Libye | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 17 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇱🇾 Libye
7,5 millions d’habitants. Les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique, un pays coupé en deux gouvernements qui se disputent la même rente. Des mercenaires russes et turcs tiennent lieu d’armée nationale. Treize ans après la chute de Kadhafi, l’unité reste un mot vide.
SAPERE 2.2 · Une rente qui finance deux pouvoirs, jamais un État
Fragile, béquilles multiples
1,9/5
11,95
Rente pétrolière restaurée · fracture institutionnelle persistante
Tendance depuis 2020 : dégradation lente. La rente pétrolière se redresse, mais la fracture institutionnelle, sécuritaire et humaine du pays continue de s’aggraver.
Ce score mesure la capacité de la Libye à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non ses réserves pétrolières ni la survie de l’un ou l’autre de ses deux gouvernements. À 1,9/5, la Libye reste dans la bande fragile, loin derrière la plupart des économies pétrolières comparables, freinée par l’absence d’État unifié.
PIB nominal 2026
~52 Mds $
FMI, avril 2026 · environ 95e rang mondial
PIB PPA
~124 Mds $
Environ 95e rang mondial
Exportations · poids mondial
~0,13 %
~30,6 Mds $ en 2024 · pétrole brut, produits raffinés, gaz naturel
Importations · poids mondial
~0,09 %
~20,9 Mds $ en 2024 · machines, biens de consommation, produits raffinés
En résumé

7,5 millions de Libyens vivent sous deux gouvernements rivaux depuis 2014, sans qu’aucune élection nationale n’ait abouti depuis cette date. Le GUN d’Abdelhamid Dbeibah tient Tripoli et l’ouest, reconnu par l’ONU ; le GSN d’Oussama Hammad tient Benghazi, Syrte et l’essentiel des champs pétroliers, adossé au maréchal Khalifa Haftar.

Sous ce ciel divisé, le pétrole ne connaît qu’un maître : la production a atteint 1,48 million de barils par jour en juin 2026, son plus haut niveau depuis treize ans, et les réserves de change frôlent 81,1 milliards de dollars. Mais cette rente n’achète ni l’électricité stable, la GECOL annonce chaque été un déficit supérieur à 1,000 mégawatts, ni la paix : des mercenaires russes de l’Africa Corps épaulent Haftar pendant que la Turquie arme Tripoli.

La Libye n’est pas un État failli au sens somalien ; c’est un État suspendu, où la rente pétrolière finance la survie de deux pouvoirs sans jamais financer leur réunification. Un plan porté par Washington, qui élèverait Saddam Haftar à un rôle exécutif national aux côtés de Dbeibah et discuté directement le 29 juin 2026 entre le secrétaire d’État Marco Rubio et le fils du maréchal, pourrait geler cette partition plutôt que la résoudre.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Démographie et capital humain 2,5
Économie et finance 2,9Énergie et ressources 2,8
Fragile1,5-2,4
Autonomie stratégique 1,8Industrie et technologie 1,6
Diplomatie, influence et information 1,8
En défaillance1,0-1,4
Innovation et savoir 1,3Défense et sécurité 1,2Gouvernance et institutions 1,1
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note.
Qui tient le pays ?
Abdelhamid Dbeibah et Khalifa Haftar, deux pouvoirs sans arbitre commun. Depuis l’échec de l’élection présidentielle prévue en décembre 2021, la Libye vit sous un compromis armé plutôt que sous un État unifié. Le GUN contrôle Tripoli et l’ouest du pays ; le GSN, soutenu par l’ANL du maréchal Haftar, contrôle l’est et le sud, où se trouve l’essentiel des infrastructures pétrolières et gazières. Côté est, le pouvoir se transmet désormais en famille : depuis août 2025, le fils cadet du maréchal, Saddam Haftar, commande l’ANL avec pleins pouvoirs, un frère tient la sécurité intérieure et un troisième dirige le fonds de reconstruction, verrouillant les leviers économiques et militaires de Cyrénaïque.
Centre de gravité
Aucun centre unique. Dbeibah à Tripoli, reconnu par l’ONU ; Hammad et Haftar à Benghazi et Syrte. Chaque camp dispose de son propre parlement et de sa propre administration.
Vitesse d’exécution
Forte sur le terrain pétrolier, où la NOC conserve une capacité technique relativement insulée. Quasi nulle sur l’unification institutionnelle, monétaire et électorale.
Test politique
Le sort du plan porté par Washington, qui maintiendrait Abdelhamid Dbeibah au poste de premier ministre tout en élevant Saddam Haftar à un rôle exécutif national de premier plan, discuté à Washington le 29 juin 2026 entre le secrétaire d’État Marco Rubio et Saddam Haftar.
La feuille de route électorale annoncée le 18 juin 2026 par les trois principales institutions libyennes, prévoyant des élections avant le 17 février 2027, rapidement désavouée par le clan Haftar.
La capacité de la NOC à résister aux pressions des deux camps.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Une souveraineté partagée entre deux capitales et plusieurs parrains étrangers. Aucune des deux administrations libyennes ne peut se maintenir sans appui extérieur, qu’il soit militaire, financier ou diplomatique.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer.
RUSSIE
●●●●
Africa Corps, entre 1,800 et 2,000 combattants aux côtés du maréchal Haftar ; réseau de quatre bases aériennes opérationnelles (Al-Jufra, Al-Khadim, Brak al-Shati, Al-Qardabiya) et une cinquième en construction à Maaten al-Sarra, près des frontières tchadienne et soudanaise.
Plateforme de projection vers le Sahel à l’heure où la France a rendu sa dernière base tchadienne en janvier 2025 ; contreparties croissantes exigées par Moscou (bases navales, contrats pétroliers et miniers).
TURQUIE
●●●●
Soutien militaire, drones Bayraktar TB2 et conseillers au GUN depuis 2019 ; base aérienne permanente à Al-Watiya et présence navale à Misrata, déploiement prolongé de deux ans par le Parlement turc en décembre 2025.
Ankara joue les deux camps à la fois, ce qui dilue sa fiabilité comme allié exclusif de Tripoli.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●
Armement et financement du maréchal Haftar depuis 2014, drones Wing Loong, blindés et systèmes de défense antiaérienne livrés en violation documentée de l’embargo de l’ONU, présence aérienne historique à Al-Khadim.
Abou Dhabi dément tout soutien militaire tout en restant le principal bailleur de l’Armée nationale libyenne ; son hostilité, comme celle du Caire, aux réseaux proches des Frères musulmans influents à Tripoli structure une part de ce choix de camp.
ITALIE / UNION EUROPÉENNE
●●●●
Premier client pétrolier, contrat gazier de 8 milliards de dollars sur vingt-cinq ans avec Eni, partenaire central des accords de contrôle migratoire ; projets solaires naissants (PowerChina-EDF, TotalEnergies) qui pourraient à terme faire de la Libye un exportateur d’électricité verte vers l’Italie.
Dépendance de Rome à la stabilité libyenne pour ses approvisionnements gaziers.
ÉGYPTE
●●●
Soutien historique au maréchal Haftar et à l’ANL, armement et formation militaire ; frontière commune de 1,115 kilomètres étroitement surveillée.
Le Caire agit en gardien de l’est libyen, limitant l’autonomie de Benghazi.
ÉTATS-UNIS
●●●
Médiation politique active : Marco Rubio a reçu Saddam Haftar à Washington le 29 juin 2026 pour discuter d’un plan d’unification ; intérêt pétrolier renouvelé d’ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips.
Washington négocie désormais un arrangement institutionnel libyen sans passer par les urnes.
CHINE
●●
Premier fournisseur pour les biens manufacturés, 17,1 % des importations, mais présence politique et militaire limitée.
Dépendance commerciale croissante sans levier diplomatique équivalent.
FRANCE
●●
Ambassade rouverte à Tripoli en mars 2022, forum d’affaires franco-libyen réunissant près de 200 acteurs en 2024, mais 16e fournisseur seulement en 2022.
Poids diplomatique réel mais non structurant, loin derrière l’Italie, la Turquie et la Russie.
La contradiction diplomatique

La Libye revendique un poids pétrolier mondial, elle est membre de l’OPEP et tient un levier direct sur les approvisionnements énergétiques européens, alors même que son territoire est patrouillé par des forces qu’aucune des deux administrations ne contrôle entièrement : mercenaires russes à l’est, conseillers turcs à l’ouest.

Cette tension traverse toute la vie politique du pays. Les deux camps négocient séparément avec l’extérieur tout en dépendant l’un et l’autre de parrains étrangers pour leur survie militaire. Le projet d’alliance Haftar-Dbeibah, porté depuis Washington, illustre cette contradiction : la solution à la fracture libyenne continue de se dessiner ailleurs qu’à Tripoli ou à Benghazi.

Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
PaysProduitsMontantPoids
ItaliePétrole brut, produits raffinés~7,5 Mds $~24,6 %
AllemagnePétrole brut~4,6 Mds $~15,1 %
Royaume-UniPétrole brut~2,8 Mds $~9,11 %
GrècePétrole brut~2,6 Mds $~8,57 %
EspagnePétrole brut~2,5 Mds $~8,32 %
Poids estimé sur une base d’exportations totales d’environ 30,6 milliards de dollars en 2024 (CIA World Factbook). Environ 95 % des exportations sont des hydrocarbures.
🇫🇷 Position France · 6e client · ~7,46 % des exportations libyennes (environ 2,3 milliards de dollars) · pétrole brut essentiellement.
🇺🇸 Position États-Unis · 7e client · ~4,88 % · environ 1,5 milliard de dollars.
🇨🇳 Position Chine à l’export · 8e client · ~3,8 % · environ 1,2 milliard de dollars.
5 premiers fournisseurs
PaysProduitsMontantPoids
ChineMachines, électronique, textiles~3,6 Mds $~17,1 %
TurquieMatériaux de construction, biens de consommation~2,8 Mds $~13,4 %
ItalieMachines, équipements~2,4 Mds $~11,6 %
ÉgypteProduits alimentaires, biens de consommation~1,9 Mds $~9,31 %
GrèceProduits raffinés, biens divers~1,2 Mds $~5,67 %
Poids estimé sur une base d’importations totales d’environ 20,9 milliards de dollars en 2024 (CIA World Factbook).
🇫🇷 Position France à l’import · 16e fournisseur et 9e partenaire commercial toutes activités confondues en 2022, dernières données disponibles (Direction générale du Trésor).
🇺🇸 Position États-Unis à l’import : hors classement disponible dans les statistiques les plus récentes.
Stock d’IDE
~18,5 Mds $
Stock 2023 (CNUCED), soit environ 41 % du PIB. 57 % concentré dans les services (dont le pétrole), 27,7 % dans l’industrie, 13,7 % dans le tourisme. Aucune donnée fiable sur les flux annuels entrants.
Investisseurs
Italie, Malte, Autriche, Émirats arabes unis et grandes majors pétrolières internationales.
France
Coopération relancée depuis 2021 mais poids encore modeste : deux délégations d’entreprises en Cyrénaïque en 2024 (MEDEF International, Business France) et un forum d’affaires franco-libyen réunissant près de 200 acteurs à Paris.
Quatre tendances structurelles
Production pétrolière
0,86 → 1,48 Mb/j
2020 (blocus) à juin 2026, plus haut niveau depuis treize ans (NOC).
Réserves de change
81,1 Mds $
31 mois d’importations en 2025 (Banque africaine de développement).
Corruption (IPC)
13/100
2025, Transparency International, 177e rang sur 182.
Déficit électrique estival
>1,000 MW
Été 2025 et 2026, selon la GECOL.
Ce qui tient · Ce qui freine
Trois piliers tiennent encore l’édifice. Six fissures empêchent tout redécollage.
3Forces6Failles
Ce qui tient
La Libye détient environ 48,4 milliards de barils de réserves prouvées, les premières d’Afrique et les neuvièmes mondiales, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie.

La production a retrouvé son plus haut niveau depuis treize ans, à 1,48 million de barils par jour en juin 2026.

Les majors internationales, ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum, reviennent se positionner sur de nouveaux blocs d’exploration.
Les réserves de change atteignent 81,1 milliards de dollars, soit 31 mois de couverture des importations, un niveau exceptionnel pour une économie de cette taille.

Cette solidité financière a traversé sans rupture le blocus pétrolier de 2020-2021 et la crise de gouvernance de la Banque centrale de 2024.

À ces réserves s’ajoute un second matelas, le fonds souverain LIA, qui gère encore environ 70 milliards de dollars d’actifs à l’étranger selon l’International Crisis Group, gelés par les sanctions de l’ONU depuis 2011 mais partiellement débloqués pour réinvestissement en janvier 2025.
Le gazoduc Greenstream, d’une capacité d’environ 10 milliards de mètres cubes par an selon la Direction générale du Trésor français, relie directement les champs libyens à la Sicile, et un contrat gazier de 8 milliards de dollars signé avec l’italien Eni sur vingt-cinq ans ancre structurellement l’Italie à la production libyenne.

Le contrôle des routes migratoires vers l’Europe donne aux deux administrations rivales, chacune de leur côté, un levier de négociation face à l’Union européenne.
Ce qui freine
Depuis 2014, la Libye vit sous deux exécutifs rivaux : le GUN d’Abdelhamid Dbeibah à Tripoli, reconnu par l’ONU, et le GSN d’Oussama Hammad à Benghazi et Syrte, adossé au maréchal Khalifa Haftar.

Chaque camp dispose de son propre parlement, de sa propre zone économique spéciale et, largement, de sa propre administration judiciaire.

Aucune élection nationale n’a abouti depuis 2014, malgré des échéances promises et reportées année après année.

À l’est, le pouvoir se personnalise davantage encore : en août 2025, le Parlement de Tobrouk a modifié la loi militaire pour permettre au maréchal Haftar, âgé de 82 ans, de transmettre le commandement de l’Armée nationale libyenne à son fils Saddam, tandis que ses autres fils se répartissent la sécurité intérieure et les fonds de reconstruction.
À l’est, entre 1,800 et 2,000 combattants du groupe russe Africa Corps, héritier de Wagner, épaulent le maréchal Haftar aux côtés de mercenaires syriens.

Moscou y opère un réseau de quatre bases aériennes (Al-Jufra, Al-Khadim, Brak al-Shati, Al-Qardabiya) abritant chasseurs MiG-29, bombardiers Su-24 et systèmes de défense antiaérienne, et développe une cinquième installation à Maaten al-Sarra, près des frontières tchadienne et soudanaise.

À l’ouest, la Turquie arme et conseille militairement le Gouvernement d’unité nationale avec des drones Bayraktar TB2, tandis que les Émirats arabes unis arment et financent l’Armée nationale libyenne depuis 2014 en violation documentée de l’embargo de l’ONU.

Moscou négocie désormais des contreparties, bases navales, contrats pétroliers et miniers, en échange de son soutien, transformant un appui militaire en dépendance durable.
Les hydrocarbures représentent environ 90 % des recettes budgétaires et 95 % des exportations libyennes.

En août 2024, un différend sur la direction de la Banque centrale a suffi à diviser par deux la production pétrolière en quelques jours, provoquant un effondrement budgétaire immédiat.

Aucune agence de notation ne couvre plus la dette libyenne depuis le retrait de Fitch en 2011, faute d’informations fiables.
La GECOL a annoncé un déficit de production supérieur à 1,000 mégawatts durant l’été 2025 et de nouveau en 2026.

Le réseau électrique, endommagé par une décennie de conflit et vidé de son cuivre par les pillards, n’a pas été reconstruit à la hauteur des besoins.

Les cinq raffineries du pays ne couvrent qu’un tiers de la consommation nationale de carburant, le reste étant importé.
L’indice de perception de la corruption de Transparency International place la Libye à 13 points sur 100 en 2025, l’un des cinq scores les plus bas au monde.

Freedom House attribue au pays un score de 10 sur 100, statut Not Free, avec disparitions forcées et détentions arbitraires documentées jusqu’en 2025 et 2026.

La presse, classée 138e sur 180 pays par Reporters sans frontières, est largement instrumentalisée par l’un ou l’autre camp.
L’indice de développement humain a reculé pour la première fois en 2023, retombant à 0,721 après avoir atteint 0,746 l’année précédente.

Le chômage des jeunes atteint 23,1 %, davantage encore chez les femmes.

L’exode des professionnels qualifiés, entamé dès 2011, prive les deux administrations rivales des compétences nécessaires à toute reconstruction.
Les dynamiques structurelles
Deux pouvoirs, une seule rente pétrolière
La Compagnie nationale du pétrole reste le seul point de convergence technique entre deux camps qui s’affrontent partout ailleurs. C’est ce qui a évité l’effondrement total du pays, mais aussi ce qui transforme chaque champ pétrolier en objet de chantage politique dès qu’un désaccord survient.
Protecteurs devenus créanciers
Moscou et Ankara ont d’abord vendu leur appui militaire aux deux camps rivaux. Elles réclament désormais des contreparties concrètes, bases, contrats, ressources, qui verrouillent la Libye dans une dépendance sécuritaire qu’elle ne maîtrise plus.
Le pétrole finance tout, sauf l’électricité
Le pays assis sur les plus grandes réserves d’Afrique importe encore un tiers de son carburant raffiné et rationne son courant chaque été. La rente s’accumule dans les réserves de change ; elle ne se traduit pas en infrastructure pour les Libyens.
La migration comme monnaie diplomatique
Tripoli et Benghazi monnaient chacun de leur côté le contrôle des routes migratoires vers l’Europe. Une tragédie humaine, des milliers de morts en Méditerranée chaque année, devient un levier de négociation face à Rome et Bruxelles.
Un accord d’en haut, sans les Libyens
Le plan porté par Washington, qui maintiendrait Dbeibah au poste de premier ministre tout en élevant Saddam Haftar à un rôle exécutif national, a été discuté directement à Washington le 29 juin 2026 entre Marco Rubio et le fils du maréchal, en présence du conseiller Massad Boulos, qui négocie la navette diplomatique depuis mi-2025.
Les chefs du renseignement italien, égyptien et turc ont tous visité Tripoli ou Benghazi le même mois pour soutenir le cadre américain, et plus de cent députés de la Chambre des représentants de l’est l’ont endossé.
Le Pakistan s’est ajouté discrètement à ce ballet diplomatique début juillet 2026, médiant en parallèle avec l’assentiment de Washington et le soutien de l’Arabie saoudite, signe que même les puissances moyennes orientales voient dans la Libye un terrain d’affirmation diplomatique.
La Libye, tremplin russe vers le Sahel
Les bases aériennes de Jufra, Khadim et Brak al-Shati, complétées par une nouvelle installation à Maaten al-Sarra près des frontières tchadienne et soudanaise, transforment l’est libyen en plateforme de projection pour l’Africa Corps russe vers le Sahel, au moment même où la France a rendu sa dernière base tchadienne en janvier 2025.
La Banque centrale, seul arbitre de la rente
En août 2024, le Conseil présidentiel de Tripoli a limogé le gouverneur de la Banque centrale, Seddik el-Kebir ; en représailles, l’est a coupé la production pétrolière de près de 70 %, la ramenant à 400,000 barils par jour contre environ un million habituellement.
La crise n’a été résolue que le 26 septembre 2024 par un accord sous égide onusienne nommant Naji Issa gouverneur, avec reprise de la Banque centrale le 2 octobre et réouverture des sites pétroliers le lendemain.
Cet épisode révèle où se situe le véritable pouvoir : ni Tripoli ni Benghazi ne peuvent se passer de l’institution qui encaisse et redistribue la rente, ce qui en fait la cible prioritaire de tout bras de fer politique.
Le sud, une troisième fracture sous la fracture
Au-delà du clivage Tripoli-Benghazi, le Fezzan reste gouverné par des équilibres tribaux que l’État ne contrôle pas : les tribus arabes Zintan, Warfalla et Magarha, les Toubous et les Touaregs se disputent localement villes, routes et champs pétroliers comme celui de Sharara.
Ces rivalités, antérieures à 2011 mais ravivées par l’effondrement de l’État, expliquent pourquoi la présence de l’ANL ou du GUN sur le papier ne se traduit pas par un contrôle réel du territoire au sud du 29e parallèle.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Un vrai partage du pouvoir, pas un cessez-le-feu de façade
Un accord de gouvernance qui survivrait à deux budgets nationaux successifs changerait la nature du diagnostic.
La production dépasse 1,6 million de barils sans interruption
Une production stable sur douze mois montrerait que la rente n’est plus l’otage du calendrier politique.
Les mercenaires commencent réellement à partir
Un retrait vérifiable, même partiel, des forces russes ou turques signalerait une reprise de souveraineté sécuritaire.
Des élections nationales sont enfin organisées
Un scrutin qui aboutit, après plus d’une décennie de reports, redonnerait une légitimité que ni Tripoli ni Benghazi ne détiennent aujourd’hui seuls.
Les coupures d’électricité disparaissent pour de bon
Un été sans déficit de production électrique prouverait que la rente pétrolière commence enfin à financer les Libyens plutôt que les seules caisses de l’État.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Le projet d’alliance entre Haftar et Dbeibah aboutit à un partage stable du pouvoir. La production pétrolière dépasse durablement 1,6 million de barils par jour, finançant enfin la reconstruction du réseau électrique. Des élections locales, puis nationales, redonnent une légitimité partagée aux deux administrations.
Scénario défavorable
Le compromis budgétaire d’avril 2026 s’effondre. Un nouvel arrêt de la production, comme en août 2024, prive l’État de ses recettes en quelques jours. La succession dynastique organisée à l’est en 2025 se fissure entre les fils du maréchal Haftar, pendant que Moscou consolide sa base de Maaten al-Sarra et projette son influence vers le Sahel, provoquant une réaction occidentale et une nouvelle vague de départs migratoires.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Rupture du compromis budgétaire entre Tripoli et Benghazi.
Nouvel arrêt de la production pétrolière pour motif politique.
Aggravation des coupures d’électricité estivales.
Rivalité entre les fils du maréchal Haftar, 82 ans, si la succession dynastique organisée en 2025 ne tient pas à l’épreuve des faits.
La feuille de route électorale du 18 juin 2026, prévoyant un scrutin avant le 17 février 2027, déjà désavouée par le clan Haftar.
Nouvelle base russe de Maaten al-Sarra pleinement opérationnelle vers le Sahel.
Nouvelle vague de départs migratoires meurtriers en Méditerranée.
Échec du plan porté par Washington.
Signaux positifs
Production pétrolière à son plus haut niveau depuis treize ans.
Accord sur un budget national unifié en avril 2026.
Premiers appels d’offres pétroliers internationaux en dix-huit ans.
Plan de vingt projets électriques stratégiques lancé par la GECOL.
Intérêt renouvelé d’ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum.
Réunion des chefs d’état-major de l’est et de l’ouest à Syrte le 12 juillet 2026, saluée par la mission de l’ONU, actant un exercice militaire conjoint dans le sud, mais jugée surtout symbolique par les analystes.
Effets de voisinage
Tunisie
Route de transit migratoire majeure et zone de repli pour les civils fuyant les violences ; tensions frontalières récurrentes.
Égypte
Soutien historique au maréchal Haftar et à l’ANL ; frontière orientale de 1,115 kilomètres, sensible et étroitement surveillée par Le Caire.
Tchad, Niger et Soudan
Corridor saharien du trafic de migrants et des mercenaires ; combattants tchadiens et soudanais engagés dans les milices libyennes des deux camps.
Choc externe actif
Les tensions énergétiques mondiales, guerre au Proche-Orient, sanctions visant la Russie, soutiennent les cours du pétrole et gonflent les recettes libyennes sans effort supplémentaire. Le FMI met pourtant en garde : si cette manne est dépensée plutôt qu’épargnée, elle fragilise davantage le pays qu’elle ne le stabilise, en repoussant l’ajustement budgétaire que la trajectoire actuelle rend inévitable.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse pétrolière ni la survie de l’un ou l’autre gouvernement. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,854, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,9/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 1,8/5. A fiscal = 1 : recettes publiques concentrées à environ 90 % sur les hydrocarbures. B exportations = 1 : pétrole et gaz représentent plus de 90 % des exportations. C sécurité = 1 : sécurité du territoire assurée en partie par des mercenaires étrangers non contrôlés par l’État libyen. D réserves et financement = 5 : réserves de change couvrant 31 mois d’importations, un matelas exceptionnel. E décisionnel = 1 : arrangements politiques négociés depuis l’extérieur, gouvernement scindé en deux administrations rivales. Moyenne : (1 + 1 + 1 + 5 + 1) / 5 = 1,8. Quatre sous-indicateurs sur cinq (A, B, C, E) sont inférieurs ou égaux à 2, ce qui déclenche la règle de plafonnement à 2,5 ; la moyenne brute étant déjà inférieure à ce plafond, la règle ne modifie pas la note finale.
Sources : Banque mondiale, Banque africaine de développement, FMI, consultation au titre de l’article IV 2026, National Oil Corporation, General Electricity Company of Libya, Banque mondiale, Gini, Transparency International, RSF, Freedom House, PNUD, CNUCED, France Diplomatie, CIA World Factbook (statistiques du commerce extérieur), Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), IISS Military Balance, International Crisis Group (fonds souverain LIA), Conseil de sécurité des Nations unies (régime de sanctions LIA), Jeune Afrique et The Africa Report (succession du maréchal Haftar), Agence de presse africaine, panel d’experts de l’ONU sur la Libye (bases aériennes russes, embargo sur les armes), Reuters (médiation pakistanaise, 6 juillet 2026), département d’État américain et mission d’appui des Nations unies en Libye (plan d’unification, réunion de Syrte). Les valeurs commerciales sont présentées en dollars courants. Indice de Gini : non disponible, absence d’enquête fiable sur les revenus des ménages depuis plus d’une décennie de conflit.

En savoir plus sur SAPERE

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaire

Retour en haut

En savoir plus sur SAPERE

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture