Tanzanie | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté fin juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇹🇿 Tanzanie
70 millions d’habitants. Sixième économie d’Afrique subsaharienne, portée par l’or, le tourisme et une croissance proche de 6 % depuis cinq ans. Le plus puissant barrage hydroélectrique d’Afrique de l’Est vient d’entrer en service sur le fleuve Rufiji. Une élection contestée le 29 octobre 2025 a plongé le pays dans sa pire crise politique depuis l’indépendance.
SAPERE 2.2 · Un moteur économique qui accélère, un pouvoir qui se referme
Sous tension structurelle
2,7/5
12,75
Or et gaz en essor · répression électorale · isolement occidental croissant
Tendance depuis 2020 : deux trajectoires opposées se superposent. L’économie et l’énergie progressent sans interruption ; la gouvernance et la sécurité se sont effondrées en un an. Le score global bouge peu parce que ces deux mouvements se compensent, pas parce que rien ne se passe.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non la performance économique ni la légitimité électorale du pouvoir en place. À 2,7/5, la Tanzanie se situe parmi les pays sous tension structurelle : des fondamentaux économiques et énergétiques solides, neutralisés par une crise de gouvernance aiguë.
PIB nominal 2025
~87 Mds $
Bureau national des statistiques, FMI · environ 81e rang mondial
PIB PPA
~294 Mds $
Environ 69e rang mondial · croissance réelle de 6,0 % en 2025
Exportations · poids mondial
~0,05 %
~11,9 Mds $ en 2024 · or, noix de cajou, tabac, produits pétroliers raffinés
Importations · poids mondial
~0,06 %
~17,8 Mds $ (biens et services, 2025) · carburants, véhicules, machines
En résumé

La Tanzanie affiche, depuis cinq ans, l’une des trajectoires économiques les plus régulières d’Afrique subsaharienne : une croissance jamais retombée sous 4,5 % même pendant la pandémie, une inflation maîtrisée autour de 3 à 4 %, et un accès à l’électricité passé de 78 % à plus de 85 % de la population grâce à la mise en service du barrage Julius Nyerere, le plus puissant d’Afrique de l’Est.

Mais le 29 octobre 2025, cette trajectoire a heurté un mur politique. La réélection de la présidente CCM Samia Suluhu Hassan, obtenue après l’exclusion des principaux candidats d’opposition, a déclenché une répression dont le bilan humain reste contesté : de dizaines à plusieurs milliers de morts selon les sources, des disparitions forcées documentées, et la mise en accusation pour trahison, un chef passible de la peine capitale, du principal opposant Tundu Lissu.

Sur le plan économique, la Tanzanie poursuit sa trajectoire : elle continue de construire des barrages, des voies ferrées et des routes commerciales vers les Grands Lacs. Mais sa légitimité politique s’est fissurée au moment même où l’Union européenne et les États-Unis réexaminent leurs partenariats, poussant Dodoma à afficher son rapprochement avec Moscou, parallèlement à une stratégie de diversification de ses réserves de change par l’accumulation d’or.

La crise ne s’est pas refermée avec l’année 2025 : à l’approche de nouvelles manifestations annoncées début juillet 2026, le pouvoir a préventivement déployé ses forces de sécurité dans les grandes villes. Une partie des rassemblements prévus n’a pas eu lieu, la peur ayant précédé la répression elle-même. Ce climat, plus que tout indicateur macroéconomique, dit où en est réellement le pays.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Économie et finance 3,8Énergie et ressources 3,6Autonomie stratégique 3,2
Sous tension2,5-2,9
Diplomatie, influence et information 2,8Défense et sécurité 2,8
Démographie et capital humain 2,6
Fragile1,5-2,4
Gouvernance et institutions 1,8
Industrie et technologie 2,1Innovation et savoir 2,2
En défaillance1,0-1,4
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note.
Qui tient le pays ?
Samia Suluhu Hassan et le CCM. Le CCM figure parmi les partis au pouvoir sans interruption depuis le plus longtemps en Afrique. Réélue le 29 octobre 2025 après l’exclusion de la candidature du principal parti d’opposition, le CHADEMA, la présidente ne fait face à aucun contre-pouvoir institutionnel comparable à une coalition ou à une cour constitutionnelle réellement indépendante. Le chef de l’opposition Tundu Lissu est jugé pour trahison, un chef d’accusation passible de la peine de mort. Une commission d’enquête sur les violences post-électorales a été annoncée le 14 novembre 2025, ainsi qu’une promesse de réforme constitutionnelle. Zanzibar, île semi-autonome dotée de son propre gouvernement et de ses propres élections, ajoute une strate institutionnelle distincte et une revendication récurrente d’autonomie accrue, restée en sourdine pendant la crise du continent. Un différend foncier avec un investisseur britannique, révélé en juillet 2026, en rappelle la fragilité persistante.
Centre de gravité
Présidence Hassan et appareil du CCM. Le système décide par commandement vertical, sans partage réel du pouvoir avec une opposition institutionnalisée.
Vitesse d’exécution
Rapide sur les grands chantiers d’infrastructure (barrages, voies ferrées, routes) ; brutale et improvisée face à la contestation politique.
Test politique
Issue du procès Lissu, mise en œuvre réelle de la réforme constitutionnelle promise et conclusions de la commission d’enquête.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Un triangle diplomatique en recomposition rapide. Dodoma s’appuyait depuis quinze ans sur un équilibre entre la Chine, bailleur d’infrastructures, et l’Occident, source de financements concessionnels et de tourisme. La crise électorale d’octobre 2025 a rompu cet équilibre : Washington et Bruxelles durcissent leur position, tandis que Moscou s’engouffre dans l’espace ainsi ouvert.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Dodoma.
CHINE
●●●●
Premier fournisseur et principal partenaire des grandes infrastructures (voie ferrée à écartement standard, barrages), quatrième client à l’exportation.
Concentration de la dette de financement d’infrastructure et dépendance technologique, un poids que la Tanzanie limite en ouvrant son grand chantier ferroviaire à des banques européennes et à un contracteur turc.
ÉTATS-UNIS
●●●
Commerce bilatéral modeste (environ 431 M$ en 2025) mais partenaire sécuritaire historique et garant de l’éligibilité à l’AGOA.
Projet de loi bipartisan au Sénat visant à suspendre l’aide sécuritaire et le soutien commercial.
UNION EUROPÉENNE
●●●
Premier partenaire pour les financements concessionnels et le tourisme européen vers Zanzibar.
Blocage d’une visite parlementaire sur les droits humains en mai 2026 ; financements en attente.
RUSSIE
●●●
Depuis 2011, une filiale du groupe nucléaire public russe Rosatom possède le gisement d’uranium de Mkuju River, où une usine pilote tourne depuis juillet 2025. Ce socle économique ancien précède et dépasse le rapprochement diplomatique récent : vols directs Air Tanzania vers Moscou depuis juillet 2026, accord d’investissement avec le fonds Roscongress, commerce bilatéral en hausse de 20 à 25 % en 2025. En parallèle, la banque centrale accumule de l’or, 28 tonnes en 18 mois, dans une logique de diversification de ses réserves.
Relation ancienne mais rediscutée : des cargos sous pavillon tanzanien ont été frappés par l’armée russe près d’Odessa en juillet 2026, rappel que la guerre en Ukraine pèse aussi sur ce partenariat.
INDE
●●●
Deuxième client et deuxième fournisseur, or, noix de cajou et produits pétroliers raffinés. Diplomatie du savoir face à la Chine : l’IIT Madras a ouvert une antenne universitaire à Zanzibar en 2026.
Dépendance croisée sur les hydrocarbures raffinés.
EAC / SADC
●●●●
Double appartenance régionale unique en Afrique : port de Dar es Salaam, corridor ferroviaire vers l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la RD Congo.
Les crises voisines (Mozambique, RD Congo) rejaillissent par les frontières poreuses.
FRANCE
●●
TotalEnergies, premier actionnaire du pipeline Afrique de l’Est, 1,443 kilomètres pour environ 5 milliards de dollars, jusqu’au terminal de Tanga, environ 150 entreprises françaises implantées, plus de 100,000 touristes français par an à Zanzibar. Un premier forum d’affaires France-Tanzanie s’est tenu à Dar es Salaam en mai 2024.
Poids commercial direct marginal, présence surtout capitalistique et diplomatique.
La contradiction diplomatique

Dodoma se présente comme le futur carrefour logistique de l’Afrique des Grands Lacs : elle a reçu en un mois, en mai 2026, le président rwandais Paul Kagame puis le président kényan William Ruto, et accueille en juillet le président mozambicain Daniel Chapo pour la foire commerciale de Dar es Salaam. Cette ambition régionale bute sur une réalité plus sombre : le principal chef de l’opposition est jugé pour trahison, l’Union européenne bloque des financements et le Congrès américain examine des sanctions.

Cette tension traverse toute la politique étrangère tanzanienne. Le pays veut incarner l’intégration est-africaine par le rail et le port, tout en se repliant sur une gouvernance de plus en plus verrouillée ; il courtise Moscou pour compenser le durcissement occidental, au risque d’accentuer sa dépendance envers des partenaires eux-mêmes sous sanctions. Le paradoxe est allé jusqu’à l’absurde en juillet 2026 : au moment même où Dodoma multiplie les gestes envers la Russie, l’armée russe frappait au large d’Odessa des cargos civils sous pavillon tanzanien, tuant un marin. La Tanzanie parle ouverture régionale et pratique fermeture politique, et l’écart entre les deux discours s’élargit.

Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
PaysProduitsMontantPoids
Afrique du SudOr, minerais~2,29 Mds $~19 %
IndeOr, noix de cajou~1,84 Mds $~15 %
OugandaOr, produits divers~1,68 Mds $~14 %
ChineOr, produits agricoles~700 M$~6 %
Émirats arabes unisOr, minerais~625 M$~5 %
Poids estimé sur des exportations totales de 11,9 Mds $ en 2024 (OEC/Comtrade). France hors top 15 : environ 28 M$ d’exportations tanzaniennes en 2023, café, tabac et produits de la mer. Note méthodologique : les exportations totales tanzaniennes varient fortement selon la source, de 7 à 12 Mds $ pour 2024 selon l’OMC, la Banque mondiale ou l’OEC, un écart que plusieurs analystes attribuent en partie à la sous-déclaration douanière de l’or réexporté par des circuits informels vers les Émirats arabes unis.
5 premiers fournisseurs
PaysProduitsMontantPoids
ChineMachines, électronique, textiles~6,12 Mds $~34 %
IndeProduits pétroliers raffinés, pharmacie~4,67 Mds $~26 %
Émirats arabes unisMinerais, textiles~1,66 Mds $~9 %
Corée du SudVéhicules, machines~627 M$~4 %
JaponVéhicules, machines~602 M$~3 %
Poids estimé sur des importations totales de biens et services d’environ 17,8 Mds $ en 2025 (Banque de Tanzanie, classement des origines OEC/Comtrade 2024). France hors top 15 : environ 70 M$ d’importations françaises en 2023, machines et équipements électriques.
IDE entrants
~1,72 Mds $
Flux entrants 2024 (CNUCED, rapport 2025), en hausse de 28,3 % ; stock cumulé estimé à environ 20 Mds $, soit environ 25 % du PIB.
Investisseurs
Chine, Émirats arabes unis et Pays-Bas comptent parmi les dix premiers pays sources, qui concentrent 64,7 % des flux entrants de 2024.
🇫🇷 Position France
Hors top 15 en flux commerciaux directs ; présence via l’investissement, TotalEnergies premier actionnaire du pipeline Afrique de l’Est, et le tourisme vers Zanzibar.
🇺🇸 Position États-Unis
Commerce bilatéral de biens d’environ 431 M$ en 2025 (USTR), hors du top 5 côté exports comme imports ; relation traversée depuis 2026 par un projet de loi bipartisan de réévaluation de l’alliance bilatérale.
Quatre tendances structurelles
PIB réel
+4,8 % → +6,0 %
2020 à 2025 ; croissance jamais retombée sous 4,5 % en cinq ans, y compris pendant la pandémie.
Accès à l’électricité
78,4 % → 85,5 %
2020 à 2026, porté par le barrage Julius Nyerere (Banque de Tanzanie).
Dette publique
~38 % → 47,6 %
Part du PIB, 2020 à 2024 ; en hausse mais jugée soutenable par la BAD, sous le seuil de 55 %.
Inflation
3,3 % → 4,0 %
Moyenne 2020 contre avril 2026, sous l’effet des carburants et des transports.
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre piliers portent l’élan économique et énergétique du pays. Huit fractures fragilisent sa légitimité politique et son avenir régional.
4Forces8Failles
Ce qui tient
Le barrage Julius Nyerere, 2,115 mégawatts sur le fleuve Rufiji, est devenu à son achèvement en 2025 la plus grande centrale hydroélectrique d’Afrique de l’Est.
Il a porté l’accès national à l’électricité de 78 % à plus de 85 % de la population en six ans.
Combiné au gaz naturel, qui alimente déjà plus de 60 % du réseau, il transforme la physionomie énergétique du pays.
La Tanzanie affiche une croissance supérieure à 4,5 % chaque année depuis 2020, y compris pendant la pandémie de Covid-19.
Le Fonds monétaire international table sur 6,0 % en 2025 et une trajectoire proche de 6 % pour 2026 et 2027.
L’inflation reste maîtrisée autour de 3 à 4 %, une rareté en Afrique de l’Est.
La voie ferrée à écartement standard, plus de 10 milliards de dollars investis, relie déjà Dar es Salaam à Dodoma et s’étend vers l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo.
Son financement mêle des banques européennes, un assureur-crédit chinois et une banque britannique, ce qui limite la dépendance à un seul partenaire.
Le pays ambitionne de devenir le débouché portuaire naturel de l’Afrique des Grands Lacs, en concurrence avec le corridor angolais de Lobito.
Ce pari repose entièrement sur un point unique de fragilité : le port de Dar es Salaam lui-même, exposé à la montée des eaux au même titre que Lagos ou eThekwini.
Découvertes à partir de 2010, les réserves gazières offshore tanzaniennes atteignent 57,000 milliards de pieds cubes, parmi les plus importantes d’Afrique.
Le projet de gaz naturel liquéfié de Lindi, évalué à 42 milliards de dollars, attend la signature d’un accord hôte engageant l’État et les majors internationales.
S’il aboutit, il ferait de la Tanzanie un exportateur mondial de GNL avant la fin de la décennie.
Ce qui freine
Les deux principaux challengers, Tundu Lissu (CHADEMA) et Luhaga Mpina (ACT-Wazalendo), ont été écartés de la course avant le scrutin du 29 octobre 2025 ; Lissu reste depuis en détention, jugé pour trahison.
La répression n’a pas commencé le jour du vote : des militants d’opposition avaient déjà été enlevés et tués dès 2024, dont Mohammed Ali Kibao en septembre et Deusdedith Soka, toujours porté disparu, en août.
Le jour du scrutin, internet a été coupé à l’échelle nationale et X, Facebook, YouTube et Instagram bloqués ; les manifestants ont contourné le blocage via l’application Zello.
Le bilan humain de la répression qui a suivi varie de dizaines de morts selon les Nations unies à plusieurs milliers selon l’opposition et des organisations de défense des droits humains, avec des disparitions forcées documentées.
L’Union africaine elle-même a jugé que le scrutin n’avait pas respecté les valeurs démocratiques.
Neuf mois plus tard, à l’approche de nouvelles manifestations début juillet 2026, le pouvoir a déployé préventivement ses forces de sécurité dans les grandes villes : une partie des rassemblements prévus ne s’est pas tenue, la peur ayant fait le travail de la répression avant elle.
Tundu Lissu, chef du CHADEMA et principal rival de la présidente sortante, a été écarté de la course présidentielle avant d’être inculpé de trahison.
Ce chef d’accusation est passible de la peine de mort en droit tanzanien.
Son procès est devenu le symbole d’une justice perçue comme instrumentalisée contre l’opposition.
Un projet de loi bipartisan, porté par les sénateurs Shaheen et Cruz, a franchi l’étape de la commission des Affaires étrangères le 17 juin 2026.
Il prévoit de suspendre l’aide sécuritaire et le soutien au développement tant que Dodoma n’aura pas engagé de réformes démocratiques vérifiables.
L’éligibilité à l’AGOA n’est pas encore formellement remise en cause, mais le texte en crée l’architecture juridique.
L’Union européenne a bloqué, en mai 2026, la visite d’une sous-commission des droits humains à Dodoma.
L’incertitude sur la position future de Bruxelles pourrait retarder de nouveaux engagements européens.
Washington prépare la sanction, Bruxelles hésite : l’étau occidental se resserre des deux côtés à la fois.
La part de l’industrie manufacturière dans le PIB stagne autour de 8 % depuis trente ans, loin des objectifs de 23 puis 40 % fixés par les plans successifs.
Deux groupes familiaux, Bakhresa (la marque Azam, agroalimentaire et boissons) et MeTL (Mohammed Enterprises Tanzania Limited, fondé par la famille Dewji), concentrent l’essentiel de ce que le pays transforme lui-même, aux côtés des mines d’or de Barrick et d’AngloGold Ashanti.
Le reste s’exporte brut : la matière première part, la valeur se crée ailleurs.
La capacité installée a bondi à 4,075 mégawatts en février 2026, contre une demande nationale d’environ 2,071 mégawatts : le pays est passé du déficit chronique à un excédent confirmé par la commission parlementaire de l’énergie, sans délestage.
Mais les tarifs ne couvrent qu’environ 85 % du coût réel de fourniture, fragilisant la santé financière de la compagnie publique TANESCO.
Et près de 15 % de la population, essentiellement rurale, reste encore hors réseau malgré ces gains.
L’insurrection de Cabo Delgado, au nord du Mozambique, s’appuie sur des réseaux de recrutement actifs dans le sud de la Tanzanie, notamment la région de Mtwara.
Environ 300 soldats tanzaniens restent déployés dans le district frontalier de Nangade depuis le retrait de la mission régionale SAMIM.
Les incursions et les arrestations de suspects tanzaniens de part et d’autre de la frontière se poursuivent en 2026.
La population croît de près de 3 % par an, l’une des dynamiques démographiques les plus rapides au monde, avec un âge médian d’environ 18 ans.
La part des jeunes de 15 à 24 ans ni en emploi ni en formation reste stable autour de 13 % malgré la croissance économique.
Près des trois quarts des actifs travaillent encore dans l’économie informelle, loin des radars de l’État.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Verdict du procès Lissu.
Adoption définitive de la loi américaine de sanctions.
Rupture plus large avec l’Union européenne.
Nouvelle vague de répression si la contestation reprend après le déploiement préventif de juillet 2026.
Aggravation de l’insurrection au Mozambique.
Retournement des cours de l’or.
Montée des eaux sur le port de Dar es Salaam, cœur battant de toute la stratégie de corridor logistique.
Signaux positifs
Programme du FMI mené à son terme le 10 juillet 2026.
Signature de l’accord hôte du projet gazier de Lindi.
Achèvement des lignes de transmission électrique.
Extension du corridor ferroviaire vers le Rwanda et le Burundi.
Mise en œuvre réelle de la réforme constitutionnelle promise.
Effets de voisinage
Mozambique
Insurrection de Cabo Delgado à la frontière sud, réseaux de recrutement actifs côté tanzanien, environ 300 soldats déployés à Nangade.
Kenya
Partenaire et rival au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est ; contestation électorale tanzanienne débordée à la frontière de Namanga en octobre 2025.
RD Congo, Rwanda, Burundi, Ouganda
Débouchés naturels du corridor ferroviaire tanzanien vers les Grands Lacs, en concurrence avec le corridor angolais de Lobito.
Zambie
Modernisation conjointe avec la Chine de la ligne TAZARA (1,860 kilomètres), corridor historique d’exportation du cuivre zambien par le port de Dar es Salaam.
Choc externe actif
Les tensions au Moyen-Orient renchérissent les carburants et le fret, poussant la Banque de Tanzanie à relever son taux directeur à 6,25 % en juillet 2026. Ce choc énergétique est partiellement compensé par la vigueur des cours mondiaux de l’or, qui portent les recettes d’exportation. L’incertitude sur le renouvellement de l’AGOA, dont l’échéance approche fin 2026, ajoute une inconnue commerciale supplémentaire.
Les dynamiques structurelles
Le dividende démographique en suspens
Une population jeune et nombreuse est à la fois la plus grande promesse et le plus grand risque du pays : sans formation ni emplois formels, la croissance démographique alimente l’économie informelle plutôt que la productivité.
Le pari du gaz, repoussé depuis quinze ans
Découvertes en 2010, les réserves de Lindi restent sous la mer faute de décision finale d’investissement. Chaque année de retard est une année où le Mozambique et d’autres concurrents avancent sur le marché mondial du GNL.
L’or, rente et cycle des cours
L’or finance aujourd’hui la croissance et les réserves de change, mais expose le pays aux cycles mondiaux qu’il ne maîtrise pas ; la prospérité minière retarde la diversification qu’elle devrait pourtant financer. Barrick Gold (Bulyanhulu, North Mara) et AngloGold Ashanti (Geita) dominent l’extraction. Au-delà de l’or, de premiers projets de graphite (Nachu, Ruangwa), de lithium, de nickel et de cobalt pointent, mais restent à l’état de promesse.
Le triangle diplomatique
Occident qui se raidit, Chine qui s’enracine, Russie qui s’installe : chaque ouverture vers un pôle accroît désormais le coût politique des relations avec les autres, et la marge de manœuvre de Dodoma se réduit à mesure que le jeu se resserre.
Le rail comme projet de souveraineté
En finançant sa voie ferrée par une coalition de partenaires, banques européennes, assureur-crédit chinois, contracteur turc, la Tanzanie évite la dépendance à un bailleur unique : une diversification déjà à l’œuvre, à rebours du récit d’un pays sous tutelle chinoise. La commémoration commune, en juillet 2026, des ingénieurs chinois qui avaient bâti la ligne TAZARA entre 1970 et 1975 rappelle toutefois la profondeur historique du lien ferroviaire sino-tanzanien.
Dangote, le capital africain entre au capital tanzanien
Le Nigérian Aliko Dangote, connu pour son ciment, engage 46 milliards de dollars pour bâtir un conglomérat visant 100 milliards d’ici 2030 : énergie, engrais, et désormais la Tanzanie. La diversification des partenaires ne vient plus seulement de Pékin ou de Bruxelles, elle vient aussi de Lagos.
Le CCM, soixante ans de pouvoir ininterrompu
Aucune alternance n’a eu lieu depuis l’indépendance. Cette continuité a permis la stabilité et la planification à long terme des grands chantiers, mais elle interroge désormais la capacité du système à se réformer autrement que sous la contrainte.
Le clivage côte-intérieur, dormant mais pas éteint
Le pays est environ 60 % chrétien et 35 % musulman, mais cette moyenne nationale masque une géographie nette : la côte swahilie et Zanzibar, où l’islam est archi-majoritaire (99 % à Zanzibar), contre un intérieur agricole à dominante chrétienne. Le mouvement zanzibari Uamsho avait déjà provoqué incendies d’églises et appels à la sécession entre 2011 et 2013, avant l’emprisonnement de ses dirigeants. La même géographie recoupe aujourd’hui les réseaux de recrutement liés à l’insurrection de Cabo Delgado : un clivage historique que la crise politique actuelle pourrait raviver plutôt que créer.
Zanzibar, l’autre élection, l’autre calme
L’archipel vote pour son propre président : le 29 octobre 2025, le sortant CCM Hussein Mwinyi l’a emporté avec 78,8 % des voix face à Othman Masoud, vice-président sortant d’un gouvernement d’union avec l’ACT-Wazalendo, dans un scrutin que l’opposition qualifie de frauduleux. Contrairement au continent, Zanzibar est resté calme, sous forte présence militaire. Ce calme apparent n’efface pas une revendication d’autonomie plus ancienne que la crise actuelle, ravivée par intermittence depuis le mouvement Uamsho.
Le successeur déjà pressenti, l’interdiction d’y penser trop tôt
Emmanuel Nchimbi, ancien secrétaire général du CCM devenu vice-président en novembre 2025, fait figure de dauphin pour 2030, année où Samia Hassan et le président zanzibari achèveront tous deux leur dernier mandat constitutionnel. La présidente elle-même a publiquement averti ses ministres de ne pas manœuvrer trop tôt pour sa succession. Le calendrier est encore loin, mais la question de l’après-Samia façonne déjà les rapports de force internes au CCM.
Le tourisme, moteur et talon d’Achille
Le secteur a rapporté 4,4 milliards de dollars en 2025, 17 % du PIB continental et 29 % de celui de Zanzibar : un poids économique supérieur à celui du gaz naturel encore sous la mer. Mais cette manne dépend de marchés extérieurs volatils. Les États-Unis, premier pays d’origine des visiteurs, ont imposé le 1er janvier 2026 des restrictions partielles de visa touchant notamment le tourisme, une conséquence directe et concrète de la dégradation des relations bilatérales.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Le procès Lissu tourne à l’apaisement
Un acquittement ou une peine symbolique montrerait une volonté réelle de décrispation politique de la présidence Hassan.
Le gaz devient enfin réalité
La signature de l’accord hôte du projet de Lindi ferait basculer la Tanzanie parmi les futurs exportateurs mondiaux de GNL.
TANESCO retrouve l’équilibre financier
Une réforme tarifaire couvrant enfin le coût réel de fourniture consoliderait un excédent de capacité déjà acquis, mais que la compagnie publique peine à financer durablement.
Washington légifère jusqu’au bout
L’adoption définitive de la loi de réévaluation bilatérale ferait basculer la relation américaine dans la sanction ouverte.
L’insurrection mozambicaine franchit la frontière
Une attaque d’ampleur en territoire tanzanien changerait la nature du pilier défense et sécurité.
La raffinerie de Tanga se concrétise
Un accord gouvernemental avec le groupe Dangote pour répliquer sa raffinerie de Lagos réduirait la dépendance est-africaine, supérieure à 90 %, aux produits pétroliers importés.
L’usine principale d’uranium sort de terre
Le passage du stade pilote à l’usine principale de Mkuju River, annoncée pour 2029, ferait de la Tanzanie un pays producteur d’uranium et approfondirait d’autant l’emprise économique russe sur son sous-sol.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
L’accord gazier de Lindi est signé, les lignes de transmission sont achevées, le procès Lissu s’apaise et la croissance se maintient au-dessus de 6 %. La Tanzanie devient le carrefour logistique assumé de l’Afrique des Grands Lacs.
Scénario défavorable
Les sanctions américaines et européennes se durcissent, l’insurrection mozambicaine franchit la frontière et une nouvelle vague de contestation éclate avant les échéances électorales locales. L’isolement diplomatique s’installe durablement.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la légitimité électorale du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,7455, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,7/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 3,2/5, sans plafonnement. A fiscal = 3 : recettes en diversification, réforme fiscale en cours mais ratio recettes/PIB encore faible. B exportations = 3 : or dominant mais panier diversifié entre cajou, café, tabac et tourisme. C sécurité = 3 : force nationale autonome, budget modeste d’environ 1,4 % du PIB. D réserves et financement = 3 : environ cinq mois de couverture d’importations, niveau intermédiaire. E décisionnel = 4 : capacité de refus démontrée par le rapprochement russe malgré la pression occidentale, diplomatie multi-alignée EAC, SADC et partenaires émergents. Moyenne : (3 + 3 + 3 + 3 + 4) / 5 = 3,2. Aucun sous-indicateur inférieur ou égal à 2 : aucun plafonnement.

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