Libye
La Libye n'est pas un pays pauvre. Elle dispose d'une rente et d'actifs extérieurs considérables, mais ses comptes publics sont devenus insoutenables et l'appareil d'État capable de convertir cette richesse en service rendu à ses habitants reste introuvable.
7,5 millions d'habitants et 48,4 milliards de barils de réserves prouvées, les premières d'Afrique. La production pétrolière a retrouvé le 22 juin 2026 son plus haut niveau depuis 2013, la Banque centrale porte 103 milliards de dollars d'avoirs extérieurs.
Et pourtant le Fonds monétaire international chiffre la dette publique à 146 % du PIB et le déficit à environ 30 %, et juge la trajectoire budgétaire insoutenable. Pendant la canicule de l'été, le courant a manqué plus de quinze heures par jour par cinquante degrés, et le pays importe pour environ un milliard de dollars de carburant chaque mois.
Le pouvoir est divisé depuis 2014 et deux exécutifs se disputent le territoire depuis 2022. Deux institutions ont mieux résisté que les autres à la fragmentation : la Compagnie nationale du pétrole et, depuis sa réunification formelle en août 2023, la Banque centrale. C'est par elles que le pays encaisse et paie.
Un seul pilier progresse depuis 2020, l'énergie, porté par le retour de la production. Six reculent, deux restent stables. La gouvernance, la défense et l'innovation sont en défaillance critique, sous 1,5 sur 5, et aucun pilier n'atteint le niveau « résilient ». L'écart entre ce que l'État encaisse et ce qu'il délivre ne cesse de s'élargir.
Une présence de l'Africa Corps est signalée sur six emprises aériennes à l'est et au sud, et des drones turcs couvrent l'ouest.
Le 10 août 2026, le chef du renseignement militaire de l'Armée nationale libyenne a été tué par une voiture piégée au cœur sécurisé de Benghazi.
Aucune revendication, aucun commanditaire publiquement identifié.
Ce qui sort, ce qui entre, et qui tient les vannes
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Présence militaire durable | Russie | ●●●● | Six emprises aériennes à l'est et au sud, où l'imagerie satellitaire documente des travaux depuis 2024. Une voie de transit vers le Sahel plus qu'une force de combat. |
| Appui armé à l'ouest | Turquie | ●●●● | Drones Bayraktar TB2, conseillers et base d'Al-Watiya auprès du Gouvernement d'unité nationale. Le Parlement turc a prolongé le déploiement de deux ans en décembre 2025. |
| Débouché de la rente | Italie et Union européenne | ●●●● | Le gazoduc Greenstream vers la Sicile, qui n'a livré qu'un dixième de sa capacité en 2025, et le premier rang de client pour le brut libyen. |
| Armement du camp de l'Est | Émirats arabes unis | ●●● | Drones, blindés et financement de l'Armée nationale libyenne depuis 2014, en violation répétée de l'embargo des Nations unies. |
| Profondeur stratégique orientale | Égypte | ●●● | 1,115 km de frontière commune, armement et formation de l'Armée nationale libyenne, et un modèle institutionnel dont le pouvoir de Benghazi s'inspire ouvertement. |
| Médiation politique | États-Unis | ●●● | Retour diplomatique après quinze ans d'effacement : médiation du budget unifié d'avril 2026, rencontre Rubio-Saddam Haftar le 29 juin 2026, appui à la feuille de route du 30 août 2026. |
| Biens manufacturés et finance | Chine | ●● | Premier fournisseur d'importations, environ 17 % du total, et depuis juillet 2026 un accès de la Banque centrale au système de paiement chinois. |
| Levier migratoire | Union européenne | ●● | La dépendance joue dans l'autre sens : 87 % des arrivées irrégulières en Italie partaient de Libye en août 2026. Chaque camp monnaie sa part du contrôle. |
Ce que le pays pèse
Ce qui tient, ce qui fragilise, pilier par pilier
Les neuf piliers en un coup d’œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle→Des caisses pleines, des comptes publics qui ne tiennent pas.+
IIIndustrie et technologieFragile et dépendant↘Au-delà du forage, le pays ne transforme presque rien.+
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelle↘Une population jeune dont le capital formé s'en va.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant→Elle pèse par ce qui traverse son sol, pas par ce qu'elle décide.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↗Premières réserves d'Afrique, une seule fonction énergétique assurée.+
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘La sécurité du pays est assurée par des forces qui ne sont pas les siennes.+
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique↘Une université héritée, vidée de ses moyens et de ses chercheurs.+
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Deux États rivaux, aucune élection depuis douze ans, et une succession de famille.+
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↘Le matelas est à elle, et il s'entame ; les décisions sont ailleurs.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
Une rente revenue à son niveau d'avant la guerre
Le 22 juin 2026, la production a retrouvé 1,48 million de barils par jour, son plus haut niveau depuis 2013, contre 0,86 pendant le blocus de 2020. Le premier appel d'offres en dix-huit ans a ramené les grandes compagnies internationales.
Sur ce socle, les avoirs extérieurs de la Banque centrale ont atteint 103 milliards de dollars à fin février 2026 : la Libye ne dépend d'aucun créancier extérieur pour son financement courant, ce qui est un avantage rare sur le continent.
Il ne dit pas que le pays est à l'abri. Le FMI chiffre la dette publique à 146 % du PIB en 2025 et prévoit une érosion des réserves à un niveau critique sans ajustement. Le matelas existe ; il se consomme.
Les deux institutions qui ont mieux résisté que les autres
Presque tout a été dupliqué depuis 2014 : deux gouvernements, des autorités législatives concurrentes, des administrations judiciaires fragmentées. La Banque centrale s'est pourtant réunifiée formellement en août 2023, là où rien d'autre ne s'est recollé, et la Compagnie nationale du pétrole a mieux résisté encore.
L'une encaisse, l'autre distribue, et les deux camps s'y retrouvent parce qu'aucun ne peut vivre sans l'autre moitié du pays. C'est une survivance, pas une institution consentie. Mais c'est par elle que le budget unifié du 12 avril 2026, le premier depuis 2013, a pu être signé.
Une géographie qui se vend par les deux bouts
Le gazoduc Greenstream relie directement la Libye à la Sicile, mais n'a livré qu'un dixième de sa capacité nominale en 2025 : le tuyau est un actif, pas encore un flux. Le brut, lui, part vers l'Europe sans franchir aucun détroit contesté.
À cette rente s'ajoute une monnaie d'échange que le pays ne produit pas : 87 % des arrivées irrégulières en Italie partaient de Libye en août 2026. Tripoli et Benghazi la monnaient séparément, chacun auprès des mêmes capitales européennes.
Quinze heures sans courant dans le pays qui détient les premières réserves d'Afrique
Pendant la canicule de l'été 2026, les coupures ont dépassé quinze heures par jour par des températures approchant cinquante degrés. Le 23 juillet, la colère est sortie dans la rue à Tripoli, Zaouïa, Khoms et Misrata, avec appel à la démission du gouvernement et lancement d'une désobéissance civile ; le 28 juillet, des manifestants occupaient le complexe de Mellitah.
Devant le Conseil de sécurité, le 18 août, la représentante spéciale a nommé les causes : fragmentation des institutions, sous-investissement, et détournement massif du carburant subventionné. Le pays dépense environ un milliard de dollars par mois pour importer ce qu'il ne raffine pas.
Le problème n'est pas la ressource, ni même seulement l'appareil qui devrait la transformer : c'est que les deux sommets y trouvent leur compte.
Une caisse de reconstruction exemptée de contrôle
Le 4 juin 2025, le Parlement de Tobrouk a doté le Fonds de développement et de reconstruction de 69 milliards de dinars, environ 13 milliards d'euros, assortis d'une exemption de contrôle administratif. Il est dirigé par un fils du maréchal Haftar.
La fracture ne passe plus seulement entre l'est et l'ouest : des députés du camp de l'Est demandent désormais la levée de cette exemption. Le pays est à 13 sur 100 à l'indice de perception de la corruption, 177e sur 182.
Une sécurité assurée par des forces qui ne sont pas libyennes
L'Africa Corps est signalé en août 2026 sur six emprises aériennes à l'est et au sud, en plateforme logistique vers le Sahel plus qu'en force de combat. À l'ouest, la Turquie fournit drones et conseillers ; les Émirats et l'Égypte arment le camp adverse. L'embargo des Nations unies est violé par plusieurs de ces parties à la fois.
Le 10 août 2026, le chef du renseignement militaire de l'Armée nationale libyenne a été tué par une voiture piégée en plein centre sécurisé de Benghazi, ville tenue sans partage depuis dix ans. Aucune revendication.
Ce n'est pas seulement la sécurité du pays qui manque : c'est celle de ceux qui étaient censés la garantir.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Le pouvoir est divisé depuis 2014, et deux exécutifs rivaux se disputent le territoire depuis 2022. À Tripoli, le Gouvernement d'unité nationale d'Abdelhamid Dbeibah, reconnu par les Nations unies, s'adosse à un archipel de milices dont aucune ne lui obéit entièrement.
À Benghazi et Syrte, le gouvernement d'Oussama Hammad s'adosse à l'Armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle l'est et le sud, donc l'essentiel des champs pétroliers.
À l'est, le pouvoir s'est transmis en famille avant de se transmettre en institution : le Parlement de Tobrouk a modifié la loi militaire en août 2025 pour placer Saddam Haftar à la tête de l'armée, et trois de ses quatre frères tiennent la sécurité intérieure, la réconciliation nationale et un fonds de 69 milliards de dinars.
Le troisième pouvoir n'est ni à Tripoli ni à Benghazi : c'est la Banque centrale, qui collecte la rente et la redistribue aux deux camps. En août 2024, le limogeage de son gouverneur avait suffi à couper près de 70 % de la production en quelques jours.
Ce troisième pouvoir vacille à son tour : le 10 août 2026, le jour même de l'attentat de Benghazi, le gouverneur Naji Issa a remis sa démission sans en exposer les motifs, le dollar s'échangeant alors à 9,30 dinars sur le marché parallèle.
Au sud, le Fezzan n'échappe pas aux deux camps : il leur échappe par intermittence. Le contrôle y est discontinu et négocié, tenu par des milices tribales le plus souvent alliées à l'Armée nationale libyenne, et c'est là que les vulnérabilités de Saddam Haftar sont apparues.
À l'extérieur
La Russie est l'acteur dont l'emprise s'est le plus approfondie : six bases aériennes en août 2026, des travaux relevés par l'imagerie satellitaire américaine, et un dispositif qui ouvre une voie vers le Tchad et le Soudan. Ce n'est plus un appui à une faction, c'est une implantation.
La Turquie tient l'autre moitié, drones, conseillers et base d'Al-Watiya. Les Émirats arabes unis et l'Égypte arment le camp de l'Est, la seconde avec un modèle institutionnel que Benghazi imite ouvertement.
L'Italie et l'Union européenne achètent le gaz et le brut et financent la surveillance des côtes. Les États-Unis sont revenus après quinze ans d'effacement, et la Chine avance par la finance plus que par les armes.
Ces protecteurs sont devenus des preneurs de gages. Bases, contrats pétroliers, accès : ce qui était donné pour soutenir une faction se paie désormais en contreparties.
Ce que la carte impose
Ce qui changerait la donne
La feuille de route du 30 août tient son délai
Elle promet des législatives et une présidentielle sous vingt-quatre mois. Quatre feuilles de route l'ont précédée depuis 2015 : le premier acte vérifiable sera la recomposition de la commission électorale, pas le scrutin.
Maaten al-Sarra achève sa montée en puissance
Opérationnelle, la moins avancée des six emprises donnerait à la Russie une profondeur aérienne directe sur le Sahel, hors de portée des dispositifs européens.
La succession s'ouvre à l'est
L'assassinat du chef du renseignement militaire, le 10 août 2026, a montré que la ville la mieux tenue du pays ne l'est plus entièrement. Une succession contestée déferait l'unique chaîne de commandement lisible du pays.
La NOC déclare la force majeure
Le terminal de Zaouïa, 120,000 barils par jour, a essuyé une série de frappes de drones en août 2026. Une force majeure romprait la trajectoire de production et rappellerait qu'aucune installation n'est protégée par un État.
Le budget unifié se rompt une seconde fois
Sa rupture rouvrirait le scénario d'août 2024, quand un différend sur le gouverneur de la Banque centrale avait coupé près de 70 % de la production en quelques jours.
C'est le mécanisme par lequel la politique libyenne se convertit le plus vite en choc mondial.
Les avoirs extérieurs commencent à se vider
Sur janvier et février 2026, 2,2 milliards de dollars sont entrés et 4,2 sont sortis. Un reflux durable des cours retirerait au pays le dernier attribut de souveraineté qui lui reste entier.
À cinq ans · 2026-2031
Le scrutin a lieu et l'argent sert à quelque chose
Les élections se tiennent dans le délai de vingt-quatre mois, un exécutif unique en sort, et la reconstruction du réseau électrique devient le premier poste de dépense au lieu de la sécurité. Ce chemin suppose que les deux familles acceptent un scrutin dont l'objet est de les déloger.
La partition qui fonctionne assez pour durer
Le calendrier glisse sans rupture ouverte. La rente remplit la caisse commune, la Banque centrale arbitre, l'électricité manque chaque été et la rue sort chaque été. Ni effondrement ni reconstruction : un État qui paie ses fonctionnaires sans administrer son territoire, et c'est le plus probable.
La succession et la caisse cèdent ensemble
Une succession contestée à l'est rouvre la compétition armée au moment où le budget unifié se rompt. Les effets sortent du pays en quelques semaines : prix du brut, approvisionnement gazier de l'Italie, et reprise des départs par une côte d'où partent déjà 87 % des traversées vers l'Italie.
Le seul des six pays nord-africains calibrés dont trois piliers sont en défaillance
Ce n’est pas un pays qui manque de moyens, c’est un pays dont les moyens ne passent plus par un État. La grille SAPERE pèse lourdement la gouvernance et la défense, 13,5 % chacune, parce qu’un socle matériel sans institutions ne survit pas à un choc : il change simplement de propriétaire. La Libye en fournit la démonstration, pas l’exception.
Le diagnostic est falsifiable. Le premier fait qui commencerait à démentir la trajectoire centrale serait la recomposition effective de la commission électorale : pas le scrutin, qui viendrait bien plus tard, mais le premier acte administratif qui coûte quelque chose à ceux qui l’ont signé. Quatre feuilles de route ont buté sur cette marche depuis 2015.
La rente n’a jamais cessé de couler, et c’est précisément pour cela que rien n’oblige personne à rebâtir l’appareil qui devrait la dépenser.
Méthodologie et sources
La note globale est la somme pondérée de neuf piliers évalués chacun sur cinq points : économie et finance, industrie et technologie, démographie et capital humain, diplomatie et influence, énergie et ressources, défense et sécurité, innovation et savoir, gouvernance et institutions, autonomie stratégique.
Quatre piliers pèsent 13,5 % chacun, quatre pèsent 9 %, l'autonomie stratégique 10 %. La somme donne ici 1,744, arrondie à 1,7 ; c'est la note affichée qui détermine le niveau qualitatif.
L'échelle mesure la capacité à absorber un choc et à préserver une liberté d'action, non la richesse du sous-sol ni la stabilité apparente du pouvoir.
Un pilier bien noté n'est pas un pilier riche : c'est un pilier qui tient sans béquille.
Données arrêtées au 13 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026.
Révision éditoriale du 15 septembre 2026 : liens de sources corrigés, et mise en page reprise pour la lecture sur téléphone. La fenêtre d'observation n'est pas étendue et aucune note ne bouge.
Les points d'attention assumés : la Libye ne publie pas de comptes nationaux consolidés depuis 2014 et n'a plus de notation souveraine depuis le retrait de Fitch en 2011. La Banque mondiale ne calcule aucun coefficient de Gini pour le pays, faute d'enquête sur les revenus depuis 2011.
Les séries budgétaires du Fonds monétaire international et de la Banque africaine de développement ne sont pas directement comparables : leur divergence reflète notamment des différences de périmètre et l'absence de comptes publics consolidés, en particulier à l'Est. La fiche retient la première et signale la seconde, sans prétendre les réconcilier.
La durée des coupures d'électricité varie selon les sources, de quatorze heures dans les relevés de presse de fin juillet à plus de quinze dans l'exposé onusien du 18 août. C'est ce dernier qui est retenu, avec sa date.
Le rang de premier ou de deuxième producteur africain n'est pas retenu ici : il change d'un mois à l'autre selon la source et la date, Forbes Afrique plaçant le Nigeria devant en mars 2026 quand la NOC annonçait 1,48 million de barils par jour en juin. Seul le volume est porté.
Les effectifs des forces étrangères présentes sur le sol libyen sont des estimations, par nature invérifiables sur place, et la formulation retenue suit celle des sources : une présence signalée sur des emprises où des travaux sont documentés, non un réseau de bases dont Moscou disposerait en propre.
7,5 millions de Libyens vivent sous un pouvoir divisé depuis 2014 et sous deux exécutifs rivaux depuis 2022, sans qu’aucune élection nationale n’ait abouti depuis 2014. Le GUN d’Abdelhamid Dbeibah tient Tripoli et l’ouest, reconnu par l’ONU ; le GSN d’Oussama Hammad tient Benghazi, Syrte et l’essentiel des champs pétroliers, adossé au maréchal Khalifa Haftar.
Sous ce ciel divisé, le pétrole ne connaît qu’un maître : la production a atteint 1,48 million de barils par jour en juin 2026, son plus haut niveau depuis treize ans, et les avoirs extérieurs de la Banque centrale atteignent 103 milliards de dollars à fin février 2026, contre 95,6 à fin 2024. Mais cette rente n’achète ni l’électricité stable, la GECOL annonce chaque été un déficit supérieur à 1,000 mégawatts, ni la paix : des mercenaires russes de l’Africa Corps épaulent Haftar pendant que la Turquie arme Tripoli.
La Libye n’est pas un État failli au sens somalien ; c’est un État suspendu, où la rente pétrolière finance la survie de deux pouvoirs sans jamais financer leur réunification. Un plan porté par Washington, qui élèverait Saddam Haftar à un rôle exécutif national aux côtés de Dbeibah et discuté directement le 29 juin 2026 entre le secrétaire d’État Marco Rubio et le fils du maréchal, pourrait geler cette partition plutôt que la résoudre.
La feuille de route électorale du 18 juin 2026, aussitôt désavouée par le clan Haftar, puis celle du 30 août 2026 signée en format 4+4 au siège de la MANUL, qui lui substitue un délai de vingt-quatre mois sans date fixe : la quatrième depuis 2015, et la première que les quatre institutions rivales signent ensemble.
La capacité de la NOC à résister aux pressions des deux camps.
La Libye revendique un poids pétrolier mondial, elle est membre de l’OPEP et tient un levier direct sur les approvisionnements énergétiques européens, alors même que son territoire est patrouillé par des forces qu’aucune des deux administrations ne contrôle entièrement : mercenaires russes à l’est, conseillers turcs à l’ouest.
Cette tension traverse toute la vie politique du pays. Les deux camps négocient séparément avec l’extérieur tout en dépendant l’un et l’autre de parrains étrangers pour leur survie militaire. Le projet d’alliance Haftar-Dbeibah, porté depuis Washington, illustre cette contradiction : la solution à la fracture libyenne continue de se dessiner ailleurs qu’à Tripoli ou à Benghazi.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Italie | Pétrole brut, produits raffinés | ~7,5 Mds $ | ~24,6 % |
| Allemagne | Pétrole brut | ~4,6 Mds $ | ~15,1 % |
| Royaume-Uni | Pétrole brut | ~2,8 Mds $ | ~9,11 % |
| Grèce | Pétrole brut | ~2,6 Mds $ | ~8,57 % |
| Espagne | Pétrole brut | ~2,5 Mds $ | ~8,32 % |
🇺🇸 Position États-Unis · 7e client · ~4,88 % · environ 1,5 milliard de dollars.
🇨🇳 Position Chine à l’export · 8e client · ~3,8 % · environ 1,2 milliard de dollars.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, électronique, textiles | ~3,6 Mds $ | ~17,1 % |
| Turquie | Matériaux de construction, biens de consommation | ~2,8 Mds $ | ~13,4 % |
| Italie | Machines, équipements | ~2,4 Mds $ | ~11,6 % |
| Égypte | Produits alimentaires, biens de consommation | ~1,9 Mds $ | ~9,31 % |
| Grèce | Produits raffinés, biens divers | ~1,2 Mds $ | ~5,67 % |
🇺🇸 Position États-Unis à l’import : hors classement disponible dans les statistiques les plus récentes.
La production a retrouvé son plus haut niveau depuis treize ans, à 1,48 million de barils par jour en juin 2026.
Les majors internationales, ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum, reviennent se positionner sur de nouveaux blocs d’exploration.
Le matelas grossit, mais il fuit par le bas. Sur les deux premiers mois de 2026, 2,2 milliards de dollars sont entrés au titre des recettes pétrolières et 4,2 milliards sont sortis : deux milliards de solde négatif en huit semaines, que seul le stock absorbe.
Cette solidité financière a traversé sans rupture le blocus pétrolier de 2020-2021 et la crise de gouvernance de la Banque centrale de 2024.
À ces réserves s’ajoute un second matelas, le fonds souverain LIA, qui gère encore environ 70 milliards de dollars d’actifs à l’étranger selon l’International Crisis Group, gelés par les sanctions de l’ONU depuis 2011 mais partiellement débloqués pour réinvestissement en janvier 2025.
Le contrôle des routes migratoires vers l’Europe donne aux deux administrations rivales, chacune de leur côté, un levier de négociation face à l’Union européenne.
Chaque camp dispose de son autorité législative, de sa propre zone économique spéciale et, largement, de sa propre administration judiciaire. La symétrie s’arrête là : le Haut Conseil d’État de Tripoli et la Chambre des représentants de Tobrouk n’ont ni le même statut ni les mêmes pouvoirs.
Aucune élection nationale n’a abouti depuis 2014, malgré des échéances promises et reportées année après année.
À l’est, le pouvoir se personnalise davantage encore : en août 2025, le Parlement de Tobrouk a modifié la loi militaire pour permettre au maréchal Haftar, né en novembre 1943, de transmettre le commandement de l’Armée nationale libyenne à son fils Saddam, tandis que ses autres fils se répartissent la sécurité intérieure et les fonds de reconstruction.
Moscou y opère un réseau de quatre bases aériennes (Al-Jufra, Al-Khadim, Brak al-Shati, Al-Qardabiya) abritant chasseurs MiG-29, bombardiers Su-24 et systèmes de défense antiaérienne, et développe une cinquième installation à Maaten al-Sarra, près des frontières tchadienne et soudanaise.
À l’ouest, la Turquie arme et conseille militairement le Gouvernement d’unité nationale avec des drones Bayraktar TB2, tandis que les Émirats arabes unis arment et financent l’Armée nationale libyenne depuis 2014 en violation documentée de l’embargo de l’ONU.
Moscou négocie désormais des contreparties, bases navales, contrats pétroliers et miniers, en échange de son soutien, transformant un appui militaire en dépendance durable.
En août 2024, un différend sur la direction de la Banque centrale a suffi à diviser par deux la production pétrolière en quelques jours, provoquant un effondrement budgétaire immédiat.
Aucune agence de notation ne couvre plus la dette libyenne depuis le retrait de Fitch en 2011, faute d’informations fiables.
Le réseau électrique, endommagé par une décennie de conflit et vidé de son cuivre par les pillards, n’a pas été reconstruit à la hauteur des besoins.
Les cinq raffineries du pays ne couvrent qu’un tiers de la consommation nationale de carburant, le reste étant importé.
Freedom House attribue au pays un score de 10 sur 100, statut Not Free, avec disparitions forcées et détentions arbitraires documentées jusqu’en 2025 et 2026.
La presse, classée 138e sur 180 pays par Reporters sans frontières, est largement instrumentalisée par l’un ou l’autre camp.
Le chômage des jeunes atteint 23,1 %, davantage encore chez les femmes.
L’exode des professionnels qualifiés, entamé dès 2011, prive les deux administrations rivales des compétences nécessaires à toute reconstruction.
Les chefs du renseignement italien, égyptien et turc ont tous visité Tripoli ou Benghazi le même mois pour soutenir le cadre américain, et plus de cent députés de la Chambre des représentants de l’est l’ont endossé.
Le Pakistan s’est ajouté discrètement à ce ballet diplomatique début juillet 2026, médiant en parallèle avec l’assentiment de Washington et le soutien de l’Arabie saoudite, signe que même les puissances moyennes orientales voient dans la Libye un terrain d’affirmation diplomatique.
La crise n’a été résolue que le 26 septembre 2024 par un accord sous égide onusienne nommant Naji Issa gouverneur, avec reprise de la Banque centrale le 2 octobre et réouverture des sites pétroliers le lendemain.
Cet épisode révèle où se situe le véritable pouvoir : ni Tripoli ni Benghazi ne peuvent se passer de l’institution qui encaisse et redistribue la rente, ce qui en fait la cible prioritaire de tout bras de fer politique.
Ces rivalités, antérieures à 2011 mais ravivées par l’effondrement de l’État, expliquent pourquoi la présence de l’ANL ou du GUN au sud du 29e parallèle relève d’un contrôle discontinu et négocié, adossé à des milices tribales le plus souvent alliées à l’Armée nationale libyenne, plutôt que d’une administration du territoire.
Nouvel arrêt de la production pétrolière pour motif politique.
Aggravation des coupures d’électricité estivales.
Rivalité entre les fils du maréchal Haftar, né en novembre 1943, si la succession dynastique organisée en 2025 ne tient pas à l’épreuve des faits.
La feuille de route du 30 août 2026, qui promet législatives et présidentielle sous vingt-quatre mois, si elle connaît le sort de celle du 18 juin 2026, désavouée par le clan Haftar quelques jours après son annonce.
Nouvelle base russe de Maaten al-Sarra pleinement opérationnelle vers le Sahel.
Nouvelle vague de départs migratoires meurtriers en Méditerranée.
Échec du plan porté par Washington.
Accord sur un budget national unifié en avril 2026.
Premiers appels d’offres pétroliers internationaux en dix-huit ans.
Plan de vingt projets électriques stratégiques lancé par la GECOL.
Intérêt renouvelé d’ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum.
Réunion des chefs d’état-major de l’est et de l’ouest à Syrte le 12 juillet 2026, saluée par la mission de l’ONU, actant un exercice militaire conjoint dans le sud, mais jugée surtout symbolique par les analystes.
I · Économie et finance
Avoirs extérieurs de la Banque centrale de 103 milliards de dollars à fin février 2026, contre 95,6 à fin 2024.
Second matelas financier via le fonds souverain LIA, environ 70 milliards de dollars d'actifs, partiellement débloqué pour réinvestissement en janvier 2025.
Excédent courant projeté à 23,6 % du PIB en 2026.
Solde budgétaire redressé selon la Banque africaine de développement, de -24,8 % du PIB en 2024 à -4,2 % en 2025, avec un excédent de 2,2 % attendu en 2026. Les deux séries ne sont pas directement comparables : leur divergence reflète notamment des différences de périmètre et l'absence de comptes publics consolidés, en particulier à l'Est, dont le Fonds signale lui-même ne connaître ni la composition ni le financement du budget.
Premier budget d’État unifié depuis 2013, signé le 12 avril 2026 par la Chambre des représentants et le Haut Conseil d’État sous médiation américaine.
Solde budgétaire redressé de -24,8 % du PIB en 2024 à -4,2 % en 2025, avec un excédent de 2,2 % attendu en 2026 (Banque africaine de développement).
Aucune notation souveraine depuis le retrait de Fitch en 2011, faute d'informations fiables.
Déficit budgétaire de 24,8 % du PIB en 2024 lors de la crise de gouvernance de la Banque centrale.
Dévaluation du dinar de 14,7 % en janvier 2026 ; le dollar s'échangeait à 9,30 dinars sur le marché parallèle en août 2026, contre l'engagement de le ramener sous 7,00 pris à la nomination du gouverneur en octobre 2024.
Dette publique à 146 % du PIB en 2025, près du double de son niveau de deux ans plus tôt, et déficit budgétaire d'environ 30 % du PIB : le Fonds monétaire international juge la trajectoire insoutenable et prévoit une érosion des réserves à un niveau critique à moyen terme sans ajustement (consultation au titre de l'article IV, avril 2026).
Le gouverneur de la Banque centrale, Naji Issa, a remis sa démission le 10 août 2026 sans en exposer les motifs, invoquant leur sensibilité.
Sur janvier et février 2026, 2,2 milliards de dollars de recettes pétrolières sont entrés et 4,2 milliards sont sortis : le stock absorbe un solde négatif de deux milliards en deux mois.
II · Industrie et technologie
Retour progressif des majors internationales, ExxonMobil, Eni, TotalEnergies, Shell et British Petroleum préqualifiées pour de nouveaux blocs.
Premier appel d’offres pétrolier et gazier en dix-huit ans : accords signés en 2026 avec Repsol, Turkish Petroleum, Eni, QatarEnergy et MOL.
Capacité de raffinage effective de 90,000 barils par jour, un tiers seulement de la consommation nationale.
Cinq raffineries, pour la plupart à l'arrêt ou sous-utilisées.
Dépendance quasi totale aux importations de biens manufacturés et de carburants raffinés.
III · Démographie et capital humain
Indice de développement humain de 0,721 en 2023, catégorie développement élevé, supérieur à l'Égypte et au Maroc selon le PNUD.
Population totale de 7,5 millions d'habitants, faible densité, pression démographique limitée.
Taux de chômage des jeunes de 23,1 %.
Exode massif de professionnels qualifiés depuis 2011.
Système de santé et d'éducation fragmenté entre les deux administrations rivales.
Coupures d'électricité de plus de quinze heures par jour pendant la canicule de l'été 2026, par des températures approchant 50 degrés, affectant des centaines de milliers de personnes (MANUL devant le Conseil de sécurité, 18 août 2026).
IV · Diplomatie, influence et information
Levier direct sur l'Union européenne via le contrôle des routes migratoires et le gazoduc Greenstream vers l'Italie : 87 % des arrivées irrégulières en Italie partaient de Libye en août 2026, contre 92 % un an plus tôt (Organisation internationale pour les migrations, 12 août 2026).
Siège reconnu par l'ONU pour le Gouvernement d'unité nationale.
Classement 138e sur 180 pays au Reporters sans frontières 2026, avec un score de 40,34, en recul d’une place sur un an ; presse fragmentée par le conflit.
Dépendance à la médiation de puissances extérieures pour tout compromis politique.
L'héritier du camp de l'Est joue l'équidistance : reçu à Washington aux côtés de Massad Boulos et du secrétaire d'État américain, Saddam Haftar s'est rendu à Moscou le 19 août 2026, moins de deux mois plus tard.
Absence d'élections nationales depuis 2014, ce qui prive les deux pouvoirs de légitimité internationale pleine.
Saddam Haftar construit une légitimité régionale par des libérations d'otages au Sahel, deux anciens mercenaires russes obtenus auprès des séparatistes maliens puis un ressortissant américain : une capacité de négociation transnationale qui dépasse la mission de tenue des frontières, et qui se joue hors de tout cadre d'État.
V · Énergie et ressources
Cinquièmes réserves de gaz naturel d'Afrique.
Production pétrolière remontée à 1,48 million de barils par jour le 22 juin 2026, un plus haut depuis 2013, dont 1,438,560 barils de brut et 49,163 de condensats (NOC).
Découverte d’Essar déclarée commercialement viable en juillet 2026 : 195 millions de barils de réserves, environ 5,000 barils par jour attendus, développement confié à Zueitina après la découverte par OMV.
Gazoduc Greenstream reliant directement la Libye à l'Italie, capacité d'environ 10 milliards de mètres cubes par an.
Potentiel solaire élevé encore marginal : une centrale de 1,500 mégawatts en projet dans l'est avec PowerChina et EDF, une autre de 500 mégawatts à Al-Sadada portée par TotalEnergies.
Réseau électrique vétuste, endommagé par une décennie de conflit et de pillage de câbles.
Dépendance aux importations pour les deux tiers des produits pétroliers raffinés consommés localement.
Gazoduc Greenstream très largement sous-utilisé : environ 1 milliard de mètres cubes livrés à l'Italie en 2025, contre 1,4 en 2024 et 2,5 en 2023, pour une capacité nominale voisine de 10 milliards ; plus bas niveau d'exportation gazière depuis vingt-deux ans.
Essence fortement subventionnée à 0,03 dollar le litre, source de contrebande : la MANUL a dénoncé devant le Conseil de sécurité, le 18 août 2026, un détournement massif du carburant subventionné dans l’électricité et la sécurité, pour une facture d’importation d’environ un milliard de dollars par mois.
Le complexe pétro-gazier de Mellitah a été occupé par des manifestants le 28 juillet 2026 ; le pays n’a évité le black-out général que par la reprise des livraisons de gaz.
Le terminal de Zaouïa, 120,000 barils par jour alimentés par le gisement de Charara, a subi une série de frappes de drones en août 2026, dont la cinquième le 11 août ; la NOC a envisagé de déclarer la force majeure, sans qu’aucune revendication ait été formulée.
Le terminal de Zaouïa, 120,000 barils par jour, est alimenté par le gisement de Charara, qui peut en produire jusqu'à 300,000 : une frappe sur ce terminal met en jeu bien plus que sa capacité d'expédition du jour.
VI · Défense et sécurité
Armée nationale libyenne à l'est, forte d'environ 32,000 hommes selon les estimations de 2025.
En avril 2026, les forces de l'Est et de l'Ouest ont participé pour la première fois à des manœuvres conjointes à Syrte, dans le cadre de l'exercice Flintlock organisé sous égide du commandement américain pour l'Afrique. Les deux appareils militaires n'ont pour autant intégré ni leurs chaînes de commandement ni leurs systèmes de communication : une cohabitation, pas une armée.
Présence de l'Africa Corps signalée en août 2026 sur six emprises aériennes où des travaux soutenus par Moscou sont documentés : Al-Joufra, Al-Khadim, Al-Qardabiya, Brak al-Chati, Tamanhint et Maaten al-Sarra près des frontières tchadienne et soudanaise, auxquelles s’ajoutent le port et la base aérienne de Tobrouk : réfection de pistes, hangars et bâtiments de soutien relevés par l’imagerie satellitaire du projet Tearline de l’agence américaine de renseignement géospatial.
Effectifs de Brak al-Chati passés d’environ 300 à 450 hommes depuis décembre 2024.
Soutien militaire turc, drones Bayraktar TB2 et mercenaires syriens aux côtés du Gouvernement d'unité nationale ; armement émirati et égyptien de l'Armée nationale libyenne.
Prolifération de milices autonomes en dehors de toute chaîne de commandement unifiée.
Enlèvements et disparitions forcées récurrents visant des opposants, y compris des parlementaires, documentés jusqu'en 2025.
Embargo sur les armes de l'ONU régulièrement violé par plusieurs parties étrangères.
Le 10 août 2026, le général Fawzi al-Mansouri, chef du renseignement militaire de l'Armée nationale libyenne, a été tué par une voiture piégée en plein cœur sécurisé de Benghazi, ville tenue sans partage depuis dix ans. Aucune revendication, aucun commanditaire publiquement identifié ; l'arrestation d'une cellule annoncée le 13 août par l'état-major de l'Armée nationale libyenne n'a été reliée publiquement ni à l'attentat ni à aucune preuve.
VII · Innovation et savoir
Intérêt renouvelé de majors pétrolières internationales pour des partenariats techniques.
Exode des chercheurs et des professions qualifiées depuis 2011.
Infrastructures universitaires endommagées par le conflit, notamment à Benghazi et Derna.
Absence de tout écosystème national de start-up ou d'innovation structuré.
VIII · Gouvernance et institutions
Premier budget d'État unifié depuis 2013, signé le 12 avril 2026, signe d'un dialogue technique persistant entre les deux camps.
Feuille de route électorale signée le 30 août 2026 au siège de la MANUL à Tripoli, en format 4+4 entre le Gouvernement d'unité nationale, le Haut Conseil d'État, la Chambre des représentants et l'Armée nationale libyenne : législatives et présidentielle sous vingt-quatre mois, saluées par le Conseil de sécurité le 8 septembre 2026 comme une étape importante.
Le groupe d'experts des Nations unies sur la Libye écrit, dans son rapport du 24 mars 2026, que l'ampleur et le degré d'organisation des exportations illicites de produits pétroliers ont atteint des niveaux sans précédent, et que cela n'a été rendu possible que par l'implication directe d'Ibrahim Dbeibah et de Saddam Haftar : la contrebande n'est pas un parasite des deux camps, elle passe par leurs sommets.
Statut Not Free de Freedom House, avec un score de seulement 10 sur 100.
Aucune élection nationale aboutie depuis 2014, malgré des promesses répétées.
Système judiciaire fracturé entre juridictions rivales et décisions contradictoires.
Disparitions forcées et détentions arbitraires documentées jusqu'en 2025 et 2026.
Le 16 juillet 2026, la Cour pénale internationale a confirmé dix-sept chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité contre Khaled El Hishri, responsable de la prison de Mitiga à Tripoli, et l'a renvoyé en procès : première affaire libyenne à franchir ce stade après quinze ans d'enquête, pour des faits visés depuis 2015 et plus de 900 détenus concernés.
Personnalisation dynastique du pouvoir à l'est : en août 2025, le Parlement de Tobrouk a modifié la loi militaire pour organiser la succession du maréchal Haftar, né en novembre 1943, par son fils Saddam à la tête de l'Armée nationale libyenne.
Le Fonds de développement et de reconstruction, dirigé par un autre fils, Belgacem, a reçu du Parlement de Tobrouk un budget de 69 milliards de dinars le 4 juin 2025, environ 13 milliards d'euros, assorti d'une exemption de contrôle administratif que des députés du camp de l'Est demandent désormais de lever.
Le maréchal Haftar a cinq fils, et quatre d'entre eux tiennent des leviers nommés : Saddam à la tête de l'armée, Khaled aux forces de sécurité intérieure, Belgacem au Fonds de développement et de reconstruction, Al-Saddiq à la commission de réconciliation nationale.
Le mouvement né des coupures le 23 juillet 2026 ne s'est pas arrêté à la colère : il a appelé à la démission du gouvernement et lancé une désobéissance civile, à Zaouïa, Khoms, Misrata et surtout Tripoli, par des rassemblements de jeunes hommes souvent organisés la nuit.
IX · Autonomie stratégique
Statut de membre de l'OPEP, qui donne un droit de regard sur la politique pétrolière mondiale.
Exportations concentrées à plus de 90 % sur le pétrole et le gaz.
Sécurité du territoire assurée en partie par des forces étrangères non contrôlées par l'État libyen.
Arrangements politiques négociés depuis l'extérieur, à l'image du plan porté par Washington et discuté le 29 juin 2026 entre Marco Rubio et Saddam Haftar, fils du maréchal, ou de la feuille de route du 30 août 2026 signée au siège de la mission des Nations unies. Selon Le Monde, édition datée du 14 septembre 2026 et disponible la veille, le projet porté par Massad Boulos confierait la présidence d'une Libye réunifiée à Saddam Haftar et laisserait la primature à Abdel Hamid Dbeibah : une légitimité tirée d'un accord entre états-majors, non des urnes.
En juillet 2026 à Pékin, le gouverneur de la Banque centrale Naji Issa et son homologue chinois Pan Gongsheng sont convenus de la participation des banques libyennes au système de paiement CIPS et de l'entrée des placements libyens sur le marché obligataire chinois : une diversification des canaux, non un changement de monnaie de réserve.
Similaire
En savoir plus sur SAPERE
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

