sous une double tutelle : celle des bailleurs qui financent l’État, et celle des médiateurs régionaux qui conditionnent son retour dans le concert africain.
Le pouvoir de transition revendique une souveraineté retrouvée face à une Union africaine jugée punitive, tout en laissant la Russie approcher discrètement l’appareil chargé d’organiser l’élection de sortie de crise. Le président affiche des ambitions BRICS et rencontre Vladimir Poutine, pendant que le pays reste budgétairement sous perfusion du FMI et de la Banque mondiale.
Cette tension traverse toute la politique étrangère malgache. Antananarivo veut se poser en île courtisée plutôt qu’en dépendance de personne, mais reste diplomatiquement suspendue des instances continentales dont elle a besoin pour retrouver sa pleine légitimité, et budgétairement incapable de se passer de ses créanciers occidentaux.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| France | Vanille, crevettes, pierres précieuses | ~0,45 Md $ | ~18,0 % |
| États-Unis | Textile, vanille, titane, cobalt, nickel | ~0,39 Md $ | ~15,9 % |
| Chine | Minerais, titane, chrome, zircon | ~0,20 Md $ | ~8,2 % |
| Japon | Nickel (Ambatovy) | ~0,17 Md $ | ~6,9 % |
| Pays-Bas | Épices, fleurs, cacao | ~0,15 Md $ | ~6,2 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Équipements mécaniques et électriques | ~1,19 Md $ | ~24,7 % |
| Oman | Hydrocarbures | ~0,65 Md $ | ~13,6 % |
| France | Machines, pharmacie, agroalimentaire | ~0,29 Md $ | ~6,1 % |
| Inde | Médicaments, riz, véhicules | ~0,26 Md $ | ~5,5 % |
| Pakistan | Textile, riz | ~0,21 Md $ | ~4,4 % |
Cette rente reste volatile, mais elle irrigue tout le Sud-Est de l’île et continue d’attirer des acheteurs qui trouvent peu d’alternatives à cette échelle.
En mai 2026, il a signé la cession de sa part de 54 % à AMRI, un consortium d’investissement, dont la clôture était attendue d’ici fin septembre, après trois milliards de dollars de pertes cumulées et l’arrêt de la production début 2026 provoqué par le cyclone Gezani.
Le sud-coréen KOMIR reste actionnaire stable à 46 %.
La production a redémarré en juin 2026, après quatre mois d’arrêt : tant que ce site unique tournera, Madagascar gardera un siège, modeste mais réel, à la table mondiale du nickel et du cobalt.
Cette convoitise multipolaire est un risque de dépendance, mais aussi une carte que le pays peut encore jouer à son avantage, en mettant ses partenaires en concurrence plutôt qu’en se soumettant à un seul.
Porté par cette singularité écologique, le tourisme reste l’un des rares secteurs capables de créer des emplois hors des mines et de l’agriculture d’exportation, à condition que la sécurité intérieure et les infrastructures d’accueil suivent.
Le premier gouvernement de transition a lui-même été limogé en bloc en mars 2026, signe que la refondation promise peine à se stabiliser.
Le retour à l’ordre constitutionnel n’est prévu, dans le meilleur des cas, qu’à l’automne 2027.
La compagnie publique JIRAMA accumule des arriérés proches de 400 à 600 millions de dollars et a contraint le gouvernement à décréter, en avril 2026, un état d’urgence énergétique national.
Le potentiel hydroélectrique du pays, immense, reste exploité à moins de 2 %.
Près de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.
L’indice de capital humain de la Banque mondiale reste l’un des plus faibles de la planète.
C’est cette même jeunesse, confrontée aux coupures d’eau et d’électricité, qui a déclenché les manifestations à l’origine du coup d’État d’octobre 2025.
La Banque mondiale, le FMI et la Banque africaine de développement détiennent ensemble plus de la moitié de la dette extérieure.
La suspension de l’aide américaine USAID en janvier 2025 a déjà privé le pays d’un appui majeur en aide d’urgence, en santé et en soutien budgétaire.
Une part essentielle des moyens de l’État vient ainsi de l’extérieur.
Les effectifs de l’armée et de la gendarmerie restent trop réduits pour reprendre durablement le contrôle de ces territoires ruraux.
Ce défaut de maîtrise territoriale, loin d’Antananarivo, illustre les limites d’un État qui vient pourtant de démontrer sa capacité à agir vite dans la capitale.
Aggravation de la crise énergétique et nouveaux délestages.
Rupture du programme du FMI.
Durcissement des tarifs américains sur le textile.
Nouvelle vague de contestation de la génération Z.
Signature d’une convention entre la commission électorale et Moscou.
Sécheresse annoncée dans le Grand Sud de novembre à février, pour laquelle l’ONU a débloqué 6 millions de dollars d’action anticipée.
Reconduction durable de l’accès préférentiel américain (AGOA).
Achèvement des revues du programme du FMI (FEC/FRD) et reprise des versements.
Assises multisectorielles et consultations nationales engagées en 2026.
Extension du port de Toamasina proche de son achèvement.
I · Économie et finance
Programme du FMI (FEC + FRD, 658 millions de dollars) toujours ouvert, mais quelque 183 millions de dollars en attente depuis le report du conseil d'administration du 17 juillet 2026.
Dette publique majoritairement concessionnelle.
Recettes fiscales à seulement 10,9 % du PIB, loin du seuil de 15 % jugé nécessaire.
Inflation proche de 8,4 %, alimentée par les carburants et le riz.
Notation souveraine B-/B placée sous surveillance négative par S&P.
Croissance revue à la baisse après le choc politique d'octobre 2025.
II · Industrie et technologie
Filière minière diversifiée : nickel, cobalt, titane, graphite.
Port de Toamasina en extension (JICA), capacité bientôt quintuplée.
La fibre optique coûte environ 49,000 ariary par mois à Antananarivo, contre 136,000 ariary pour Starlink, près de trois fois plus cher.
Le câble bat le satellite sur ce terrain, une rareté sur le continent.
Dépendance à l'AGOA américain, expiré fin septembre 2025 puis reconduit rétroactivement jusqu'au 31 décembre 2026.
Tarif douanier américain de 15 % sur les exportations textiles.
Réseau routier non revêtu à 90 %, renchérissant la logistique intérieure.
Indice de complexité économique parmi les plus faibles d'Afrique.
III · Démographie et capital humain
Espérance de vie en légère progression.
Système éducatif francophone reconnu dans la sous-région.
Indice de capital humain de la Banque mondiale parmi les plus bas au monde (0,39-0,40).
Taux de pauvreté proche de 75 à 80 % de la population.
Fécondité élevée (autour de 4 enfants par femme), pression sur écoles et santé.
Accès à l'eau potable et à l'assainissement limité.
IV · Diplomatie, influence et information
Membre du COMESA, de la SADC et de la Commission de l'océan Indien.
Relation historique dense avec la France (accords bilatéraux, diaspora, francophonie).
Médiation de la SADC engagée plutôt que rupture.
Chef de la transition reçu au sommet de la SADC à Durban (août 2026), où Cyril Ramaphosa parle de reconnaissance, puis à l'Élysée à la mi-septembre 2026.
Liberté de la presse fragile : 103e/180 au classement RSF 2026, après une chute de la 100e à la 113e place en 2025.
Offre russe d'assistance électorale remise en avril 2026 à la commission électorale, dont des agents se sont formés à Moscou ; aucun accord signé à la mi-septembre 2026.
Réintégration africaine conditionnée à une élection présidentielle crédible, prévue fin 2027 seulement.
V · Énergie et ressources
Grands projets hydroélectriques en préparation : Volobe (120 MW) en bouclage financier, Sahofika (près de 200 MW), dont seule la route d'accès est en chantier.
Ressources minières énergétiques diversifiées, exploration pétrolière et gazière en cours.
JIRAMA structurellement déficitaire : arriérés proches de 400 à 620 millions de dollars.
Production dépendante à 60 % des centrales thermiques importées en carburant.
État d'urgence énergétique décrété en avril 2026 face aux tensions d'approvisionnement.
Délestages récurrents pesant sur les entreprises et les ménages.
Aucun réseau électrique national : les villes vivent sur des réseaux locaux isolés.
Le téléphérique d'Antananarivo, inauguré en août 2025, reste à l'arrêt depuis septembre 2025.
VI · Défense et sécurité
Partenariats de formation avec la France, les États-Unis et la Corée du Sud.
Unités spécialisées (gendarmerie, forces spéciales) mobilisées contre le banditisme rural.
Banditisme rural chronique (dahalo) dans le Sud et l'Ouest : vols de zébus, enlèvements.
Indice mondial de la paix en recul : 59e rang, score dégradé (GPI 2025).
Présence de l'État très faible hors des villes et des grands axes, faute de moyens de transport et de logistique.
VII · Innovation et savoir
Demande croissante en développeurs, data analysts et experts en cybersécurité.
Diaspora scientifique et universitaire active à l'étranger.
Dépenses de recherche et développement quasi nulles.
Fuite des compétences formées vers l'étranger ou le secteur informel.
Aucune université malgache dans les classements internationaux de référence.
VIII · Gouvernance et institutions
Assises multisectorielles et médiation de la SADC engageant un dialogue national.
Société civile et mouvement Gen Z actifs dans le débat public.
Indice de perception de la corruption : 148e/180, score 25/100 (Transparency International).
Gouvernement de transition lui-même limogé une première fois en mars 2026.
Liberté de la presse fragile : 103e/180 au classement RSF 2026, après la chute de 2025 (113e).
Élection présidentielle de sortie de crise repoussée à fin 2027.
IX · Autonomie stratégique
Réserves de change à 6,2 mois d'importations (FMI/BAD, 2025), niveau correct.
Trois Communautés économiques régionales de rattachement (COMESA, SADC, COI).
Réintégration internationale conditionnée par l'Union africaine, sous la médiation de la SADC.
Offre russe d'assistance à la commission électorale et formation d'agents à Moscou, sans accord signé.
En avril 2026, retrait de l'autorisation de survol de l'avion du président taïwanais, que Taipei attribue à des pressions de Pékin ; Antananarivo invoque la politique d'une seule Chine.
Le pays sur SAPERE · Madagascar
- Les Forces & les Failles de Madagascar (vous êtes ici)
- Madagascar : l’île sanctuaire
Similaire
En savoir plus sur SAPERE
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

