SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 17 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇸🇩 Soudan
53,3 millions d’habitants. Plus de 150,000 morts selon les estimations depuis le 15 avril 2023. Plus de 9 millions de déplacés à l’intérieur du pays. Près de 20 millions de personnes en insécurité alimentaire aiguë. Un gouvernement, un gouvernement parallèle, aucune paix en vue.
SAPERE 2.2 · Un État démembré, tenu par deux armées et loué à des parrains étrangers
État en défaillance
1,3/5
11,35
Guerre civile depuis 2023 · gouvernement parallèle proclamé · famine aux portes
↓Tendance depuis 2020 : effondrement. Le pays est passé d’une transition démocratique fragile à une guerre civile qui fragmente désormais son autorité en deux blocs armés rivaux. Dans notre évaluation, aucun des neuf piliers ne présente une amélioration nette depuis 2020.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver une autonomie de décision, non un jugement moral sur les belligérants. À 1,3/5, le Soudan se situe parmi les États en défaillance, aux côtés de la Somalie, du Yémen ou de la République centrafricaine.
PIB nominal 2026
~35-45 Mds $
FMI, estimations très divergentes selon les millesimes · environ 110e rang mondial
PIB PPA
~90 Mds $
Estimation · environ 150e rang mondial · ~0,07 % du PIB mondial
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan ne fonctionne plus comme un État unifié : le pays est devenu un champ de bataille entre deux généraux : Abdel Fattah al-Burhan, à la tête des FAS, et Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », qui commande les FSR. La reconquête de Khartoum par l’armée régulière, en mars 2025, puis le retour du gouvernement civil dans la capitale en janvier 2026, ont donné l’illusion d’un retour à la normale. Mais l’illusion s’arrête aux limites de la ville. Les deux forces sont pourtant issues du même système : l’armée et les FSR ont participé ensemble à la chute d’Omar el-Béchir en 2019, puis au coup d’État de 2021. La rupture éclate sur un point précis : le calendrier d’intégration des FSR dans l’armée régulière, prévu par l’accord de transition vers un pouvoir civil. Ni Burhan ni Hemedti n’acceptent de subordonner leur propre force à l’autre, et la compétition pour le pouvoir suprême bascule en guerre ouverte le 15 avril 2023.
Le pays reste coupé en deux blocs. À l’est, autour de Khartoum et de Port-Soudan, un gouvernement internationalement reconnu peine à reconstruire ce que la guerre a détruit. À l’ouest, au Darfour et dans une partie du Kordofan, les Forces de soutien rapide, qui ont proclamé le 26 juillet 2025 un gouvernement parallèle, contrôlent un territoire qu’aucun État tiers ne reconnaît officiellement. Entre les deux, l’or reste une ressource commune : des circuits aurifères distincts financent les deux camps et s’écoulent, largement en contrebande, vers les Émirats arabes unis.
Ces chiffres ne disent pas tout : c’est leur répartition entre deux autorités rivales, deux économies de guerre distinctes et deux réseaux de parrains étrangers qui distingue le Soudan des autres conflits contemporains. Le pays ne s’effondre pas comme un bloc, il se fragmente comme un puzzle dont chaque pièce appartient à un acteur différent, souvent étranger.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Fragile1,5-2,4
Diplomatie, influence et information 1,8Énergie et ressources 1,6
En défaillance1,0-1,4
Autonomie stratégique 1,4Industrie et technologie 1,3Économie et finance 1,2Démographie et capital humain 1,2Innovation et savoir 1,2Défense et sécurité 1,0Gouvernance et institutions 1,0
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note. Sept des neuf piliers sont en défaillance ; aucun n’est stable ou en hausse.
Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Un gouvernement civil placé sous la tutelle du Conseil de souveraineté militaire. Depuis janvier 2026, le Premier ministre Kamil Idris dirige, depuis Khartoum reconquise, ce gouvernement civil, sous l’autorité du Conseil de souveraineté présidé par le général Abdel Fattah al-Burhan. Ce pouvoir ne s’exerce que sur une partie du territoire national et dépend largement du soutien militaire de l’Égypte et de la Turquie. Le camp gouvernemental s’appuie aussi sur des réseaux militaires et administratifs issus de l’ancien régime islamiste d’Omar el-Béchir : leur remobilisation renforce ponctuellement l’armée, mais compromet la perspective d’une transition civile et alimente la méfiance de plusieurs partenaires étrangers. Face à lui, l’alliance Tasis, formée autour des FSR, a proclamé le 1er juillet 2025 un conseil de gouvernance concurrent, sans reconnaissance internationale mais bien réel sur le territoire qu’il contrôle.
Centre de gravité
Le Conseil de souveraineté et l’état-major des Forces armées soudanaises, davantage qu’un gouvernement civil aux moyens limités.
Vitesse d’exécution
Rapide sur le plan militaire, avec la reconquête de Khartoum ; quasi nulle sur la reconstruction, l’électricité ou l’administration civile.
Test politique
Tenue ou non d’un cessez-le-feu durable, sort du gouvernement parallèle des FSR, capacité à rouvrir un accès humanitaire sans entrave.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance critique et rivale. Aucun des deux camps en guerre ne peut se maintenir sans un parrain étranger : les Émirats arabes unis pour les Forces de soutien rapide, l’Égypte et la Turquie pour les Forces armées soudanaises. Le Soudan n’est plus seulement l’objet d’une dépendance économique classique, il est devenu le théâtre d’une rivalité géopolitique qui se joue en grande partie hors de ses frontières.
Échelle de dépendance (● à ●●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, l’appui militaire, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Khartoum comme des Forces de soutien rapide.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●●●
Premier client officiel (43 %) mais surtout plaque tournante de l’or de contrebande des Forces de soutien rapide, accusées d’en recevoir armes et mercenaires en retour.
Khartoum les a assignés devant la Cour internationale de justice pour complicité de génocide ; la Cour s’est déclarée incompétente en mai 2025, mais l’accusation reste au cœur de la diplomatie soudanaise contre Abou Dhabi.
RUSSIE
●●●
Soutien aux Forces de soutien rapide via l’Africa Corps, héritier de Wagner, et concessions minières aurifères, tout en négociant une base navale à Port-Soudan avec le camp gouvernemental, verrou stratégique proche du détroit de Bab-el-Mandeb où la Chine dispose aussi d’intérêts portuaires et commerciaux croissants.
Un double jeu documenté par un panel d’experts de l’ONU, qui arme un camp tout en courtisant l’autre.
ÉGYPTE
●●●●
Soutien historique et sécuritaire des Forces armées soudanaises, premier pays d’accueil des réfugiés soudanais, environ 1,5 million de personnes selon le HCR.
Dépendance sécuritaire du camp gouvernemental à l’appui égyptien.
CHINE
●●●
Premier fournisseur (22 %) et deuxième client (16 %) ; achète l’or et les oléagineux sans s’impliquer publiquement dans le conflit.
Aucun levier politique exercé ouvertement, mais dépendance commerciale structurelle.
ARABIE SAOUDITE
●●●
Médiateur historique du processus de Djeddah et acteur majeur de la mer Rouge. Riyad privilégie la continuité de l’État soudanais, ce qui le rapproche de fait du camp de Burhan, sans s’engager aussi directement que l’Égypte ou la Turquie. Médiation menée conjointement avec les États-Unis, puis intégrée au groupe Quad, dont le plan de cessez-le-feu a été rejeté par Khartoum en février 2026. Le Qatar, médiateur clé des accords de paix du Darfour en 2010-2011, s’était effacé derrière la rivalité saoudo-émiratie avant de rallier récemment l’axe Riyad-Le Caire-Ankara face à Abou Dhabi.
Riyad accuse ouvertement Abou Dhabi de former un « axe de la sécession » avec Israël, soutenant à la fois les séparatistes du Yémen, l’indépendance du Somaliland et les Forces de soutien rapide au Soudan : la rivalité golfique fait de la médiation saoudienne un instrument de compétition régionale autant qu’un moyen de paix.
TCHAD ET VOISINS
●●●
Premier pays d’accueil des réfugiés du Darfour, corridor humanitaire vital mais sous tension croissante.
Risque de contagion régionale du conflit.
KENYA
●●
A accueilli à Nairobi la signature de la charte fondatrice du gouvernement parallèle des Forces de soutien rapide.
Rupture diplomatique avec Khartoum, condamnation par plusieurs États africains et arabes.
FRANCE
●●
Co-présidence des conférences humanitaires de Paris (2024), Londres (2025) et Berlin (2026) ; parmi les dix premiers bailleurs humanitaires.
Poids diplomatique réel mais sans levier direct sur les belligérants ni sur leurs parrains régionaux.
La contradiction diplomatique
Le Soudan revendique sa souveraineté à l’ONU et devant la Cour internationale de justice, tout en étant, sur le terrain, l’otage d’acteurs étrangers qui arment ses deux camps rivaux. Les Émirats arabes unis, accusés par plusieurs enquêtes onusiennes et journalistiques de soutenir les Forces de soutien rapide tout en niant catégoriquement toute implication militaire, illustrent ce télescopage entre le discours diplomatique et la réalité du champ de bataille.
Cette tension traverse toute la scène régionale. Le Kenya, accusé par Khartoum d’avoir accueilli et financé la formation du gouvernement parallèle des Forces de soutien rapide, s’est attiré la condamnation de plusieurs États africains et arabes. Le Soudan parle encore au nom d’un État uni, mais ce nom recouvre chaque mois un peu moins une réalité de terrain unifiée.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
Pays
Produits
Montant
Poids
Émirats arabes unis
Or, pétrole brut, bétail
~1,6 Md $
~43 %
Chine
Or, oléagineux
~0,6 Md $
~16 %
Italie
Oléagineux, coton
~0,3 Md $
~8 %
Égypte
Bétail, oléagineux
~0,3 Md $
~8 %
Turquie
Or, coton
~0,2 Md $
~4 %
Données OEC/ITC 2022, dernières statistiques consolidées disponibles. Le conflit depuis avril 2023 a bouleversé ces flux, notamment via l’essor de la contrebande d’or vers les Émirats arabes unis, non reflétée dans les statistiques officielles.
5 premiers fournisseurs
Pays
Produits
Montant
Poids
Chine
Machines, électronique, textiles
~1,4 Md $
~22 %
Émirats arabes unis
Carburants, biens de consommation
~1,2 Md $
~20 %
Inde
Produits pétroliers raffinés, pharmacie
~1,1 Md $
~18 %
Égypte
Denrées alimentaires, biens manufacturés
~0,5 Md $
~9 %
Turquie
Machines, textiles
~0,3 Md $
~5 %
Données OEC/ITC 2022. 🇺🇸 Position États-Unis : hors top 5 commercial dans les deux sens, mais acteur diplomatique central de la médiation internationale (groupe Quad).
IDE entrants
n.d.
Flux non publiés depuis 2023 (CNUCED), jugés marginaux hors secteur aurifère informel.
Production d’or officielle
Environ 64 à 70 tonnes en 2024-2025 dans les zones gouvernementales (Banque centrale du Soudan), mais des exportations officielles limitées à 15-20 tonnes : l’écart s’explique par la contrebande.
🇫🇷 Position France
Hors top 15 · échanges commerciaux marginaux, non actualisés depuis 2023. Rôle humanitaire et diplomatique de premier plan malgré l’absence de lien commercial (détail en section Influences).
Quatre tendances structurelles
PIB réel
-13,5 % → +1,2 %
2024 à 2025 ; rebond fragile projeté à +2,1 % en 2026 (Banque africaine de développement, avril 2026).
Personnes déplacées
2,8 M → 9,1 M
2023 (avant-guerre) à 2026, déplacés à l’intérieur du pays (OIM, HCR).
Insécurité alimentaire
~12 M → 19,5 M
Estimation avant-guerre à mai 2026, personnes en phase 3 ou plus de l’IPC.
Inflation
~150 %
2025, en repli depuis des pics supérieurs à 300 % ; projection 78 % pour 2026 (BAD).
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre points d’ancrage résiduels. Sept fractures qui empêchent tout redressement.
4Forces7Failles
Ce qui tient
La production aurifère officielle, dans les zones sous contrôle gouvernemental, a atteint un record d’environ 64 à 70 tonnes en 2024 et 2025.
Cette rente reste la principale source de devises de l’État de Khartoum, malgré une contrebande massive qui en détourne l’essentiel vers les Émirats arabes unis.
Les Forces armées soudanaises ont repris la capitale en mars 2025, après près de deux ans de combats.
Le gouvernement civil, dirigé par le Premier ministre Kamil Idris, y est revenu officiellement en janvier 2026, et plusieurs millions de déplacés ont commencé à rentrer.
La reconstruction reste entière, mais l’État a repris pied là où il avait tout perdu.
Port-Soudan, siège du gouvernement, a lui-même subi une attaque de drones des Forces de soutien rapide en mai 2025, rappelant qu’aucune zone n’est totalement à l’abri.
En l’absence de tout service public dans les zones de combat, des réseaux communautaires informels, les Emergency Response Rooms nées du mouvement populaire de 2019, organisent cuisines collectives et secours de quartier.
Ces structures décentralisées, distinctes des deux factions armées, incarnent une société civile soudanaise qui continue d’exister malgré la guerre.
Elles ne remplacent pas l’État, mais elles évitent que des zones entières ne sombrent plus vite encore.
Le gouvernement de Khartoum conserve le siège du Soudan à l’ONU et une reconnaissance internationale presque unanime, contrairement à l’autorité parallèle des FSR.
Sa tentative de poursuivre les Émirats arabes unis devant la Cour internationale de justice a échoué juridiquement en mai 2025, la Cour s’étant déclarée incompétente, mais elle a contribué à internationaliser ses accusations contre Abou Dhabi.
Ce qui freine
Depuis le 1er juillet 2025, les Forces de soutien rapide et leurs alliés de l’alliance Tasis ont proclamé leur propre conseil de gouvernance, concurrent de celui de Khartoum.
Aucun État tiers ne l’a reconnu, mais il gouverne de fait le Darfour et une partie du Kordofan.
Le pays fonctionne désormais avec deux administrations et deux légitimités rivales, chacune avec sa propre chaîne de commandement et ses propres soutiens étrangers.
Près de 19,5 millions de personnes, soit deux Soudanais sur cinq, sont en insécurité alimentaire aiguë en mai 2026.
Environ 135,000 personnes vivent en phase catastrophique dans quatorze zones du Darfour et du Kordofan du Sud.
Le plan de réponse humanitaire de l’ONU pour 2026 n’était financé qu’à 20 % en avril.
Plus de 9 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, un pic ayant atteint 12 millions au plus fort du conflit.
Près de 4 millions de Soudanais ont fui vers le Tchad, l’Égypte, le Soudan du Sud et la Libye.
Les retours à Khartoum se heurtent à des services essentiels toujours hors service.
Sur une production réelle estimée à plus de 90 tonnes en incluant les zones tenues par les Forces de soutien rapide, les exportations officielles ne dépassent pas 15 à 20 tonnes.
Le reste s’écoule en contrebande vers les Émirats arabes unis, qui l’ont utilisé, selon plusieurs enquêtes, pour armer les Forces de soutien rapide.
L’Union européenne a interdit en juillet 2026 les importations d’or soudanais pour tenter d’assécher ce financement.
L’organisation The Sentry a documenté en avril 2026 près de 17,7 millions de livres sterling de biens immobiliers de luxe détenus à Dubai par des chefs des Forces de soutien rapide, dont un appartement du Burj Khalifa évalué à 516,000 livres.
Le Soudan affiche un indice de perception de la corruption de 14 sur 100, au 175e rang mondial sur 180.
Aucune élection ni processus constitutionnel n’est en vue depuis le coup d’État militaire de 2021.
L’administration publique a cessé de fonctionner sur une large part du territoire.
Les réserves de change sont tombées à 1,1 milliard de dollars fin 2025, soit à peine 1,1 mois d’importations.
La livre soudanaise a perdu plus de 80 % de sa valeur en deux ans, et l’inflation est restée supérieure à 150 % en 2025.
Près de 71 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté, contre 36 % avant la guerre.
Khartoum a rejeté en février 2026 le plan américain en cinq étapes présenté par l’émissaire Massad Boulos.
La médiation du groupe Quad, réunissant l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et les États-Unis, n’a pas atteint l’objectif fixé par Washington pour le 4 juillet 2026.
Les combats se poursuivent au Kordofan et au Darfour à l’été 2026.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Extension des combats au Kordofan et à l’est du pays. Reconnaissance internationale du gouvernement parallèle des FSR. Déclaration officielle de famine dans une ou plusieurs zones. Nouvelle vague de déplacement vers le Tchad et l’Égypte. Effondrement complet du système bancaire. Propagation régionale du conflit via la Libye ou le Soudan du Sud.
Signaux positifs
Retours spontanés de population à Khartoum depuis mars 2025. Financement humanitaire international en hausse depuis les conférences de Paris, Londres et Berlin. Interdiction européenne des importations d’or soudanais, un premier levier de pression économique. Refus persistant des États étrangers de reconnaître le gouvernement parallèle des FSR. Production aurifère officielle record, preuve d’une capacité administrative résiduelle.
Effets de voisinage
Tchad
Plus de 1,2 million de réfugiés soudanais accueillis, principale porte de sortie du Darfour. La France a rétrocédé sa dernière base militaire tchadienne fin janvier 2025, dans un contexte de rapprochement croissant de N’Djaména avec Abou Dhabi qui a nourri les tensions bilatérales.
Égypte
Plus de 500,000 réfugiés soudanais accueillis ; la stabilité du Soudan conditionne directement la sécurité de la frontière sud égyptienne et l’accès au Nil.
Soudan du Sud
Dépend des oléoducs traversant le Soudan et du terminal de Port-Soudan pour exporter son pétrole. Khartoum en tire des droits de transit, mais la guerre transforme cette infrastructure en vulnérabilité commune : toute interruption prive Juba de devises et le Soudan de recettes.
Libye
Corridor logistique majeur pour l’appui extérieur aux Forces de soutien rapide, via les zones sous contrôle du maréchal Haftar.
Choc externe actif
Le Soudan subit sans arme propre les secousses du Moyen-Orient. La perturbation du trafic dans le détroit d’Ormuz en 2026 a interrompu une large part des importations d’engrais en provenance du Golfe, dont le pays dépend à 54 %, un record mondial de dépendance. L’agriculture, qui génère encore les deux tiers de la richesse nationale malgré la guerre, en subit directement les conséquences à l’approche de la saison des semis. Le Programme alimentaire mondial anticipe pour 2026-2027 une famine d’une ampleur inédite depuis la famine éthiopienne de 1984 : un lien aussi direct entre une crise géopolitique lointaine et une famine de masse ne s’était pas revu depuis quarante ans. La flambée du cours de l’or profite par ailleurs indifféremment à l’État de Khartoum et aux Forces de soutien rapide. Le pays n’a aucune prise sur ces chocs : il les subit doublement, par ses propres fractures internes et par une conjoncture mondiale qu’il ne pèse en rien à infléchir.
Les dynamiques structurelles
L’or, une seule ressource, deux caisses de guerre
Gouvernement et Forces de soutien rapide financent chacun leur guerre grâce à l’or, extrait dans des zones différentes mais vendu sur les mêmes marchés internationaux, via Dubaï. Plus la guerre dure, plus la ressource qui devrait reconstruire le pays continue de l’alimenter.
Khartoum reconquise, une capitale qui ne se relève pas
La reprise militaire de la capitale en mars 2025 a permis le retour symbolique du gouvernement en janvier 2026. Mais une ville détruite, sans électricité stable ni administration pleinement fonctionnelle, ne redevient pas une capitale par un simple décret de retour.
Les Émirats arabes unis, parrain et accusé
Abou Dhabi est accusé, selon plusieurs enquêtes onusiennes et journalistiques, de financer et d’armer les Forces de soutien rapide. Khartoum a tenté de le faire reconnaître devant la Cour internationale de justice, sans succès juridique. Des victimes du siège d’El Fasher ont depuis relayé la bataille judiciaire par une autre voie : une plainte déposée en mai 2026 auprès de l’Union européenne vise huit personnalités et quatre entreprises émiraties, dont le ministre des Affaires étrangères Abdallah ben Zayed, tandis que l’UE a déjà pris seize sanctions contre des cibles soudanaises sans en prendre aucune contre la filière émiratie.
Le climat multiplie les vulnérabilités de la guerre
Désertification, raréfaction de l’eau et recul des pâturages aggravent les concurrences locales, tandis que les pluies et les inondations coupent les routes humanitaires. Le climat ne cause pas à lui seul la guerre ni la famine, mais il amplifie les déplacements, les tensions foncières et l’insécurité alimentaire créés par le conflit.
Deux armées, aucune nation
Ni les Forces armées soudanaises ni les Forces de soutien rapide ne peuvent revendiquer représenter le pays tout entier. Chacune tient un territoire, aucune ne tient l’État. La proclamation d’un gouvernement parallèle par les FSR en juillet 2025 acte cette fracture plus qu’elle ne la crée.
La faim, conséquence et arme
Les entraves à l’accès humanitaire, les sièges de villes et la destruction des marchés ne sont pas de simples effets collatéraux du conflit : plusieurs organisations y voient des instruments délibérés. La faim est devenue un levier de guerre autant qu’une de ses conséquences.
Une diplomatie de survie face à la lassitude internationale
La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Union africaine maintiennent la pression humanitaire par des conférences successives, mais les coupes dans l’aide américaine décidées en 2025 ont contraint plusieurs cuisines d’urgence communautaires à fermer, et le plan de réponse de l’ONU pour 2026 reste financé à moins de la moitié des besoins. Le Soudan risque de devenir, comme le redoutent les humanitaires, une crise oubliée.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Un cessez-le-feu tient plus de trois mois
Aucune trêve négociée depuis 2023 n’a résisté aussi longtemps ; ce serait le premier signe tangible d’un processus politique réel.
Le gouvernement parallèle obtient une reconnaissance étrangère
Si un État reconnaissait officiellement l’autorité proclamée par les Forces de soutien rapide, la partition de fait du Soudan basculerait vers une partition de droit.
Une zone est officiellement classée en famine
La dernière analyse IPC n’a identifié aucune zone en phase 5 généralisée ; un tel classement marquerait un point de bascule humanitaire et diplomatique majeur.
Les sanctions sur l’or s’étendent au-delà de l’Union européenne
Si d’autres marchés emboîtaient le pas à l’interdiction européenne, le financement aurifère de la guerre pourrait réellement se tarir.
La saison des pluies ferme les derniers accès humanitaires
Chaque année, la saison des pluies coupe des routes déjà fragilisées par les combats ; son aggravation en 2026 pourrait précipiter des zones entières vers la famine.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Un cessez-le-feu négocié sous l’égide du Quad tient sur la durée, l’aide humanitaire retrouve un accès sans entrave, et un processus de transition inclusif, dirigé par des civils, s’engage progressivement en s’appuyant sur les réseaux communautaires (Emergency Response Rooms, comités de résistance) qui ont maintenu la société soudanaise en vie pendant la guerre. L’or, mieux tracé, recommence à financer une reconstruction plutôt qu’une guerre.
Scénario défavorable
Le conflit s’enlise et se régionalise davantage, le gouvernement parallèle des Forces de soutien rapide gagne une reconnaissance de fait, et le pays se fragmente durablement en zones rivales, chacune sous tutelle d’un parrain étranger différent. La famine se généralise dans plusieurs régions du Darfour et du Kordofan.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non un jugement moral sur les belligérants. Pour un pays en guerre civile ouverte, il mesure surtout l’ampleur de la fragmentation : combien de fonctions essentielles de l’État ont cessé de s’exercer, et sur combien de territoire.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,2695, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,3/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 1,4/5. A fiscal = 2 : recettes publiques concentrées sur l’or et sa rente, en partie détournée par la contrebande. B exportations = 2 : deux produits bruts, l’or et le pétrole de transit, dominent le panier export. C sécurité = 1 : aucun camp ne maîtrise seul son outil militaire, chacun dépendant d’un parrain armé extérieur (détail en section Influences). D réserves et financement = 1 : réserves de change limitées à 1,1 mois d’importations, financement extérieur du budget devenu vital. E décisionnel = 1 : l’issue du conflit se négocie davantage à Abou Dhabi, au Caire, à Riyad et à Washington qu’à Khartoum ou Port-Soudan. Moyenne : (2 + 2 + 1 + 1 + 1) / 5 = 1,4. Quatre sous-indicateurs sur cinq à 2 ou moins : la règle de plafonnement à 2,5 s’applique en théorie, mais la moyenne brute est déjà inférieure à ce plafond, qui ne change donc rien au résultat.