SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 20 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇲🇼 Malawi
22 millions d’habitants. Une monnaie à deux prix : 1,751 kwachas pour un dollar au guichet officiel, environ 4,400 au marché parallèle. Un État en détresse de dette depuis 2023. Une alternance électorale exemplaire en septembre 2025. Une première mine d’uranium rallumée après dix ans de silence.
SAPERE 2.2 · Une démocratie qui vote mieux qu’elle ne mange
Fragile, béquilles multiples
2,1/5
12,15
Défaut souverain · kwacha à deux prix · démocratie intacte
↘Tendance depuis 2020 : dégradation. Le pays a perdu son programme du FMI, ses réserves de change et son principal bailleur. Il a préservé ses institutions et rallumé sa première mine. L’économie recule, la démocratie tient.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 2,1/5, le Malawi se situe dans la zone des États fragiles à béquilles multiples : la stabilité politique y est réelle, la capacité à encaisser un choc économique presque nulle.
PIB nominal 2026
~18 Mds $
FMI WEO avril 2026 · environ 145e rang mondial · valeur gonflée par le taux de change officiel
PIB PPA
~46 Mds $
Environ 140e rang mondial · ~0,02 % du PIB mondial · ~730 $ par habitant en nominal, parmi les plus bas du monde
Exportations · poids mondial
~0,004 %
~1,0 Md $ · tabac, thé, sucre, légumineuses et arachides
Importations · poids mondial
~0,012 %
~3,0 Mds $ · carburants, engrais, machines et médicaments · le pays importe trois fois plus qu’il n’exporte
En résumé
Le Malawi a réussi en septembre 2025 ce que peu de pays de la région savent faire : une alternance électorale nette, concédée par le sortant avant même la proclamation. Peter Mutharika, 85 ans, est revenu au pouvoir avec 56,8 % des voix et une participation record de 76 %. Le vote a sanctionné une économie en ruine, pas une démocratie en panne.
Car l’économie, elle, est à l’arrêt. L’État est en détresse de dette depuis 2023, avec 669 millions de dollars d’arriérés envers ses créanciers commerciaux. Le programme du FMI s’est éteint en mai 2025, faute d’une seule revue en dix-huit mois. Le kwacha officiel vaut deux fois et demie son prix de rue. Les réserves couvrent moins d’un mois d’importations, et Lilongwe a vendu de l’or pour acheter du carburant. Le démantèlement de l’aide américaine, qui pesait deux fois le budget national de santé, a retiré la plus ancienne des béquilles.
La singularité du pays tient dans cet écart : des institutions parmi les plus crédibles d’Afrique australe posées sur l’une des économies les plus pauvres du monde. Les récits de sortie existent, l’uranium de Kayelekera relancé en août 2025, le rutile de Kasiya, le barrage de Mpatamanga, mais ils se comptent en années. La faim, elle, se compte en saisons.
9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
− En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Défense et sécurité 3,0
Sous tension2,5-2,9
Gouvernance et institutions 2,7
Fragile1,5-2,4
Autonomie stratégique 2,0Démographie et capital humain 1,9Économie et finance 1,6
Diplomatie, influence et information 2,4Industrie et technologie 1,7Énergie et ressources 1,6Innovation et savoir 1,6
En défaillance1,0-1,4
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Score global : 9 piliers SAPERE 2.2 · somme pondérée = 2,1/5. Atouts : Défense et sécurité 3,0. Faiblesses prioritaires : Économie et finance 1,6, Énergie et ressources 1,6, Innovation et savoir 1,6, Industrie et technologie 1,7, Démographie et capital humain 1,9, Autonomie stratégique 2,0, Diplomatie 2,4.
Pourquoi ces neuf notes ?
Qui tient le pays ?
Peter Mutharika et le Democratic Progressive Party (DPP), sans majorité absolue. Élu à 85 ans avec 56,8 % des voix, le président gouverne avec 77 sièges sur 229 au Parlement, face à 71 indépendants et 53 élus du MCP. Chaque texte se négocie. Joseph Mwanamveka, déjà ministre des Finances sous le premier mandat Mutharika, a repris le Trésor ; George Partridge, ancien patron de Press Corporation, dirige la RBM depuis janvier 2026. La justice, qui avait annulé la présidentielle de 2019 pour fraude, et la commission électorale, créditée d’un scrutin propre en 2025, restent des contre-pouvoirs effectifs.
Centre de gravité
Présidence Mutharika et vieille garde du DPP, revenues au pouvoir sur la promesse de la stabilité passée. Le Parlement fragmenté impose la négociation permanente avec les indépendants.
Vitesse d’exécution
Rapide sur les nominations et le budget, lente sur les deux dossiers décisifs : le réalignement du kwacha et la conclusion de la restructuration de dette, tous deux repoussés.
Test politique
Signer une nouvelle facilité avec le FMI sans provoquer, par la dévaluation qu’elle exigera, l’explosion sociale que le prix du carburant alimente déjà.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendances multiples et simultanées. Enclavé, sans pétrole, sans excédent alimentaire garanti et sans accès aux marchés de capitaux, le Malawi dépend des bailleurs multilatéraux pour son budget, du Golfe pour son carburant, de ses voisins pour ses corridors, des donateurs pour sa santé et de la Chine pour ses biens manufacturés. Aucun acteur ne tient le pays seul ; leur retrait simultané, comme en 2025-2026, suffit à l’asphyxier.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Lilongwe.
FMI · BANQUE MONDIALE
●●●●
Le guichet : 3,36 Mds $ d’engagements IDA, appui budgétaire, financement de Mpatamanga. Le programme FMI éteint en mai 2025 est une prise exercée par l’absence : sans lui, ni appui budgétaire complet ni restructuration.
La nouvelle facilité en négociation exigera la dévaluation que le pouvoir refuse.
ÉTATS-UNIS
●●●●
Aide équivalant à plus de 13 % du budget 2024-2025 et au double du budget national de santé. Le démantèlement de l’USAID en 2025 en a fait une prise par retrait : la coupure a désorganisé la santé, l’éducation et la sécurité alimentaire.
Le pays reste 4e au monde pour la dépendance sanitaire aux financements américains.
MOZAMBIQUE · TANZANIE
●●●●
Les tuteurs logistiques : la quasi-totalité du commerce maritime transite par Nacala, Beira et Dar es Salaam. L’interconnexion électrique de 120 MW avec le Mozambique, opérationnelle depuis 2025, ajoute une prise énergétique.
Un cyclone, une grève portuaire ou une crise politique chez le voisin ferme le robinet.
CHINE
●●●
Premier fournisseur (~16,5 % des importations) : machines, électronique, textiles. Premier acheteur du tabac. Créancier bilatéral : accord de rééchelonnement sur 206 M$ avec annulation d’environ 20 M$. Bâtisseur du Parlement et de routes.
Prise commerciale et d’infrastructure plus que financière : la dette chinoise reste modeste.
GOLFE (EAU · KOWEÏT)
●●●
Le réservoir : Émirats arabes unis (~14 % des importations) et Koweït (~7 %) fournissent l’essentiel du carburant raffiné. Le choc du Moyen-Orient de 2026 a fait bondir le gazole de 35 % en trois mois.
Dépendance à une route d’approvisionnement unique, payée en devises qui manquent.
AFRIQUE DU SUD
●●●
Fournisseur majeur (~14 % des importations), premier client régional, hôte d’une importante diaspora malawienne dont la politique migratoire sud-africaine commande les transferts.
Les tensions xénophobes en Afrique du Sud frappent directement les revenus des familles.
AUSTRALIE · LONDRES
●●
La place minière : Lotus Resources (Kayelekera, 85 %), Sovereign Metals (rutile de Kasiya, adossé à Rio Tinto) et Mkango (terres rares) sont cotées à Sydney et Londres ; les décisions d’investissement se prennent hors du pays.
Kayelekera a déjà fermé dix ans sur une décision de cours mondial, pas de Lilongwe.
INDE
●●
Médicaments génériques, riz, véhicules (~5,5 % des importations) ; créancier bilatéral en négociation ; actionnariat d’Airtel, premier opérateur mobile et premier rail de paiement du pays.
L’armoire à pharmacie et le porte-monnaie mobile dépendent de sociétés indiennes.
FRANCE
●●
Échanges commerciaux marginaux, mais présence stratégique : EDF pilote le consortium du barrage de Mpatamanga (358 MW) aux côtés de TotalEnergies, le plus grand investissement privé de l’histoire du pays.
Poids commercial faible, levier énergétique en construction.
La contradiction malawienne
Le Malawi est le contre-exemple qui dérange les grilles de lecture : la qualité démocratique n’y a pas produit la prospérité. Annulation d’une présidentielle frauduleuse en 2019, alternance en 2020, alternance inverse en 2025, défaites concédées, presse vivante : peu de pays du continent alignent un tel palmarès institutionnel. Et pourtant, 72 % des Malawiens vivent sous 2,15 dollars par jour, et le revenu par habitant recule depuis 2020.
La leçon est inconfortable : les urnes sanctionnent, elles ne réforment pas. Deux gouvernements successifs ont reculé devant les mêmes décisions, dévaluer, restructurer, cesser de subventionner le taux de change, parce que leur coût social immédiat dépasse leur bénéfice électoral. La démocratie malawienne fonctionne si bien qu’elle punit quiconque administre le remède.
Commerce, IDE et position française
5 premiers clients
Pays
Produits
Montant
Poids
Belgique
Tabac brut (négoce d’Anvers)
~160 M$
~16 %
Tanzanie
Tabac, thé, réexportations
~95 M$
~9 %
Kenya
Thé, tabac, légumineuses
~70 M$
~7 %
Afrique du Sud
Thé, sucre, tabac
~65 M$
~6 %
Zimbabwe
Tabac, produits agricoles
~55 M$
~5 %
Poids estimés sur des exportations totales d’environ 1,0 Md $ (COMTRADE, dernières données consolidées). 🇺🇸 Position États-Unis à l’export · ~6e client · ~55 M$ · tabac, arachides, thé, sous préférences AGOA. 🇨🇳 Position Chine à l’export · hors top 5 en valeur douanière directe, mais premier acheteur final du tabac malawien via les négociants · l’uranium de Kayelekera, vendu à des électriciens nord-américains, rebattra ce classement dès 2026. 🇫🇷 Position France à l’export · hors top 15 · données insuffisantes.
5 premiers fournisseurs
Pays
Produits
Montant
Poids
Chine
Machines, électronique, textiles
~500 M$
~16,5 %
Émirats arabes unis
Carburants raffinés, pharmacie
~420 M$
~14 %
Afrique du Sud
Aliments, machines, biens de consommation
~420 M$
~14 %
Koweït
Carburants raffinés
~220 M$
~7 %
Inde
Médicaments, riz, véhicules
~165 M$
~5,5 %
Poids sourcés COMTRADE sur des importations totales d’environ 3,0 Mds $. 🇺🇸 Position États-Unis à l’import · hors top 5 · machines et équipements, flux modestes. 🇫🇷 Position France à l’import · hors top 15 · échanges marginaux, présence par l’investissement (Mpatamanga) plus que par le commerce.
IDE entrants
~220 M$
Flux 2024 (CNUCED), contre 208 M$ en 2023 ; stock cumulé d’environ 1,7 Md $, l’un des plus faibles du continent rapporté au PIB.
Investisseurs
Afrique du Sud, Royaume-Uni, États-Unis, Inde et Australie ; l’agriculture d’abord, désormais rejointe par les mines (uranium, rutile, terres rares, niobium) et l’énergie.
France
EDF, chef de file du consortium Mpatamanga avec TotalEnergies, British International Investment et Norfund : 358 MW, appui de 350 M$ de la Banque mondiale, mise en service attendue vers 2030-2031.
Quatre tendances structurelles
Inflation
8,6 % → 23,4 %
2020 à mai 2026, après un pic au-dessus de 32 % en 2024 ; l’inflation hors alimentation atteint encore 33 % sous l’effet du carburant.
Kwacha
+150 %
Écart entre le taux officiel (1,751 pour un dollar, gelé depuis mai 2024) et le marché parallèle (~4,400 en juin 2026).
Réserves de change
< 1 mois
Couverture officielle des importations, contre 3 mois recommandés ; de l’or a été vendu en 2026 pour financer le carburant.
Croissance par habitant
Négative
PIB à +2,2 % en moyenne depuis 2020, sous les +2,6 % de croissance démographique : le Malawien moyen s’appauvrit chaque année.
Ce qui tient · Ce qui freine
Quatre acquis tiennent la maison. Six pénuries la vident.
4Forces6Failles
Ce qui tient
En 2019, la justice a annulé une présidentielle frauduleuse, une première africaine depuis le Kenya.
En 2020, l’opposition a gagné le nouveau scrutin ; en 2025, le sortant a perdu et concédé sa défaite avant la proclamation, devant 76 % de participation.
Deux alternances pacifiques en cinq ans : ce capital de crédibilité institutionnelle est rare, et il rassure les investisseurs miniers autant que les bailleurs.
La mine de Kayelekera, fermée depuis 2014, a produit son premier yellowcake en août 2025 et livre des électriciens nord-américains sous contrats fermes.
Derrière elle, une file d’attente : le rutile de Kasiya, plus grand gisement connu au monde, les terres rares de Songwe Hill, le niobium de Kanyika.
Les mines sont le seul secteur capable de multiplier les exportations du pays d’ici 2030 et de désserrer l’étau des devises.
Le pays a traversé six décennies d’indépendance sans guerre civile, sans insurrection et sans coup d’État réussi, un parcours presque unique dans la région.
L’armée, restée neutre pendant les crises de 2019-2020, jouit d’un respect populaire réel.
Cette cohésion est la condition silencieuse de tout le reste : aucun investisseur ne finance une mine ou un barrage dans un pays qui brûle.
Mpatamanga, 358 MW sur la rivière Shire, doublera la capacité hydroélectrique nationale : 350 M$ de la Banque mondiale, EDF et TotalEnergies au capital.
C’est le plus grand investissement privé de l’histoire du pays, et le préalable des mines énergivores comme Kasiya.
Sans électricité, pas d’industrie ; le sort du barrage conditionne tous les autres récits de sortie.
Ce qui freine
Le kwacha officiel, gelé à 1,751 pour un dollar depuis mai 2024, vaut deux fois et demie moins dans la rue.
Défendre ce taux revient à subventionner les importateurs qui accèdent au guichet officiel et à assécher les réserves, tombées sous un mois d’importations.
Les entreprises qui ne trouvent pas de dollars ne produisent plus ; celles qui en trouvent au parallèle répercutent 4,400 dans leurs prix. L’inflation officielle raconte l’écart.
Dette publique proche de 90 % du PIB, statut de détresse depuis 2023, 669 M$ d’arriérés envers Afreximbank et la TDB, qui refusent toute décote au nom de leur statut de créancier privilégié.
Le programme du FMI s’est éteint en mai 2025 sans une seule revue en dix-huit mois, un cas rarissime.
Pire : environ 90 % de la dette externe restante est due aux multilatéraux, juridiquement irrestructurable. Le pays n’a presque plus de dette annulable ; il n’a que des arriérés.
Une feuille assure environ la moitié des recettes d’exportation d’un pays de 22 millions d’habitants.
Le marché mondial du tabac se contracte structurellement, et la valeur ajoutée part ailleurs : le Malawi vend du tabac brut, Anvers et Pékin le transforment.
Aucune filière de remplacement n’atteint encore l’échelle : le thé, le sucre et les légumineuses complètent, les mines promettent, mais la rente du présent reste une plante que le monde cherche à fumer de moins en moins.
Malgré une récolte 2026 parmi les meilleures des dernières années, plus d’un Malawien sur cinq reste en insécurité alimentaire aiguë.
La mécanique est connue : engrais importés à 100 % (400,000 à 500,000 tonnes par an), transport au gazole devenu hors de prix, greniers du nord coupés des zones déficitaires du sud.
En 2024-2025, un manque de 110,000 tonnes d’engrais avait suffi à creuser un déficit de maïs d’environ 600,000 tonnes. La sécheresse El Niño de 2024 avait fait le reste.
Les financements américains représentaient le double du budget national de santé, faisant du Malawi le 4e pays le plus dépendant au monde.
Le démantèlement de l’USAID en 2025 a coûté au pays plus de 170 M$ la première année ; cliniques mobiles fermées, programmes VIH et paludisme désorganisés.
Les acquis sanitaires, comme la mortalité maternelle divisée par quatre depuis les années 1990, reposaient sur cette perfusion. L’État n’a pas les recettes pour la remplacer.
Entre septembre 2025 et avril 2026, le gazole a augmenté de 103 % et l’essence de 112 %, portant les prix à la pompe parmi les plus élevés d’Afrique.
Les files d’attente aux stations sont redevenues un paysage quotidien, et l’État a vendu environ 30 M$ d’or de réserve pour maintenir les importations.
Chaque litre se paie en devises inexistantes : la pénurie de carburant est le visage visible de la pénurie de dollars.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Échec des négociations de la nouvelle facilité avec le FMI.
Rupture d’approvisionnement en engrais pendant les semis d’octobre-décembre 2026.
Retour de la sécheresse sur la saison 2026-2027.
Épuisement des réserves et rationnement généralisé du carburant.
Pause prolongée de Kayelekera au-delà du redémarrage annoncé.
Tensions sociales sur le coût de la vie dans les villes.
Signaux positifs
Récolte de maïs 2026 parmi les meilleures des dernières années.
Inflation redescendue de plus de 32 % à 23,4 % en mai 2026.
Discussions ouvertes avec le FMI en juin 2026 sur une nouvelle facilité.
Accord de dette conclu avec la Chine (206 M$ rééchelonnés, ~20 M$ annulés).
Production trimestrielle record à Kayelekera au deuxième trimestre 2026.
Interconnexion électrique de 120 MW avec le Mozambique en service.
Effets de voisinage
Mozambique
Poumon maritime par Nacala et Beira, désormais aussi fournisseur d’électricité (120 MW). Cyclones et instabilité mozambicaine remontent les corridors jusqu’à Lilongwe.
Tanzanie
Corridor de Dar es Salaam et fournisseur de maïs en année de disette. Le différend frontalier sur le lac Malawi reste dormant mais non résolu.
Zambie
Fournisseur de maïs, d’électricité d’appoint et d’acide sulfurique pour Kayelekera : la chimie zambienne conditionne la cadence de la mine malawienne.
Zimbabwe
Concurrent direct sur le tabac burley et partenaire commercial historique ; les deux économies partagent la même addiction à la feuille et aux devises rares.
Choc externe actif
Le conflit du Moyen-Orient de 2026 frappe le Malawi par ses deux artères vitales : le carburant, acheté raffiné aux Émirats et au Koweït, et les engrais, dont les prix mondiaux restent 15 à 20 % au-dessus de leur niveau d’avant-crise. Pour une économie qui importe la totalité de ses hydrocarbures et de ses intrants agricoles avec moins d’un mois de réserves, chaque tension dans le Golfe se traduit en semaines de pénurie et en points d’inflation. Le pays subit une guerre à laquelle il n’a aucune part.
Les dynamiques structurelles
Le paradoxe démocratique
Les urnes malawiennes fonctionnent mieux que l’économie qu’elles arbitrent. Deux alternances en cinq ans ont sanctionné les mêmes pénuries sans que personne n’ose le remède, parce que dévaluer, c’est perdre l’élection suivante. La démocratie sélectionne les promesses de stabilité, pas les cures d’austérité : chaque gouvernement hérite du problème qu’il a promis de ne pas traiter.
Le kwacha, une fiction qui coûte cher
Le taux officiel gelé est devenu un instrument de tri social : qui accède au guichet de la RBM achète ses dollars à moitié prix, qui n’y accède pas paie le parallèle. La fiction protège les connectés et taxe les autres. Le FMI en fait le préalable de tout nouveau programme : l’ajustement viendra, la seule question est de savoir s’il sera choisi ou subi.
La mine comme pari de sortie
Uranium, rutile, terres rares, niobium : le sous-sol pourrait porter les exportations de 1 à plusieurs milliards de dollars d’ici 2030 et changer l’équation des devises. Mais Kayelekera a déjà fermé dix ans sur une chute des cours, et les décisions se prennent à Sydney et Londres. La rente minière promise obéira aux marchés mondiaux, pas aux besoins du budget malawien.
L’aide qui s’en va
Le retrait américain de 2025 clôt un demi-siècle de modèle : un État qui administrait pendant que les donateurs finançaient la santé et l’école. La transition forcée vers l’autofinancement arrive au pire moment, sans programme FMI ni marge budgétaire. Ce qui se joue dépasse le Malawi : c’est le test grandeur nature de l’Afrique après l’aide.
L’électricité avant tout le reste
Avec environ 580 MW de capacité pour 22 millions d’habitants et un accès à l’électricité parmi les plus faibles du monde, rien d’industriel n’est possible à grande échelle. Mpatamanga doublera l’hydroélectricité, l’interconnexion mozambicaine sécurise l’appoint : pour une fois, le goulet le mieux identifié du pays est aussi le mieux financé.
La terre qui se remplit
La population croît de 2,6 % par an sur l’un des territoires ruraux les plus denses d’Afrique. Les parcelles rétrécissent à chaque génération pendant que la productivité stagne, faute d’engrais et d’irrigation. La démographie transforme chaque mauvaise récolte en crise nationale, et chaque année sans transformation économique en recul du revenu par habitant.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Le FMI revient à Lilongwe
Une nouvelle facilité signée rouvrirait l’appui budgétaire, débloquerait la restructuration et rendrait le redressement crédible aux yeux des autres bailleurs.
Le kwacha retrouve un seul prix
Un réalignement assumé mettrait fin à la pénurie organisée de devises, au prix d’un choc d’inflation que le pouvoir devrait accompagner socialement.
L’uranium tient ses promesses
Une pleine cadence durable à Kayelekera et une décision finale d’investissement à Kasiya changeraient l’échelle des exportations du pays.
Les pluies manquent à nouveau
Une sécheresse sur la saison 2026-2027, après des semis privés d’engrais, ramènerait la crise alimentaire au premier plan et effacerait les gains sur l’inflation.
Mpatamanga sort de terre
L’ouverture effective du chantier confirmerait que le plus grand pari énergétique du pays résiste au contexte financier.
La rue se soulève sur les prix
Des émeutes du carburant ou de la faim testeraient la cohésion nationale, principal actif du pays, et la retenue de ses forces de sécurité.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Nouvelle facilité FMI signée, kwacha réaligné en douceur, restructuration bouclée avec Afreximbank et la TDB. Kayelekera atteint sa pleine cadence, Kasiya obtient sa décision finale, Mpatamanga entre en chantier. Les exportations doublent, les réserves remontent au-dessus de deux mois, l’inflation revient à un chiffre en fin de période. Le Malawi devient le petit pays minier stable que sa démocratie mérite.
Scénario défavorable
Ni programme ni restructuration ; le kwacha officiel est défendu jusqu’à l’épuisement des réserves, puis lâché dans la panique. Une sécheresse frappe des semis privés d’engrais, l’aide sanitaire n’est pas remplacée, les pénuries de carburant se généralisent. Crise de balance des paiements ouverte, émeutes urbaines sur les prix, et un capital démocratique entamé par l’impuissance des gouvernements successifs.
Méthodologie et légende
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré.3,0-3,9 : résilient.2,5-2,9 : sous tension.1,5-2,4 : fragile.1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 2,090, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 2,1/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans la méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 2,0/5. A fiscal = 2 : recettes propres faibles, aide extérieure pesant plus de 13 % du budget avant les coupes de 2025. B exportations = 2 : le tabac assure environ la moitié des recettes d’exportation. C sécurité = 3 : appareil militaire national autonome, sans base ni tutelle étrangère, mais aux moyens très limités. D réserves = 1 : moins d’un mois d’importations couvertes. E décisionnel = 2 : le refus de dévaluer démontre une capacité de dire non, mais la politique macroéconomique reste sous contrainte permanente des bailleurs. Moyenne : (2 + 2 + 3 + 1 + 2) / 5 = 2,0. Quatre sous-indicateurs à 2 ou moins : la règle de plafonnement à 2,5 est déclenchée, sans effet ici puisque la moyenne (2,0) lui est déjà inférieure.
Tendance depuis 2020
Ce qui tient
Ce qui fragilise
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