Togo
Le Togo a fait de son étroitesse un métier : un corridor qui sert toute la région sans que la valeur, ni la sécurité, s'arrête sur son territoire.
Cinquante-six kilomètres de côte, six cents de profondeur, trois voisins terrestres : un couloir qui remonte de l'Atlantique jusqu'au Sahel, et à son extrémité sud un port classé 92e du monde pour les conteneurs.
Faure Gnassingbé dirige le pays depuis 2005, et depuis mai 2025 non plus comme président de la République mais comme président du Conseil des ministres, fonction créée par la Constitution de 2024 et sans limite de mandat.
Le même homme est, depuis avril 2025, le médiateur de l'Union africaine pour les Grands Lacs.
Le quai, la route et la médiation sont trois formes du même métier, et aucune n'oblige la valeur à s'arrêter au Togo.
Ce qui progresse se compte en points de déficit et en tonnes. Ce qui recule est la sécurité des habitants et la capacité de l'État à se corriger.
Le transbordement fait travailler le quai, mais il produit moins de transport terrestre, de stockage, de transformation et de recettes intérieures que le transit ou le commerce national.
Ce que la carte impose
Ce qui décrit le modèle
Ce qui entre, ce qui sort, et par où
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète |
|---|---|---|
| 1 | Inde | Phosphate et produits miniers · 327 M $ · 22,5 % |
| 2 | Burkina Faso | Réexportations et produits manufacturés · 133 M $ · 9,2 % |
| 3 | Bénin | Produits manufacturés et alimentaires · 123 M $ · 8,4 % |
| 4 | Mali | Réexportations et produits manufacturés · 114 M $ · 7,8 % |
| 5 | Côte d'Ivoire | Phosphate et produits manufacturés · 98 M $ · 6,8 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend |
|---|---|---|
| 1 | Chine | Machines, équipements, textiles · 580 M $ · 19,0 % |
| 2 | France | Machines, pharmacie, agroalimentaire · 275 M $ · 9,0 % |
| 3 | Inde | Produits pétroliers, pharmacie, céréales · 242 M $ · 8,0 % |
| 4 | Ghana | Carburants, ciment, produits alimentaires · 145 M $ · 4,8 % |
| 5 | Turquie | Ciment, textiles, biens d'équipement · 136 M $ · 4,5 % |
Quatre inflexions récentes
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d’œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeSous tension structurelle↗Le déficit tombe de moitié en un an, et la dette recule de six points parce que l’économie a été recomptée.+
IIIndustrie et technologieSous tension structurelle↗Un port de rang mondial, et presque rien qui se transforme entre le quai et la frontière.+
IIIDémographie et capital humainFragile et dépendant→Une population qui grossit plus vite que l’école et l’emploi qui devraient l’accueillir.+
IVDiplomatie, influence et informationSous tension structurelle→Un médiateur accepté des deux côtés de la fracture régionale, et deux radios étrangères coupées chez lui.+
VÉnergie et ressourcesSous tension structurelle↗Du phosphate sous les pieds, du carburant importé dans tous les réservoirs.+
VIDéfense et sécuritéFragile et dépendant↘L’armée tient le Nord depuis quatre ans, sous un régime d’exception reconduit chaque année.+
VIIInnovation et savoirFragile et dépendant↗Un câble sous-marin à très haute capacité arrive à Lomé, et s’arrête à peu près là.+
VIIIGouvernance et institutionsFragile et dépendant↘Une République nouvelle qui a changé la fonction du chef de l’État sans changer le chef.+
IXAutonomie stratégiqueFragile et dépendant→Il choisit ses médiations ; il ne choisit ni sa monnaie ni l’exploitant de son terminal à conteneurs.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois appuis, trois fractures
Un quai parmi les plus profonds de la côte
Un tirant d'eau de 16,6 mètres et mille cinquante mètres de quai à conteneurs, qui placent Lomé au 92e rang mondial des ports à conteneurs en 2024.
C'est un avantage physique et non une politique : aucune décision prise ailleurs ne peut reprendre la profondeur de l'eau.
Des comptes publics redressés plus vite que prévu
Le déficit est tombé de 6,8 à 3,2 % du produit intérieur en un an, l'inflation à 0,4 %, et la dernière analyse de viabilité de la dette a reclassé le risque d'élevé à modéré, la capacité d'endettement passant de moyenne à forte.
Reprendre de la marge budgétaire en finançant une guerre à sa frontière nord : peu de voisins y parviennent.
Un médiateur accepté des deux côtés de la fracture régionale
Médiateur de l'Union africaine pour les Grands Lacs depuis avril 2025, à la place de l'Angola. Facilitateur entre la CEDEAO et les trois États sahéliens qui l'ont quittée. Porteur à l'ONU, au nom du groupe africain, de la résolution adoptée le 4 septembre 2026 par 164 voix contre une.
Cette utilité est réelle et récente. Elle repose sur un seul homme, et rien dans les institutions ne garantit qu'elle lui survivrait.
Un port dont les deux tiers ne sortent pas de son enceinte
Le transbordement fait travailler le quai, et à peu près lui seul : déchargés d'un navire, rechargés sur un autre, ces conteneurs ne produisent ni douane, ni camionnage, ni entreposage durable.
Le corridor sahélien, qui porte tout le récit national, pèse environ un neuvième du tonnage : le pays raconte une route et vit d'une escale.
Une région entière sous régime d'exception depuis quatre ans
L'état d'urgence dans les Savanes date de juin 2022 et vient d'être prolongé de douze mois. Une soixantaine de personnes ont été tuées dans des attaques de groupes armés entre janvier et août 2025.
Aucun groupe ne contrôle de territoire togolais, et c'est ce qui rend la durée frappante : l'exception s'installe sans que la menace change de nature.
Une Constitution qui a déplacé le pouvoir sans déplacer l'homme
La réforme de 2024 a transféré l'essentiel de l'exécutif vers la présidence du Conseil des ministres, sans limite de mandat, occupée par celui qui dirigeait déjà le pays depuis vingt ans. La présidence de la République est devenue cérémonielle.
Les manifestations de juin 2025 ont fait sept morts et plus de quatre-vingts arrestations ; deux radios étrangères suspendues n'ont pas repris. Un régime qui se referme perd la capacité d'apprendre ce qui ne va pas.
Qui décide, qui contraint
À l'intérieur
À l'extérieur
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Transit du corridor | Burkina Faso | ●●●● | Quatre cinquièmes du trafic en transit du port, et plus de neuf dixièmes avec le Mali et le Niger. Le même voisin concentre le débouché du corridor et jouxte la zone d'où opèrent les groupes armés qui pèsent sur les Savanes. |
| Exploitation du quai | Armateur concessionnaire | ●●●● | Le terminal à conteneurs est une concession de trente-cinq ans, d'une capacité de 2,2 millions de conteneurs par an. Le transbordement qui fait les deux tiers du tonnage relève d'un choix de réseau maritime, révisable sans que le Togo soit consulté. |
| Monnaie et cadre financier | UEMOA et BCEAO | ●●● | Franc CFA arrimé à l'euro, discipline commune, accès au marché financier régional. Une protection contre les crises de change, et l'abandon de deux instruments que la plupart des États conservent. |
| Fourniture de biens | Chine | ●●●● | Premier fournisseur avec 19,0 % des importations, absente des premiers clients. Le lien est structurellement à sens unique : elle vend au Togo bien plus qu'elle ne lui achète. |
| Cadre budgétaire | Fonds monétaire | ●●● | Facilité élargie de crédit de 390 millions de dollars sur quarante-deux mois, approuvée en mars 2024 ; les troisième et quatrième revues ont été achevées le 29 juin 2026. Le programme encadre l'assainissement ; le reclassement du risque, lui, a été prononcé par la dernière analyse de viabilité de la dette, dans ce contexte. |
| Normes, aide et sécurité | France et Union européenne | ●●● | Deuxième fournisseur de biens, accès au marché européen en franchise de droits, coopération sécuritaire au Nord. Un levier sensible aux critères de gouvernance, et donc au sens de la trajectoire politique intérieure. |
| Équipement militaire | Turquie | ●●● | Drones de combat en service depuis 2022 pour la surveillance de la frontière nord, à un coût très inférieur aux modèles occidentaux. L'appareil reste dépendant des pièces et des techniciens fournis par le vendeur. |
Ce qui changerait réellement le diagnostic
Le trafic qui entre dans le pays croît pendant que la part du transbordement passe sous la moitié
Les deux conditions ensemble : une part de transbordement qui baisse parce que le transbordement s'effondre dirait un port qui décline, non un port qui capte.
L'état d'urgence est levé dans les Savanes
Quatre ans ont fait de la mesure exceptionnelle un cadre ordinaire. La levée dirait que l'État tient le Nord par autre chose que la suspension du droit commun.
Une unité de transformation du phosphate entre en production
Le projet a quarante ans. Entre l'étude et la première tonne d'engrais se joue la différence entre un pays qui extrait et un pays qui fabrique.
Les radios étrangères suspendues retrouvent leur fréquence
Seule bascule de cette fiche qui ne dépende ni d'un investisseur, ni d'un cours mondial, ni d'un voisin. Elle ne coûte rien et ne demande qu'une décision.
Les recettes fiscales franchissent la norme communautaire de 20 %
À 13,7 % du produit intérieur en 2024 et 13,2 % en 2025, l'État finance le Nord, le corridor et l'école avec une ressource parmi les plus étroites de la sous-région. C'est la contrainte dont découlent presque toutes les autres.
Trois chemins à cinq ans
Le passage devient une économie
La valeur ajoutée se fixe autour du port, et les recettes fiscales remontent vers la norme communautaire pour financer l'école et le Nord.
L'état d'urgence est levé, l'espace public se rouvre, et la médiation régionale s'institutionnalise au lieu de tenir à un homme.
Les comptes s'assainissent, le pays reste un couloir
Le déficit tient sa cible et la dette baisse lentement, pour partie parce que l'économie a été recomptée. Le port grossit sans changer de nature.
Le régime ne se rouvre pas et ne se durcit pas davantage ; l'état d'urgence est reconduit d'année en année. C'est le scénario central de la fiche, et le même diagnostic se réécrira dans cinq ans avec de meilleurs ratios.
La route se ferme et l'escale se déplace
L'insécurité descend vers le centre, le corridor se coupe, un armateur déplace son hub vers un port rival. Le Togo perd en même temps le trafic qu'il annonce et celui dont il vit.
La contestation urbaine reprend, la réponse se durcit, et l'assainissement budgétaire cède sous le coût de la sécurité.
Septième d'une région où aucun pays n'atteint le seuil de résilience
Le Togo se classe septième des quinze fiches ouest-africaines de la série, juste devant la Guinée et le Bénin. Il est aussi l'une des rares où la progression l'emporte : quatre piliers montent, trois tiennent, deux reculent.
Ce qui retient la note n'est pas le manque de fonction régionale, c'est la distance entre ce que le pays fait passer et ce qu'il en retient. L'économie est notée 2,8, la plus haute de la fiche, quand l'innovation et la gouvernance sont à 2,0.
Le pays qui fait adopter une carte du monde à l'Assemblée générale des Nations unies est celui qui a coupé deux radios chez lui, et le port qui fait entrer la région dans le commerce mondial est celui dont les deux tiers du tonnage ne franchissent aucune frontière.
Le diagnostic est falsifiable, et il l'est par cinq faits, pas par un seul : le trafic qui entre réellement dans le pays, la levée de l'état d'urgence, une première unité de transformation, le retour des radios suspendues et le niveau des recettes fiscales. Aucun tonnage n'en fait partie.
Il a bâti sa place sur ce qui ne s'arrête pas chez lui : les navires, les camions, les négociations des autres. Sa robustesse montera le jour où quelque chose de tout cela décidera enfin de rester.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Comment on arrive à 2,3. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule. Le calcul ne commence qu'ensuite. On multiplie chaque note par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les neuf résultats : le total brut vaut 2,3395.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 2,3 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut : c'est pourquoi deux fiches aux totaux très proches peuvent tomber de part et d'autre d'un seuil. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note. La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Afrique de l’Ouest : les fiches Forces & Failles. Burkina Faso · Bénin · Cap-Vert · Côte d’Ivoire · Gambie · Ghana · Guinée · Guinée-Bissau · Libéria · Mali · Niger · Nigéria · Sierra Leone · Sénégal · Togo · Tout le continent
8,685 millions d’habitants selon les projections rebasées sur le RGPH-5 par l’INSEED au 1er janvier 2026, un chiffre sensiblement inférieur aux anciennes projections onusiennes. Le Togo tient dans une géographie improbable : cinquante kilomètres de côte, un port profond à Lomé, puis un corridor qui remonte vers le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette position lui donne une fonction régionale que sa taille ne promettait pas.
Le pays a franchi en 2025 un seuil symbolique : son IDH atteint 0,571, le faisant basculer dans la catégorie des pays à développement humain moyen, 161e sur 193 selon le PNUD. Mais l’inégalité reste marquée : indice de Gini à 42,5 selon la dernière enquête disponible de la Banque mondiale (2018), plus élevé que celui de la plupart des voisins immédiats du Togo (Bénin 34,4, Côte d’Ivoire 35,3, Burkina Faso 37,4). Ce chiffre agrégé masque un écart intérieur plus frappant encore : 58,8 % de pauvreté en zone rurale contre 26,5 % en zone urbaine.
Le pouvoir réel est désormais concentré dans la présidence du Conseil des ministres, créée en 2024 pour Faure Gnassingbé. L’indice de perception de la corruption s’établit à 32/100, 120e sur 182 selon Transparency International (2025). Le régime est stable. L’État ne l’est pas autant au Nord : la pression jihadiste remonte du Sahel ; au Sud, la fermeture politique transforme la stabilité en immobilité.
Faure Gnassingbé, l’UNIR et l’appareil sécuritaire tiennent le pays. Président depuis 2005, il occupe depuis le 3 mai 2025 la fonction de président du Conseil des ministres, qui concentre désormais l’essentiel du pouvoir exécutif.
Cette concentration résulte d’une nouvelle Constitution qui a fait basculer le Togo d’un régime semi-présidentiel vers un régime parlementaire, transférant l’autorité réelle de la présidence vers la primature.
Jean-Lucien Savi de Tové occupe quant à lui une présidence devenue essentiellement cérémonielle.
Lomé revendique un rôle de médiateur régional qu’aucun autre pays côtier n’occupe : depuis les sorties du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO en 2023 et 2024 pour former l’AES, le Togo a choisi de jouer un rôle actif de médiateur entre les deux blocs plutôt que de se contenter d’une coexistence prudente. En avril 2026, Lomé a réuni au même Palais des Congrès les ministres des Affaires étrangères de l’AES et les représentants de la CEDEAO pour lancer sa Nouvelle Stratégie Togo-Sahel 2026-2028, se présentant explicitement comme un pont entre les deux blocs.
Cette diplomatie de médiation se heurte à une contradiction domestique : le pays qui se propose comme facilitateur régional affiche lui-même un indice de perception de la corruption parmi les plus faibles de la sous-région et un système politique verrouillé depuis la réforme constitutionnelle de 2024. La crédibilité de médiateur dépend d’une confiance que la fermeture intérieure du régime peut éroder à tout moment.
Cette contradiction s’est aiguisée depuis. Radio France internationale et France 24 ont été suspendues le 16 juin 2025 et n’avaient pas repris leur diffusion ; les manifestations de juin 2025 ont fait sept morts et donné lieu à plus de quatre-vingts arrestations ; l’état d’urgence sécuritaire des Savanes, en vigueur depuis juin 2022, a été prolongé de douze mois le 27 février 2026. Le classement mondial de la liberté de la presse a pourtant fait remonter le Togo de la 121e à la 97e place sur 180 entre 2025 et 2026 : un rang se déplace avec le panel et avec ce que font les autres, et ne dit pas à lui seul ce qui a changé sur le terrain.
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Inde | Phosphates, produits miniers | 327 M$ | 22,5 % |
| Burkina Faso | Réexportations, produits manufacturés | 133 M$ | 9,2 % |
| Bénin | Produits manufacturés, alimentaires | 123 M$ | 8,4 % |
| Mali | Réexportations et produits manufacturés | 114 M$ | 7,8 % |
| Côte d’Ivoire | Phosphates, produits manufacturés | 98 M$ | 6,8 % |
| Pays | Produits | Montant | Poids |
|---|---|---|---|
| Chine | Machines, équipements, textiles | 580 M$ | 19,0 % |
| France | Machines, pharmacie, agroalimentaire | 275 M$ | 9,0 % |
| Inde | Produits pétroliers, pharmacie, céréales | 242 M$ | 8,0 % |
| Ghana | Carburants, ciment, produits alimentaires | 145 M$ | 4,8 % |
| Turquie | Ciment, textiles, biens d’équipement | 136 M$ | 4,5 % |
Dégradation des libertés et contestation urbaine à Lomé.
Hausse du coût des carburants et des denrées importées.
Dette publique à deux tiers du produit intérieur, pour un risque de surendettement désormais jugé modéré.
Choc climatique sur agriculture et infrastructures.
Fermeture ou instabilité du corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey.
Port de Lomé toujours indispensable aux corridors sahéliens.
Inflation retombée à 0,4 % en 2025 et facilité élargie de crédit de 390 millions de dollars sur quarante-deux mois, dont les troisième et quatrième revues ont été achevées le 29 juin 2026.
Zones industrielles, phosphate et logistique en développement.
Progression du solaire et des services numériques.
IDH passé en catégorie moyenne selon le PNUD.
La note globale est la somme pondérée des neuf piliers, notés sur cinq : quatre pèsent 13,5 %, quatre 9 %, l’autonomie stratégique 10 %. La somme donne 2,3395, arrondie à 2,3. L’échelle mesure la capacité à absorber un choc, non la croissance ni les tonnages.
La fenêtre d’observation a été portée du 12 juillet au 14 septembre 2026. Quatre sujets togolais lus intégralement : trois versés, un écarté avec son motif. Une seule note a bougé, sur décision explicite : le pilier économique passe de 2,6 à 2,8, parce que le millésime de juin 2026 a changé ce qu’il mesure. Aucune tendance n’a bougé. Révision éditoriale du 16 septembre 2026.
Trois quantités sont tenues séparées, et le dossier en confondait deux : la DETTE PUBLIQUE, 66,2 % du produit intérieur en 2024 ; sa VALEUR ACTUALISÉE, 56,2 % en 2025, seule mesure servant à l’analyse de viabilité ; et le TRANSIT sahélien, qui fait plus de neuf dixièmes du trafic en transit mais environ un neuvième du tonnage du port. Les chiffres macroéconomiques sont ceux du rapport du Fonds monétaire de juin 2026, qui intègre la révision des comptes nationaux définitifs de 2020 à 2023 : la dette de 2024 y vaut six points de moins que dans le rapport précédent, sans qu’un franc ait été remboursé.
Le classement régional est recalculé à chaque fabrication depuis les quinze dossiers ouest-africains.
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
Le pays sur SAPERE · Togo
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