SAPERE · Les Forces et les FaillesSoudan du Sud · données arrêtées au 18 septembre 2026, révisé le 24 septembre 2026 · tendance depuis 2020
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Soudan du Sud

Profil géopolitique

Le Soudan du Sud est un État dont la survie se décide hors de ses frontières.

1,2/5Défaillance critique↘ dégradation depuis 2020

12 millions d'habitants. Le plus jeune État du monde a eu quinze ans le 9 juillet 2026, sans avoir jamais organisé une seule élection nationale.

Sa principale rente publique, le pétrole, doit traverser la guerre du voisin soudanais pour être vendue.

La sécurisation de sa capitale dépend en partie de l'appui de l'armée ougandaise, déployée depuis mars 2025. Et plus d'un habitant sur deux est en insécurité alimentaire aiguë.

La situation
Une paix démontée pièce par pièce

L'accord de 2018, qui avait mis fin à cinq ans de guerre civile, a été vidé de sa substance : Riek Machar est jugé pour trahison et son parti a déclaré l'accord « abrogé », quand le gouvernement, qui en amende les dispositions, le tient pour toujours en vigueur.

La trajectoire
Sept piliers reculent, deux restent stables à 1,1

La rente s'est brisée sur la guerre soudanaise, la faim s'est étendue, la violence a repris. L'industrie et le savoir, déjà très bas, n'ont pas bougé.

La faille décisive
Une succession sans règle

Salva Kiir, 75 ans, écarte l'une après l'autre les figures présentées comme ses successeurs. Faute de règle de succession, toute vacance ou transition non préparée devient un risque systémique.

Chaque fonction vitale tient à un autre

Le brut sort par un pays en guerre ; la sécurité, les vivres et les soins entrent par d'autres.
CE QUI SORT CE QUI ENTRE Soudan du Sud Djouba Brut, par le Soudan en guerre Heglig et Port-Soudan, exposés aux deux camps vers la Chine et Singapour Or artisanal, bétail flux informels vers l’Ouganda et Dubaï Ouganda soldats, vivres, route de Nimule ONU et bailleurs vivres, soins, casques bleus Chine, Émirats, Kenya exploitation du brut, biens, banques
Schéma des dépendances : positions non géographiques. Chaque flèche suit le sens du flux. Le brut franchit deux verrous tenus par les deux camps de la guerre soudanaise avant d'atteindre la mer.

Ce qui décrit le pays

Quatre repères de comparaison mondiale, trois chiffres qui mesurent la détresse.
PIB nominal
~6,1 Mds $
2026 · environ 490 $ par habitant selon le FMI
PIB en parité de pouvoir d'achat
~19 Mds $
estimation, faute de statistiques nationales fiables
Exportations · poids mondial
~0,02 %
~4,5 Mds $ en 2023 selon la CNUCED · essentiellement du brut
Importations · poids mondial
~0,01 %
~1,6 Md $ déclarés par les partenaires en 2023, davantage avec l'informel
En insécurité alimentaire aiguë
7,8 millions
avril-juillet 2026 · 56 % selon le dénominateur de l'IPC
Extrême pauvreté
87 %
2025 · le taux le plus élevé du monde, selon la Banque mondiale
Accès à l'électricité
5,4 %
2023 · dernier rang mondial, selon la Banque mondiale

Qui achète, qui fournit

Le brut part vers la Chine et Singapour ; l'Ouganda, les Émirats et le Kenya fournissent.
Premiers clients · parts 2023, données miroir BACI
RangPaysCe qu'il achètePart des exportations
1ChinePétrole brut~52,7 %
2SingapourPétrole brut, via le négoce~30,7 %
3Émirats arabes unisOléagineux, or~10,0 %
4OugandaOr artisanal, bétail~3,5 %
5JaponNon détaillé~2,5 %
Les partenaires ne déclarent qu'une fraction du brut, souvent enregistré comme soudanais à Port-Soudan : ces parts décrivent les flux miroir observés en 2023, sans reconstituer nécessairement la destination finale de l'ensemble du brut.
Premiers fournisseurs · parts 2023, données miroir BACI
RangPaysCe qu'il vendPart des importations
1OugandaFarine, fer, boissons~33,0 %
2Émirats arabes unisVêtements, chaussures, véhicules~25,4 %
3KenyaAliments, boissons, ciment~13,9 %
4ChineÉlectronique, machines~9,8 %
5États-UnisMachines, véhicules~3,1 %
Les routes d'Ouganda et du Kenya portent aussi un commerce informel que ces chiffres ignorent.

Quatre tendances structurelles

La couleur dit le sens pour le pays, pas celui de la flèche.
Quatre inflexions défavorables : moins de brut, moins d'électricité par habitant, une monnaie effondrée, plus de corruption perçue.

Où le pays tient, où il cède

Chaque pilier est noté sur cinq, puis pondéré selon son poids dans la grille SAPERE 2.2.
Les neuf piliers en un coup d'œil · niveau et tendance depuis 2020
Faire défiler la matrice vers la droite pour lire les tendances.
↘ en baisse= stable↗ en hausse
Fragile et dépendant1,5-2,4↘Diplomatie, influence et information 1,6
Défaillance critique1,0-1,4↘Énergie et ressources 1,3↘Économie et finance 1,2↘Démographie et capital humain 1,2↘Autonomie stratégique 1,2↘Défense et sécurité 1,1↘Gouvernance et institutions 1,1→Industrie et technologie 1,1→Innovation et savoir 1,1
Niveaux inoccupésaucun pilierAucun pilier n'atteint « Solidement ancré » (4,0-5,0), « Résilient sous contrainte » (3,0-3,9) ni « Sous tension structurelle » (2,5-2,9).
Aucun pilier ne progresse, deux restent stables à 1,1, sept reculent. Huit piliers sur neuf sont en « Défaillance critique » ; seule la diplomatie s’en tient au-dessus. Le score global de 1,2 résulte de la somme pondérée de ces neuf notes, arrondie au dixième.
IÉconomie et financeDéfaillance critique↘Un budget suspendu à un pipeline.
Ce qui tient
La production a repris après chaque interruption, et l'inflation décroît depuis la reprise des exportations.
Si le brut coule, la Banque africaine de développement projette même un excédent budgétaire.
Ce qui fragilise
Le pétrole fait environ 90 % des recettes de l'État ; les exportations ont chuté d'environ 70 % depuis 2024, selon le panel d'experts de l'ONU.
Fonctionnaires et soldats ont attendu leur paie jusqu'à un an, et aucun programme du FMI n'est actif depuis novembre 2024.
IIIndustrie et technologieDéfaillance critique→Un pays qui exporte du brut et importe tout le reste.
Ce qui tient
Quelques petites unités agroalimentaires et de matériaux fonctionnent autour de Djouba.
Des projets de raffinerie sont évoqués avec la Chine.
Ce qui fragilise
Aucune base manufacturière, et pas de raffinage significatif : même les carburants sont importés.
Les routes bitumées sont rares et les coûts logistiques extrêmes.
IIIDémographie et capital humainDéfaillance critique↘Plus d'un habitant sur deux a faim.
Ce qui tient
La moitié de la population a moins de dix-huit ans.
La diaspora d'Afrique de l'Est entretient des transferts et des compétences qui reviennent à chaque accalmie.
Ce qui fragilise
2,2 millions d'enfants souffrent de malnutrition aiguë, pendant que choléra, rougeole et paludisme progressent.
L'alphabétisation des adultes plafonne autour de 35 %, et le pays figure parmi les derniers de l'indice de développement humain du PNUD.
IVDiplomatie, influence et informationFragile et dépendant↘Une agilité réelle, un poids faible.
Ce qui tient
Membre de la Communauté d'Afrique de l'Est et de l'IGAD, Djouba a négocié en décembre 2025 avec les deux camps soudanais un accord pour tenir Heglig hors des combats.
La médiation kényane Tumaini reste ouverte avec les opposants exilés.
Ce qui fragilise
Washington a révoqué en avril 2025 les visas de tous les détenteurs d'un passeport sud-soudanais.
Le procès Machar est critiqué par les partenaires régionaux et occidentaux, et le pays a peu de leviers propres hors le pétrole.
VÉnergie et ressourcesDéfaillance critique↘Un sous-sol riche, un robinet tenu par d'autres.
Ce qui tient
La production de brut a été rétablie après chaque interruption, entre 70,000 et 100,000 barils par jour à l'été 2026.
Les réserves prouvées et le potentiel hydroélectrique du Nil sont considérables, mais non comptés dans la note tant qu'ils ne sont pas convertis.
Ce qui fragilise
Le réseau électrique s'arrête aux abords de Djouba : environ 130 MW installés, entièrement thermiques.
Le corridor d'exportation passe par deux verrous tenus par les belligérants soudanais.
VIDéfense et sécuritéDéfaillance critique↘Une capitale dont la sécurité dépend de forces spéciales ougandaises, déployées à Juba en mars 2025.
Ce qui tient
L'État tient les principales villes, avec l'appui de l'armée ougandaise à Djouba.
La MINUSS compte environ 18,000 personnels, militaires, policiers et civils.
Ce qui fragilise
L'armée, fragmentée en loyautés ethniques, combat son ancien partenaire de paix dans le Haut-Nil, le Jonglei et les Équatorias.
Plus de 1,800 civils ont été tués entre janvier et septembre 2025, selon l'ONU, et 639 sur les seuls deux premiers mois de 2026.
VIIInnovation et savoirDéfaillance critique→Un système éducatif exsangue.
Ce qui tient
L'université de Djouba fonctionne malgré tout.
La connectivité progresse, mais par des opérateurs étrangers : Starlink détient environ 30 % du marché des fournisseurs d'accès, devant le sud-africain MTN et le koweïtien Zain : aucun opérateur sud-soudanais ne tient ce réseau.
Ce qui fragilise
Moins de 30 % des enfants accèdent à l'école primaire.
La recherche est quasi inexistante, et les rares diplômés partent.
VIIIGouvernance et institutionsDéfaillance critique↘Un pouvoir qui décide par purge et cooptation.
Ce qui tient
Une constitution de transition et un cadre légal existent sur le papier.
La presse, la société civile et les Églises restent actives malgré la répression.
Ce qui fragilise
Une loi de juillet 2026 permet de voter sans constitution permanente ni recensement ; la commission des droits de l'homme de l'ONU juge que manquent la plupart des garanties d'un scrutin crédible, selon ISS Africa.
Le pays occupe la dernière place de l'indice de perception de la corruption, ex æquo avec la Somalie, selon Transparency International.
IXAutonomie stratégiqueDéfaillance critique↘Des crises réglées au prix de nouvelles dépendances.
Ce qui tient
Djouba sait encore jouer ses partenaires les uns contre les autres.
L'accord de Heglig, négocié avec les deux camps soudanais, montre une capacité de décision résiduelle.
Ce qui fragilise
Recettes, exportations, sécurité et trésorerie dépendent chacune d'un acteur extérieur.
Les réserves sont épuisées, et le budget suspendu à l'aide et au brut.
Comprendre l'échelle de robustesse, du plus solide au plus fragile
  1. Solidement ancré4,0 à 5,0 · Capacités prouvées sur la durée. Le pays absorbe les chocs sans risque de basculement.
  2. Résilient sous contrainte3,0 à 3,9 · Forces et faiblesses en tension, mais le système tient par ses propres moyens.
  3. Sous tension structurelle2,5 à 2,9 · Le pilier tient grâce à une béquille : une rente, un partenaire, un corridor. Il cède si elle cède.
  4. Fragile et dépendant1,5 à 2,4 · Vulnérabilité profonde. La fonction est assurée, mais sans maîtrise réelle des moyens.
  5. Défaillance critique1,0 à 1,4 · Risque d'effondrement de la fonction. Autorité ou capacité contestée sur l'essentiel.

L'échelle mesure la capacité à encaisser un choc, pas la richesse ni le potentiel. Le niveau de chaque pilier découle mécaniquement de son évaluation sur cinq points, selon les bornes ci-dessus.

Trois ancrages, cinq effondrements

Ce qui survit sous le pays, et ce qui s'effondre au-dessus.
Ce qui tient
FORCE 01

Un sous-sol qui paie encore l'État

Malgré deux guerres, la sienne et celle du voisin, le brut a recommencé à couler dans le pipeline après chaque interruption : en janvier 2025 après près d'un an de rupture, en novembre 2025 après des frappes de drones.

En juillet 2026, Djouba a lancé un appel aux investisseurs pour redévelopper ses champs : le gisement survit à tout, y compris à ses gestionnaires.

FORCE 02

Un cheptel immense, des terres et des eaux encore dormantes

Le cheptel dépasse 60 millions de têtes de bétail, moutons et chèvres : c'est la richesse qui fonctionne déjà, largement hors de l'État.

En second rang, et en potentiel seulement : le Nil Blanc, le Sudd et des terres dont 5 % seulement sont cultivées, que rien n'a encore converti.

Les parcs de Boma et Badingilo abritent quelque 6 millions d'antilopes, l'une des plus grandes migrations de mammifères au monde, inscrite en juillet 2026 au patrimoine mondial en danger.

FORCE 03

Une société qui survit à son État

Les Églises, médiatrices historiques entre les factions, et les réseaux communautaires assurent l'arbitrage, l'entraide et une éducation de fortune.

La survie quotidienne dépend moins des institutions nationales que des réseaux familiaux, religieux, commerciaux et humanitaires sud-soudanais qui relient les villes aux pays voisins.

La diaspora d'Afrique de l'Est et d'ailleurs entretient des transferts et des compétences qui reviennent par vagues à chaque accalmie.

Ce qui s'effondre
FAILLE 01

La rente traverse la guerre du voisin

Chaque baril exporté doit franchir la station de Heglig, prise par les FSR en décembre 2025 puis gardée par des troupes sud-soudanaises sous accord tripartite, selon Reuters, et le terminal de Port-Soudan, contrôlé par l'armée soudanaise.

En trois ans, la seule source de devises du pays a été coupée à trois reprises. L'accord de Heglig repose sur la parole de deux belligérants en guerre l'un contre l'autre.

FAILLE 02

Le sommet de l'État a cessé de partager

Depuis mars 2025, Machar est en résidence surveillée ; depuis septembre 2025, il est jugé pour trahison, meurtre et crimes contre l'humanité par une juridiction d'exception dont la compétence est contestée, selon International Crisis Group.

Le scrutin est désormais prévu pour le 22 décembre 2026, selon l’agence AP, mais sans listes fiables, sans recensement ni opposition libre ; le parti de Machar menace de traiter en ennemis ceux qui viendraient inscrire des électeurs sur ses terres.

FAILLE 03

La faim est devenue l'état ordinaire

73,300 personnes sont en phase « Catastrophe » selon l'IPC, et quatre comtés du Haut-Nil et du Jonglei frôlent la famine.

Les crues du Nil touchent plus d'un million de personnes chaque année, et le pays est classé au deuxième rang mondial de la vulnérabilité climatique par l'indice INFORM.

Plus de 650,000 réfugiés risquent de perdre toute aide alimentaire à l'automne 2026, faute de financement.

Dans le camp de Chemedi, au bord du Nil, l'eau des 58,000 réfugiés arrive par camion depuis Renk, à 80 km, et l'école de 650 élèves ferme à 11 heures faute d'eau.

FAILLE 04

Une monnaie qui fond, des salaires qui n'arrivent pas

La livre sud-soudanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur depuis 2020, et l'inflation alimentaire a culminé à 234 % sur l'exercice 2024-2025.

Les crédits de santé ont perdu 41 % de leur valeur réelle, et les réserves de la banque centrale couvrent moins d'une semaine d'importations.

Quand les salaires arrivent, les rattrapages se font par à-coups, un ou deux mois à la fois, sur des arriérés qui ont atteint douze mois.

FAILLE 05

La sécurité de la capitale dépend en partie d'une armée étrangère

Depuis mars 2025, des soldats ougandais participent à la sécurisation de Djouba aux côtés des forces du président.

L'Armée blanche et d'autres milices tiennent des pans du territoire, et la prédation s'étend du brut au métal : plus de 70 morts en mars 2026 pour le contrôle d'une mine d'or à Jebel Iraq.

Des casques bleus éthiopiens ont été tués dans une embuscade au Jonglei en août 2026.

Qui tient le pays, du dedans et du dehors

Un président qui rétrécit son cercle, et des voisins qui tiennent chacun une fonction vitale.

À l'intérieur

Salva Kiir dirige le pays depuis l'indépendance. Depuis octobre 2024, il a engagé une purge du sommet de l'État : chef du renseignement limogé, vice-président révoqué, Riek Machar arrêté puis jugé, ministres de son parti écartés.

Le 15 septembre 2026, à trois mois du scrutin, il a limogé sans motif public le président de la Commission électorale nationale, remplacé par son secrétaire général ; des juristes estiment la procédure illégale, selon l’agence AP.

Benjamin Bol Mel, promu vice-président et héritier présumé en février 2025, a été limogé et assigné à résidence en novembre. Les services de sécurité et un petit noyau de fidèles font office de gouvernement réel.

Tout se passe comme si le statu quo restait plus rentable pour les élites que de risquer une transition qui remettrait leurs positions en jeu.

Chaque cessez-le-feu renégocie les parts de la rente plus qu'il ne rompt avec la prédation.

La capture va jusqu'à la famille : selon la presse internationale, la collecte des taxes pétrolières serait passée entre les mains de la fille du président.

Décision rapidePour les arrestations et les remaniements.
Décision lentePour les salaires, les services publics et la préparation du scrutin.
Test politiqueLe verdict du procès Machar, le scrutin de décembre, et surtout la succession.

À l'extérieur

Le pétrole sort par le Soudan en guerre, dont les deux camps tiennent chacun un verrou. Djouba doit à l'armée soudanaise plus de 500 millions de dollars d'arriérés de transit.

La Chine exploite les champs, achète environ la moitié du brut et évoque un pipeline alternatif par l'Éthiopie et Djibouti, sans étude financée à ce jour. L'Ouganda participe à la sécurisation de la capitale, nourrit le pays et le parraine.

Les autres investisseurs reculent : Petronas s'est retirée en 2024 dans un contentieux sur la cession de ses actifs, TotalEnergies a quitté l'exploration du bloc B, et les Émirats discutent des prêts gagés sur le brut qui amputeraient pour des années la rente disponible.

Un flux singulier touche jusqu'à la France : les exportations de gomme arabique attribuées au Soudan du Sud bondissent depuis 2023, probable ré-étiquetage de la récolte soudanaise des zones de guerre.

L'aide est devenue le second budget du pays : l'État finance son appareil de sécurité avec le pétrole, les agences financent la survie de la population.

Une trentaine de milliards de dollars ont été versés depuis 2011 : l'aide fonctionne comme un système social parallèle, qui assure la survie sans avoir produit un appareil public autonome. Les coupes de 2025-2026 fissurent ce second budget sans que le premier prenne le relais.

Washington, premier bailleur humanitaire historique, s'est mis en retrait ; Djouba a accepté d'accueillir des expulsés de pays tiers, geste que plusieurs analystes lisent comme une transaction diplomatique, alors que Djouba demande la levée de sanctions.

De quoi dépend le pays ?Du corridor soudanais, de l'armée ougandaise, de l'aide et des compagnies chinoises.
Choc externe actifLa guerre soudanaise, choc permanent plutôt qu'événement, et les coupes de l'aide.
Ce que Djouba peut opposerSa position de passage obligé, et le jeu entre ses parrains.
LevierActeurEmpriseCe qu'il contrôle
Corridor d'exportationSoudan (armée)●●●●Le terminal de Port-Soudan et les redevances de transit.
Point de passage du brutFSR●●●●Heglig, prise en décembre 2025 ; le site est depuis gardé par des troupes sud-soudanaises sous accord tripartite, selon Reuters.
Exploitation et achat du brutChine●●●●Les champs, la moitié des ventes, et une éventuelle porte de sortie.
Sécurité et vivresOuganda●●●●L'appui à la sécurisation de Djouba, un tiers des importations, la route de Nimule.
Survie de la populationONU et bailleurs●●●●Les vivres et les soins que l'État ne fournit pas.
Aide et visasÉtats-Unis●●●Les sanctions, les visas et une aide en retrait.
Biens et prêtsÉmirats arabes unis●●●Un quart des importations et des prêts gagés sur le brut en discussion.
Médiation et financeKenya●●La médiation Tumaini, le corridor de Mombasa, les banques.
Aide européenneFrance●Une présence économique quasi nulle.
Les points mesurent l'emprise, c'est-à-dire l'intensité globale du lien : poids commercial, dépendance technologique, exposition financière et levier politique combinés, et non le seul volume des échanges.

Ce que la géographie impose

Un pays enclavé, dont chaque issue passe par un voisin.
SOUDAN DU SUD SOUDAN ÉTHIOPIE OUGANDA RDC CENTRAFRIQUE KENYA Heglig Prise par les FSR en décembre 2025, gardée par des troupes sud-soudanaises. Renk Principale porte d’entrée des réfugiés et des retours du Soudan. Nasir Soulèvement de mars 2025 à l’origine du procès Machar. Djouba Sécurisée en partie avec l’appui de l’armée ougandaise. Projection Equal Earth · contours Natural Earth simplifiés SOUDAN DU SUD SOUDAN ÉTHIOPIE OUGANDA RDC
Le Soudan du Sud figure en couleur, ses voisins en gris. Les cartouches situent Heglig, Renk, Nasir et Djouba.
SoudanLa guerre du Nord dicte tout : pipeline, redevances, plus d'un million de réfugiés et de retours accueillis depuis 2023, et désormais les FSR à la frontière.
OugandaGarant militaire, premier fournisseur et corridor routier vital : l'assurance-vie de Djouba est aussi son hypothèque.
Kenya et ÉthiopieNairobi porte la médiation et le corridor de Lamu ; Addis-Abeba pousse un tracé pétrolier vers Djibouti avec Pékin. Des issues sur les cartes, pas encore sur le terrain.
RDCL'épidémie d'Ebola de l'Ituri, frontalier, menace un pays sans système de santé ; aucun cas n'était confirmé au Soudan du Sud à la fin août 2026.

Ce qui changerait la donne

Les événements qui feraient bouger le diagnostic, dans un sens ou dans l'autre.
Machar

Riek Machar sort de sa résidence surveillée

Un procès qui s'éteint rouvrirait la porte d'un arrangement politique ; un verdict lourd fermerait la dernière.

Brut

Le brut coule sans interruption pendant un an

Un corridor stabilisé rendrait à l'État des recettes, des salaires et une marge de négociation.

Succession

La succession s'organise à ciel ouvert

Une transition préparée, même imparfaite, changerait la nature du risque ; une vacance brutale le déchaînerait.

Famine

La famine est officiellement déclarée

Le seuil forcerait la communauté internationale à choisir entre remobilisation massive et abandon assumé.

Ouganda

Les soldats ougandais rentrent chez eux

Un retrait ordonné dirait que Djouba se défend seule ; un retrait précipité dirait que plus personne ne veut la défendre.

À cinq ans · 2026-2031

Trois chemins, dont un qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.
Trajectoire favorable

Le compromis

Le procès Machar débouche sur un compromis, un dialogue élargi remplace le scrutin impossible, le corridor pétrolier est sanctuarisé et les salaires reprennent.

Il exigerait une transformation politique que le régime n'a produite à aucun moment en quinze ans.

Trajectoire centrale

La survie par épuisement

Le scrutin se tient sans Machar ni opposition libre, sous une commission électorale dont le président vient d'être remplacé par décret, ou glisse encore.

Kiir se maintient sans régler sa succession, le brut coule par intermittence et l'aide amputée continue de nourrir une large part du pays. Les combats restent localisés. C'est la trajectoire qui se réalise si les arbitrages actuels se maintiennent.

Trajectoire défavorable

La guerre générale

Un verdict lourd ou une vacance brutale du pouvoir déclenche une guerre civile à dimension ethnique ; le corridor se referme et la famine est déclarée.

Le pays se fragmente en zones tenues par l'armée, les milices et les parrains régionaux.

Méthodologie et sources

Ce que le score mesure. Il répond à une seule question : dans quelle mesure le pays peut-il encaisser un choc ? Ni la richesse, ni la croissance, ni la qualité du gouvernement, prises séparément, ne donnent la réponse.

Un pays riche peut avoir un score bas s'il ne tient que par une rente ; un pays moins riche, un score honorable s'il dispose de capacités propres et de dépendances qu'il maîtrise. Une note ne bouge pas sur une impression : il faut un fait daté et vérifiable sur l'un des neuf piliers.

L'échelle, de 1 à 5. De 4,0 à 5,0, solidement ancré : le pays absorbe un choc sans vaciller. De 3,0 à 3,9, résilient sous contrainte. De 2,5 à 2,9, sous tension structurelle : le pays tient par une béquille, et cède si elle cède. De 1,5 à 2,4, fragile et dépendant : la fonction est assurée, mais sans maîtrise des moyens. De 1,0 à 1,4, défaillance critique.

Les notes de pilier. Chaque pilier reçoit une appréciation documentée, posée directement au dixième sur une échelle de cinq : un jugement argumenté, et non le produit d'une formule, sauf pour le pilier IX, dont la note est la moyenne de cinq sous-indicateurs, ramenée à 2,5 au plus dès que deux d'entre eux au moins sont à 2 ou moins. Le calcul du score ne commence qu'ensuite.

Quand une donnée manque. Un pilier qu'aucune source primaire ne documente n'est pas noté, et la fiche le dit. Le total est alors rapporté au poids des piliers réellement notés : une note absente ne compte ni pour ni contre le pays.

Le score perd en couverture, donc en degré de confiance, mais il reste sur la même échelle et avec les mêmes poids que les autres. Au-delà de trois piliers sans note, aucun score n'est calculé. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Comment on arrive à 1,2. On multiplie chacune des neuf notes par le poids du tableau ci-dessous, et on additionne les résultats : le total brut vaut 1,1955.

C'est le seul chiffre de la fiche que l'on arrondit, au dixième le plus proche, ce qui donne 1,2 sur 5. La bande où le pays est rangé se lit sur ce chiffre arrondi, jamais sur le brut. La règle vaut pour les 54 fiches de la série.

Les neuf piliers, et ce que chacun pèse. Ils ne comptent pas à égalité : quatre d'entre eux portent à eux seuls 54 % de la note.

La pondération ne récompense pas le prestige d'un domaine, mais sa capacité à entraîner ou à fragiliser les autres : l'économie, l'industrie, la défense et la gouvernance conditionnent le reste. Elle est la même pour les 54 fiches de la série, ce qui rend les scores comparables entre eux.

PilierLe domainePoids dans la note
IÉconomie et finance13,5 %
IIIndustrie et technologie13,5 %
IIIDémographie et capital humain9 %
IVDiplomatie, influence et information9 %
VÉnergie et ressources9 %
VIDéfense et sécurité13,5 %
VIIInnovation et savoir9 %
VIIIGouvernance et institutions13,5 %
IXAutonomie stratégique10 %

Ce que mesure chaque pilier

Posséder du pétrole, une armée nombreuse ou une jeunesse abondante est un potentiel. Les neuf piliers regardent ce que le pays sait en faire, c'est-à-dire la différence entre ce qu'il possède et ce qu'il sait faire de ce qu'il possède.

I · Économie et finance

Ce qui est regardé : la croissance, l'inflation, la dette, les réserves, l'accès au crédit. Pourquoi : un État qui ne peut plus emprunter, payer ses fournisseurs ni honorer ses échéances encaisse mal le premier choc venu.

II · Industrie et technologie

Ce qui est regardé : ce que le pays fabrique, transforme et répare lui-même. Pourquoi : exporter une matière première et importer les machines, c'est laisser la valeur se créer ailleurs. L'industrie transforme une ressource en capacité.

III · Démographie et capital humain

Ce qui est regardé : l'école, la santé, l'accès à l'eau, l'emploi, la structure par âge, le départ des compétences. Pourquoi : une jeunesse nombreuse est une force si elle est formée et employée. Sinon elle devient une pression de plus sur l'État.

IV · Diplomatie, influence et information

Ce qui est regardé : les alliances, les médiations, le poids dans les organisations, l'image du pays et sa capacité à faire circuler une information crédible. Pourquoi : tout ne se règle pas par l'argent ou par les armes. Savoir convaincre, négocier et se faire entendre donne des marges qu'un poids économique ne donne pas.

V · Énergie et ressources

Ce qui est regardé : l'accès à l'électricité, la fiabilité du réseau, la dépendance aux carburants importés, le mix énergétique et la maîtrise des ressources stratégiques. Pourquoi : avoir une ressource et pouvoir s'en servir sont deux choses. Un pays peut produire du pétrole et importer son carburant, avoir des barrages et laisser des provinces sans courant.

VI · Défense et sécurité

Ce qui est regardé : le contrôle réel du territoire, y compris dans le cyberespace, l'état du matériel, la logistique, les dépendances extérieures. Pourquoi : une force qu'on ne peut ni ravitailler ni déployer ne protège pas. On mesure une capacité, pas un inventaire.

VII · Innovation et savoir

Ce qui est regardé : la recherche, les universités, les brevets, la formation, le maintien des talents. Pourquoi : acheter une technologie n'est pas la maîtriser. L'industrie sait produire, l'innovation sait inventer.

VIII · Gouvernance et institutions

Ce qui est regardé : l'efficacité de l'administration, l'état de droit, la corruption, les contre-pouvoirs, la continuité des règles, les inégalités et la cohésion sociale. Pourquoi : des ressources ne deviennent de la robustesse que si un État sait les administrer, si ses décisions survivent à ceux qui les prennent, et si la société qu'il gouverne n'est pas fracturée.

IX · Autonomie stratégique

Ce qui est regardé : d'où viennent les recettes publiques, à qui le pays vend, de qui dépend sa sécurité, combien de mois d'importations ses réserves couvrent, et s'il peut refuser une pression extérieure. Pourquoi : aucun pays n'est indépendant. La question est de savoir si ses dépendances se négocient, ou si elles décident à sa place.

Aucun pilier ne suffit seul, et c'est le principe : une économie solide finance une armée, une industrie réduit les importations, de bonnes institutions transforment une rente passagère en infrastructures. À l'inverse, deux ou trois faiblesses profondes peuvent annuler plusieurs atouts.

La tendance portée par chaque pilier ajoute la seconde information. Elle distingue un pays fragile qui se redresse d'un pays mieux noté qui commence à céder.

Le climat n'est pas un dixième pilier : il agit à travers les autres. Une sécheresse touche d'un coup l'agriculture, l'électricité, les comptes publics et la santé.

SAPERE ne demande donc pas « quel pays est le plus puissant ? », mais : si quelque chose se dérègle demain, qu'est-ce qui continue de fonctionner, qu'est-ce qui cède, et de quoi le pays dépend-il pour tenir ?

Sources principales : Fonds monétaire international, International Crisis Group (procès Machar), ISS Africa (élections), Associated Press (date du scrutin), OEC et base BACI du CEPII (commerce 2023), Transparency International.

Les points d'attention assumés : pour un pays en conflit, plusieurs séries sont des estimations ; les partenaires ne déclarent qu'une fraction du brut sud-soudanais, souvent enregistré comme soudanais ; les pourcentages humanitaires utilisent les dénominateurs des agences citées.

Cadre d'évaluation SAPERE 2.2

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