Soudan
Le Soudan est un État démembré, tenu par deux armées et adossé à des parrains étrangers.
53,3 millions d'habitants. Depuis le 15 avril 2023, deux généraux se disputent le pays : Abdel Fattah al-Burhan, à la tête de l'armée, et Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, qui commande les Forces de soutien rapide.
Les deux hommes étaient alors alliés : ils ont renversé ensemble Omar el-Béchir en 2019, puis, en 2021, la transition civile qui lui avait succédé. Leur rupture porte sur un point précis : qui des deux forces serait subordonnée à l'autre.
À l'est, un gouvernement reconnu, revenu à Khartoum en janvier 2026. À l'ouest, une autorité parallèle proclamée par les FSR le 26 juillet 2025, que personne ne reconnaît, mais qui exerce un contrôle militaire et administratif inégal sur l'essentiel du Darfour.
Le pays est passé d'une transition démocratique fragile à une guerre qui le coupe en deux. L'été 2026 a vu l'armée améliorer sa position au Kordofan, sans restaurer le contrôle national ni inverser la fragmentation.
L'or, extrait dans des zones différentes mais vendu sur les mêmes marchés, paie les deux caisses de guerre. Tant qu'il finance les deux appareils de guerre, la contrainte financière à négocier reste faible.
Deux économies de guerre, deux réseaux de parrains
Ce qui décrit le pays
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Émirats arabes unis | Or | ~22,0 % |
| 2 | Chine | Sésame, pétrole, coton | ~17,8 % |
| 3 | Arabie saoudite | Bétail vivant | ~16,2 % |
| 4 | Malaisie | Pétrole brut | ~9,5 % |
| 5 | Égypte | Bétail vivant, coton | ~7,8 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Machines, électronique, véhicules | ~20,4 % |
| 2 | Inde | Sucre, médicaments | ~19,0 % |
| 3 | Égypte | Farine, sucre | ~15,7 % |
| 4 | Émirats arabes unis | Carburants, électronique | ~13,7 % |
| 5 | Arabie saoudite | Plastiques, véhicules | ~6,5 % |
Quatre tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeDéfaillance critique↘Une économie qui ne finance plus l'État que par l'or et la planche à billets.+
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique↘Un appareil productif détruit ou pillé.+
IIIDémographie et capital humainDéfaillance critique↘Une nation jeune précipitée vers la faim.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Un siège à l'ONU, un sort décidé ailleurs.+
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendant↘Un sous-sol généreux que l'État ne contrôle plus.+
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘Une armée qui reprend du terrain dans un pays coupé en deux.+
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique↘Des universités fermées, des chercheurs partis.+
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Deux autorités, aucune légitimité partagée.+
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant↘L'armée peut refuser une médiation, elle ne peut pas refuser ses fournisseurs.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Quatre points d'ancrage, sept fractures
Une rente qui maintient un noyau d'État
La production officielle, dans les zones sous contrôle gouvernemental, a atteint un record en 2024 et 2025.
Cette rente reste la principale source de devises de Khartoum, malgré une contrebande qui, selon plusieurs enquêtes, en détourne une large part vers Dubaï. C'est aussi l'économie de guerre du pays : l'or maintient un noyau d'État autant qu'il paie les combats.
Khartoum reprise, un gouvernement rentré chez lui
L'armée a repris la capitale en mars 2025, après près de deux ans de combats, et le gouvernement civil y est revenu en janvier 2026.
Plusieurs millions de déplacés ont commencé à rentrer. La reconstruction reste entière, et des drones visent encore la capitale en août 2026.
Port-Soudan, siège du gouvernement pendant la guerre, a lui-même été frappé par des drones des FSR en mai 2025 : aucune zone n'est tout à fait à l'abri.
Les cuisines d'urgence, dernier filet social
Là où aucun service public ne fonctionne, les Emergency Response Rooms, nées du mouvement populaire de 2019, organisent cuisines collectives et secours de quartier.
Distinctes des deux factions armées, elles incarnent une société civile qui continue d'exister ; les coupes de l'aide américaine en ont fait fermer plusieurs.
La France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Union africaine entretiennent la mobilisation par des conférences successives, à Paris en 2024, à Londres en 2025, à Berlin en 2026 ; les humanitaires redoutent pourtant que le Soudan devienne une crise oubliée.
Une reconnaissance internationale qui protège l'État
Le gouvernement de Khartoum conserve le siège du Soudan à l'ONU, contrairement à l'autorité parallèle des FSR.
Aucun État tiers n'a reconnu le gouvernement proclamé par les FSR, ce qui empêche la partition de fait de devenir une partition de droit.
Un pays à deux têtes
Depuis le 26 juillet 2025, les FSR et leurs alliés de l'alliance Tasis ont leur propre gouvernement, qui exerce une autorité de fait, inégale, sur l'essentiel du Darfour et une partie du Kordofan.
Ce territoire s'est construit dans le sang : la chute d'El Fasher, fin octobre 2025, après plus de 500 jours de siège, a fait au moins 6,000 morts recensés par l'ONU, selon Reuters.
L'attaque du camp de Zamzam en avril 2025 avait déjà jeté sur les routes 400,000 à 450,000 personnes en quelques jours. Le nombre de civils tués a presque triplé en 2025, avec environ 11,300 morts recensés par l'ONU.
Le pays fonctionne avec deux administrations, deux chaînes de commandement et deux réseaux de soutiens étrangers.
La famine installée dans les zones assiégées
Près de 19,5 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, et la famine est confirmée à El Fasher et Kadugli, selon la FAO, le PAM et l’UNICEF.
Le plan de réponse de l'ONU n'était financé qu'à 35 % en août 2026, et la récolte est menacée par la sécheresse liée à El Niño.
La faim n'est pas seulement une conséquence du conflit. Les entraves à l'accès humanitaire, les sièges de villes et la destruction des marchés en font, selon plusieurs organisations, un instrument de guerre délibéré.
Le Programme alimentaire mondial rappelle que le pays importe environ 80 % de son blé : chaque choc sur les prix ou les routes maritimes se répercute directement sur la faim.
La plus grande crise de déplacement au monde
Plus de 9 millions de personnes restent déplacées à l'intérieur du pays, contre un pic d'environ 12 millions de déplacés internes.
S'y ajoutent près de 4 millions de réfugiés hors du pays, dont environ 1,5 million en Égypte et plus de 1,2 million au Tchad.
Au total, 34 millions de personnes, deux tiers de la population, ont besoin d'une aide humanitaire selon l'ONU ; une épidémie de choléra a fait au moins 120 morts depuis mai 2026.
Un État privé des recettes de son propre or
Sur une production réelle estimée à plus de 90 tonnes, les exportations officielles ne dépassent pas 15 à 20 tonnes.
Une large part de l'écart est attribuée à la contrebande, principalement vers les Émirats ; l'Union européenne a interdit en juillet 2026 les importations d'or soudanais, et The Sentry a documenté l'immobilier de luxe détenu à Dubaï par des chefs des FSR.
Des institutions capturées
Aucune élection n'est en vue depuis 2021, et l'administration a cessé de fonctionner sur une large part du territoire.
Le camp gouvernemental s'appuie sur des réseaux issus de l'ancien régime d'Omar el-Béchir, qui renforcent l'armée mais compromettent la transition civile.
Une économie sans réserves
Les réserves de change sont tombées à 1,1 milliard de dollars fin 2025.
L'agriculture, qui fait vivre la majorité de la population, dépend fortement des engrais du Golfe, coupés par le blocage d'Ormuz.
Le climat aggrave ce que la guerre a commencé : sécheresses et inondations ne causent ni le conflit ni la famine, mais elles multiplient les déplacements, les tensions foncières et les routes coupées.
La flambée du cours de l'or, elle, profite indifféremment aux deux camps.
Aucun cessez-le-feu en vue
Khartoum a rejeté en février 2026 le plan américain présenté par l'émissaire Massad Boulos, et le Quad n'a pas atteint l'objectif fixé par Washington pour le 4 juillet.
En septembre, Washington pousse une trêve humanitaire et des sanctions renforcées à l'ONU, jusqu'à un embargo sur les drones qui irrite l'armée.
La guerre s'est régionalisée : au moins sept pays voisins ou proches y servent de corridor ou de parrain, et le premier cycle de médiation, lancé à Djeddah en mai 2023, est suspendu depuis août de la même année.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Le Premier ministre Kamil Idris dirige depuis Khartoum un gouvernement civil placé sous l'autorité du Conseil de souveraineté du général Burhan. Le centre de gravité reste l'état-major, pas le cabinet.
Face à lui, l'alliance Tasis, formée autour des FSR, a proclamé son propre gouvernement, sans reconnaissance mais bien réel sur le terrain.
Une cour soudanaise a condamné Hemedti à mort par contumace le 13 juillet 2026, sentence surtout symbolique qui ferme toute issue judiciaire négociée.
À l'extérieur
Aucun des deux camps ne se bat sans parrain. L'armée s'appuie sur la coopération militaire de l'Égypte et de la Turquie, et sur l'appui politique de l'Arabie saoudite, qui a formalisé son soutien par un accord de coopération le 17 août, selon la presse régionale.
Les FSR s'appuient sur les Émirats, selon plusieurs enquêtes de l'ONU.
Un Groupe d'experts de l'ONU documente dans son rapport de septembre 2026 jusqu'à 2,000 mercenaires colombiens formés et financés depuis Abou Dhabi pour le siège d'El Fasher. Les Émirats démentent toute implication militaire.
La Russie a entretenu des liens avec les deux camps : réseaux aurifères hérités de Wagner du côté des FSR, Washington l'accusant en janvier 2025 de financer les deux belligérants selon Reuters, et rapprochement avec l'armée, qui lui négocie une base navale à Port-Soudan.
La Chine, premier fournisseur, cherche déjà, selon la presse économique, à conclure des accords portuaires et énergétiques pour l'après-guerre.
La médiation elle-même est devenue un terrain de rivalité.
Riyad, qui a lancé avec Washington le processus de Djeddah dès mai 2023, accuse depuis février 2026 Abou Dhabi, selon la presse régionale, de former avec Israël un « axe de la sécession » qui soutiendrait à la fois les séparatistes du Yémen, le Somaliland et les FSR.
Le Qatar s'est rapproché, selon plusieurs analyses régionales, de Riyad, du Caire et d'Ankara.
D'où la contradiction diplomatique du pays. Le Soudan revendique sa souveraineté à l'ONU et devant la Cour internationale de justice, tout en étant, sur le terrain, l'otage des puissances qui arment ses deux camps.
Le Kenya, accusé par Khartoum d'avoir accueilli la signature de la charte du gouvernement parallèle, s'est attiré la condamnation de plusieurs États africains et arabes.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Or, armes, mercenaires | Émirats arabes unis | ●●●●● | L'or de contrebande des FSR et, selon l'ONU, leur approvisionnement militaire. |
| Sécurité et réfugiés | Égypte | ●●●● | L'appui militaire à l'armée et l'accueil d'environ 1,5 million de réfugiés. |
| Mer Rouge et médiation | Arabie saoudite | ●●● | Un soutien désormais formel au gouvernement, et le premier client du bétail. |
| Commerce | Chine | ●●● | Le premier fournisseur, et des accords d'après-guerre en préparation. |
| Double jeu | Russie | ●●● | Des liens hérités de Wagner avec les FSR et une base navale négociée avec l'armée à Port-Soudan. |
| Frontière et réfugiés | Tchad | ●●● | La principale porte de sortie du Darfour, et un voisin en forte tension avec Khartoum. |
| Humanitaire | France | ●● | Une mobilisation par des conférences successives à Paris, Londres et Berlin, sans levier sur les belligérants. |
Ce que la géographie impose
Ces voisins ne subissent pas seulement la guerre : ils l'alimentent ou en profitent. La Libye du maréchal Haftar sert de corridor aux FSR, et l'Égypte arme l'autre camp.
Le Tchad s'est rapproché d'Abou Dhabi au point de tendre ses relations avec Paris, qui a rétrocédé sa dernière base tchadienne fin janvier 2025.
Ce qui changerait la donne
Un cessez-le-feu tient plus de trois mois
Aucune trêve négociée depuis 2023 n'a résisté aussi longtemps ; ce serait le premier signe d'un processus politique réel.
Un État reconnaît le gouvernement parallèle
La partition de fait basculerait vers une partition de droit.
La famine s'étend au-delà d'El Fasher et de Kadugli
Vingt autres localités sont signalées à risque ; toute extension serait un point de bascule humanitaire et diplomatique.
Les sanctions sur l'or dépassent l'Union européenne
Si d'autres marchés suivaient, le financement aurifère de la guerre pourrait réellement se tarir.
El Obeid tombe ou se dégage
La ville relie le Darfour, le Kordofan et le centre : sa chute rendrait aux FSR un projet territorial, son dégagement consoliderait l'armée.
À cinq ans · 2026-2031
La trêve qui tient
Un cessez-le-feu négocié tient, l'aide humanitaire circule sans entrave, et une transition civile s'appuie sur les réseaux qui ont maintenu la société en vie pendant la guerre.
L'or, mieux tracé, recommence à financer une reconstruction plutôt qu'une guerre.
La guerre sans vainqueur
L'armée consolide le centre et l'est et grignote le Kordofan ; les FSR tiennent le Darfour et leur gouvernement reste sans reconnaissance.
Les parrains se figent en deux blocs, et l'or continue de financer les deux caisses de guerre. C'est la trajectoire qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.
La partition
Le conflit s'enlise et se régionalise, le gouvernement parallèle gagne une reconnaissance de fait, et le pays se fragmente en zones sous tutelle étrangère.
La famine se généralise au Darfour et au Kordofan.
Un pays que la guerre rentabilise
Le Soudan s’effondre par fragmentation : il se découpe en territoires militaires, économiques et diplomatiques. Chaque pièce a son armée, son or, son marché et son parrain, et chacune peut durer tant que les trois autres tiennent.
C’est ce qui rend la guerre si stable. Aucun camp ne peut gagner seul, aucun n’est forcé de céder, et les pays qui pourraient imposer la paix sont ceux qui arment les belligérants.
Le premier fait qui démentirait la trajectoire centrale ne serait pas une victoire militaire, mais une fermeture des marchés de l’or aux deux camps à la fois.
Deux généraux se disputent le Soudan ; d’autres en encaissent l’or.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 1,3. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,2985.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,3 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : les tableaux commerciaux reposent sur les déclarations des partenaires et ignorent l'or de contrebande ; les bilans humains restent des estimations, faute d'accès aux zones de combat.
Afrique de l’Est et océan Indien : les fiches Forces & Failles. Comores · Djibouti · Érythrée · Éthiopie · Kenya · Madagascar · Maurice · Ouganda · Rwanda · Seychelles · Somalie · Soudan · Soudan du Sud · Tanzanie · Tout le continent
Depuis le 15 avril 2023, le Soudan ne fonctionne plus comme un État unifié : le pays est devenu un champ de bataille entre deux généraux : Abdel Fattah al-Burhan, à la tête des FAS, et Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemedti », qui commande les FSR. La reconquête de Khartoum par l’armée régulière, en mars 2025, puis le retour du gouvernement civil dans la capitale en janvier 2026, ont donné l’illusion d’un retour à la normale. Mais l’illusion s’arrête aux limites de la ville. Les deux forces sont pourtant issues du même système : l’armée et les FSR ont participé ensemble à la chute d’Omar el-Béchir en 2019, puis au coup d’État de 2021. La rupture éclate sur un point précis : le calendrier d’intégration des FSR dans l’armée régulière, prévu par l’accord de transition vers un pouvoir civil. Ni Burhan ni Hemedti n’acceptent de subordonner leur propre force à l’autre, et la compétition pour le pouvoir suprême bascule en guerre ouverte le 15 avril 2023.
Le pays reste coupé en deux blocs. À l’est, autour de Khartoum et de Port-Soudan, un gouvernement internationalement reconnu peine à reconstruire ce que la guerre a détruit. À l’ouest, au Darfour et dans une partie du Kordofan, les Forces de soutien rapide, qui ont proclamé le 26 juillet 2025 un gouvernement parallèle, contrôlent un territoire qu’aucun État tiers ne reconnaît officiellement. Entre les deux, l’or reste une ressource commune : des circuits aurifères distincts financent les deux camps et s’écoulent, largement en contrebande, vers les Émirats arabes unis.
Ces chiffres ne disent pas tout : c’est leur répartition entre deux autorités rivales, deux économies de guerre distinctes et deux réseaux de parrains étrangers qui distingue le Soudan des autres conflits contemporains. Le pays ne s’effondre pas comme un bloc, il se fragmente comme un puzzle dont chaque pièce appartient à un acteur différent, souvent étranger.
Le Soudan revendique sa souveraineté à l’ONU et devant la Cour internationale de justice, tout en étant, sur le terrain, l’otage d’acteurs étrangers qui arment ses deux camps rivaux. Les Émirats arabes unis, accusés par plusieurs enquêtes onusiennes et journalistiques de soutenir les Forces de soutien rapide tout en niant catégoriquement toute implication militaire, illustrent ce télescopage entre le discours diplomatique et la réalité du champ de bataille.
Cette tension traverse toute la scène régionale. Le Kenya, accusé par Khartoum d’avoir accueilli et financé la formation du gouvernement parallèle des Forces de soutien rapide, s’est attiré la condamnation de plusieurs États africains et arabes. Le Soudan parle encore au nom d’un État uni, mais ce nom recouvre chaque mois un peu moins une réalité de terrain unifiée.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Émirats arabes unis | Or | ~1,09 Md $ | ~22,0 % |
| Chine | Sésame et oléagineux, pétrole, coton | ~882 M$ | ~17,8 % |
| Arabie saoudite | Bétail vivant | ~802 M$ | ~16,2 % |
| Malaisie | Pétrole brut | ~470 M$ | ~9,5 % |
| Égypte | Bétail vivant, coton, oléagineux | ~388 M$ | ~7,8 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, électronique, véhicules | ~1,29 Md $ | ~20,4 % |
| Inde | Sucre, médicaments, carburants | ~1,20 Md $ | ~19,0 % |
| Égypte | Farine, sucre, produits d’entretien | ~987 M$ | ~15,7 % |
| Émirats arabes unis | Carburants, électronique, réexportations | ~861 M$ | ~13,7 % |
| Arabie saoudite | Plastiques, véhicules, sucre | ~410 M$ | ~6,5 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
Le pays sur SAPERE · Soudan
- Les Forces & les Failles du Soudan (vous êtes ici)
- Soudan : la victoire dédoublée
Le pays dans d’autres articles
- Egypte : Tenir le Nil, gouverner les passages
- Napata, le royaume qui survécut aux pharaons
- L’ONU face au monde : l’impuissance organisée
- Le monde et ses silences en mai 2026
- Le monde et ses silences en janvier 2026
- Kerma, premier royaume de Nubie
- Le 1er Siècle après J.-C. : Méroé et Aksoum, quand l’Afrique antique s’ouvre au monde
- L’ensauvagement actuel : La mécanique du chaos dévoilée – Episode 3
Similaire
En savoir plus sur SAPERE
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

