SAPERE · Les Forces et les FaillesSoudan · données arrêtées au 18 septembre 2026, révisé le 24 septembre 2026 · tendance depuis 2020
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Soudan

Profil géopolitique

Le Soudan est un État démembré, tenu par deux armées et adossé à des parrains étrangers.

1,3/5Défaillance critique↘ effondrement depuis 2020

53,3 millions d'habitants. Depuis le 15 avril 2023, deux généraux se disputent le pays : Abdel Fattah al-Burhan, à la tête de l'armée, et Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, qui commande les Forces de soutien rapide.

Les deux hommes étaient alors alliés : ils ont renversé ensemble Omar el-Béchir en 2019, puis, en 2021, la transition civile qui lui avait succédé. Leur rupture porte sur un point précis : qui des deux forces serait subordonnée à l'autre.

La situation
Deux gouvernements, aucun État entier

À l'est, un gouvernement reconnu, revenu à Khartoum en janvier 2026. À l'ouest, une autorité parallèle proclamée par les FSR le 26 juillet 2025, que personne ne reconnaît, mais qui exerce un contrôle militaire et administratif inégal sur l'essentiel du Darfour.

La trajectoire
Neuf piliers en recul, aucun stable

Le pays est passé d'une transition démocratique fragile à une guerre qui le coupe en deux. L'été 2026 a vu l'armée améliorer sa position au Kordofan, sans restaurer le contrôle national ni inverser la fragmentation.

La faille décisive
Une guerre que chaque camp peut financer

L'or, extrait dans des zones différentes mais vendu sur les mêmes marchés, paie les deux caisses de guerre. Tant qu'il finance les deux appareils de guerre, la contrainte financière à négocier reste faible.

Deux économies de guerre, deux réseaux de parrains

Chaque camp tient son territoire, vend son or et reçoit ses armes par des circuits distincts.
CAMP DE L’ARMÉE CAMP DES FSR KhartoumPort-Soudan Darfourouest du Kordofan Égypte, Turquie, Arabie saoudite soutiens sécuritaires et diplomatiques de nature variable Or officiel, bétail, sésame vendus au Golfe et à la Chine Émirats, selon l’ONU armes, mercenaires, logistique Or de contrebande écoulé vers Dubaï
Schéma des flux : positions non géographiques. À gauche, le camp de l'armée et du gouvernement reconnu ; à droite, celui des Forces de soutien rapide. Le rôle des Émirats est établi par des rapports de l'ONU et démenti par Abou Dhabi ; les soutiens du camp de l'armée vont de la coopération militaire de l'Égypte et de la Turquie à l'appui politique saoudien.

Ce qui décrit le pays

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres qui mesurent la guerre.
PIB nominal
~35-45 Mds $
2026 · estimations très divergentes · FMI
PIB en parité de pouvoir d'achat
~90 Mds $
estimation, faute de statistiques nationales fiables
Exportations · poids mondial
~0,02 %
~4,9 Mds $ de marchandises en 2023 · or, bétail, sésame, pétrole
Importations · poids mondial
~0,03 %
~6,3 Mds $ de marchandises en 2023 · sucre, machines, farine
Déplacés internes
9,1 millions
2026 · la plus grande crise de déplacement au monde
En insécurité alimentaire aiguë
19,5 millions
mai 2026 · près de deux Soudanais sur cinq
Réserves de change
~1,1 Md $
fin 2025, un niveau quasi épuisé

Qui achète, qui fournit

L'or officiel part vers Dubaï, le bétail vers l'Arabie saoudite, le sésame vers la Chine ; la Chine et l'Inde fournissent.
Premiers clients · parts 2023, dernier socle comparable, marchandises, données miroir BACI
RangPaysCe qu'il achètePart des exportations
1Émirats arabes unisOr~22,0 %
2ChineSésame, pétrole, coton~17,8 %
3Arabie saouditeBétail vivant~16,2 %
4MalaisiePétrole brut~9,5 %
5ÉgypteBétail vivant, coton~7,8 %
Ces chiffres ignorent l'or non déclaré : les estimations disponibles suggèrent qu'il dépasse les exportations enregistrées, une large part transitant par Dubaï.
Premiers fournisseurs · parts 2023, marchandises, données miroir BACI
RangPaysCe qu'il vendPart des importations
1ChineMachines, électronique, véhicules~20,4 %
2IndeSucre, médicaments~19,0 %
3ÉgypteFarine, sucre~15,7 %
4Émirats arabes unisCarburants, électronique~13,7 %
5Arabie saouditePlastiques, véhicules~6,5 %
Le pays importe de quoi nourrir et équiper une population en guerre, et vend surtout des matières brutes.

Quatre tendances structurelles

La couleur dit le sens pour le pays, pas celui de la flèche.
Deux inflexions favorables, deux défavorables : l'économie cesse de s'effondrer, mais la population s'enfonce dans le déplacement et la faim.

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020
Faire défiler la matrice vers la droite pour lire les tendances.
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Fragile et dépendant1,5-2,4↘Diplomatie, influence et information 1,6↘Énergie et ressources 1,6↘Autonomie stratégique 1,6
Défaillance critique1,0-1,4↘Industrie et technologie 1,3↘Économie et finance 1,2↘Démographie et capital humain 1,2↘Défense et sécurité 1,2↘Innovation et savoir 1,2↘Gouvernance et institutions 1,0
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n'atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0), « Résilient sous contrainte » (3,0-3,9) ni « Sous tension structurelle » (2,5-2,9).
Les neuf piliers reculent. Le plus bas : gouvernance 1,0, au plancher de l’échelle. Six piliers sont en « Défaillance critique », dont les quatre plus lourds de la grille : l’économie, l’industrie, la défense et la gouvernance. Le score global de 1,3 résulte de la somme pondérée de ces neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeDéfaillance critique↘Une économie qui ne finance plus l'État que par l'or et la planche à billets.
Ce qui tient
L'or continue de rapporter des devises même en temps de guerre.
Un rebond technique du PIB en 2025, après l'effondrement de 2024, et une diaspora qui soutient les ménages.
Ce qui fragilise
La livre a perdu plus de 80 % de sa valeur en deux ans, et l'inflation est restée supérieure à 150 % en 2025.
Près de 71 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, contre 36 % avant la guerre ; la dette dépasse 250 % du PIB.
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique↘Un appareil productif détruit ou pillé.
Ce qui tient
L'extraction artisanale d'or fait vivre des millions de Soudanais.
Autour de Port-Soudan et dans le Nord, quelques zones épargnées maintiennent une activité agroalimentaire, et la raffinerie de Khartoum est en réhabilitation.
Ce qui fragilise
Plus de 80 % de l'industrie et des manufactures sont à l'arrêt ; usines textiles, sucreries et cimenteries ont été détruites ou pillées sur les lignes de front.
L'essentiel de la valeur de l'or, raffinage, négoce et commercialisation, est capté hors du pays.
IIIDémographie et capital humainDéfaillance critique↘Une nation jeune précipitée vers la faim.
Ce qui tient
Une population jeune, avec un âge médian de 18,8 ans.
Les retours vers Khartoum et les réseaux communautaires montrent une résilience sociale réelle.
Ce qui fragilise
L'IPC a confirmé la famine à El Fasher et Kadugli, et signalé un risque dans vingt autres localités, selon la FAO, le PAM et l’UNICEF.
Huit millions d'enfants sont déscolarisés, et seuls 54 % des hôpitaux fonctionnent encore.
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Un siège à l'ONU, un sort décidé ailleurs.
Ce qui tient
Le gouvernement de Khartoum garde le siège du Soudan aux Nations unies et une reconnaissance presque unanime.
L'Égypte, la Turquie et, depuis l'accord du 17 août 2026, l'Arabie saoudite le soutiennent ouvertement.
Ce qui fragilise
Le pays reste suspendu de l'Union africaine depuis le coup d'État de 2021, et a rompu avec les Émirats et le Kenya.
Sa plainte contre les Émirats devant la Cour internationale de justice a échoué en mai 2025, la Cour s'étant déclarée incompétente.
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↘Un sous-sol généreux que l'État ne contrôle plus.
Ce qui tient
La production d'or officielle a atteint un record d'environ 64 à 70 tonnes en 2024 et 2025, dans les zones gouvernementales.
Le transit du pétrole sud-soudanais rapporte des droits de passage, exposés aux combats.
Ce qui fragilise
Les exportations officielles d'or ne dépassent pas 15 à 20 tonnes : une large part de l'écart est attribuée à la contrebande.
Le réseau électrique de Khartoum a été largement détruit, et une mine d'or effondrée au Kordofan-Occidental a tué au moins 82 personnes le 16 septembre 2026, selon l’agence AP.
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘Une armée qui reprend du terrain dans un pays coupé en deux.
Ce qui tient
L'armée garde un commandement unifié, une aviation et des drones ; elle a repris Khartoum en mars 2025, puis la route vers El Obeid fin juillet 2026, selon Al Jazeera.
Onze localités du Kordofan du Nord ont été reprises le 17 septembre selon l'armée, citée par Sudan Tribune ; l'armée annonce aussi plus de six cents ralliements de combattants des FSR en un mois, un chiffre non confirmé de source indépendante.
Ce qui fragilise
Depuis la chute d'El Fasher en octobre 2025, après plus de 500 jours de siège, les FSR dominent la majeure partie du Darfour, sans contrôle uniforme sur chaque ville ou chaque axe.
Les drones, employés par les deux camps, ont tué plus de 1,000 civils en cinq mois, selon l'ONU.
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique↘Des universités fermées, des chercheurs partis.
Ce qui tient
L'université de Khartoum garde un capital de réputation régional.
Une diaspora scientifique active travaille dans le Golfe et en Europe.
Ce qui fragilise
Une large part des établissements d'enseignement supérieur a fermé ou été détruite ; les campus de Khartoum ont servi d'abris aux déplacés.
La recherche est à l'arrêt, sans financement ni infrastructures.
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Deux autorités, aucune légitimité partagée.
Ce qui tient
Un cabinet dirigé par un civil, le Premier ministre Kamil Idris, est revenu à Khartoum en janvier 2026, sous l'autorité du Conseil de souveraineté.
Des réseaux de solidarité locaux pallient une partie de l'absence de l'État.
Ce qui fragilise
Aucune élection ni processus constitutionnel n'est en vue depuis le coup d'État de 2021, et l'opposition a rejeté en août 2026 le dialogue national proposé par Burhan.
L'indice de perception de la corruption classe le pays parmi les dix derniers au monde, selon Transparency International.
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↘L'armée peut refuser une médiation, elle ne peut pas refuser ses fournisseurs.
Ce qui tient
Khartoum a rejeté le plan de cessez-le-feu du Quad en février 2026 et rompu avec les Émirats en mai 2025.
L'or reste une ressource propre au pays, même détournée.
Ce qui fragilise
Aucun des deux camps ne maîtrise seul son outil militaire : chacun dépend d'un parrain étranger.
Les réserves de change, autour de 1,1 milliard de dollars fin 2025, sont quasi épuisées.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Quatre points d'ancrage, sept fractures

Ce qui empêche l'effondrement complet, et ce qui empêche tout redressement.
Ce qui tient
FORCE 01

Une rente qui maintient un noyau d'État

La production officielle, dans les zones sous contrôle gouvernemental, a atteint un record en 2024 et 2025.

Cette rente reste la principale source de devises de Khartoum, malgré une contrebande qui, selon plusieurs enquêtes, en détourne une large part vers Dubaï. C'est aussi l'économie de guerre du pays : l'or maintient un noyau d'État autant qu'il paie les combats.

FORCE 02

Khartoum reprise, un gouvernement rentré chez lui

L'armée a repris la capitale en mars 2025, après près de deux ans de combats, et le gouvernement civil y est revenu en janvier 2026.

Plusieurs millions de déplacés ont commencé à rentrer. La reconstruction reste entière, et des drones visent encore la capitale en août 2026.

Port-Soudan, siège du gouvernement pendant la guerre, a lui-même été frappé par des drones des FSR en mai 2025 : aucune zone n'est tout à fait à l'abri.

FORCE 03

Les cuisines d'urgence, dernier filet social

Là où aucun service public ne fonctionne, les Emergency Response Rooms, nées du mouvement populaire de 2019, organisent cuisines collectives et secours de quartier.

Distinctes des deux factions armées, elles incarnent une société civile qui continue d'exister ; les coupes de l'aide américaine en ont fait fermer plusieurs.

La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Union africaine entretiennent la mobilisation par des conférences successives, à Paris en 2024, à Londres en 2025, à Berlin en 2026 ; les humanitaires redoutent pourtant que le Soudan devienne une crise oubliée.

FORCE 04

Une reconnaissance internationale qui protège l'État

Le gouvernement de Khartoum conserve le siège du Soudan à l'ONU, contrairement à l'autorité parallèle des FSR.

Aucun État tiers n'a reconnu le gouvernement proclamé par les FSR, ce qui empêche la partition de fait de devenir une partition de droit.

Ce qui freine
FAILLE 01

Un pays à deux têtes

Depuis le 26 juillet 2025, les FSR et leurs alliés de l'alliance Tasis ont leur propre gouvernement, qui exerce une autorité de fait, inégale, sur l'essentiel du Darfour et une partie du Kordofan.

Ce territoire s'est construit dans le sang : la chute d'El Fasher, fin octobre 2025, après plus de 500 jours de siège, a fait au moins 6,000 morts recensés par l'ONU, selon Reuters.

L'attaque du camp de Zamzam en avril 2025 avait déjà jeté sur les routes 400,000 à 450,000 personnes en quelques jours. Le nombre de civils tués a presque triplé en 2025, avec environ 11,300 morts recensés par l'ONU.

Le pays fonctionne avec deux administrations, deux chaînes de commandement et deux réseaux de soutiens étrangers.

FAILLE 02

La famine installée dans les zones assiégées

Près de 19,5 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, et la famine est confirmée à El Fasher et Kadugli, selon la FAO, le PAM et l’UNICEF.

Le plan de réponse de l'ONU n'était financé qu'à 35 % en août 2026, et la récolte est menacée par la sécheresse liée à El Niño.

La faim n'est pas seulement une conséquence du conflit. Les entraves à l'accès humanitaire, les sièges de villes et la destruction des marchés en font, selon plusieurs organisations, un instrument de guerre délibéré.

Le Programme alimentaire mondial rappelle que le pays importe environ 80 % de son blé : chaque choc sur les prix ou les routes maritimes se répercute directement sur la faim.

FAILLE 03

La plus grande crise de déplacement au monde

Plus de 9 millions de personnes restent déplacées à l'intérieur du pays, contre un pic d'environ 12 millions de déplacés internes.

S'y ajoutent près de 4 millions de réfugiés hors du pays, dont environ 1,5 million en Égypte et plus de 1,2 million au Tchad.

Au total, 34 millions de personnes, deux tiers de la population, ont besoin d'une aide humanitaire selon l'ONU ; une épidémie de choléra a fait au moins 120 morts depuis mai 2026.

FAILLE 04

Un État privé des recettes de son propre or

Sur une production réelle estimée à plus de 90 tonnes, les exportations officielles ne dépassent pas 15 à 20 tonnes.

Une large part de l'écart est attribuée à la contrebande, principalement vers les Émirats ; l'Union européenne a interdit en juillet 2026 les importations d'or soudanais, et The Sentry a documenté l'immobilier de luxe détenu à Dubaï par des chefs des FSR.

FAILLE 05

Des institutions capturées

Aucune élection n'est en vue depuis 2021, et l'administration a cessé de fonctionner sur une large part du territoire.

Le camp gouvernemental s'appuie sur des réseaux issus de l'ancien régime d'Omar el-Béchir, qui renforcent l'armée mais compromettent la transition civile.

FAILLE 06

Une économie sans réserves

Les réserves de change sont tombées à 1,1 milliard de dollars fin 2025.

L'agriculture, qui fait vivre la majorité de la population, dépend fortement des engrais du Golfe, coupés par le blocage d'Ormuz.

Le climat aggrave ce que la guerre a commencé : sécheresses et inondations ne causent ni le conflit ni la famine, mais elles multiplient les déplacements, les tensions foncières et les routes coupées.

La flambée du cours de l'or, elle, profite indifféremment aux deux camps.

FAILLE 07

Aucun cessez-le-feu en vue

Khartoum a rejeté en février 2026 le plan américain présenté par l'émissaire Massad Boulos, et le Quad n'a pas atteint l'objectif fixé par Washington pour le 4 juillet.

En septembre, Washington pousse une trêve humanitaire et des sanctions renforcées à l'ONU, jusqu'à un embargo sur les drones qui irrite l'armée.

La guerre s'est régionalisée : au moins sept pays voisins ou proches y servent de corridor ou de parrain, et le premier cycle de médiation, lancé à Djeddah en mai 2023, est suspendu depuis août de la même année.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Deux généraux, deux gouvernements, et des parrains qui arment chacun leur camp.

À l'intérieur

Le Premier ministre Kamil Idris dirige depuis Khartoum un gouvernement civil placé sous l'autorité du Conseil de souveraineté du général Burhan. Le centre de gravité reste l'état-major, pas le cabinet.

Face à lui, l'alliance Tasis, formée autour des FSR, a proclamé son propre gouvernement, sans reconnaissance mais bien réel sur le terrain.

Une cour soudanaise a condamné Hemedti à mort par contumace le 13 juillet 2026, sentence surtout symbolique qui ferme toute issue judiciaire négociée.

Décision rapideSur le plan militaire : reprise de Khartoum, puis contre-offensive au Kordofan.
Décision lenteSur la reconstruction, l'électricité et l'administration civile.
Test politiqueUn cessez-le-feu durable, et un accès humanitaire sans entrave.

À l'extérieur

Aucun des deux camps ne se bat sans parrain. L'armée s'appuie sur la coopération militaire de l'Égypte et de la Turquie, et sur l'appui politique de l'Arabie saoudite, qui a formalisé son soutien par un accord de coopération le 17 août, selon la presse régionale.

Les FSR s'appuient sur les Émirats, selon plusieurs enquêtes de l'ONU.

Un Groupe d'experts de l'ONU documente dans son rapport de septembre 2026 jusqu'à 2,000 mercenaires colombiens formés et financés depuis Abou Dhabi pour le siège d'El Fasher. Les Émirats démentent toute implication militaire.

La Russie a entretenu des liens avec les deux camps : réseaux aurifères hérités de Wagner du côté des FSR, Washington l'accusant en janvier 2025 de financer les deux belligérants selon Reuters, et rapprochement avec l'armée, qui lui négocie une base navale à Port-Soudan.

La Chine, premier fournisseur, cherche déjà, selon la presse économique, à conclure des accords portuaires et énergétiques pour l'après-guerre.

La médiation elle-même est devenue un terrain de rivalité.

Riyad, qui a lancé avec Washington le processus de Djeddah dès mai 2023, accuse depuis février 2026 Abou Dhabi, selon la presse régionale, de former avec Israël un « axe de la sécession » qui soutiendrait à la fois les séparatistes du Yémen, le Somaliland et les FSR.

Le Qatar s'est rapproché, selon plusieurs analyses régionales, de Riyad, du Caire et d'Ankara.

D'où la contradiction diplomatique du pays. Le Soudan revendique sa souveraineté à l'ONU et devant la Cour internationale de justice, tout en étant, sur le terrain, l'otage des puissances qui arment ses deux camps.

Le Kenya, accusé par Khartoum d'avoir accueilli la signature de la charte du gouvernement parallèle, s'est attiré la condamnation de plusieurs États africains et arabes.

De quoi dépend le Soudan ?De l'or, des armes de ses parrains et de l'aide humanitaire.
Choc externe actifLe blocage d'Ormuz a coupé une grande part des engrais du Golfe à l'approche des semis.
Ce que Khartoum peut opposerSa reconnaissance internationale, et le refus des plans de paix qui ne lui conviennent pas.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Or, armes, mercenairesÉmirats arabes unis●●●●●L'or de contrebande des FSR et, selon l'ONU, leur approvisionnement militaire.
Sécurité et réfugiésÉgypte●●●●L'appui militaire à l'armée et l'accueil d'environ 1,5 million de réfugiés.
Mer Rouge et médiationArabie saoudite●●●Un soutien désormais formel au gouvernement, et le premier client du bétail.
CommerceChine●●●Le premier fournisseur, et des accords d'après-guerre en préparation.
Double jeuRussie●●●Des liens hérités de Wagner avec les FSR et une base navale négociée avec l'armée à Port-Soudan.
Frontière et réfugiésTchad●●●La principale porte de sortie du Darfour, et un voisin en forte tension avec Khartoum.
HumanitaireFrance●●Une mobilisation par des conférences successives à Paris, Londres et Berlin, sans levier sur les belligérants.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, appui militaire, exposition financière et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Sept voisins, dont plusieurs servent de corridor à l'un ou l'autre camp.
DARFOURSOUDAN ÉGYPTE TCHAD SOUDAN DU SUD ÉTHIOPIE Mer Rouge Port-Soudan Siège du gouvernement pendant la guerre, sur la mer Rouge. Khartoum Reprise par l’armée en mars 2025, gouvernement revenu en 2026. El Fasher Prise par les FSR en octobre 2025 ; famine confirmée. El Obeid Cible des FSR ; l’armée reprend l’initiative à l’été 2026. Projection Equal Earth · contours Natural Earth et GADM simplifiés · hachures : Darfour SOUDAN DARFOUR ÉGYPTE TCHAD SOUDAN DU SUD ÉTHIOPIE
Le Soudan figure en couleur, ses voisins en gris ; les hachures et le tireté délimitent le Darfour, ses cinq États tenus pour l'essentiel par les Forces de soutien rapide. Les cartouches situent Port-Soudan, Khartoum, El Fasher et El Obeid.
TchadPlus de 1,2 million de réfugiés accueillis ; N'Djaména accuse l'armée soudanaise d'avoir frappé un convoi militaire tchadien fin août 2026.
ÉgypteEnviron 1,5 million de réfugiés ; la stabilité du Soudan conditionne la sécurité de sa frontière sud et l'accès au Nil.
Soudan du SudDépend des oléoducs soudanais et de Port-Soudan pour exporter son pétrole : toute interruption prive Juba de devises et Khartoum de droits de transit.
LibyeCorridor logistique vers les FSR par les zones du maréchal Haftar.
ÉthiopieUne enquête de Reuters situe un camp d'entraînement des FSR près d'Asosa, en Éthiopie, ce que ni Addis-Abeba ni Abou Dhabi n'ont reconnu.

Ces voisins ne subissent pas seulement la guerre : ils l'alimentent ou en profitent. La Libye du maréchal Haftar sert de corridor aux FSR, et l'Égypte arme l'autre camp.

Le Tchad s'est rapproché d'Abou Dhabi au point de tendre ses relations avec Paris, qui a rétrocédé sa dernière base tchadienne fin janvier 2025.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui feraient bouger le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
Trêve

Un cessez-le-feu tient plus de trois mois

Aucune trêve négociée depuis 2023 n'a résisté aussi longtemps ; ce serait le premier signe d'un processus politique réel.

Reconnaissance

Un État reconnaît le gouvernement parallèle

La partition de fait basculerait vers une partition de droit.

Famine

La famine s'étend au-delà d'El Fasher et de Kadugli

Vingt autres localités sont signalées à risque ; toute extension serait un point de bascule humanitaire et diplomatique.

Or

Les sanctions sur l'or dépassent l'Union européenne

Si d'autres marchés suivaient, le financement aurifère de la guerre pourrait réellement se tarir.

El Obeid

El Obeid tombe ou se dégage

La ville relie le Darfour, le Kordofan et le centre : sa chute rendrait aux FSR un projet territorial, son dégagement consoliderait l'armée.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.
Trajectoire favorable

La trêve qui tient

Un cessez-le-feu négocié tient, l'aide humanitaire circule sans entrave, et une transition civile s'appuie sur les réseaux qui ont maintenu la société en vie pendant la guerre.

L'or, mieux tracé, recommence à financer une reconstruction plutôt qu'une guerre.

Trajectoire centrale

La guerre sans vainqueur

L'armée consolide le centre et l'est et grignote le Kordofan ; les FSR tiennent le Darfour et leur gouvernement reste sans reconnaissance.

Les parrains se figent en deux blocs, et l'or continue de financer les deux caisses de guerre. C'est la trajectoire qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.

Trajectoire défavorable

La partition

Le conflit s'enlise et se régionalise, le gouvernement parallèle gagne une reconnaissance de fait, et le pays se fragmente en zones sous tutelle étrangère.

La famine se généralise au Darfour et au Kordofan.

Méthodologie et sources

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.

Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.

Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Comment on arrive à 1,3. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,2985.

C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,3 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.

La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Sources principales : Fonds monétaire international, FAO, PAM et UNICEF (famine confirmée), Cour internationale de justice, The Sentry, Sudan Tribune (Kordofan), Al Jazeera (route d’El Obeid), OEC et base BACI du CEPII (commerce 2023), Transparency International, Associated Press (mine d’or), Reuters (El Fasher), Reuters (camp d’Asosa), Reuters (Russie), Programme alimentaire mondial.

Les points d'attention assumés : les tableaux commerciaux reposent sur les déclarations des partenaires et ignorent l'or de contrebande ; les bilans humains restent des estimations, faute d'accès aux zones de combat.

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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