7,5 millions de Libyens vivent sous deux gouvernements rivaux depuis 2014, sans qu’aucune élection nationale n’ait abouti depuis cette date. Le GUN d’Abdelhamid Dbeibah tient Tripoli et l’ouest, reconnu par l’ONU ; le GSN d’Oussama Hammad tient Benghazi, Syrte et l’essentiel des champs pétroliers, adossé au maréchal Khalifa Haftar.
Sous ce ciel divisé, le pétrole ne connaît qu’un maître : la production a atteint 1,48 million de barils par jour en juin 2026, son plus haut niveau depuis treize ans, et les réserves de change frôlent 81,1 milliards de dollars. Mais cette rente n’achète ni l’électricité stable, la GECOL annonce chaque été un déficit supérieur à 1,000 mégawatts, ni la paix : des mercenaires russes de l’Africa Corps épaulent Haftar pendant que la Turquie arme Tripoli.
La Libye n’est pas un État failli au sens somalien ; c’est un État suspendu, où la rente pétrolière finance la survie de deux pouvoirs sans jamais financer leur réunification. Un plan porté par Washington, qui élèverait Saddam Haftar à un rôle exécutif national aux côtés de Dbeibah et discuté directement le 29 juin 2026 entre le secrétaire d’État Marco Rubio et le fils du maréchal, pourrait geler cette partition plutôt que la résoudre.
La feuille de route électorale annoncée le 18 juin 2026 par les trois principales institutions libyennes, prévoyant des élections avant le 17 février 2027, rapidement désavouée par le clan Haftar.
La capacité de la NOC à résister aux pressions des deux camps.
La Libye revendique un poids pétrolier mondial, elle est membre de l’OPEP et tient un levier direct sur les approvisionnements énergétiques européens, alors même que son territoire est patrouillé par des forces qu’aucune des deux administrations ne contrôle entièrement : mercenaires russes à l’est, conseillers turcs à l’ouest.
Cette tension traverse toute la vie politique du pays. Les deux camps négocient séparément avec l’extérieur tout en dépendant l’un et l’autre de parrains étrangers pour leur survie militaire. Le projet d’alliance Haftar-Dbeibah, porté depuis Washington, illustre cette contradiction : la solution à la fracture libyenne continue de se dessiner ailleurs qu’à Tripoli ou à Benghazi.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Italie | Pétrole brut, produits raffinés | ~7,5 Mds $ | ~24,6 % |
| Allemagne | Pétrole brut | ~4,6 Mds $ | ~15,1 % |
| Royaume-Uni | Pétrole brut | ~2,8 Mds $ | ~9,11 % |
| Grèce | Pétrole brut | ~2,6 Mds $ | ~8,57 % |
| Espagne | Pétrole brut | ~2,5 Mds $ | ~8,32 % |
🇺🇸 Position États-Unis · 7e client · ~4,88 % · environ 1,5 milliard de dollars.
🇨🇳 Position Chine à l’export · 8e client · ~3,8 % · environ 1,2 milliard de dollars.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, électronique, textiles | ~3,6 Mds $ | ~17,1 % |
| Turquie | Matériaux de construction, biens de consommation | ~2,8 Mds $ | ~13,4 % |
| Italie | Machines, équipements | ~2,4 Mds $ | ~11,6 % |
| Égypte | Produits alimentaires, biens de consommation | ~1,9 Mds $ | ~9,31 % |
| Grèce | Produits raffinés, biens divers | ~1,2 Mds $ | ~5,67 % |
🇺🇸 Position États-Unis à l’import : hors classement disponible dans les statistiques les plus récentes.
La production a retrouvé son plus haut niveau depuis treize ans, à 1,48 million de barils par jour en juin 2026.
Les majors internationales, ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum, reviennent se positionner sur de nouveaux blocs d’exploration.
Cette solidité financière a traversé sans rupture le blocus pétrolier de 2020-2021 et la crise de gouvernance de la Banque centrale de 2024.
À ces réserves s’ajoute un second matelas, le fonds souverain LIA, qui gère encore environ 70 milliards de dollars d’actifs à l’étranger selon l’International Crisis Group, gelés par les sanctions de l’ONU depuis 2011 mais partiellement débloqués pour réinvestissement en janvier 2025.
Le contrôle des routes migratoires vers l’Europe donne aux deux administrations rivales, chacune de leur côté, un levier de négociation face à l’Union européenne.
Chaque camp dispose de son propre parlement, de sa propre zone économique spéciale et, largement, de sa propre administration judiciaire.
Aucune élection nationale n’a abouti depuis 2014, malgré des échéances promises et reportées année après année.
À l’est, le pouvoir se personnalise davantage encore : en août 2025, le Parlement de Tobrouk a modifié la loi militaire pour permettre au maréchal Haftar, âgé de 82 ans, de transmettre le commandement de l’Armée nationale libyenne à son fils Saddam, tandis que ses autres fils se répartissent la sécurité intérieure et les fonds de reconstruction.
Moscou y opère un réseau de quatre bases aériennes (Al-Jufra, Al-Khadim, Brak al-Shati, Al-Qardabiya) abritant chasseurs MiG-29, bombardiers Su-24 et systèmes de défense antiaérienne, et développe une cinquième installation à Maaten al-Sarra, près des frontières tchadienne et soudanaise.
À l’ouest, la Turquie arme et conseille militairement le Gouvernement d’unité nationale avec des drones Bayraktar TB2, tandis que les Émirats arabes unis arment et financent l’Armée nationale libyenne depuis 2014 en violation documentée de l’embargo de l’ONU.
Moscou négocie désormais des contreparties, bases navales, contrats pétroliers et miniers, en échange de son soutien, transformant un appui militaire en dépendance durable.
En août 2024, un différend sur la direction de la Banque centrale a suffi à diviser par deux la production pétrolière en quelques jours, provoquant un effondrement budgétaire immédiat.
Aucune agence de notation ne couvre plus la dette libyenne depuis le retrait de Fitch en 2011, faute d’informations fiables.
Le réseau électrique, endommagé par une décennie de conflit et vidé de son cuivre par les pillards, n’a pas été reconstruit à la hauteur des besoins.
Les cinq raffineries du pays ne couvrent qu’un tiers de la consommation nationale de carburant, le reste étant importé.
Freedom House attribue au pays un score de 10 sur 100, statut Not Free, avec disparitions forcées et détentions arbitraires documentées jusqu’en 2025 et 2026.
La presse, classée 138e sur 180 pays par Reporters sans frontières, est largement instrumentalisée par l’un ou l’autre camp.
Le chômage des jeunes atteint 23,1 %, davantage encore chez les femmes.
L’exode des professionnels qualifiés, entamé dès 2011, prive les deux administrations rivales des compétences nécessaires à toute reconstruction.
Les chefs du renseignement italien, égyptien et turc ont tous visité Tripoli ou Benghazi le même mois pour soutenir le cadre américain, et plus de cent députés de la Chambre des représentants de l’est l’ont endossé.
Le Pakistan s’est ajouté discrètement à ce ballet diplomatique début juillet 2026, médiant en parallèle avec l’assentiment de Washington et le soutien de l’Arabie saoudite, signe que même les puissances moyennes orientales voient dans la Libye un terrain d’affirmation diplomatique.
La crise n’a été résolue que le 26 septembre 2024 par un accord sous égide onusienne nommant Naji Issa gouverneur, avec reprise de la Banque centrale le 2 octobre et réouverture des sites pétroliers le lendemain.
Cet épisode révèle où se situe le véritable pouvoir : ni Tripoli ni Benghazi ne peuvent se passer de l’institution qui encaisse et redistribue la rente, ce qui en fait la cible prioritaire de tout bras de fer politique.
Ces rivalités, antérieures à 2011 mais ravivées par l’effondrement de l’État, expliquent pourquoi la présence de l’ANL ou du GUN sur le papier ne se traduit pas par un contrôle réel du territoire au sud du 29e parallèle.
Nouvel arrêt de la production pétrolière pour motif politique.
Aggravation des coupures d’électricité estivales.
Rivalité entre les fils du maréchal Haftar, 82 ans, si la succession dynastique organisée en 2025 ne tient pas à l’épreuve des faits.
La feuille de route électorale du 18 juin 2026, prévoyant un scrutin avant le 17 février 2027, déjà désavouée par le clan Haftar.
Nouvelle base russe de Maaten al-Sarra pleinement opérationnelle vers le Sahel.
Nouvelle vague de départs migratoires meurtriers en Méditerranée.
Échec du plan porté par Washington.
Accord sur un budget national unifié en avril 2026.
Premiers appels d’offres pétroliers internationaux en dix-huit ans.
Plan de vingt projets électriques stratégiques lancé par la GECOL.
Intérêt renouvelé d’ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum.
Réunion des chefs d’état-major de l’est et de l’ouest à Syrte le 12 juillet 2026, saluée par la mission de l’ONU, actant un exercice militaire conjoint dans le sud, mais jugée surtout symbolique par les analystes.
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