Soudan du Sud | Les Forces et les Failles | SAPERE
SAPERE · Les Forces et les Failles · Arrêté au 20 juillet 2026 · Tendance depuis 2020
🇸🇸 Soudan du Sud
12 millions d’habitants. Le plus jeune État du monde a eu quinze ans le 9 juillet 2026. Son unique richesse traverse la guerre du voisin par un pipeline. L’accord de paix de 2018 est déclaré caduc, le premier vice-président est jugé pour trahison, plus d’un habitant sur deux a faim et 87 % de la population vit dans l’extrême pauvreté, le taux le plus élevé du monde.
SAPERE 2.2 · Un État dont la survie se décide hors de ses frontières
État en défaillance
1,2/5
11,25
Rente brisée · paix défaite · famine qui rôde
Tendance depuis 2020 : dégradation continue. L’architecture de paix de 2018 a été démontée, la rente pétrolière s’est brisée sur la guerre soudanaise, la faim s’est étendue. Huit piliers sur neuf sont hors de l’échelle vitale.
Ce score mesure la capacité à absorber un choc et à préserver sa liberté d’action, non le niveau de vie ni la popularité du gouvernement. À 1,2/5, le Soudan du Sud rejoint le niveau des États en défaillance, aux côtés de la Somalie et du Soudan : l’autorité de l’État est contestée sur une part du territoire et la crise humanitaire est active.
PIB nominal 2026
~6,1 Mds $
FMI · environ 170e rang mondial · ~490 $ par habitant
PIB PPA
~19 Mds $
Environ 155e rang mondial · moins de 0,01 % du PIB mondial
Exportations · poids mondial
~0,02 %
~4,5 Mds $ en 2023, quasi exclusivement du pétrole brut ; flux en chute d’environ 70 % depuis (panel d’experts ONU)
Importations · poids mondial
~0,01 %
~2,5 Mds $ estimés · vivres, carburants raffinés et biens de consommation
En résumé

Le Soudan du Sud vit sous une double peine. À l’intérieur, l’accord de 2018, qui avait clos une guerre civile de cinq ans et environ 383,000 morts, a été vidé de sa substance : Riek Machar, suspendu de la vice-présidence, est jugé pour trahison, son parti a déclaré l’accord « abrogé », et le conseil des ministres ne s’est plus réuni depuis mars 2025. À l’extérieur, la guerre soudanaise a pris en otage le pipeline qui porte environ 90 % des recettes de l’État : le terminal de Port-Soudan appartient à l’armée soudanaise, et le point de passage de Heglig est tombé aux mains des paramilitaires des FSR en décembre 2025.

Les chiffres disent l’effondrement. La production pétrolière est tombée de 150,000 à environ 70,000 à 100,000 barils par jour. La livre sud-soudanaise a perdu l’essentiel de sa valeur, les fonctionnaires ont attendu leur salaire jusqu’à un an, et 7,8 millions de personnes, soit 56 % de la population, traversent une insécurité alimentaire aiguë, avec un risque de famine dans quatre comtés du Haut-Nil et du Jonglei. L’extrême pauvreté a atteint 87 % de la population en 2025, le taux le plus élevé du monde (Banque mondiale), et 9,9 millions de personnes, deux habitants sur trois, ont besoin d’une aide d’urgence en 2026. Le pays est par ailleurs classé le plus corrompu du monde pour la deuxième année consécutive.

Ce qui subsiste tient à trois ancrages : un sous-sol qui recommence à payer après chaque interruption, une agilité diplomatique réelle, illustrée par l’accord tripartite arraché en décembre 2025 aux deux camps soudanais pour maintenir Heglig hors des combats, et une société qui survit à son État par ses réseaux communautaires, ses Églises et sa diaspora. La question des cinq prochaines années n’est plus celle du redressement : c’est celle de la succession de Salva Kiir, 74 ans, et de la forme, négociée ou armée, qu’elle prendra, dans un pays qui n’a jamais organisé une seule élection nationale depuis sa naissance.

9 piliers de puissance SAPERE
Niveau \ Tendance depuis 2020
En baisse
= Stable
+ En hausse
Solidement ancré4,0-5,0
Résilient3,0-3,9
Sous tension2,5-2,9
Fragile1,5-2,4
Diplomatie, influence et information 1,6
En défaillance1,0-1,4
Énergie et ressources 1,3Économie et finance 1,2Démographie et capital humain 1,2Autonomie stratégique 1,2Défense et sécurité 1,1Gouvernance et institutions 1,1
Industrie et technologie 1,1Innovation et savoir 1,1
Score global : 9 piliers SAPERE 2.2 · somme pondérée = 1,2/5. Atouts : aucun pilier au-dessus de 3,0, aucun atout dominant identifié. Faiblesses prioritaires : Défense 1,1 · Gouvernance 1,1 · Industrie 1,1 · Innovation 1,1 · Économie 1,2 · Démographie 1,2 · Autonomie stratégique 1,2 · Énergie 1,3.
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Qui tient le pays ?
Salva Kiir, 74 ans, et un cercle qui rétrécit. Le président dirige le pays depuis l’indépendance de 2011. Depuis octobre 2024, il a engagé une purge systématique du sommet de l’État : limogeage du chef du renseignement Akol Koor, révocation du vice-président James Wani Igga, arrestation puis procès de Riek Machar, mise à l’écart de ministres du SPLM-IO, ascension éclair puis chute de Benjamin Bol Mel, vice-président promu héritier présumé en février 2025 avant d’être limogé et assigné à résidence en novembre. Les services de sécurité et un petit noyau de fidèles font office de gouvernement réel : le conseil des ministres ne s’est plus réuni depuis mars 2025, les contre-pouvoirs institutionnels n’ont plus aucune capacité réelle de contraindre l’exécutif, et l’autorité effective de l’État s’arrête pour l’essentiel aux abords de Djouba. La capture est jusqu’à familiale : selon la presse internationale, la collecte des taxes pétrolières serait passée entre les mains de la fille du président.
Centre de gravité
La présidence et l’appareil de sécurité. Le système décide par purge et cooptation, sans délibération collective ni justice indépendante.
Vitesse d’exécution
Rapide pour les arrestations et les remaniements. Quasi nulle pour les salaires, les services publics et la préparation des élections promises en décembre 2026.
Test politique
Le verdict du procès Machar, le sort des élections de décembre 2026, sous une transition déjà prorogée jusqu’en février 2027, et, au-dessus de tout, la succession d’un président de 74 ans qui écarte l’une après l’autre les figures présentées comme ses successeurs possibles.
Qui tient le pays de l’extérieur ?
Dépendance extrême et croisée. Chaque fonction vitale de l’État repose sur un acteur extérieur : le pétrole s’exporte par le Soudan en guerre, la capitale est sécurisée avec l’appui de l’armée ougandaise, plus de la moitié de la population est nourrie par l’aide internationale, le brut est extrait par des compagnies chinoises et malaisiennes, l’assiette et la pharmacie viennent d’Ouganda, du Kenya et d’Inde, et le réseau qui connecte le pays appartient à des opérateurs sud-africain, koweïtien et américain. Quant aux transferts de la diaspora, ils passent par les places financières d’Afrique de l’Est.
Échelle de dépendance (● à ●●●●) : intensité globale du lien, combinant le poids commercial, la dépendance technologique, l’exposition financière et le levier politique que l’acteur peut exercer. Plus de points signifie une prise plus forte sur les marges de décision de Djouba.
SOUDAN (armée)
●●●●
Le corridor d’exportation : pipeline, terminal de Port-Soudan, redevances de transit. A fermé Heglig en août 2025 pour faire pression ; Djouba lui doit plus de 500 M$ d’arriérés de transit.
Tout arrêt du corridor asphyxie le budget en quelques semaines.
FSR (paramilitaires)
●●●●
Tiennent Heglig, point de passage et de traitement du brut sud-soudanais, depuis décembre 2025. Leurs drones ont frappé les installations à trois reprises en 2025.
Un acteur non étatique étranger contrôle physiquement le robinet.
CHINE
●●●●
CNPC opère les champs (41 % de Dar Petroleum), achète environ la moitié du brut, fournit des casques bleus et évoque, sans étude financée à ce jour, un pipeline alternatif par l’Éthiopie et Djibouti.
L’exploitant, l’acheteur et l’éventuelle porte de sortie sont le même acteur, et Pékin, dont les concours rapportés au PIB seraient ici les plus élevés du continent, réduit de moitié son aide à l’Afrique.
OUGANDA
●●●●
L’UPDF participe depuis mars 2025 à la sécurisation de Djouba et au maintien du régime. Premier fournisseur (environ un tiers des importations), corridor routier vital de Nimule, parrainage politique de Kampala.
La sécurité du régime repose pour une part décisive sur une armée étrangère, ce qui réduit d’autant sa liberté d’action.
ONU & BAILLEURS
●●●●
Le guichet : la MINUSS (environ 18,000 personnels), le PAM et les agences assurent une part déterminante de l’alimentation et des soins que l’État ne fournit pas à l’échelle nécessaire, sur des requêtes humanitaires de l’ordre de 2 Mds $ par an, de moins en moins financées. Le programme suivi du FMI s’est achevé en novembre 2024 sur une performance mitigée, sans successeur.
Les coupes d’aide de 2025-2026 réduisent le second budget du pays.
ÉTATS-UNIS
●●●
Premier bailleur humanitaire historique, environ 40 % de l’aide avant les coupes de 2025, désormais en retrait. Visas de tous les détenteurs de passeport sud-soudanais révoqués en avril 2025 ; Djouba a accepté des expulsés de pays tiers, geste largement lu comme une transaction diplomatique, et demande la levée de sanctions.
Levier de sanctions et d’aide utilisé comme instrument de pression migratoire.
ÉMIRATS ARABES UNIS
●●●
Deuxième fournisseur (environ un quart des importations), débouché d’une partie du brut et de l’or artisanal via Dubaï, négociateur de prêts adossés au pétrole discutés depuis 2023.
Un futur prêt gagé sur le brut amputerait pour des années la part de rente disponible pour le budget courant.
KENYA
●●
Médiation Tumaini avec les opposants exilés, corridor de Mombasa, banques kényanes présentes à Djouba, hub de la diaspora et des transferts.
Nairobi conserve un levier réel sur la médiation et sur les circuits financiers régionaux.
FRANCE
Présence économique quasi nulle ; contribution via l’aide humanitaire européenne et les agences onusiennes. Un flux singulier existe pourtant : les exportations de gomme arabique attribuées au Soudan du Sud bondissent depuis 2023, ré-étiquetage présumé de la récolte soudanaise des zones de guerre, qui alimente jusqu’aux importations françaises.
Poids marginal, sans levier propre.
La contradiction souveraine

Le Soudan du Sud est né en 2011 d’un des votes d’autodétermination les plus massifs de l’histoire : près de 99 % pour la sécession. Quinze ans plus tard, la souveraineté conquise par les armes est devenue, dans son exercice quotidien, une souveraineté sous dépendances : le brut qui finance l’État transite par l’ennemi d’hier, la capitale qui l’incarne est gardée par l’armée d’un voisin, et l’assiette de la population est remplie par des agences internationales.

La contradiction est structurelle. Plus le pouvoir se durcit à l’intérieur, procès de Machar, purges, juridiction d’exception, plus il doit acheter à l’extérieur les moyens de sa survie : soldats ougandais, tolérance des deux camps soudanais, indulgence américaine négociée contre l’accueil d’expulsés. L’indépendance proclamée en 2011 se rejoue chaque mois, baril par baril, aux conditions des autres.

Commerce, IDE et position française
Principaux clients
PaysProduitsMontantPoids
ChinePétrole brut~2,3 Mds $~50 %
SingapourBrut · centre de négoce, destination déclarée~1,3 Mds $~29 %
ÉmiratsPétrole brut, or~0,4 Mds $~10 %
OugandaOr artisanal, bétailn.d.flux informels
Données 2023 (CNUCED, OEC), dernière année complète avant la rupture du pipeline. Les flux hors pétrole sont marginaux et largement informels. Depuis 2024, les exportations ont chuté d’environ 70 % (panel d’experts ONU).
5 premiers fournisseurs · estimations miroir 2023
PaysProduitsMontantPoids
OugandaVivres, ciment, carburants réexportés~0,8 Mds $~33 %
ÉmiratsCarburants raffinés, biens de consommation~0,6 Mds $~26 %
KenyaVivres, matériaux, services~0,35 Mds $~14 %
ChineMachines, équipements pétroliers~0,25 Mds $~10 %
IndeMédicaments, produits divers~0,06 Mds $~2 %
Ordres de grandeur 2023 sur des importations totales d’environ 2,5 Mds $ (données partielles, estimations à partir des statistiques miroir).
🇫🇷 Position France : hors top 15 à l’export comme à l’import · échanges de l’ordre de quelques millions de dollars par an · données insuffisantes pour un classement fiable. 🇺🇸 Position États-Unis : hors top 5 des deux tableaux · exportations américaines d’environ 57 M$ en 2025 (machines, véhicules), importations quasi nulles (USTR) : le lien avec Washington est humanitaire et politique, pas commercial.
IDE entrants
quasi nuls
Flux annuels proches de zéro, voire négatifs (CNUCED) : le conflit et les arriérés dissuadent tout nouvel investissement hors pétrole.
Investisseurs
Stock dominé par le secteur pétrolier : Chine (CNPC), Malaisie (Petronas, retirée en 2024 dans un contentieux sur la cession de ses actifs), Inde (ONGC), Émirats.
France
Présence économique quasi nulle ; TotalEnergies s’est retirée de l’exploration du bloc B avant tout développement.
Quatre tendances structurelles
Production pétrolière
150,000 → ~85,000
Barils par jour : avant la guerre soudanaise → fourchette de 70,000 à 100,000 en juillet 2026 (ministère du Pétrole).
Accès à l’électricité
7,3 % → 5,4 %
2020 → 2023, dernière donnée (Banque mondiale) : dernier rang mondial ; le recul tient aussi à une population qui croît plus vite que les raccordements.
Faim extrême (phase 5)
73,300
Personnes en « Catastrophe » selon la classification IPC de la sécurité alimentaire, avril-juillet 2026 : +160 % par rapport à l’estimation précédente (FAO, PAM, UNICEF).
IPC corruption
12 → 9/100
2020 → 2025 : dernier rang mondial (181e sur 182), deuxième année consécutive (Transparency International).
Ce qui tient · Ce qui s’effondre
Trois richesses restent largement intactes sous le pays. Cinq effondrements sont en cours au-dessus.
3Forces5Failles
Ce qui tient
Avec environ 3,5 milliards de barils de réserves prouvées, le Soudan du Sud détient les troisièmes réserves prouvées d’Afrique subsaharienne (EIA).
Malgré deux guerres, la sienne et celle du voisin, le brut a recommencé à couler dans le pipeline PetroDar après chaque interruption : janvier 2025 après près d’un an de rupture, novembre 2025 après les frappes de drones.
En juillet 2026, Djouba a lancé un appel aux investisseurs pour redévelopper ses champs : le gisement survit à tout, y compris à ses gestionnaires.
Le Nil Blanc traverse le pays et alimente le Sudd, la plus vaste zone humide d’Afrique.
Cinq sites hydroélectriques identifiés sur le fleuve représentent jusqu’à 2,600 MW de potentiel, vingt fois la capacité installée actuelle (Banque mondiale).
Les parcs de Boma et Badingilo abritent quelque 6 millions d’antilopes, l’une des plus grandes migrations terrestres de mammifères au monde, veillée par 35 écogardes : une richesse mondiale gardée par une poignée d’hommes.
Environ 5 % seulement des terres fertiles sont cultivées (BAD), et le cheptel dépasse 60 millions de têtes de bétail, moutons et chèvres : le pays qui importe sa nourriture possède l’un des plus forts potentiels agricoles du continent.
La moitié de la population a moins de dix-huit ans : le pays le plus jeune du monde l’est aussi par sa pyramide des âges.
Les Églises, médiatrices historiques entre les factions, et les réseaux communautaires assurent ce que l’État ne fournit pas : arbitrage, entraide, éducation de fortune.
La diaspora d’Afrique de l’Est et d’ailleurs entretient des transferts et des compétences qui reviennent par vagues à chaque accalmie.
Ce qui s’effondre
Chaque baril exporté doit franchir deux verrous tenus par d’autres : la station de Heglig, aux mains des paramilitaires des FSR depuis décembre 2025, et le terminal de Port-Soudan, contrôlé par l’armée soudanaise.
Rupture du pipeline en 2024, fermeture punitive de Heglig en août 2025, frappes de drones en novembre : en trois ans, la seule source de devises du pays a été coupée à trois reprises.
Un accord tripartite vise depuis décembre 2025 à maintenir Heglig hors des combats et à préserver les flux, mais il repose sur la parole de deux belligérants en guerre l’un contre l’autre.
L’accord de 2018 reposait sur la cohabitation forcée de Salva Kiir et Riek Machar. Depuis mars 2025, Machar est en résidence surveillée ; depuis septembre, il est jugé pour trahison, meurtre et crimes contre l’humanité par une juridiction d’exception dont la création et la compétence sont contestées.
Son parti a déclaré l’accord « abrogé » et repris les armes dans les Équatorias et le Haut-Nil. Le conseil des ministres ne se réunit plus.
Aucune élection nationale n’a jamais eu lieu depuis l’indépendance : le scrutin a été repoussé de 2015 à 2018, 2021, 2024 puis décembre 2026, et la transition prorogée jusqu’en février 2027.
Le rendez-vous de décembre 2026 n’a ni listes, ni recensement, ni opposition libre : en mars 2026, la Commission électorale n’avait reçu que 4 % de son budget, et Washington qualifie désormais le processus de « farcique ».
7,8 millions de personnes, 56 % de la population, traversent une insécurité alimentaire aiguë entre avril et juillet 2026 ; 73,300 sont en phase « Catastrophe » et quatre comtés du Haut-Nil et du Jonglei frôlent la famine (FAO, PAM, UNICEF).
2,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë pendant que choléra, rougeole et paludisme progressent et que 33 structures de santé ont été détruites ou pillées dans le seul Jonglei.
L’extrême pauvreté est passée de 84 % en 2024 à 87 % en 2025, le taux le plus élevé du monde (Banque mondiale), et 9,9 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence en 2026.
Les crues du Nil touchent plus d’un million de personnes chaque année, et 2024 a connu les pires inondations depuis l’indépendance : le pays est classé au deuxième rang mondial de la vulnérabilité climatique (indice INFORM).
Dans le camp de Chemedi, au bord du Nil, l’eau des 58,000 réfugiés arrive par camion depuis Renk, à 80 km, et l’école de 650 élèves ferme à 11 heures faute d’eau.
Les coupes de l’aide internationale, américaines en tête, réduisent les rations au moment précis où les besoins explosent.
La livre sud-soudanaise est passée d’environ 1,100 à plus de 5,000 pour un dollar sur le marché parallèle entre début et fin 2024 ; depuis 2020, elle a perdu plus de 95 % de sa valeur.
L’inflation alimentaire a culminé à 234 % en moyenne annuelle sur l’exercice 2024-2025 (Banque mondiale), avant une décrue amorcée avec la reprise des exportations.
Fonctionnaires et soldats ont attendu leur paie jusqu’à douze mois ; les rattrapages annoncés se font par à-coups, un ou deux mois à la fois.
Le budget est nominal : les crédits de santé ont perdu 41 % de leur valeur réelle sous l’effet du change, et les réserves de la banque centrale couvrent moins d’une semaine d’importations.
Depuis mars 2025, des soldats ougandais participent à la garde de Djouba pour le compte du président : la sécurité du cœur de l’État est en partie une prestation étrangère.
L’armée nationale, fragmentée en loyautés ethniques, mène une offensive contre son ancien partenaire de paix pendant que l’Armée blanche et d’autres milices tiennent des pans du territoire.
Plus de 1,800 civils ont été tués entre janvier et septembre 2025 (ONU), le bilan le plus lourd depuis la cessation des hostilités de 2017.
La violence s’aggrave encore en 2026 : 1,063 victimes civiles, dont 639 morts, sur les deux premiers mois de l’année (MINUSS), 600,000 déplacés en un an, et plus de 70 morts en mars pour le contrôle d’une mine d’or à Jebel Iraq : la prédation s’étend du brut au métal.
À surveiller · signaux positifs
Risques
Verdict du procès Machar.
Élections de décembre 2026 sans conditions minimales.
Succession non réglée d’un président de 74 ans.
Nouvelle fermeture de Heglig ou du terminal de Port-Soudan.
Déclaration officielle de famine.
Nouvelles coupes de l’aide humanitaire.
Contagion directe de la guerre soudanaise à la frontière.
Non-renouvellement du mandat de la MINUSS.
Propagation de l’épidémie d’Ebola depuis l’Ituri congolais frontalier, déclarée urgence internationale par l’OMS, souche sans vaccin homologué.
Signaux positifs
Exportations rétablies après chaque interruption (janvier 2025, novembre 2025).
Plan commun de surveillance sanitaire transfrontalière adopté avec la RDC et l’Ouganda.
Accord tripartite de Heglig qui tient depuis décembre 2025.
Appel à l’investissement pétrolier lancé en juillet 2026, signal d’intention plus que d’engagement.
Inflation en décrue depuis la reprise des exportations, après un pic de 234 % sur l’exercice 2024-2025.
Médiation kényane Tumaini maintenue avec les exilés.
Reprises épisodiques du paiement des salaires : une moindre détérioration plus qu’un progrès.
Effets de voisinage
Soudan
La guerre du Nord, au moins 150,000 morts et 34 millions de personnes à secourir, dicte tout : pipeline, redevances, plus d’un million de réfugiés et de retours accueillis depuis 2023, et désormais les FSR à la frontière de l’Unité.
Ouganda
Garant militaire du régime, premier fournisseur et corridor routier vital : l’assurance-vie de Djouba est aussi son hypothèque. Kampala y défend ses propres intérêts, sécuriser son commerce et ses routes, garder prise sur le pétrole et contenir ses rivaux régionaux.
Kenya et Éthiopie
Nairobi porte la médiation Tumaini avec les opposants exilés et le corridor de Lamu ; Addis-Abeba pousse un tracé pétrolier vers Djibouti avec Pékin. Des portes de sortie qui existent sur les cartes, pas encore sur le terrain.
Choc externe actif
La guerre soudanaise est pour le Soudan du Sud un choc permanent plutôt qu’un événement : elle a rompu le pipeline en 2024, fait tomber Heglig en décembre 2025, poussé plus d’un million de personnes à travers la frontière et fait fuir de Khartoum les compagnies chinoises dont dépend l’amont pétrolier. S’y ajoutent les coupes de l’aide internationale décidées en 2025-2026, qui frappent un pays où l’humanitaire tient lieu de second budget de l’État, et un choc climatique récurrent, hors du score mais pesant sur tout le reste : les crues du Nil touchent plus d’un million de personnes chaque année. Même la crise d’Ormuz s’y invite : au printemps 2026, des médicaments anti-choléra destinés au pays sont restés bloqués dans des entrepôts de Dubaï, pendant que la flambée des engrais et du carburant aggravait la situation de 9 des 13 foyers mondiaux de la faim recensés par la FAO et le PAM, dont celui-ci.
Les dynamiques structurelles
Un pétro-État sans littoral
Le Soudan du Sud est né avec les trois quarts du pétrole de l’ancien Soudan et aucun accès à la mer. Cette géographie fondatrice fait de chaque baril un péage payé au voisin, et de chaque crise soudanaise une crise budgétaire sud-soudanaise. Les projets de pipeline alternatif, vers le Kenya, régulièrement discuté et jamais financé, ou par l’Éthiopie et Djibouti, restent des tracés sur des cartes : de l’encre, pas du béton.
La paix de 2018 est morte, la guerre n’est pas déclarée
Ni paix ni guerre totale : le pays vit dans l’entre-deux. Le procès de Machar a remplacé la cohabitation, les offensives ont remplacé le partage du pouvoir, mais aucun camp n’a intérêt à franchir le seuil d’un embrasement général qui couperait la rente de tous. Guerre et paix servent d’ailleurs le même groupe : chaque cessez-le-feu renégocie les parts de la rente plus qu’il ne rompt avec la prédation. Cet équilibre par épuisement peut durer, ou céder sur un verdict.
L’aide : second budget, première vulnérabilité
L’État finance son appareil de sécurité avec le pétrole ; les agences internationales financent la survie de la population. Cette division du travail dure depuis dix ans et dispense le pouvoir de toute politique sociale : une trentaine de milliards de dollars d’aide ont été versés depuis 2011, sans retour visible sur l’école ni la santé. Les coupes d’aide de 2025-2026 fissurent le second budget sans que le premier ne prenne le relais.
La succession comme mécanisme de crise
Salva Kiir a 74 ans et écarte méthodiquement toute figure présentée comme son successeur possible : Machar jugé, Bol Mel promu puis assigné à résidence en un an. Faute de règle de succession crédible, chaque signe de fatigue du président devient un risque systémique, et chaque dauphin potentiel une menace à neutraliser. Le système est verrouillé par une mécanique de l’inertie prédatrice : il reste plus rentable pour les élites de se partager la rente du statu quo que de risquer une transition qui remettrait leurs positions en jeu.
L’Ouganda, assurance-vie et hypothèque
Les soldats ougandais protègent le régime, les camions ougandais le nourrissent, la diplomatie ougandaise le parraine. Cette triple dépendance stabilise Djouba à court terme et vide sa souveraineté à long terme : le jour où Kampala change de calcul, c’est le régime lui-même qui est à découvert.
Le ciel numérique loué
Moins de 6 % des habitants ont l’électricité, environ 12 % ont accès à internet, et ce maigre réseau appartient à d’autres : Starlink détient environ 30 % du marché des fournisseurs d’accès, devant MTN (Afrique du Sud) et Zain (Koweït), qui tiennent aussi les rails du paiement mobile. Qui équipe le réseau écoute le réseau : au Soudan du Sud, personne de sud-soudanais. Champs pétroliers, rares routes bitumées et antennes satellitaires forment des archipels d’excellence branchés sur les réseaux mondiaux et déconnectés du tissu national.
Ce qui changerait la donne
Les événements qui, s’ils se produisaient, feraient basculer le diagnostic, dans un sens ou dans l’autre.
Riek Machar sort de sa résidence surveillée
Un procès qui s’éteint rouvrirait la porte d’un arrangement politique ; un verdict lourd fermerait la dernière.
Le brut coule sans interruption pendant un an
Un corridor stabilisé rendrait à l’État des recettes, des salaires et une marge de négociation.
La succession de Salva Kiir s’organise à ciel ouvert
Une transition préparée, même imparfaite, changerait la nature du risque ; une vacance brutale le déchaînerait.
La famine est officiellement déclarée
Le seuil symbolique forcerait la communauté internationale à choisir entre remobilisation massive et abandon assumé.
Les soldats ougandais rentrent chez eux
Un retrait ordonné dirait que Djouba tient seule ; un retrait précipité dirait que plus personne ne veut la tenir.
Scénarios à cinq ans · 2026-2031
Scénario favorable
Le procès Machar débouche sur un compromis, un dialogue élargi remplace le scrutin impossible de décembre 2026, le corridor pétrolier est sanctuarisé et la production remonte au-dessus de 130,000 barils par jour. Les salaires reprennent, l’inflation poursuit sa décrue et la classification IPC de la sécurité alimentaire redescend sous la barre des 6 millions de personnes en crise. Le score SAPERE remonterait vers 1,6 à 1,9, en sortie de la zone de défaillance. Ce scénario, pour être crédible, exigerait une transformation politique que le régime n’a produite à aucun moment en quinze ans : il est structurellement moins probable que son contraire.
Scénario défavorable
Un verdict lourd contre Machar ou une vacance brutale du pouvoir déclenche la guerre civile généralisée à dimension ethnique. Le corridor pétrolier se referme durablement, la famine est déclarée, l’aide se retire faute d’accès et de financement, et le pays se fragmente en zones tenues par les armées, les milices et les parrains régionaux. Le score SAPERE toucherait le plancher de l’échelle, 1,0.
Comment lire le score
Le score mesure la capacité à absorber un choc, non la richesse ou la politique du gouvernement du moment. Une variation de 0,1 point exige un changement documenté sur au moins un pilier pondéré. « État en défaillance » est une catégorie analytique SAPERE, non un statut juridique international. Pour un pays en conflit actif, plusieurs données sont des estimations, signalées comme telles ; les estimations de population variant selon les sources et la prise en compte des déplacements, les pourcentages humanitaires utilisent les dénominateurs des agences citées.
Échelle
4,0-5,0 : solidement ancré. 3,0-3,9 : résilient. 2,5-2,9 : sous tension. 1,5-2,4 : fragile. 1,0-1,4 : en défaillance.
Pondérations et arrondi
P01, P02, P06 et P08 : 13,5 %. P03, P04, P05 et P07 : 9 %. P09 : 10 %. Total : 100 %. Les notes des neuf piliers sont des appréciations qualitatives posées directement au dixième (aucune valeur intermédiaire en centièmes). Le score global est la somme pondérée de ces notes : 1,1955, arrondi au dixième (arrondi arithmétique, 0,05 au dixième supérieur) pour donner 1,2/5. Seul le score global fait l’objet d’un arrondi ; sa valeur non arrondie ne figure que dans cette méthodologie.
Pilier IX · Autonomie stratégique, méthode de calcul. P09 = 1,2/5. A fiscal = 1 : le pétrole fournit environ 90 % des recettes publiques. B exportations = 1 : le brut représente la quasi-totalité des ventes à l’étranger, vers deux acheteurs dominants. C sécurité = 1 : la capitale est tenue par une armée étrangère et le territoire par des milices. D réserves et financement = 1 : réserves de change quasi nulles, arriérés de salaires et de transit. E décisionnel = 2 : une capacité de manœuvre résiduelle subsiste, illustrée par l’accord tripartite de Heglig et le jeu entre parrains régionaux. Moyenne : (1 + 1 + 1 + 1 + 2) / 5 = 1,2. La règle de plafonnement à 2,5, déclenchée dès que deux sous-indicateurs sont à 2 ou moins, est ici sans effet : le score se situe déjà en dessous du plafond.
Sources : FMI (cadrage macroéconomique, programme suivi 2023-2024), Banque africaine de développement (croissance, inflation), Banque mondiale (pauvreté, inflation, électricité, Gini), FAO, PAM et UNICEF (classification IPC de la sécurité alimentaire, avril 2026), ONU et MINUSS (sécurité, droits humains, panel d’experts), Union africaine (Conseil de paix et de sécurité, mission d’avril 2026), Transparency International (IPC corruption 2025), RSF (liberté de la presse 2026), PNUD (IDH), Freedom House, CNUCED et OEC (commerce, IDE), USTR (échanges américains), ministère sud-soudanais du Pétrole et Nilepet (production), International Crisis Group (analyse politique). Les valeurs commerciales sont présentées en dollars courants ; pour un pays en conflit, plusieurs séries sont des estimations.

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