SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 11 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇪🇹 Éthiopie
Plus de 135 millions d’habitants. La croissance la plus rapide d’Afrique, portée par le plus grand barrage hydroélectrique du continent. Une insurrection qui gagne du terrain dans l’Amhara et des élections tenues sous le feu. Un pays qui accélère et se fracture au même rythme.
SAPERE 2.2 · Une puissance qui construit son avenir énergétique pendant que son présent sécuritaire se délite
Fragile, béquilles multiples
2,3/5
12,35
Croissance record · dette explosive · guerre en expansion
↓Tendance depuis 2020 : dégradation. La fin de la guerre du Tigré en 2022 a ouvert la voie à une nouvelle insurrection en Amhara dès 2023, pendant que la croissance économique s’envolait. Le pays n’a jamais refermé un front avant d’en ouvrir un autre.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le rythme de la croissance ni l’ambition diplomatique affichée. À 2,3/5, l’Éthiopie se situe parmi les puissances fragiles à béquilles multiples : en dessous du seuil de résilience, portée par une dynamique de production réelle (énergie, croissance) mais fracturée par des fronts sécuritaires et financiers ouverts simultanément.
PIB nominal 2026
~122 Mds $
FMI WEO avril 2026 · 8e économie d’Afrique
PIB PPA
~433 Mds $
Dernière donnée disponible, 2024, Banque mondiale, sur une base méthodologique distincte du PIB nominal 2026 ci-contre
En septembre 2025, l’Éthiopie a inauguré le plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, le GERD, financé sans emprunter un centime à l’étranger. La même année, le pays a affiché la croissance la plus rapide d’Afrique, 9,2 %, tirée par les mines, la construction et une industrie manufacturière naissante. Le café, berceau historique de l’Arabica, reste la première recette d’exportation du pays et continue de résister à la crise politique. Addis-Abeba, siège de l’Union africaine et membre des BRICS depuis 2024, cultive une centralité diplomatique sans équivalent sur le continent.
Mais cette même économie reste prise dans le défaut de paiement, non résolu depuis 2024, de son unique euro-obligation d’un milliard de dollars, avec des réserves de change limitées à environ deux mois d’importations et un birr qui se négocie à un cours très différent selon qu’on l’achète au guichet officiel ou au marché parallèle. La dette publique a bondi de 35,5 % à 50,5 % du PIB en une seule année budgétaire.
Pendant que le barrage change le visage énergétique du pays, l’insurrection Fano gagne du terrain dans l’Amhara, les tensions avec les forces tigréennes ressurgissent et les élections fédérales de juin 2026 se sont tenues sous le feu. L’Éthiopie construit son avenir et perd le contrôle de son présent au même rythme.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Énergie et ressources 3,0
Sous tension2,5-2,9
Industrie et technologie 2,5
Diplomatie, influence et information 2,8
Fragile1,5-2,4
Économie et finance 2,4Gouvernance et institutions 2,1Défense et sécurité 2,0Démographie et capital humain 1,8
Autonomie stratégique 2,4Innovation et savoir 1,8
En défaillance1,0-1,4
Cliquez sur un pilier pour lire le détail de sa note.
Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Abiy Ahmed et le Prosperity Party. Prix Nobel de la paix en 2019, Premier ministre depuis 2018, il a fusionné l’ancienne coalition ethnique EPRDF en un parti unique. Cette centralisation n’a pas, à elle seule, produit la guerre du Tigré, qui a aussi mobilisé la rivalité ancienne entre le TPLF et le pouvoir fédéral, le report des élections de 2020 et l’intervention érythréenne ; elle a aggravé des fractures déjà anciennes et contribué à transformer des conflits politiques en affrontements armés. De même en Amhara, la dissolution des forces spéciales régionales a servi de déclencheur immédiat à l’insurrection Fano, mais celle-ci puise aussi dans des griefs identitaires et territoriaux antérieurs à la réforme. Le pouvoir exécutif reste concentré à Addis-Abeba, sans contrepoids régional stabilisé.
Centre de gravité
Cabinet du Premier ministre et Prosperity Party. Le système décide par centralisation verticale, à l’inverse du fédéralisme ethnique originel du pays.
Vitesse d’exécution
Rapide sur les grands chantiers d’infrastructure, GERD, corridors routiers, rénovation d’Addis-Abeba ; très lente sur l’inclusion politique et l’apaisement régional.
Test politique
Légitimité des élections fédérales de juin 2026, confinement de l’insurrection Fano, non-reprise de la guerre avec le Tigré.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance élevée et concentrée. Addis-Abeba ne finance pas sa dette localement comme Pretoria : elle dépend de la Chine comme premier créancier, des Émirats arabes unis comme partenaire sécuritaire et énergétique, et d’un unique corridor portuaire, Djibouti, pour la quasi-totalité de son commerce extérieur. La diaspora, concentrée aux États-Unis, dans le Golfe et en Europe, a envoyé environ 7,2 milliards de dollars de transferts en 2024/25, plus du double des recettes totales d’exportation du pays : un levier financier considérable, mais informel et vulnérable aux politiques migratoires étrangères.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer.
CHINE
●●●●
Premier créancier bilatéral (plus de 13 Mds $ de dette), premier fournisseur, coprésidente du comité des créanciers officiels sur la restructuration de la dette.
Concentration de la dette et des équipements.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●●
Appui aérien et logistique décisif pendant la guerre du Tigré, investisseur majeur dans l’énergie renouvelable et l’immobilier.
Levier sécuritaire et financier direct.
TURQUIE
●●●●
Les drones Bayraktar turcs ont fait basculer la guerre du Tigré en 2021, et continuent de frapper en Amhara aujourd’hui : plus de 300 civils tués selon des documents recueillis par des humanitaires, dont 59 dans une seule frappe sur une école en janvier 2022. Ankara vend, arme et entretient ces appareils ; sans pièces de rechange ni maintenance turque, la flotte s’immobiliserait en quelques mois.
Levier militaire direct sur la conduite des opérations, y compris contre des civils.
DJIBOUTI
●●●●
Plus de 95 % du commerce extérieur éthiopien transite par son port, pour plus d’un milliard de dollars de frais annuels.
Point de passage obligé et coûteux.
MAROC
●●●●
Sans le phosphate marocain, les champs éthiopiens maigrissent : le groupe OCP a fourni environ 57 % de la valeur des engrais importés par l’Éthiopie en 2023, loin devant tout autre fournisseur, dans un pays qui dépend de ces importations pour nourrir ses champs. C’est un cas rare de dépendance Sud-Sud : le pays qui contrôle la moitié des récoltes n’est ni une grande puissance ni un ancien colonisateur.
Levier agricole discret mais décisif ; peu commenté, jamais commercialement dominant en valeur.
FRANCE
●●
Troisième investisseur étranger (Carrefour, Lesaffre), coprésidente du comité des créanciers officiels avec la Chine, partenariat stratégique en consolidation depuis la visite du président Macron en mai 2026.
Présence réelle mais encore modeste, sans commune mesure avec le poids de Pékin ou d’Abou Dabi.
ÉTATS-UNIS
●●●
Deuxième marché d’exportation du café éthiopien ; préférences commerciales AGOA suspendues depuis 2021 en lien avec la guerre du Tigré.
Accès commercial politiquement conditionné.
ÉGYPTE
●●●
Opposant frontal au remplissage et à l’exploitation du GERD, qu’elle qualifie de menace existentielle pour ses eaux du Nil.
Contentieux non résolu, arbitrage international recherché par Le Caire.
La contradiction diplomatique
Abiy Ahmed a reçu le prix Nobel de la paix en 2019 pour avoir mis fin à vingt ans de conflit gelé avec l’Érythrée. Six ans plus tard, cette même frontière érythréenne concentre l’un des risques de guerre les plus aigus de la Corne de l’Afrique, tandis qu’une insurrection armée étendue ravage l’Amhara et que le pays revendique un accès à la mer Rouge que ses voisins lui refusent.
Cette tension traverse toute la politique étrangère éthiopienne. Le pays préside son ambition à l’Union africaine et aux BRICS pendant que sa presse recule au 145e rang mondial et que ses élections se tiennent sous état d’urgence dans plusieurs régions. L’Éthiopie parle depuis le sommet du continent tout en luttant, chez elle, pour tenir ses propres provinces.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
Pays
Produits
Valeur
Part
Arabie saoudite
Café, khat
~0,35 Mds $
~10,4 %
États-Unis
Café, or, fleurs
~0,33 Mds $
~9,7 %
Pays-Bas
Fleurs, café
~0,26 Mds $
~7,6 %
Émirats arabes unis
Or, café, bétail
~0,19 Mds $
~5,7 %
Somalie
Commerce transfrontalier, textiles, khat
~0,17 Mds $
~5,0 %
Valeurs dérivées du total des exportations 2024 (~3,4 Mds $) et des parts par pays. France hors top 15 : parts marginales ; les filières aéronautique et agroalimentaire sont surtout présentes côté importations.
5 premiers fournisseurs
Pays
Produits
Valeur
Part
Chine
Machines, électronique, véhicules
~6,2 Mds $
~32,7 %
Inde
Pharmacie, machines, acier
~1,8 Mds $
~9,6 %
Koweït
Produits pétroliers raffinés
~1,5 Mds $
~7,8 %
Arabie saoudite
Produits pétroliers raffinés, engrais
~1,3 Mds $
~6,6 %
États-Unis
Aéronefs, machines, informatique
~1,2 Mds $
~6,3 %
Parts par pays 2023 (dernière ventilation détaillée disponible), appliquées au total des importations 2025 (~19 Mds $) pour estimer la valeur ; les Émirats arabes unis et la Turquie suivent hors du top 5. France hors top 5 : aéronefs Airbus pour Ethiopian Airlines, pharmacie, agroalimentaire (Lesaffre) et distribution (Carrefour).
IDE entrants
~3,3 Mds $
Flux entrants 2023 (CNUCED), l’un des cinq premiers pays d’accueil en Afrique ; stock cumulé estimé à environ 38,5 Mds $, soit près d’un quart du PIB.
Investisseurs
Chine (jusqu’à la moitié des flux certaines années), Émirats arabes unis (énergies renouvelables), France, Pays-Bas, Royaume-Uni.
France
Troisième investisseur étranger, distribution (Carrefour), agroalimentaire (Lesaffre), coprésidence du comité des créanciers officiels aux côtés de la Chine, prêt de 54,6 M€ pour l’énergie renouvelable et le numérique signé en mai 2026.
Quatre tendances structurelles
Croissance réelle
+6,1 % → +9,2 %
2020 à 2026 (FMI) ; la plus haute d’Afrique en 2025 et 2026.
Dette publique
35,5 % → 50,5 %
Part du PIB, exercice 2023/24 à 2024/25 (FMI).
Réserves de change
0,7 → 2,1 mois
Mois de couverture des importations, en deux ans (FMI).
Inflation
26,6 % → ~12 %
Moyenne annuelle, exercice 2023/24 à 2025/26 (FMI).
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre piliers portent l’élan du pays. Huit fractures menacent de le rattraper.
4Forces8Failles
Ce qui tient
Le GERD produit 5,15 gigawatts ; sa construction elle-même n’a mobilisé aucun prêt extérieur, financée par des obligations domestiques et des prélèvements sur les salaires des fonctionnaires.
Les lignes de transport, les équipements annexes et une partie du réseau de distribution restent en revanche financés ou approvisionnés depuis l’étranger, une nuance que le récit officiel du barrage passe souvent sous silence.
Le pays exportait déjà de l’électricité vers le Kenya avant l’achèvement du barrage ; le GERD change l’échelle de ces flux vers Djibouti et le Soudan plus qu’il n’en invente le principe.
Addis-Abeba abrite le siège de l’Union africaine depuis sa création, faisant de la capitale éthiopienne le point de passage obligé de la diplomatie continentale.
L’entrée dans les BRICS en janvier 2024 a ouvert un nouvel éventail de partenaires financiers et politiques.
Peu de pays pauvres en ressources financières pèsent autant dans les enceintes multilatérales.
À 9,2 %, l’Éthiopie affiche selon les projections du FMI d’avril 2026 le taux de croissance le plus élevé du continent pour 2025 et 2026, devant la Guinée et l’Ouganda.
Contrairement à d’autres économies africaines dopées par un seul cycle de matières premières, la croissance éthiopienne s’appuie sur les mines, la construction et une industrie manufacturière naissante, ce qui la rend moins dépendante d’un choc sectoriel unique.
Elle reste cependant tirée par l’investissement public, les importations de biens d’équipement et l’endettement, ce qui la rend vulnérable au taux de change et à la disponibilité des financements extérieurs, comme le montre le pilier Économie et finance.
L’Éthiopie est le berceau historique du café Arabica, et le café représente à lui seul environ 44 % des recettes d’exportation du pays.
Cette filière a continué de croître pendant la guerre du Tigré et la crise du birr, portée par la demande mondiale pour le café de spécialité.
Peu de produits éthiopiens jouissent d’une reconnaissance mondiale aussi indépendante de la conjoncture politique intérieure, même si cette concentration expose le pays aux à-coups des cours mondiaux dès que la demande se retourne.
Ce qui freine
L’insurrection Fano, née en avril 2023 du projet de dissoudre les forces spéciales régionales, s’est étendue à plus de soixante localités de l’Amhara au printemps 2026.
De larges pans de la campagne amhara échappent au contrôle effectif de l’État fédéral.
Les combats ont directement perturbé l’organisation des élections fédérales du 1er juin 2026.
L’accord de cessation des hostilités de 2022 a bien mis fin aux combats de grande ampleur, mais sa mise en œuvre reste incomplète : les Forces de défense du Tigré ont lancé des offensives contre l’armée fédérale et des milices amhara au début de 2026.
Addis-Abeba a redéployé des troupes vers le Tigré en février 2026, un mouvement que les autorités tigréennes ont dénoncé comme une préparation à la guerre.
Une reprise du conflit rouvrirait le front le plus meurtrier qu’ait connu le pays depuis 2022.
Plus de 95 % du commerce extérieur éthiopien transite par le seul port de Djibouti, pour un coût annuel supérieur à un milliard de dollars.
Les tentatives de diversification, mémorandum avec le Somaliland en janvier 2024, intérêt réaffirmé pour le port érythréen d’Assab, se heurtent à des voisins hostiles ou à des rivalités régionales, l’Égypte et l’Arabie saoudite investissant elles-mêmes dans les ports concurrents.
Le Premier ministre a qualifié l’accès à la mer de question existentielle devant le Parlement.
L’euro-obligation d’un milliard de dollars arrivée à échéance en 2024 n’est toujours pas restructurée ; le comité des créanciers officiels a rejeté les termes proposés au début de 2026.
Les réserves de change ne couvrent que 2,1 mois d’importations, loin du seuil de trois mois jugé prudent.
Le birr officiel et le birr du marché parallèle continuent de s’écarter, plus de 150 birr contre plus de 180 birr pour un dollar début 2026.
Plus de neuf millions d’enfants éthiopiens sont privés d’école du fait des conflits et des catastrophes naturelles.
L’indice de développement humain du pays, 0,497, le classe 180e sur 193 nations, parmi les plus bas du monde.
La Banque mondiale estime que la pauvreté a grimpé à 43 % de la population en 2025, contre 33 % en 2016.
L’Éthiopie est tombée au 145e rang mondial sur la liberté de la presse en 2025, contre 141e l’année précédente.
L’état d’urgence décrété en Amhara en 2023 continue d’être invoqué pour justifier des arrestations, bien après sa levée officielle en 2024.
Les élections fédérales de juin 2026 se sont tenues dans des zones où l’accès des journalistes reste restreint, ce qui prive le scrutin d’un contrôle indépendant au moment même où sa légitimité est la plus contestée.
L’Égypte qualifie le remplissage et l’exploitation du GERD de menace existentielle pour ses eaux du Nil et a porté le dossier devant le Conseil de sécurité de l’ONU.
Le Caire a depuis noué des accords portuaires et sécuritaires avec l’Érythrée, insérant un acteur supplémentaire dans le contentieux du Nil.
Aucun accord contraignant sur le remplissage et l’exploitation du barrage n’a été signé entre l’Éthiopie, le Soudan et l’Égypte.
Un peu plus de la moitié des Éthiopiens seulement ont accès à l’électricité, contre 94 % en zone urbaine.
Le réseau de transport n’a pas suivi le doublement de la capacité de production : Addis-Abeba elle-même subit encore des coupures hebdomadaires.
Ethiopian Electric Power porte une dette proche de 5 milliards de dollars et facture l’électricité en dessous de son coût de revient.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Reprise de la guerre avec le Tigré. Extension de l’insurrection Fano au-delà de l’Amhara. Échec de la restructuration de l’euro-obligation. Nouvelle dépréciation du birr. Contestation des résultats des élections de juin 2026. Escalade avec l’Égypte sur le Nil. Rupture d’approvisionnement via Djibouti.
Signaux positifs
Premiers contrats d’exportation d’électricité du GERD honorés. Accord définitif avec les créanciers officiels et privés. Reconstitution des réserves de change au-delà de trois mois. Diversification manufacturière au-delà du textile. Accès négocié à un second corridor maritime.
Effets de voisinage
Djibouti
Point de passage de plus de 95 % du commerce éthiopien ; toute tension bilatérale menace directement l’économie nationale.
Érythrée
Frontière fermée depuis la guerre 1998-2000, accusations réciproques de soutien aux insurgés amhara, contentieux non résolu sur l’accès à la mer.
Soudan
Guerre civile qui ferme un débouché historique et pousse des réfugiés vers l’ouest éthiopien, tout en compliquant la sécurité de la frontière commune.
Kenya
Partenaire positif : interconnexion électrique déjà opérationnelle, contrat d’achat d’électricité du GERD, présence du président Ruto à son inauguration.
Choc externe actif
Le conflit au Moyen-Orient renchérit les prix du carburant et des engrais que l’Éthiopie importe massivement, pesant sur une balance commerciale déjà très déficitaire. Les tensions en mer Rouge renchérissent aussi le fret transitant par Djibouti, seul débouché maritime du pays. À l’inverse, la demande mondiale pour le café de spécialité continue de soutenir la principale recette d’exportation du pays. Le bilan reste défavorable : un pays structurellement importateur d’énergie encaisse le choc plus qu’il n’en profite.
Les dynamiques structurelles
Centralisation et fédéralisme ethnique
Le pari d’Abiy Ahmed est aussi son risque le plus lourd : fusionner une coalition ethnique en parti unique promettait l’efficacité, mais chaque région qui s’est sentie dépossédée, le Tigré puis l’Amhara, a repris les armes. La centralisation qui devait stabiliser le pays est devenue le combustible de ses guerres internes.
GERD et souveraineté énergétique
Financer un barrage sans dette extérieure était un pari politique autant que technique : il prive l’Égypte et les bailleurs internationaux de tout levier sur le projet, mais il a aussi ralenti le chantier et concentré son financement sur les citoyens eux-mêmes. La souveraineté du geste a un prix intérieur.
Croissance et fragilité financière
La même économie qui affiche la croissance la plus rapide d’Afrique importe l’essentiel de ses biens d’équipement en devises qu’elle ne possède plus. Plus le pays grandit vite, plus il a besoin de dollars ; plus il en manque, plus la croissance devient difficile à financer sans nouvelle dette.
Enclavement et quête de la mer
Chaque route vers la mer que l’Éthiopie explore, Somaliland, Assab, ravive une crise diplomatique avec un voisin. Le pays ne peut ni se résigner à sa dépendance à Djibouti ni la corriger sans déstabiliser la région qui l’entoure.
BRICS et attentisme occidental
L’entrée dans les BRICS a diversifié les partenaires d’Addis-Abeba au moment même où les préférences commerciales américaines restaient suspendues. Le pays gagne en options diplomatiques ce qu’il perd en accès privilégié à certains marchés occidentaux.
Élections et légitimité contestée
Organiser un scrutin fédéral en pleine insurrection amhara revient à demander une légitimité nationale à un pays qui ne contrôle plus tout son territoire. Que les élections se tiennent ou qu’elles échouent, le doute sur leur validité pèsera sur le mandat qui en sortira.
Violences intercommunautaires
Au-delà des trois fronts armés reconnus, le pays est traversé par des violences locales entre groupes ethniques, souvent liées à l’accès à la terre et aux ressources : fin mai 2026, des affrontements dans les zones frontalières de l’Oromia et du Benishangul-Gumuz ont déplacé plus de 11,000 personnes en quelques jours. Ces foyers dispersés ne font pas la une comme le Tigré ou l’Amhara, mais ils épuisent en continu la capacité de l’État à sécuriser le pays.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
La restructuration de l’euro-obligation aboutit
La levée du défaut de paiement rouvrirait l’accès aux marchés financiers internationaux.
Les élections de juin 2026 passent sans rupture majeure
Un scrutin reconnu, même imparfait, donnerait un mandat plus stable au gouvernement fédéral.
La guerre avec le Tigré ne reprend pas
Éviter un troisième front éviterait l’effondrement sécuritaire généralisé.
L’accès à l’électricité franchit un nouveau seuil
Un raccordement massif des campagnes transformerait le GERD en gain social autant qu’industriel.
Un second corridor maritime s’ouvre réellement
Un accès négocié, via le Somaliland ou l’Érythrée, réduirait une vulnérabilité vieille de trente ans.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
La dette est restructurée, les réserves dépassent trois mois d’importations, l’insurrection Fano s’essouffle faute d’unité de commandement et le GERD raccorde durablement de nouvelles régions. La croissance se maintient au-dessus de 7 % et se traduit enfin en recul de la pauvreté. Pour y parvenir, le pouvoir fédéral a dû accepter de négocier une véritable autonomie régionale avec les factions Fano et le TPLF plutôt que de chercher à les vaincre militairement, un recul politique difficile à assumer pour un gouvernement qui a fondé sa légitimité sur la centralisation.
Scénario défavorable
Le basculement part d’un seul déclencheur : la reprise de la guerre avec le Tigré. L’armée fédérale, absorbée sur ce nouveau front, laisse le champ libre à l’extension de l’insurrection Fano vers des régions jusque-là épargnées. Les recettes fiscales s’effondrent au moment où les besoins de financement de guerre explosent ; le défaut de paiement se prolonge, le birr décroche à nouveau et le pays entre dans une crise de financement extérieur généralisée.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non le rythme de la croissance ni l’ambition diplomatique du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
Piliers I, II, VI et VIII : 13,5 %. Piliers III, IV, V et VII : 9 %. Pilier IX : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,301, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,3/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 2,4/5. A fiscal = 2 : mobilisation fiscale en amélioration mais base encore étroite, forte dépendance à l’aide et aux prêts concessionnels. B exportations = 2 : café et or concentrent près des deux tiers des recettes d’exportation. C sécurité = 2 : plusieurs fronts internes ouverts simultanément, appui logistique extérieur nécessaire. D réserves et financement = 2 : 2,1 mois d’importations, bien en dessous du seuil prudentiel de trois mois. E décisionnel = 4 : GERD financé sans bailleur étranger, diplomatie assumée face à l’Égypte et aux États-Unis, entrée autonome dans les BRICS. Moyenne : (2 + 2 + 2 + 2 + 4) / 5 = 2,4. Quatre sous-indicateurs à 2 ou moins : la règle de plafonnement à 2,5 s’applique, mais la moyenne obtenue, 2,4, lui est déjà inférieure ; le score retenu reste donc 2,4.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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