SAPERE · Les Forces et les Failles · Tunisie · 2026-09-15
SAPERE · Les Forces et les FaillesTunisie · données arrêtées au 15 septembre 2026, révisé le 15 septembre 2026 · tendance depuis 2020
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Tunisie

Profil géopolitique

La Tunisie n'a pas réduit sa dette, elle a changé de créancier : une économie qui déplace ses risques plus qu'elle ne les résout, une démocratie qui s'est refermée sur elle-même.

2,5/5Sous tension structurelle en recul depuis 2020

12 millions d'habitants, sept dixièmes des exportations tournées vers l'Europe et aucune émission obligataire internationale depuis 2020.

Le pays qui a déclenché les printemps arabes en 2011 a vu son pouvoir se recentraliser depuis 2021 autour d'une présidence dominante, finance son déficit auprès de sa propre banque centrale et participe, dans le cadre du partenariat migratoire avec l'Union européenne, au contrôle d'une frontière maritime qu'il dénonce dans ses discours.

La situation
Une stabilisation payée au prix fort

La croissance est revenue à 2,5 % en 2025 et l'inflation est repassée sous 6 % après le pic de 2023. Mais la dette publique atteint 80,6 % du PIB contre 67,8 % en 2019, et les réserves de change ne couvrent plus que 106 jours d'importations.

La trajectoire
Sept piliers sur neuf reculent

Seuls la défense et l'innovation progressent depuis 2020. L'économie, la gouvernance, l'énergie et l'autonomie stratégique se dégradent ensemble. Des chantiers de redressement existent, solaire et interconnexion en tête, mais aucun n'a encore produit d'effet mesurable.

La faille décisive
Le financement domestique

Faute d'accord avec le FMI depuis 2023, l'État emprunte à sa banque centrale et à ses banques locales. Le risque n'a pas disparu : il s'est déplacé dans le bilan des banques tunisiennes et dans le crédit refusé aux entreprises.

Ce qui entre, ce qui sort, et par où

Une économie arrimée à la rive nord pour ses débouchés, à l'est et au sud pour son énergie et son pain.
Tunisie 12 M habitants Union européenne France, Italie, Allemagne, Espagne ↑ ~70 % des exportations ↓ aide budgétaire, mémorandum migratoire Algérie ~3/4 du gaz consommé Libye frontière sous zone tampon Chine 12,9 % des importations, 1er fournisseur Russie environ la moitié des céréales Aucune émission obligataire internationale depuis 2020
Trois voisinages géographiques et un cadre régional devenu inopérant.
Schéma des dépendances : positions et distances non proportionnelles. Chaque flèche suit le sens du flux : la double flèche marque un lien réciproque, les exportations montent vers l'Union, l'aide budgétaire en descend. Le pointillé rouge marque une source de financement interrompue depuis 2020.

Ce qui décrit le modèle

Quatre repères de taille, trois chiffres qui racontent le régime financier du pays.
PIB nominal
~60,4 Mds $
2026 · environ 0,05 % du PIB mondial
PIB en parité de pouvoir d'achat
~180 Mds $
2026 · environ 14,338 $ PPA par habitant, valeur 2024
Exportations · poids mondial
~0,08 %
~20,5 Mds $ en 2025 · phosphates, textile, mécanique et électrique, huile d'olive
Importations · poids mondial
~0,10 %
~27,5 Mds $ en 2025 · machines, énergie, produits chimiques
Dette publique
80,6 % du PIB
contre 67,8 % en 2019 · part extérieure retombée de 73,8 % en 2018 à 57,8 % en 2024
Réserves de change
106 jours
d'importations couvertes, constat 2025 · aucune euro-obligation émise depuis 2020
Débouché européen
~70 %
des exportations · France et Italie à elles seules environ 40 %

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est placé sur l'échelle de robustesse SAPERE. La flèche donne la trajectoire depuis 2020.
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Sous tension2,5-2,9Industrie et technologie 2,7Démographie et capital humain 2,5Défense et sécurité 2,9Innovation et savoir 2,8
Fragile et dépendant1,5-2,4Économie et finance 2,4Diplomatie et influence 2,4Énergie et ressources 2,4Autonomie stratégique 2,2Gouvernance et institutions 2,0
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n'atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0) ni « Résilient sous contrainte » (3,0-3,9) ; aucun ne descend en « Défaillance critique » (1,0-1,4).
Deux piliers progressent, sept reculent, aucun n'atteint le niveau « résilient ». Les plus critiques, par ordre de gravité : gouvernance 2,0, autonomie stratégique 2,2, puis économie, diplomatie et énergie à 2,4. Le score global de 2,5 résulte de la somme pondérée de ces neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeFragile et dépendantLa croissance est revenue, mais l'État se finance désormais chez lui, faute de pouvoir emprunter ailleurs.
Ce qui tient
La croissance est repassée en territoire positif, à 2,5 % en 2025, portée par l'agriculture, le tourisme et le rebond du phosphate.
L'inflation est redescendue sous 6 % après avoir dépassé 10 % en 2023, et les transferts de la diaspora résistent.
Ce qui fragilise
La dette publique est passée de 67,8 % du PIB en 2019 à 80,6 % en 2025, sans accès aux marchés obligataires internationaux depuis 2020.
Le déficit est financé directement par la Banque centrale et les banques locales, une monétisation qui évince le crédit aux entreprises.
IIIndustrie et technologieSous tension structurelleUne base industrielle utile à l'Europe, qui vit sur un capital productif de moins en moins renouvelé.
Ce qui tient
La sous-traitance automobile et aéronautique est solidement implantée, à deux heures de vol des capitales européennes.
Les exportations de phosphate ont rebondi de 15 % en 2025.
Ce qui fragilise
Le taux d'investissement s'est effondré, de 26 % du PIB en 2012 à 11,2 % en 2024.
Le Maroc, la Turquie et l'Égypte offrent les mêmes avantages de coût et de proximité, et l'économie informelle pèserait plus de la moitié du PIB.
IIIDémographie et capital humainSous tension structurelleLe pays forme beaucoup d'ingénieurs et les regarde partir.
Ce qui tient
La Tunisie occupe le deuxième rang mondial pour la part de diplômés en sciences et en ingénierie.
L'espérance de vie reste stable à 76,5 ans, au terme d'une transition démographique accomplie en moins de quarante ans.
Ce qui fragilise
Le chômage des jeunes reste installé entre 37 % et 41 % depuis 2022, et celui des diplômés est reparti à la hausse, à 24,2 % début 2026.
La fécondité est tombée à 1,54 enfant par femme pendant que la part des plus de 60 ans triplait depuis 1966.
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendantUne position géographique enviable, une capacité d'initiative qui s'est réduite au fil des procès.
Ce qui tient
La position en Méditerranée occidentale donne à Tunis un levier de négociation migratoire avec l'Union européenne.
Le pays est allié majeur non-membre de l'OTAN depuis 2015.
Ce qui fragilise
La presse est classée 137e mondiale par RSF, en recul de dix-neuf places en deux ans.
L'Union du Maghreb arabe est en sommeil depuis les années 1990 : aucune intégration régionale ne prolonge la diplomatie tunisienne.
VÉnergie et ressourcesFragile et dépendantLe sous-sol contient du phosphate en abondance ; le gaz vient du voisin et la pluie décide du reste.
Ce qui tient
Des concessions solaires ont été approuvées en 2026 pour environ 598 mégawatts, et l'interconnexion électrique ELMED avec l'Italie avance.
Les réserves de phosphate comptent parmi les plus importantes au monde.
Ce qui fragilise
Le déficit énergétique a atteint 6,3 millions de tonnes équivalent pétrole en 2025 : le gaz vient d'Algérie et les subventions absorbent près de 9 % du budget de l'État.
L'eau est l'autre ressource comptée : les barrages sont remontés à 58 % au 31 mars 2026 après trois années sous 20 %, mais la ressource reste au voisinage de 500 m³ par habitant et par an, seuil de pénurie absolue.
VIDéfense et sécuritéSous tension structurelleUn territoire tenu, dans un voisinage qui ne l'est pas.
Ce qui tient
Aucune insurrection active sur le territoire national, et une zone tampon renforcée à la frontière libyenne.
La coopération antiterroriste avec Washington est soutenue depuis le statut d'allié majeur obtenu en 2015.
Ce qui fragilise
Les équipements, les pièces et le renseignement sur la menace régionale viennent de partenaires étrangers.
Les capacités de projection et la sécurité maritime restent limitées face à une frontière libyenne durablement exposée.
VIIInnovation et savoirSous tension structurelleLe pays progresse dans les classements d'innovation sans convertir ce savoir en industrie.
Ce qui tient
La Tunisie a gagné cinq places en un an à l'indice mondial de l'innovation, au 76e rang en 2025.
Son écosystème de start-up figure dans les vingt premiers écosystèmes émergents, et il se classe 17e mondial pour les articles scientifiques rapportés au PIB en parité de pouvoir d'achat, un ratio et non un volume.
Ce qui fragilise
La recherche reste structurellement sous-financée et le capital-risque dépend de l'État.
Les diplômés qualifiés émigrent avant d'irriguer l'écosystème local, et les brevets se transforment rarement en produits.
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendantLes institutions fonctionnent, mais elles ne se contrôlent plus les unes les autres.
Ce qui tient
L'administration reste expérimentée, héritée d'un État historiquement centralisé.
La société civile et l'UGTT demeurent actives malgré les pressions, et un Parlement siège depuis les élections de 2022-2023.
Ce qui fragilise
Le Conseil supérieur de la magistrature a été dissous en 2022 et remplacé par une instance nommée par décret.
Sihem Bensedrine a été condamnée à 25 ans de prison et Saadia Mosbah à 8 ans en juin 2026, pendant que les actions collectives progressaient de 83 % en 2025.
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendantUne souveraineté proclamée dans les discours, contredite par le pain, le gaz et le carnet de commandes.
Ce qui tient
Le refus assumé des conditionnalités du FMI a préservé une capacité de décision propre.
La base d'exportation reste sectoriellement diversifiée et la coopération sécuritaire s'exerce avec plusieurs partenaires à la fois.
Ce qui fragilise
Les réserves de change couvrent 106 jours d'importations, et aucune émission obligataire internationale n'a eu lieu depuis 2020.
Environ la moitié des céréales importées vient d'un seul fournisseur, la Russie, et 70 % des exportations d'un seul débouché, l'Union européenne.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Trois appuis, quatre fractures

Ce que le pays peut opposer à un choc, et ce qui cède en premier.
Ce qui tient
FORCE 01

Une usine utile à l'Europe

Câblage automobile, composants aéronautiques, textile technique : à deux heures de vol des capitales européennes, la Tunisie s'est rendue utile et compétitive pour des chaînes de production qui la connaissent bien.

Safran y emploie 3,000 personnes sur trois sites. L'atout est réel, mais non exclusif : le Maroc, la Turquie et l'Égypte offrent les mêmes avantages de coût et de proximité.

FORCE 02

Une jeunesse massivement formée aux sciences

Deuxième rang mondial pour la part de diplômés en sciences et en ingénierie (une proportion, non un classement de niveau), et un écosystème de start-up parmi les vingt premiers émergents : la matière grise est la ressource la mieux dotée du pays.

FORCE 03

Un territoire tenu dans un voisinage qui ne l'est pas

Contrairement à la Libye voisine, l'État conserve un contrôle effectif de son territoire : aucune insurrection active, zone tampon militarisée au sud-est, coopération antiterroriste soutenue.

Ce qui cède
FAILLE 01

Une dette qui ne parvient plus à emprunter dehors

Aucune euro-obligation depuis 2020, une notation Caa1 en catégorie spéculative, une dette publique au-delà de 80 % du PIB : l'État emprunte à sa propre banque centrale, et le risque migre vers le bilan des banques tunisiennes.

FAILLE 02

La justice qui juge au nom de la sûreté de l'État

Conseil supérieur de la magistrature dissous en 2022, remplacé par une instance nommée par décret. En juin 2026, Sihem Bensedrine, 75 ans, ancienne présidente de l'Instance Vérité et Dignité, a été condamnée à 25 ans de prison.

Le pouvoir a convoqué l'ambassadrice de France le 24 juillet, après deux entretiens accordés à une chaîne française par un ancien président exilé : l'isolement diplomatique se creuse au moment où la crise intérieure s'aggrave.

FAILLE 03

Le réseau lâche, et il emporte ce qui le financerait

Canicule installée depuis le 11 juillet 2026, 47 degrés à Tunis et 49 à Kairouan, et des délestages dépassant vingt-quatre heures dans la région de Bizerte, avec des conséquences en chaîne sur l'eau, les télécommunications et l'activité.

Le tourisme, 5,1 % du produit intérieur brut et 400,000 emplois selon le ministère, a été désorganisé en pleine saison. Le mécanisme est circulaire : la défaillance énergétique détruit la ressource en devises qui permettrait d'y remédier.

Fin août, la rareté de l'eau en bouteille est devenue pénurie. La colère est sortie dans la rue le 25 juillet, cinquième anniversaire du gel du Parlement, sous le slogan « Le peuple a faim, les prisons sont pleines ».

FAILLE 04

La jeunesse formée part la première

Un quart des diplômés du supérieur est au chômage et près de quatre jeunes actifs sur dix ne trouvent pas d'emploi. Le pays forme mieux qu'il n'emploie, et finance une main-d'œuvre qualifiée dont d'autres économies récoltent le rendement.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Un exécutif sans contrepoids à l'intérieur, une dépendance en éventail à l'extérieur.

À l'intérieur

Depuis le coup de force du 25 juillet 2021, le pouvoir s'est recentralisé autour de Kaïs Saïed. Le président a gouverné par décret pendant la phase d'exception, puis fait adopter en 2022 une Constitution qui reconstruit les institutions autour d'un exécutif dominant. Un Parlement a été réélu en 2022-2023, avec des prérogatives très réduites.

Le président nomme et révoque librement ses chefs de gouvernement. La séparation des pouvoirs, acquis de 2011, s'est effacée sans que les institutions cessent de fonctionner.

Décision rapideLes gestes de souveraineté : refus des conditionnalités, ruptures de ton avec Bruxelles, procès politiques.
Décision lenteL'investissement industriel, l'électrification solaire, l'emploi des diplômés.
Test du systèmeTenir la paix sociale sans contre-pouvoirs : les actions collectives ont progressé de 83 % en 2025, et le bassin minier de Gafsa s'est de nouveau arrêté en mai 2026.

Le paradoxe diplomatique

Kaïs Saïed revendique une souveraineté pleine et entière : refus des diktats du FMI, dénonciation de l'ingérence étrangère, discours souverainiste sur l'immigration subsaharienne.

Mais cette souveraineté repose sur une dépendance réelle. Sans le marché européen, sans l'aide budgétaire de l'Union et sans le financement domestique de la Banque centrale, l'État ne boucle plus son budget.

Le mémorandum migratoire signé avec Bruxelles en 2023 résume le paradoxe : le pays qui dénonce une recomposition démographique par la migration participe, dans le cadre du mémorandum de 2023, au contrôle des départs migratoires vers l'Union européenne, en contrepartie d'un soutien financier européen.

La Tunisie parle en souveraine et négocie en dépendante.

De quoi dépend la Tunisie ?D'un débouché unique pour ses exportations, d'un voisin pour son gaz, d'un fournisseur pour la moitié de ses céréales et de sa propre banque centrale pour boucler son budget.
Quelles alternatives ?Faibles à court terme : aucune émission obligataire internationale depuis 2020, les concessions solaires n'ont pas encore produit un mégawattheure, et l'Union du Maghreb arabe dort depuis les années 1990.
Choc externe actifLes droits de douane américains de 25 % imposés en 2025 pénalisent les rares filières exportatrices vers les États-Unis, pendant que la volatilité des prix de l'énergie alourdit une facture déjà déficitaire.
Ce que Tunis peut opposerL'échange n'est pas à sens unique : l'Union a besoin de la Tunisie pour contenir les flux migratoires, sécuriser certains maillons industriels et stabiliser sa rive sud. C'est une interdépendance profondément asymétrique, pas une tutelle, et elle donne à Tunis un levier de négociation réel, quoique sans commune mesure avec sa dépendance.
Ce qui amortitLe tourisme et les transferts de la diaspora : 16,86 milliards de dinars d'entrées combinées en 2025, un record.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Débouché des exportationsUnion européenne●●●●Environ 70 % des exportations, le premier guichet d'aide budgétaire et le mémorandum migratoire de 2023 : les conditionnalités migratoires et énergétiques passent par là.
Investissement et transfertsFrance●●●Premier investisseur étranger hors énergie, premier partenaire commercial historique et première destination de la diaspora : un poids économique élevé, que le discours souverainiste conteste sans le réduire.
Électricité et migrationItalie●●●Deuxième client et fournisseur, partenaire de l'interconnexion ELMED et cheville ouvrière du dispositif migratoire méditerranéen.
Fournitures industriellesChine●●●Premier fournisseur national avec 12,9 % des importations en 2025, devant l'Italie et la France, et des investissements croissants dans le ciment et l'industrie, pour un débouché quasi inexistant en sens inverse.
Gaz et courantAlgérie●●Environ les trois quarts du gaz consommé en Tunisie, et le gaz assure 92 % de la production électrique : la proximité politique entre Tunis et Alger se lit d'abord sur le compteur.
Le painRussie●●Environ la moitié des importations céréalières selon l'Office des céréales : une dépendance alimentaire sur la denrée la plus politique qui soit.
Surveillance du cielTurquie●●Cinq drones Anka-S livrés depuis 2021. L'appareil vole sous cocarde tunisienne, mais ses munitions, ses pièces et une partie de sa maintenance restent turques.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, dépendance technologique, exposition financière et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Quatre voisinages, dont un qui n'existe plus que sur le papier.
Italie Rive nord immédiate, premier point d'entrée des migrations irrégulières. Algérie Le gazoduc algérien vers l'Italie traverse le pays : redevance en gaz. Libye Vide sécuritaire côté libyen : armes et migrations passent par le sud-est. Tunisie Ouverte sur la mer au nord et à l'est, adossée au Sahara au sud.
LibyeFrontière sud-est sous tension permanente : trafics d'armes, migration irrégulière, vide sécuritaire à l'ouest libyen qui oblige Tunis à tenir une zone tampon militarisée jusqu'en août 2026.
AlgérieFournisseur d'énergie et partenaire diplomatique de premier plan sous Kaïs Saïed, dans un attelage qui pèse sur les rapports de la Tunisie avec le Maroc.
ItalieRive nord immédiate, premier point d'entrée des migrations irrégulières tunisiennes et subsahariennes, coauteur du mémorandum migratoire avec l'Union européenne.
Union du Maghreb arabeCadre régional institutionnel, et non voisinage géographique : l'organisation n'est pas cartographiée. En sommeil depuis les années 1990, paralysée par la rivalité algéro-marocaine, elle ne prolonge la diplomatie tunisienne par aucune intégration structurée.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui, s'ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
FMI

Un accord est signé avec le Fonds monétaire international

L'impasse financière se romprait et l'accès aux financements extérieurs se rouvrirait, au prix de conditions que le pouvoir refuse depuis 2023.

Une nouvelle émission obligataire internationale aboutit

Le retour sur les marchés marquerait la fin de l'isolement financier entamé en 2020, et desserrerait l'étau du financement domestique.

MW

Les concessions solaires sortent réellement de terre

Les 598 mégawatts approuvés en 2026 commenceraient à réduire une facture énergétique qui absorbe près de 9 % du budget de l'État.

§

Des opposants emprisonnés sont libérés

Un geste d'apaisement politique desserrerait la pression sociale qui monte depuis 2025, et rouvrirait le dialogue avec les bailleurs européens.

%

Le chômage des diplômés continue de grimper

Au-delà des 24,2 % atteints début 2026, la fracture entre la jeunesse formée et le marché du travail deviendrait difficile à contenir.

Mt

Le bassin minier retrouve une paix sociale durable

Le pari d'un quintuplement de la production de phosphate d'ici 2030 suppose à Gafsa un accord que les grèves de mai 2026 n'ont pas permis.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui ne demande aucune décision pour se réaliser.
Trajectoire favorable

L'accord rouvre les vannes

Un accord avec le FMI débloque un financement extérieur, les concessions solaires entrent en production, le phosphate se rapproche de 8 millions de tonnes annuelles et la croissance se stabilise autour de 3 %. La pression sociale se desserre par des gestes d'ouverture politique.

Trajectoire centrale

Le risque continue de se déplacer

Sans accord ni rupture, l'État finance son déficit chez lui, la dette poursuit sa montée et les banques locales s'en chargent.

La croissance reste faible, le chômage des diplômés élevé, l'énergie chère et le pouvoir sans contrepoids : le pays fonctionne, en transférant chaque année un peu plus de son risque extérieur vers son propre système financier.

Trajectoire défavorable

La monétisation rencontre la rue

Aucun accord n'est trouvé et la Banque centrale continue de monétiser un déficit croissant.

Une nouvelle vague de contestation sociale confronte un pouvoir de plus en plus isolé, et la notation souveraine se dégrade d'un cran supplémentaire, vers un niveau équivalent à CCC.

Méthodologie et sources

Comment lire cette page. Les neuf piliers sont placés sur l'échelle de robustesse SAPERE à cinq niveaux, de « Solidement ancré » à « Défaillance critique » : voir la légende sous les piliers. Cette échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel.

Les flèches indiquent la trajectoire observée depuis 2020, établie pilier par pilier et cohérente avec le diagnostic d'ensemble. Les quatre premiers chiffres clés situent la taille de l'économie ; les trois suivants décrivent son régime financier.

La note globale est la somme pondérée des neuf piliers, notés chacun sur cinq. Quatre pèsent 13,5 %, quatre pèsent 9 %, l'autonomie stratégique 10 %. Seule la somme est arrondie au dixième, et c'est la note affichée qui détermine le niveau sur l'échelle.

Un pilier bien noté n'est pas un pilier riche : c'est un pilier qui tient sans béquille. Une rente, un partenaire unique, un corridor sont des béquilles, et la note baisse quand la fonction en dépend.

Ce que mesure l'emprise. Dans la table des leviers, les points vont de ● à ●●●● et notent la capacité d'un acteur à contraindre une décision tunisienne, non le volume des échanges.

Un gros client sans levier politique pèse moins qu'un fournisseur unique sur une denrée sensible.

Données arrêtées au 15 septembre 2026, révisé le même jour. La fenêtre a été portée du 14 juillet au 15 septembre : cette fiche est la première de la série et ses données s'arrêtaient deux mois avant celles des autres pays d'Afrique du Nord. Ce qui entre est l'été tunisien, coupures, tourisme atteint, pénurie d'eau en bouteille et convocation de l'ambassadrice de France.

Aucune note ne bouge. Ces faits aggravent l'énergie, l'économie et la gouvernance sans qu'un mouvement soit décidé ici ; le réexamen, s'il a lieu, se fera ensemble.

Sources principales : Institut national de la statistique (PIB, emploi, inflation, démographie), FMI, Banque centrale de Tunisie, Banque mondiale, Transparency International, RSF, PNUD, OMPI, indice mondial de l'innovation, Direction générale du Trésor français, FIPA-Tunisia, CNUCED, Office des céréales et Moody's. Les valeurs commerciales d'origine sont exprimées en dinars tunisiens, converties ici en dollars.
Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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