Soudan du Sud
Le Soudan du Sud est un État dont la survie se décide hors de ses frontières.
12 millions d'habitants. Le plus jeune État du monde a eu quinze ans le 9 juillet 2026, sans avoir jamais organisé une seule élection nationale.
Sa principale rente publique, le pétrole, doit traverser la guerre du voisin soudanais pour être vendue.
La sécurisation de sa capitale dépend en partie de l'appui de l'armée ougandaise, déployée depuis mars 2025. Et plus d'un habitant sur deux est en insécurité alimentaire aiguë.
L'accord de 2018, qui avait mis fin à cinq ans de guerre civile, a été vidé de sa substance : Riek Machar est jugé pour trahison et son parti a déclaré l'accord « abrogé », quand le gouvernement, qui en amende les dispositions, le tient pour toujours en vigueur.
La rente s'est brisée sur la guerre soudanaise, la faim s'est étendue, la violence a repris. L'industrie et le savoir, déjà très bas, n'ont pas bougé.
Salva Kiir, 75 ans, écarte l'une après l'autre les figures présentées comme ses successeurs. Faute de règle de succession, toute vacance ou transition non préparée devient un risque systémique.
Chaque fonction vitale tient à un autre
Ce qui décrit le pays
Qui achète, qui fournit
| Rang | Pays | Ce qu'il achète | Part des exportations |
|---|---|---|---|
| 1 | Chine | Pétrole brut | ~52,7 % |
| 2 | Singapour | Pétrole brut, via le négoce | ~30,7 % |
| 3 | Émirats arabes unis | Oléagineux, or | ~10,0 % |
| 4 | Ouganda | Or artisanal, bétail | ~3,5 % |
| 5 | Japon | Non détaillé | ~2,5 % |
| Rang | Pays | Ce qu'il vend | Part des importations |
|---|---|---|---|
| 1 | Ouganda | Farine, fer, boissons | ~33,0 % |
| 2 | Émirats arabes unis | Vêtements, chaussures, véhicules | ~25,4 % |
| 3 | Kenya | Aliments, boissons, ciment | ~13,9 % |
| 4 | Chine | Électronique, machines | ~9,8 % |
| 5 | États-Unis | Machines, véhicules | ~3,1 % |
Quatre tendances structurelles
Où le pays tient, où il cède
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020+
IÉconomie et financeDéfaillance critique↘Un budget suspendu à un pipeline.+
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique→Un pays qui exporte du brut et importe tout le reste.+
IIIDémographie et capital humainDéfaillance critique↘Plus d'un habitant sur deux a faim.+
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Une agilité réelle, un poids faible.+
VÉnergie et ressourcesDéfaillance critique↘Un sous-sol riche, un robinet tenu par d'autres.+
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘Une capitale dont la sécurité dépend de forces spéciales ougandaises, déployées à Juba en mars 2025.+
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique→Un système éducatif exsangue.+
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Un pouvoir qui décide par purge et cooptation.+
IXAutonomie stratégiqueDéfaillance critique↘Des crises réglées au prix de nouvelles dépendances.+
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile+
- Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
- Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
- Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
- Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
- Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.
L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.
Trois ancrages, cinq effondrements
Un sous-sol qui paie encore l'État
Malgré deux guerres, la sienne et celle du voisin, le brut a recommencé à couler dans le pipeline après chaque interruption : en janvier 2025 après près d'un an de rupture, en novembre 2025 après des frappes de drones.
En juillet 2026, Djouba a lancé un appel aux investisseurs pour redévelopper ses champs : le gisement survit à tout, y compris à ses gestionnaires.
Un cheptel immense, des terres et des eaux encore dormantes
Le cheptel dépasse 60 millions de têtes de bétail, moutons et chèvres : c'est la richesse qui fonctionne déjà, largement hors de l'État.
En second rang, et en potentiel seulement : le Nil Blanc, le Sudd et des terres dont 5 % seulement sont cultivées, que rien n'a encore converti.
Les parcs de Boma et Badingilo abritent quelque 6 millions d'antilopes, l'une des plus grandes migrations de mammifères au monde, inscrite en juillet 2026 au patrimoine mondial en danger.
Une société qui survit à son État
Les Églises, médiatrices historiques entre les factions, et les réseaux communautaires assurent l'arbitrage, l'entraide et une éducation de fortune.
La survie quotidienne dépend moins des institutions nationales que des réseaux familiaux, religieux, commerciaux et humanitaires sud-soudanais qui relient les villes aux pays voisins.
La diaspora d'Afrique de l'Est et d'ailleurs entretient des transferts et des compétences qui reviennent par vagues à chaque accalmie.
La rente traverse la guerre du voisin
Chaque baril exporté doit franchir la station de Heglig, prise par les FSR en décembre 2025 puis gardée par des troupes sud-soudanaises sous accord tripartite, selon Reuters, et le terminal de Port-Soudan, contrôlé par l'armée soudanaise.
En trois ans, la seule source de devises du pays a été coupée à trois reprises. L'accord de Heglig repose sur la parole de deux belligérants en guerre l'un contre l'autre.
Le sommet de l'État a cessé de partager
Depuis mars 2025, Machar est en résidence surveillée ; depuis septembre 2025, il est jugé pour trahison, meurtre et crimes contre l'humanité par une juridiction d'exception dont la compétence est contestée, selon International Crisis Group.
Le scrutin est désormais prévu pour le 22 décembre 2026, selon l’agence AP, mais sans listes fiables, sans recensement ni opposition libre ; le parti de Machar menace de traiter en ennemis ceux qui viendraient inscrire des électeurs sur ses terres.
La faim est devenue l'état ordinaire
73,300 personnes sont en phase « Catastrophe » selon l'IPC, et quatre comtés du Haut-Nil et du Jonglei frôlent la famine.
Les crues du Nil touchent plus d'un million de personnes chaque année, et le pays est classé au deuxième rang mondial de la vulnérabilité climatique par l'indice INFORM.
Plus de 650,000 réfugiés risquent de perdre toute aide alimentaire à l'automne 2026, faute de financement.
Dans le camp de Chemedi, au bord du Nil, l'eau des 58,000 réfugiés arrive par camion depuis Renk, à 80 km, et l'école de 650 élèves ferme à 11 heures faute d'eau.
Une monnaie qui fond, des salaires qui n'arrivent pas
La livre sud-soudanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2020, et l'inflation alimentaire a culminé à 234 % sur l'exercice 2024-2025.
Les crédits de santé ont perdu 41 % de leur valeur réelle, et les réserves de la banque centrale couvrent moins d'une semaine d'importations.
Quand les salaires arrivent, les rattrapages se font par à-coups, un ou deux mois à la fois, sur des arriérés qui ont atteint douze mois.
La sécurité de la capitale dépend en partie d'une armée étrangère
Depuis mars 2025, des soldats ougandais participent à la sécurisation de Djouba aux côtés des forces du président.
L'Armée blanche et d'autres milices tiennent des pans du territoire, et la prédation s'étend du brut au métal : plus de 70 morts en mars 2026 pour le contrôle d'une mine d'or à Jebel Iraq.
Des casques bleus éthiopiens ont été tués dans une embuscade au Jonglei en août 2026.
Qui tient le pays, du dedans et du dehors
À l'intérieur
Salva Kiir dirige le pays depuis l'indépendance. Depuis octobre 2024, il a engagé une purge du sommet de l'État : chef du renseignement limogé, vice-président révoqué, Riek Machar arrêté puis jugé, ministres de son parti écartés.
Le 15 septembre 2026, à trois mois du scrutin, il a limogé sans motif public le président de la Commission électorale nationale, remplacé par son secrétaire général ; des juristes estiment la procédure illégale, selon l’agence AP.
Benjamin Bol Mel, promu vice-président et héritier présumé en février 2025, a été limogé et assigné à résidence en novembre. Les services de sécurité et un petit noyau de fidèles font office de gouvernement réel.
Tout se passe comme si le statu quo restait plus rentable pour les élites que de risquer une transition qui remettrait leurs positions en jeu.
Chaque cessez-le-feu renégocie les parts de la rente plus qu'il ne rompt avec la prédation.
La capture va jusqu'à la famille : selon la presse internationale, la collecte des taxes pétrolières serait passée entre les mains de la fille du président.
À l'extérieur
Le pétrole sort par le Soudan en guerre, dont les deux camps tiennent chacun un verrou. Djouba doit à l'armée soudanaise plus de 500 millions de dollars d'arriérés de transit.
La Chine exploite les champs, achète environ la moitié du brut et évoque un pipeline alternatif par l'Éthiopie et Djibouti, sans étude financée à ce jour. L'Ouganda participe à la sécurisation de la capitale, nourrit le pays et le parraine.
Les autres investisseurs reculent : Petronas s'est retirée en 2024 dans un contentieux sur la cession de ses actifs, TotalEnergies a quitté l'exploration du bloc B, et les Émirats discutent des prêts gagés sur le brut qui amputeraient pour des années la rente disponible.
Un flux singulier touche jusqu'à la France : les exportations de gomme arabique attribuées au Soudan du Sud bondissent depuis 2023, probable ré-étiquetage de la récolte soudanaise des zones de guerre.
L'aide est devenue le second budget du pays : l'État finance son appareil de sécurité avec le pétrole, les agences financent la survie de la population.
Une trentaine de milliards de dollars ont été versés depuis 2011 : l'aide fonctionne comme un système social parallèle, qui assure la survie sans avoir produit un appareil public autonome. Les coupes de 2025-2026 fissurent ce second budget sans que le premier prenne le relais.
Washington, premier bailleur humanitaire historique, s'est mis en retrait ; Djouba a accepté d'accueillir des expulsés de pays tiers, geste que plusieurs analystes lisent comme une transaction diplomatique, alors que Djouba demande la levée de sanctions.
| Levier | Acteur | Emprise | Ce qu'il contrôle |
|---|---|---|---|
| Corridor d'exportation | Soudan (armée) | ●●●● | Le terminal de Port-Soudan et les redevances de transit. |
| Point de passage du brut | FSR | ●●●● | Heglig, prise en décembre 2025 ; le site est depuis gardé par des troupes sud-soudanaises sous accord tripartite, selon Reuters. |
| Exploitation et achat du brut | Chine | ●●●● | Les champs, la moitié des ventes, et une éventuelle porte de sortie. |
| Sécurité et vivres | Ouganda | ●●●● | L'appui à la sécurisation de Djouba, un tiers des importations, la route de Nimule. |
| Survie de la population | ONU et bailleurs | ●●●● | Les vivres et les soins que l'État ne fournit pas. |
| Aide et visas | États-Unis | ●●● | Les sanctions, les visas et une aide en retrait. |
| Biens et prêts | Émirats arabes unis | ●●● | Un quart des importations et des prêts gagés sur le brut en discussion. |
| Médiation et finance | Kenya | ●● | La médiation Tumaini, le corridor de Mombasa, les banques. |
| Aide européenne | France | ● | Une présence économique quasi nulle. |
Ce que la géographie impose
Ce qui changerait la donne
Riek Machar sort de sa résidence surveillée
Un procès qui s'éteint rouvrirait la porte d'un arrangement politique ; un verdict lourd fermerait la dernière.
Le brut coule sans interruption pendant un an
Un corridor stabilisé rendrait à l'État des recettes, des salaires et une marge de négociation.
La succession s'organise à ciel ouvert
Une transition préparée, même imparfaite, changerait la nature du risque ; une vacance brutale le déchaînerait.
La famine est officiellement déclarée
Le seuil forcerait la communauté internationale à choisir entre remobilisation massive et abandon assumé.
Les soldats ougandais rentrent chez eux
Un retrait ordonné dirait que Djouba se défend seule ; un retrait précipité dirait que plus personne ne veut la défendre.
À cinq ans · 2026-2031
Le compromis
Le procès Machar débouche sur un compromis, un dialogue élargi remplace le scrutin impossible, le corridor pétrolier est sanctuarisé et les salaires reprennent.
Il exigerait une transformation politique que le régime n'a produite à aucun moment en quinze ans.
La survie par épuisement
Le scrutin se tient sans Machar ni opposition libre, sous une commission électorale dont le président vient d'être remplacé par décret, ou glisse encore.
Kiir se maintient sans régler sa succession, le brut coule par intermittence et l'aide amputée continue de nourrir une large part du pays. Les combats restent localisés. C'est la trajectoire qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.
La guerre générale
Un verdict lourd ou une vacance brutale du pouvoir déclenche une guerre civile à dimension ethnique ; le corridor se referme et la famine est déclarée.
Le pays se fragmente en zones tenues par l'armée, les milices et les parrains régionaux.
Une indépendance qui se rejoue chaque mois
Le pays est né en 2011 d’un vote d’autodétermination massif, près de 99 % pour la sécession. Quinze ans plus tard, la souveraineté conquise est devenue, dans son exercice quotidien, une souveraineté sous dépendances.
Plus le pouvoir se durcit à l’intérieur, procès de Machar, purges, juridiction d’exception, plus il doit acheter à l’extérieur les moyens de sa survie : soldats ougandais, tolérance des deux camps soudanais, indulgence américaine négociée contre l’accueil d’expulsés.
Le premier fait qui démentirait la trajectoire centrale ne serait pas un baril de plus, mais une règle de succession connue de tous avant que la question ne se pose.
Le Soudan du Sud a conquis son indépendance ; il la rachète chaque mois, baril par baril, aux conditions des autres.
Méthodologie et sources
Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.
Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.
L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.
Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.
Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.
Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Comment on arrive à 1,2. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,1955.
C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,2 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.
Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.
La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.
| Pilier | Le domaine | Poids dans la note |
|---|---|---|
| I | Économie et finance | 13,5 % |
| II | Industrie et technologie | 13,5 % |
| III | Démographie et capital humain | 9 % |
| IV | Diplomatie, influence et information | 9 % |
| V | Énergie et ressources | 9 % |
| VI | Défense et sécurité | 13,5 % |
| VII | Innovation et savoir | 9 % |
| VIII | Gouvernance et institutions | 13,5 % |
| IX | Autonomie stratégique | 10 % |
Ce que mesure chaque pilier
Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.
I · Économie et finance
Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.
II · Industrie et technologie
Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.
III · Démographie et capital humain
Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.
IV · Diplomatie, influence et information
Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.
V · Énergie et ressources
Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.
VI · Défense et sécurité
Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.
VII · Innovation et savoir
Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.
VIII · Gouvernance et institutions
Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.
IX · Autonomie stratégique
Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.
Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.
La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.
Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.
SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?
Les points d'attention assumés : pour un pays en conflit, plusieurs séries sont des estimations ; les partenaires ne déclarent qu'une fraction du brut sud-soudanais, souvent enregistré comme soudanais ; les pourcentages humanitaires utilisent les dénominateurs des agences citées.
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Le Soudan du Sud vit sous une double peine. À l’intérieur, l’accord de 2018, qui avait clos une guerre civile de cinq ans et environ 383,000 morts, a été vidé de sa substance : Riek Machar, suspendu de la vice-présidence, est jugé pour trahison, son parti a déclaré l’accord « abrogé », quand le gouvernement, qui en amende les dispositions, le tient pour toujours en vigueur ; le gouvernement d’union ne fonctionne plus comme instance de partage du pouvoir : le conseil des ministres, purgé des fidèles de Machar, entérine les choix de la présidence. À l’extérieur, la guerre soudanaise a pris en otage le pipeline qui porte environ 90 % des recettes de l’État : le terminal de Port-Soudan appartient à l’armée soudanaise, et le point de passage de Heglig est tombé aux mains des paramilitaires des FSR en décembre 2025.
Les chiffres disent l’effondrement. La production pétrolière est tombée de 150,000 à environ 70,000 à 100,000 barils par jour. La livre sud-soudanaise a perdu l’essentiel de sa valeur, les fonctionnaires ont attendu leur salaire jusqu’à un an, et 7,8 millions de personnes, soit 56 % de la population selon le dénominateur de l’IPC, traversent une insécurité alimentaire aiguë, avec un risque de famine dans quatre comtés du Haut-Nil et du Jonglei. L’extrême pauvreté a atteint 87 % de la population en 2025, le taux le plus élevé du monde (Banque mondiale), et 9,9 millions de personnes, deux habitants sur trois selon le dénominateur des agences, ont besoin d’une aide d’urgence en 2026. Le pays occupe par ailleurs la dernière place de l’indice de perception de la corruption pour la deuxième année consécutive, ex æquo avec la Somalie en 2025.
Ce qui subsiste tient à trois ancrages : un sous-sol qui recommence à payer après chaque interruption, une agilité diplomatique réelle, illustrée par l’accord tripartite négocié en décembre 2025 aux deux camps soudanais pour maintenir Heglig hors des combats, et une société qui survit à son État par ses réseaux communautaires, ses Églises et sa diaspora. La question des cinq prochaines années n’est plus celle du redressement : c’est celle de la succession de Salva Kiir, 75 ans, et de la forme, négociée ou armée, qu’elle prendra, dans un pays qui n’a jamais organisé une seule élection nationale depuis sa naissance.
Le Soudan du Sud est né en 2011 d’un des votes d’autodétermination les plus massifs de l’histoire : près de 99 % pour la sécession. Quinze ans plus tard, la souveraineté conquise par les armes est devenue, dans son exercice quotidien, une souveraineté sous dépendances : le brut qui finance l’État transite par l’ennemi d’hier, la capitale qui l’incarne dépend en partie, pour sa sécurité, de l’armée d’un voisin, et l’assiette de la population est remplie par des agences internationales.
La contradiction est structurelle. Plus le pouvoir se durcit à l’intérieur, procès de Machar, purges, juridiction d’exception, plus il doit acheter à l’extérieur les moyens de sa survie : soldats ougandais, tolérance des deux camps soudanais, indulgence américaine négociée contre l’accueil d’expulsés. L’indépendance proclamée en 2011 se rejoue chaque mois, baril par baril, aux conditions des autres.
| Pays | Produits | Poids |
|---|---|---|
| Chine | Pétrole brut | ~52,7 % |
| Singapour | Pétrole brut (centre de négoce, destination déclarée) | ~30,7 % |
| Émirats arabes unis | Oléagineux, or | ~10,0 % |
| Ouganda | Or artisanal, bétail | ~3,5 % |
| Japon | Non détaillé | ~2,5 % |
| Pays | Produits | Poids |
|---|---|---|
| Ouganda | Farine, fer, boissons | ~33,0 % |
| Émirats arabes unis | Vêtements, chaussures, véhicules | ~25,4 % |
| Kenya | Préparations alimentaires, boissons, ciment | ~13,9 % |
| Chine | Électronique, machines, véhicules | ~9,8 % |
| États-Unis | Machines, véhicules | ~3,1 % |
I · Économie et finance
II · Industrie et technologie
III · Démographie et capital humain
IV · Diplomatie, influence et information
V · Énergie et ressources
VI · Défense et sécurité
VII · Innovation et savoir
VIII · Gouvernance et institutions
IX · Autonomie stratégique
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