La RD Congo affiche en 2026 des fondamentaux macroéconomiques que peu de pays de la région peuvent revendiquer : une dette publique sous 21 % du PIB, une inflation ramenée à 2,5 % après avoir dépassé 23 % en 2023, et un programme du FMI dont les revues successives sont jugées globalement satisfaisantes. Le pays a même retrouvé l’accès aux marchés obligataires internationaux avec l’émission d’un eurobond.
Cette discipline budgétaire n’a pas suivi le pays sur le terrain. Depuis la résurgence du M23 en 2021, la rébellion a étendu son emprise au Nord et au Sud-Kivu et pris Goma puis Bukavu en 2025, sans que les processus de Washington et de Doha aient encore produit de stabilisation durable.
Le paradoxe congolais est structurel : le pays fournit environ trois quarts du cobalt mondial, mais seule une faible part de sa population a accès à l’électricité. La rente minière soutient la croissance et attire les puissances étrangères sans être suffisamment convertie en institutions, en infrastructures ou en sécurité ; Kinshasa en a réorienté une partie vers Washington, en échange d’un soutien sécuritaire qui reste, à ce jour, largement à prouver sur le terrain.
Cette faiblesse plonge ses racines dans un temps long : l’assassinat en janvier 1961 de Patrice Lumumba, premier chef de gouvernement élu du pays, pour lequel une commission d’enquête parlementaire belge a reconnu en 2001 une ’responsabilité morale’ de l’État belge et que des documents américains déclassifiés associent à la CIA ; trois décennies de pouvoir personnel sous Mobutu, soutenu par les puissances occidentales comme rempart anticommuniste, qui a délibérément affaibli l’armée et l’administration ; puis les deux guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003), qui ont ancré le pillage des ressources de l’Est comme mode de financement des belligérants. La fragilité actuelle de l’État résulte d’une interaction durable entre ces héritages coloniaux, ces interventions étrangères, ces guerres régionales et les stratégies de prédation des élites congolaises elles-mêmes ; la rivalité sino-américaine pour les minerais s’inscrit aujourd’hui dans cette histoire, sans en reproduire mécaniquement toutes les formes.
Kinshasa parle de souveraineté sur son sous-sol, souvent qualifié de ’scandale géologique’ tant les réserves de minerais stratégiques y sont concentrées, mais négocie l’accès à ce sous-sol à qui promet, en retour, la sécurité qu’elle ne parvient pas à assurer elle-même. L’accord minerais-contre-sécurité signé avec Washington en décembre 2025 illustre ce marché : des droits de préemption sur des actifs miniers stratégiques contre une promesse d’appui, dont la mise en œuvre reste largement à venir.
Cette tension traverse toute la diplomatie congolaise. Le pays revendique son intégrité territoriale tout en dépendant d’une médiation qatarie et américaine pour simplement faire respecter un cessez-le-feu sur son propre sol, face à un adversaire que ses propres forces armées ne parviennent pas à repousser malgré un budget de défense en forte hausse. La RD Congo négocie en position de faiblesse militaire ce qu’elle revendique en position de force minière.
Le processus de Doha et les accords de Washington ne sont d’ailleurs pas la première tentative : une médiation angolaise, le processus de Luanda, avait déjà produit un cessez-le-feu en août 2024, violé quelques semaines plus tard, avant que l’Angola n’annonce en mars 2025 se retirer de la médiation. Une demi-douzaine d’accords ont été signés depuis 2021, et systématiquement violés dans la foulée : la multiplication des cadres diplomatiques traduit autant la difficulté à trouver une issue que l’absence d’un format unique auquel toutes les parties adhèrent.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Cuivre raffiné, cobalt, minerais bruts | ~16,9 Mds $ | ~57,6 % |
| Afrique du Sud | Cuivre, cobalt (transit et transformation) | ~2,5 Mds $ | ~8,6 % |
| Hong Kong | Or, minerais, plateforme de négoce | ~2,5 Mds $ | ~8,4 % |
| Mozambique | Minerais en transit vers les ports régionaux | ~1,7 Md $ | ~5,7 % |
| Singapour | Négoce et transformation de minerais | ~1,4 Md $ | ~4,9 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, équipements miniers, produits manufacturés | ~6,0 Mds $ | ~34,8 % |
| Zambie | Produits alimentaires, transit régional | ~2,1 Mds $ | ~12,4 % |
| Afrique du Sud | Équipements, produits raffinés, biens de consommation | ~2,1 Mds $ | ~12,1 % |
| Inde | Produits pharmaceutiques, produits raffinés | ~0,8 Md $ | ~4,6 % |
| Belgique | Équipements, produits manufacturés | ~0,7 Md $ | ~4,0 % |
Ce n’est plus seulement un exportateur de minerai brut : 85 % du cuivre quitte désormais le pays sous forme de cathodes raffinées, une transformation locale qui capte davantage de valeur qu’il y a dix ans.
Les chaînes mondiales de batteries restent fortement dépendantes du cobalt et du cuivre extraits en RD Congo : Glencore a signé en février 2026 un accord non contraignant pour céder 40 % de ses actifs congolais (Mutanda et Kamoto) à un consortium adossé à l’État américain, pour une valeur d’entreprise d’environ 9 Mds $.
Le programme du FMI, dont les revues successives sont jugées globalement satisfaisantes, a permis un retour sur les marchés obligataires internationaux via une émission d’eurobond.
Une gestion macro que la guerre à l’Est n’a, pour l’instant, pas fait dérailler : mais cette rigueur même est ce qui plafonne les moyens que l’État peut consacrer à son armée (voir Faille n°7).
Le processus de Doha, sous médiation qatarie, a produit une déclaration de principes avec le M23 : un cadre de négociation qui n’existait pas avant 2025.
Un pari encore loin d’être gagné : aucune de ces démarches n’a encore entraîné de recul territorial significatif et durable du M23.
Deuxième pays d’Afrique par la superficie (2,345,410 km², environ quatre fois la France), avec neuf voisins frontaliers, il occupe une position continentale que ni sa gouvernance ni ses infrastructures ne valorisent encore.
Sa diaspora, plusieurs millions de personnes entre la Belgique, la France, les États-Unis et le Canada, a transféré environ 1,4 à 2 Mds $ par an ces dernières années : davantage que les investissements directs étrangers reçus certaines années, et plus de trois fois le montant décaissé par le FMI en 2023.
Un poids potentiel que la guerre et la pauvreté empêchent, pour l’instant, de convertir en influence réelle.
Neuf mois après la prise de Bukavu, le M23 ne se comporte plus en rébellion mais en quasi-État : police, justice, propreté urbaine et fiscalité structurée sur les activités marchandes, jusqu’à environ 200 € par jour et par puits minier à Rubaya. Les cambistes rwandais dominent désormais environ 80 % du marché des changes à Goma, où le franc rwandais concurrence ouvertement la monnaie congolaise.
Les accords de Washington et de Doha ont posé un cadre diplomatique, complété en avril 2026 par un accord signé près de Montreux sous pilotage de la CIRGL et appui de la Suisse, qui organise la vérification du cessez-le-feu à parité entre Kinshasa et le M23 : une reconnaissance de fait du rebelle comme interlocuteur légitime, plus qu’un chemin vers la restitution du territoire. 632 civils sont morts dans les combats depuis le 19 mars 2026 selon l’ONU, et ni la RDC ni le Rwanda n’ont pleinement honoré leurs engagements.
Un État qui négocie la paix sur un territoire qu’il ne tient déjà plus.
Résultat : à peine 21,5 % de la population a accès à l’électricité, l’un des taux les plus bas d’Afrique subsaharienne, où la moyenne dépasse 51 %.
Le Grand Inga, projet hydroélectrique le plus vaste au monde à l’état de plan depuis des décennies, reste sans financement bouclé : un blocage aussi imputable à l’absence d’investisseurs qu’à l’incapacité de la SNEL à seulement entretenir l’existant, ce qui rend tout nouveau mégaprojet plus risqué encore aux yeux des bailleurs.
Résultat en 2025 : un score de 20 sur 100 à l’indice de perception de la corruption de Transparency International, 163e rang mondial sur 182, parmi les vingt pays les plus mal classés au monde.
Vingt et un généraux des FARDC sont détenus à la prison militaire de Ndolo pour des faits de corruption, dont deux seulement ont été condamnés.
L’indice du capital humain place le pays au 164e rang sur 174, très en dessous de la moyenne de l’Afrique subsaharienne, avec un score de 0,37 sur 1.
Le secteur minier, qui pèse 39 % du PIB, crée trop peu d’emplois pour irriguer une économie où 65 % de la population vit encore de l’agriculture de subsistance.
Le cuivre à lui seul pèse 89 % de la valeur des exportations minières, contre 8 % pour l’or et à peine 2 % pour le cobalt, exposant le pays aux cycles du marché mondial du cuivre.
Le pays refuse officiellement de ’perdre la guerre du raffinage’, mais la captation de valeur en aval reste largement externalisée vers la Chine, les Émirats arabes unis et Singapour.
L’armée a perdu Goma et Bukavu face à une rébellion pourtant très inférieure en nombre, révélant des failles de commandement, de logistique et d’équipement que l’argent seul ne corrige pas.
Le recul reste concentré sur le Nord et le Sud-Kivu : l’essentiel de l’Ouest, du Sud et du Centre du pays échappe au conflit, ce qui évite un effondrement généralisé de l’État sans effacer la gravité de la perte territoriale à l’Est.
Une réforme en cours, résumée par l’acronyme DORESE, promet de redéfinir doctrine et organisation : elle reste, en 2026, largement à l’état de plan.
Les créanciers multilatéraux restent dominants (47 % pour l’Association internationale de développement, 22 % pour le FMI), un point d’appui pour le coût de la dette, mais une dépendance qui limite la marge de manœuvre propre du pays.
Le document de stratégie 2026-2028 du gouvernement reconnaît lui-même un risque élevé de refinancement à court terme : une intensification du conflit, en forçant une hausse brutale des dépenses militaires, serait le déclencheur le plus probable d’un tel dérapage (voir Force n°2).
Le HCR prévient que ce chiffre pourrait atteindre 9 millions d’ici fin 2026 si le rythme actuel du conflit se poursuit, malgré plus de 3 millions de retours enregistrés en 2025 dans des conditions souvent précaires.
Un Congolais sur quatre, soit 26,6 millions de personnes, ne couvre pas ses besoins alimentaires de base selon le Programme alimentaire mondial, et la MONUSCO, plus importante mission de maintien de la paix de l’ONU avec plus de 10,000 personnels, a vu son retrait progressif suspendu fin 2025 faute de stabilisation du terrain.
L’épidémie la plus meurtrière connue par le pays (2018-2020) avait fait environ 2,300 morts pour 3,500 cas, mais en près de deux ans ; la trajectoire actuelle menace d’atteindre un bilan comparable en une fraction de ce temps.
Plus de 90 % des décès sont concentrés en Ituri, où l’insécurité, la méfiance communautaire envers la riposte sanitaire et des grèves de personnels de santé faute de paiements réguliers désarticulent une réponse déjà fragilisée par le retrait du principal partenaire humanitaire américain.
Échec du processus de Doha.
Suspension du programme du FMI.
Nouveau gel des exportations de cobalt.
Refinancement difficile de l’eurobond.
Extension de l’épidémie d’Ebola au-delà de l’Ituri.
Contestation violente de la révision constitutionnelle.
Revues du FMI jugées globalement satisfaisantes.
Reprise des exportations de cobalt fin 2025.
Premières livraisons de cobalt tracé vers les États-Unis via le corridor de Lobito.
Franc congolais apprécié de 5 % en 2025.
Sanctions américaines contre des officiers rwandais.
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