La Tunisie a retrouvé en 2025, cinq ans après le choc de la pandémie, le niveau de production qu’elle affichait avant 2020. La croissance a atteint 2,5 % sur l’année, portée par l’agriculture, le tourisme et un rebond du phosphate. L’inflation, qui avait dépassé 10 % en 2023, est redescendue sous 6 %.
Cette stabilisation se paie cher. Sans accord avec le FMI depuis que le président Kaïs Saïed a qualifié ses conditions de diktats étrangers, l’État finance son déficit directement auprès de la Banque centrale et des banques locales : la dette publique, passée de 67,8 % du PIB en 2019 à 80,6 % en 2025, aucune euro-obligation n’a été émise depuis 2020, et les réserves de change ne couvrent plus que 106 jours d’importations. La part de la dette extérieure dans l’endettement public, elle, a reculé de 73,8 % en 2018 à 57,8 % en 2024 : la Tunisie n’a pas réduit sa dette, elle a changé de créancier, troquant sa dépendance au marché international contre une dépendance domestique, plus discrète mais tout aussi contraignante.
Le verrou n’est plus seulement financier. Depuis le coup de force du 25 juillet 2021, le pouvoir s’est recentralisé autour de la présidence : Parlement dissous puis reconstitué en 2022-2023 avec des pouvoirs très réduits, Constitution taillée sur mesure en 2022, opposants condamnés à de lourdes peines de prison, presse classée 137e mondiale par Reporters sans frontières. La rue le fait savoir : près de 4,800 actions collectives ont été recensées en 2025, en hausse de 83 % sur un an.
Kaïs Saïed revendique une souveraineté pleine et entière : refus des diktats du FMI, dénonciation d’une ingérence étrangère face aux critiques européennes sur les procès politiques, discours souverainiste sur l’immigration subsaharienne. Mais cette souveraineté affichée repose sur une dépendance réelle : sans le marché européen, qui absorbe l’essentiel des exportations, sans l’aide budgétaire de l’Union et sans le financement domestique de la Banque centrale, l’État ne boucle plus son budget.
Cette tension traverse toute la politique étrangère tunisienne. Le mémorandum migratoire signé avec Bruxelles en 2023 illustre le paradoxe : le pays qui dénonce un plan de recomposition démographique par la migration accepte, dans le même temps, de surveiller les frontières extérieures de l’Union en échange d’un financement. La Tunisie parle en souveraine et négocie en dépendante.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| France | Textile-habillement, câblage automobile, mécanique et électrique, huile d’olive | ~4,3 Mds $ | ~21,6 % |
| Italie | Textile-habillement, mécanique, agroalimentaire | ~3,7 Mds $ | ~18,7 % |
| Allemagne | Câblage et composants automobiles, mécanique | ~2,6 Mds $ | ~13,2 % |
| Espagne | Textile, agroalimentaire, énergie | ~1,0 Md $ | ~5,2 % |
| Libye | Matériaux de construction, produits alimentaires, biens de consommation | ~0,8 Md $ | ~3,9 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| France | Équipements mécaniques, électriques et informatiques, textile-habillement | ~4,7 Mds $ | ~18,1 % |
| Italie | Biens intermédiaires, équipements industriels, matières premières | ~4,6 Mds $ | ~17,6 % |
| Chine | Machines, produits électroniques, textiles | ~3,1 Mds $ | ~11,7 % |
| Allemagne | Véhicules, machines, produits chimiques | ~2,7 Mds $ | ~10,5 % |
| Turquie | Textiles, produits sidérurgiques, biens de consommation | ~1,4 Md $ | ~5,5 % |
Safran emploie 3,000 personnes sur trois sites, Stelia Aerospace (groupe Airbus) 900 personnes à El Mghira : les grands noms de l’aéronautique mondiale ont choisi la Tunisie, pas seulement ses coûts.
Yazaki, Leoni et Coficab font tourner les usines de câblage de Bizerte et de Mateur, fournisseurs directs des constructeurs automobiles européens.
Mais cette place n’est pas acquise : le Maroc dispose d’une base automobile et aéronautique nettement plus large, et la Turquie, l’Égypte, les Balkans ou l’Europe de l’Est offrent des coûts et une proximité comparables. La Tunisie est utile et compétitive ; elle n’est pas irremplaçable.
Cette matière grise reste la vraie richesse du pays, largement supérieure à ce que son revenu par habitant laisserait attendre.
Une diaspora installée en France, en Italie et en Allemagne a transféré environ 2,6 Mds $ en 2024, et davantage encore en 2025 : c’est elle, avec le tourisme, qui finance en devises ce que l’économie intérieure ne finance plus.
Reste à retenir les talents : ce sont eux qui, aujourd’hui, quittent le pays en premier.
Statut d’allié majeur non-membre de l’OTAN depuis 2015, coopération antiterroriste soutenue avec Washington, zone tampon renforcée à la frontière libyenne : la maîtrise sécuritaire reste l’un des acquis les plus solides du pays.
Un budget de défense en hausse de 13 % pour 2026 confirme la priorité donnée à cette frontière.
Ce déplacement n’efface pas le risque, il le change de nature : éviction du crédit aux entreprises, exposition croissante des banques à la dette souveraine, pression monétaire latente.
Un choix qui a évité, jusqu’ici, le scénario du défaut, mais à un coût qui s’alourdit chaque année qu’il se prolonge.
En juin 2026, la justice tunisienne a condamné Sihem Bensedrine, 75 ans, ex-présidente de l’Instance Vérité et Dignité, à 25 ans de prison, et confirmé en appel la peine de 8 ans de Saadia Mosbah, présidente de l’association antiraciste Mnemty arrêtée après avoir critiqué le discours présidentiel de 2023 sur le ’grand remplacement’.
Le même mois, la restitution des biens spoliés sous Ben Ali restait bloquée depuis 2019, sans le moindre chiffrage du trésor saisi : la justice transitionnelle née de la révolution de 2011 est aujourd’hui punie par ceux-là mêmes qu’elle devait juger.
La séparation des pouvoirs, acquis de la révolution de 2011, n’a plus grand-chose d’effectif.
La dette publique dépasse désormais 80 % du PIB, contre 67,8 % en 2019, et l’État emprunte directement auprès de sa propre Banque centrale.
Ce financement domestique évince le crédit aux entreprises privées, qui peinent d’autant plus à investir.
La fécondité, tombée à 1,54 enfant par femme, ne suffit plus à renouveler la population active, tandis que la part des plus de 60 ans a triplé depuis 1966.
Le pays forme des ingénieurs pour des entreprises allemandes ou françaises qui finissent souvent par les recruter, chez elles ou en Tunisie même.
Le textile recule, les phosphates restent erratiques d’un trimestre à l’autre, et l’économie informelle continuerait de peser plus de la moitié du PIB.
Sans investissement, la sophistication industrielle héritée des années 2000 s’érode plus qu’elle ne se renouvelle.
Les concessions solaires approuvées en 2026 promettent une capacité d’environ 598 mégawatts, mais elles restent à construire.
La transition énergétique tunisienne reste, pour l’essentiel, à concrétiser.
Le décret-loi 54 sur les fausses informations sert de fondement à des poursuites contre des journalistes, dont certains sont détenus depuis plus de deux ans.
La rue le ressent : près de 4,800 actions collectives ont été recensées en 2025, en hausse de 83 % sur un an.
Le blé tendre, base du pain subventionné, est importé à 95 % faute de surfaces cultivées suffisantes : une dépendance propre à cette seule céréale. Sur l’ensemble des besoins céréaliers du pays, blé dur et orge compris, la bonne récolte 2025 n’en couvre encore qu’environ 65 % : la dépendance recule un peu, elle ne disparaît pas.
Le pain a un poids politique que la Tunisie a payé cher en 1984 : une rupture d’approvisionnement ne serait pas seulement une crise alimentaire.
Rupture du dialogue social avec l’UGTT.
Choc sur les prix de l’énergie importée.
Ralentissement du tourisme européen.
Durcissement de la crise migratoire avec l’Union européenne.
Instabilité accrue à la frontière libyenne.
Nouvelle vague de procès politiques.
Investissements étrangers en hausse de 35 % en 2025.
Tourisme et diaspora : entrées combinées record de 16,86 Mds TND en 2025.
Interconnexion électrique ELMED avec l’Italie.
Rebond des exportations de phosphates.
Entrée dans le top 80 de l’indice mondial de l’innovation.
Notation Moody’s stabilisée à Caa1.
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